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Full text of "Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique. Bulletins d l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique"

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.UU.-F.iH-J'.Wi 


AS 


BULLETINS 


DE 


L'ACADEMIE  ROY  ALE  DES  SCIENCES, 


DKS 


LEHRES  £T  DES  BEAUX-ARTS  DE  BELGIQUE 


1 


I 


fi 


BULLETINS 


DE 


rACADEMIE  ROYALE 


DES 


SCIENCES,   DES  LETTRES  ET   DES  BEAUX-ARTS 


DE    BELGIQUE. 


YINGI-SEPIIKMB  ANNfiB.— 2"»  S^RIE,  lOME  lY. 


BRUXELLES , 

M.    HAYEZ,    IMPRIMEIJU    DE    i/aOADEMIE    ROYALE    DE    BELGIQUE. 

1858. 


BULLETIN 


J>B 


L'ACADIEMIE  ROYALE  DES  SCIENCES, 


DBS 


LETTRES  ET  DES  BEADX-ARTS  DE  BEL6IQCE 

4858.  — NM. 


CLASSE   DES  SCIElffCES. 


Seance  du  9  Janvier  18S8. 

M.  Gluge,  directeur. 

M.  Ad.  Quetelet,  secretaire  perpetueL 

Sont  presents :  MM.  d'Omalius  d'Halloy ,  Sauveur ,  Wes- 
mae],  Martens,  Stas,  Van  Beneden,  Ad.  De  Vaux,  Edm. 
de  Selys-LoDgcbamps,  Nyst,  Nerenburger,  Schaar,  Mel- 
sens,  Liagre,  Duprez,  Brasseur,  Poelman,  membres; 
Schwann,  Lacordaire,  Lamarle,  associes. 

M.  Ed.  Fetis,  mem&re  de  la  classe  des  beaux-arts ^  assisle 
^la  seance. 

S""*  SKRIE ,   TOUR   IV.  .     1 


.-' 


I 


»  '  it    ^' 

1     '    o 


I 


(2) 


CORRESPONDANCE. 


II  est  donne  lecture  deslettres  par  lesquelles  MM.  Poel- 
man  et  Montigny  remercient  FAcad^mie,  le  premier  pour 
sa  nomination  de  merobre>  et  le  second  pour  sa  nomina- 
tion de  correspondant  de  la  classe. 

—  M.  le  secretaire  perpeluel  depose,  au  nom  de  MM.  les 
questeurs  du  Senat  et  de  la  Chambre  des  Representants, 
des  cartes  d'entree  pour  les  tribunes  reservees.  —  Re- 
merciments. 

—  L'universite  de  Christiania  fait  hommage  d'un  exem- 
plaire  d'une  medailleen  bronze,  frappee  poor  consacrer 
le  souvenir  du  cinquanlieme  anniversaire  de  professorat 
de  M.  Hansteen,  Tun  de  ses  professeurs  et  associe  de 
rAcademie> 

— La  Socieiepontiflcale  desNouveaux  Lyncees  de  Rome 
et  la  Societe  pbilosophique  et  litteraire  de  Manchester  re- 
mercient TAcademie  pour  ses  dernieres  publications;  elles 
lui  font  parvenir  en  meme  temps  leurs  memoires.  La  So- 
ciete imperiale  geographique  de  Russie  a  S^-Petersbourg 
remercie  ^alement  pour  le  dernier  envoi  de  I'Academie. 

MM.  Ad.  Quetelet ,  Leclercq  et  De  Wael  communiquent 
les  observations  meteorologiques  faites  i  Bruxelles,  a 
Liege  et  a  Eeckeren ,  dans  la  province  d'Anvers,  pendant 
ranneel857.  ^ 

MM.  J.-B.  Vincent  et  (ils  transmettent  les  resuUats  de 


(3) 
lears  observations  oraithologiques  faites  a  Bruxelles,  pen- 
dant la  meme  ann^e. 

M.  Edm.  de  Selys-Longchamps,  membre  de  I'Acad^mie, 
depose,  de  son  cote,  les  observations  botaniques  et  zoolo- 
giques  qu'il  a  recueillies  avec  M.  Ghaye,  dans  les  environs 
de  Liege  et  a  Waremme,  el  parliculierement  les  observa- 
tions sor  Tetat  de  la  vegetation  au  21  octobre  dernier.  <  II 
est  interessant  de  constater  Teffet  d*une  annee  exception- 
nellement  chaude  et  seche  sur  reffeuillaison ,  dit-il;  on 
voit  par  les  chiffres  respeclifs  du  feuillage  restant  sur 
lesarbres,  que  la  temperature  extraordinaire  de  1857  a 
retarde  la  chute  dcs  feuilles. 

»  Si  Ton  reunit  ensemble  les  arbres  qui  onl  conserve  la 
lotalite  de  leur  feuillage  et  ceux  qui  en  ont  encore  les 
trois  quarts  (40  et  IS),  on  trouve,  il  est  vrai,  un  total 
qui  depasse  legerement  celui  de  1855  (26  et  27);  mais  la 
grande  difference  se  montre  dans  la  proportion  des  deut 
nombres.  > 

—  M.  Gerard,  horlogera  Liege^  envoie  une  note  ma- 
iiuscrite  sur  une  roue  electromolrice.  —  M.  Ad.  De  Yaun 
est  invite  a  examiner  cet  ecrit. 

—  M.  Edm.  de  Selys-Longchamps,  president  de  la  So- 
ciete  entomologique  beige,  fait  hommage  du  tome  I*'  des 
Annales  publiees  par  eel  elablissemenl.  —  M.  Ad.  Que- 
lelet  depose  le  25'"''  Annuaire  de  VObservatoire  roycU  de 
Bruxelles  pour  1858.  —  Remercimenls. 


•  '^.tNvJh. 


(4) 


PROGRAMME  D£  GONCOURS  DE  i8K& 


La  classe  des  sciences  propose,  pour  le  eoBCOurs  4^ 
1658^  les  quesiioBS  suivantes  : 

^  PREMltlRE   QUESTION. 

Dohner  un  apetcu  historique  et  critique  des  mithodes  qui 
ont  iftiS  employees  pour  determiner  la  figure  de  la  terre, 
depuis  les  expeditions  frangaises  en  Laponie  et  au  P&ou. 

DECXiiME  QUESTION. 

On  tend  aujourd*hui  a  substUuer  Venregistrement  des 
observations  de  mitiiorologie  et  de  physique  du  globe  par 
des  moyens  micaniqueSf  a  leur  constatation  directe  par  des 
observateurs ;  on  demande  d'examiner  la  valeur  compara- 
tite  desdeust  m(>ymSy  en  ayant  ^ard  a  ieur  mirite  scienti- 
flque  etinsi  qu'^iujc  soins  ei  aux  d^nses  qu'ils  occasion' 
nent. 

TROISltME  QUESTION. 

Apprecier  et  definir  le  fait  de  la  peneiralion  des  parti- 
cules  solides  a  travers  les  tissus  de  Nconomie  animale^  et 
determiner  les  rapports  dans  lesquels  cet  acte  se  trouve  avec 
celui  de  l*absorption. 

QUATRIEME  QUESTION. 

Faire  connaUre  le  mode  de  reproduction  et  de  develop- 
pement  de  la  Noctiluque  miliaire. 


(5) 

GINQUlilME  QUESTION. 

Faire  un  examen  comparatif  des  organes  destines  a  la 
reproduction  chez  les  cryptogames  et  les  phanerogames ,  en 
faisant  ressortir  les  analogies  et  les  differences  que  ces  or- 
gani$  prisentent  dans  ces  deux  ordres  de  plantes. 

Le  prix  de  cbacune  de  ces  questions  sera  uqe  medaille 
d'or  de  la  valeur  de  six  cents  francs.  Les  memoires  devront 
elre  ecrits  lisiblement,  en  4atin,  franoais  ou  flamand, 
et  ils  seront  adresses,  francs  de  port,  avant  le  20  sep- 
tembre  1858 ,  a  M.  Ad.  Queteiet,  secretaire  perpeiuel. 

L*Academie  exige  la  plus  grande  exactitude  dans  les  ci- 
tations; a  cet  effet,  les  auteurs  auront  soin  d*indiquer  !es 
Editions  et  les  pages  des  ouvrages  cites.  On  n*admettra  qde 
des  pb^'ches  manuscrlles. 

Les  auteurs  ne  mettront  point  leur  nom  ^  leur  ouvrage, 
mais  seulenient  une  devise,  qtfils  rep^teront  sur  un  bil- 
let cachete,  renfefmant  leur  nom  etleur  adresse.  Les  mi- 
moires  remis  apr^s  le  terme  prescrit ,  ou  ceux  dont  les  au- 
teurs se  feront  connaitre  de  quelque  maniere  que  ce  soit , 
seront  exclus  du  concours. 

L' Academic  croit  devoir  rappeler  aux  concurrents  que, 
d^s  gue  les  memoires  ont  ete  soumis  a  son  jugeihent,  ils 
sont  deposes  dans  ses  archives,  comme  etant  devenus  sa 
propritfte,  Toutefois  les  interesses  peuvent  en  faire  prendre 
des  copies  k  leurs  frais,  en  s'adressant,  h  cet  effet,  au  se- 
cretaire perpeiuel  (1). 


(1)  D'^i^tres  que$tions,  r^servdes  au  eoncours  de  1850,  serpn^  examin^^s 
dans  une  prochaine  stance. 


ZS=SSBi 


(6) 


RAPPORTS. 


Expose  d*uti  principe  concernant  I'intersection  des  surfaces, 
avec  application  a  la  recherche  des  propritiis  des  surfaces 
du  second  ordre;  par  M.  Meier,  docteur  en  sciences. 

c  M.  Meier,  docteur  en  sciences  mathentaliques,  dans 
le  travail  qu*il  presente  a  TAcademie,  se  propose  de  trou- 
Ter  ies  conditions  auxquelles  doiveat  satisfaire  les  equa- 
tions de  deux  surfaces  donnees  pour  que  leur  intersection 
soit  une  courbe  plane.  Comme  la  marche  qu'il  suit  differe 
peu  de  celle  donn^e  par  les  auleurs  et  est  plutdt  du  ressort 
des  mathemaliques  elementaires  que  du  doniaine  acade- 
mique,  je  n'h^siterais  pas,  tout  en  reconnaissant  le  merite 
de  la  conception  fondamentale  de  ce  travail,  de  me  borner 
a  vous  proposer  d*adresser  des  remerciments  a  Tauteur; 
mais  en  parcourant  les  applications  qu'il  fait  de  sa  me* 
tbodeaux  dilTerentes  surfaces  du  second  degre,  applica- 
tions qui  composent  la  majeure  partie  du  memoire ,  on 
rencontre  un  grand  nombre  de  proprietes  elegantes  de  ces 
sections  planes,  les  unes  entiercment  nouvelles,  les  autres, 
quoique  d^ja  connues,  tirant  leur  merite  de  la  simplicite 
des  procedes  et  de  la  symetrie  des  deductions.  Celte  con- 
sideration me  determine  a  vous  proposer  non-seulement  dc 
donner  votre  approbation  k  ce  travail,  mais  encore  d'en  or- 
donner  Timpression  dans  Tun  on  Tautre  de  vos  recueils. » 

Conformement  h  ces  conclusions,  qui  sont  adoptees  par 


(7) 
les  deux  aotres  Gommissaires ,  MM.  Brasseur  et  Schaar,  le 
m^moire  de  M.  Meier  sera  insure  daas  les  recueils  de 
TAcademie. 


Documents  sur  les  Iremblements  de  lerre  au  Perou^4an$ 
la  Colombie  et  dans  le  ba^sin  de  CAmazone;  par  M.  Alexis 
Perrey,  professeur  de  physique  a  Dijon.  —  MM.  d^Omalius 
d*HaIIoy,  De  Kooinck  et  Ad.  Quetelet  avaient  fait,  sur  ce 
travail,  un  rapport  favorable  dans  la  seance  precedente; 
mais  its  avaient  ele  d'accord  pour  demander  la  suppres- 
sion de  details  tres-^tendus  sur  plusieurs  tremblements 
de  terre,  mentionnes  dans  des  recueils  imprimesqui  se 
trouvent  entre  les  mains  des  savants. 

L'auteur  ayant  souscrit  au  d^sir  exprim^  par  MM.  les 
commissaires,  la  classe  a  ordonne  Fimpression  de  son  tra- 
vail dans  le  recueil  des  Memoires  in-8^ 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


Perturbations  magnMques.  —  Aurore  boreale.  —  Violent 
tremblement  de  terre  en  Italie;  communications  de 
M.  Ad.  Quetelet,  secretaire  perp^tuel  deTAcad^mie. 

Dans  la  journee  du  17  decembre  dernier,  uue  forte 
perturbation  magnetique  a  el^  observ^e  a  Bruxeltes,  par 
mon  fils,  aide  k  TObservatoire.  Deja  le  matin ,  a  9  heures , 
la  declinaisott  etait  de  67,24  divisions  de  Tecbelle,  tandis 


(8) 
(]fue  la  veiild,  h  9  beilreir  4u  ouitiii ,  elie  elaii  de  69^74  (1). 
L*ifkf6n$ttd  leiljii  la  mSoie beure,  dtait  de  8»46  diviaion^ 
par  une  temperature  de  41^2  Fahrenheit,  tandis  que, 
le  16,  elle  etait  de  11,12  divisions  par  une  temperature 
de  39%6  Fahrenheit. 

A  midi,ia  perturbation  devint  beaucoup  plus  sensible 
drieore.  Yoici  led  observations  qui  oni  ^t^  prises  : 


HEfIll£S. 

APPAREIl 
unlfllaire. 

APPAREIL 

bifiliire. 

TIHPEAATUafi 

Fahrenheit. 

i2h  401 

69,95 

6,62 

42^0 

13     7 

70,07 

7,25 

42,0 

12  21 

69,57 

10,^0 

42,0 

12  38 

70,dl 

11,44 

4t,t 

H  47 

<    69^85 

a,w 

4«,t 

4     S 

65,47 

7,88 

42,2 

1  43 

66,47 

8,50 

42,2 

3     2 

69,05 

7,95 

42,3 

9    0 

71,92 

9,04 

42,3 

9  16 

73,12 

7,77 

42,5 

9  24 

72,37 

8,67 

42,5 

9  33 

71,07 

7,99 

42,3 

10  22 

L 

69,90 

8,04 

42,3 

Uq  autre  caractere  de  perturbation  etait  tres-marque  : 
c'est  la  grande  amplitude  de  la  coarse  des  barreaux.  Pour 
Tappareil  bifilaire,  elle  etait,  h  midi,  de  plus  d*une  divi- 
sion et  demie,  et  pour  Tappareil  unifilaire,  de  six  divisions 
et  tin  tiers* 


>.^  m  ■■  ii^afci^W^i^^ 


(1)  Une  division  de  T^chelle  dquivaut  &  2*°  10*,  et  les  nombres  croissent 
quand  U  d^linaison  d^croit. 


(9) 

Getie  pef tttf baUot)  avail  fftil  presumer  Tesikleiie^  d'uiie 
aurore  boreale. 

Eneffei^  les  joumauxoni  anooocequ'une  aurore  bor^le 
$*est  manife^tie  le  i7  deeembre  ao  maUn,  enlre  5  et  6 
heures.  Les  eiBploj6$  de  roctroi  aux  pories  Joseph  II  et  de 
la  Loi  a  Bruxeiles,  Yoni  remarqo^e  et  Toot  prise  poar  ud 
incendje  des  plus  vioienls. 

Les  lueurs  de  Faurore  se  projetaient  du  nord  au  cou- 
chant,  tout  ea  conservant  leur  vive  inteDsUe»  sur  un  del 
pur  et  brillammeot  etoile.  {Telegraphe  An  18.) 

On  a  apprts  ensuile  que,  dans  la  nuit  du  16  au  17,  il  y 
a  eu  un  epouvanlable  tremblement  de  terre  qui  a  ravage 
une  parlie  du  royaume  des  Deux-Sieiles,  notamment  les 
villes  de  Saierne,  Polenza  et  Pola,  Les  Edifices  de  Salerne 
sont  pour  la  plupart  lezardes;  un  grand  nombre  de  vil- 
lages sont  k  moiti^  d^truits;  enfiu,  Ton  compte  plusieurs 
milliers  de  personnes  tuees  dans  la  province  de  Basiiicate 
0t  dans  la  principi^uleciierieare,  oh  \e  ph^nom^ne  a  paru 
concentre. 

A  Naples,  on  a  ressenti  trois  secousses  violentes,  mais 
sans  aucun  accident.  De  nouvelles  secousses  s*y  sont  fait 
sentir  le  19,  le  20  et  le  25.  Les  habitants  croient  k  une 
prochaine  Eruption  du  V^suve. 

Le  tremblement  de  terre  du  17  a  ^te  ressenti  dans 
TAlIemagne  meridionale,  en  Baviere  et  dans  le  Wurtem- 
berg. 

Enfin,  le  20  deeembre,  a  5  heures  et  demie  du  matin,  on 
a  ressenti  a  Agram,  en  Groatie,  un  violent  tremblement 
de  terre  avec  des  ondulations  dirigees  du  siid-est  au  nord- 
ouest.  II  dtait  accompagne  d*un  bruit  souterrain  qui  aug- 
mentait  d*intensi(^  avec  la  fbrce  des  oscillations.  La  dnr^e 
du  tremblement  de  terre  a  ele  estimee  a  3  heures  et  demie. 


(40) 

Le  bruit  souterrain  sVsi  fait  entendre  encore  quelque 
temps  apres  la  derniere  oscillation. 

Pendant  les  premiers  jours  de  Janvier,  Tamplitude  des 
oscillations  de  Taiguille  de  d^clinaison  a  TObservatoire  de 
Bruxelles,  a  presenle  qnelques  irr^gularites,  le  5,  vers  5 
heures  deTapres-midU  le  6,  h  9  heures  du  soir,  mais  sur- 
tout  le  7,  ^  3  et  9  heures  du  soir. 

Ge  matin,  9  Janvier,  Taiguille  subissait  des  deplace- 
ments  brusques  ^  chaque  oscillation.  Voici  les  positions 
qui  ont  ele  observ^es  dans  la  matinee,  tandis  qu'elle 
etait  en  moyenne  de  70,35  divisions  pour  les  buit  jours 
pr^c^denls,  a  9  heures  : 

9<»  4« 67,24 

9  55 69,08 

10  20 69,12 

10  45 68,14 

11  2 67,70 

It  en  ^tait  de  meme  pour  Taiguille  d'intensite  horizon- 
tale  (1). 

—  M.  Ad.  Quetelet  exprime  ensuile  le  regret  de  n'avoir 
pu  observer  avec  son  ills,  durant  la  nuit  du  27  d^cembre 
dernier,  Toccullation  des  Pleiades  par  la  lune :  le  ciel  est 
resle  constamment  couvert.  Cette  observation  avait  ^te 
particulierement  recommandee  par  M.  Bache,  charge  des 
travaux  g^odesiques  des  Iillals-Unis  et  associe  de  la  classe, 
qui  avait  eu  Tobligeance  de  faire  dresser  la  carte  pour 
rhorizon  de  Bruxelles. 


•  (1)  Les  journaux  ont  fait  conoajtre  depuis  qu*un  tremblement  de  terra 
avait  ^l^  ressenti,  du  8  au  9,  ^  Varna. 


(U) 


Stir  I'e'tat  meiiorologique  de  la  ville  de  Gand,  pendant  Fan- 
nSe  4857;  par  M.  F.  Duprez»  membre  de  TAcad^mie. 

La  grande  secheresse  qui  a  regne  eu  1857  in*a  engage 
a  eomparer  mes  observations  meteorologiques  de  cette 
annee  a  celles  des  annees  anlerieures.  Les  resulials  de 
cette  comparaison  font  i*objet  de  la  presente  note, 

D*apres  les  observations  faites  a  Gand »  de  18o9  a  1856, 
la  hauteur  moyenne  de  la  quaniiie  d'eau  recueillie  an- 
nuellement  s'eleve  a  771"°*,3,  et  le  nombre  raoyen  des 
jours  od  Teau  est  reeueillie,  a  159  (i).  L'annee  qui  vient 
de  finir  n'a  donne  que  428""",5  repartis  sur  un  nombre 
total  de  1 16  jours;  d'ou  H  suit  que  la  quantile  d'eau  cor- 
respondanle  a  1857  n*est  que  peu  superieure  a  la  moitie 
de  celle  qui  est  tomb^e  en  uooyenne  pendant  les  di&-huit 
annees  anterieures.  L'annee  qui ,  sous  ce  rapport ^  s'ecarte 
le  moins  de  la  precedente  est  1842;  celle  qui  s'en  ^loigne, 
au  contraire,  le  plus,  est  1841  :  pour  ces  deux  dernieres, 
les  hauteurs  de  Teau  mesuree  montent  respectivement  a 
580"'»,6  et  971  "•",0. 

Les  observations  faites  au  psychronaetre  accusent  egale- 
ment  la  secheresse  de  Tann^e  dont  il  s'agit;  elles  donnent, 
en  moyenne,  69,5  pour  Thumiditede  I'air  a  Theure  de 
midi,  tandisque  Thumidite  moyenne  obtenue,  pour  la 
m£me  heure,  pendant  la  p^riode  de  1849  a  1856  (2),  est 
73,9.  L'annee  de  la  periode  ci*dessus  qui  se  rapprocbe  le 


(1)  L'eau  recueillie  est  mesuree  d'un  midi  k  Tautre  et  comprend  aussi  celle 
qui  provient  de  la  fusion  de  la  neige  et  de  la  grele. 
\^)  Les  observations  du  psychromctre  ne  datent  que  de  1849. 


(«) 

plus  de  1857  est  1854,  pour  laqueile  i'humidit^  s'est  r^- 
duileJi  71,0. 

D'un  aatrq  cole,  la  temperature  iD()jeoDe  de  1857  s'est 
elev^e  h  11%4G.  et  est  soperiearede  1%1  a  celle  qai  appar- 
tient  aux  dix-huit  aDoees  anterieures;  en  outre,  il  est  a 
remarquer  que,  pendant  ces  m^mes  annees,  ia  tempera- 
ture moyenne  annuelle  n'est  mont^e  que  trois  fois  au-des- 
sus  de  11  degres,  savoir  en  1843,  1846  et  1852,  dont  les 
moyennes  ont  ii6  respeciivement  11*,1 ,  11%5  et  11%5. 

Enfin,  )e  baromelre  a  marqu^,  k  midi,  une  hauteur 
moyenne  de  760"'",46;  celle  hauteur  n'a  eti  d6pass^e 
qu*une  seule  fois  par  les  moyennes  annuelles  des  dix-hiiit 
annees  prec^dentes,  et  cela  en  1842,  od  elle  a  atieint 
760"-,60. 

En  r^sum^,  on  voit  par  les  nombres  eontenus  dans  cetie 
note  que  les  indications  des  instruments,  en  1857,  ont 
6i&  notablement  diiferentes  de  leurs  moyennes  generates, 
et  qu'elles  s'accordent  pour  confirmer  Tetat  m^tiorologi- 
que  remarquable  de  cette  ann^e. 


M.  Ad.  Qaelelet  fait  observer  que,  d'apr^s  VAnnuaire 
de  rObservatoire  pour  1858,  qu'il  vient  d'offrir  k  TAcade- 
itiie,  la  quanlite  d*eau  recueillie  a  Bruxelles,  du  1**^  decem- 
bre  1856  au  l**decembre  1857,  nes'ileve  qu'a  507»'»^19; 
si  Ton  remplace  le  mois  de  deeembre  1856  par  le  mois  de 
d^cembre  1857,  qui  a  ele  plus  sec,  on  oblient  453"'"',3Sr, 
a  peu  pres  le  meme  resullat  qu*a  Gand.  Toutefois,  le  nom- 
brede  jours  od  Ton  a  recueillide  Teau  s'eleve,  k  Bruxelles, 
k  154. 


(15) 

—  M.  Gluge,  directear  de  la  classe  pour  1857,  exprime 
ses  remerclmenLs  k  la  compagnie  et  cMe  le  fauteuil  k 
M.  d*Omalius  d'Halloy,  directeur  de  la  classe  et  pr^ident 
de  I'Academie  pour  1858;  M.  d'Omalius  propose  de  voter 
des  remerciments  k  son  pred^cesseur.  Des  applaudisse- 
ments  accueillent  cette  proposition. 

M.  MelsenS)  nomme  directeur  pour  1859,  vient  en 
meme  temps  prendre  place  au  bureau. 


(U) 


CLASSE    DES   LETTRES. 


,     Seance  du,  41  Janvier  1858. 

M.  BE  Rah,  presideat  de  TAcademie. 
M.  Ad.  Quetelet,  secretaire  perpetual. 

Sont  presents  :  MM.  ie  baron  de  Gerlache,  Gachard, 
David ,  Schayes,  Snellaert,  Bormans,  Baguet,  Ch.  Faider, 
Arendt,  membres;  Nolet  de  Brauwere  Van  Steeland,  as- 
socii;  Malhieu,  Serrure,  Kervyn  de  Letlenhove,  Chalon, 
Th.  Juste,  Defacqz ,  correspondants, 

MM. Stasy  membre  de  la  classe  des  sciences,  Alvin  et  Ed* 
Felis,  membres  de  la  classe  des  beaitx-arls ,  assistenlii  la 
seance. 


CORRESPONDANCE. 


M.  Ie  Ministre  de  Tinterieur  fait  bommage  d'un  exem- 
plaire  du  tome  V  des  documents  stalistiques  publies  par 
son  departement,  avec  leconcours  de  la  Commission  cen- 
irale  de  statistique. 

—  La  Society  d*histoire  de  la  Suisse  romande  a  Lau- 
sanne remercie  TAcademie  pour  Tenvoi  de  ses  publica* 
lions,  et  lui  fait  parvenir  ses  derniers  memoires. 


(IS) 

—  M.de  Ram  fait  homroage  du  n°  XXI  de  ses  Analecles 
pour  servir  k  Thistoire  de  I'universite  de  Louvain ,  et  de 
VAnnuairede  la  meme  universite  pour  1858;  M.  Gachard 
presente  le  tome  Y(  de  la  Correspondance  de  Guillaume  le 
Taciturne,  et  M.  Kervyo  de  Leltenhove,  deux  volnmes 
intitules  :  Froissart.  Etude  litl^aire  sur  le  XIV^  Steele, 
qu'il  vienl  de  publier.  —  Remerciments. 


Discours  adresse  a  Sa  Mdjeste,  le  premier  jour  de  tan,  par 
k  president  de  V Academic,  M.  le  chanoine  de  Ram. 

<  Sire, 

Uoe  loi  du  cceur,  plus  puissanle  que  la  coulume,  fait  en 
ce  jour,  a  TAcademie  royale  de  Belgique,  un  devoir  de  pre- 
senter a  Yotre  iMajesle  le  tribut  annuel  de  ses  vceux,  de  ses 
hommages  et  de  ses  felicitations. 

En  demandant  a  Dieu  qu'il  daigne  nous  conserver 
longtemps  encore  notre  Roi  pour  le  bien-Stre  et  la  gloire 
de  la  patrie  et  pour  le  bonheur  de  la  famille  royale,  nous 
ue  faisons  que  renouveler  la  formule  d'une  priere  et  d'un 
acte  de  reconnaissance  que  la  Belgique  entiere  a  dans  le 
cceur  et  sur  les  levres. 

Lorsque  TAcademie  adresse  ses  hommages  au  Roi,  elle 
ne  pent  s'empecher  de  rappeler  que  le  Roi  est  son  protecieur. 

Sire 9  nous  nous  efforcerons  de  meriter  toujours  Thon- 
neur  de  cetle  royale  protection  par  un  profond  respect 
pour  nos  institutions  politiques  et  par  une  inviolable  fide- 
lite  h  Yotre  personne  et  2i  Yotre  dynastic. 

Sous  Yos  auspices »  les  trois  classes  de  FAcademie  ne 
negligeront  rien  pour  remplir  dignement  la  pacifique  et 


(16) 

nalionale  mission  qui  lent  esi  confii^;  elles  continiieront 
k  r^unir  leurs  efforts  pour  faire  fleurir  de  plus  m  plu9  les 
sciences,  ies  lettres  et  les  arts  sur  le  vieux  sol  de  la  BeN 
gique»  que  ia  sagesse  el  le  devouemeol  de  Yotre  Majesie 
ont  dot^  d*ude  vie  nouvelle. 

Permettet,  Sire,  que  Texpressioo  de  nos  hommages  soil 
accompagnee  de  I'expressioD  de  nos  plus  respecieuses  fe* 
licitations. 

Le  Ciel  a  daigne  b^nir  raliiance  de  l*h^ritier  du  Trdne 
avec  Tauguste  petite-fille  de  cette  immortelle  Marie-The- 
r^se  qui  fonda  notre  Acad^mie. 

Cette  bduediction  manquait  au  boubeur  de  Yotre  Ma- 
jest^  et  a  celui  de  la  famille  royale. 

Un  graud  et  heureux  ^v^uement  s'accomplira  bieutdt : 
nous  le  saluons  d'ayance  comme  Tobjet  des  plus  deuces 
jouissances  du  Roi  et  de  ses  augustes  enfants. 

L*espoir  et  Tavenir  du  pays  reposent  sur  cet  ^venement, 
qui  perpetuera  les  bienfaits  du  r^gue  de  Votre  Majesty  sous 
les  r^nes  m^smes  de  ses  successeurs  les  plus  recules.  » 


RAPPORTS. 

Charles-Quint  et  Marguerite  d'Autriche.  Elude  sur  la  mi- 
norilef  t^mancipation  et  I'av^nement  de  Charles-Quint  a 
VEmpire;  par  M.  Th.  Juste,  correspondant  de  TAca- 
demie. 

c  Dans  les  vingi  dernieres  annees,  des  documents  aussi 
importants  que  nombreux  ont  ete  mis  en  lumiere  sur  la  mi- 


(-17  ) 

norite  et  les  commeoceinents  du  regne  de  Charles-Qaibt. 

Moire  savant  confrere  M.  Le  Glay ,  qui  occape  si  digDe^> 
ment,  k  Lille,  le  poste  illustrejadisparlesGodefroyy  a 
poblie  deux  recueils  egalement  precieux ,  Tun  et  I'aatre 
tir^s  du  riche  depot  doQt  la  garde  lui  est  coofiee  :  je  venx 
parler  de  la  Correspondance  de  Marguerite  d'Autricbe  avee 
rempereur  Maximilien ,  son  pere ,  et  des  Negociations  di- 
plomatiques  eutre  TAutriche  et  la  France,  de  1501  a 
i530»  M.  Van  den  Bergh  a  extrait  du  meme  depdt  la  Cor- 
respondance de  Marguerite  ayec  ses  amis  sur  ies  affaires 
des  Pays-Bas. 

M.  LanZ)  a  qui  le  public  etait  deja  redevable  de  trois 
volumes  de  lettres  de  Charles-Quint,  empruntees  k  nos 
archives  et  a  notre  bibliotheque ,  a  donne,  sous  les  aus- 
pices de  I'Acad^mie  imperiale  des  sciences  de  Vienne ,  un 
premier  volume  de  la  correspondance  de  ce  monarque , 
d'apres  les  originaux  qui  autrefois  etaient  gardes  a  Bruxel- 
les,  et  qui  furent  transportes  en  Autriche  en  1794;  ce 
volume  embrasse  les  annees  1513  k  1521 :  Tauteur  Ta  fait 
suivre  d'une  belle  introduction,  pour  laquelle  il  est  aile 
express^ment  compulser  les  celebres  archives  de  Yenise. 
Enfin  un  des  ^venements  les  plus  considerables,  on  pour- 
rait  dire  meme  Tevenement  capital  de  la  vie  de  Charles- 
Quint,  —  la  lutte  qu'il  y  eut  entre  lui  et  Fran<;ois  I"  pour 
Telection  a  TEmpire,  —  a  ele  parfaitement  eclaircie,  d'un 
cole,  par  lesdepeches  et  les  instructions  memos  de  Charles- 
Quint  et  de  Marguerite  d'Autriche,  et  par  les  rapports  de 
leurs  ambassadeurs ,  que  M.  Mone  et  M.  Le  Glay  out  fait 
connaltre  au  public;  de  Tautre,  par  le  remarquable  tra- 
vail dont  M.  Mignet  a  enrichi  la  Revue  des  Detioc-Mondes , 
travail  qui  s'appuie  essentiellement  sur  les  actes  de  ia 
chancellerie  de.  Francois  V%  restds  ignores  ju^e-lk. 

J**  SAniB,  TOME  IV.  2 


(18) 

.  ie  be  parle  pas  A'nne  foulede  pieces  diverses  ({Hi  soat 
^parses  chins  li^s  Builetios  de  la  GommissioD  royalti  d'his- 
toire  et  dans  d'autr^s  recueils  public  en  Belgiqoe, 

Oil  coo^it  que,  depuis  la  mise  en  lumi^re  de  toas  ecfs 
documents,  rhistoire  de  la  ligue  de  Gambrai  de  Dnbos,' 
Tiiistoire  de  Francois  I''  de  Gailiard,  Thistoire  m^me  de* 
Gharles^Quint  de  Robertson ,  ont  perdu  beiaeoap  de  leur 
autbriiie;  qu'elles  ne  suiQisent  plus  a  ceux  qtii  Teuieut  aO" 
querir  utie  tonaaissance  exacte  et  ccnuplite  des  bits,  h 
eeux  surtout  qui  aiment  a  jtrger,  mh  ser  des  iiypotbtees , 
roais  sur  des  temoignages  certains,  la  politique  des  prineei 
et  de  leurs  kainistres. 

II  feat  dofic  savoir  gi^  k  M.  luste,  de  ia  tii^uvelle^ude 
qu'il  vient  de  pnisenter  k  la  classe.  G'est  un  sernc^  k 
ajouter  4  tons  ceux  qtt*il  a  d^^j^  rendus  a  eotre  blstoire  aa^ 
tionale. 

Le  travail  de  aotre  honorable  coaft^e  se  divise  en 
cinq  ebapitres ,  precedes  de  quelques  pi^es  en  (brtae  de 
preface,  el  suivis  d'une  conclusion. 

Le  preraier  cbapitre  est  intitule  :  JtfoJctmtfitti  /*"  et  PW* 
Uppe  le  Beau.  Les  negociations  qu'il  y  eut  eatre  ies  maisoas 
d'Autriche  et  de  France,  depuis  le  manage  de  Ma&imiiiea 
avec  rh^ritiere  de  Bourgogae,  les  alliances loaatHmoaiales 
que  M^ximiliea  contracta  avec  les  rots  catholiqueSi^  les 
deux  voyages  de  Philippe  le  Beau  en  Espagia^,  ses  'diM-' 
rends  avec  le  roi  Ferdiaaad,  soa  beaa-p^re,  formeat  les 
mati^res  pri nci pales  de  ce  chapitre,  qui  flnit  a  ia  mort  ^ 
TarcMduc,  arrivee,  coanae  on  «ait,  le  25  sdpletabre  1306,' 
a  Burgos. 

Le  chapitre  II  est  iatituW  :  Murguerite  d'Aw^che  «l 
Charks  d'EgmoriH.  Les  frreaiiefes  pages  en  seat  cotisa^ 
crees  au  f^t  d^  ^ts  gea^raux  de  1^06,  ^  la  t^mtx^ 


(19) 

des  Pays-Bas,  ai&si  que  la  tntelle  des  enfants  mineurs  de 
Philippe  le  Beaa,  furent  deferees  k  Tempereur  Maxima 
Iien»  et  des  ^tats  de  1507 ,  ou  Tarchiduchesse  Marguerite , 
nominee  par  8on  pere  gouvernante  des  Pap-Bas,  fut  re- 
conn  ueet  inslallee  en  cette  qualite.  Le  souci  le  plus  grave 
du  nouveau  gouvernement  etait  la  guerre  qull  avait  h 
souvenir  conlre  Charles  d'Egmont,  due  de  Gueldre,  pro* 
tege  par  la  France,  tan  tot  ouyertement ,  tantdt  d'une  ma- 
niere  detourn^e.  L'auteur  retrace  les  efenements  de  cette 
guerre  pendant  les  annees  1507  et  1508,  mais  il  ne  se 
borne  pas  la  :  pour  en  faire  mieux  apprecier  les  causes  et 
le  caractere,  il  remonte  jusqu'a  la  mort  de  Renaud  IV, 
due  de  Gueldreetde  Juliers,  auqueU  a  defautde  post^rit^ 
l^itime ,  succeda  son  arriare-neveu  Arnould  d'Egmont; 
il  dit  les  d^bats  qui  s'^lev^rent  entre  ce  dernier  et  son  fils 
Adolphe,  rintervention ,  dans  leurs  differends,  de  Charles 
le  Hardi,  remprisonnement  d*Adolphe  dans  les  ch&teaux 
de  Yilvorde  et  de  Courtrai,  la  cession  de  la  Gueldre  au 
due  de  Bourgi^oe  par  Arnould  d'Egmont,  le  soulevement 
de  cette  province  apres  le  di^sastre  de  Nancy,  Tappui 
qu*elle  trouva  dans  la  France,  et  enfin  Toriginede  la  que* 
relle  qae  Maximilien  et  Philippe  le  Beau  eurent  avec 
Charles  d*l^mont,  petit-fils  d* Arnould. 

Dans  le  chapitre  III ,  qui  porte  pour  titre  :  La  Ligue  de 
Cambraiet  la  sainte  Ugue,  Tauteur  s'occupe  de  ces  deux 
grands  £aiit$  diplomatiques  et  des  princlpaux  evenements 
qui  les  prodnisirent ,  ou  auxquels  ils  donn^renl  naissance. 
La  guerre  des  Fran^ais  en  Italic  occupe  une  place  etendue 
dans  ce  chapitre,  qui  finit  a  ravenement  de  Francois  1"^ 

Le  chapitre  IV  est  intitule  :  Marguerite  d'Aulricheet  le 
eardmal  Ximenes^  Dans  les  precedents  chapitres,  Charles- 
Quint  nous  est  k  peine  apparu ;  Tauteur  n^a  fait  mention 


(20) 

de  lui  qu'a  propos  de  sa  naissance  et  des  projets  qui  fu- 
rent  codqus  de  le  marier,  d'abord'  avec  Claude  de  France , 
ensuile  avec  Marie  d'Angleterre.  Ici  le  futur  vainqueur  de 
Soliman  et  de  Frangois  I*'  est  place  an  premier  plan. 
L'auteur  nous  raconte  son  enfance,  son  education,  les 
penchants  qu*il  manifesta  de  bonne  heure.  II  nous  entre- 
tient,  apr^s  cela,  de  son  emancipation  comme  souverain 
des  Pays-Bas,  de  ses  relations,  si  satisfaisantes  alors, 
avec  le  monarque  fran^ais ,  de  ses  premiers  actes  des  qu'il 
eut  ete  appele  a  recueillir  Thdritage  des  rois  catholiques, 
de  son  depart  pour  TEspagne,  de  sa  reception  en  Castille 
et  en  Aragon.  Des  particularites  interessantes  sur  la  riva- 
lite  qui  existait  entre  I'ancien  gouverneur  de  Charles- 
Quint,  Guillaume  de  Croy,  et  Tarchiduchesse  sa  tante,  sur 
Fadministration  du  cardinal  de  Ximenes,  sur  les  griefs 
des  communes  de  Caslille  contre  les  conseillers  flamands 
de  leur  nouveau  souverain,  sont  consignees  dans  ce  cha- 
pitre. 

Le  chapitre  V,  intitule :  Charles-Quint  et  Francois  /**•, 
forme  la  parlie  la  plus  considerable  du  travail  de  M.  Juste; 
il  a  pour  sujet  la  guerre  diplomatique  ou  ces  deux  princes 
se  disputerent  la  couronne  imperiale  vacanle  par  la  mort 
de  Maximilien,  et  dont  le  resultat  final  donna  la  victoire 
k  son  petit-fils.  Notre  honorable  confrere,  metlant  en 
oeuvre  avec  succes  les  maleriaux  dont  nous  avons  parI6 
au  commencement  de  ce  rapport,  fait  un  recil  anime  de 
cette  lutte  solennelle  qui  mit  en  emoi  toute  FEurope. 

Dans  sa  Conclusion,  qui  pourrait  etre  aussi  bien  ap- 
pel^e  le  sixieme  et  dernier  chapitre  de  son  travail,  Fau- 
teur  raconte  Fembarquement  de  Charles-Quint  k  la  Co- 
rogue,  apres  son  Election  a  FEmpire ,  ses  entrevues  avec 
Henri  VIII,  a  Douvres  et  a  Gravelines,  son  arrivee  k 


(  24  ) 
Flessingue,  ses  commuoications  aux  ^lats  generaux  as- 
sembles a  Bruxelles  et  a  An  vers,  les  mesures  qu'il  prit,  a 
son  depart  pour  rAllemagne,  touchant  le  gouvernement 
des  Pays-BaSy  enfin  son  couronnemenl  a  Aix-la«ChapeIle. 
II  termine  par  quelques  mots  sur  la  carriere  glorieuse 
qui  allait  s'ouvrir  devant  Theureux  descendant  des  maU 
sons  de  Bourgogne  et  d'Autriche. 

Telle  est  Tanalyse  de  Tetude  sur  Charles-Quint^  et  Mar^ 
guerite  d*Aulriche  que  M.  Juste  a  presentee  a  la  classe. 
Notre  honorable  confrere  s'est  propose  plutdt  de  narrer 
que  de  discuter.  Sa  narration,  toujours  consciencieuse, 
s'appuie  sur  les  meilleures  autorites.  II  n'a  neglige  aucune 
des  sources  auxquelles  le  public  a  ele  mis  a  meme  de 
puiser.  II  cite  meme  plusieurs  Tois  des  documents  inedits. 

Un  des  merites  de  ce  travail,  a  mes  yeux,  c'est  qu'en 
retablissant  les  faits,  et  par  la  seule  force  de  la  verite,  il 
venge  nos  princes  des  injustices  et  de  la  partialile  des 
ecrivains  etrangers,  des  bistoriens  fran^ais  surtout.  L*au- 
teur  fait ,  k  ce  sujet,  dans  sa  preface,  des  reflexions  qui  me 
paraissent  meriter  d'etre  reproduites  ici ,  et  c'est  par  \h 
que  je  terminerai  :  «  Q'a  ele  longtemps  comme  une  tradi- 

>  tion,  dit-il ,  de  vanter  outre  mesure  Louis  XII  et  Fran- 

>  gois  P' ,  et  de  rabaisser ,  de  railler  m£me  les  princes 

>  d'Autriche,  leurs  contemporains.  La  publication  des 
»  documents  restes  inedits  pendant  plus  de  trois  siecles, 

>  permet  de  rectifier  bien  des  erreurs,  de  combler  de 

>  grandes  lacunes,  et  de  dispenser  la  justice  historique 

>  d'une  main  plus  imparliale.  II  y  a ,  ce  semble,  beaucoup 
j»  a  rabattre  aujourd'hui  de  la  bonne  foi  de  Louis  XII  et  du 

>  caractere  chevaleresque  de  Francois  P'.  D'un  autre  cole, 

>  Maximilien ,  Philippe  le  Beau ,  Charles-Quint  et  surtout 

>  Marguerite  d'Autriche  regagnent  dans  I'opinion ,  lors- 


(») 

>  qii*oo  prend  la  peine  d'^tudier  coDseieneieaseiDenl  el 
i»  compl^ement  tears  actes.  Maximilien  loUm^me ,  malgr^ 
^  ses  lettres  bizarres  (veritable  amalgame  de  fran^ais, 
»  d'allemand  etde  latin)  ^  malgr^  FiDconsifttance  de  son 

>  caractere  et  la  mobility  de  ses  projets ,  Maximilien  ansst 
»  prend  un  aspect  plus  s^rieux*  On  s*aper$oit  qu'il  a  nn 
»  but,  et  que,  malgr6  son  inconstance  apparente,  ii  le 

>  poursuit  avec  nne  singuliire  t^nacit^.  II  vent  non*seu- 
»  lement  la  grandeur  de  la  maison  d'Antriche,  la  pre* 
p  mi^re  du  monde,  selon  lui,  mais  il  veut  en  outre  que 
9  cette  grandeur  ait  pour  base  la  possession  de  tons  les 
»  £tats  patrimoniaux  qu'elle  a  h^rit^s  de  la  maison  de 

>  fiourgogne,  et  dont  les  provinces  beiges  forment  la  plus 
»  belle  part«  > 

J'ai  Tbonneur  de  proposer  k  la  classe  I'insertion ,  dans 
le  reeueil  des  mtoioires  de  I'Academie,  du  travail  de 
M«  Juste.  » 


<  Par  Tanalyse  que  mon  honorable  confrere  M.  Gachard 
vous  a  faite  du  travail  present^  par  M.  Juste ,  vous  pouvez 
juger  de  Tint^ret  qu'il  offre.  Depuis  quelques  ann^,  les 
bisloriens  se  sont  beaucoup  occup^s  de  Charles-Quint,  em- 
pereur,  et  exer^ant  en  cetle  qualiie,  uue  grande  et  legi* 
time  influence  sur  les  evenements  de  son  epoque.  II  reste 
it  I'examiner  sur  un  theatre  plus  petit ,  mais  peut*elre  plus 
interessant  pour  nous ,  en  enumerant  et  appreciant  ses 
actes  par  rapport  k  la  Belgique,  son  pays  naial.  L'auteur 
du  m^moire  soumis  k  voire  appreciation  a  comble  cette 
lacune  pour  la  premiere  partie  de  la  vie  du  grand  homme. 


(») 

£A  ja>ad  GiaUis  pfts  de  dire  qu*il  I'a  fail  de  fa^du  a  mailer 
toujfoars  da^paoiage  la  reoonnaissaDce  At  ceox  qui  ^Hote- 
resaent  i  Tetode  de  Qotre  histoire.  Je  Q*h^ite  done  pas  ii 
vooa  proposer  aussi  IMnsertioD  deson  ceavredans  )es  ni^ 
oaeidrea  de  I'Acaditeie.  > 


t. 


-(<  tf  ^oua  asaiatons  k  une  grande  (Buvre  de  rdbabiiiiatioq 
bistorique :  on  est  en  train  de  refaire  aujourd'hui  Tbistoire 
du  XYP""  Steele;  et  c'est  prineipalement  de  la  Belgique 
qu'est  venu  ce  remarquable  mouvement  de  reaction*  Les 
pombreux  documeots  mis  au  jour  depuis  pen  par  lea  sa- 
l^antB  de  divers  pays,  panni  iesqoels  il  est  juste  de  compter 
an  premier  rang  notre  boaorable  confrere,  M;  Gacb^rd, 
out  ouvert  une  carriere  nouvelle  aux  ecrivains.  Le  plus 
grand  bomme  du  XVl^''  siecle  est  ineontestablement 
CbarlesrQuint;  Gbarles-Quint,  si  longtemps m^connu ,  est 
mieux  apprecie  k  mesure  que  les  faits  sent  mieux  etudies, 
que  les  baines  et  les  prejug(is  de  nation  et  de  religion 
tendeni  a  s'affaiblir.  Or,  Cbarlea-Quint  appartient  a  la  fiel« 
gique»  et  par  sa  naissanee  et  par  son  education*  En  prOf 
lltant  des  travaux  d^jk  connus,  et  en  y  ajoutant  ses  propres 
decouvertes  pour  retracer  la  premiere  epoque  de  la  vie  de 
Gbarles*QuiDt»  M«  Juste  a  fait  un  travail  utile,  plus  exact 
et  plus  complet  que  ses  devanciers,  et  qui  offre  beaucoup 
d*interet :  car  dans  le  progr^s  el  le  developpement  du  ca- 
racl^ed'un  grand  bomme,  rien  n'est  k  n^liger. 

Je  n'enlrerai  point  dans  les  details  du  memoire  de 
M.  Juste;  M.  Gacbard  en  a  lait  une  analyse  tidele  et  com* 


(24) 

plete.  Charles-Quint ,  ioiti^  aox  affaires  par  Gailiaume  de 
Croy ,  seigneur  de  Chievres,  entour^  de  conseillers  et  de 
courtisans  beiges ,  en  subil  rinfluence  jusqu'k  son  arrive 
en  Espagne.  Mais  doue  d'un  sens  exeellent ,  il  comprit 
bientot  combien  le  pouvoir  confie  a  des  Strangers  excite  la 
baine  et  Tenvie  des  nationaux.  Philippe  H  commit  la 
meme  faute,  et  il  eut  le  tort  de  le  reconnattre  beaucoap 
irop  tard. 

La  partie  principale  du  m^moire  de  M.  Juste  est  relative 
a  la  lutte  qui  s'eleva  entre  Charlte-Quint  et  Francois  P 
pour  la  conronne  imp^riaie;  lutte  ou  cbacun  des  conten- 
dants  deploya  tons  les  moyens  que  peuvent  sugg6rer  I'ba- 
bilete  diplomatique  et  Tart  de  la  seduction ,  sans  en  excep* 
ter  la  corruption. 

Dans  son  travail,  qui  s*etend  jusqu'k  Tannte  i520, 
M.  Juste  ne  dit  qu'un  mot,  en  terminant,  de  Luther,  qui 
fut  proscrit  k  la  diete  de  Worms,  comme  perturbateur  de 
TEmpire.  Mais  n  aurait-il  pas  du  parler  un  peu  plus  ion- 
guement  de  cette  nouvelle  doctrine  qui,  depuis deux  an« 
nees  deja,  avait  envahi  et  mis  en  feu  une  partie  de  TAIIe* 
magne  et  qui  devait  changer  et  r^volutionner  la  face  de 
TEurope?  M.  Juste  repondra  peut-etre  qu'il  n'en  trait  pas 
dans  son  cadre  d*aborder,  en  passant,  un  si  vaste  sujet, 
qui  appartient  plus  a  la  vie  militante  qu'k  la  jeunesse  de 
Charles-Quint.  Aussi  je  n'ose  insister  sur  I'objection. 

J'estime,  comme  nos  confreres,  MM.  Gachard  etBor« 
gnet ,  que  le  m^moire  de  M.  Juste  est  tres-digne  de  figurer 
dans  les  memoires  de  TAcademie.  > 

Conformement  aux  conclusions  de  ses  commissaires » la 
classe  a  ordonne  Timpression  du  memoire  de  M.  Juste. 


(25) 


tLECnONS. 


Laclasse,  aw  termesde  son  r^Iement^  s^oeeapeen* 
suite  de  la  nomination  de  son  directeur  pour  Fannee  1859; 
M.  le  baron  de  Gerlacbe  reunit  ia  majorite  des  suffrages 
et  est  invito  h  venir  prendre  place  au  bureau. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES, 


M.  Gachard  donne  lecture  d*une  notice  tntitulee :  Chute 
de  don  Carlos  a  Aleala;  La  ciasse  demande  insertion  de 
cette  notice  au  Bulletin;  mais  fauteur  pr^fere  la  conserver 
incite  pour  le  moment,  en  se  r^rvant  de  la  reprodaire 
plustard. 

—  La  ciasse  s'occupe  encore  de  differentes  dispositions 
a  prendre  relativement  aux  publications;  cette  question 
est  renvoy^  k  la  commission  administrative  de  TAcad^mie. 

—  En  Tabsence  du  vice-directeur,  qui  a  ete  force  de 
quitter  la  seance,  M.  le  secretaire  perpetuel  propose  a  la 
ciasse  de  voter  des  remerciments  kM.de  Ram ,  le  direc- 
teur sortant,  qui  £tait  en  meme  temps  president  de  TAca* 
demie.  Des  applaudissements  accueillent  cette  proposition. 


(W) 


Seance  du  7  Janvier  4858* 

M.  Alvin^  directeur. 

M.  Ad.  Qg^T^xJST,  §ecr^ia^ire  perp^tuel, 

Sont  presents :  MM.  Braemt,  De  Keyzer,  G.  Geefs,  Navez, 
Roelandt^  Suys,  Van  Hasselt,  Jos.  Geefs,  EriD  Corr,  Snel, 
Pralkick,  Partoes,  Ed.  P^tis,  De  Busseber,  Portaels^  nlem- 
bres;  Galamatta,  assocU;  Aiph.  Biiat,  Dbmanet,  eorrespor^ 
imts. 

Mj  K^rvyn  dd  LetteohoTe  ^  cormpondani  de  la  i^asse  des 
letires,  assiste  k  la  stance. 


;  i   ' 


correspondance. 


.  I^a  classd  apprqnd  aveo  doul^ur  la  mort  d^  M*  Rsluc))  , 
asswiii  de  la  section  de  sculpture^  de^ede  le  mpis  precedapt. 

''  —  II  est  donn6  lecture  d*uhe  leitre  de  M.  le  Ministre  de 
rinterieur,  conceroant  le  voyage  de  M.  Benoit,  laureat  du 
grand  concours  de  composiiion  musicale.  M.  le  secretaire 
perpetuel  fait  counailre  que,  vu  Furgence,  ii  a  adresse 
cette  depeche  a  M,  Fr.  Fetis,  president  de  la  commissioQ 


(87) 

permanente  de  ce  concours,  et  il  donne  commuoicalion 
de  sa  reponse,  a  laquelle  souscrit  son  collegue  M.  Snel. 

—  MM.  les  que;sleurs  du  i^enat  et  de  la  Cha^bre.des 
Representants  toal  parvenir  des  cartes  pour  les  tribunes 
reservees.  —  Remerciments. 

—  M.  Aivin  rend  sommairement  compte  de  ce  qui  a  eu 
lieu  jusqu'a  present,  dans  la  commission  chargee  d*exa- 
miner  Topportunit^  de  la  fondation  d*une  ^cole  beige  des 
beaux-aru  a  Rome,  .        , 

Une  leitre  de  M.  Bossuef,  sur  le  mSme  sujet,  est  renvoyee 
k  Texamen  de  la  commission. 

—  M.  Van  Hasse^  fait  bommage  d'on  recueii  d^  Nwr^ 
velles  poesies.  —  R^merciments. 


iLECtlONS. 

Aux  termes  de  son  r^lemekit^  la  elaase  ayait  k  d^gner 
$00  directeur  pour  1859 ;  la  grande  majority  des  suffrl^s 
ptoclame  H.  Fr.  Feiis. 

La  classe  s'est  occupee  ensuite  de  nommer  quatre  assQ* 
ci^s  en  remplacement  deMM.  Rude^  David  d'Angens,  Delar 
roche  et  Boucher -Deso'oyers  qu'elle  a  perdus  succe^sive^ 
ment. 

Les  dioix  se  sont  fix&  sur  MM.  Duret ,  de  Parla,  Riet* 
sehell)  de  Dresde^  Pieot,  de  Paris »  el  Martinet »  de  la 
mdmeville. 


"  • « 


(28) 


CAISSB  GENTRALE  DBS  ARTISTES  BELGES. 

M!VI.  Ed.  F^tis  et  Braemt  pr^sentent  un  aper^u  de  la 
situation  de  la  Caisse  des  artistes  en  1857.  Get  6tat  sera 
compl^t^  dans  la  prochaine  seance. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


Jean  Duvivier,  notice  historique;  par  M.  £douard  F^tis, 

noembre  de  TAcademie. 

Nous  ue  sommes  pas  reduit ,  pour  ecrire  la  vie  de  cat 
artiste,  k  de  vagues  renseignements  recueiilis  h  grand* 
peine  ou  trouv^s  par  hasard.  Un  document  d*une  incon- 
testable authencit^  nous  a  fourni  sur  sa  carriere  et  sur 
ses  travaux ,  des  details  precis.  Deux  ans  aprte  sa  mort , 
Tabbd  Gougenot  iisait  a  TAcad^mie  royale  de  peinture  et 
de  sculpture  de  Paris,  dont  le  graveur  liegeois  avait  eti 
membre,  une  notice  composee  k  Taide  d'indications  qu*il 
tenait  du  fils  de  ce  dernier.  C'est  h  cetie  notice,  dont  le 
departement  des  manuscrits  de  la  Bibliolheque  royale  pos- 
sede  une  copie,  que  nous  empruntons  les  faits  principaux 
de  la  biographic  qu*on  va  lire,  et  dont  la  place  est  marquee 
dans  ce  recueil  oix  nous  nous  sommes  propose  de  faire  ap- 
paraitre  successivement  tons  ceux  de  nos  artistes  qui  ont 
acquis  de  la  celebrite  a  Tetranger.  Aux  indications  fournies 
par  rbistoriographede  TAcademiede  peinture,  nousajou- 


(29) 

terons  celies  que  nous  ont  procarees  nos  propres  recher* 
che$9  et  qui  porlent  princtpaiement  sur  les  travaux  attri- 
bues  a  DuTivier  dans  Tart  de  la  gravure  au  burin. 

Ne  a  Liege  le  7  fevrier  1687,  Jean  Duvivier  re^nl  les 
premieres  notions  de  dessin  de  son  pere,  Gendulphe  Du« 
vivier,  graveur  des  cachets  et  de  la  vaisselle  du  prince* 
eveque.  Des  qu*il  fut  en  ^tat  de  manier  te  burin ,  Gen* 
dulphe  Tassocia  k  ses  occupations  officielles.  Toutefois 
Fhonneur  d*illustrer  les  plats  d'argent  destine  k  figurer 
sur  la  table  du  souverain,  ne  satisfaisait  qu*imparfaitement 
i'ambition  du  jeune  artiste.  II  voulut  s'^lever  plus  haut,  et 
s'appliqua  a  T^tude  de  la  peinture.  Sans  autre  guide  que  la 
nature  et  seconde  par  un  heureux  instinct,  il  acquit  en 
pen  de  temps  la  connaissance  des  proc^^  techniques  du 
coloris. 

Le  travail  du  pinceau  ne  faisait  cependant  pas  negliger 
complelement  a  Duvivier  celui  du  burin.  Convaincu,  par 
Texempie  des  anciens  maitres,  qu*un  artiste  pent  traiter 
concurremment  avec  succ^s  les  differents  genres  qui  ont 
pour  base  lesprincipes  g^n^ranx  da  dessin,  il  continua  k 
graver,  tout  en  s*occupant  de  peinture.  C'est  ici  le  lieu 
d*examiner  une  question  fortembrouillee,  qui  serattache 
k  notre  histoire  iconographique  en  meme  temps  qvl'k  h 
biographie  de  Duvivier,  et  dont  il  ne  nous  a  pas  ^t^  pos- 
sible, nous  sommes  oblige  d*en  convenir ,  de  dissiper  tout 
a  fait  Tobscurit^. 

Dans  le  Manuel  des  curietuc  el  des  amaleurs  d'Huber  et 
Host,  on  lit  ce  qui  suit  a  Tarticle  de  notre  artiste:  t  Jean 
du  Vivier  ou  de  Vivier,  celibre  medailleur  et  graveur  k 
Teau-forle,  n6  k  Liege  en  4687  et  mort  a  Paris  en  4761. 
II  vint  h  Paris  ou  il  fut  re^u  membre  de  TAcad^mie  royale 
en  1718.  Tous  ses  ouvrages  offrent  une  fermete  et  one 


(80) 

profHrcte.fll*iiiTttition  admirables.  Louis  XViui  donna,  ea 
47S%  y  ao  It^esBtni  a  la  galerie  da  Louvre,  avec  une  p^* 
sion.  Paneni  i^us  ks artistes de sou  temps,  e*esfc  do  Yivier 
qui  a  ie  mieuK  saisi  la  ressemblaoce  de  ce  prince.  Dans  la 
qoaatite  de  mMaillons  qu*il  a  graves ,  on  remarque  parti* 
culteremeiBl  ceuxdu  couronnemeni  de  Louis  XV,  la  status 
eq«6stre  do  ce  prince  erigee  sur  la  place  de  Bordeaux » 
ies  busies  du  roi  ilans  ses  difEerenls  &ges.  La  delicatesse 
el  la  force  brilleat  dans  ioutesses  productions;  la  douceur 
et  ia  inodestie  formaieni  le  fond  de  sou  caracl^re.  Gel  ar- 
tistea^rave  avec  le  meme  esprit  sur  cuivre.  It  signal 1 6e$ 
estampes  Giovan.  ou  G.  de  Vimer  fecit.  Je  connaisde  lui  Ies 
morceaux  suivants  tres*recherches  des  connaisseurs.  > 
Vient  ensttite  la  description  de  cinq  estampes ,  savoir  :  le 
portrait  de  Bertholet  Flemalle,d'apres  ce  peintre,  celui  de 
Pierre  4es€k)ttges,  avocat  au  parlement,  d*apres  Tourniire» 
laCvisiniete  flamande^  le  Christ  mis  au  tombeau  et  la  Ten* 
iattatti  de  9fiim  Antoine,  d*apr^s  Antoine  Yanden  HeuveL 
L'erreur  des  auieurs  du  Manuel  a  ei^  relevee  dans  le 
Prntrs-nravmr  franQ&iSy  par  M.  Robert -Dumesnil,  qui 
s*ex;prinie  ainsi :  c  M.  deMardles,  qui  possedait  Ies  estampes 
que  eel  artiste  (G.  de  Vivier  ou  du  Vivier)  a  gravees  d'apr^ 
Antoine  Van  Heovele,  le  range. dans  T^coie  fran^ise.  A 
part  son  mvb  ,  il  faul  convenir  que  sa  poinle ,  pleine  de 
gedjt  et  d'effet,  deeele  bieu  plotot  un  maitre  desecoles  fla- 
mande  ou  hollandaise.  MM.  Huber  et  Rost  ie  confondent 
avec  Jean.  Ou  vivier,  graveuren  medailles  de  Louis  XV,  et 
ne  font  des  d^ux  qu'une  seule  et  nieme  persoone,  en  in^- 
terprelant  rinitialeO.  qui  precede  le  nom  de  notre  artiste 
par  ^  prenom  Giovanni  que  Jean  Duvivier  aurait  portf 
lors4e  son  sejoiir  en  Italic.  Jean  Duvivier,  ne  en  1687,  ne 
pe^t  avoir  grave  des  estampes  raises  au  jour  avant  1666« 


(  51  )  . 

0^  ioi^,  c'esi  UB  artiste  fort  distioct  de  son  bomonyme. 
Nous  alloos  decrire  huit  pi^es  do  B«t^earti&te;qiii  adft 
naitre  dans  le  XVII'"^  sieole.  EiiessoQt  todies  lr^-rdr«$i  a 
r^xceptioD  des  n*"'  6  et  7,  doul  on  reiicdnlare  des^eu^vef^ 
modemes.  »  M.  Robert-Dttoiesnil  ue  mm(ioiifi€  paa  •  leB 
deux  portraits  cites  par  les  auteurs  dtt  Manuel  ^^  maiait 
ajouteii  leiir  liste  cinq  pieces^  qw  sont :  im  Evan^elisUs^ 
J1i4ii3s  et  6hir0n ^  le  FIAkur^le  Bufmir  e4  un  Passage.  ..■, 
L'ioonegraphe  frangais^est  parfaitement  fonde.a  sigoaAer 
h  meprisie  qn'o&t  faite  Huber  et  Rosi  en  attrsbuaat  a  uil 
meme artiste  testravaax  de ieaa  Duvivier ^t eeux  de G« 
de  Yivier;  mais  ini-tntenie  commet  devK  erreurs  daas  aa 
i^ectifi^alioD.  D'abord  ies'  aiit«ure  da  Mcmuel  des.eurieuslf 
]|^^nt  pas  dit  et  nre  po^Taienl  pas  dire  que  Duvivier  cbaogea 
sou  i^r^nom  de  Jean  en  celui  de  Gmaooi  pendant  son 
96fQf«r  en  Iiaiie^  par  la  raisoisit|ue}aniais  il  ne  fra&chtt  ieb 
Alpes^'Kousdemaiideroos^  en  second  lieu  ^  sur  quoi  s'esi 
fendd  M.  Robert-Dum^ntlpour  fixer  tit  d'aniaee  1666  l^eitd^ 
ctaiiM  des  ^slam^es  sigii6es<7.  du  Vi^kn  Auciiae  ne  porM 
dedate.  AiitoiD^'VaQden  Heuvd,  peintre  gantois^  4iim 
de  Ct*ayet*,;ei^  ntort  en  i677.  A  suppeser  que  les  ptioesq«i 
tieiprod^isent  aes  compositions  n'eo^aat  pu  ^tre  gravto 
que  de  son  vivant,  I'iconographe  fran^ais  n'en  anrait  pas 
mwiiseu  tort  de  preeiser  icette  dale  de  1666  CKHnme^ne 
It^aite  fextrent^.  LM^possibilite  d'aitribuer  k)s  estampes  en 
question  a  Jean  Duvivier,  n^  dk  ans  pins  tard^  restt 
evfd«iite;  mais  nouis  dirons  tout  a  Theurei  poiiequoi 
sieus  tenons  a  bieo  etablir  que  le  riapprocheinent  fait  par 
M.  Robert^Dutnesnil  entre  tes  daie&  i€66  et  i'687!»  est 
aifasoiuflfietot  ^rbHraire. 

.   M;.  Nagkr,  doni  la  consoenotense  esaotitude  doit  habj^ 
tftrilemeftt  inaj^^fitef  graiede  cooftaBcev^  tmnpe  sur |ilu- 


(32) 

sieur^  points,  en  ce  qui  concerne  noire  artiste,  daos  son 
Neues  allgetneines  Kunstler  Lexicon.  L'arlicle  qu'll  lai  €0o- 
sacre  a  la  iettre  D  n'est  que  la  reproduction  de  celai 
qu*avaient  donne  Huber  et  Rost.  Seuiement  il  ajoote  que 
les  estampes  sign^s  G.  de  Viviery  d'aprte  Antoine  Vandeo 
Heuvel  ne  soot  pas  rares,  et  en  cela  ii  se  trompe.  Lorsqull 
arrive  a  la  Iettre  V  de  son  diciionnaire,  il  a  en  connais* 
sance  de  la  rectification  faite  par  Robert  Dumesnil,  et  il  la 
reproduit ,  mais  sans  rappeler  que  lui-meme  s'est  m^pris 
dans  sou  premier  article,  et  des  explications  qu*il  vent 
donner,  resullent  de  nouvelles  erreurs  par  lesquelles  la 
question  est  encore  compliquee.  M.  Nagler  mentionne  ua 
G.  dn  Vivier,  sur  lequel  ii  ne  donne  aucun  renseignement 
biographique  et  qu*il  dit  seuiement  avoir  du  travailler 
avant  1666,  se  conformant  en  cela  k  Tindication  arbitraire 
de  Tanteur  du  Peintre-graveur  frangais.  Ge  G.  du  Vivier 
aurait  grave  les  planches  qui  reproduisent  les  peiolures 
d'Aptoine  Vanden  HeuveL  Mais  voici  que  vient  ensuite  ua 
Jean  Guillanme  du  Vivier,  invent^  par  M.  Nagler,  qui  iui  at- 
tribue  les  portraits  de  Bertholet  Fl^malle  et  de  Des  Gouges, 
en  (ixant  le  temps  de  sa  carri^re  active  de  1700  a  1740.  On 
voit  que  le  savant  biograpbe  allemand  n'a  gudre  simplifi^ 
les  choses. 

II  est  un  fait  possitif ,  c'est  que  le  Duvivier  dont  nooB 
nous  occupons  est  Tauteur  des  portraits  deBerthoiet  Fie* 
malle  etdeDes  Gouges.  Uassertion  de  Tabbe  Gougenot,  qui 
^rivait ,  comme  nous  Tavons  dit,  d*apres  des  renseigne- 
ments  fournis  par  la  famille  du  graveur  des  medaiiles  de 
Louis  XV,  suiBt  pour  dissiper  tous  les  doutes  k  cet  egard, 
II  reste  k  decouvrir  quel  pouvait  etre  le  G.  du  Vivier  au* 
quel  on  doit  les  eaux-f'ortes  faites  d'apr^  Vanden  Heuvel. 

On  a  VII  que  Jean  Duvivier  ^ait  fils  de  Gendulphe  Do* 


(35  ) 

vivier,  gravenr  des  cachets  et  de  la  vaisselle  du  prince- 
eveque  de  Liege.  II  n'y  a  rien  d'impossible  a  ce  que  ce 
Geadulpbe  soil  ie  graveur  qu'on  cherche  vaineineDt,  en 
Toulant  faire,  au  moyen  de  Tinitiale  G.,  un  Giovanni  ou  un 
Guillaumeqm  n'ont  jamais  existe.  GendnlpbeDuvivierpeut 
bien  avoir  grave  a  Gand,  d'apres  Antoine  Vanden  Heuvel , 
avant  d'etre  employe  par  T^veque  de  Li^ge.  Jean  Duvivier 
avait  fait,  avant  d'aller  k  Paris,  sa  plancbe  du  portrait  de 
Bertbolet  Flemalle.  Or,  il  n'eut  pas  d'autre  maitre  que  son 
pere.  Celui-ci  avait  done  Tbabitude  de  manier  la  pointe  et 
le  burin ;  il  connaissait  les  procedes  de  la  gravureen  taille- 
douce.  Si  nos  conjectures  sont  Tondees,  nous  aurions  un 
nom  de  plus,  celui  de  Gendulphe  Duvivier,  k  inscrire  sur  la 
liste  des  graveurs  beiges.  Ce  ne  sont  que  des  suppositions, 
k  la  v^rite,  mais  elles  ont  sur  celles  pour  lesquelles  on  a 
essaye  d'interpreter  la  signature  de  G.  Duvivier,  I'avan- 
tage  de  la  vraisemblance.  II  ne  faut  pas  s'arreter  k  la  dif- 
Florence  d*orlhograpbe  du  nom ,  car  notre  artiste  a  signe 
lui-meme  ainsi :  /.  du  Viviery  les  deux  estampes  qui  lui 
sont  attributes  avec  certitude,  ainsi  que  deuxautres  pieces 
de  moindre  importance  dont  il  sera  parle  plus  loin. 

Apres  avoir  longtemps  besite  entre  la  gravure  et  la  pein- 
ture,  Jean  Duvivier  opta  d^finitivement,  il  le  croyait  du 
moins,  pour  celle-ci.  Son  pere,  decide  par  le  succes  de  ses 
premiers  essais,  lui  permit  d'aller  etudier  en  Italie.  Notre 
jeune  artiste  partit  de  Liege  k  pied  et  se  dirigea  vers  Paris, 
en  proGtant  de  la  liberte  que  lui  donnait  cette  manierede 
voyager,  pour  s'arreter  partout  ou  il  trouvait  quelque  cbose 
d'inleressant  k  voir. 

Arrive  k  Paris,  Duvivier  se  mit  k  suivre  avec  assiduile 
les  cours  de  TAcademie.  II  y  dessina  pendant  tout  un  hiver 
et  fut  mjime  admis  au  concours  de  peinture;  mais  iors- 

2"*  SiRIE ,  TOME  IV.  3 


(34) 

qn'en  pr^entant  soq  tableau ,  il  dut  d^cliner  son  nom, 
son  &ge  et  le  lieu  de  sa  naissance,  on  s'aper^ut  qu*il  ^tait 
etranger.  Cette  cireonslance  Texeluait  du  concours,  don! 
le  prix  ^tait  la  pension  de  Rome  et  ne  s*accordait  qu'aox 
sujets  du  roi  de  France. 

Le  prix  de  Rome  ^tait  precisement  ce  qu'avait  ambi- 
iionne  Duvivier.  Ce  lui  fut  un  cruel  desap|)ointemenl  de 
devoir  y  renoncer.  D*un  autre  cdl^,  ce  qu*il  recevait  de  sa 
famille  ne  suffisait  pas  pour  lui  permettre  de  vivre  ^  Paris 
sans  tirer  parti  de  son  talent.  II  fut  done  oblige  de  cher- 
cher  ^  s'employer  d'une  fa^on  lucrative.  La  peinture  nelui 
etait  d*aucune  ressource;  il  reprit  le  burin.  N  ayant  pas  le 
temps  d'attendre  le  produit  de  travaux  dont  Tex^ution 
efit  exigede  longs  delais,  il  offrit  ses  services  pour  graver 
la  vaisselle  du  roi.  L*experience  qu'il  avait  acquise,  sous  la 
direction  de  son  p^re,  lui  fut  tres -utile  en  cette  circon- 
stance.  II  se  montra»  dans  Texecution  de  la  t&che  qui  lui 
fut  confix,  superieur  k  ceux  aux(|uels  elle  etait  echue  pr^ 
cedemment,  et  trouva  dans  cet  emploi  de  son  temps  une 
source  de  revenus  au  moyen  de  laquelle  il  put  reiablir 
I'ordre  dans  ses  finances. 

Ayant  repris  le  burin ,  Duvivier  en  fit  une  application 
plus  conforme  k  ses  instincts  d'artiste,  que  celle  k  laquelle 
Tavait  reduit  la  n^cessite.  II  grava,  d'apres  le  peintre  Tour- 
niire,  un  beau  portrait  de  Des  Gouges,  doyen  des  avocats 
au  conseil.  <  Cette  estampe,  dit  Tabb^  Gougenot,  dans 
Feloge  de  notre  artiste,  annonce  un  liomme  qui  seraitde- 
venu  superieur  dans  cette  partie,  s*il  TeAt  euliivee.  Quoique 
son  burin  ne  fut  point  pour  lors  forme,  il  a  cependant  une 
belle  fermete.  On  apergoit  dans  ce  morceau  un  dessioa- 
teur  sAr,  qui  avail  la  connaissance  des  formes  et  des  me* 
plats  que  donne  la  sculpture.  M.  Duvivier  n'avait  grave  au- 


(55) 

paratant  qti'an  boste  :  cMtait  cetui  de  son  compatriots, 
meiiibre  de  notre  Academie, qui  a  peint  ie  ddme  de$  Carmes 
d^ebaass^.  » 

Seotant  qu'il  avait  besoin  d'nn  appui  dans  cette  grand6 
ville  de  Paris,  ou  il  eiait  difficile  de  r^ussirsans  protection, 
Dnvivier  se  prfeenta  chez  M.  de  Valdor,  resident  do  prince- 
^v^oe  de  Li^ge  pres  de  la  conr  de  France.  Ce  diplomate 
lui  Ot  un  accneil  plein  de  bienveillance  et  fixa  sa  carri^re, 
ju$qu*alors  incertaine,  en  croyant  k  la  v^rite  ne  lui  rendre 
qu*un  service  momentane.  Le  resident  avait  et^  charge  de 
ehercher  un  artiste  de  talent  pour  graver  une  medaille  k 
Tefifigie  de  loseph  Clement  de  Baviere,  archeveque  de  Co- 
logne et  ^vSque  de  Liege.  li  proposa  a  Duvivier  d*entre- 
prendre  ee  travail  qui,  d'ailleurs ,  lui  revenait  en  queique 
sorie  de  droit,  k  titre  de  Liegeois.  Le  jeune  artiste  ne  Tae^ 
cep^pas  sans  h^itation.  II  n^avait  jamais  grave  sur  acier 
et  eraignait  de  ne  pas  reussir.  Encourage  par  son  pFOteC"- 
tear,  il  se  mit  k  la  besogne.  La  tele  da  pr^tat  fut  trouv^e 
correcte  et  ressemblante;  mais  le  modele  n'en  ^tait  pas 
exempt  de  s^cheresse,  ee  qui  teoait  au  pea  d'habitude  que 
Duvivier  avait  de  ee  genre  qui  demand-e  une  pratique  touUfc 
sp^ciale.  Au  revers  se  trouvait,  d'apr^s  I'indicatioii  donate 
au  graveor,  un  paysage  avec  un  arc-en-ciel  et  ces  mots  pour 
legende :  Ktcordahor  fcederis  mei,  sans  doute  par  allusion  k 
la  reinstallation  du  prince  dans  ses  l^tats,  apres  le  traite  de 
Bade.  Duvivier  fit  ensuite  une  seconde  medaille  du  meme 
personnage,  ou  du  moins  un  second  revers,  sur  lequel 
Tevfique  est  repr^sent^  administrant  le  sacrementdu  bap- 
t£me  a  an  enfont. 

Joseph  Clement  de  Baviere  donna  i^ne  entidre  approba-' 
tion  au  travail  du  graveur  liegeois.  Pour  mieux  lui  en  mar- 
qaer  sa  satisraetion,  il  lut  eomma^da,  par  la  suite,  un<e 


(56) 

grande  medaille  destioee  a  perpetuer  le  souTenir  d'une  in- 
stitution qu'ii  avail  fondee  sous  le  litre  de  Confrerie  de 
Saint-Michel.  Dejk  une  premiere  medaille  avail  ele  frappee 
en  rhonneur  de  cetle  institution ;  mais  elle  elail  plus  que 
mediocre,  et  le  prince  voulail  depuis  longlerops  la  rempla* 
cer.  Duvivier  fit  une  oeuvre  desplus  remarquables.  Saint 
Micliel  est  represents  terrassantdesanges  rebelies.  Geux-ci 
formenl  un  groupe  parfailement  con<;u  et  plein  de  mouve- 
ment.  An  revers  se  trouve  un  ecusson  entoure  de  foudres 
et  d*eclairs;  on  y  lit  ces  mots :  Quis  ut  Deus,  egalement 
repeles  sur  le  bouclier  de  Tarchange*  Cetle  grande  el  belle 
medaille  a  ele  decrite  par  M.Piot,  dans  le  e""®  volume  de  la 
Revue  de  la  numismalique  beige.  La  Bibliotfaeque  royale  en 
possede  un  exemplaire.  La  pensee  qui  a  preside  k  la  fonda- 
iion  de  la  confrerie  de  Saint-Michel  est  expliquee  par  Tau- 
teur  d*un  opuscule  du  temps,  dans  des  termes  qui  merkent 
d'etre  rapportes:  «  S.  A.  Joseph  Clement  de  Baviere,  y 
est-il  dit,  etant  encore  dans  un  age  fort  tendre,  remarqua 
dans  les  cours  de  Baviere  et  de  Vienne,  oii  elle  a  souvenl 
6i6  obligee  de  se  trouver,  quMl  regnaitun  esprit  merveil- 
leusement  poinlilleux  sur  les  rangs  d'honneur  et  de  pre- 
seance  dans  les  appartements  et  surtout  dans  les  ceremo- 
nies publiques  qui  se  font  dans  les  eglises.  Elle  faisait  une 
juste  comparaison  des  verites  evangeliques  dont  se  nour- 
rissait  sa  tendre  piete,  avec  ces  maximes  du  monde.  Elle  ne 
pouvait  pas  absolument  Blamer  les  rangs  qui  sont  dus  a  la 
naissance  et  qui  conlribuent  autant  au  bon  ordre  qu'k  la 
gloire  des  Etats;  mais  elle  desirait  au  moins  trouver  quel- 
que  moyen  oh  les  grands ,  se  depouillant  de  lous  ces  ca- 
ract^res  de  grandeur,  se  melassent  avec  le  gros  du  peuple , 
comme  ils  y  seront  surement,  a  la  mort  el  au  jugement  de 
Dieu.  »  II  y  acertainementquelquechose  de  remai^quable 


(37) 

daDs  Tesposition  de  ces  idtes  liberates  faite  en  1694,  au 
nomd*un  prince  de  Tfimpire.  La  confrerie  de  Saint-Micbel, 
fondee  dans  un  but  d'bumilile,  fut  approuvee  par  l*auto- 
rile  pontificale.  Elle  a  beaucoup  moins  dur^  que  les  in- 
stitutions ereees  pour  donner  satisfaction  a  la  vanite  hu- 
maine.  Dans  notre  siecle  de  lumi^res ,  elle  rencontrerait 
peu  d*adh^rents. 

Les  auteurs  du  Tr4sor  de  numismalique  et  de  glyplique 
ont  reproduil,  dans  leur  recueil»  la  medaille  de  la  confrerie 
de  Saint-Michel ,  classee  parooi  celles  qui  sont  relatives  ii 
rhistoirede  France.  Apres  en  avoir  donne  une  description 
sommaire,  ils  ajoutent :  <  Nous  ignorons  h  quelle  circon- 
stance  a  trait  cette  medaille.  » 

Quand  Duvivier  grava  sa  premiere  medaille,  il  avait  si 
peu  d*experience  des  procedes  techniques »  que,  ne  sachant 
commenls'y  prendre  pour  obtenir  des  empreintes  de  ses 
coins,  qui  lui  permissent  de  juger  du  degre  d*avancement 
de  son  travail,  il  les  envoyait  de  temps  en  temps  k  la 
Monnaie,  afin  d*en  faire  tirer  des  plombs.  M.  de  Launay, 
alors  directeur  du  departement  qu*on  appelait  la  Monnaie 
des  medailles ,  eut  occasion  de  voir  ces  essais  de  Tartiste 
liegeois,  fut  frapp^  des  rares  dispositions  qu*y  avait  mani- 
festoes leur  auteur  et  voulut  que  celui-ci  lui  tiki  present^. 

M.  de  Launay  pressa  vivement  Duvivier  de  renoncer  k 
la  peinture,  ainsi  qu'k  la  gravure  en  taille-douce,  pour  se 
livrer  exclusivement  a  la  gravure  en  medailles,  lui  disant 
que  depuis  Warin,  son  compalriote,  nul  n*avait  paru  de- 
voir s'elever  aussi  haut  que  lui  dans  cet  art,  et  ajoutant 
que  de  toutes  les  carrieres  qu*il  pouvait  embrasser,  il  n*en 
^tait  aucune  qui  lui  offrit autant  de  chances  de  r^putation^t 
de  fortune.  Notre  artiste  eut  beaucoup  de  peine  a  se  laisser 
convaiDcre.  II  avait  toujours  espere  pouvoir  reprendre  ses 


(58) 

diodes  de  peintre,  et  il  lui  en  cofttait  de  reooncer  aux  espe- 
raoces  qu'il  avait  foodees  de  ce  cdt^.  CepeDdant  les  a?an- 
tages  qu'on  lui  fit  entrevoir  furent  tels»qu*il  finit  par  ceder. 

La  premiere  inedaille  que  M.  de  Launay  doona  h  graver 
a  Duvivier  Tut  celle  de  la  statue  equestre  de  Louis  XIV, 
d'apres  le  monument  fait  par  Des  Jardins  (Vanden  Bogaerl) 
pour  la  ville  de  Lyon.  11  venaii  de  terminer  son  travail » 
quand  le  coin  fut  brise  dans  Toperatiop  de  la  trempe.  Get 
accident  lui  causa  un  profond  decouragement.  II  annonQa 
qu'il  allait  reprendre  ses  pinceaux  et  meiire  a  execution 
son  projet  de  voyage  en  Italie.  S'eloignant  subilement  de 
Paris,  en  effet,  ii  se  rendit  a  Liege  pour  revoir  sa  famille, 
avant  d'enlreprendre  cette  excursion  au  dela  desAlpes, 
toujours  vivement  desiree,  toujours  ajournee,  etqui,en 
definitive,  ne  devait  pas  s'effeciuer.  A  peine  fut-il  arrive 
dans  sa  ville  natale,  qu'il  re^ut  de  M.  de  Launay  les  lettres 
les  plus  pressanles  pour  aller  reprendre  ses  travaux,  dont 
ij  elait  impossible,  lui  disail  ce  personnage,  qu'il  se  laiss&t 
detourner  par  un  accident  fortuit.  Celte  fois  encore  les  re- 
pugnances de  Duvivier  flecbirent  devant  les  instances  du 
directeur  de  la  Monnaie. 

De  relour  a  Paris ,  Duvivier  refit  un  nouveau  coin  pour 
la  medaille  du  monument  de  Lyon.  Ce  fut  cette  piece,  de 
grand  module  ettres-beureusement  reussie,  qui  commenga 
a  fixer  sur  lui  Tattention.  Une  medaille  devait  etre  frappee 
en  rhonneur  du  marechal  de  Yillars ,  pour  les  servicer 
rendus  k  la  France  par  ce  guerrier  illustre ;  on  en  confia 
Texecution  a  Duvivier. 

Notre  artiste  n*eut  pas  Toccasion  de  reproduire  d*apres 
nature  les  traits  de  Louis  XIV.  Le  grand  roi »  ne  voulant 
pas  sans  doute  que  la  posterite  piit  surprendre  sur  son 
effigie  la  trace  das  ravages  du  temps,  ne  posait  plus  ni 


(39) 

pour  les  peinlreSf  ni  pour  les  graveurs,  daiis  ses  dei^Qtdres 
annees.  II  ft*ea  tenait  aax  types  executes  par  Warin  et  qui  le 
representaient  tel  qu'il  voulait  etre  vu.  Duvivier  fut  oblige 
de  recourir  a  ces  types  pour  graver  differentes  roidailles 
doDt  il  re^ut  la  commande  et  qui  se  rapportaient  k  des 
^▼enements  glorieux  de  la  fin  du  XVII"'^  siecle  et  des  pre- 
mieres ann^es  du  XVni'"\  Cest  ainsi  qu'il  fit  les  m^dailles 
comm^moratives  des  deuxeelebres  trait^s  de  paix  deWest- 
pbalie  et  d'Ulrecht,  celle  de  la  campagne  de  Flandre,  en 
1649,  celles,  eofin,  des  prises  d*Ypres»  de  Laudaw,  de 
Douai,  de  Lerida^  deNeuf-firisac  et  de  plusieurs  autres 
victoires  des  armees  frangaises,  pour  completer  Thisloire 
m^taiHque  de  Louis  XIV.  Les  graveurs  fran^ais  employes 
depuis  Warin  :  Dufour^  Molart,  Mauger^  Bertinei,  Bre- 
ton ,  etc.,  avaient  dA,  comme  Duvivier,  modeler  la  tele  du 
grand  roi  d*aprds  les  productions  numismatiques  du  c^- 
l^bre  artisleli^geois^  qui  en  offraient  la  representation  en 
quelque  sorte  consacree. 

Sembiable  au  h^raut  d*armes  qui  criait  sur  la  tombe  oti 
Ton  venait  de  deposer  les  testes  du  cbef  de  la  tnonarchie  : 
Le  roi  esi  mort,  vive  le  roi!  Duvivier  fit  une  medaille 
poor  la  mort  de  Louis  XIV  et  une  autre  poui*  Tav^nement 
de  Louis  XV.  Sur  la  premiere,  il  montra  la  Renomm^e 
prenant  Timage  du  raonarque  des  mains  du  Temps  pour 
la  porter  vers  F^ternite.  L*ex^eution  de  la  se^onde  m^ 
daille  offrit  d'abord  des  difficuitos  que  le  talent  et  Texp^- 
rience  ne  pouvaient  surmonter.  On  avait  fait  assister  Duvi* 
vier  k  une  ceremonie  ou  se  trouvait  le  jeune  roi,  afin  qu'il 
prit  un  croquis de  sa figure;  mais ce  n*avait  6t£,  pOur  ainsi 
dire,  qu*ufie  apparition,  et  quand  TarUste  eut  termini 
le  coin  qui  etait  attendu  avec  impatience  par  )e  directeur 
de  la  Monnaie,  il  reeannut  que  son  travail  avait  manqu^ 


(40) 

d'une  base  sufiSsanie.  Le  due  d^Antin ,  a  qui  il  exprima  sou 
ebagrin  de  Tinsucc^s  de  sa  tentatiye,  lai  fit  obtenir  tine 
audience  du  jeuue  roi  d*apres  lequel  il  fit  un  dessin  arr£l^ 
qui  lui  servit  a  graver  une  seconde  medaille,  cette  fois  tres- 
reussie.  Louis  XY  avait  alors  cinq  ans.  II  est  difficile  de 
donuer  au  profii  d'un  si  jeune  enfaut  la  fermete  qu'exige 
le  modele  numismatique.  Duvivier  triompha  heureuse- 
meut  de  cet  obstacle.  <  Depuis  cet  instant^dit  Tabbe  Gou- 
geuQiy  M.  Duvivier  a  grave  successivement  le  portrait  de 
Sa  Majeste,  tant  pour  les  m^dailles  que  pour  les  jetons,  k 
mesure  que  les  traits  de  son  visage  se  formaient  et  pre- 
aajent  accroissement.  > 

Duvivier,  en  efiet,  semble  suivre,  le  burin  k  la  main, 
le  jeune  roi  Louis  XV  dans  son  double  developpement 
physique  et  moral.  La  medaille  de  Tavenementau  trdne, 
dont  il  a  ete  question  plushaut,  represente,  au  revers,  un 
soleil  levant  avec  ces  mots  :  Jubet  sperare.  Cest  Tastre 
du  nouveau  regne;  ce  sont  les  esperances  qu'il  apporle. 
Yient  ensuite  la  medaille  de  Teducation  du  royal  enfant 
auquel  Minerve  montre  le  temple  de  la  gloire.  Dans  la  m^ 
daille  qui  consacre  la  croissance  intellectuelle  du  prince 
appeie  a  presider  aux  destinees  de  la  France,  Tartiste 
nous  montre  Apollon  terrassant  le  serpent  Python.  Les 
diverses  occupations  du  roi,  pendant  sajeunesse,  Tournis- 
sent  a  Duvivier  le  sujet  d*une  medaille  qui  rentre  dans 
la  categoric  des  precedentes.  Le  jeune  roi  est  represente 
debout,  ecoutant  les<:onseils  de  Minerve  et  pret  k  suivre 
Mars. 

Les  allegories  relatives  k  la  minority  de  Louis  XY  n*oc- 
cupaient  pas  seules  Duvivier.  Son  burin  tra^ait  en  meme 
temps  rhistoire  numismatique  de  la  regence.  L'acte  im- 
portant qui  confere  a  Philippe  d'Orl^ns  le  gouvernement 


(41  ) 

temporaire  de  la  France,  forme  le  sujet  de  la  m^daille  par 
laquelle  s'ouvre  cette  seconde  s^rie,  parall^le  en  quelque 
sorte  h  la  premiere.  La  tSte  dn  regent  est  d'un  fort  beau 
modele.  Au  revers,  Philippe  d*Orleans,  vetu  a  Tantique, 
tenant  un  gouveroail  fleurdelise  de  la  main  gauche,  et  ^ten- 
dant  la  droite ,  comme pour  faire  un  serment  k  la  France, 
qui  est  debout,  devant  lui,  sous  la  figure  d'une  femme  cou- 
ronnee.  lie  m^me  coin,  k  FelBgie  du  r^ent,  a  servi  k  la  m6- 
daille  commemorative  de  la  reception  de  Pierre  le  Grand 
par  Louis  XY.  Au  revers,  le  czar,  vetu  d*une  armure  qui 
recouvre  une  pelisse  de  fourure,  etend  les  bras  vers  le  royal 
enfant,  qui  porte  le  costume  du  temps.  D'autres  m^aitles, 
frappees  k  I'occasion  d'^venements  polittques  plus  ou 
moins  importants  accomplis  sous  la  r^gence,  portent  ^a- 
lement  Tempreiute  de  la  tete  de  Philippe  d'Orleans. 

Au  fur  et  k  mesure  que  le  jeune  roi  grandit ,  les  cir- 
Constances  qui  reclament  Temploi  du  talent  de  notre  ar- 
tiste se  multiplient:  une  medaillede  grand  module  lui  est 
command^e  pour  garder  le  souvenir  de  la  ceremonie  du 
sacre.  C'est  une des  plus  importantes .et  des mieux  reussies 
qu*ait  faites  Duvivier.Le  roi,  jeune  et  beau,  plus  form^que 
dans  ses  effigies  precedentes,  porte  avec  noblesse  les  riches 
ajustements  qu'il  a  revStus  pour  la  solennite  prescrite  par 
les  traditions  monarchiques.  Le  revers  offre  une  represen- 
tation de  la  c^remoniem^me.Pour  la  major! tede  Louis  XY, 
evenement  que  la  France  attendait  avec  une  anxiSt^  par- 
tag^e  par  TEurope  enti^re,  et  par  lequel  Philippe  d'Or- 
leans  devait  r^pondre  aux  soupQons  des  uns,  aux  calom- 
nies  des  autres,  Duvivier  gcava  une  medaille  ayant  pour 
sujet  Minerve  qui  remet  dans  les  mains  du  jeune monarque 
un  globe  aux  afmes  de  la  France,  en  lui  montrant,  comme 
exemple,  Louis  XIY  dont  la  renomm^  tient  le  portrait. 


(42) 

Le  souvenir  du  mariage  projet^  du  roi  avec  I'inrante  d'Es^ 
pagne  est  coDsacre  par  une  inedaille  od  Ton  voit  la  prin- 
cesse  presenlee  a  la  France  par  THymen,  et  dont  la  Mgende 
est  aiusi  coD^ue  :  Pignus  tranquillitatis  publicae.  Llnfante 
retourne  ea  Espagne,  mais  la  medaille  subsisle.  Le  burin 
qui  Ta  gravee  en  fait  une  autre  pour  celebrer  TunioD,  reelle 
eette  fois,  de  Louis  XY  avec  la  iille  de  Stanislas.  La  nais- 
sance  de  deux  princesses  jumelles,  la  convalescence  du 
roi  apres  une  grave  maladie,  tons  les  incidents  de  la  vie 
privee  du  souverain  sont  inscrits  sur  le  bronze  par  Tar- 
tiste  qu'on  pent,  a  juste  litre »  considerer  comme  Fhisto- 
riograpbe  de  son  regno. 

Les^venementspoliliquesquioccupaientsuccessivement 
les  esprits  et  qui  m^ritaient  d'etre  notes  dans  les  annates 
de  la  France^  eurent  dans  Duvivier  un  intelligent  inter- 
prMe.  Les  compositions  allegoriques  qu'ils  lui  inspirerent 
sont,  en  general ,  con^ues  avec  esprit  ei  execut^es  avec  nn 
talent  que  n*a  egal^aucun  des  graveurs  de  son  temps^Nous 
citerons  particuli^rement  les  n)edailles  suivantes  :  Pour  le 
congres  de  1721  :  le  g^nie  de  la  Yictoire  tenant  la  main 
d*une  femme,  dans  laquelle  I'^Ioquence  persuasive  est  per-- 
sonnifiee.  Pour  les  preliminaires  de  la  paix  arretfeen  1727 : 
Mars  et  Minerve  formant  une  alliance  pres  d*un  olivier  au- 
quel  sont  attaches  cinq  ecussons  aux  armes  de  TEmpire, 
de  la  Fraoce,  de  I'Espagne,  de  TAngleterre  et  de  la  Hol- 
lande,  avec  ces  mots  en  legende  :  Spes  pads  aeternae  fon- 
datae.  On  sait  ce  que  sont  les  paix  eternelles  entre  les 
nations;  mais  Duvivier  n'etait  pas  charge  de  Taire  de  la 
pbilosopbie.  II  gravait  sur  ses  medailles  les  inscriptions 
qu'on  lui  prescrivait  d*y  mettre.  Pour  la  paix  d'Allemagne : 
la  France  tenant  un  rameau  d*olivier  et  brulant  les  instru- 
ments de  la  guerre  a  Tombre  d'un  palmier.  Pour  la  reunion 


(43) 

de  la  Lorraine  a  la  France  :  Minerve  conduisant  la  Lor- 
raine,  qui  pr^seote  au  roi  Fecusson  de  ses  armes. 

Uoe  eirconslance  assez  piquante  prouva  de  quelle  faci- 
lite  de  travail  Duvivier  etait  doud,  et  c'ontribua  beaucoup 
k  etendre  sa  reputation,  dans  les  premieres  annees  de  la 
riigence,  alors  qu*il  ne  s*etait  point  encore  place,  par  des 
ouvrages  capitaus,  k  la  tete  des  graveurs  en  medailles. 
Pierre  le  Grand,  qui  visiiait,  comme  on  sait,  tous  les 
grands  (^'tablissements  de  Paris ,  afin  d*y  prendre  ce  qu*il  y 
trouverait  d'utile  pour  en  faire  Fapplication  dans  sa  capi- 
tale ,  coosacra  une  longue  stance  a  Texamen  de  tous  les 
proced^s  d*execution  .en  usage  a  la  Monnaie.  Lorsqu*il  ar* 
riva  dans  Tatelier  oji  ^taient  les  balanciers,  on  frappa  une 
medaille  d'or  en  sa  presence.  Le  due  d^Antin  la  prit  des 
mains  de  Touvrier  et  la  presenta  au  czar.  Grande  fut  la 
surprise  du  monarque,  en  voyant  sa  propre  efiQgie  sur  cette 
medaille,  sortie  comme  par  miracle  du  balancier,  lorsqu'il 
savait  n'avoir  pose  pour  aucun  artiste.  Uauteur  du  miracle 
etait  Duvivier.  Le  due  d*Antin  lui  avait  procure  Toccasion 
de  voir  le  czar,  dont  la  physionomie  s*etait  assez  forte* 
ment  gravee  dans  sa  memoire,  pour  qu'il  eut  pu ,  de  retour 
cbez  lui ,  en  tracer  une  image  d'une  parfaite  ressemblance. 
c  Les  connaisseurs,  ajoute  Tabbe  Gougenot,  apr^s  avoir 
rapporte  cette  particularite,  furent  etonnesde  trouver  dans 
ce  portrait  une  fermete  de  touche  et  des  formes  saisies 
avec  une  surete  qu'on  ne  devait  pas  attendre  d'un*effon 
de  souvenir.  » 

La  medaille  de  Pierre  le  Grand  n*est  pas,  en  effet,  re- 
marquable  seulement  k  titre  d*improvisation.  La  t£te  du 
czar  est  superbe  de  caract^re  et  de  models.  Les  ajuste* 
ments,  formes  d*un  manteau  de  fourrure  au-dessus  d'une 
armore,  sont  traites  noblement  et  largement. 


(44  ) 

Duvivier  ne  consacrait  pas  tout  sor  iemps  k  TexecutioQ 
des  commandes  royales.  Cest  a  lui  ques*adressaieot  tootes 
les  grandes  cit^s  de  France,  iorsqu'elles  voulaient  perp^- 
tuer,  parunem^daille,  le  souvenir  de  quelque  eveDemeni 
important  pour  leur  histoire  locale.  Cest  ainsi  que  notre 
artiste  grava  successivement ,  k  la  demande  de  la  viile  de 
Paris,  des  pieces  commemoratives  :  pour  le  souper  donne 
au  roi  et  aux  princes  du  sang,  le  28  septembre  1729,  k 
Toccasion  de  la  naissance  du  Dauphin ;  pour  Ferection  de 
la  statue  de  Louis  XY,  en  1751;  pour  la  naissance  du  due 
de  Bourgogne,  k  Foccasion  de  laquelle  la  ville  de  Paris  fit 
celebrer  six  cents  manages,  enfin  plusieurs  jetons  aux 
armes  de  la  capitale ,  sans  indication  des  circonstances 
auxquelles  ils  se  rapportent. 

L'une  des  plus  grandes  medailles  de  Duvivier  fut  gravee 
pour  la  villede Bordeaux,  lors  de  Tinauguration  de  lastatue 
de  Louis  XV.  Le  ceiebre  financier  Bouret,  ayant  fourni 
a  la  Provence  tout  le  ble  dont  elle  avait  besoin  dans  une 
ann^e  de  disette  (1744),  sans  en  retirer  aucun  benefice, 
cette  province  fit  frapper  une  medaille  pour  consacrer  le 
souvenir  de  cette  g^nerosite,  et  cefut  Duvivier  qui  Texe- 
cuta.  Notre  artiste  fit  pour  la  ville  de  Lyon ,  une  medaille 
oil  Ton  voit  Minerve  instruisant  deux  genies,  dont  Tun 
trace  un  dessin  sur  un  metier  et  Fautre  tient  une  navette, 
avec  ces  mots  en  exergue :  Fabrique  de$  etoffes  de  soie ,  or 
et  arjent;  une  seconde  medaille ,  gravee  pour  la  memo 
ville,  a  pour  sujet  le  Rhdne  et  la  Sadne  unissant  leurs 
eaux  sous  les  auspices  d*une  Naiade  qui  tient  une  grande 
coquitle  pleine  de  perles.  La  ville  d*Orl^ans  eut  de  Duvi- 
vier une  fort  belle  medaille  representant  Jeanne  d'Arc , 
y&ine  en  Pallas,  tenant  d'une  main  son  epee  nue  et  ap- 
puyant  Fautre  sur  un  ^cusson  aux  armes  de  la  ville  d'Or* 


(45) 

I^Ds,  au  bas  duquel  on  voit  uoe  harpe  renversee  et  un 
lion  terrasse. 

Les  grandes  administrations  de  I'Etat  faisaient  graver 
des  medaiiles  ou  desjetons,  ornes  de  sujets  ali^oriques 
oil  d*attribut$.  Duvivier  en  executa  un  grand  nombre,  don  I 
nous  nous  bornerons  a  citer  les  plus  remarquables,  ainsi 
que  nous  avons  fait  pour  ses  medaiiles  historiques.  II  grava 
avec  un  soin  tout  particulier,  comme  cela  devait  etre,  la 
medaille  de  la  Monnaie  et  Orfevrerie  du  roi,  en  prenant 
pour  sujet  Minerve,  assise  sur  une  nuee ,  et  presidant  aux 
travaux  dont  on  s'occupait  dans  ce  double  et  important 
etablissement.  La  direction  des  batiments  du  roi  lit  faire 
plusieurs  jetons  a  Duvivier.  L'artisle  representa  sor  Tun 
Amphion  batissant  la  ville de  Thebes  aux  sous  de  sa  lyre; 
sur  un  second,  les  attributs  de  la  peinture,  de  la  sculpture 
et  de  Tarchilecture ,  avec  la  legende :  Non  desunt  dona 
Minervae;  sur  un  troisieme,  Apollon  tenant  la  lyre  d*une 
main,  de  Tautre  une  equerre,  et  ayant  a  ses  cdies  les  attri- 
buts des  beaux-arts.  Duvivier  fit,  pour  le  tresor  royal ,  un 
jeton  oil  Ton  voit  un  fleuve  tenant  une  rame  et  son  urne 
d*ou  s*echappe  une  eau  abondante.  Celui  qu'il  grava  pour 
la  marine  represente  Minerve,  au  bord  de  la  mer,  regar- 
dant une  carte  geographique  el  ayant  ses  armes  aupres 
d'elle.  Les  ecuries  du  roi  eurent  aussi  leur  jeton  ayant  pour 
sujet  un  cheval  courant  en  liberte. 

A  trois  reprises  diffi^reutes,  Duvivier  re^ut  du  clefge  des 
commandos  de  medaiiles  atlegoriques  et  commemoratives. 
En  voici  les  sujets  :V  Le  roi  debout  et  tenant  un  gouver- 
nail  parseme  de  fleurs  de  lis,  semble  parler  k  la  Religion 
qui  porte  pour  attributs  une  croix  et  un  livre;  2*"  La  Reli- 
gion tenant  une  croix  devant  un  autel  sur  lequel  brule  le 
feu  sacre  et  ayant  derriere  elle  des  armes  renversees.  Une 


(46) 

colombe  traverse  les  airs  en  portant  on  rameau  d*oliTier; 
S*"  La  Religion  tenant  une  croix  et  levant  les  mains  vers  le 
ciel;  on  aper^oit  un  arc-en-eiel  et  la  pluie  qoi  tombe  sur 
des  lis,  ayec  cette  l^ende :  Nunquam  foederis  immemor. 

Les  viDgt-quatre  violons  de  la  cbambre  da  roi  con^oivent 
le  projet  de  faire  frapper  un  jeton  en  Tbonneur  de  leur  in* 
stitotion.  Cest  le  burin  de  Duvivier,  repute  le  premier  de 
Franee,  qui  doit  Vex^cuter.  Le  sujet  slndique,  pour  ainsi 
dire,  de  lui-m£roe.  Cest  Apollon,  tenant  sa  lyre  et  ayant 
a  ses  pieds  des  instruments  de  musique.  Des  associations 
plus  prosa'iques  s'adressent  egalement  au  graveur  li^eois 
pour  obtenir  des  jetons  destines  k  6tre  distribues  entre 
teurs  membres.  Celui  qu'il  fait  pour  la  commanaut^  des 
menuisiers  de  Paris  represente  sainte  l^lisabeib  montrant 
h  lire  k  la  Yierge. 

Les  portraits,  c'est-k-dire  les  m^dailles  dont  Teffigie  d*un 
personnage  cel^bre  est  le  sujet  principal,  forment  une  s^rie 
importsratedans  I'oeavre  de  notre  artiste.  Nous  ne  parlous 
pas  de  celles  qui  reproduisent  les  traits  de  Louis  XIV,  de 
Philippe  d*Orleans,  de  Louis  XV,  ainsi  que  des  membres  de 
la  famille  royale  et  qui  doivent  etre  rang^es  dans  la  elasse 
des  m^dailles  historiques.  II  ne  s'agit  ici  que  de  celles  qm 
furent  frappees  pour  des  partieuliers.  La  medaiile  du  car- 
dinal Dubois,  premier  ministre,  est  une  des  plus  parfaites 
sous  le  rapport  du  travail  et  en  mSme  temps  une  des  plus 
curieuses.  fl  en  existe  des  exemplaires  avec  des  revers  dif- 
fiirents.  Le  premier  qui  (tit  frappe  represente  une  vaste 
campagne,  avec  un  arc-en-ciel  et  un  aigle  portant  la 
foudre.  La  l^gende  est  ainsi  con^ ue :  Sedes  supremo  nu* 
mine^  digna?  Apres  la  mort  du  cardinal,  on  trouva  cette 
legendetropambitieuse,  et  Ton  commanda  k  Duvivier  un 
autre  revers,  ot  Ton  inscrivit  simplement  les  titres  ainsi 


(47) 

que  les  dates  de  la  naissance  et  de  la  mort  du  cardinal. 

En  gravant  le  buste  de  M.  de  Launay,  directeur  de  la 
Monnaie  des  medailles ,  Duvivier  acquitta  one  dette  de  re- 
connaissance: car  c'est  ce  personnage  qui  Tavait  decide  a 
se  fixer  a  Paris ,  et  qui  lui  avait  procure  tons  les  avantages 
dont  il  jouissait.  II  fit  ceite  medaille  du  ro^me  module  que 
le  coin  representant  Minerve  presidant  aux  travaux  de  la 
Monnaie  et  de  rOrfdvrerie  dont  nous  avons  deja  parl^, 
afin  que  celui-ci  pflt  lui  servir  de  revers.  Nous  citerons 
encore,  parmi  les  bustes  dans  lesquels  se  signala  le  talent 
de  noire  artiste,  ceux  de  M.  de  Saint-Albin ,  archeveque  de 
Cambrai,  du  cardinal  deTen^^in  et  de  G.  Phelippeaux,  ar- 
cheveque de  Efourges. 

On  a  de  Duvivier  deux  medailles  de  Marie-Theresc.  tl 
fut  oblige  de  recommencer  la  premiere,  a  cause  de  son  pen 
de  ressemblance  provenant  de  ce  qu'on  lui  avait  envoye, 
pour  lui  servir  de  modele,  un  fort  mauvais  portrait.  La 
seconde  medaille  de  Marie-Tberese  fnt  gravee  pour  les 
Etats  de  Tournay ,  dont  elle  porte  les  armes  au  revers. 

La  Faculte  de  medecine  de  Paris  eut  reeours  au  savant 
et  habile  burin  de  notre  artiste,  pour  former  nne  nom- 
breose  seriedes  medailles  de  ses  membres  les  plus  iltustre$. 
Duvivier  fit,  en  outre,  le  jeton  de  celte  compagnie  ainsi 
que  ceux  d*autres  soci^tes  savantes.  II  grava  egalement 
beanGOup  de  jetons  aux  armes  de  grandes  families,  comme 
il  etait  alors  d*usage,  chez  celles-ci,  d'en  avoir  pour  les 
presenter  au  roi  a  Foccasion  de  la  nonvelle  annee.  Nons 
nous  bornerons  a  les  citer  en  bloc.  Les  detailler  et  les  de* 
crirenpus  enlrainerait  trop  loin..Nous  n'avons  pas  vonlii, 
d^ailleurs,  dresser  un  inventaire  complel  des  productions 
de  Duvivier,  mais  seulement  donner  un  aper^u  de  t'lmpor^ 
tance  et  de  ta  diversite  de  ses  travaux.  Pour  presenter  eei 


(48) 

aper^u  dans  son  ensemble ,  nous  avons  interrompn  ie  recil 
des  incidents  biograpbiques  propres  k  faire  conaaitre 
rhomme  en  meme  temps  que  I'arliste.  Yoici  le  moment 
d*y  revenir. 

En  1717,  lesamisde  Duvivier  i'engagerent  k  se  pre^ 
senter  a  TAcad^mie  de  peinture  et  de  sculpture,  ou  le  ta- 
lent qull  avail  deploy^  et  les  succes  qu'il  avait  obtenus  lui 
donnaient ,  suivant  eux,  de  grandes  chances  d'etre  admis. 
II  suivit  leur  conseil.  Agre6  le  27  novembre  de  cette  meme 
annee,  il  fut  nomm^  membre  titulaire  le  28  mai  1718, 
quoiqu'il  n'eAt  pas  encore  fourni ,  conformement  aux  sta- 
tuts  de  la  compagnie,  son  morceau  de  reception.  L'Aca- 
demie  le  chargea  de  faire  deux  medailles  pour  les  prix  de 
r£lcole.  II  les  commen^a;  mais  Tabbe  Gougenot  nous  ap- 
prend  qu*il  ne  put  les  terminer,  a  cause  de  la  grande  quan- 
tited^ouvrages  qui  lui  furent  comroandes  pour  le  roi.  On  a 
TU,  en  effet,  par  Tenumeration,  d'ailleurs  fort  incomplete, 
que  nous  avons  donnee  de  ses  medailles,  combien  il  elait 
occupe  par  la  cour,  sans  compter  les  commandes  qu'il 
recevait  des  villes,  des  corporations  et  des  particuliers. 
Quelle  que  fi^t  la  rapidity  de  son  execution,  il  nesuffisait 
pasais^ment  aux  travaux  qui  lui  etaient  demand^s  de  tou- 
tes  parts.  S'il  faut  en  croire  Fabbe  Gougenot,  ceux  qui  lui 
reprochaient  de  se  faire  aider  dans  de  certaines  parties 
dont  ils  auraient  regarde  comme  au-dessous  de  lui  de  s'oc- 
cuper,  le  connaissaient  maL  Uhistoriograpbe  de  TAca* 
demie  assure  que  cette  main  si  legere  a  terminer  de  petits 
modeles  en  cire  et  a  finir  les  morceaux  graves  snr  acier, 
etait  plus  vigoureuse  et  plus  exp^ditive  que  celle  des  ou- 
vriers  accoutum^  aux  travaux  fatigants.  Non-seulement 
Duvivier  faisait  lui-meme  tout  le  travail  de  ses  medailles, 
mais  encore  il  montait  ses  oulils  et  en  inventait  de  nou« 


(49) 

veaux ,  quand  ceux  qui  etaien  l  en  usage  ne  I ui  suffisaien t  pas. 
Duvivier  devait  sa  superiorite  sur  tous  les  graveurs  eo 
medailles  de  son  temps,  a  la  connaissance  profonde  quMI 
avaitdu  dessin.  [1  recueillait,  encela,  ies  fruits  des  excel- 
lentes etudes  qn*il  avait  faites  a  Liege,  sous  la  direction  de 
son  p^re,  et  profitait  de  Texperience  qu'il  avait  acquise 
dans  le  maniement  du  crayon ,  a  T^poque  ou  il  s'etait  pro- 
pose d'embrasser  la  carriere  de  la  peinture.  Cette  supe- 
riority que  nous  signalons,  ses  contendporains  Font  re- 
connue.  Nous  citerons,  pour  le  prouver,  quelques  lignes 
de  leloge  lu  a  rAcademie  par  Tabb^  Gougenot :  €  Quant 
aux  tatens  de  M.  Duvivier,  il  etoit  correct ,  fin  et  gracieux 
dessinateur.  II  drapoit  avec  delicatesse,  et  ses  draperies 
etoient  d*nn  bon  choix.  II  donnoit  a  ses  tetes  Texpression 
qu'elles  devoient  avoir ,  et  s'il  est  tombe  dans  quelque  se- 
cheresse,  il  n*en  a  pas  moins  ex^cut^  quantite  de  medailles 
d*une  mani^re  tres-moelleuse.  II  Femportoit  sur  les  plus 
habiles  graveurs  qui  Tontpr^c^de,  par  Tintelligence  du 
bas-relief,  et  singulierement  du  c6te  du  genie  et  de  la  com- 
position. Enfin,jene  croispouvoir  mieux  Tapprecier,  qu'en 
mettant  dans  une  meme  balance  ses  talents  avec  ceux  des 
plus  fameux  artistes  en  ce  genre,  Warin  et  Hedlinger, 
Warin  etoit  grand  dans  son  faire;  il  gravoit  ses  tetes  avec 
un  art  admirable;  mais  on  ne  pent  examiner  ses  revers, 
sans  decouvrir  combien  il  etoit  faible  du  cdt^  du  dessin. 
M.  Duvivier  lui  ^toit  infiniment  superieur  dans  cette  pariie 
importante  de  Tart,  ce  qui  est  une  compensation  de  ce  que 
Warin  pouvoit  avoir  de  plus  grand  et  de  plus  large  que 
lui  danssa  manifere.  A  Tegard  d'Hedlinger,  contemporain 
de  M.  Duvivier,  sa  facjon  d'operer  etoit  large  et  moelleuse. 
Mais  il  est  un  moelleux  qui  vient  quelquefois  du  peu  de 
savoir.  Celui  qui  n*e$t  point  parfaitement  instruit  du  lieu 

2""*  S^RIE ,  TOME  IV.  4 


(50) 

oh  il  faut  arreter  le  contour  et  de  ia  forme  determine  des 
objets ,  les  laisse  indecis  et  les  Doie  dans  ie  Sou ,  pour  pal- 
lier  son  incertitude.  M.Duvivier,  au  contraire,  dtoit  oblige, 
pour  exprimer  moelleusement  les  objets^detre  conlinuel* 
lement  en  garde  contre  lui-meme,  de  peur  d*etre  entraioe, 
8ans  y  penser,  k  determiner  trop  sensiblement  ce  que  des 
eonnaissances  exactes  lui  faisoient  apercevoir.  > 

Mariette,  dans  ses  annotations  de  YAbeeedario^  consacre 
k  Duvivier  queiques  lignes  qui  sont  plus  favorables  kson 
merite  qu'a  son  caractere  :  <  Depuis  Varin,  dit  le  celebre 
iconographe  fran<;ai6,  aucun  artiste  ne  s'^toit  aussi  distin- 
gue que  lui  dans  ee  talent  (celui  degraveur  en  medailles). 
It  i'obscarcissoit  par  tin  caractere  dar  et  peu  traitable,  qui 
lui  faisoii  trouver  de  Tamertume  jusque  dans  les  choses 
qui  devoient  lui  faire  le  plus  de  plaisir.  Dans  le  nombre  de 
ses  enfants,  qui  etoit  grand,  il  s'en  trouYoit  un  qui  pro- 
mettoit  de  le  remplacer.  II  n'y  eut  rien  qu'il  ne  fit  pour  y 
mettre  obstacle.  Sa  reception  dans  TAcademie  fut  suivie 
de  traits  de  mauvaise  humeur  qui  penserent  Ten  faire 
exclure.  II  osa  dire  en  face  k  M.  Bouchardon ,  chez  M.  de 
Cotte,  qui  lui  pr^sentoit  un  dessin  de  cei  habile  homme 
pour  etre grave,  qu'il  ne  le feroit  point,  etqu'il  ne  feroit 
rien  de  beau  d!apres  cela.  C'^toii  une  poliiesse  liegeoise.  » 

Nous  ne  savons  tropce  que  Fannotaleur  de  YAbecedario 
entend  par  une  politesse  liegeoise.  II  lui  eul  ete  sans  doute 
difficile  d'expliquer  ce  que  signiliait  an  juste  cette  expres- 
sion. I>uvivier^tait,cela  parait  certain,  d'un  caractere  om« 
brageux  et  d'une  extreme  susceptibiiite.  Y'oici  comment 
les  choses  se  passereut  relativement  k  sa  querelle  aveo 
Bouchardon.  Ptusieurs  occasions  s'etaient  presentees  oh 
Duvivier  avait  execute  des  medailles  d^apres  les  dessins  de 
ce  c^l^bre  sculpteur,  en  y  introduisant  les  modifications 


/ 


(ol  ) 

qu'il  jugeait  ne(;essaires  pour  satisfaire  k  de  certaioes  e^i- 
geoc^s  de  ison  ^rt,  dont  iletait  le  ipeilleur  jqge.  M.  de  Mai^* 
repas,  minislre  et  secretaire  d'Etat,  ayaot  fait  de^siner  le 
proiil  duroi  par  Bouciiardon^  qu'il  protegeait,  ce  dessip 
plut  a  la  coiir,  etM.de  Cotte^  qui  avait  succede  a  M.  de 
Launay  comme  directeur  de  la  Monoaie  des  medailles,  fut 
charge  de  le  faire  graver  par  Duvivier.  La  cpinmuoicatioQ 
de  Tordre  officiel  fut  faite  a  Tartiste  liegois,  en  presence  de 
Bouchardon.  Duvivier ^  qui  avait  toujours  dessine  et  mo- 
dele  la  tete  du  roi  d'apres  nature,  regarda  comme  une 
offense  Tobligation  qui  lui  etait  imposee.  U  s'emporta  jii^- 
qu'a  dire  qu'on  ne  pouvait  rien  faire  de  bon  d'apres  le 
dessin  de  Bouchardon,  Gelui-ci,  profondeinent  bless^, 
reprit  son  croquis  des  mains  de  Duvivier  et  lui  declara 
qu'il  ne  travaillerait  jamais  d'apres  lui.  La  rupture  qu? 
s'eii  suivit  fut  definitive* 

La  vivacite  de  Duvivier  eut  pour  resultat  de  le  priveu 
pendant  pres  de  dix  ans,  des  commandes  royales.  M.  de 
M^urepas  vengeait  Bouchardon ,  en  retirant  a  celui  qui 
Tavait  offense  les  faveurs  de  la  cour.Ce  fut  seulement  lors 
de  Tentr^e  de  M.  d'Argenson  au  ministere,  que  Duvivier 
vit  lever  Tespece  d'interdit  qui  avait  si  longtemps  pese  sur 
lui,  II  renlra  en  grace  en  gravant  une  tete  du  roi  qui  fut 
louee  par  pe|ui-ci,  et  qui ,  naturellement  alors ,  lui  vaiul  d^ 
grinds  applaudissemenis.  Les  travanx  ne  lui  avaient  pas 
manque  pendant  sa  disgrace.  C  est  durant  celte  periode  de 
dix  aps  qu'il  ?ivait  execute,  pour  les  villes  et  pour  les  par- 
liculiers,  la  plupart  des  raedailles  et  des  jetons  dpnt  nous 
avons  donn^  un^  indication  sommaire.  II  n'en  etait  ps 
moins  regrettable  que  le  privilege  de  composer  Fhisloire 
metallique  du  r^pe  de  Louis  XV  lui  eut  ^(e  retire.  A  ce 
propos,  Tabbe  Gougenol  s>xprime  ainsi :  <  II  n'en  est  pas 


(52) 

d*un  graveur  de  medailles  comme  de  tout  autre  artiste. 
A  moins  qu'il  ue  soit  principalement  occupe  par  son  sou- 
verain,  il  rencontre  rarement  des  occasions  de  se  dislin- 
guer»  aussi  est-ce  la  cause  pour  laquelle  peu  de  personnes 
s'adonnent  k  ce  talent  sterile.  Lors  done  qu'il  se  forme 
dans  un  siecle  un  snjet  tel  que  celui  (Duvivier)  dont  la 
perte  fait  Tobjet  de  nos  regrets,  on  ne  peut  apporter  trop 
d'attention  pour  Tencourager  et  le  conserver.  » 

Nous  avons  dit  que  Duvivier  ^tait  d'un  caraclere  om- 
brageux  et  susceptible  a  Texces.  II  en  avait  deja  donne  la 
preuve  avant  sa  rupture  avec  Bouchardon.  L'Academie, 
dont  il  6tait  membre,  avait  pris  la  resolution  de  nom- 
mer  un  graveur  en  medailles  k  une  place  de  conseiller  de- 
venue  vacante.  Coustou  jeune,  alors  directeur,  proposa 
de  mettre  cette  place  au  concours,et  la  compagnie  pril 
une  decision  dans  ce  sens.  Duvivier  entra  dans  la  lice  fort 
de  son  talent,  fort  de  sa  reputation  et  de  sa  superiorite  re- 
connue  dans  un  genre  ou  Ton  s'accordait  a  dire  qu'il 
n*avait  pas  de  rival.  Les  ouvrages  qu'il  exposa  repondi* 
rent  a  la  haute  idee  qu'on  avait  de  son  merite,  et  nul  ne 
contesla  qu*ils  ne  fussent  superieurs  a  ceux  de  ses  ri« 
vaux;  mais  TAcad^Doie,  aux  termes  de  son  reglement,  ne 
pouvait  pas  elever  a  un  grade  superieur  le  membre  qui 
n'avait  pas  fourni  son  niorceau  de  reception.  Duvivier  etait 
dans  ce  cas;  il  ne  put  etre  nomnoe.  S'imaginant  qu'il  etait 
victinoe  d'un  passe-droit ,  le  trop  susceptible  artiste  cessa, 
k  dater  de  ce  moment,  de  se  rendre  aux  seances  de  I'Aca- 
d^mie.  Aucune  instance  ne  put  Ty  ramener. 

Duvivier  n'avait  pas  completement  abandonne  la  gravure 
en  taille-douce ;  il  revenait,  dans  ses  moments  deloisir, 
a  cette  occupation  de  sa  jeunesse.  L'abbe  Gougenot  cite  de 
lui  une  vignette  des  armes  d'Orleans ,  gravee  en  1745,  et 


(S5) 

uneestampe  repr^senlant  le  graphometre,  avec  une  expli- 
cation de  son  ni^canisme.  Conduit  par  deux  mains  qui  le 
font  manceuvrer,  Tinstrument  vient  de  tracer  le  portrait 
de  Tartiste  lui-meme.  Gelte  estampe  fut  gravee*par  Duvi- 
vieren  1744. 

On  a  vu  que  Mariette,  dans  une  note  dont  nous  avons 
transcrit  une  partie,  accuse  Duvivier  d'avoir  mis  tout  en 
ceuvre  [)Our  arreter  dans  sa  carriere  un  de  ses  fils  qui  sern* 
biait  appele  a  le  remplacer.  Le  fait  en  lui-meme  est  vrai; 
mais  rinterpretalion  du  motif  qui  a  fait  agir  notre  artiste 
est  fausse.  Duvivier  n'etait  pas  jaloux,  comme  on  a  paru 
le  croire,  de  ce  fits  qui  monlrait  d'heureuses  dispositions. 
S'il  s'efforgait  de  le  detourner  de  la  carriere  qu'il  avait 
lui-m^me  parcourue,  c'etait  pour  lui  eviter  d'avoir  h  lulter 
contre  les  obstacles  qu'il  avait  rencontres,  et  pour  lui  ^par* 
gner  des  deceptions  dont  son  esprit »  portd  naturellement 
h  voir  le  mauvais  cdte  des  choses,  exagerait  la  gravite.  On 
en  a  eu  la  preuve  dans  des  notes  de  sa  main ,  dont  la  reu- 
nion formait  une  auto-biographie  complete,  et  au  moyen 
desquelles  Tabbe  Gougenot  a  compose  la  notice  dont  il  a 
donn^  lecture  a  T Academic.  Ges  notes  etaient  ^crites  par 
Duvivier  sur  des  cartes  qu'il  reunissait  par  paquets  dans 
un  ordre  methodique  et  chronologique.  Sombre,  inquiet, 
soup^onneux,  mecontentde  tout  et  de  tons,  il  n'avait  pas 
d'amis,  pas  de  confident  des  chagrins  imaginaires  qui  le 
troublaient.  Ses  cartes  recevaient  seules  le  depot  de  ses 
pensees  ameres,  de  ses  plaintes.  «  On  en  a  trouve  chez  lui , 
dit  Tabb^  Gougenot, des  monceaux  qu'un  scribe  viendrait 
difficilement  a  bout  de  transcrire  en  trois  ans. »  Elles  prou- 
v^rent  qu'il  croyait  avoir  a  se  plaindre  non-seulemenl  de  ses 
ennemis  ou  de  ceux  qu'il  regardait  comme  tels,  non-seule- 
ment  de  ses  amis,  mais  encore  de  sa  famille.  e  Jamais, 


(54) 

ajoHte  Tauteur  de  i'^loge  de  DuTivier,  p6re  D*eot  plus  lieb 
d'etre  content  de  ses  enrabs ,  et  jamais  pdre  n'^at  k  letir 
egard  plus  d*alarnaes.  II  vouloitlire  dans  TaYenir  et  pi'^voir 
ce  qu'ilis  deviendroienlun  jour.  II  confioit  ^  ses  cartes  qu'it 
ne  leur  sentoit  pas  ce  genie  ferme  et  vif,  ceg^nie  liegeois 
qtfil  leiir  desiroil,et  il  disoit  qu'appafemment  Ife  lerfoir 
intluoit  sur  les  enlsinls  comme  sur  ies  pislntes  Kju'il  avoit 
fail  venirdeson  pays,  maiis  qui  deg^n^roient  dans  celni^d 
(eri  France).  * 

Atri  preoccupations  de  notre  artiste  sur  le  sort  de  sa  fa- 
mille  yinrent  se  joindre  des  doiil^urs  h\6Q  r^elles.  De  son 
marlage  avec  Louise  Yignon,  fille  d'un  marchand  de  viti 
et  petite-fille  de  Tarchilecte  Martin,  aiiteur  des  plans  dd 
cfaiteaii  deSceaux,  il  atait  ed  dii-septenfants,  doht  treize 
gardens  et  quatre  iilles.  Quatorze  de  ces  enfants  furent 
success! vetiient  ravis  a  sa  tendresse;  il  ne  lui  restait  pltis^ 
viEirs  ia  flh  de  sal  vie,  que  detlx  gar?ons  et  une  fllle.  L'alni 
de  ceux-15i  avail  suivi  la  m§me  carriere  que  son  pere,  mal- 
gr6  lei  efforts  faits  par  Duvivier  pour  Ten  detoiirner.  Le 
second  ^ludia  la  peintut'e  sous  la  direction  de  Chardin.  II 
ne  s'eleva  pas  au-dessus  de  la  mediocrity.  La  fille  de  Du- 
vivier ^pbusa  Tardieu,  graveur  et  membre  de  rAcad^mie. 
Elle  ne  survecut  que  d'une  annee  h  son  pere. 

Duvivier  avait  egalemerit  perdu  sa  femrrie,  dont  la  dou- 
ceur etait  parveniie  h  temp^rer  I'Siprete  de  son  caractfere. 
Cest  i  dater  de  la  tnort  deeette  compagne,  qu'il  tomba 
dans  nne  noire  ihisanthropie.  Ses  chagrins,  on  le  voit,  ne 
furent  pas  tons  imaginafres,  comme  se  plaisaieht  h  le  dire 
ceux  qui  voulaient  le  bl^mer.  II  est  certain  aussi  qu'il  n'eut 
pas  toujours  lieu  de  se  louer  des  prdcedes  dont  Ies  fonc- 
tionnaires  superieurs  de  la  Monnaie  des  medailles,  apres 
M,  de  Launay,  userent  a  son  egard.  Les  reflexions  sui«* 


(88) 

vaotesy  cdnsigo^eil  sur  tioe  de  ses  cartes,  en  fournisseiit 
la  preaTe  :  c  Oq  commenQa  k  me  molester  en  me  d^fen* 
dant  de  mettre  moo  nom  sur  mes  outrages.  Ce  fat 
M.  de  »4..  (M.  de  Boze,  dit  I'abb^  Gougenot)  qui  leya  ce 
lievre.  La  raisou  qu'il  en  apportoit  etoit  bien  tirde  aux 
cheveux.  C^toit,  disoit-il,  pour  qu'on  ne  fit  point  d'^ui- 
voque  en  prenant  le  nom  du  graveur  comma  faisant  partie 
de  la  legende.  Je  r^pondis  que  je  Tavois  toujours  pratiquiS 
et  que  c'etoit  un  usage  constant  parmi  les  graveurs.  J'ob*- 
servoi  que  si  Ton  en  usoit  autrement,  ce  seroit  6ter  aut 
artistes  le  principal  motif  de  faire  de  leur  mieux;  que  d^ 
qu'ils  n^auroient  plus  Tenvie  de  se  faire  connaitre,  la  d^ca* 
dence  des  arts  s'en  suivroit  infaiiliblement.  II  vint  cepen* 
dant  a  bout  de  me  forcer  a  dter  mon  nom  que  favois  ^crit 
dans  la  medaille  de  {'acquisition  de  la  Lorraine,  sur  Tune 
des  marches  du  trdne  du  roi ,  quoiqu'il  fallAt  un  micros* 
cope  pour  le  lire.  Je  Teffa^ai,  mais,  pour  le  tromper,  jk 
gravai  mes  deux  lettres  initiates  sur  le  champ  de  la  m6* 
daille;  je  les  rendis  plus  visibles  que  n'etoit  mon  nom  en- 
tier,  et  jefis  tremper  le  coin.  II  n'y  etit  plus  moyen  de  les 
eflfaeer.  > 

DuTivier  avait  un  besoin  constant  d'activite;  le  repos 
rimportunait;  il  cherchait  dans  le  travail  la  satisfaction 
djb  ses  instincts  d'artiste  et  roubli  de  ses  chagrins.  Noul 
avons  dit  qu'il  avait  parfoilS  des  retouri  d'affection  pout 
la  gravure  en  taille-douce.  II  laissa  aussi  un  grand  nombre 
de  dessins  remarquables  par  la  correction  ^  auxquels  on 
aurait  seulement  reproche  un  peu  de  s^cheresse  dans  les 
contours,  si  Ton  n'avait  pas  songe  que  la  fermete  du  tracd 
lui  elait  necessaire  pour  guider  stirement  son  burin.  L'abb^ 
Gougenot  cite  aussi  de  lui  plusieurs  t^tes  model^s  en  cire 
avec  une  grande  d^licatesse*  Cessait-il  de  manier  le  burin 


(56) 

et  le crayon,  il  s*occupait de musique.  II  jouait fort  passa- 
blemeat  du  luth  et  du  clavecin,  et  m£me  il  composait, 
dit-on.  Suivant  una  expression  du  temps,  il  concertait  sou- 
vent  avec  Oudry  et  Bouchardon,  avant  Tincident  qui 
Teloigna  de  ce  dernier.  Adroit  a  toutes  choses,  il  etait  son 
propre  facleur  d'instruments.  On  trouva  chez  lui ,  apres  sa 
mort,  plus  de  trente  luths  de  tailles  differentes,  auxquels 
il  avait  travaille  pour  en  am^liorer  la  fabrication,  sous^te 
rapport  de  Faeoustique.  On  s'esl  beaucoup  occupe,  de  notre 
temps ,  de  corriger  la  secheresse  du  piano.  Duvivier  avait 
poursuivi  la  solution  de  ce  probleme,  ainsi  que  nous  Tap- 
prend  avec  certitude  ce  passage  de  F^loge  que  nous  avons 
souvent  cite  :  c  II  avoit  invente  et  fait  un  clavecin  qu'il 
nommoit  viole-orgue.  Son  but  eloit  de  remedier  k  Tincon- 
v^nient  des  sons  sees  et  coupes  de  cet  instrument,  en  pro- 
longeant  leur  tenue,  et  Ton  pretend  qu'il  y  avoit  reussi. 
Ayant  ^te  oblige  de  le  demonter,  lorsqu'il  vint  s'etablir  aux 
galeries  du  Louvre,  ses  grandes  occupations  rempScb^* 
rent  de  le  retablir,  de  sorte  qu'il  seroit  difficile  de  juger 
actuellement  de  sa  structure,  les  pieces  qui  le  composoient 
etant  melees  avec  celles  qu'il  avoit  faites  pour  essai.  » 

Malgr^  taut  d*occupations  diverses  qui  sembleraient 
avoir  du  le  detourner  des  travaux  de  son  art,  Duvivier  a 
laisse  un  oeuvre  considerable.  D'apres  le  releve  que  Tabbe 
Gougenot  donne  de  ses  medailles ,  il  a  grave :  dix-sept  tetes 
du  roi  a  diiferents  &ges,  trois  tetes  de  la  reine,  deux  dessus 
de  medailles  oil  le  roi  et  la  reine  sont  en  regard,  dix  tetes 
de  personnages  illustres,  quatre  grands  dessus  et  qua- 
rante-deux  revers  de  medailles,  et  pres  de  deux  cents  coins 
de  jetons. 

Dans  le  courant  de  Tannee  1760,  Duvivier  eut  une  al- 
taque  d'apoplexie  determinee,  dil-on,  par  la  douleur  que 


(57) 

lui  causa  la  perte  du  troisieme  des  fils  qu*il  avait  conserves 
de  sa  Dombreuse  tamilie.  II  ue  se  remit  pas  completement 
de  celte  atteinle:sa  sante,  jusqu'alors  parfaite ,  devint 
languissanie.  Nous  transcrivons,  en  terminant,  les  tou- 
chants  details  que  i*auteur  de  Teloge  academique  donne 
sur  ses  derniers  instants  :  «  Sentant  enfin  les  approches 
Aeh  mort,  il  fit  venir  ses  enfans  le  jour  m£me  qu'il  re^ut 
les  sacremens.  Apres  les  avoir  embrasses  et  leur  avoir 
tenu  des  discours  pleins  de  piete  el  de  tendresse,  il  leur 
ordonna  de  se  retirer  pour  etre  seul,  et  il  ne  voulut  pas 
meme  permetire  que  la  personne  qui  le  gardoit  rest&t  au- 
pres  de  lui.  Gependant,  comme  on  veilloit  dans  la  chambre 
voisine,  on  entendit  dans  la  nuit  des  cris  plaintifs;  on 
accourut  aussitdt  a  son  lit;  il  venoit  d'expirer.  Ce  fut  le 
30  avril  1761 ,  etant  dans  sa  74'"'  annee.  * 

Une  medaille  a  Tei&gie  de  Jean  Duvivier  a  ete  gravee 
par  son  fils,  qui  herita  de  son  logement  au  Louvre  Qt  de  ses 
travaux  officiels,  mais  non  d*un  noerite  ^al  au  sien. 

Les  deuxgraveurs  en  medailles  dont  le  burin  a  illustrd 
rhistoire  numismalique  des  regnes  de  Louis  XIY  et  de 
Louis  XV  sont  Beiges  et  de  la  m^me  ville.  Cest  une  ren- 
contre singuli^re  que  nous  ne  pouvons  nous  emp^cber  de 
faire  remarquer. 


M.  Alvin  remercie  la  classe  pour  le  concours  qu*elle  lui 
a  prete  pendant  son  dijrectorat.  M.  G"*'  Geefs,  directeur 
pour  Tannee  1858,  propose  de  voter  des  remerciments  a 
son  honorable pred^cesseur.  Gelle  proposition  est  accueillie 
par  des  applaudissements. 


(58) 


OUVRAGES  PRfeSENTfe. 


Ahn/ukilr^  dit  Fdbservatoin  royal  de  BruxelUi ;  par  M.  Ad. 
Qoet«l«t.  XXY""*  ann6e.  4858.  Brnxelles;  i  vol.  in-18. 

RiBUmS  deg  ob9ervation$  sur,la  tnitiorologU  et  sur  le  magn^ 
tisme  terreslrey  faites  h  FObservatoird  royal  de  Brnxelles,  ea 
1856»  ^t  cemmiiniqn^es  par  le  directeur  Ad.  Quetelet.  Bruxelles, 
4857;  1  broch.  m-4«. 

Annuaire  de  Vuniversiti  catholique  de  Louvain,  Ann^e  1858. 
Louvain,  i  vol.  in-i8. 

Analectes  pour  servir  a  Chistoire  de  VuniversiU  de  Louvain, 
n°  XXI;  par  P.-F.-X.  de  Ram.  Louvain,  1858;  1  broch.  in-18. 

Correspohdance  de  Guillauriie  le  Taciturne ;  pai*  Cachard. 
Tome  Vr.  Bruxelles ,  ^  857 ;  \  vol.  irt-8^ 

ifouvelles  poesies  d'Addr^  Van  Hasselt.  BrUxellei*,  4857; 
4  -vol.  ih-8**. 

Vaderldndsch  Museum  voor  nederduitsehe  letter kunde,oudheid 
en  ^eschiedenii :  tiitgegeven  door  G.-P.  Serrure.  IP*  deel.  4***  en 
2^«  stuk.  Gdnd,  4868;  4  vol.  in-8». 

Revue trimmrieU0i\''  mn^e,TomeV\  Brnxelles,  4858;  4  vol. 
gr.  in-46. 

Annales  de  la  SociitS  entomologique  beige.  Tome  P.  Brnxelles, 
4857;  i  vol.in-8^ 

Journal  beige  de  I* architecture  et  de  la  science  des  construc- 
tions; public  sous  la  direction  de  MM.  Versluys  et  Vanderauwera. 
Vlil*^  anil^e,  i'"^  &7«*liv.  Brnxelles,  4857;  3  brocb.  in-8^ 

Mesmger  des  Sciences  historiqvies ,  on  archives  des  arts  et  de 
la  bibliographie  de  Belgiqne.  Apn^e  1857. 4'°®liv.Gand;  4  broefa^ 
in-8^ 

.  Reglement  de  I* Association  pour  V encouragement  des  beaux-arts, 
sous  la  direction  de  la  Sociiti  libre  d' Emulation,  Li^ge,  4857; 
4  broch.  in-8^ 


(59) 

Journal  hiitarique  et  liMraire.  Tome  XXIV*"*.  Liv.  7»«.  Li^ , 
4857;  1  bP6ch.in-8^ 

Journal  ef agriculture  pratique;  public  psir  BiM.  Gb.  6t  Ed. 
Morren.  X"»«  ann^e.  5™  k  8»«  llv.  Li^e,  4857;  3  brocb.  in-8^ 

Archive  bulges  de  ntddecine  niilitaire,  Toni^  XX;  !•'  3i  4**  ea- 
bier.  Bruxelles,  1857;  2  brocb.  in-8^ 

Sur  dei  mtift  dinseelei  servant  d  I'cdiinefiiation  de  fhomme  et 
dohndtu  lieu  A  la  formation  dooUthes  dam  des  ealtiaires  la- 
cUstrtB,  aU  Mexique;  par  Ai.yirletd*Aoust.Pari$,  4857;  4  bfoeh. 

Applitation  de  la  ehctusi  et  de  lapolMSe  i  fatinuialion  dei  gaz 
diletires  qui  se  produisent  dans  les  mines  de  houille;  par  H.  Lan- 
dois.  Paris,  4  857 ;  4  bf ocb.  iD-8*. 

Journal  de  la  Soei^ti  de  la  morale  ehrilienne.  Tome  VII"^. 
N**  5 el 6.  Paris,  4857;  2  brocb.  io-8». 

Revue  de  Vart  chnilien.  I"  anniSe.  5"**  k  42~«  IW.  Paris,  4857; 
8  brocb.  in-8'*. 

M^moires  de  la  SoeUli  d^ Emulation  d'Ahbeville,  4852  k  4857; 
Abbeville,  4857;  4  vdl.in-8^ 

BullHin  de  la  Soditi  des  antiquaires  de  Picardie,  Ann6j$  4  857. 
N®  4.  Amiens;  4  brocb.  in-8^ 

Liste  ginirak  des  recompenses  dkemies  par  leS  jurys  dU  o^n- 
cours  agricole  universel  de  Paris,  en  4856.  Paris,  4856;  4  brocb^ 
in.8^ 

Recueil  des  pieces  et  documents  offidels  concernant  t exposition 
universelle  de  4858  j  tnis  en  ordre  et  public  par  M;  E.  Psibis. 
Paris,  4855;  4  vol.  in-4«. 

Catalogue  ofjiciel  de  I* exposition  des  produits  deJihdustrie^de 
toutes  les  nations  en  4855 ;  public  par  <ji*dre  de  la  Commissiott 
imp^riale.  Paris,  4855;  4  vol.  in -8^ 

Catalogue  des  produits  vigStaux,  animaux  et  miniraux  exposes 
au  concours  agricole  universel  de  4856,  Paris,  4886;  4  vol.  iii-8^. 

Catalogue  de  I* exposition  permanente  des  produits  deVAlgirie, 
suivi  du  catalogue  miihodique  des  produits  algiriens  a  VeXposi* 


(60) 

tionunivirselle  de  Paris  en  t85i>.  Paris,  4835;  i  vol.  in-S". 

Catalogue  d^  la  collection  envoyie  du  Canada  a  I'exposition 
imiverselle  de  Paris^  en  18So,  Paris,  1855;  1  vol.  10-8^ 

Catalogue  de$  objets  exposis  dans  la  section  des  J^tats-Unis 
dAmirique,  a  tegsposition  universelle  de  48S5.  Paris;  1855; 
i  broch.  in-8^ 

Catalogue  des  objets  exposis  dans  la  section  grecque  de  lexpo- 
sition  universelle  de  18S5 ,  pric^d6  d*une  introduction  sur  les 
produits  et  sur  les principaks  industries  dupays,  Paris;  1  broch. 
in-8^ 

Catalogue  des  produits  exposis  dans  la  section  mexicaine  de 
Ves^sition  universelle  de  1865,  Paris,  1855;  1  broch.  in-8^ 

Catalogue  des  exposants  de  la  Conf4cUration  Suisse  a  texposi" 
tian  universelle  de  4855.  Paris,  1855;  1  broch.  in-8^ 

Catalogue  descriptif  des  articles  exposes  par  les  fabrieants  du 
royaume  de  Wurleniberg  a  t exposition  des  produits  de  Cindustrie 
de  toutes  les  nations  a  Paris ^  en  4855.  Stuttgart,  1855;  1  vol. 
in*8^.  Le  rn^me  ouvrage  en  langue  anglaise;  1  vol.  in-8^ 

Rapport  du  comxti  de  I'arrondissement  de  Valenciennes  sur 
texposition  universelle  des  produits  de  I'industrie  de  1855,  Va- 
lenciennes, 1856;  1  vol.  in-8". 

Esquisse  sur  le  Canada  considM  sous  le  point  de  vue  icono- 
miste;  par  J.-C.  Tach6.  Paris,  1855;  1  vol.  in-12. 

Traits  des  magnaneries;  par  J.  Charrel.  Paris,  1848;  1  vol. 

in-8^ 

Des  institutions  du  eridit  fonder  et  agricole  dans  les  divers 
Etats de  t Europe.  Paris,  1851 ;  1  vol.  in-8'*. 

Rapport  sur  la  publication  de  nouveaux  documents  relatifs 
aux  institutions  du  cridil  foncier;  par  M.  Dumas.  Paris,  1851 ; 
1  broch.  in-8**. 

De  la  conformation  du  chevaly  suivant  les  lois  de  la  physiologie 
et  de  la  m4canique;  par  M.  A.  Richard.  Paris;  1  vol.  in-8^ 

Guitie  du  ctUtivateur  du  sorgho  a  sucre;  par  MM.  Paul  Ma- 
dinieretG.  De  La  Coste.  Paris,  i856;  1  broch.  in-12. 


(61  ) 

Association  du  drainage  du  d^partemeni  de  VOise.  BeauTois, 
1856;!  broch.in-i^. 

Travaux  et  rapports  de  la  commission  de  pisciculture.  Paris, 
J  850;  1  broch.  in-8^ 

Situation  iconomique  et  agricole  des  comtis  de  VAngleterre; 
tradait  de  Tanglais  de  Caird,  par  M.  Bancelin-Dutertre.  Paris, 
1852;!  vol.  in.8*. 

Concours  r4gionaux  d^animaux  reproducleurs.  Paris,  i853* 
1855.;  2  vol.  gr.  in-8^ 

Concours  danimaux  de  boucherie  en  iSol  ^  4853  et  1854: 
Paris,  J 851  ^  1855;  3  vol.  in-8«. 

Stud  book  francais ,  registre  des  chevaux  de  pur  sang,  nis  ou 
importh  en  France,  Paris,  4837  ^  1843 ;  4  vol.  in-8^ 

MMographie  ou  nouvelle  notation  musicale ;  par  Juan*Nepo- 
iiiuceno  Adomo.  Paris,  1855;  1  cahier  in-4^ 

Instructions  pratiques  sur  le  drainage,  Paris,  1855;  1  vol. 
in-12. 

m 

Etudes  topographiques ,  midicales  et  agronomiques  sur  le 
Bresil,  par  le  D'  Alp.  Rendu.  Paris,  4848;  1  vol  in-8^ 

Considerations  tMoriques  et  pratiques  sur  taction  des  en- 
grais;  par  A.  Bobierre.  Paris ,  4854;  4  broch.  in-8®. 

Die  Landtafel  des  Markgrafthumes  Mdhren.  IX-XI  Lieferung 
Brunn,4857;in-4^ 

Archiv  dcr  Maihematik  undPhysik;  heraasgegeben  von  J.-A. 
Grunert.  XXIX»«' Theil, 4»«»  Heft;  XXX«"  Theil,  V'  Helft.  Greifs- 
wald,  1857;  2  broch.  in.8^ 

Neues  Jahrbuch  fur  Pharmacie  und  verwandt  Fdcher.  Band 
VII,  Heft  4-5;  Band  VIII,  Heft  1-4.  Spire,  4857;  6  broch.  in-8\ 

Wiirtiembergische  naturwissenschaftlicl^e  Jahreshefte,  XIV°*" 
Jahrgang.4*^  Heft.  Stuttgart,  4858;  4  broch.  in-8^ 

Observations  mitiorologiques  failes  d  Fobservatoire  metioro- 
logique  de  Lisbonne,  pendant  les  mois  dejuillet  a  d4cembre  1857, 
Lisbonne,  4857;  6  broch.  in-plano. 

Annates  de  Cobservatoire  physique  central  de  Russia:  publi^es 


(6«) 

par  A»-R.  Knpffer.  N*  i,  Ann^  1854.  Corrtipaiidaiice  Mltero- 
logique  pour  i855.SaiDt-P^tersbourg,  4856;  I  Tol.eMn  c^bier 
in-4^ 

Notices  of  the  meetings  of  the  members  of  the  royal  /niltluliaft 
ofGreoi  Britain,  PartVII.  Londres,  4857;  I  broeh.  io-8^ 

Thfi  annak  ani  moga^fine  of  natural  hutary^  iooludiiig  zoo- 
logy, botany  and  geology.  Second  series.  Vol.  20.  N^*  145  ii  131 . 
Lpodres,  1857;  7  brach.  in-8^ 

Royal  Society  of  Edinburgh. — Transactions.\oL  XXI.  Pari  4. 
—  Proeeedings^Yol  I. N~  1  4  42  et  46-47.  Vol. HI.  N*  47.  Edim- 
bonrg,  1832  h  4857;  4  cahier  iD-4<*  et  15  broch.*]o-8^ 

Om  de  iakltagelser  ofver  Vattenhqjdens  och  Vindames  /Sran- 
dringar;  af  A.  Erdwano.  Stockholm,  4857;  4  brocb.  ia-4^ 

fffagi'a  9rd  till  Belysning  af  den  get^iska  Karian  ofver  fyris^ 
ans  Dalbdcken:  af  A*  Erdmann.  Stockholm,  4857;  4  bfoch. 
iIl.8^ 

Semina  horti  botanid  christianiensis,  1856.  Christiania;  aiM 
feuille  ia-4^. 

Inversio  vesicae  urinariae,  eU.;  iagttagne  af  Lector  Vow. 
Christiania,  4857;  1  brpch.  in-4^ 

Observations  sur  le$  pMnomines  dirosion  en  Norwege,  re- 
cueillies  par  J.-C.  Horbve  et  publi^es  par  B.  H.  Keilhau.  Chris- 
tiania, 4857;  4  broch.  in-4^ 

Forhandlinger  ved  de  skandinavische  Naturforsieres.  Fjierde- 
syvende  Mode.  Christiania,  4847-^4856;  2  vol.  in»8°. 

Det  kongelige  Norske  Frederiks  Universitets :  aarsberetning 
for  1854-4855.  Christiania,  4857;  2  broch.  in-12. 

Beskrivelse  til  Kartet  over  den  norske  Kyst  fra.  —  Arendal 
til  Christiansand ^  —  Christiansand til Lindesnaes.  Christiania, 
1856*4857  ;  2  c^ihier^  in-4<»  et  4  cartes  in-plano. 

Quelques  observations  de  morphplogie  vigitale;  foites  au  jardin 
botaniq^e  da  Christiania,  par  J.-M.  Norman  et  publi^es  par  H.-H. 
Rasch.  Christiania,  4857;  4  broch.  in-8\ 

Statistiske  TabeUer  for  Kongerigel  Norge :  udgivne  efter  foran- 


(65) 

$lalti)iiig  9f  Departementet  for  det  Mre.  Aaret  1837ri840, 
til.  X,  Xy-KVI  Raekke.  Christiania,  1856-18Si7;  5  cabiera  iq^4% 

Beretmng  am  Bodsfoengstets  VirksomhediAafet  48SS'^S&6, 
Chriatiaaia,  1856-1857;  2  broch.  in-S''. 

Nyt  Magazin  for  Naturvidenskabeme.  W^  Binds.  i*3  Hoftaa; 
X*^«  Binds,  i  Hefte.  Christiania,  1856;  4  bF4)ch.  iQ-8^ 

Diplomatarium  norvegicum,  IV  Samliag,  1^  Halvdel.  Chri$-> 
tiania,  i857;  i  vol.  in-i^ 

Nor$ke SUfteUer,  m«'  Binds,  2^«'  Hefte.  ChriMiania,  4857; 
1  vol.  in.8^ 

Kortfattet  Fremstilling  af  den  oeldfte  Nordiske  Runeskrift ; 
af  P.-A.  Munch.  Ghristiania,  1848;  1  broch.  in-8^ 

Bereining  fra  Agronom  T,  Wiel  om  de  afham  i  Aaret  485b  i 
det  offentliges  Tjeneste  foretagne  Reiser  i  Smaalenenes  samt  Jarls- 
berg  og  Laurvigs  Amtsdistrikter,  Ghristiania,  1856;  1  broch. 
in-8«. 

Index  scholarum  in  universitate  regia  Fredericiana,  Second 
semestre  1856  et  ann^e  1857.  Ghristiania,  1856-1857;  5  broch. 
in.4«. 

Bidrag  til  Kundskdben  omMiddelhavets  Littoral'Fauna,  Reise- 
bemaerkninger  fra  Italien;  af  M.  Sars.  II.  Ghristiania,  1857; 
4  broch.  in-8^ 

Besvarelse  afden  af  det  Akademiske  Collegium  d.  25^  mai 
4854  fremsatte  Prisopgave  n**  6 ;  af.  Th.  Kjerulf.  Ghristiania ; 
4  broch.  in-S". 

IndbydeUesskrift  til  den  offentlige  Hovedeksamen  %  Skiens 
laerde  og  ReaUkole  i  Mi  4853-4854-4857.  Skien,  1853  h 
1857;  3  broch.  in. 8«. 

IndbydeUesskrift  til  den  offentlige  Eksamen  i  Trhondhjems  Sa- 
thedralskole  i  Juni  og  Juli  4857.  Throndjem,  1857;  i  broch. 
in-8«. 

Indbydelsesskrift  til  den  offentlige  Eksamen  i  Kristiania  Kathe- 
dralskolej  4 856- f 857.  Ghristiania,  1857;  1  broch.  in-4^et  une 
broch.  in-8°. 


(64) 

Oplegnesier  under  en  Reise  i  Romsdals  Ami  Sommeren  18SS, 
uf  Gustaf  Ahlstrom.  Ghristiania,  iBb6;  1  broch.  in-8^ 

Optegnesser  under  en  Landbrugsreise  gjennem  del  sydlige 
Norge  i  Sommeren  48S8,  af  Johan  Lindeqvist.  Christiania, 
i856;lbpoch.in-8°. 

Beiirdge  zur  lateinisehen  Grammaiik,  I ;  von  L.-M.  Aabert. 
Christiania,  i856;  broch.  in-8^ 

Om  sistermaal  i  Norge;  —  Om  Dodeligheden  i  Norge;  —  Om 
SoedelighedS'TiUtanden  i  Norge;  af  Eilert  Sundt.  Christiania, 
i8o5-l857;3vol.  in-8«. 


BULLETIN 


OS 


L'ACAD^MIE  ROYALE  DES  SCIENCES, 


P^ 


LETTRES  ET  DES  BEADX-ARTS  DE  BELGIQDEt 

1888.  —  N*^  2. 


CLASSE   DES   SCIEMCES. 


Seame  4u  6  fevrier  4888* 

M.  Melsens,  directeur. 

M.  Ad.  Qubtelet,  secretaire  perp^tuel. 

Sont  presents  :  MM.  Sauveur,  Timmermans,  Wesmael, 
Martens,  Kickx,  Stas,  DeKoninck,  Van  Beneden,  Ad.  De 
V»ux ,  Edm.  de  Selys-Longcharop^,  le  viconile  Bernard  Du 
Bus,  Gliige,  Nerenburger,  Schaar,  UAgre,  Dupr^z,  Bras- 
seur,  Poelman,  membres;  Spring,  Lacordaire,  Lamarle, 
associis;  Ernest  Qaetelet ,  d*Udekem,  Montigny,  corres- 

M.  £d,  F^tis,  membre  di  la eh^m  4^$  b^uoo-art^,  g^i^te 

iJas4s«ae. 

2™*  SERIE,    TOJUE    JV.  5 


(  66  ) 
CORRESPONDANCE. 

M.  le  Ministre  de  Tinterieur  fait  condaitre  qu*un  arrele 
royal  a  nomine  M.  d'Omalius  president  de  TAcad^mie 
pour  Tannee  courante,  et  M.  Poelraan,  membre  titulaire 
de  la  classe  des  sciences. 

—  M.  Schlegel  remercie  TAcademie  pour  sa  nomination 
r^cente  d'associ^  de  TAcademie. 

—  M«  Heis^  de  Munsler,  transmet  les  r^sultats  de  ses 
observations  meteorologiques  pour  I'annee  1857. 

—  M.  A.  Wesmael  envoie  le  catalogue  manuscrit  de  ses 
observations  sur  les  plantes  vasculaires  qu*il  a  observ^es 
dans  les  environs  de  Bruxelles.  (Commissaires:  MM.  Kickx 
et  Martens.) 

—  MM.  Duprez,  Dewalque  et  Montigny  offrent  des  ou- 
vrages  imprimes  de  leur  composition.  —^  Reraerciments. 


RAPPORTS. 


Influence  de  la  lune  sur  la  menstruation,  par  feu  J.' A, 
Clos,  doeteur  en  m^decine  a  Soreze  "(Tarn). 

tiappofi  t99  JSf.  Spring, 

€  L'opinion  qui  rattache  a  Tinfluence  de  la  lune  le  retoor 
p^riodique  de  la  menstruation  est  Ires-ancienne.  On  la 
rencontre  dans  Arislote,  dans  Hippocrate  etdans  Galien. 


(  67  ) 

Au  moyea  age,  elle  Q*a  pu  que  s'etendre  sous  rinflueuce 
des  id^es  souvent  fantasliques  qui  dominaient  a  cetle 
epoque  la  physiologie  et  la  medeciue.  On  admeUait  alors 
comrae  fait  que  les  jeunes  femmes  elaient  reglees  pen-^ 
dant  la  nouvelle  lune,  et  que  les  femmes  avancees  en  &ge 
r^laient  de  preference  a  1  epoque  de  la  pleine  lune : 

Luna  vetus  vetulas ,  purgat  nova  luna  puellas  (1). 

A  la  renaissance  des  sciences  naturelles ,  on  ren- 
contre en  sa  faveur,  parmi  les  astronomes :  les  grands 
noms  de  Keppler  et  de  Newton ,  et  parmi  les  medecins  i 
Richard  Mead,  Sanctorius,  Stahl,  Testa,  Morgagni  et 
Etlmiiller. 

Ces  observateurs  comparerent  Tinlervalle  qui  s^pare  re- 
gulierement  deux  ^poques  catameniales  avec  le  temps  que 
met  la  lune  a  parcourir  son  orbite,  el  la  conformite  ap- 
proximative de  ces  deux  periodes  leur  suffit  pour  placer 
les  premieres  sous  la  depeudance  de  la  seconde. 

Mais  Haller,  en  combaltant  cette  opinion,  signala  dejsi 
Fabsence  de  parallelisme  veritable  enlre  les  deux  pheno- 
menes.  II  n'y  a  pas  de  jour,  dit-il,  ou  les  regies  tie  coulenl 
chez  un  grand  nombre  de  femmes,  sans  que  le  perigee  ou 
Tapogee,  ni  aucune  phase  lunaire  aient  aucun  privilege 
sousce  rapport,  et  sans  qu'il  soit  possible,  en  outre,  d*eta-^ 
blir  des  categories  selon  rage,le  temperament  ou  selon  la 
maniere  de  vivre.  Blumenbach,  dans  ses  Institiuions  phy- 
siologiques,  cite  meme  le  cas  tr^s-remarquable  de  deux 


(i)  On  est  ^tonn^  de  voir  qu^un  des  plus  c^Iebres  accoucheurs  du  siecie 
actuel,  Fr^di-Benj.Osiander,  fut  encore  partisan  dc  cclte  opinion.  (Hand- 
buck  der  EnibindungskunH,  tome  1, 1818,  p.  3(58.) 


(68) 

s€BUf8  eompl^emenl  sondes  Tune  ^  T^ulre  par  leur 
eorps  el  vivaat  ainsi  da  indme  sang  et  d'uoe  deMoraie 
eominoBe,  et  qui  cependant  avaient  leura  r^les  k  des 
^oques  (Jiff^rentee  (1). 

Aussi,  dans  les  ^coles  physiologiquas  inoderiies,elail*Ofi 
d'accord  pour  traiter  de  ehimerique  et  d'ab^urde  niAme 
Topinion  qui  etablissait  un  lien  mysterieux  enlre  la  femme 
et  Tastre  de  la  nuit;  on  la  releguait  parmi  les  traditions 
n^s  dans  des  eppques  d'ignorance  et  renouvel^es  de 
temp?  k  antre  par  le  mysticisme  qui  entrain^  certains 
esprits,  Cepeodant  person  ne,  a  ce  que  je  sache,  n^avait  fait 
4^s  observations  mtf^/iodt9ue«,  dans  le  but  special  d*elacider 
cette  question  :  on  jugeait  apparemmcnt  ]a  peine  inutile, 

Le  premier  essai  d'une  statisiique  de  la  measlruation  en 
general  m  rewonte  meme  pas  plus  haut  qu  ii  1840.  II  est 
ink  I^rierre  de  Boismont,  Les  observations  cbiffrees  prises 
sur  $42  femmes  amenaient  Tauteur  k  nier  mepae  la  p^* 
riode  de  28  jour^,  geni^ralement  admise  encore  aujour*' 
d'hui,  <  Ce$  releves,  dit-il,  nous  pnt  prouve  qu'ep  general 
rien  n'etait  inoin^  certain  que  \es  lois  failes  par  quelq^es 
auteurs;  car  npp$  avQjps  v^  le^  regies  venir  k  tputqs  les 
^poquesi  du  9iois,  embrassant  des  peripdes  fort  dilT^r^atei^, 
ae  mpatraot  quelqu^A)is  r^gulierement  deux  rpi$  parxpois, 
ejt  chez  d'autres  revenant  pendant  des  annees  au  ipeii^^e 
quant,i^me(3).  i^  £t»  apr^s  avoir  class^  et  discute  les  (aits, 


(1)  lusluM  Joh.  Forkes,  Obs,  anat  med.  de  monstro  bicorporeo  origi- 
neoso  a*.  470 f,  i6oct  in  Comit.  Comarionensi  Szbny  ndto  et  a*.  471S, 
23  febr.  Posonii  in  coenohio  monialium  S,  Urtulae  mortuo.  Yoy.  Blumen- 
bach ,  Inst,  physiol,  p.  466. 

(2)  Be  la  Menstruation.  Ouvr.  couvonnc  par  VJcademie  de  Medeeine. 
Palis,  t84i,  pref.,  p.  x. 


(69) 

grierre  ie  Boi^moDl  esi  afriv^  ii  cette  ooiieliisioD  affirma^ 
live  :  que  chez  un  grand  nombre  de  femrtios,  ta  periodB 
menstmelle  erobrasse  ua  espace  de  30  jours;  que  ies  r^les 
se  moDtrent  aasez  sou  vent  d'une  matiiere  tres-reguliire, 
jour  pour  jour,  quanU^me  pour  quanlieme;  que  le  plus 
ordinairement  elles  anticipeot  de  plusieurs  joUfs  siir 
Tepoque  suivanie^  et  que^  dans  ee  cas^  il  eiiste  encore  des 
diffi^rencea  lres-grande8  entre  Ies  iatervalles.  Dans  des  cir<- 
eonsiances  plus  rares,  ajoute-t-il^  Ies  r^les  reiardent  de 
plusteurs jours;  il  est  mdme  des  femmes  chez  lesquelles  la 
naenslriialion  n*arrive  que  toutes  Ies  six  semaines  el  qdel- 
quefois  plus  tard  (1). 

Brierre  de  Boismodt  a^  le  premier  aussi»  recueilli  des 
faits  ddns  rinlention  speciale  de  comparer  le  retour  des 
regies  avec  Ies  phases  de  la  lune(2).  Us  sont  au  nombre 
de  26  sdUlemenl  et  relatirs  k  qualre  femmes.  On  n'y  peut 
decouvrir  aucune  liaison  entre  Ies  deux  phdnom^nes  pby- 
siologique  et  aslronomique. 

En  lS45f  parut  un  memoire  du  docteur  Sehweig  kCarls- 
ruhe(3)^  quia  fait  quelque  sensation.  Get  auleur»  ayaUt 
recueilli  i  au  hasard,  500  observations  sur  60  femmeS, 
fui  conduit  h  assigner  h  la  periode  catameniale  une  durte 
moyetine  de  27^59  jours,  et,  par  cons^queiit^  k  la  de- 
clarer conforme  ^  la  periode  anomalistique  dela  lUne,  qui 
est  de  27,56  jours. 

Dans  242  observations ,  la  menstruaUon  revint  76  feis 


(1)  D$  la  MIsnstruaHon ,  etc.,  p.  1128; 

(2)  Ibidem,  p.  124. 

(3)  Untersuchungen  iiber  perfodische  Forgaenge.  Karlsruhe,  1843.  — 
Vntertuckungen  Uber  Periodfeitaet,  in  looser  und  Wunderlich  Jrchiv  f. 
physiolog.  ffeflkunde,  M.  IH,  1841,  pp.  481  sv. 


(70) 

exactemenl  ^  la  mdme  dale  du  mois  anomalisiique,  et 
H6  fois  dans  les  environs  de  celle  date,  c'esi-i-dire,  1,  3 
ou  3  jours  plus  tot  ou  plus  tard.  Dans  d'autres  cas,  elie 
revint  au  bout  de  la  moitie  d*une  revolution  anomalis- 
tique ;  dans  d'autres,  au  bout  de  f ,  de  | ,  ou,  enGn,  au  bout 
de  f .  Neuf  pour  cent  des  observations  ne  repondaient  ce- 
pendant  a  aucune  de  ces  coupures.  Dans  son  argumenta- 
tion, Schv^eig  attache  avec  raison  une  grande  valeur  a  ce 
fait,  que,  dansquelquescas  m£me,  les  tWg^a/t/e^  des  p^riodes 
anomalistiques  se  sont  refletees  dans  le  flux  menslrueL 

Les  differenies  parties  de  la  p^riode  anomalistique  n*a- 
vaient  aucune  preponderance  les  unes  sur  les  autres,  et, 
selon  Schweig,  il  est  parraitement  indifferent  pour  Tappa- 
rition  des  regies  que  la  lune  $*approche  ou  qu'elle  s*eloigne 
de  la  terre.  Seulement,  il  a  trouv^  que  le  chiffre  des  cas 
qui  se  presentent  aux  environs  de  Tapogee  Temporte 
essentiellement  sur  ceuxqui  arrivent  aux  environs  du  pe- 
rigee (271  :231)(1). 

L'auteur  du  memoire  dont  nous  sommes  charges,  MM. 
Martens,  Gluge  et  moi,  de  rendre  compte  a  TAcademie, 
feu  M.  Jean-Antoine  Clos,  docteur  en  medecine  a  Soreze 
(Tarn),  avait  consacre  une  grande  partie  de  sa  vie  a  la 
meteorologieetspecialement  a  Tobservation  de  Tinfluence 
que  la  lune  exerce  sur  les  phenomenes  physiques  de  notre 
planete.  Pour  demontrer  les  rapports  de  cet  astre  avec  la 
menstruation,  il  produit  deux  faits  observes  avec  soin. 
Le  premier  embrasse,  sans  interruption,  un  espace  de 
27  ans,  c'est-a-dire  la  presque  totalite  de  la  grande  revo- 
lution menstruelle  qui  a  lieu  pendant  la  vie  de  la  femme. 


(1)  Loc.ciLfp,  513. 


(71) 

soil  295  epoques  menslruelles;  le  second  ne  s'^tend  que 
sur  une  periode  de  cinq  annces  et  comprend  62  Epoques 
menslruelles.  Le  nombre  total  des  observations  est  done 
de  357.  L*auleur  ne  semble  avoir  eu,  du  reste,  aucune 
connaissance  speciale  du  travail  du  docteurSchweig. 

Dans  un  premier  article »  il  examine  Tinfluence  des 
points  lunaires.  II  parle  successivement  des  phases,  des 
points  de  declinaison  et  des  noeuds.  A  Tegard  des  pre- 
mieres, il  donne  le  denombremeni  suivant  des  295  ^le- 
ments  fournis  par  la  premiere  femme  : 


Nouvelle  lune 67 

Premier  quartier.  ...  54 

Pleine  luae 05 

Dernier  quartier ....  75 


I  121. 
I  170. 


Ainsi,  selon  lui ,  le  plus  grand  nombre  des  menstruations 
coincide  avec  la  pleine  lune,  et  le  dernier  quartier  Tern- 
porte  sur  le  premier. 

Pour  ce  qui  concerne  \es  points  de  dMinaison,  le  docteur 
Clos  ailirme  que  la  somme  des  deux  Equinoxes  Temporle 
de  beaucoup  sur  celle  des  deux  lunistices;  que  T^quinoxe 
descendant  a  un  nombre  plus  fort  que  T^uinoxe  ascen- 
dant, et  que  lelunistice  austral  Temporte  sur  le  lunistice 
boreal;  ce  qui  revient  a  dire  que,  quand  la  lune  est  dans 
les  environs  de  Tequateur ,  elle  a  beaucoup  plus  d'influence 
sur  le  flux  menstruel  que  quand  elle  en  est  eloignee,  eji 
que  celte  influence  est  plus  grande  pendant  qu'elle  par- 
court  rhemispb^re  austral. 

EnGn ,  les  mSmes  chifl*res  demontrent  que  le  noeud  des* 
ccndant  Temporte  sur  le  noBud  ascendant,  c'est-k-dire  que 
la  lune,  lorsqu'elle  coupe  Tecliptique  pour  parcourir  Th^- 
misphere  austral,  tout  comme  elle  coupe  T^quateur  pour 


(t2) 

parc6nrir  le  Mme  hemisphere,  a  une  plus  grande  in- 
fluedce  sur  h  m^norrb^e. 

t)ans  un  deaxi^me  article,  Tauteur  examine  Tinfldetice 
que  la  revolution  deta  lunt  dans  son  orbite  pourrait  exercer 
sur  le  re(our  des  regies.  Selon  loi,  pour  que  h  Idne  pnidse 
Stre  regarded  comme  Id  cause  principaie  de  c6  retoar ^  it 
Mi  ces  deux  conditions : 

{""  Que,  che2  les  femmes,  il  y  dit  tin  terme  tnoyeA  poor 
Hntervalle  qiii  s'dcoule  ehtre  les  ^poqties  menstruelled,  el 

2^  Que  ce  terme  moyen  soit  en  ra()pclrl  avec  la  r^vrilu- 
tion  de  la  lune  dans  son  orbite. 

Pour  ce  qui  regarde  la  premiere  condition,  le  docteur 
Clos  deduit  ce  terme  moyen  de  ses  deux  observations.  II 
trouve  pour  la  premiere  femme  S8|123  jours,  pour  la 
seconde  28,754  jours. 

Qu^nt  k  la  revolution  lonaire,  on  satt  qd'elle  ^st  tHt^le: 

L*une  de  ces  revolutions,  appel^e  peWoitgue;  est  de  97  jouH  7  benMs; 
yaut^e,  dppeUe  anomalistique,  est  de .  .  .  .27  »  13  »  ; 
La  troisieme,  appelee  synodique,  est  de.    .    .    .  29     »     IS      •     . 

L'auteur  prelid  la  fnoyenne  dfes  trols,  fit  il  tfodve 
2S,13t5  jours.  La  f^inme,  selon  Itii,  mdrcbe  done  parraite- 
ment  d'accoird  avec  la  lune. 

Dans  liti  trolsieiftie  article,  il  traite  d6  h  eoineidettc^  des 
p^riodes  chez  diverges  femmes  et  de  celle  des  divers  poitits 
Itinaires.  II  cohstate  que  la  plud  puissabte  des  influences 
est  la  rencontre  da  perigee  avec  la  pleine  lurte. 

II  termine  ses  deductions  par  ttne  conelusion  g^rierdle 
dinsi  formulae  :c  Les  rapports  dela  lune  avec  la  menstrua- 
i»  tion,  ditril,  sont  beaucoup  plus  certains  et  plus  con- 
3  Slants  que  ceiix  du  tti&me  sstre  avec  les  qoalit^s  de  Fat- 
i  bio^ph^re,  que  ceiix  dd  lit  lune  ate6  les  osctllfltidos  in 


I 


(73) 

»  baromltre^  c|ui  c^ux  da  baromSfre  avee  les  Tariaiions 
>  atmospheriques^  queceox^  enfin^de  la  lane  avee  les 
»  marges*  » 

II  eoDi^ddre  done  la  lane  comme  cause  r^ulatriee  de  la 
menstruation^  en  verlu  d'ane  propriel^  acculu\  dit-il,  et 
d*une  maniere  immediate. 

Le  texte  du  memoire  est  suiti  da  journal  des  observa* 
lions «  qui  comprend  59  pages  in-4^ 

Mainlenant,  apres  rexposition  rapide  des  travaux  de 
lirierre  de  fioismont  et  de  Schweig,  et  apres  une  analyse 
plas  detaillee  que  nous  avons  eu  Thonneur  de  lui  faire 
du  mi^moire  da  docteur  Clos,  TAcacl^mie  ne  sera  pas  sur- 
prise si  nous  lui  annon^ons  Tintention  de  combattre  la 
doctrine  dont  elle  est  saisieen  ce  moment.  Pour  rutilite 
de  la  chose ^  nous  lui  demaodons  la  permission  de  ne  pas 
isoler,  dans  notre  argumentation,  les  idees  du  docteur 
Glos,  mais  d*y  comprendre  en  meme  temps  celles  du  doc- 
teur Schweig. 

Et  d*abordy  remarquons  que  des  trois  observateurs  qui 
out  applique  la  statistique  a  Texatnen  de  la  question.  Tun 
nie  toute  influence  de  la  lune,  Tautre  la  rattache  k  la  p4- 
riode  anomalistique,  et  le  iroisieme  a  une  p^riode  moyeune 
qu*il  cree  un  peu  iirbitrairement,  selon  nous. 

D'apr^s  les  calculs  du  premier,  la  periode  menstrhelle 
moyedne  est  de  30  jours;  d*apres  ceux  du  second,  elle  est 
de  27  jours  et  demi,  et  le  troisieme  arrive  a  28  jours  et 
dertii.  Nous  craignons  presque  que^  dans  le  traVail  dk  Ton 
on  de  Tautre  observateur,  dont  nous  reconnaissons  du 
reste  la  sincerity,  la  m^tbode  de  Procruste  ait  un  peu  sui 
k  la  m^tbode  statistique  en  s'y  melant  k  son  insu. 

Scbweig  s'appuie  sur  SOO  observations  prises  sur  60 
femmes;  le  docteur  GIds  sur  357  observations  fuurnies  par 


(74) 

2  femmes  seulement.  J'ose  le  demander  k  tout  observa (cur 
qui  a  suivi  les  Dombreuses  applications  de  la  statistique  k 
Teludedes  ph^nom^nes  de  la  vie  auimale,  quelle  peut  elre 
la  valeur  probanlede  pareils  chiffres,  alors  que  le  resultat 
repugne,  pour  ainsi  dire,  k  la  conscieDce  universelle?  Pour 
etre  a  Tabri  de  coincidences  accidentelles,  n'esl-on  pas 
ici  en  droit  d*exiger  un  nombre  d'observations  dix  et  vingt 
fois  plus  eleve,  el  des  observations  recueillies  non  pas  sur 
deux  ni  sursoixanle,mais  sur  desmilliers  de  Tern  notes  vi  van  t 
dans  les  conditions  physiques  et  morales  les  plus  diverses  ? 

Puis,  que  veulent  dire  ces  fractions  de  la  periode  ano* 
malistique,  les^/4,  ^U,  ^U  et  ^U,  dans  lesquelies  Schweig 
divise  arbilrairement  le  cadran  lunaire  pour  pouvoir  se 
d^faire  des  chiffres  qui  rembarrassaient  sans  doute?  Et 
malgre  cela,  il  lui  en  est  reste  un  nombre  assez  conside- 
rable pour  lesquels  il  ne  trouvait  aucun  emploi.  Pourquoi 
ne  pas  ajouter,  des  lors,  quelques  fractions  de  plus  :  des 
tiers,  des  cinquiemes  et  des  sepiiemes,  par  exemple  ?  11  est 
vrai  qu'avec  ce  precede  on  accuserait  tout  aussi  bien  le 
soleil  que  la  lune,  ou  Ton  mettrait  la  menstruation  aussi 
en  rapport  avec  les  phases  de  Venus  ou  de  Mars. 

Le  docteur  Clos,  nous  le  reconnaissons,  a  dedaign^  ces 
divisions  arbitraires;  mais,  par  centre,  il  a  multiplieautant 
qu'il  ^tait  possible,  les  points  de  repere.  Nous  sommes  loin 
de  lui  en  taire  un  reproche  au  point  de  vue  de  la  methode; 
nous  pensons  meme  que  son  exemple  m^rite  d'etre  suivi 
par  les  observateurs  qui  s*occuperont  ult^rieurement  de 
la  question;  mais  il  nous  semble que  cette mulliplicite des 
points  de  comparaison ,  pour  donner  de  Tautorite  aux  chif- 
fres, eiit  exige  par  elle-meme  un  nombre  beaucoup  plus 
considerable  de  fails. 

Une  autre  objection  est  que,  se)on  nous,  on  si  accord^ 


(75) 

trop  de  latitude  k  ce  qifon  appelie  parfois  les  oscillations 
des  chiffres  et  les  deviations.  Cesi  ainsi  que  Schweig  se 
croit  autorise  k  ramener  aux  points  th^oriques  des  avances 
et  des  retards  de  1,  2  et  3  jours,  ce  qui  donne  one  lati- 
tude totale  de  7  jours,  done,  precisement,  rintervalle  qui 
s'^coule  entre  deux  phases  lunaires.  Aussi,  en  refaisanl 
quelques  calculs ,  nous  sommes-nous  aper^u  qu*avec  cette 
latitude  on  peut  souvent  a«volonte  faire  rentrer  tel  fait  ob- 
serve dans  Tune  ou  dans  Tautre  categoric.  M.  Clos  a  em- 
ploy6  de  semblables  corrections,  el  Ton  jugera  avec  nous 
que,  ehez  lui,  en  presence  de  la  multiplicity  des  points  de 
repfere  et  de  la  brifevet^  des  inlervalles,  les  chances  d'er- 
reur  sont  encore  plus  grandes. 

Enfin,  Fun  et  Tautre  observateur  ne  tiennenl  aucun 
compte  de  la  cause  immediate  de  la  menstruation,  et  tous 
deux  semblent  partager  Fancien  prejug^  d'apres  lequel 
cette  fonction  serait  une  prerogative  de  Tesp^ce  humaine. 

Apres  les  observations  plus  anciennes  de  Blumenbach, 
de  Cuvier,  de  Meckel  et  d'Ehrenberg,  relatives  a  diverses 
espdcesde  singes,  a  la  laie,  la  vache,  la  biche  et  la  genette, 
la  physiologic  moderne  a  ^tabli  d'une  maniere  irrecusable 
que  la  menstruation  est  Tanalogue  du  phenomene  du  rut 
ehez  les  aniraaux.  Le  rut  est  egalement  periodique,  seule- 
ment  les  periodes  naturelles  sont  cachees  sous  la  gestation 
et  la  lactation  qui,  k  I'etat  naturel>  surviennent  presque 
sans  exception. 

Le  rut  des  brebis,  par  exemple,  revient  tous  les  quinze 
jours,  lorsque  Tanimal  n*est  pas  fecond^  dans  les  vingt- 
quatre  heures  qu*il  dure;  et,  selon  Kahleis  (1)  et  Nu- 


(1)  Meckel,  Archiv  fur  Phyiiolo^ie,  t.  VIII,  p.  454, 


(76) 

iDabQ(l),rexail(alionsexU6lle,accompagD^ed'on  flux  meo* 
8tru6l  sanguiO)  s^  declare  chez  la  Tacbe  tous  les  19  ou 
20 jours.  Quand  elle  n'est  pas saillie de saite^  alors  T^ou- 
lement  el  les  autres  phefiomeDes  du  rut  persistent  sou- 
veot  pendaDt  plusieurs  jours. 

Or,  comment  subordonner  ces  periodes  de  15  et  de 
SO  jours  stu  temps  mesur^  par  la  lune?  Et  serait-il  permis 
d'admettre  que,  pour  regler  une  fonction  de  cette  nature > 
Tesp^ce  humaine  seule  chercherait  ses  lois  dans  les  astres? 

Soyons certains  d*une  chose  :  la  menstruation,  comme 
I'appetit  sexuel  et  comme  tout  ce  qui  constitue  lecaractere 
fi^minin,  a  sa  cause  dans  les  ovaires,  de  mdme  que  le  carac- 
tere  m&le  derive  des  testicules.  L'h^morragie  et  tout  ce 
qui  se  passe  dans  Tuterus  ne  constituent  que  des  pbeno- 
menes  secondaires. 

Periodiquement  ^  des  ovules  parviennent  a  leur  maturity 
et  brisent  leur  enveloppe  pour  aller  au-devant  da  liquide 
fi^condant.  Get  acte  s'accompagne  d*une  exaltation  de  vita- 
V\{6  dans  tout  Tappareil  genital  qui  se  congestionne  et  dont 
la  muqueuse  laisse  suinter  du  sang  k  travers  des  ouver- 
tiires  naturelles  ou  accidentelles  des  vaisseaux :  c*est  Ik  la 
menstruation. 

Mais  pourquoi  la  maturation  et  Fexpulsion  des  ovules 
ont-elleslieu,  dans  Tespece  bumaine^  r^gulierement  toutes 
Jes  quatre  seml^iines  ? 

A  cela  il  nous  est  impossible  de  repondre  aulrement 
qu'en  en  appelant  a  la  loi  de  Vespece.  Ce  terme  periodique 
est  fixe  eomme  celui  de  revolution  des  dents,  comme  celui 
de  la  renovation  des  tissus,  comme  celui  de  la  pubcrle,  de 


(1)  J.  Van  den  Hoeven  en  W.-H.de  Vriese,  Tijdschrift  voor  naturlijke 
geschiedenis  J  etc  1858,  IV"  rteel,  3  en  4  st. 


(77  ) 

la  grossesse,  de  la  lactation  et  de  T&ge  de  retour.  II  est 
fixe,  pensoDS-nous,  par  la  loi  de  Tespece,  dans  les  limites 
de  laquelle  il  y  a  de  nombreuses  diffigrences  iDdividuelles, 
beredi(aires  de  race  et  de  famille.  Les  feinines  different 
eqtre  elles  dans  leur  periode  jiienslruelle  comme  lesraees, 
les  varietes  et  le$  iadividq^  de  nos  arbres  fruiiiers  differ 
rent,  quant  a  Tepoque  k  laquelle  l^urs fruits  ps^rvienni^nt  k 
maturity. 

Aiasi ,  dans  notre  conviction ,  le  retopr  periodique  d^ 
catamenies  a  aa  cause  dans  Torganisme  meme  et  non  an 
dehors,  ni  dans  la  terre,  ni  4aQS  ratmosphere,  ni  dans  1^ 
astres.  Mais  celte  conviction  que  nous  croyons  commute  a 
tous  les  physiologisles  de  Tepoque,  est-eile  une  raison  de 
refuser  le  benefice  de  la  publicite  a  des  rechercbes  p^i- 
tientes  et  consciencieuses,  telles  que  Tauteur  du  inemoire 
dont  nous  nous  oecupons  les  a  presentees  dans  un  sens 
contraire?  Nqus  inclinons  d'autant  moins  d9u$ce  sens, 
qu'il  est  a  desirer  que  des  observations  statistiques  soient 
encore continu^es  et  multipli^es  au  point  de  ne  plus  laisser 
des  doutes.  Les  dates  annotees  par  le  docteur  Clos  et  son 
mode  souvent  ingenieux  de  grouper  et  de  produire  les 
chiifres,  pourront  etre  utiles  a  ceux  qui,  dans  Tavenir, 
eutreprendraient  de  pareilles  rechercbes. 

G*est  par  cette  consideration  que  nous  proposoiis  rim<- 
pression  du  m^moire  dans  le  Bulletin  de  VAeademiej  ea 
supprimant  toutefois  la  page  i^^^  ,  qui,  sous  pr^texte  de 
donner  Thistorique  de  la  question ,  i»e  borne  ik  quelques 
extraits  d'auteurs  choisis  au  hasard  et  de  nulle  valeur.  t 


(78) 


€  J*adopte  d'autant  plus  volonliers  les  conclusions  du 
savant  rapport  de  M.  Spring,  que,  comme  lui ,  je  ne  crpis 
pas  k  rinfluence  de  la  lune  sur  la  menstruation  chez  les 
femmes.  Nous  n*aperccvons,  en  efl'et,  aucune  liaison  entre 
cetle  fonction  physiologique  el  les  mouvements  de  I'astre 
en  question,  comrne  il  en  existe  une  entre  ces  derniers  ct 
les  marees  qui  sont  surtout  produiles  par  Tattraction  que 
la  lune  exerce  sur  les  eaux  de  la  mer. 

L'observation  a,  d'ailleurs,  montre  qu'il  y  avail  tant 
d'anomalies  dans  la  menstruation ,  quant  a  son  retour  pe- 
riodiqueet  a  sa  duree  chez  divers  sujets,  qu*on  ne  saurail 
Tassujettir  k  des  regies  aussi  fixes  que  celles  que  semble 
devoir  enlrainer  Tinfluence  directe  des  phenomenes  astro- 
nomiques,  dont  le  retour  est  constant  el  ires-regulier.  » 


Miappo»*$  <#«  JSf.  €ituye, 

4  Le  retour  regulier,  le  rbyllime,  la  periodicite,  en  un 
mot,  caracterisent  les  phenomenes  vitaux  des  corps  orga- 
nises. Depuis  les  mouvements  du  coeur  el  de  la  respira- 
tion jusqu'aux  acces  d'une  fievre  intermillenle  qui  revien- 
nent  a  jour  el  a  heure  iixe,  on  constate  cede  periodicite. 
Aussi  noire  Academic,  sur  Finvitation  de  M.  le  secretaire 
perpeluel,  a-t-elleouverl  ses  publications  a  reriregistre- 
ment  de  phenomenes  periodiques  des  regnes  animal  el 
vegetal. 

De  tous  les  phenomenes  periodiques  vitaux,  uu  seul, 


(79) 

la  menstruation,  avail  particuH^rement  occupe  raltcn- 
tion  des  observateurs  de  Tantiquite,  non  pour  en  etu- 
dier  la  nature,  mais  pour  en  trouver  la  cause;  et,  au  Heu 
de  la  chercber  dans  Torganisme  meme,  on  la  decouvrit 
dans  la  lune. 

Van  Helmoni,  qui  connaissait  la  menstruation  cbez  les 
singes,  avait  dejk  combattu  celle  croyance  de  Tinfluence 
de  la  lune  avec  une  precision  digne  de  la  science  moderne. 
€  La  lune,  dit-il  [Opp.  Fcft.,  1682,  p.  682),  n'accumule 
>'  ni  n'expulse  le  sang,  quoique  le  flux  de  la  naatrice  com- 
»  cide  avec  le  cours  de  la  lune.  Cette  coincidence  est 
»  UD  pur  hasard  :  car  si  ce  flux  etait  un  efiet  de  la  lune, 
»  toutes  les  femmes,  au  moins  celles  qui  habitent  la  meme 
»  region,  devraienl  6tre  raenstruees  le  meme  jour,  ou 
>  toutes  les  jeunes  filles  en  soufl'rir  ensemble  a  la  nou- 
»  velle  lune,  ce  qui  n*est  pas.  » 

De  notre  temps,  il  n*existe  guere  de  pbysiologiste  qui 
croie  encore  a  des  rapports  entre  la  lune  el  la  menstrua- 
tion. Neanmoins,  les  observations  de  M.  le  docteurClos 
me  paraissent  dignes  de  flgurer  dans  les  BiUletins  de  CAca- 
demie  a  litre  de  documents  interessants,  malgre  les  con*- 
clusions  auxquelles  Tauteur  est  arrive,  el  dont  notre  savant 
confrere,  M.  Spring,  vient  de  vons  demontrer  I'inexacr 
titude.  9 

La  classe,  apres  avoir  entendu  ses  trois  commissaires, 
decide  que  le  memoire  de  M.  Clos,  aiusi  que  les  rapports 
des  commissaires,  seront  inseres  dans  le  Bulletin, 


(80) 


Uemoire  sur  la  classification  des  lignes  du  dT  degre;  par 

M.  Dagoreau. 

f  Dans  uQ  rapport  precedent,  concernant  le  m^oire 
de  M.  Dagoreau  sur  |es  lignes  di)  3*°'  degre  >  nous  avion^ 
demand^  que  Tauteur  fut  prie  de  presenter  une  analyse 
succinete  de  son  travail,  dans  )aquelle»  en  partant  de  la 
division  en  classes  et  genres  etablie  par  Euler,il  exposerait 
brlevenient  les  principes  qui  iui  ont  servi  a  la  division  en 
especes,  et  les  ferait  suivre  de  renumeration  des  espece^ 
et  varietes  d'especes  qu'il  avait  constat6es,  ea  indiquant  les 
caraci^res  g^omeiriques  et  analytiques  de  cbacune  d'elles. 

Nous  n'avions  pas  insiste  sur  la  reproduction  des  prin- 
cipes  sur  iesquelsil  fonde  la  division  en  classes  et  genres, 
parce  que  ces  principes,  quoique  nouveaui^,  conduisaieut 
aux  memesresiultats  queceux  4'GuIer,  Uauteur,  en  fai^ol; 
sans  doute  allusion  k  cetle  partie  de  notre  rapport,  fait 
mmarquer  qudceile  identite  de  re&ult^ls  n'e^iste  plus  pour 
les  eourbes  du  4°^  degre.  Ainsi,  ^  Euler  a  trouve  44$ 
genres,  Tauteur  affirnae  n'en  avoir  trouve  que  420. 

Sans  avoir  verifie  ce  resultat,  ce  qui  exigerait  un  temps 
considerable,  nous  pensons,  a  en  juger  par  son  travail, 
que  Tauteur  m^rite  notre  eonfiance  dans  ee  qu'il  avance. 

L'auteur  fait  encore  remarquer  que,  dans  la  division 
d'Euler,  oti  la  nature  des  branches  infinies  est  dietingu^e 
par  la  nature  des  eourbes  du  S"®  degre  asymptotiques  de 
celles  du  3'"'' degre,  il  n*y  a  plus  de  definition  suffisante 
lorsqu'une  ligne  du  3"®  degre  est  elle-meme  son  asymp- 
tote ou  a  pour  asymptote  une  autre  ligne  du  ni^me  degre 


(81  ) 

qu'eile.  Par  les  coosideralions  qui  precedent  el  que  nous 
trouYons  exactes,  nous  approuvons  Tauteur  d'avoir  re- 
produit  egalement  les  principes  nouveaux  qui  lui  ont 
servi  pour  diviser  les  lignes  du  3°"®  degre  en  classes  et  en 
genres. 

Avant  de  conclure,  nous  resumons  le  travail  de  Tau- 
ten r  comme  suil : 

La  direction  d'une  droileest  dite  asymptotique,  lorsque 
Tun  de  ses  trois  points  de  rencontre  avec  une  ligne  du 
^«e  degr^  est  a  Tinfini.  II  existe  toujours  trois  pareilles  di- 
rections asymptoliques ,  dont  deux  pouriant  peuvent  Stre 
imaginaires.  Gela  pose,  le  nombreet  le  parallelisrae  des 
directions  asymptotiques  r^elles  servent  de  base  h  la  di- 
vision des  courbes  du  5*^*  degre  en  quatre  classes. 

Lorsqu'un  second  point  de  rencontre  d'une  droite  h  di- 
rection asymptotique  passe  k  Tinfini ,  cette  droite  devient 
asymptote.  Dans  cbaque  classe,  les  cas  de  rencontre  et  de 
non-rencontre  de  Tasymptote  ou  des  .asymptotes  avec  la 
ligne  du  3°"*  degr^  constituent  les  genres. 

Enfin,  dans  chaque  genre,  le  nombre  des  tangentes-li- 
mites  (tangentes  paralleles  aux  asymptotes),  leur  position 
relative  aux  asymptotes,  la  coincidence  de  deux  ou  de  plu- 
sieurs  de  ces  tangentes  servent  exclusivement  h  dislinguer 
les  especes.  Les  relations,  autres  que  celles  qui  precedent , 
entre  les  tangentes-limites,  servent  a  dislinguer  les  varie- 
t^s  d*une  m6me  esp^ce. 

Le  m^moire  primitif  de  Tauteur  nous  parail,  dans  la  pre- 
sente  redaction,  assez  concentre,  et  nous  eroyons  qu'il 
offre  assez  d*int^ret  scientiiique  pour  £tre  insert  dans  les 
publications  de  TAcademie. 

Conformement  a  I'avis  du  second  commissaire,  M.  Tim- 
s'"*' StniE,  TOME  IV.  6 


(82) 

mermans,  la  classe  ordonne  TiDsertion ,  dans  le  recueil  de 
ses  m^moires,  du  travail  qui  lui  est  pr&ent^,  en  y  com- 
prenant  les  planches  annexees. 


Recherches  sur  les  propriit^s  geomelriqms  des  mouvements 

plans;  par  M.  Gilbert. 

«  Le  memoire  de  M.  Gilbert  se  termine  par  un  r^ume 
dont  j*extrais  le  passage  suivant : 

«  Lorsque  je  suis  parvenu  (dit  Tauteur)  aux  resultats 
»  qui  servent  de  base  k  tout  ce  travail ,  je  n'avais  lu  sur  la 
>  question  qui  m*occupe  que  ce  qui  se  trouve  dans  cer- 
»  tains  traites  ^i^mentaires.  J'ai  reconnu  depuis  que  le 
2>  meme  sujet  avait  occup^  plusieurs  g^om^tres.  Labire, 
D  parexenople,  a  reconnu  Texistence  du  cercle  que  j*ap- 
»  pelle  cercle  d'inflexion,  bieo  qu'il  ait  commis  quelques 
i>  erreurs  k  ce  sujet.  J*ai  eu  ensuite  connaissance  d'uo 
9  memoire  de  M.  Bresse,  insure  dans  le  Joumai  de  fJ^cole 
))  polytechnique  et  oti  la  question  des  mouvements  plans 
»  est  envisagde  d'une  mani^re  nouvelle.  Ten  ai  profite  pour 
»  ameliorer  quelques  points  de  mon  travail.  Enfln ,  je  n'ai 
»  pu  lire  que  tres-recemment  le  remarquable  travail  de 
»  M.  Lamarle  sur  la  mSme  question  et  qui  a  pacu  dans 
i»  les  Bulletins  de  VAcad^mie.  Tout  y  est  ramen^  a  des 
]»  considerations  d'une  extreme  simplicite.  » 

En  citanl  ce  passage,  j*ai  voulu  expliquer  tout  d'abord 
comment  le  travail  de  I'auteur'  n'est  en  partie  qu'une  re- 
production d'autres  travaux  publies  ant^rieurement.  Ce 


(  83  ) 
qui  diffi^re  de  part  et  d'autre ,  c'est  le  poiDt  de  depart :  ce 
soDt  ensaite  les  denominations  adoptees  pour  designer,  a 
divers  points  de  vue,  des  choses  ou  des  propositions  iden- 
tiques;  c'est  enfin  le  choix  des  applications.  Peut-dtre 
Tauteur  n'a-t-il  pas  indique,  d*une  maniere  assez  precise , 
la  coincidence  existant,  sous  des  formes  differentes,  entre 
plusieurs  th^oremes  d^jk  connus  et  ceux  qui  constituent 
sa  propre  theorie.  Je  m*efforcerai  de  combler  cette  la- 
cune. 

Lors  de  la  publication  de  ma  Note  additionnelle ,  j'attri* 
buai  k  M.  Bresse,  non-seulement  les  regies  particulieres 
qu*il  a  pris  le  soin  de  formuler  pour  faciliter  les  applica* 
tions,  roaisaussi  letbeoreme  fondamental  dontces  regies 
ne  sont  en  r^alit^  que  de  simples  corollaires.  C'eiait  une 
m^prise  :  elle  avait  pen  d'importance,  vu  qu*il  s'agissait 
uniquement  pour  moi  d'introduire  dans  une  tbeorie  nou- 
velle  des  resollats  connus  el  de  les  etablir  d  priori ,  inde- 
pendamment  de  toute  notion  empruntee  aux  mathemati- 
ques  sup^rieures.  Toulefois,  Toccasion  m'en  etant  offerte, 
je  restituerai  k  M.  Transon  la  part  qui  lui  revient  dans  la 
question  traitee  par  MM.  Bresse  et  Gilbert. 

Disons  d'abord  en  quoi  consiste  le  probleme  h  resoudre. 

Une  figure  plane,  invariable  de  forme,  se  meut  dans 
son  plan,  d'un  mouvement  conlinu.  On  considere  les  tra- 
jectoires  d^crites  simultan^ment  par  les  difT^rents  points 
de  la  figure  mobile,  etTon  se  propose  de  determiner  les 
courbures  de  ces  trajectoires  pour  des  positions  quelcon- 
ques  simultanees  des  points  d^crivants. 

Parmi  les  geomelres  qui  se  sont  occup^s  de  ce  pro- 
bleme, M.  Transon  est,  je  crois,  le  premier  qui  Tait  resolu 
d*une  maniere  g^nerale  et  k  peu  pres  complete.  Cest  eii 
1845  que  le  travail  de  M.  Transon  parut  dans  le  Journal 


(84) 

de  mathemaliques  pures  el  appliquees.  On  y  trouve  les  re- 
sultats  suivaDts  : 

A  chaque  posilioo  de  la  figure  mobile  correspond  un 
cercle  particolier  nomme  cercle  de  roulement, 

Les  trajectoires  decrites  ont  mSme  courbure  que  si 
ce  cercle  etait  li^  a  la  figure  mobile  et  qu*il  la  fit  mou- 
voir,  en  Tentrainant  avec  lui  dans  son  roulenient  sur  une 
droile. 

Un  peu  plus  loin,  Tauteur  precise  davantage.  II  designe 
par  A,  B,  M,  des  points  qui  decriventcertaines  trajectoires 
dont  les  deux  premieres  sont  suppos^es  connues  et  la 
troisi^me  inconnue.  II  repr^sente  par  0  le  centre  inslan- 
tan^  de  rotation ,  par  R  le  rayon  de  courbure  de  la  trajec- 
toire  consid^ree,  par  N  le  rayon  vecteur  mene  du  centre 
0  au  point  d^crivant.  Gela  fait,  il  dit  d'une  mani^re  g6- 
n^rale  : 

<  A  partir  de  A  sur  la  normale  AO  et,  dans  la  conca- 
j>  vM  de  la  courbe  que  d^crit  le  point  A ,  portez  une  !on- 

i>  gueur  dgale  h  -^  :  son  extremity  marquera  la  projee- 

>  lion  sur  AO  du  centre  de  roulement. 

»  On  construira  la  projection  de  ce  meme  centre  sur 
»  la  normale  OB,  avec  les  valeurs  correspondantes  Na  et 
D  Rs,  etalors  il  sera  bien  facile  de  conslruire  le  centre 
»  de  roulement  lui-mSme. 

»  Ce  centre  construit,  projetez-le  en  T,  sur  la  normale 
h  passant  par  le  point  M,  c'est-^-dire  sur  la  ligne  MO;  le 
»  rayon  de  courbure  de  la  courbe  d^crite  par  M  sera  une 
2>  troisieme  proportionnelle  aux  lignes  MO  et  MT;  c'est-a- 
»  dire  qu'on  aura  pour  sa  valeur 


MO 


(8S) 

2>  et  le  centre  de  courbure  sera  place,  par  rapport  au 
»  point  M ,  du  meme  cote  que  le  point  T.  > 

Tel  est  le  theorSme  fondamenlal  du  a  M.  Transon. 
Apresen  avoir  donne  F^nonc^  qui  precede,  Tauteur  ajoute : 

<i  Lorsque  le  mouvement  sera  defini  autrement  que  par 
D  celui  de  deux  points  assujettis  k  rester  sur  deux  courbes 
»  fixes,  il  y  aura  une  autre  determination  pour  ce  que 
i>  j'ai  appele  le  centre  du  cercle  de  roulement,  roais  tou- 
T>  jours  ii  suffira  de  construire  ce  centre  et  de  le  projeter 
i»  sur  la  norraale  MO  en  T;  le  rayon  de  courbure  en  M 
i»  sera  encore  donne  par  cette  meme  formule.  » 


(i) R=MO. 

MT 

En  se  bornant  a  cette  simple  remarque,  M.  Transon  ne 
disait  point  assez.  Pour  rendre  les  applications  faciles,  il 
convient  de  formuler  les  regies  particulieres  impliquees 
par  Tequation  (i).  Cest  ce  qu'a  fait  M.  Bresse,  dans  un  me- 
moire  public  en  1855  {Journal  de  I' ^ole  poly  technique , 
35™®  cahier).  Plus  tard,  en  1857,  J'ai  rattach^  cette  meme 
question  a  ma  theorie  geometrique  des  rayons  et  centres 
de  courbure;  aujourd^hui ,  enfin ,  M.  Gilbert  vient  la  traitor 
a  son  tour. 

MM.  Transon ,  Bresse  et  Gilbert  s'appuient  tous  les 
trois  sur  des  notions  empruntees  a  Tanalyse  infinit^simaie. 
Seul  Je  procMe  exclusivement  par  voie  purement  gdome- 
trique.  De  part  et  d'autre,  un  role  considerable  est  assigne 
au  point  de  la  figure  mobile  designe  par  M.  Transon  sous 
le  nom  de  centre  du  cercle  de  roulement,  par  M.  Bresse, 
sous  celui  de  2"**  centre  instantane ,  par  M.  Gilbert  sous 
celui  de  p6le  din  flexion.  Tai  suivi  en  partie  ces  memes  et- 


(86) 

rements;  toulefois,  c'est  en  dernier  lieu  que  j*arrive  h  la 
consideration  particuliere  du  centre  de  roulement.  L'objet 
principal  est,  pour  moi,  la  vitesse  du  centre  instantane  de 
rotation.  Soit  o  ce  centre,  u  sa  yitesse  actuelle,  m  un  point 
decrivant  une  trajectoire  quelconque,  v  la  vitesse  de  ce 
point;  la  yitesse  u  est  decomposable  en  deux  vitesses  si- 
niultanees,  Tune  parall^le,  Tautre  perpendiculaire  k  la 
droite  om.  Soit  w  cetle  derniere  composante.  La  droite 
om  est  normale  en  m  k  la  trajectoire  consider^e :  on  voit, 
d'ailleurs ,  que,  dans  la  rotation  de  cette  normale  autour  du 
centre  de  courbure  de  la  trajectoire  du  point  m,  les  yitesses 
de  ses  points  o  et  m  sont  respecliyement  u'  et  v.  II  suffil 
done  de  construire  ces  deux  yitesses  el  dejoindre  leurs 
extr^mites  par  une  droite,  pour  ayoir  le  centre  de  courbure 
au  point  meme  oil  cette  droite  yient  couper  la  normale.  Tels 
sont  les  termes  tr^s-simples  auxquels  est  ramen^e  par  moi 
toute  cette  theorie,  deyenue  ainsi  purement  geom^trique 
et  enti^rement  d^gag^  de  tout  calcul ,  de  toute  notion 
transcendante. 

Le  theor^me  fondamental  ^tabli  par  M.  Gilbert  est  le 
suiyant  : 

-  €  Lorsqu'une  figure  invariable  se  deplace  sur  un  plan 
]»  d'un  mouyement  continu,  si  Ton  consid^re  deux  quel- 
»  conques  de  ses  positions,  il  y  a  une  infinite  de  points 
D  de  la  figure  mobile  dont  cbacun  jouit  de  cette  propriete, 
>  que  les  normales  a  la  trajectoire  qu'il  decrit,  dans  ces 
»  deux  positions  de  la  figure,  sont  parall^les  entre  elles. 
)»  Le  lieu  geometrique  de  ces  points  CvSt  un  cercle  passant 
»  par  les  deux  points  de  la  figure  mobile  qui  coinddent 
»  ayec  le  centre  instantane  dans  ces  deux  positions.  ^ 

Je  crois  ce  theorSme  nouveau  et  offrant  en  lui-m^me 
un  certain  interdt;  je  dois  ajouter,  toutefois,  que  son  im- 


(87) 

porlance  me  parait  ici  tout  a  fait  secoodaire,  vu  qu'ayant 
pour  objet  unique  de  cooduire,  par  voie  de  deduction,  aux 
th^or^messuivants,  il  n'offre,  sous  ce  rapport,  ni  plus  de 
facility  ni  plus  de  simplicite  que  la  marche  directe  suivie 
par  M.  Transon. 
Pasfions  au  iheor^me  nMl.  En  voici  Tenonce : 
<  Lorsqu^une  figure  se  meut  sur  un  plan,  d'un  mouve- 
»  ment  continu,  il  y  a  dans  chaque  position  de  cette  figure 
»  une  infinite  de  ses  points  qui  decrivent  actuellement  un 
9  point  dinflesion  sur  leurs  trajectoires.  Le  lieu  de  ces 
»  points  est  une  circonference  passant  par  le  centre  in- 
»  stantane  et  qui  a  son  centre  sur  la  normale  commune.  > 
Ce  th^r^me  resulte  imm^iatement  de  la  formule  ge- 
nerate etablie  par  M.  Transon  : 

^~  MT' 

En  effet,  le  lieu  des  points  T  est  une  circonference  qui 
passe  par  le  centre  instantan^  et  dont  le  centre  est  sur  la 
normale  commune.  Or,  si  Ton  prend  les  points  T  pour 
points  decrivants,  il  vient 

MT  »=  0 

et,  par  suite, 

R  =  op. 

Poursuivons  Texamen  des  divers  theor^mes  formulas 
par  M.  Gilbert ,  et ,  apres  en  avoir  reproduit  le  texte ,  di- 
sons,  pour  chacun  d'eux ,  les  observations  quMIs  nous  out 
sugg^r^. 

TMoreme  III.  —  «  Tout  point  de  la  figure  mobile  situe 
»  hors  du  cercle  d^inflexion  decrit  une  trajectoire  qui 


(88) 

»  tourne  sa  concavity  vers  le  cenlre  iostantaoe  de  Tota- 
ls tioo.  Tout  point  situ4  dans  l^intirieur  du  mime  cerele, 
B  au  contraire,  dicrit  une  trajectoire  qui  tourne  sa  con- 
»  vexM  vers  le  centre  instantane.  » 

Eotre  ce  th^or^meet  T^nonce  suivant,  dft  k  M.Transon : 

<  Le  cenlre  de  courbure  sera  place,  par  rapport  au  point 
»  M,  du  mSme  c6l^  que  le  poiut  T.  » 
il  n'y  a  qu'une  simple  difference  de  forme.  Pour  le  recon- 
naitre,  il  suffit  de  faire  observer  que  le  point  M  est  le 
point  d^crivant,  le  point  T  le  point  du  cercle  d'inflexion 
situe  sur  le  rayon  vecteur  allant  du  point  M  au  centre 
instantan^  de  rotation. 

Thioreme  VL  —  «  La  projection  du  pdle  d'inflexion  sur 
»  la  normale  k  la  trajectoire  d'un  point  est  le  conjngue 
j>  harmonique  du  centre  de  courbure  de  cette  trajectoire, 
i>  par  rapport  au  centre  instantane  de  rotation  et  k  Tbo- 

mologuedu  point  decrivant  (*).  ts>. 


» 


(*)  Voici  les  conventions  adoptees  par  M.  Gilbert : 
1<*  Soient  a,u,v,\es  distances  respectives  de  trois  points  A,  U,  V,  ^  un 

m^me  point  G,  situd  ayec  eux  en  ligne 

. . .    droite,  ces  distances  ^tant  compt^s  k 

y  G         ^         ^  T    partir  du  point  C,  positi?ement  dans 

le  sens  GA ,  n%ati?ement  dans  le  sens 
contraire;  et  soit  T  un  point  tel,  que  U  soit  le  milieu  de  GT  :  la  condition 
n^cessaire  et  suffisante  pour  que  les  points  A ,  Y  soient  conjugu4s  harmo- 
niques  par  rapport  ^  G ,  T,  est  exprim^e  par  T^quation, 

1        1        1 

a         u         V 

2"  Soit  M  un  point  quelconque  du  plan,  G  le  centre  instantane  de  rota- 

. . .  tion,  P  un  point  tel  que  M  soit  le  milieu  de 

^  GP,  nous  disons  simplement  que  P  est  I'ho- 


mologue  du  point  Mi 


(89) 

Ce  theoreme  n'est  qu'une  expression  parliculiere  de  la 
formuleg^D^rale  etablie  par  M.  Transon.  En  effet ,  Ton  a 
d'abord 


^         MO*         MT  ^  TO        _,„         ..^        MO.  TO 

R  ==  = MO  =  MO  H 

MT  MT  MT 


et  de  Ik  rdsulte  immediatement 


i  MT  i  1 


R  —  MO         MO.  TO         TO         MO 

Or,  cette  derniere  formule  est  precis^ment  celle  que 
M.  Gilbert  oblient  et  qu'il  traduit  par  Tenoned  du  theo- 
reme IV. 

Les  tMoremes  V  et  VI  sontdes  cas  particuliers  du  ib^o- 
reme  IV. 

Thioreme  VIL  —  «  Lorsqu'one  courbe  invariable  a  un 
»  mouvement  quelconque  dans  un  plan,  le  centre  de  cour- 
»  bure  de  I'enveioppe  des  positions  successives  de  cette 
2>  courbe  est  determine,  pour  une  position  quelconque, 
»  par  le  theoreme  IV,  en  prenant  pour  point  decrivant  le 
»  centre  de  courbure  de  la  courbe  mobile  au  point  ou 
D  elle  toucbe  son  enveloppe.  » 

Ce  theoreme  m'^tait  connu  depuis  plusieurs  mois,  et, 
en  octobre  dernier,  je  Tavais  communique  ^  Fun  de  mes 
collogues  qui  pouvait  en  tirer  parti  dans  ses  lemons  sur  les 
machines.  C'est  plus  tard  seulement  que  je  I'ai  public.  S'il 
est  nouveau,  comme  je  le  pense,  M.  Gilbert  a  sur  moi 
Tavantage  d'une  date  certaine  anterieure  k  ma  publica- 
tion, et  je  n'entend  pas  contester  ses  droits  k  la  priorite. 

Theoreme  VllL  —  »<  Lorsqu'un  sysleme  de  droiles  liees 


(90) 

»  entre  elles  invariablemeni  se  d^place  sur  on  plan  d'un 
>  mouvement  coDtiDu,  les  centres  de  coarbure  de  leors 
»  enveloppes  sont,  a  chaqoe  instant,  sur  un  m£me  cercle 
»  ^gal  au  cercle  d*inflexion  el  sym^triquement  plac^  de 
D  Taatre  c6ie  du  centre  instantan^.  » 

Ge  ih^reme  est  une  consequence  curieuse  du  prece- 
dent. 

Thioreme  IX.  — <  Connaissant  les  normales  aux  trajec- 
7»  toires  que  decrivent  deux  points  de  la  figure  mobile,  dans 
»  une  position  donnee  de  cette  figure,  leur  point  de  ren- 
»  contre  est  le  centre  instantane.  Prenons  sur  chaque 
»  normale  le  conjugue  barmonique  du  centre  de  cour- 
p  bure  de  la  trajectoire  par  rapport  au  centre  instantane 
D  et  ^  Tholomogue  du  point  decrivant,  ce  point  sera  la 
i>  projection  du  p6le  d'lnflexion  sur  cette  normale,  et  la 
»  perpendiculaire  k  celie-ci,  men^e  par  ce  point,  passera 
»  au  p6le  d*inflexion,  qui  se  trouvera  ainsi  determine  par 
»  Fintersection  de  deux  droites.  » 

Rapprochons  ce  tbeoreme  de  Tenoned  suivant  dA  a 
M.  Transon  et  rappeie  ci-dessus  : 

<t  A  partir  de  A  sur  la  normale  AO,  et  dan$  la  concamti 
»  de  la  courbe  que  decrit  le  point  A,  portez  une  Ion- 

»  gueur^gale^  ^.'  son  exiremite  marquera  la  projection 
»  sur  AO  du  centre  de  roulement.  > 

<  On  construira  la  projection  de  ce  meme  centre  sur  la 
)>  normale  OB,  avec  les  valeurs  correspondantes  N2  et  Rs, 
»  et  alors  il  sera  bien  facile  de  construire  le  centre  de 
D  roulement  lui-meme.  d 

II  est  visible  que  cesdeux  enonc^s  ne  difierent  entre  eux 
que  par  la  forme.  Je  crois  d'ailleurs  que  la  superiorite  reste 
acquise  a  Tenonce  de  M.  Transon ,  011  Ton  trouve  plus  de 
simplicite. 


(91  ) 

Les  tiieor^mes  saivants  portent  les  d^"  10,  11 ,  12,  43 
et  14.  Us  consistent  en  une  suite  de  r^Ies  utiles  k  con- 
naitre  et  tr^s-propres  ^  faciliter  les  applications.  Ces  r^les 
sont  de  simples  consequences  du  theor^me  fondamenlal 
^tabli  par  M.Transon.  M.  Bresse  est  le  premier,  je  pense, 
qui  les  ait  formul^es  dans  lout  ce  qu'elles  ont  d'essentiel. 
Plustard,  je  les  ai  reprises  et  j'en  ai  modiO^  la  Torme. 
C'estaussi  ce  que  fait  aujourd*bui  M.  Gilbert.  II  reproduit 
les  regies  de  M.  Bresse,  a  un  point  de  vue  nouveau  et  sous 
des  ^nonc^s  differents. 

Ici  se  termine  la  premiere  partie  du  travail  de  M.  Gil- 
bert. La  deuxi^me  est  consacree  aux  applications ;  elle 
comprend : 

l""  La  determination  des  rayons  de  courbure  de  diverses 
courbes,  telles  que  les  sections  coniques,  la  cycloide, 
r^picyclo'ide,  la  spirale  d*Archimede; 

2^"  Une  etude  int^ressante  sur  certaines  propriet^s  g^o- 
m^triques  des  mouvements  plans ; 

5""  Plusieurs  propriety  curieuses  sur  les  aires  des  rou- 
lettes. 

En  considerant  dans  son  ensemble  le  travail  de  M.  Gil- 
bert, il  y  a  lieud'observer  que  la  partie  tb^orique  est  pent- 
etre  un  pen  trop  developp^,  en  egard  au  petit  nombre  de 
propositions  nouvelles  qu'elle  renferme.  Toutefois  si  la 
plupart  des  th^oremes  formules  par  Tauteur  sont  dejk  con- 
nus,  c'est  sous  d*autres  formes  et  h  des  points  de  vue  di£f(i- 
rents.  On  salt  qu*il  est  souvent  utile  de  traitor  une  xn&me 
question  de  plusieurs  mani^res.  La  multiplicity  des  aper- 
Qus  ne  conduit  pas  seulement  ^  approfondtr  davantage  la 
matiire  traits,  elle  contribue  aussi  h  rattacher  plus  inti- 
mement  entre  elles  les  diverses  parties  des  sciences  mathe- 
matiques.  Sous  ce  double  rapport,  la  solution  nouvelle  ap- 


(92) 

portee  par  M.  Gilbert  me  parait  offrir  un  interet  veritable , 
et  je  n'hesite  pas  a  en  proposer  rinsertioD  dans  les  m^^ 
moires  de  TAcademie.  > 

Cette  opinion,  partagee  par  les  deux  autres  commis- 
saires,  MM.  Timmermans  et  Schaar,  est  adoptee  par  la 
classe. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


M.  Ad.  Quetelet  depose  les  observations  sur  la  meteoro- 
logie,  qui  ont  ete  faites  k  TObservatoire  royal  de  Bruxelles 
en  1857,  ainsi  qu*a  Namur  par  M.  Maas,  a  Stavelot  par 
M.  Dewalque,  a  Ostende  par  M.  Verhaeghe;  de  meme 
que  les  resultats  des  observations  sur  les  phenomenes  pe- 
riodiques  obtenus  a  Lierre  par  M.  Rodigas,  k  Ostende  par 
M.  £douard  Lansweer,  a  Venise  par  M.  Buchinger  et  com- 
muniques par  les  soins  de  M.  Zantedeschi. 

M.  Quetelet  rappelle  a  ce  sujet  que  les  phenomenes  pe- 
riodiques  du  r^gne  vegetal  et  du  rdgne  animal ,  qui  avaieot 
et^  longtemps  negliges,  ont  pris,  dansces  derniers  temps, 
une  activite  nouvelle.  Depuis  une  vingtaine  d*annees,  ces 
phenomenes  etaient  principalement  observes  en  Allema- 
gne,  en  Belgique  et  aux  £tats-Unis;  d'apres  les  conventions 
faites  au  congres  de  Yienne,  pendant  le  cours  de  Tannee 
derniere ,  ces  observations  seront  d^sormais  identiques  et 
permettront  d*elablir  les  resultats  avec  plus  de  sfiireie.  Les 
programmes  seront  les  memes  pour  les  differents  pays. 


(93) 


Sur  qmlques  Crinoides  pal^ozoiques  nouveaux  de  I* Angle- 
terre  el  de  V&cosse;  par  M.  L.  De  Koninck,  membre  de 
TAcademie. 

Les  Crinoides  sur  lesquels  je  me  permels  d'appeler  Tat- 
tedtion  de  rAcad^miey  apparlienneot  ^  deux  genres  nou- 
veaux que  j'ai  d^signes,  Tun  sous  le  nom  de  Hydreiono- 
crinus  (1),  k  cause  de  la  ressemblance  du  sommet  des 
especes  que  j'y  rapporte,  avec  une  pomme  d'arrosoir,  et 
Tautre  sous  le  nom  de  Pisocrinus  (2).  Je  commencerai  par 
Texposilion  des  caracl^res  de  ces  nouveaux  genres,  et  je  les 
ferai  suivre  de  la  description  des  especes  qui  y  appartien- 
nent.  Dans  ce  travail ,  je  ferai  usage  de  la  nomenclature 
dont  je  me  suis  servi  dans  mes  autres  ouvrages  qui  ont  eu 
pour  objet  T^tude  des  Crinoides. 

I.  Genre  HYDREIOI^OGRINCJS,  De  Kon. 

Syn.  —  PoTEaiocBiNvs  {partim)^  Phillips,  1836,  Geol  ofYoks.^  vol.  II, 

p.  204. 
CupREssocBiRDS  M*'  Coy,  1849,  Ann.  ofnat.  History,  2»^  ser, 

vol.  II,  p.  244,  non  Goldf, 
PoTBBiocRiNus ,  Dc  KoD.,  1854,  Becherches  sur  les  Crinoides, 

p.  90. 

Formule  generique. 

Pieces  basales  5. 

—  sous-radiales  5,  dont  trois  de  meme  forme,  la  quatrieme  servant  de 

base  k  une  radiale  et  la  cinquieme  soudee  k  deux  anales. 

—  anales  5. 

—  radiales  2x5,  dont  une  reposant  directement  sur  une  sous-radiale. 


(1)  De  u^peloy,  arrosoir. 

(2)  De  Tto-ov,  pois. 


(94) 

P'linxi  brachiales  5  x  ID,  lesquclles  Jonn«nl  lieu  i  la  proJuclion  de  90  bras 
iouJe«  enlre  tax  et  composes  il'arlictel  alleroanls  ,  »u  nombre  He 
18-30,  et  surmont^s  d'un  ccrcle  compose  de  15  pieces  rusirormes 
Miuilie*  entre  elles. 

Volite  ou  ddme  compote  d'un  grand  nombre  de  petiles  pieces  penia-  ou  heia- 

Tige  i  (rticlea  c^lindiiques. 


Ed  comparant  cetle  Tormule  avec  ceWe  du  geore  Poterio- 
crinus,  it  sera  facile  de  s'assurer  qu'elle  a  beaucoup  d'ana- 
logie  avec  cette  derniire.  Ea  effel,  dans  les  deux  genres,  on 
observe  cinq  pieces basales  qui,  parleur  reunion,  Torment 
une  ^[oile  h  cinq  branches  r^nli^res,  ou  une  petile  coupe 
^  bords  decoupes  et  anguleui.  Ces  pieces  aherGent  avec 
cinq  pieces  sous-radiales  de  forme  hexagonale ,  mais  dont 


(95) 

deux  des  c6tes  iateraux  sont  quelquefois  si  peu  d^velop- 
pees  qu'ils  paraissent  n'en  avoir  que  quatre;  daus  ce  cas, 
elles  affectent  la  forme  d*un  losange.  Les  deux  autres  pieces 
sont  beaucoup  plusgrandes :  Tune,  subquadraugulaire,  serl 
directement  d*appui  a  la  premiere  piece  radiaie,et  Taulre, 
d*une  forme  subpentagonale  irreguli^re,  supporte  I'une  des 
pieces  anales.  Celles-ci ,  au  nombre  de  cinq ,  sont  dispo- 
sees  de  fa^on  h  occuper  I'espace  limits  en  dessous  par  ta 
base,  et  des  deux  c6t6s  par  les  pieces  radiates  qui,  dans 
les  deux  rayons  adjacents,  pr^cMent  la  naissance  des 
bras. 

Les  premieres  pieces  radiales  sont  au  nombre  de  deux; 
ces  pieces  sont  assez  semblables  entre  elles  dans  les  cinq 
rayons.  Chaque  rayon  se  bifurque  a  son  tour  et  cbacun 
des  bras  auxquels  il  donne  naissance  est  compost  de  cinq 
pieces  d'une  longueur  k  peu  pr^s  egale.  La  pi^ce  axillaire 
est  surmontee  de  deux  bras  formes  cbacun  de  la  reunion 
d*environ  200  articles  alternants  et  sondes  lat^ralement 
les  uns  aux  autres. 

La  reunion  de  tons  ces  bras  produit  une  sorte  de  tube 
ou  de  cylindre  termini  par  un  cercle  de  15  pi^es  souddes 
lat^ralement  entre  elles  et  d*une  forme  allongee,  servant 
de  limite  ext^rieure  k  la  voiite.  Celle-ci  est  peu  ^levee  et 
compost  d*un  assez  grand  nombre  de  petites  pieces  penta- 
ou  hexagonales,  dont  la  forme  et  la  disposition  n*ont  rien 
de  tres-r^ulier;  je  n'ai  pu  y  observer  aacune  trace  de 
trompe  ou  de  proboscis. 

La  tige  est  de  forme  cylindrique  et  compos^e  d*articles 
d'un  diam^tre  alternativement  plus  grand  et  plus  petit, 
qui  la  font  paraitre  annelee. 

Rapports  et  differences.  —  Si  Ton  n^avait  sous  les  yeux 
que  la  partie  inferieure  du  sommet  des  Hydreionocrinus , 


(96) 

il  serait  impossible  de  dislinguer  ceux-ci  des  Poteriocrinus. 
En  effet,  la  disposition  et  le  nombre  des  diverses  pieces 
basales,  sous-radiales,  radiates  et  anales  sent  exacteaient 
les  mSaies  chez  les  ans  et  les  autres;  mats ,  taodis  qae  chez 
les  Poteriocrinus ,  les  bras  sont  en  general  assez  longs  et 
enli^rement  libres,  chez  les  Hydreiocrinus  ils  sont  soudes 
ensemble  dans  toutes  leurs  parties,  de  maniere  h  former  un 
tabe  cylindrique,  surmont^  d'une  voute,  dont  il  n'existe 
egalemenl  pas  de  trace  chez  les  premiers.  Genx-ci  pos- 
sddent,  en  revanche,  g^n(iralement  une  trompe  assez  ton- 
gue qai  parait  faire  d^faut  dans  les  esp^ces  du  nouveau 
genre  que  je  propose. 

La  ressemblance  parfaite  entre  la  partie  inferieure  des 
sommets  des  deux  genres  que  je  viens  de  uommer,  a  ete 
cause  que  certaines  especes,  dont  le  calice  seul  etait  connu, 
ont  6i6  placees  par  moi  et  par  M.  Phillips  parmi  les  Pole- 
riocrinus,  quoique  apparlenant  en  r^alite  h  un  autre  genre, 
mais  dont  il  etait  impossible  alors  de  soupQonner  Texis- 
tence.  Telles  sont  les  Poteriocrinus  granulatus,  Phil!.; 
Calyx  f  W  Coy;  Phillipsianus ,  De  Kon.;  et  M^  Coy  anus, 
DeKon.  Ces  especes  se  distinguaient  neanmoins  des  Pole- 
riocrinus  y^ri tables,  par  la  brievete  et  la  forme  evasee  de 
leur  calice,  qui  est  generalement  conoide  chez  les  autres. 
Ces  derniers  paraissent  avoir  des  tiges  lisses,  form^  d^ar- 
tides  ayant  k  peu  pr^s  le  meme  diam^tre,  et  ne  poss^dant, 
par  consequent,  pas  Tapparence  annel^e  dont  j'ai  parle 
plus  haut.  Deux  des  especes  que  je  viens  de  citer  ont  ete 
rang^es  par  M.  M*^  Coy  dans  le  genre  Cupressocrinus  de 
Goldfuss  (1).  Je  n*insisterai  pas  davantage  sur  Terreur  in- 


(1)  Paleoz.  foss.  in  the  Museum  of  Cambridge,  p.  117. 


(97) 

explicable,  commise  par  ce  paltontologiste,  parce  que  j*ai 
dej^  ea  occasion  de  la  relever  ailleurs  (i)« 

II  est  presque  superflu  de  faire  remarquer  que  le  geore 
dont  il  est  ici  question  doit  elre  rang^  dans  la  famille  des 
Poteriocrinid^es. 

Distribution  gAi^logique.  —  Toutes  les  especes  de  //]/- 
dreionocrinus  actuellement  conoues,  appartienueDt  excln- 
sivemeut  au  calcaire  carbonifi^re  k  Productus  giganteus.  La 
plupart  ont  ^te  rencontres  en  Angleterre  ou  en  l^cosse; 
quelques- unes  se  trouvent  aux  £tats-*Unis.  Le  calcaire 
de  Yis^  m*en  a  fourni  trois,  mais  une  seule  lui  est  sp^ 
ciale. 

Les  deux  espies  suivantes  m*ont  paru  nouvelles  et  pro- 
viennent  ^alement  du  calcaire  carbonit&re. 

1.  Htdrbionogbihos  W00DIAIIIJS9  De  Kon. 
(PI.  II,  fig,  5  et  5a.) 

Le  $omm«(  de  cette  esptee,  de  taille  moyenne,  est  de 
forme  subcylindrique  et  terminee  k  sa  partie  sup^rieure 
par  une  couronne  compost  de  quinze  pieces  disposdes  en 
cercle  et  soud^s  les  unes  aux  autres,  et  dont  le  centre  est 
occupy  par  la  voiite. 

Le  calice  pris  isol^ment  ressemble  a  une  petite  coupe 
^vasde. 

La  base  est  compost  de  pieces  assez  petites  et  dont  la 
majeure  partie  sert  de  point  d'attacbe  k  la  tige. 

Les  pieces  sovs-radiales ,  k  Texceplion  de  celle  qui  se 
trouve  du  c6te  anal,  sont  beaucoup  plus  largesque  longues. 


I  (1)  Reeh.  aur  les  Crino'ides,  p.  88. 

2"*'  SfiRIE ,  TOME  IV. 


(98) 

Elles  sont  tres- epaisses  el  assez  fortemenl  bombees,  ce 
qui  fail  que  leurs  soudures  sonl  indiquees  par  des  silloas 
ires-pronoDC^s. 

Les  premieres  pieces  radiates  sont  de  forme  penlagouale, 
d'un  tiers  environ  plus  larges  que  longues  et,  de  mime  qoe 
les  precedentes,  assez  epaisses  et  neitemeni  separies  les 
unes  des  aulres  par  un  fort  siilon.  Les  secondes  pieces 
radiates  sont  egalement  pentagonales  et  plus  larges  que 
longues.  La  pi^ce  axillaire,  Irte-^paisse,  est  munie  d'one 
faible  protuberance  et  fait  saillie  en  dehors. 

Les  pieces  brachiaUs  qui  suiveut  la  pi&ce  axillaire  n'of- 
freut  rien  de  parliculier. 

La  surface  externe  de  toutes  ces  pieces  est  creusee  de 
peiiles  dessins  irr^uliers  qui  la  rendent  rugueuse  el  la 
font  ressembler  k  de  la  peau  de  chagrin. 

Les  bras  sont  au  nombre  de  vingl  et  composes  d*arlicles 
cuneiformes  altenants  et  sondes  ensemble  lateralement.  Je 
n'ai  pu  y  apercevoir  des  pinnules. 

Les  pet i les  pieces  dont  se  compose  la  voUiiy  sonl  toutes 
orn^es  d*un  tubercule  saillant  dans  leur  milieu.  Leur  sur- 
face parail  etre  lisse.  Leur  nombre  est  variable  et  leur 
forme  est  assez  g^n^ralement  hexagonale. 

Je  n*ai  pu  decouvrir  des  traces  de  trompe  on  de  pro- 
boscis, ni  d*ouvertureanaleet  buccale.  II  est  probable  que 
celles-ci  ^taient  situ^es  entre  les  bras  qui  avoisinent  le 
c6te  anal  ou  irregulier  du  sommet,  et  que  ces  bras  ^taieni 
susceptibles  de  s*ecarter  pour  fournir  un  passage  aux  ali- 
ments de  I'animal. 

La  tige  est  assez  ^paisse  comparativement  k  celle  de  la 
plupart  des  aulres  especes,  chez  lesquelles  elle  est  souvent 
ires-mince. 

Dimensions.  —  La  longueur  totale  du  sommet  est  d'en- 


imm 


(99) 

viron  40"";  diametre,  25"";  longueur  du  calice,  12' 
diam^tre  de  la  lige,  4"". 

Rapports  et  differences.  —  Celte  espece,  par  la  forme  de 
son  calice,  se  rapproche  des  H,  granulalus,  Phill.,  et  Phil- 
lipsianus,  De  Kon.  Elle  s*en  distingue  par  I'epaisseur  et 
la  con vexi te  de  ses  di verses  pieces ,  ainsi  par  la  rugosite 
de  sa  surface,  laquelle  est  grannleuse  chez  le  premier  et 
parfaitemenx  lisse  chez  le  second. 

Gisement  el  locality.  —  Cette  espece  a  ei6  decouverte  par 
mon  excellent  ami  M.  Wood,  dans  le  calcaire  carbonifi^re 
ferrugineux  des  environs  de  Richmond ,  en  Yorkshire.  En 
la  lui  dediant,  je  ne  m'acquitte  que  faiblement  de  la  dette  de 
reconnaissance  dont  jelui  suis  redevable  pour  les  magni- 
ques  ^bantillons  dus  a  ses  infatigables  recherches  et  dont 
il  a  bien  voulu  enrichir  ma  collection. 

Explication  des  figurei. 
PI.  II. 

Fig.  5.  i^chantiUon  complet,  vu  du  cdt^  aoal,  l^gerement  restaur^  et  de 
grandeur  naturelle.  De  la  collection  de  M.  Edward  Wood,  de 
Richmond. 

Fig.  5,  a.Youte  faiblement  grossie,  d^apres  un  ^chantillon  de  ma  collection. 

2.  Hydreionocriiids  scOTicus.  De  Kon. 
(PI.  II,  fig,  6  eil.) 

Je  ne  connais  encore  de  cette  espece  que  le  calice, 
Geliii-ci  est  assez  petit,  fort  court  et  de  la  forme  d'une  sou- 
coupe.  Ses  pieces  basales  sont  tr^s-petites,  planes  et  de 
forme  quadrilat^re.  Par  leur  reunion,  elles  produisent  un 
pentagone  regulier,  au  centre  duquel  onremarquelaface 
articulaire  d'une  mince  tige  cylindrique. 

Les  pieces  sous-radiates  sont  assez  grandes,  si  on  les 


(  100  ) 

compare  aux  basales;  elles  sont  ua  peu  plus  iongues  que 
larges,  tres-bomb^es  au  centre  et  faisant  ane  saillie  assez 
forte  pour  produire  une  depression  tr^s-prononcee  sur  la 
base  qui  reste  compl^tement  cacb^e,  lorsque  le  calice  est 
pos^  sur  un  corps  plan. 

Les  premieres  pieces  radiales  sont  de  forme  penlago- 
nale  et  presque  deux  fois  aussi  larges  que  Iongues.  Elles 
sont  un  peu  moins  bomb^es  que  les  pieces  prec^dentes, 
mais,  comme  chez  toutes  les  especes  du  mSme  genre ,  elles 
se  trouvent  siiuees  dans  un  mSme  plan  horizontal ,  landis 
que,  chez  les  Poteriocrinus,  il  y  en  a  deux  qui  d^passent  les 
autres,  ainsi  que j'en  ai  dejk  fait  la  remarqne  en  1852  (1). 

Les  pieces  anales  sont  petites  et  un  peu  moins  bomb^es 
que  les  autres.  La  surface  de  toutes  ces  pi^es  est  parfai- 
tement  lisse. 

Toutes  les  autres  parties  me  sont  inconnues;  mais  Tar- 
ticulation  de  la  base  avec  la  tige  demon tre  que  cette  der- 
ni^re  a  du  £tre  fort  mince. 

Dimensions.  —  La  longueur  du  calice  n'est  que  de  G"" ; 
son  diametre  est  de  16"";  celui  de  la  base  est  de  o""*; 
celui  de  la  tige  de  1,5"". 

Rapports  et  diff&ences.  —  Cette  espece  ressemble  beau- 
coup  k  mon  Hydreionocrinus  (Poteriocrinus)  M  Coyanus 
dont  il  ne  sera  cependant  pas  difficile  de  la  distinguer,  k 
cause  de  la  convexite  tr^s-prononc^e  des  diverses  pieces 
de  son  calice,  et  de  la  faible  dimension  de  sa  tige. 

Gisement  et  localite.  —  Cette  espece  a  6i6  decouverte 
aux  environs  de  Glasgow,  dans  un  schiste  noir  subor- 
donne  au  calcaire  carbonifere  h  Productus  giganteus  et  a 


(1)  Recherches  sur  les  CrinoideSj  p.  85. 


<  '  s      r  •  •  •  • 


(  101  ) 

Spirifer  bisulcatm.  J'en  dois  la  coDDaissance^  M.  Salter, 
paleoDlologiste  du  Geological  Survey  de  Londres,  d^ja 
coDnu  par  un  grand  nombre  de  recberches  importantes. 

Explication  det  figures. 
PI.  II. 

Fig,  6.  Calice,  vu  du  cdt^  de  la  base,  faiblement  grossi,  de  la  coFlection  du 

Survey. 
Fig,  7.  he  meme,  yu  de  profit,  de  ^^randeur  naturelle. 

Je  ddcris  k  la  suite  des  deux  especes  qui  precedent,  un 
troisi^me  Grinoide,  tres-remarquable  par  la  forme  globu- 
leuse  de  sou  calice;  je  n'ose  pas  le  placer  definitivement 
parmi  les  Hydreinocrinus ,  parce  quit  s*en  ^loigne  par  ses 
caracteres  g^u^raux  et  que  les  parties  superieures  de  son 
sommet  me  sont  inconnues.  Je  ne  puis  pas  non  plus  le 
classer  d'une  mani^re  bien  certaine  parmi  les  Poterio- 
crinus,  parce  qu*il  diffi^re  de  la  plupart  de  ceux-ci,  par  la 
forme  et  la  situation  parfaitement  horizontale  de  ses  ra- 
diales,  qui  toutes,  comme  cbez  les  veri tables  Hydreiono- 
crinus  se  trouvent  dans  un  mSme  plan. 

5.  HtDRBIONOGRINOS?  GL0BULAEI8,  De  KoD. 

(PI.  11 ,  fig,  1-4.) 

Le  calice  de  cette  jolie  espece  est  d'une  taille  mediocre 
et  d'une  forme  subsph^ro'idale,  I^^rement  allongee  h  sa 
base.  Sa  surface  est  parfaitement  lisse,  et  les  sutures  de 
ses  diverses  pieces  sont  k  peine  perceptibles  et  ne  sont 
indiquees  par  aucune  depression  ni  sillon. 

Les  pieces  basales  sont  toutes  exactement  de  memc 
forme  et  produisent,  par  leur  reunion,  une  petite  ^toile  a 
cinq  branches  bien  prononc^es.  L'articulation  de  la  tige 


(  i02  ) 

est  situee  au  food  d*une  fossette  arroodie  de  faible  dia- 
mitre  el  pen  profonde. 

Les  pieces  sous-radiales  soot  tr^s-grandes  et  h  peo  prte 
aussi  larges  que  loogues.  Quatre  d'entre  elles  oot  una 
forme  hexagonale  assez  r^uli^re  (voir  plus  loin  la  projec- 
tioD  horizoDtale);  la  cinqui^me  possede  sept  c6tes  dont 
Tun  est  soude  a  une  pitee  auale. 

Les  premieres  pieces  radiales,  les  seules  qui  me  soient 
connues,  offrenttrois  formes  differentes :  les  trois  d'eutre 
elles  qui  sont  le  plus  distantes  du  cot^  anal  soot  identi- 
ques  les  unes  aux  autres;  elles  sont  pentagonales  el  uq 
peu  plus  larges  que  longues.  Des  deux  derni^res,  celle  qui 
se  trouve  k  la  gauche  des  pieces  anales,  esl  bexagonale, 
bien  que  sa  forme  generale  soil  k  peu  pr^s  la  meme  que 
celle  des  autres  pieces  radiales;  celle  de  droite,  au  con- 
traire»  diffi^re  lotalement  de  celles-ci :  elle  est  en  quelque 
sorle  quadrangulaire,  un  peu  transverse  et  munie,du 
c6l6  gauche,  d'un  petit  prolongement  correspondant  a  la 
seconde  pi^ce  anale.  La  figure  ci-apres  fera  ressorlir  mieux 
qu'aucune  descriplion  ne  pourrait  le  faire,  les  di£r^rences 
qui  existenl  entre  ces  diverses  pieces  : 


(105) 

Les  deux  premieres  pieces  anales  sont  les  seules  qui  me 
soient  connues.  L'ane  est  assez  grande,  pentagone  et  un 
peu  plus  loDgue  que  large;  son  c6t^  superieur  est  petit  et 
supporte  la  secoude  piece  egalement  pentagone,  mais  ex- 
trSmement  petite.  L'^paisseor  de  toutes  ces  pi^s  est  con- 
siderable; anssi  Tespace  fibre  occupy  jadis  par  ranimal  est 
des  plus  restreints,  et  le  calice,  vu  du  cdt^  superieur,  ne 
pr^ente  qu'une  ouverture  tres*etroite  et  ne  ressemble  pas 
mat ,  surtout  quant  aux  surfaces  articulaires  de  ses  pieces 
radiales,  a  un  sommet  d'Apiocrinus.  (PI.  II,  fig.  4  et  4  a.) 

La  tige  a  du  dtre  mince  et  cylindrique,  ainsi  que  cela 
resulte  du  faible  diametre  et  de  la  forme  de  Timpression 
que  son  dernier  article  a  laissee  sur  la  base  du  calice. 

Dimensions.  —  Longueur  du  calice,  15™"*;  grand  dia- 
metre, 12""";  diametre  du  bord  superieur,  8"*";  de  la  tige, 
2"" ;  longueur  des  pieces  sous-radiales ,  environ  6"". 

Rapports  et  diffirenees.  —  Le  Poteriocrinus^  nuciformis , 
M'  Coy  (1) ,  est  la  seule  espece  de  Crinoide  qui  se  rapproche 
de  celle-ci.  Elle  en  differe  par  sa  forme  plus  allongee  et, 
bien  plus  encore,  par  la  soudure  de  deux  petites  pieces 
anales  au  bord  superieur  de  la  premiere,  tandis  que  notre 
esp^e  n*en  a  qu'une  seule  dans  cette  situation. 

Gisement  et  locality.  —  Celle  espfece  a  6i&  trouvde  avec 
la  pr^^dente  aux  environs  de  Glasgow.  Je  n*en  connais  que 
deux  ^chantillons  deposes  au  Musee  du  Geological  Survey 
de  Londres,  et  c'est  Egalement  a  Tobligeance  de  M.  Salter 
que  j*en  dois  la  communication. 


(1)  Deter,  of  the  hrit.  palao%.  fo$s.  in  the  Mu$,  of  Cambr.,  p.  117, 
pi.  Z^Dyfig.  4. 


(  104  ) 

ExpUcation  dei  figures. 
PI.  II. 

Pig.  1.    Ecbantillon  de  grandeur  naturelle,  vu  du  c6t^  anal. 

Fig.  la.  Le  m^me,  grossi  du  double,  vu  du  ni^me  cM. 

Fig.  %    Le  m^me,  de  grandeur  natureUe,  yu  du  c6i&  oppose. 

Fig.  3.   Le  mSme,  vu  du  odt^  de  la  base. 

Fig.  Za.  Le  m^me,  grossi,  vu  du  m^me  c6t^. 

Fig.  4.    Le  mSme ,  de  grandeur  naturelle,  vu  en  dessus. 

Fig.  4a.  Le  m^me,  grossi,  vu  du  mtoie  cdM. 


II.  GlBHBB  PISOGRINUS,  Db  Kon. 

Formule  ginirique. 

Pieces  basales  5,  r^unies  de  fa^on  k  former  un  triangle. 

Piece  sous-radiale  unique,  plac^  du  cdt^  anal. 

Pieces  radiales  connues  1+5,  dont  deux  grandes  sondes  k  la  base  et  trois 
petites  subtriangulaires;  une  de  ces  dernieres  interm^diaire  entre 
les  deux  grandes  et  soud^e  k  celles-ci,  et  les  deux  autres  soud^es 
en  partie  k  la  piece  anale  et  en  partie  aux  grandes  pieces  radiales. 


Le  calice  des  especes  qui  appartieonent  k  ce  genre  est 
(le  tr^s-petite  taille;  sa  forme  est  globuleuse  ou  conoidale. 

La  base  est  composee  de  cinq  petites  pieces  soud^  entre 
elles,  dont  trois  ont  une  forme  triangulaire  et  dont  les 
deux  autres  sont  quadrangulaires.  La  reunion  de  ces  cinq 


(  105  ) 

pi^s  produit  un  triangle  sub^uilateral  (voir  la  projec- 
tion ci-contre). 

Deux  des  cdt^s  de  ce  triangle  supportent ,  chacun ,  une 
grande  piece  radiah ,  de  forme  hexagonale.  Ces  pieces  sont 
sendees  entre  elles  par  Tun  des  cdtes  dans  la  moitie  de  leur 
longueur,  tandis  que  la  moiti^  de  la  longueur  de  leur  c6l6 
oppos^  est  sendee  k  une  piece  sous-radiale  unique ,  plac^ 
sur  le  troisieme  cdt^  de  la  base,  et  occupant  ainsi  Tespace 
interm^iaire  entre  les  deux  grandes  pieces radiales, laiss^ 
libre  par  celles-ci.  Gette  pi^e  sous-radiale  occupe  le  c6te 
anal  du  calice :  elle  est  pentagonale.  Une  pi^e  radiale  de 
forme  triangulaire ,  mais  beaucoup  plus  petite  que  les 
deux  qui  sont  en  contact  avec  la  base,  vient  se  poser,  en 
forme  de  coin,  entre  ces  dernieres ;  deux  autres,  d'une  forme 
^alement  triangulaire,aUernent  a?ec  la  pi^ce  sous-ra- 
diale. La  tige  ^  du  etre  cylindrique  et  d'une  dimension 
assez  forte,  eu  ^ard  a  la  petitesse  du  calice,  si  Ton  en 
juge  par  Tempreinte  qu'elle  alaissee  sur  la  base. 

Rapports  et  differences.  —  J'aurais  volontiers  rapporte 
les  esp^ces  que  je  vais  decrire,  au  genre  Triacrinus,  ^tabli , 
en  1839,  par  le  comte  de  Miinster,  si  ce  paleontologiste 
ne  disait  express^ment  que  la  base  de  ce  genre  est  com- 
post de  trois  pieces  triangulaires  (1);  car  il  est  probable 


(I)  Cette  composition  de  la  base  me  fait  supposer  que  le  genre  Trieho- 
crinus,  ct46  dernierement  par  le  savant  anatomiste  de  Berlin,  M.  J.  Muller 
{Monataberich  der  K.  Jkad.  von  Berlin  f  Juni  1856,  p.  354,  et  Phys. 
JhhandL  der  K.  Ahad.  der  Wi$a.,  1856,  n<>  6,  p.  248),  en  faveur  dequel- 
ques  Crinoides  pal^zoiques  de  TEifel,  est  identique  avec  le  genre  Triacri- 
nta.  G*est  ce  quMl  ne  me  sera  possible  de  decider,  que  par  inspection  des 
^hantillons  d^crits  par  de  Miinster,  dont  la  figure  en  projection  {Beitrdge 
Z.  Petrefakt.,  I,  pi.  I,  /{^.  4,  c)  est  ^videmment  fautive;  car  si  elle  dtait 
Pexpression  de  la  r^alit^ ,  il  en  r^sulterait  quMl  existe  des  Grinoides  k  trois 
rayons  au  lieu  de  cinq,  ce  qui  n*est  pas  probable. 


(  106) 

qaeia  disposition  des  aulres  pi^s  du  calico  est  la  m^me 
dans  ce  genre  et  dans  celai  que  je  propose  ici. 

Distribution  gMogique,  —  Je  ne  connais  encore  que 
deux  espies  dn  genre  Pisocrinus.  Toutes  deux  provien- 
nent  du  calcaire  siiurien  sup^rieur  des  environs  de  Dudley 
et  y  bnt  6{6 dteouvertes  par  M.  John  Gray,  de  Hagley ,  doni 
les  patientes  recherches  oot  enrichi  la  faune  silurieooe 
anglaise  d'nn  si  grand  nombre  d'animaux  remarquables. 

1.  PllOCftlRUa  PILDLA. 

(PI.  II, /i^.  8*11.) 

Le  calice  de  cette  espece  est  de  la  grandeur  d'un  gros 
pois,  dont  il  affecie  en  memo  temps  la  forme,  sauf  la  tron- 
cature  produite  par  TouYerture  sup^rieure.  La  surface  est 
enti^rement  lisse  et  mSme  un  peu  luisante. 

La  base  est  parfaitement  de  la  forme  d*un  triangle  Equi- 
lateral et  faiblement  EvasEe.  L*articulation  de  la  tige  se 
trouve  au  fond  d'une  fossette  assez  profonde  et  large. 

La  piece  sous-radiale ,  un  peu  plus  lai^e  que  longue,  est 
limitee,  dans  sa  partie  snperieure,  par  un  angle  obtus  qui 
s'arrete  k  uue  petite  distance  du  bord  superieur  du  calice. 
li  en  r^ulte  que  les  deux  pieces  radiales  posees  sur  cette 
pi^ce,  ne  sont  pas  d'une  forme  tout  k  fait  triangulaire. 
{Fig.  8). 

Les  cinq  pieces  radiales  ont  leur  surface  superieure 
profond^ment  creusEe  pour  la  reception  de  la  seconde 
piice  qui  a  dfi  les  surmonter,  mais  qui  m'est  rest^e  in- 
con  nue. 

L'ouTerture  du  calice  est  presque  parfaitement  circu- 
laire  ou  plutdl  subd^agone,  k  cause  des  petites  dchan- 
crures  existant  sur  les  diverses  pieces;  celle  qui  corres- 
pond au  c6t^  anal  est  un  pen  plus  prononcee,  ainsi  que 


(  «07) 

le  demontre  la  partie  de  la  figure  11  indiquee  par  la 
lettre  z. 

Rapports  et  diffidences.  —  Gette  esptee  se  di^iDgae  de 
la  suivante  par  Tabseoce  de  tout  ornement  k  sa  surface  et 
par  sa  Torme  beaucoup  plus  globuleuse. 

Dimensions.  —  Longueur  enyiron,  5*^;  le  diam^tre  a  la 
meme  dimeosion;  dtam6tre  de  rarticulalion  de  la  tige, 

Gisement  et  localitd.  —  Je  ne  connais  encore  que  deux 
^haniillons  de  celte  espece;  Tun  se  trouve  dans  la  riclie 
collection  de  M.  Gray,  Tautre  dans  la  mienne.  Je  dois  ce 
dernier  a  Tobligeance  de  M.  Lewis,  de  Londres ,  que  j'ai 
vu  avec  regret  abandonner  Tetude  de  la  paleontologies  a 
ravancement  de  laquelle  il  contribuait  puissamment  par 
ses  actives  recherches. 

ExpHeation  de$  figures. 
PI.  II. 

Fig,    8.    ^hantillon  grossi,  vu  du  cdt^  anal.  De  la  collection  de  M.  Gray. 

Fig.    8a.  Le  mSme,  de  grandeur  naturelle,  vn  du  m^me  c6ii. 

Fig.    9.    Le  mSme,  gross!,  vu  du  cdt^  oppose. 

Fig.  10.    Le  m^me,  gross! ,  vu  du  c6t6  de  la  base. 

Fig.  10a.  Le  mSme,  de  grandeur  naturelle,  vu  du  m^me  c6i4. 

Fig.  11.    Le  mSme,  gross!,  vu  du  cdt^  oppose.  La  lettre  x  !ndique  le  col^ 

anal  et  T^hancrure  destin^e  k  recevoir  le  canal  allmentaire  de 

Panlmal. 

2.  PlSOGRINCS  0R1IATI}8»  De  Kon. 

Le  calice  de  cette  espiece  pr^sente  la  forme  d'un  petit 
c6ne  tronque.  La  surface  de  ses  diverses  pi^es  est  orn^ 
de  petits  dessins  irr^uliers  creuses  dans  le  test. 

La  base  offre  Taspect  d'une  petite  coupe  a  bords  munis 


(  108  ) 

de  trois  angles  moius  aigus  quechez  Tespece  precedente; 
ces  bords  sont  aussi  plus  releves. 

La  piece  sous-radiale  est  un  peu  plus  lougue  que  large ; 
son  angle  sup^rieurest  aigu  el  se  prolonge  juqu'au  hord 
du  calice. 

Les  petites  pieces  radiales  sont  d'une  forme  triangulaire 
bieo  prononcde.  Leur  surface  articulaire,  destinde  h  rece- 
voir  la  seconde  pi^ce  radiale ,  est  moins  profond^ment 
creuseeque  celle  de  Tesp^e  precedente,  mais  le  test  en 
est  plus  ^pais.  L*ouverlure  du  calice  est  pentagonale;  du 
c6ie  anal ,  Tecbancrure  est  plus  prononc^e.  (Fig.  ISz.) 

Rapports  et  differences.  —  lis  ont  d^jk  ^t^  indiqu^  dans 
la  description  de  Tesp^ce  precedente. 

Gisement  et  locality.  —  £lle  a  ^te  d^couverte  par  M.  John 
Gray,  dans  le  calcaire  silurien  de  Dudley. 

Explication  des  figures. 
PI.  II. 

Fig.  12.    Echantillon,  grossi,  va  du  c6i6  anal.  De  la  collection  de  N.  Gray. 
Fig.  12a.  Le  meme,  de  grandeur  naturelle,  vu  du  m^me  cdt^. 
Fig.  13.    Le  meme,  grossi,  vu  en  dessus. 


De  Vinflmnce  de  la  lune  sur  la  menstruation;  par  feu 
J.  A.  Clos,  docleur  en  m^decine  h  Sor^ze  (Tarn). 

Le  sujet  que  je  traite  entrait  dans  le  plan  que  je  m'etais 
forme,  lorsque  je  commen^ai  mes  observations  meteoro- 
logiques  qui  remontent  a  42  ans.  II  me  fallail  d'abord 
recueillir  des  faits  :  il  semble  qu'apres  une  si  longue  car- 


-3.                                  z 

3-                     -        ,-f                             4- 

(p  fi 

i  ^ 

P,# 

igp      ^ 

6                                   Z 

l5 

i'\u.l-4.ilv<li'i-iunoi'r;ai>»?s.l<>l)ulAriK.drE«..Fig;i-llyili-i-ioii«rrmiis'NVno<liiini<&.<lrK»n 


(  409  ) 

riere,  je  devrais  en  avoir  ud  grand  nombre.  Le  vrai  est 
que  je  n*en  ai  que  deux  digues  d'etre  reproduits.  Cependant, 
si  Baglivi  a  eu  raison  de  dire  que  les  observations  ne  soot 
pas  taut  numerandae  que  perpendendae ,  on  voudra  bieii 
considerer  que  Tun  de  ces  faits  embrasse  sans  interrupt 
tion  un  espace  de  27  ans,  c'est-k-dire  la  presque  totalite 
de  la  grande  revolution  menstruelle  qui  a  lieu  pendant  la 
vie  de  la  femme,  que  Tautre  embrasse  une  p^riode  de  5/ 
ann^s  et  que,  par  ce  moyen,  j*ai  eu  k  ma  disposition,  d'un 
cote,  295  epoques  menstruelles  consecutives,  de  Fautre, 
62,  ce  qui  fait  le  nombre  total  de  357  epoques,  presque 
toutes  aussi  blen  d^termin^es  qu'il  est  possible  en  pareille 
mati^re ;  et  ce  nombre  m'a  paru  suffisant  pour  baser  mes 
calculs. 

€es  calculs  se  r^duisent,  pour  ainsi  dire,  ik  un  simple 
d^nombrem^nt.  Cependant  fallait-il  encore  quelques  pre- 
cautions; et  entSte  des  deux  faits  dont  j'ai  parld,  on  verra 
celles  que  j'ai  prises  au  sujet  de  la  difference  qui  se  trouve 
entre  le  temps  civil  et  le  temps  astronomique,  afin  d'ap- 
procher  de  la  verity  le  plus  possible. 

L'influence  pouvant  avoir  lieu  ou  k  I'instant  meme  d'un 
point  lunaire,  ou  avant  ou  apr^s,  et  k  plus  pu  moins  d'in- 
tervalle,  j*ai  remarqu^  que  je  ne  pouvais  gu^re  etendre  le 
champ  d'influence;  et ,  aprte  avoir  consid^r^  que  les  lunis- 
tices  et  les  Equinoxes  sont  s^pares  par  un  intervalle  d'en- 
viron  sept  jours,  j'ai  born^  mes  recherches  k  trois  jours 
avant  et  trois  jours  apr^s  I'^ruption  des  menstrues  (1). 


(1)  Pour  faciliter  la  description  et  faire  ressorlir  d*une  maniere  plus  mani- 
feste  les  r^sultats  que  j*ai  obtenus,  j*ai  adopts,  pour  repr^nter  les  points 
lunaires,  les  signes  usit^s  dans  la  plnpart  des  calendriers. 


( **o ) 

Nombre  des  Spaqves  menstruelles. 


Pleiae  lui>d. 

Equinoie 
4«c«odant. 

Naad 
rfeaeeadaat. 

Bqttin«xe 
•Mcndaat. 

P4ri|te. 

D«nii«r 
qaartler. 

@ 

95 

ED 

93 

85 

£A 

85 

P 

79 

a 

75 

Lanisti«e 
austral. 

Rouvcila  lane. 

Apogee- 

LunUtiee 
borM. 

Premier 
quart  tcr. 

ascfendaat 

LA 

NLoii# 

A 

LB 

D 

Q 

68 

67 

61 

60 

54 

50 

II  fant  observer  que,  dans  ce  simple  releve],  il  y  a  un  pre- 
judice pour  les  phases ;  car  la  revolution  synodique  ne 
s^op^rant  qu'en  29  jours  et  queiques  heures,  tandis  que  les 
revolutions  p^riodique  et  anomalistique  s*operent  en  27 
jours  et  queiques  heures,  les  phases  ont  moins  de  chance 
pour  se  rencontrer  avec  les  ^poques  menstruelles  que  les 
autres  points  lunaires  (1). 

Maintenant ,  si  nous  portons  notre  attention  sur  les 
phases  en  particulier,  nous  voyons  que  la  somme  des  syzy- 
gies  Temporte  sur  celle  des  quadratures;  que  ®  Temporte 
beaucoup  sur  •,  tout  commea  (dernier  quartier)  Tem- 
porte  sur  D;  de  sorte  que,  si,  d'un  cdte,  on  fait  la  somme 
des  nombres  de  la  pleine  lune  et  du  dernier  quartier,  et,  de 
Tautre ,  la  somme  des  nombres  de  la  nouvelle  lune  et  du 
premier  quartier,  on  verra  entre  ces  deux  sommes  une 
grande  difference. 

Si,  sans  quitter  cette  premiere  observation,  vous  par- 
tagez  les  295  epoques  menstruelles  qui  la  composent  en 


(1)  Voici  quel  serait  l^arrangement  des  points  lunaires  en  les  ramenant 
aux  mSme  chances  : 


@     EP      y      EA      a        P        # 
102      93       85      85      80       70       72 


LA      A      LB      D      Q 

68      61      40      58      50 


{Mi  ) 

deux  parties  ^ales,  vous  trouverez  que,  dans  Tune  et 
l«iiutre,  la  somme  des  syzygies  Temporte  sur  celle  des 
quadratures;  vous  trouverez  daos  Tune  et  I'autre  ®  >  •, 
a  >  D;  vous  trouverez  ©  -•-  a  beaucoup  plus  grand  que 

Si  vous  prenez  les  trois  quarts  de  toutes  les  ^poques , 
soit  directement  en  allant  du  commencement  vers  la  tin, 
soit  en  retrogradani  de  la  fin  vers  le  commencement,  vous 
trouverez  ce  que  vous  avez  trouve  pour  les  moities  et  pour  le 
tout  (1);  mais  il  n*en  serait  pas  de  meme  d'une  petite  frac- 
tion. Le  quart  lui-meme  fournirait  des  resultats  contradic- 
toires.  Cependant,  nous  pouvoos  remarquer  que,  quoique 
la  seconde  observation  ne  se  compose  que  de  62  epoques 
menstruelles,  elle  donne,  comme  dans  la  premiere  obser- 
vation ,  @  >  •,  a  >  D,  el,  par  consequent,  @  -♦-  a>  et  la 
difference  est  encore  plus  prononcee. 

En  se  bornant  k  la  premiere  observation ,  on  aurait 
les  nombres  suivants  qui  peuvent  donner  une  idee  du 
rapport  des  phases  avec  la  menorrh^e : 

©  =  67  i         D  =  45  )        #  H-  D  =  121 
'  162     ^    ^.  }  120 


•  =  67  i 

^  =  95) 


a  =  75  )  ■      fr)  H-  a  =  170 


Ceux  qui  connaissent  les  resultats  qu'on  a  obtdnus  au 
sujet  de  Tiniluence  des  phases  sur  les  m^teores,  le  baro- 
metre,  etc.,  conviendront  qu'aucun  ne  peut  6tre  compare 
k  celui-ci. 

Mais  je  ne  dois  pas  omettre  une  circonstance  assez  re- 
marquable,  el  la  voici :  On  a  vu  que  mes  recherches  s'ap- 
pliquaient  k  I'espace  de  temps  compris  enire  trois  jours 


(1)  Les  relev^s  num^riques  sar  lesqaels  ces  proposilions  sont  fondees  se 
trouvent  k  la  fin  de  la  note  de  la  page  pr^c^denle. 


(  H2  )  , 

avant  et  trois  jours  apres  Tapparilion  des  r^les.  J'ai  exa- 
mine si  les  Dombres  indiquaient  uoe  influence  plus  graode, 
lorsque  le  point  lunaire  coincidait  avec  cette  apparitioD 
dans  le  ro£me  jour.  J'ai  eu  un  resultat  tout  k  fait  n^atif; 
en  un  mot,  je  n*ai  pas  vu  que  i'astre  eAt  plus  dMnfluence  le 
jour  m£me  que  la  veille  ou  le  lendemain ,  que  deux  ou 
trois  jours  avant,  deux  ou  trois  jours  apr^s.  Mais  ce  qu'il  y 
a  de  positif ,  c'est  que,  si  Too  compare ,  sous  ce  rapport ,  • 
avec  @,  le  jour  mSme  de  Teruption,  on  voil  que  @  Tem- 
porte.  II  en  est  de  mSme  la  veille,  le  lendemain,  etc.  Dans 
toutes  les  positions,  la  pleine  lune  Temporte  constam- 
ment.  C'est  ce  que  je  puis  mettre  sous  les  yeux  par  le  petit 
tableau  suivant,  dont  chacun  pourra  verifier  Inexactitude 
avec  une  tr^s*grande  facilite,  d'apres  la  forme  que  j'ai 
adopts  pour  la  partie  astronomique  de  mes  observations  : 


Le  Jour  mtoe 

de 

I'apparition  des  rigles. 

La 

veille. 

Le 
lendemain. 

3  jours 
avast. 

3  jours 
aprte. 

3  jours 
avant. 

3  jours 
aprds. 

«               6 

7 

11 

8 

16 

9 

10 

^              10 

10 

15 

12 

17 

13 

18 

Une  superiority  aussi  constante  ne  s'observe  que  pour  la 
pleine  lune,  etie  dernier  quartier,  qui  Temportesi  incon- 
testablement  sur  le  premier,  corome  on  Fa  vu  plus  baut, 
ne  supporte  pas  une  epreuve  si  rigoureuse  et  pr^sente 
quelques  exceptions. 

Si  des  phases  nous  passops  aux  aulres  points  el,  d'abord, 
aux  points  de  d^clinaison ,  nous  trouvons  que  la  somme 
des  deux  Equinoxes  Temporte  beaucoup  sur  celle  des  deux 
lunistices;  que  T^quinoxe  descendant  a  un  nombre  plus 
fprt  que  Tequinoxe  ascendant,  de  m£me  que  le  lunistice 
austral  Temporte  sur  le  lunistice  boreal;  d*ou  il  resulte 
une  difference  notable  entre  le  lunistice  austral  joint  k 


(  115  ) 

r^quiaoxe  descendant,  et  le  lunistice  boreal  joint  h  Tequi- 
uoxe  ascendant,  nous  avons : 

EA  =  85  i  LB  =  60  )  EA  -i-  LB  =  145 


=  85  i  LB  =  60  I 

=:  93  )  ^^*  LA  =  68  J 


ED  =:  93  J   ""  LA  =  68  )  *^^       ED  -+-  LA  ==  161 

En  d*autres  termes,  lorsque  la  lune  est  dans  les  environs 
de  Tequaleur,  elle  a  beaucoup  plus  d'iniluence  sur  le  tlux 
menstruel  que  lorsqu'elle  en  est  eloignee.  Celle  influence 
est  aussi  plus  forte  pendant  qu'elle  parcourt  Tbemisphere 
austral.  De  sorte  que  le  decours  (si  je  puis  me  servir  de 
cette  expression)  de  la  revolution  periodique  a  la  supre- 
matie,  comme  le  decours  de  la  revolution  synodique(l) ;  et, 
en  general,  ces  deux  revolutions  se  ressemblent  par  leurs 
effets,  avec  cette  difference  pourtant  que  les  eflets  de  la  re- 
volution periodique  sont  moins  prononc^s  et  moins  uni- 
formes;  car^  en  fractionnant,  ainsi  que  je  Tai  fait  pour  les 
phases,  je  n*ai  pas  aussi  souvent  trouveles  memes  r^sultats. 
Pour  ce  qui  regarde  les  noeuds,  nous  trouvons  que  le 
noeud  descendant  Femporte  beaucoup  sur  le  nceud  ascen- 
dant :  il  conserve  en  general  cette  superiority.  Ainsi,  i'on 
pent  dire  que  la  lune,  lorsqu'elle  coupe  Tecliptique  pour 
parcourir  Themisphere  austral,  tout  comme  elle  coupe 
requateur  pour  parcourir  ce  meme  hemisphere,  a  une 
plus  grande  influence  sur  la  menorrhee. 


(1 )  Par  dScours ,  j'entends  ici 
le  champ  entier  de  la  pleine  lune 
et  du  dernier  quartier  dans  la  re- 
volution synodique ;  le  champ  en- 
tier  de  r^quinoxe  descendant  et 
du  lunistice  austral  dans  la  revo- 
lution periodique.  Les  figures  ci- 
contre  en  donnent  uqe  idee. 

2°*  StKlE ,  TOME  IV.  8 


(  iU  ) 

La  sup^riorite  du  perigee  sur  I'apog^e  n*est  pas  k  beau- 
coup  pr^s  aussi  constante  que  ceile  des  autres  points  dont 
nous  avoDS  parle. 

Tels  sont  les  resultals  que  nous  avons  obtenus  des  fails, 
en  ce  qui  concerne  riuflueuce  des  points  lunaires  sur  ia 
menorrh^e  ou  le  flux  notenslruel.  Mais ,  ainsi  que  nous 
Tavons  dit,  le  grand  et  important  ph^nom^ne  de  ia  mens- 
truation ne  se  borne  pas  k  la  m^norrh^e  proprement  dite, 
il  comprend  tons  les  actes  qui  pr^parent,  disposent,  pro- 
duisent  T^vacuation.  Et  il  est  facile  de  juger  que  si  on  fai- 
sait,  pour  les  deux  premiers  temps  de  la  p^riode  men- 
struelle,  le  m&tne  calcul  que  nous  avons  fait  pour  la 
m^norrh^e  proprement  dite,  on  trouverait  des  r^sultats 
tout  difi(£rents.  Ainsi,  par  exemple,  ^i  Ton  prenait  pour 
sujet  le  14""^  jour  apr^s  chaque  6poque  menstruelle,  ce  ne 
serait  plus  la  pleine  lune  qui  Temporteraii,  ni  les  ^ui- 
noxes,  ni  le  p^rig^,  ni  le  noeud  descendant;  mais,  tout  au 
contraire,  la  sup^riorile  serait  pour  le  premier  quartier,  les 
lunisticeSy  Tapogee,  le  noeud  ascendant;  et  tel  point  de  la 
revolution  anomalistique  ou  periodique  qui  se  trouvait 
place  apr^s  certains  points  de  la  revolution  synodique,  se 
verrait  place  avant.  Cbaque  point  lunaire  a  done  une  in- 
fluence plus  au  moins  prononcee  relativement  aux  divers 
temps  de  la  periode  menstruelle :  c'est  une  consequence 
qui  est  de  toute  rigueur. 

Influence  de  la  r^olution  de  la  lune  dans  son  arbite  sur  le 

retour  des  regies. 

La  premiere  chose  qu'on  doit  se  demander  en  abordant 
cette  question,  c'est  la  distance  qui  separe  les  epoques 
menstruelles  Tune  de  Tautre.  II  semble  que,  sur  un  fait  si 


( i*s ) 

commun,  il  ne  deyrait  y  avoir  aucan  doute,  et  que,  depuis 
des  sidles,  on  deyrait  Stre  fixe;  mais  ii  n'en  est  rien.  Ce 
n*est  pas  que  les  auteurs  de  pbysiologie  pour  la  plupart  ue 
soient  fixes  eux-mSmes  et  ne  donueat  nettement  la  solu- 
tion, mais  Us  varient  presque  tous.  Les  uns  admettent  pour 
le  retour  des  regies  Tespace  d'un  mois,  d'autres  celui  de 
trois  semaines,  d'autres  celui  de  27  ou  28  jours.  Cest  que 
la  femme  n'est  pas  toujours  reglee  de  la  meme  maui^re : 
les  ^poques  sont  tantdt  plus  rapprocb^s,  tantot  plus  dloi- 
gD^es;  et,  lorsqu'ellecommeuce  aetre  r^lee,  de  m^ine  qu'k 
I'^ge  de  relour,  il  y  a  de  grandes  aoomalies;  il  y  eo  a  aussi 
apr^s  les  couches,  sans  compter  celles  qui  soot  produites 
par  des  maladies  ou  des  indispositions,  par  les  erreurs  de 
regime,  et  surtout  les  passions  de  T^me,  qui ,  comme  Ton 
sait,  r^gissent  d'une  fa^on  toule  speciale  sur  I'ut^rus. 

Les  causes  de  la  periodicite  des  regies  ont  ^te  aussi  le 
sujet  de  diverses  opinions,  et  Ton  pent  remarquer  que  les 
auleurs  modernes  les  plus  recommandables  semblent  s*ac- 
corder  pour  releguer  I'influence  lunaire  au  nombre  des 
plus  absurdes  prej  ug^s. 

Mais  Topinion  a  au-dessus  d'elle  la  puissance  des  faits, 
lorsqu'ils  sont  exacts  et  fidelement  interpr^tes.  Mettant 
done  de  cdt^  Tautorit^  des  noms ,  j'ai  aborde  franchement 
la  question  avec  les  faits  que  je  poss^de  et  j'ai  pose  en 
principe  que,  pour  que  la  lune  puisse  £tre  regardee  comme 
la  cause  principale  du  retour  des  regies ,  il  faut  ces  deux 
conditions :  l""  que,  dans  les  personnes  du  sexe,  il  y  ait  un 
terme  moyen  pour  Tintervalle  qui  s'ecoule  entre  les  epoques 
menstruelles ;  2^  que  ce  terme  moyen  soit  en  rapport  avec 
la  revolution  de  la  lune  dans  son  orbite. 

Pour  savoir  si  les  observations  que  je  produis  satisfont  k 
ces  conditions,  j'ai  marqu^  sur  cbacuoe  d*eiles  ie  nombre 


('116  ) 

de  jours  qui  s*est  ecoule  depuis  ie  commeDcement  d'une 
eruption  jusqu'au  commeocement  de  I'eruption  suivaote; 
mais  je  n'ai  pas  cru  devoir  admeitre  tous  les  nombres  sans 
exception.  Ce  qui  etait  evidemment  trop  irregulier  et  bors 
d'une  menstruation  normaie  a  ^te  supprime.  Cependant, 
on  jugera  que  j'ai  agi  tr^s-Iargement,  puisque,  au  lieu  de 
me  borner  aux  nombres  qui  sont  plus  au  moins  gen^rale- 
ment  avoues  par  les  auteurs,  j'ai  admis  tous  les  intervalles 
compris  entre  17  jours  et  40  jours.  Par  ce  moyen,  j'ai  eu 
320  intervalles  de  diverse  dur^e,  savoir  263  dans  Id  pre- 
miere observation  et  57  dans  la  seconde. 

Yoici  le  relev^  pour  la  premiere  observation  : 

3  intervalles  de  17  jours 34  jours. 


1 

1 

1 

2 

13 

29 

52 

72 

36 

26 

8 

7 

5 

3 


20 
22 
23 
24 
25 
26 
27 
28 
29 
30 
31 
32 
33 
34 
35 
36 
37 
39 
40 


20 

22 

23 

48 

325 

754 

1404 

2016 

1044 

780 

248 

224 

165 

102 

35 

36 

37 

39 

40 


263  intervalles  formant 7396  jours. 


La  somme  de  ces  7396  jours ,  divis^e  par  le  nombre 
d*intervalles  263,  donne  pour  resul tat  28^,122. 


(H7) 

Od  Yoit  dans  ce  tableau  que  les  intervalles  de  27,  28 
et  29  jours  sont  les  plus  nombreux  sans  comparaison ,  et 
que  le  nombre  28  I'emporte  surtout  d'une  mauiere  exor- 
bitante. 

Relev^  pour  la  seconde  observation  : 

2  intervalles  de  25  jours 50  jours. 

1  —  26    —  ....     .       26     — 

8  -  27  — 216  — 

19  _  28  ~ 562  — 

10  —  29  — 290  — 

8  -  30  - 240  — 

3  —  31  - 93  - 

6  —  52  - 192  — 

57  intervalles  formant 1 639  jours. 

Quoiqu'il  n'y  ait  ici  qu'un  petit  nombre  d'inlervalles,  le 
r^sultat  se  rapproche  du  precedent,  car,  en  divisant  1639 
jours  par  57,  on  a  2&,7S4.  On  voit  encore  ici  que  les  inter- 
valles de  28  jours  Temportent  beaucoup  sur  les  autres. 

28  jours  et  une  fraction  est  done  le  terme  moyen, 
d'apres  mes  observations;  et  je  puis  dire  que  ce  nombre  est 
celui  que  j'ai  rencontre  toujours  chez  les  femmes  les  mieux 
r^gl^es ,  pendant  le  cours  d*une  assez  longue  pratique  oii 
j'ai  donn^  une  attention  particuliere  k  cet  objet.  Dans  les 
metrorrhagies  que  j'ai  traitees,  et  j'en  ai  eu  de  longues  et 
rebelles  k  traiter,  j'ai  observe  que ,  lorsque  I'uterusrevenait 
de  temps  k  autre  k  T^tat  normal ,  c'etait  aussi  le  nombre 
28  qui  s^parait  le  plus  souvent  les  ^poques  menstruelles. 

Le  moyen  intervalle  des  ^poques  menstruelles  ^tant 
trouve,  il  sembleque,  pour  satisfaire  k  la  seconde  condi- 
tion, il  faudrait  que  ce  moyen  terme  repondit  a  la  duree 
de  I'une  des  revolutions  lunaires,  et  c'est  ce  qu'on  ne  voit 
pas;  car  Tune  de  ces  revolutions  est  de  27  jours  7  heures, 


(  H8  ) 
Tautre  de  27  jours  13  heures,  et  la  troisi^me  de  29  jours 
42  heures.  Mais  pourquoi  ce  terme  moyen  r^pondrait-il  k 
Tune  plotot  qu'h  Tautre  de  ces  revolutions,  puisque,  dans 
le  premier  article,  nous  avons  vu  qu'il  y  a  une  diffe- 
rence sensible  entre  les  divers  points  de  d^clinaison ,  ainsi 
qu'entre  les  apsides?  Nous  avons  vn  que ,  lorsque  la  lune 
est  dans  le  plan  de  Tequaiion  pu  au  voisinage,  elle  a  des 
nombres  plus  forts  que  lorsqu'elle  en  est  le  plus  eloignee; 
nous  avons  vu  (}ue  le  perigee  Temporte  sur  Tapogee;  et, 
pour  les  phases,  j'ai  porle,  pour  ainsi  dire,  la  chose  jus- 
qu'a  Tevidence.  Lesdiverses  sortes  de  points  lunaires  ayant 
done  plus  ou  moins  d'influence,  mais,  par  cela  m^me,  en 
ayant  une,  il  devenait  naturel  de  faire  entrer  dans  la  com- 
paraison  les  trois  revolutions  lunaires  dans  leur  ensemble , 
c*est-k-dire  de  prendre  le  terme  moyen. 

Cest  ainsi  que  j'ai  ^t^  conduit  k  rechercher  la  moyenne 
des  trois  revolutions  lunaires  que  j'ai  trouv^e  de  28  jours 
135  (1).  Or,  quand  on  la  compare  avec  le  moyen  inter- 
valle  des  epoques  menstruelles,  qui  est  de  28M22,  on  ne 
pent  qu'etre  frappe  de  I'egalitii  qui  s'y  trouve  (k  quelque 
difference  pr^s  dans  la  fraction) ,  et  j'avoue  que  je  ne  me 
serais  jamais  attendu  k  tant  d*exactitude  dans  une  pareille 
matiire.  Ainsi  done,  le  terme  moyen  des  intervalles  men- 
struels  repond  presque  exactement  au  terme  moyen  des 
trois  revolutions  de  la  lune. 


jours. 

(1)  Revolution  synodique 29,5505S8 

—  periodique 27,321582 

—  anomalistique.  .  .  27,554560 

Total 84)406730 

MoTEifKE.  .  .  .  28,135576 


(H9) 

Cotncidenee  des  piriodes  menstruelles  ehez  diver ses  femmes. 
Coincidence  des  divers  points  lunaires.  Autres  considi- 
rations. 

La  premiere  observation  a  beaucoup  plus  d'etendue  que 
la  secoode;  mais  celle-ci  embrasse  une  partie  de  temps 
correspondaDt  k  la  premiere. 

En  comparant  ces  deux  observations  pendant  le  cours 
simultan^  de  leur  duree,  on  voit  que  le  plus  souvent  les 
epoques  ne  se  rencontrent  pas.  Mais  aussi  on  voit  certaines 
fois  les  Epoques  de  Tune  co'incider  avec  celle  de  Tautre, 
et  cette  coincidence  continue  pendant  plusieurs  epoques 
successives.  Ainsi,  par  exemple,  k  partir  du  3  avril  1815,  les 
deux  femmes  furent  reglees  en  meme  temps  pendant  huit 
mois  consecutifs,  les  regies  venant  le  meme  jour  ou  k  peu 
preSy  chez  Tune  et  chez  I'autre.  Ces  huit  mois  ^coules, 
chacune  de  ces  deux  femmes  entra  dans  une  menstruation 
particuliere  et  tr^s-distincte,  pour  se  retrouver  ensemble 
vers  le  13  octobre  1816.  Apres  quelques  mois  de  coinci- 
dence, une  nouvelle  division  s*etant  operee,  la  coincidence 
se  renouvela  pour  la  troisieme  fois  le  4  decembre  1819  (1). 

Selon  moi,  on  neserait  pas  fonde  k  attribuer  au  hasard 
des  coincidences  ainsi  renouvel^es  et  soutenues  avec  tant  de 
persistance  pendant  plusieurs  mois  conseculifs.  J'en  atteste 
ici  Texperience  des  praticiens  les  plus  repandus,  et  je 
demande  si,  comme  a  moi,  il  ne  leur  est  pas  maintes 
fois  arriv^  de  renconlrer  un  plus  grand  nombre  qu'k 
Tordinaire  de  leurs  malades,  atleintes  k  la  fois  du  flux 


(1)  Dans  chacune  des  deux  observations,  j*ai  note  d^un  signe  particuHer 
ces  Epoques  coincidentes,  afin  qu*on  puisse  les  retrouver  plus  ais^ment. 


(  420  ) 

menstruel?  Est-ce  qu'il  ne  se  presente  pas  de  temps  k  autre 
des  6poques  oh  ies  jeunes  personnes  se  mootrent  en  gene- 
ral moins  agiles  qu'a  Tordinaire?  On  Ies  voit  plus  p^es, 
certaines  meme  ont  le  teint  fletri  el  fane ,  Ies  yeux  cern^s  de 
livide,  la  voix  chang^e,  Thaleine  forte;  ce  qui  annonce 
qu'elles  sont  ou  dans  le  cours  ou  sous  Tiniminence  de  leur 
flux.  Cest  que  Ies  points  lunaires  ne  conservent  pas  tou- 
jours  la  meme  influence  :  elle  varie  selon  leurs  diverses 
combinaisons,  et  il  parait  que  certaines  de  ces  combinai- 
sons  ont  une  puissance  plus  parliculiere.  On  pent  dire 
que,  lorsqu'un  point  lunaire  s'est  empare,  pour  ainsi  dire, 
des  regies  d'une  femme  a  Taide  de  quelque  combinaison, 
il  Ies  tient  sous  son  empire  pendant  longlemps,  et  que 
c*est  la  ce  qui  allonge  ou  raccourcit,  suivant  Toccurrence, 
Ies  intervalles  des  epoques  menstruel  Ies.  D'apresun  releve 
particulier  que  j'ai  fait  sur  Ies  coincidences ,  j*ai  trouve  que 
celles  du  perigee  sont  bien  plus  eflicaces  sur  Ies  menstrues 
que  celles  de  Tapogee ;  que  la  plus  puissante  de  toules  est, 
sanscontredit,  la  rencontre  du  perigee  avec  la  pleine  lune; 
puis  viennent  Ies  rencontres  du  perigee  avec  h  nouvelle 
lune  et  Ies  equinoxes,  notamment  Tequinoxe  descendant. 
Ici  Je  ne  donnerai  pas  ce  travail  en  entier,  parce  que  je  ne 
lui  trouve  pas  assez  de  certitude.  Pour  ce  genre  de  recher- 
ches,  il  faudrait  un  nombrede  faits  beaucoup  plus  grand. 
II  en  estdifferemment  des  autres  resultats  que  j*ai  sueces- 
sivement  fait  connaitre.  Ces  resultats  me  paraissent  dignes 
de  la  plus  grande  attention.  lis  indiquent,  h  n'en  pas  dou- 
ter,  que  Ies  rapports  de  la  lune  avec  la  menstruation  sont 
beaucoup  plus  certains  et  plus  constants  que  ceux  du  mime 
astre  avec  Vetat  de  Vatmosphere,  que  ceux  de  la  lune  avec 
Ies  oscillations  du  barometre,  que  ceux  du  barometre  avec 
Ies  variations  atmospMriques^  que  ceux  enfin  de  la  lune  avec 
Ies  mare'es. 


(121  ) 

D'apr^scela,  on  doil  etre  natureliement  porte  k  regarder 
la  lunecomme  la  caase  regulatrice  de  la  menstruation ,  et 
je  pense  que  cet  effet  s'opere  en  vertu  d'une  propricte  oc- 
culte  etd'une  maniere  immediate;  car  je  ne  vois  pas  que  le 
retour  des  mois  soit  lie  k  aucuns  changements  dans  les 
qualit^s  de  Tatmosph^re;  tout  au  plus,  ces  changements 
peuvent  avoir  quelque  inflence  sur  la  quantite  et  la  duree 
du  flux,  de  meme  que  certaines  autres  causes,  telles 
qu'une  nourriture  plus  ou  moins  abondante,  les  passions 
de  Tame ,  etc. 

Cette  propricte  occulte  de  la  lune  pent  etre  comparee  a 
celle  du  soleil  qu'on  ne  peu^  meconnaitre  dans  une  foule 
de  circonstances,  quoiqu'elle  agisse  d'une  maniere  tout 
aussi  mysterieuse.  Je  suis  meme  tr^s-porte  k  admettre  dans 
le  soleil  une  influence  directe  sur  la  menstruation ,  non- 
seulementpar  sa  revolution  diurne,  maisparsa  revolution 
annuelle;  car  si  on  multiplie  par  13  le  nombre  de  jours 
28,122  qui  forment  le  moyen  intervalle  des  epoques  men- 
slruelles,  on  a  565^586,  c'est-k-dire  k  lr6s-peu  pres  le 
cours  d'une  annee :  d'oii  il  resulle,  d'apres  mon  compte, 
qu'une  femme  tres-bien  reglee  doit  avoir  13  revolutions 
menstruelles  par  an. 

Esperons  que  le  temps  apporlera  de  nouvelles  lumi^res 
sur  un  sujet  d*une  si  haute  consideration.  Mais  ces  lumieres 
ne  pourront  jaillir  que  desfaits.  En  attendant,  j'en  produis 
deux  qui  embrassent  32  annees  d'observation.  Une  observa- 
tion ainsi  soutenueavec  perseverance  dans  un  pbenom^ne 
de  cette  nature,  n'est  pas  chose  vulgaire,  el  je  ne  pense  pas 
qu'il  y  en  ait  un  autre  exemple  dans  les  fastes  de  Tart  me- 
dical. Les  femmes  repugnent  k  des  investigations  de  ce 
genre.  Elles  apportent  en  general  peu  d'attenlion  k  ce  ph^- 
nomene,  avec  d'autant  plus  de  tort  que  des  informations 


1 


(  122  ) 

precises  k  cet  egard  liveraient  souvent  bieo  des  doutes  sur 
leur  ^tat  et  sur  les  causes  de  leurs  maladies.  Mais  ^  peine 
saveut-elles  yous  dire  ce  qui  s'est  pass^  k  la  derni^re 
6poque.  Tout  au  plus,  j'ai  coqdu  quelques  dames  qui  no- 
taient  Tarriv^  de  leurs  mois  sur  le  calendrier  de  I'anade. 
Au  bout  de  quelque  temps ,  ces  notes,  devenues  inutiies 
k  leurs  yeux,  avaient  le  sort  des  feuilles  de  ia  sibylle. 

En  finissant ,  je  dois  avertir  que  je  proteste  formelle- 
ment  centre  toutes  les  conclusions  contraires  aui  miennes 
qui  ne  seraient  pas  tiroes  d'un  nombre  de  faits  suffisant  (i). 

OBSERVATIONS. 

Remarqites  priaiables  au  sujet  des  deux  observations  qui 

vont  suivre. 

Dans  les  deux  observations  suivantes ,  une  difficulte  se 
pr^sentait  souvent  dans  Findication  des  points  lunaires.  Le 


(1)  Ceci  demande  une  explication.  Si  on  veut  verifier  seulement  qael  est 
l^intervalle  le  plus  ordinaire  du  relour  des  regies,  quelques  ann^es  suffiront, 
5  ou  6,  par  exemple ;  et,  si  le  sujet  de  Tobservation  est  une  femme  saine,  bien 
constitu^ ,  je  puis  afflrmer  qu^on  trouvera  le  nombre  de  28  jours  pour 
le  plus  commun,  presque  sans  comparaison.  Je  puis  afflrmer,  de  mime, 
qu*en  prenant  le  terme  moycn  de  tous  les  intervalles,  on  trouvera  aussi 
le  nombre  28  avec  une  fraction  quipourra  varier,  mais  qui  ne  s'eloignera 
pas  beaucoup  de  celle  que  j'ai  indiquee  el  qui  m'a  ete  foumie  par  la 
premise  observation.  Mais  il  en  est  bien  autrement  quand  il  s^agit  de  l^in- 
fluence  des  points  lunaires.  Ici  il  faut  des  faits  d^une  plus  longue  ^lendue^  et 
on  lesentira  ais^ment,  si  Ton  prend  en  consideration  ces  deuxcirconstances: 
1  *  Que  rinfluence  des  points  lunaires  est  modifi^  par  leur  combinaison  qui 
varie  de  mille  manieres ;  ^  qu^il  est  des  eoincidences  qui  ne  peurent  arriyer 
qu*au  bout  d*un  tres-Ioog  temps,  1^  raison  de  la  grande  revolution  du  peri- 
gee et  surtout  du  noeud.  Aussi  me  suis  je  impost,  comme  on  Ta  vu,  la  plus 
grande  reserve  sur  les  conclusions  k  tirer ,  k  cet  ^gard ,  des  faits  que  j^ai 
produits,  me  bornant  k  ce  qui  etait  le  plus  clair,  et,  pour  le  reste,  ra*en  repo- 
sant  sur  Tavenir. 


(  125  ) 

journal  de  la  menstruation  ^tait  tenu  en  temps  civil ,  et 
dans  VAnnuaire  de  la  connaissance  des  temps ,  les  ^poques 
sont  marquees  (excepte  pour  les  phases)  en  temps  astrono- 
mique,  cequi  pent  faire  quelquefois  une  difii^rence  notable. 
J*ai  done  ramen^  ou  traduit  le  temps  astronomique  en 
temps  civil.  G'est  une  chose  que  devropt  prendre  en  consi- 
deration les  physiologistes  qui  se  donneront  la  peine  de 
verifier  mon  travail.  On  m*objectera  peut-Stre  que  c'est  un 
travail  presque  oiseux,  puisque,  k  ce-compte,  il  e6t  fallu 
aussi  indiquer  Theure  precise  de  F^ruption  menstruelle, 
chose  peu  faisable  k  cause  du  peu  d'attention  que  les  femmes 
apportent  k  ce  ph^nom^ne,  et  souvent  impossible,  lorsque 
c'est  dans  le  courant  de  la  nuit  que  Teruption  a  lieu.  Je 
sais  bien  qu'en  general ,  dans  les  fails  qui  se  rapportent  k 
Torganisation ,  on  ne  pent  gu^re  exiger  une  precision  ma- 
th^matique.  Mais  je  soutiens  qu'il  faut  s'en  approcher  le 
plus  que  Ton  pent ,  et  c'est  ce  que  j'ai  Tait  en  ramenant  les 
dates  k  une  memo  esp^ce  de  temps.  D'un  autre  cot^, 
lorsque  T^ruption  des  mois  s'est  faite  dans  la  nuit  el  qu'il 
n'y  a  pas  eu  de  raison  pour  la  rapporter  k  la  premiere 
moiti^  plutot  qu'k  la  seconde,  c'est  k  la  seconde  que  je 
I'ai  affectee,  parce  que  I'experience  apprend  que  la  chose 
a  lieu  le  plus  souvent  ainsi.  Je  I'attribue  k  la  turgescence 
sanguine  qui  se  manifesto  vers  les  deux  heures  apres  mi- 
nuit,  par  Teffet  de  la  revolution  diurne  du  soleil;  turges- 
cence bien  connue  des  gardes-malades  et  de  ceux  qui 
font  un  service  habituel  dans  les  pensionnats  et  dans  les 
hdpilaux.C'est  alors  que  se  d^clareQl  les  altaques  d'aslhme, 
de  goutte,  de  cholera,  etc.;  c'est  alors  que  les  cryptes  de 
la  matrice  s'ouvrent  souvent  aussi  pour  I'^coulement  du 
sang ,  et  la  femme  s'en  aper^oit  le  matin  dans  le  passage 
de  la  situation  horizontale  k  la  station. 


(  124  ) 


Premiere  observcUion. 

Femme  native  de  Sor^ze.  Taille  moyenne.  Temperament  lympha- 
tique.  Caract^re  egal,  assez  gai.  Tres-valetudinaire  dans  Tenfance.  £ta- 
blissement  des  menstrues  tardif  et  difficile.  Est  devenue  m^re  de  cinq 
enfants.  Sujette  au  flux  hemorroidal,  ce  qui  ne  Ta  pas  emp^h^e 
d'6tre  passablement  bien  reglee. 


Signes  employes  dam  le  cours  de  ces  observalion$  avee  leur  explication. 


®  Nouvelle  lune. 
D  Premier  quartier. 
Q)  Pleine  lune. 
d  Dernier  quartier. 


EA  Equinoxe  ascendant. 
LB  Lunistice  boreal. 
ED  Equinoxe  descendant. 
LA  Lunistice  austral. 


P   Perigee. 

A   Apogee. 

Q  Nceud  ascendant. 

^  NcBud  descendant. 


DATE 

des 
]£P0Q0BS  KBIfSTRDBLLBS 
et                • 

IRTBItTAlLIS. 

POIIfTS  LUIVAIRES 

correspondanti. 

A  nnotations. 

16  avril  1807 

(1)         D 

La  partie  astronomique  de  cette 

25  jours. 

1 1  ?  mai 

28  jours. 

ED 

LB     y 

premiere  epoque    menstruelle    a 
presente  une  difGciilte  dent  je  suis 
force  de  renvoyer  Teclaircissement 
h  la  fin  de  cette  premiere  observa- 
tion. 

D 

C'estle  10  ou  lell. 

(i)  Cette  fr*  figure  indiaue  que,  le  16  avril  1807, 1'eruption  des  regies  eut lieu ; 
que  la  vcille ,  c'est-a-dire  le  45  avril ,  la  lune  etait  entree  dans  son  premier  quar- 
tier (D),  que  le  19,  la  lune  se  trouva  dans  I'equinoxe  descendant  (El)). 

La  V^  figure  indique  que  I'eruption  eut  lieu  le  11  mai;  la  veille,  la  lune  avait 
ete  dans  le  lunistice  ooreal  (LB),  et  deux  jours  avant  dans  son  noeud  descen- 
dant (PR) ,  trois  jours  apres ,  eile  fit  son  premier  quartier  (D). 

Les  intervalles  des  epoques  se  trouvent  marques  par  le  nombre  de  jours  ecoules 
entre  une  eruption  et  la  suivante.  On  a  vu  que  j'ai  du  eliminer  tout  ce  qui  etait 
evidemment  anormal.  Ainsi,  les  intervalles  qui  ne  sunt  pas  notes  n'entrent  pas 
en  ligno  de  compte. 

J'ai  dit,  au  commencement  de  Tarticle  3,  qu'il  y  avait  des  circonstances  oil  les 
epoques  etaient  les  memcs  dans  les  deux  observations  et  se  suivaient  pendant 
plusieurs  mois  consecutifs.  Je  les  ai  indiquees  dans  Tune  et  dans  Tautre  par  le 
rigne  ^. 


(  125  ) 


DATE 

des 
^POQUBS  MBNSTRUBLLBS 
et 

IRTSBTALU8. 


8  juin  1807 

29  jours. 

7  juillet 

30  jours. 

6  aout 

26  jours. 

1  septembre  .... 

28  jours. 

29  septembre  .... 
23  jours. 

27  octobre 

25  jours. 

21  novembre 

28  jours. 

19  d^cembre 

2  f^vrier  1808  ..  . 
22  jours. 

24  f^vrier 

28  jours. 

23  mars 

28  jours. 

20  avril 

26  jours. 


POINTS  LU2f  AIRES 


eorrespondants. 


m    LB 


P      IB 


ED 


ft 


ED     P 


ED     n 


P     9 


ED      D 


ED 


ED 

a 

EA 

A 

— 

D 

& 

• 

EA 

EA 

J. 

EA 


Annotations* 


Apres  avoir  ete  uo  peu  malade. 


Des  le  22  Janvier  1808,  elle  etait 
indisposee.  Le  2  fevrier  I'appari- 
tion  des  regies  eut  lieu  pendant  la 
fievre  d' incubation  de  la  rougeole, 
et  I'ecoulement  se  prolongea,  mais 
en  petite  quantite ,  pendant  tout  le 
cours  de  cette  maladie.  Neanmoins, 
Tapparition  des  regies  eut  lieu  da 
nouveau  le  24. 


(  126  ) 


■  ATB 

d«8 

tfOQVU  MINSTBUBLLtS 

«t 

lITiaVALLU. 

16  mai  1808 

28  jours. 

15  juin 

28  jours. 

11  juillel 

30  jours. 

10  aoiit 

27  mai  1809 

10  juillet 

39  jours. 

18  aoiit 

33  jours. 

20  septembre 

30  jours. 

20  octobre 

Couches  Iel9juill.  1810. 

22  aoiit 

7  octobre 

30  jours. 


POINTS  LUNAIBBS 


corre«pondanlB. 


BSBBsMBatasaBaaai 


Annotations, 


a 


EA 


a 


£A 


£A 
EA 


U       A" 
ED 

Q — = 


?i  P  LA 


LB =r 


Q 

LA   P 


EA 


EA 


-r]  P 


EA 


a 


b 


LB 
D 


LA 


Le  28  mai ,  a  jplusieurs  reprises , 
par  I'anus ,  un  ecoulement  ae  sang 
en  diarrhee. 


Grossesse  d'un  gar^on.  G'etait  sa 
troisieme.  ]^couleiuentf  frequents 
de  sang  par  I'anus.  Le  gar9on  vit, 
assez  robuste. 

Couches. 


Le  9  aout,  lesere  colique  avec 
diarrhee;  le  10  ae  meme. 


La  nuit  du  19  au  tO  oetobre. 

Grossesse  d'une  fifle  de  91  ana. 
Quelques  ecoulements  hemorroT- 
daux  pendant  la  gestation. 


Le  16  aout ,  elle  a  pris  un  froid. 
Jours  suivants  fievre.  —  Les  regies 
ont  peu  coule;  I'ecoulement  n'a  ete 
asses  abondant  que  le  35. 

£n  petite  quantite. 


(  *27  ) 


DATS 

des 

tfrOQVBS  KKMSTBITBLUIS 

et 

IRTsaTAUSt. 


POINTS  LUITAIRES 


eorresiMndaiits. 


Annotations* 


6  novembre  1810.  .  . 
51  jours. 

7  d^cembre 

32  jours. 

8  Janvier  1811  ...  . 
35  jours. 

10  Uyiiet 

55  jours. 

15  mars 

30  jours. 

14  avril 

22  avril 

28  jours. 

20  mai 

29  jours. 

18  juin 

29  jours. 

17  juillet 

28  jours. 

14  aout 

33  jours. 

16  septembre 

28  jours. 


D 


t5 

£A 

0 

EA 

W 

LB- 

V)  A 


Q    ED 


LA 


a 


a 


y     EA   _P 


EA  _Q 


• 


LB 


LB 


LB 


a 


Q 


ED 


j^coulement  asses  abondant. 


La  Duit  da  6  au  7. 


La  nuit  du  7  au  8. 


Le  soir. 


En  petite  ^uantite;  elle  est  un 
peu  indisposee. 


A  recommence  en  assez  grande 
abondance.  Se  trouve  mieux.  Cef  te 
menorrhee  a  dure  quelques  jours. 

Quelcjues  goutles;  le  21  rien;  le 
SS  les  regies  ont  coule ,  ainsi  que 
les  jours  suivants. 


Le  18,  les  mois  allaient  bien; 
une  emotion  yivie  les  a  presque 
arretes. 

Au  soir. 


Au  soir. 


(  128  ) 


DATS 

des 

^POQUKS  HBNSTAUBLLBS 

et 

IKTMTA1LB8. 


14  octobrelSn  .  .  . 
28  jours. 

11  novembre 

28  jours. 

7  d^cembrc 

28  jours. 

4  Janvier  1812  .  .  . 

27  jours. 

31  Janvier 

28  jours. 

28  f^vrier  (bissextile) 

27  jours. 

26  mars 

28  jours. 

23  avril  

29  jours. 

22  mai 

34  jours. 

25  juin 

26  jours. 

21  juillet 

29  jours. 

19  aout,  au  soir .  .  . 
28  jours. 


POINTS  LUIf  AIRES 


eorrespondants. 


o 

A 

^^ED 

• 

QA 

0. 

On 

ED 

ya^ 

ED 

Q 

^      ED    A 


Q    ^ 

A  ED 

©    Q 

A      ED 

Q 

Q 

A 

ED 

ED 

A 

©       J 

LA 

7^       LA 
LA 

©      t3 


A  nnotations. 


Au  matin. 


Au  soir. 


Au  soir. 


A  son  lever. 


Avant  son  lever. 


Au  matin. 


Avant  son  lever. 


Le  8  mai  ecoulement  hemorroi- 
dal,  qui  se  reproduit  du  16  au  31 
mai. 

Goliques,  malaise,  interruption . 
—  Le  28  elles  ont  recommence. 

Le  23  bemorro'ides.  —  Le  24  la 
menorrhee  a  recommence. 


Au  commencement  d'aout ,  be- 
morro'ides. 


(  129  ) 


DATB 

des 

^POQCBA  ■■hsthtjsllis 
et 

IRTIKTALLU. 


16  septembre  1813 
SI  jours. 


17  ociobre.  . 
27  jours. 

13  Dovembre. 

27  jours. 

10  d^cembre. 

28  joups? 


7?  Janvier  1813.  . 
28  jours. 


4  f(6vrier.  . 
28  jours. 


4  mars  .  . 
28  jours. 

1  avril.  .  . 
30  jours. 


1  mai.  .  . 
28  jours. 


29  mai.  .  . 
29  jours. 


27  juin.  .  . 
29  jours. 


POINTS  LUN AIRES 


correspondants. 


Annotations. 


L       LA 


T5 


O 


?)    EA     H 
D     O 


12-16  septembre,  tubercules  he- 
morroidaux  sans  ecouleiiient. 
Au  so  if. 


Au  soir. 


EA 

t3 


D 


EA 


D  EA 

m    n 


EA 


® 

^   n 

EA     "-- 

■ 

p 

EA9- 

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P© 

EA 

LB 

EA 

.  p^ 

■^  W 

■ 

LB 

P 

#LB 

u 

a*"*  SI^RIE,  TOME  IV. 


Au  soir. 


Au  matin. 


Cette  date  n'est  pas  certaine. 


Vers  le  soir. 


Apres  midi 


Au  soir. 


=  Au  matin . 


Au  soir. 


9 


(  130  ) 


DATB 

det 

^POQUBS  VBRSTRUBLLBS 

et 

ihtutalles. 


26  juillet  1813.  . 
29  jours. 

24  aout 

29  jours. 

22  septembre  .  . 

29  jours. 

21  octobre.  .  .  . 
.    28  jours. 

18  novembre.  .  . 

26  jours. 

14  decembre.  .  . 
28  jours. 

11  Janvier  1814  . 

30  jours. 

10  f^vrier  .  .  .  . 

27  jours. 

9  mars 

26  jours. 

4  avril 

28  jours. 

2  mai 

29  jours. 


POINTS  LURAIBES 


eorreapondaats. 


LB 


Q^ 


LB 

Q — = 


Q 


# 

ED 

# 

ED- 

a_ 

a  — 

ED 

0^ 

ED 

ED 

a 

60 

ED 

/^i  F*^ 

{^L 

u 

ED 

@ 


Annotations* 


N'a  pasete  aussi  abondante  qu'a 
Tordinaire. 

Le  S  et  1e  4  aout ,  perte  de  sang 
par  le  fondement. 


Le  37,  chute  de  cheval ;  les  regies 
vers  leur  fin  ont  cesse. 


Les  regies  n'ont  coule  que  deux 
jours;  legere  indisposition. 


Apres  midi. 


Apres  midi. 


A  son  lever. 


Dans  la  nuit  du  10  au  ii. 


Feu  abondant. 


Au  matin. 


Au  soir. 


Au  matin, 


(  151  ) 


DATS 

des 

iSpOQVBft  ■BNST«CBLLEt 
et 

ISTEKVALLIS. 


POINTS  LUNAIRES 


rorrcApondants. 


Annotations, 


31  mail8l4.  . 
28  jours. 

28  juin 

32  joups. 

30  juillel .... 
30  jours. 

29  aout 

28  jours. 

26  septembrc  . 

26  jours. 

2:2  octobre.  .  . 
28  jours. 

19  Dovembre.  . 

27  jours. 

16  decembre.  . 

27  jours. 

12  Janvier  1815 

28  jours. 

9  f(6vrier  ... 
27  jours. 

8  mars  .... 
27  jours. 

4  avril 

27  jours. 


ED 


® 

ED 

A 
A 

I  A 

LilV.              

LA 

s 

n 

p  A  LA 

EA 

A  LA 

0 

A  LA 

a 

A  «  y 

LA 

A  LA 

0 

A  LA 

Q 

A  a  LA 

Q 

Au  soir. 


La  nait  dii  97  au  S8 ,  indisposi- 
tion. 


Au  matin. 


Au  matin. 


Au  soir. 


Le  18  ou  le  19. 


Abondante. 


l^coulement  peu  abondant. 


Le  soir. 


Dnns  les  demiers  jours  d'arril , 
santo  derangee. 


(  132  ) 


DATS 

des 

tfPOQUBS  HXN8TEUBI.LB8 
et 

IITIBVAI.US. 


POINTS  LUNAIRBS 


eoirespondanta. 


Annotationst 


1  mail815 

32  jours. 

2*  • 
juin 

29  jours. 

1  juillet 

28  jours. 

29  juillet 

26  jours. 

24  aoul 

27  jours. 

20  septembre 

28  jours. 

18  octobre 

28  jours. 

15  novembre 

28  jours. 

13  d^mbre 

25  jours. 

7  Janvier  1816 .  .  . 
28  jours. 

4  f(6vrier  (bissextile) 
31  jours. 


aA-= — =. 


a 
EA — =. 


EA       0. 


EA 


a 


EA 


a 


f?) 

EA 

K£J 

EA 

» 

© 

EA 

B 

Q 

D  EA 

A 

EA 

A 

D 


Dans  la  nuit. 

Le  31  mai  au  soir,  ecoulcment 
d'hemorro'idetf  asses  considerable. 


En  se  levant. 


Apres  midi. 


Au  soir. 


En  se  levant. 


Au  soir. 


(  133) 


■■■■■■■BBS9BBBB9BBHB 

DATS 

des 

tfPOQUBS  MBR8TRUSLLIS 

et 

6  mars  1816  .... 
28  joups. 

3  avpil 

32  jours. 

5  mai 

25  jours. 

30  mai 

27  jours. 

26  juin 

27  jours. 

23  juillet 

28  jours. 

20  aout 

28  jours. 

17  septembre 

26  jours. 

13  octobre 

30  jours. 

12  novembre 

28  jours. 

10  decembre 

27  jours. 


POINTS  LUNAIBES 


eorrespondants. 


BEBBBBBI 


Annotations, 


D 

» 

Q 

LB 

Q 

ET 

LB 

LB 

D- 

ED        P 


ED 


Au  soir.  —  Le  lendemain,  inter- 
ruptioD  des  regies.  —  Jaunisse 
ensuite. 


LB 

Q     t 

■       ■                   ^^ 

LB 
LB 

9     Q 

Q 

m 

LB 

Q. 

¥ 

LB 

a 

Q 

LB 

a 

n    -r 

LB 

VI  -* 

Au  aoir. 


Au  soir. 


Au  soir. 


Au  soir. 


Au  matin. 


( ^34  ) 


rngsasssseassesBoaBsaasam 

DATB 

des 

I^POQUBS  VBKSTRUELLBS 

et 

IRTIItTALLKS. 


6  Janvier  1817  .  .  . 
29  jours. 

4  fevrier 

29  jours. 

5  mars 

30  jours. 

4  avril 

27  jours. 

1  mai 

27  jours. 

28  mai 

29  jours. 

26  juin 

28  jours. 

24  juillet 

30  jours. 

23  aout 

27  jours. 

19  septembre 

29  jours. 

18  octobre 

27  jours. 


mama 


POINTS  LVH  AIRES 


correspondanta. 


i 

LB 

ED 

P 

P 

@ 

ED 

EDP 

ff) 

t3 

P      (v)    ED 


C3 

LA 

@P 

ED 

a 

ED 

PO 
PH 

© 

(V)   LA 
Py  2= 


Annotations. 


Au  soir. 


Au  soil'. 

Les20,  21,  22  fevrier,  hemor- 
roTdes  assez  aboudantes.  —  Le 
2  et  3  mars  encore  bemorroides. 


En  petite  quantite. 


Au  matin.  —  Ecoulement  suffi- 
sant ;  mais ,  les  9  et  10  avril ,  apres 
sa  cessation  ,  flux  hemorro'idal  qui 
a  produil  un  affaiblissement  et  qui 
s'est  renouvele  dans  le  courant 
d'avril. 


LA 

LA 

;^_^_ 

^5 

LA 

D 

D 

LA 

Flux  heniorroidul  dans  le  cou- 
rant de  mai.  —  Tumeur  a  Tauus. 


Au  matin.  —  Pendant  le  cours 
d'une  petite  maladie. 


Avant  le  lever. 


Au  soir. 


(  153  ) 


mmsBaBmaBsammamm 

■  ATB 

des 

tfPOQUBS  WBKSTROBLLBS 

et 

IRTEKTAILBS. 


■■ 


POIIITS  LUNAIBBS 


eorreapondaoU. 


A  nnotations. 


14  novembre  1817.  .  . 
31  jours. 

15  d^embre 

27  jours. 

11  Janvier  1818  .  .  .  . 
30  jours. 

10  fdvrier 

28  jours. 

10  mars.  ........ 

28  jours. 

7  avril 

28  jours. 

5  mai 

29  jours. 

3  juin.  . 

28  jours. 

1  juiUet 

30  jours. 

31  juillet.  ....... 

30  jours. 

30  aoiit 

28  jours. 


LA 


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D 


EA 


EA     Y 


EA 


EA 


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A 
EA 


Q   ^ 


A 

Q 


A- 


A     LB 


LB 


LB       A 


ED 


All  matin. 


Au  matin. 


(  136  ) 


■  ATB 

des 

<POQUBS  MBRSTEUBLLKS 

et 

lITKaVALlBS. 

27  septembre  1818  .  . 

27  jours. 

24  oclobre 

28  jours. 

21  Dovembre 

28  jours. 

19  decembre 

28  joups. 

16  Janvier  1819  .  .  .  . 

27  jours. 

12  f^vrier 

29  jours. 

13  mars 

30  jours. 

12  avril. 

29  jours. 

1 1  mai 

28  jours. 

8  juin 

28  jou|*s. 

6  juillet 

28  jours. 


POINTS  LUNAXRBS 


eorrespondanto. 


#      ED 


a 


ED 


ED 


a 

ED 

ED 

a  T3 

© 

ED 

T5 

ED 

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0 

0    @   ED 

LA 

© 

■-r> 

v-y- 

LA     P 

LA 

K^J 


Annotations, 


Au  soir. 


Au  soir. 


Au  soir. 


Au  soir. 


Au  soir. 


Dans  la  nuit  du  11  au  12< 
Dans  la  derniere  moitie  d'avril, 
indisposition. 


(137) 


■  ATB 

det 

irOQUBS   XBn8TBiniU.B8 

et 

1ITBITALLK8. 


3  aout 1819  

27  jours. 

30  aout 

27  jours. 

26  septembre 

26  jours. 

22  octobre 

27  jours. 

18  novembre 

27  jours. 

15  ddcembre 

26  jours. 

10  Janvier  1820  ...  . 
29  jours. 

8  f^vrier  (bissextile). 

27  jours. 

6  mars 

27  jours. 

2  avril 

25  jours. 

27  avril 

29  jours. 


POINTS  LUNAIRES 


eorrespondantt. 


LA 


@ 

p 

LA 

D 

P 

DLA 

© 

LA 

© 

LA 

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LA 

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ED 

0 

LA 

a 

LA 

a 

LA 

LA 

ED 

t5 

OB 


Annotations, 


Au  matin. 


Au  soir. 


Aprcs  niidi. 


Apres  midi. 


Au  Boir. 


(  138  ) 


DATS 

des 
^rOQUBS   HBNSTRUBLLBS 

et 

IJITEAVAIJ.E8. 


POINTS  LU^TAIRES 


eorrespondants. 


AnmteUions, 


26  mai  1820 
29  jours. 

24  juiD .  .  . 

28  jours. 

22  jaillel .  . 

29  jours. 

20  aout.  .  . 


25  mai  1821. 

8  aoul  .  .  . 
35  jours. 

12  scptembre 
35  jours. 

1 5  octobre  .  . 
30  jours. 

14  novembre. 
29  jours. 


LA 


LA 


LA 


D 


LA 


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a 


EA       Y 
D 


LA 


©      Q 


LB— z=- 


a 

LB 


a       ^ 


Le  lendemain  ,  scarlatine  pruri- 
gineuse.  La  menorrhee  a  fail  soa 
cours  a  I'ordinaire. 


Grossessed'uD  gar^on  beaucoup 
plus  penible  que  les  precedentes. 
—  ^pistaxis.  —  Douleur  va^ue  a 
Th^pocondre  gauche.  —  Heraor- 
ro'ides.  —  Redoubleiueiits  febriles 
nocturnes.  —  Vers  la  fin,  colique, 
diarrhee  sanguinolente  et  vermis 
neuse.  Sang  tire  par  lalancette, 
couenneux ,  pleuretique.  Contrac- 
tion des  membres  inferieurs  dans 
le  bain. 

Accouchement  naturel  et  facile. 

L'enfant  vit.  Le  26  juin,  quel- 
ques  gouttes  de  sang ,  conime  un 
commencement  de  regies,  mais 
sans  suite. 

En  juillel,  de  meme  presque  rien. 


Dans  la  nuit  du  11  au  12,  ecou- 
lement  precede  de  coliquo  et  de 
gargouillements  de  venire. 


Dans  la  nuit  du  n  au  14  no- 
vembre. —  Legere  indisposition  3 
ou  4joursavant. 


(  *39) 


DATB 

des 
tfPOQUES   ■BNSTtUII.LIS 

et 

ISTMVALLBS. 

15  d^cembre  1821.  .  . 

26  jours. 

8  Janvier  1822.  .  .  . 

27  jours. 

4  f^vrier ,. 

29  jours. 

5  mars  . 

29  jours. 

3  avril 

29  jours. 

2  mai,  apres  midi.  .  . 
51  jours. 

2  juin 

29  jours. 

1  juillet 

28  jours. 

28  juillet 

26  jours. 

23  aout 

26  jours. 

18  septembre 

30  jours. 


Booa 


POINTS  LUKAIRBS 


correspondaats. 


W   a 
©    •-» 

ED 

?3 

LB 

© 

a 

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ED 

ED  n 

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A 

LA 

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D 

A        ~ 

LA 

»*    LA 

ED 

AnnoteUions, 


Le  matin. 


La  Duit  du  2  au  3. 


Legere  indisposition  tes  jours 
precedents. 


Vers  le  soir. 


Vers  le  soir. 


En  sc  levant. 


Au  soir. 


Dans  la  nuit  du  17  au  id. 


DATB 

des 
iPOQUES   IIBN8TR1JBLLKS 

et 

IRTUTALLKS. 


18  octobre  1822.  .  .  . 
51  jours. 

18  Dovembre 

27  jours. 

15  d^cembre 

29  jours. 

13  Janvier  1823  ...  . 

28  jours. 

10  Uvrler 

28  jours. 

10  mars 

27  jours. 

6  avril 

28  jours. 

4  mai 

32  jours. 

5?juin 

27  jours. 

2  juillet 

27  jours. 

29?  juillet 

29  jours. 


(  140  ) 


POINTS  LUIf  AIAB8 


eorrespondants. 


BB 


LA 


A 


LA 


Q  D 

i^     LA     A 


Q 


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Q 


EA 


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EA 

a 

Q 

EA 

a_ 

EA 

LB 


a 


EA 


EA 


Annotatiom. 


Dans  la  nuit  du  17  au  i8.  Par 
suite  d'une  chute  faite  avec  I'ea- 
fant ,  les  mois  n'ont  pas  dure. 

Au  matin.  —  Dans  ce  mois ,  coli- 
que  et  renvois.  Les  regies  ont  peu 
coule. 

Au  soir. — Ecoulement  en  petite 
quantite. 


Au  soir.  —  Ecoulement  un  peu 
plus  abondant. 


Le  matin. — Mois  tres-peu  abon- 
dant. 


Regies  suffisammenC  abondan- 
tes. 


ques 


Un  ou  deux  jours  avant,  quel- 
les  douleurs  dans  le  pubis. 


Vers  I'apres-midi.>-La  veilleel 
la  matinee ,  douleur  aux  aines. 


(  141  ) 


DATB 

des 
<POQUBS  »irSTRGBLL«S 

et 
nntTALus. 


POINTS  LUNA  IRES 


eorrespondants. 


A  nnotations. 


27  aoiit  1823  .... 

26  jours. 

22  septembre  .... 
32  jours. 

24  octobre 

27  jours. 

20  novembre 

32  jours. 

22?  d^cembre  .... 

29  jours. 

20  Janvier  1824.  .  . 

28  jours. 

17  ffivrier  (bissextile). 
27  jours. 

15  mars 

27  jours. 

11  avril 

28  jours. 

9  mai 

27  jours. 

5  juin 

30  jours. 


a 

O 


LB 
EA 


LB 


a       0 

LB     O 


0 

n 


ED 


a 

ED 


a 

O     P     ED 


o 


ED    L 


ED 


o 

D    P.ED 


D     ED 


l^coulement  en  petite  quantite. 
Deux  ou  trois  jours  avant,  douleur 
et  malaise  dans  le  ventre. 

Dans  la  matinee. 


Dans  la  matinee. 


II  y  a  incertitude  sur  le  jour. 


Vers  le  soir. 


Dans  la  nuit. 


Au  matin. 


(  l/»2 

) 

DATB 

des 

|£P0QUBS  nifSTBCILLIS 

et 

IITIRVAUIS. 

POINTS  LUNAlReS 
eorrespondants. 

Annotations. 

5  juillet  1824 

27  jours. 

1    annf- 

D 

ED 

Dans  la  nuitdu  4  au  5. 
Mois  abondant. 

D  — 

LA 
ED 

• 

1    auui.    •••..>•• 

26  jours 
27  aoul    

ED 

LA 

P 

Vaps  niidi. 

50  jours. 

26  septembre 

25  jours. 

21  oclobre 

• 

LA 
P 

D 
ED 

Q 

Celle  daten'eslpas  Ires-certaine. 

Au  soir.  (L'epoque  est  plus  pres 
de  la  noiivelle  lune  que  du^ernier 
quarlier.) 

27  jours. 
17  novembre 

P 

ED 

a 

28  jours. 
15  d^cenabre 

a 

w 

ED 

26  jours. 

10  Janvier  1825  .... 
29  jours. 

8  fevrier 

27  jours. 

7  marft  .  . 

ED 

P 

k          ■  * 

a 

ED 

Au  malm. 
Au  solr. 

Au  matin. 

Dans  la  nuit  du  2  au  5. 

"a 

ED 

o 

LA 

p 

27  jours. 

3  avri! 

26  jours. 

oJ 

p     ED 

(  U5  ) 


BBBBBSBSBSasaBBaSSSBB 

DATB 

dfs 

ipOQUBS  HlfSTaUBLLBS 

et 

IKTBBTAUKS. 


POIIfTS  LURAIRES 


eorrespondants. 


Annotations. 


29  avril  1825  .  .  . 
28  jours. 

27  mai 

26  jours. 

22  juin 

27  jours. 

19  juillet 

28  jours. 

16  aout 

23  jours. 

10  septembre  .  .  . 
27  jours. 

7  oclobre 

26  jours.  ^ 

2  novembre.  .  .  . 
30  jours. 

2  decembre.  .  .  . 

29  jours. 

31  decembre.  .  .  . 

27  jours. 

27  Janvier  1826.  . 

30  jours. 


D 

ED 

s= 

""   O 

D 

ED 

P 

ED  - 

D   P 

EDP 

D 

EDP 

1 

# 

ED  P 

a 

ED 

LB 

n 

a 

a 

ED 

ED 

a 

P 

EA- 

o 

Au  soir.  Mois  peu  abondant. 


Au  soir. 


Lanuit  du  21  au  S2. 


Au  matin.  Flux  moins  abon- 
dants,et  depuis  quelques  epoques, 
ils  lie  ie  sont  guere  le  premier  jour. 


Vers  le  ioir. 


Au  matin. 


Apres  mid 


Apres  midi, 


Apres  jnidi 


a 


(  lU  ) 


DATE 

des 

<P0QUB8  IIBHST1IVKLI.K8 

et 

IITItTAUBS. 


POINTS  LUITAIRES 


correspbndants. 


26  fevrier  1826  ...  . 
26  jours. 


24  mars  .  . 
28  jours. 

21  avril  .  . 
25  jours. 


16  mai .  .  . 
34  jours. 


19  juin . 

25  jours. 

14  juillet ■  .  . 

28  jours. 


11  aout.  .  .  . 
29  jours. 

9  septembre 
27  jours. 

26  septembre 
50  jours. 


26  octobre  . 
26  jours. 

21  novembre. 
25  jours. 


P       ED 


D       LA     Q 
O      ED 


A  nnoiaiions. 


£D 


©••o 


ED 


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D 


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LA 


D      P 


LA 

LAD     Q 


a      LB 


a 


ED 


«    Id 


Apres  uiidi. 


TJne  vioiente  emotion  a  arreie 
presque  eniierenient  le  flux  niens- 
truel  le  32. 


An  soir. 


Mois  abondant. 


Vers  le  soir,  flux  p'eu  abondant. 


Au  matin.  Mois  d'abord  assez 
abondant,  puis  anoraalie,dans  leur 
cours  par  suite  d'une  peine  morale. 


Mois  peu  abondant. 


Mois  peu  abondant. 


DATE 

dcs 

^POQCBS  MmSTBUKLLBS 

ei 

ISTBRTALLBS. 


10  cl^cembre  1826. 
27.  jours. 

12  Janvier  1827.  . 
27  jours. 


8  f(^vrier  . 
27  jours. 


7  mars  .  . 
27  jours. 


3  avril.  .  . 
24  jours. 


27  avril  .  . 
30  jours. 


27  mai .  .  . 
26  jours. 

22  juin.  .  . 
30  jours. 

22  juillet.  . 
25  jours. 


16  aout.  .  .  . 

26  jours. 

11  septembre 

27  jours. 


(  145  ) 


POINTS  LUNAines 


eorrrspondanlft. 


O         LB 


LB 


^0 


LB      A 


o 

LB       A       D 


LB      A 


D 


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A       LB 

LB*    D 


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LB 


a 


n 


A 

e3 


a      LB      A 


2™*s6rie,  tome  IV. 


A  nnotations. 


Pendant  cetle  epoque,   I^gere 
diarrhee. 


An  matin. 


Au  soir. 


Au  soir. 


Au  .^oir. 


Au  soir. 


Au  soir. 


Au  matin. 


Vers  le  matin. 


Ausoir. 


10 


(  146  ) 


DATS 

des 

tfPOQCBS  MnrnmoBULBS 
et 

IHTBBTALUS. 


8  octobrel827.  .  .  . 

25  jours. 

3  novembre 

31  jours. 

3  d^embre 

28  jours. 

31  d^embre 

23  jours. 

23  Janvier  1828  .... 

27  jours. 

19  fdvrier  (bissextile)  . 

28  jours. 

18  mars 

26  jours. 

13  a?ril 

26  jours. 

9  mai 

26  jours. 

4  juin 

26  jours. 

30?juin 

28  joups. 


POniTS  LVIIAIBES 


eorrespondanU. 


o    y 


LB 


EA 


o 


a     o 


LB 


LB 


O     A 
EA 


m 


EA 
D 


o 


EA 


EA 


Q_ 
EA = 


y 


aTTT— =" 


EA 


0 


EA 


A  nnotatioru. 


Au  soir,  peu  abondants. 


Au  sotr? 


Au  lever. 


Au  soir. 


La  nuit  du  12  au  13. 


Au  soir. 


Se  sont  plus  prolonges  qu*ii  Tor- 
dinaire. 


(  447  ) 


DATS 

des 

<P0QDB8  HKMSTMraiXBt 

et 

tlTUTUUS. 


POINTS  LUHAIRES 


eorreaponcUtnU. 


AnnottUions, 


28  juillet  1828.  .  .  . 
28  jours. 

25  aout  

28  jours. 

22  septembre  .... 
30  jours. 

22  octobre 

28  jours. 

19  novembre 

28  jours. 

17  d^embre 

24  jours. 

10  Janvier  1829  ..  . 
28  jours. 

7  f«6?rier 

40  jours. 

19  mars 

54  jours. 

22  avri! 

37  jours. 

29  mai 

20  jours. 


o 

P 

EA 

O- 

P 

EA  p5 

P 

o 

£A       90 

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EA      P 

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EA 

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LB 

EA 

P 

D     0 

EA 

i  i 

F 

A 

— 

•O^^Q 

Q 

LA 

EA 

L  t3 

Ont  dure  quelqaes  jours ;  peu 
abondants. 


Au  matin. 


Au  matia.  Suppression,  le  lead  e- 
ain,  sous  I'innuence  d'une  forte 


main 
emotion. 


Au  soir;   mediocrement  abon- 
dant. 


Au  soir. 


La  nuit  du  16  au  17. 


(H 


Au  soir. 


Au  soir;  indisposition  aupara- 
vant. 


(  148  ) 


•    DATS 

dps 
iPOQVKS  MENSTRUBLLBS 
cl 
nTlRT&LLBS 


POINTS  LViYAIBBS 


eomspondants. 


mt 


Annotations, 


18  juin  1829.  .  . 

26  jours. 

14  juillel 

30  jours. 

19  aout 

27  jourftw 

15  scptembre  .  . 

26  jours. 

11  oclobrc.  .  .  . 
30  jours. 

10  novembre.  .  . 

28  jours. 

8  d^cembre.  .  . 
51  joups. 

8  Janvier  1830  . 

27  jours. 

4  f^vrier  .  .  .  . 

1  avril 

17  jours. 

18  avril 

25  jours. 


O     LA 


LA 


o 

y  EA     P 


a 


,   O  0    EA  P 


Pf3EA 


0 


D  M 


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EA 


o 


LB 


LB 


o 


D 


o 

LB 


a 


a    EA 


Le  so  if.  ^coulenicnt  peu  abon- 
dant  mais  prolonge. 


En  se  levant. 


Au  matin. 


Le  soir. 


Avant  le  lever.  —  Les  moU  ont 
coule  en  petite  quantite. 


II  ne  se  trouve  point  d'epoque 
pour  le  mois  de  mars;  estnse  par 
oubli  ou  par  irregularite  dans  la 
menstruation  ? 


Les  mois  ont  coule  abondam- 
ment. 


DATS 

des 

iPOQUKS  VBNiTMOBLLIS 

el 

MTIUVAUIS. 

13  mai  1830 

28  jours. 

10  juin 

SO  jours. 

9  juillet 

37  jours. 

5  aout 

29  jours. 

3  septembre 

37  ociobre 

13  novembre 

11  decembre 

4  Janvier  1831  .... 

12  avril 

24  mai 


(  149  ) 


BK 


POINTS  LUNAIRES 


eorrcspondantt. 


LA 


a 

LA 


Annotations, 


a 


13 


o 


r^^ 


o 


O  p        EA 

O  O 


EA 


a 


EA 
EA 


• 
ED 


Q 


ED  a 

EA  £1 


ED 


o 


Au  matin. 


A  cette  epoque,  la  nienstrualioii 
est  devenue  lout  a  fait  anormale. 


Au  soir. 


Dans  rapres-midi. 


Dansraprcs-midi. 


Le  soir ,  ecoulem«nt  abondant 


^coulement  mediocre. 


(  150) 


tsssssssaBSBiaamammm 

DATB 

des 
irOQUKS  ■imTKVBU.SS 

et 
MTUVULMf 


vmmK 


POINTS  LUITAIBES 


oorrefpondants. 


BBM 


AnnoteUions. 


n  juin  1831 


12  aout. 


4  septembre. 


S8  septembre 


27  octobre 


20  novembre 


28  d^cembre 


2  avril  1832 


?  juillet 


18  aout. 


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19  Janvier  1833  .  .  .  . 


EA 


EA 


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LA 


y 


Peu  de  temps  apres  qu'on  lui 
eut  annonce  la  mort  de  sa  fille , 
recouleroent  s'est  fait  comme  a 
{'ordinaire. 

Assez  abondant. 


Au  oiatin. 


Au  soir,  tard? 


Au  soir. 


Au  matin. 


Les  regies  ont  cu  lieu  dans  cp 
mois ,  mais  la  date  est  ignoree. 


Au  matin. 


Abondamment. 


(  151  ) 


PATB 

des 

tfpoQCBs  mnsTmuBLUg 

et 

POINTS  LUIf  AIBES 
oorrespondani*. 

Annotations. 

24  f^vriep  1853  ...  . 

EA 

16  mars 

D 

oo  LA        0^ 

21  avril 

•       «^ 

Faible  ecoulement  dans  la  nuit 
da  20  au  31. 

Dans  la  nuit  du  12  au  13. 
Dans  la  nuit  du  15  au  14. 

13  mai 

A     £ 

14  mars  1834 

EA 
EA     A 

i 

Tres-abondamment,  surtout  les 
premiers  jours;  duree  de  pres  de 
nuit  jours. 

Depuis  lors ,  ni  menorrhee ,  ni 
hemorragie.  Sante  general ement 
bonne. 

iclairdssement  de  la  difficulte  qui  s'est  priisentee  pour  la  i^*  epoque. 
—  Dans  le  volume  de  la  Connaissance  des  temps  pour  Tan  XV,  on  voit , 
a  la  colonne  des  ph6nomenes  et  observations,  que  le  perigee  est  le  28 
germinal  (correspondant  au  18  avril  J  807).  VAnnuaire  du  bureau  des 
Longitudes,  VAnnuaire  meteorologique  de  Lamarck  et  autres  marquent 
de  mdme  le  perigee  au  18  avril.  D'apres  cela ,  la  figure  astronomique 
de  cette  epoque  menstruelle  devrait  etre  ainsi : 

a 


16  avril  1808  —zr 


ED 


Mais  quelque  bornees  que  soicnt  mes  notions  en  astronomie ,  il  me 
semble  qu'il  y  a  erreur  dans  cette  indication  de  la  Connaissance  des 
temps,  de  meme  que  dans  les  annuaires  ou  clle  s'est  propagee.  Voici 
les  nombrcs  que  j'ai  copies  dans  la  Connaissance  des  temps,  Je  n'ajoute 
que  la  date  gregoriennc  correspondante. 


(  152  ) 

1807 

,  AN  XV. 

PARALLELE   HURIZONTALE  ([ 
sous  r^uat0«r. 

k  mldi.                     a  ainuU. 

DBSI-DIiBBTRB 

borizuiitul 

di' 

la  lune ,  k  midi. 

16 

26 

59           3 

59  39 

60  9 
60         28 
60        34 
60         26 
60           1 

m.            s. 
59         22 

59  55 

60  21 
60         33 
60         32 
60         15 
59         44 

ID.               •■ 

16            8 

17 

27 

16         18 

18 

28 

16         26 

19 

29 

16         32 

20 

31 

SO 

......       1 

16         35 
16         31 

22 

i 

16         24 

A  rinspection  de  ces  nombres,  le  perigee  me  parait  ^tre  evidem- 
ment  le  20  avril  et  non  le  18.  II  ne  doit  done  pas  figurer  dans  la 
partie  astronomique  de  cette  !■''  epoque  menstruelle. 


Seconde  observation. 

Femme  native  de  Strasbourg,  bien  constituee,  mere  de  trois  enfants 
bien  portants.  Ses  maladies  ont  ete  d'un  genre  inflammatoire :  la  pleu- 
resie,  la  dyssenterie  et  surtout  le  rhumatisme  dont  elle  a  eu  plusieurs 
atteintes.  £n  1810,  le  rhumatisme,  apres  avoir  ete  plus  rebelle  qu'a 
Fordinaire  et  avoir  parcouru  diverses  parties  du  corps,  se  fixa  a 
Textremite  des  doigts,  tant  des  pieds  que  des  mains,  et  y  produisit 
une  deformation  slnguliere  des  ongles,  qui  ue  se  dissipa  qu'a  la  longue. 

Le  iigne  =  indique  lei  epoques  qui  coincident  avec  celles  de  I'obiervation  prece- 
denle ,  mats  avec  lolerance  Sun  jour  de  difference. 


DATB 

des 

l^rOQOBS  KBRSTRUBLLBS 

et 

IRTiaTAUU. 

POIRTS  LURAIBES 

correspondauts. 

A  nnotations. 

10  juia  1814 

34  jours. 

14  juillct 

28  joup». 

«      EA 

LB  "h    •    Q' 

(  153  ) 


DATB 

des 

KPOQDBS   MBNSTRUBLLIS 

Ct 

IRTCBVAtLES. 


11  aout  1814 

3  avril  1815 

28  jours. 

1  mai .... 

31  jours. 

1  juio .... 

29  jours. 

30  juin.  .  .  . 
28  Joui'S. 

28  juillet.  .  . 
28  jours. 

25  aoul.  .  .  . 

27  jours. 

21  septembre 

28  jours. 

19  octobre.  . 

29  jours. 

17  novembre. 

32  jours. 

19  d^cembre. 
28  jours. 


POINTS  LUNAIRKS 


coi-respuuilants. 


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Ea 


a 


EA 


a 

EA 


EA 


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LB   O   Q 


Annotations, 


Cette  interruption  n'est  point 
causee  par  la  grossesse  ou  parma- 
ladie ;  mais  les  notes  se  sont 
egarees. 


(  154  ) 


DATE 

des 

l£P0QUB8  ]UIf8TaUBU.K8 
et 

inTBKTAIXBS. 


POINTS  LUNAIBES 


correspondanU. 


AnnotcUioiis. 


16  Janvier  1816.  .  . 
36  jours. 

21  f^vrier  (bissextile) 

28  jours. 

20  mars 

29  jours. 

18  avril 

32  jours. 

30  mai 

30  jours. 

19  join.  . 

28  jours. 

17  juillet 

29  jours. 

15  aout 

30  jours. 

14  septembre  .  .  .  . 

29  jours. 

13  octobre 

28  jours. 

10  novembre 

30  jours. 


PO- 


LB   Q 


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a 


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LA 


LA 

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EA 

a   A 


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EA 


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Q 


LB 


LB 


a 

LB  Q 


(  155) 


DATB 

des 
ifiPOQDBS  ■niSTmiTBU.BS 

et 

IHTBSTALLBS. 


32  jours. 


8  mars  .  . 
27  jours. 


4  avril   .  . 
27  jours. 


1  mai 


3  septembre  .... 
25  jours. 


28  septembre. 
29  jours. 


27  octobre.  . 

27  jours. 

25  Dovembre. 

28  jours. 

21  d^cembre. 

29  jours. 


POINTS  LUNAIBES 


correapondantg. 


Annotations, 


a 


10  d^cembre  1816.  .  . 
28  jours. 

7  Janvier  1817 .  .  .  . 
28  jours. 


4?  f^vrier P =. 


ED 


a    ED    P 


ED 
ED  P 

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a       LA 

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ED 


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LB 


LB 

A  Q 


O 


LB 


II  y  a  ici  une  lacune  dans  Fob- 
servation;  mais  il  n'y  a  pas  eu 
d' interruption  dans  le  cours  des 
regies. 


(  ^36  ) 


DATU 

des 
iPOQUES   VBNSraUBLLBS 


19  Janvier  1818.  . 
oO  jours. 

18  fevrier 

30  jours. 

20  mars 

29  jours. 

18  avri! 

27  jours. 

1 5  mai 

30  jours. 

14  juin 

31  jours. 

15  juillet 

27  jours. 

11  aout 

31  jours. 

11  septembre  .  .  . 

27  jours. 

8  oclobre 

28  jours. 

5  novembre.  .  .  . 
28  jours. 


POINTS  LUHAIKES 


eorrrspoadantt. 


A     Q 


LB      g 
LB 


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D        £3 


LA      p 


LA 


D 


o 

LA 


LA 


D 


Annotations, 


Le  13  juin ,  nausees ,  defail- 
laaces,  Diouvements  spasmotli- 
ques.  Les  regies,  qui  n*en  appa- 
rureni  pas  moins  le  14,  durcrent 
assez  abondamment  le  15  et  le  16. 
Les  jours  suivants ,  un  vomitif  ia- 
dique  par  I'elat  de  I'estomac  la 
fatigua ,  maid  contribua  a  la  reta- 
blir  promptement. 


(157  ) 


DATS 

des  I 

irOQUBS  ■KHSTMIBLLBS 
et 

ntTIRTAUU. 


POINTS  LDNAIBES 


eorretpondants. 


5  di^mbre  1818.  .  . 

28  jours. 

51  d^cembre 

32  jours. 

1  Kvpier  1819  .... 

29  joups. 

2  mars 

30  jours 

1  avril 

26  jours. 

27  avril 

32  jours. 

29  mai 

25  jours. 

23  juin  . 

29  jours. 

22  juillel 

27  jours. 

18  aout 

30  jours. 

17  septembre 

28  jours. 


LA 


a  EA 

EA 

D 

EA 

Q 

a 

Q 

»      LB 

LB 

»     A 

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LB 

A 

LB 

A 

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LB 

^.•^ 

LB 

A       = 

m 

A 

• 

eB  ^ 


iinnotaftoiu. 


1 


( 158; 

) 

da|tb 

des 

tfPOQVU  ■■HBTHUn.US 

et 

POINTS  LVRAIBES 
eorretpondtntl. 

Annotations* 

iinsvAun. 

15  octobre  1819.  .  .  . 

A_ 

32  jours. 

ED 

5 

16  novembre 

ED 

t5 

28  jours. 

% 

1 A  il^TAinhpp 

ED 

n 

28  jours. 

9 

EI 

11  Janvier  1820.  .  .  . 
28  jours. 

a 

LA 

8  f^vrier  (bissextile)  . 

a 

L& 

14  mars? 

®EA 

p 

Q 

?  avril. 

Apres  les  deux  observations  precMentes,  il  ne  me  reste  que  des 
lambeaux,  dont  le  plus  notable  embrasse  quinze  mois  successifs  de 
la  menstruation  d'une  petite  femme  nerveuse,  tres-sensible,  valetu- 
dinaire  et  sujette  a  la  leucorrhee,  mais  dont  la  sante  s'est  raffermie 
depuis  qu^elle  a  passe  Tage  de  retour.  Ses  15  ^poques  menstruelles 
ont  prcsque  toujours  coincide  avee  la  nouvelle  lune,  et  les  inteiralles 
les  plus  frequents  sont  ceux  de  28  et  50  jours  ex  cequo.  Je  n'en 
parle  que  pour  faire  voir  combien  on  s'egarerait  dans  une  pareille 
recherche  en  employant  des  fa  its  d'une  petite  6tendue. 


(  *59  ) 


■■BBBaaaBHaasB^Basa 

DATB 

det 

<P0QUB8  BBHSTftUBIXES 

et 

MTUTAUM. 

16  Janvier  1812.  .  .  . 

26  jours. 

11  fSvrier  (bissextile)  . 

27  jours. 

9  mars 

56  jours. 

14  a?ril 

28  jours. 

12  mai 

32  jours. 

13  juin 

29  jours. 

12  juiilet  1812 

29  jours. 

.10  aout 

50  jours. 

9  septembre 

Plus  prta  de  la  noavelle  lane 
que  da  !•'  qawtier. 

30  jours. 

9  octobre 

Plus  prit  de  la  noarell*  lane 
que  da  !•'  qaartier. 

28  jours. 


POINTS  LUIIAIRES 


eorrespondants. 


AnnotcUions. 


EA 


t3 


LA 


>       P  y 

a      LA 


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LB 

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LB 

LB 

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ED       A 


i 

Q 

A        ED 

A- 

ED 

LA 


A  il^*li  dusoir. 


Au  matia. 


A  6^  Vt  du  matin. 


A  3^  */s  du  soir. 


A  10>>  du  natio. 


A  5^  Vs  du  soir. 


Vers  3^  du  matin. 


A  B^  du  matin. 


Vers  4^  du  matin. 


1 


(  160  ) 


DATS 

dfs 

^POQUBS  MKII8TRUEI.LBS 

et 

IRTEllVAUEa. 


POINTS  LUNAIBES 


eorrespondaot*. 


A  tmotations. 


6  novembre  1812.  .  . 
26  Jours. 

2  d^cembre 

28  jours. 

30  d^cembre 

31  jours. 

50  Janvier  1813 .  .  .  . 
30  jours. 

1  mars 


LA 

A 

ED 

# 

i- 

1 

LA 

w 

LA 

e3 

m 

e3 

LA 

EA 


A  5*^  du  matin. 


A  5*^  du  matin. 


A  i^  du  soir. 


A  5^du  matin. 


A  7*»  du  soir. 


2  intervalles  de  26  jours 52  jours. 

1  —  27    — 27     — 

5          —  28     — 84     — 

2  —  29     — 58     — 

3  —  30     — 90     — 

1           —  31     — 31     — 

1           —  52     — 52     — 

1           —  36     — 36     — 

14  410 

En  divisant  le  nombre  de  jours,  410,  par  le  nombre  des  intervalles,  14, 
le  quotient  est  29J,  285. 


(i6i  ) 


CLASSE  BES  I.STTRKS. 


Seanee  du  4*"  fivrier  4S&8. 

M.  M.*N.^J,  Leclergq,  directear. 

M.  Ad.  Quetblet,  secretaire  perp^tuel. 

Sont  prismts  :  MM.  le  baron  de  Gerlache,  Grandga* 
goage,  Roulez,  Gacbard,  De  Decker,  Sch ayes,  Snellaert, 
Hausy  Polain,  Baguet,  Ch.  Faider,  membres;  Nplel  Da 
Brauwere  Yao  Steelaod>  oisoctV;  Kervy n  de  Lellenbove, 
ChalQD,  cqrrespondants. 

M.  Ed.  ¥6iiSymembre  de  la  classe des  beaun^^irts^  as^iste 
k  la  seance. 


mmi^ 


CORRESPONDANCE. 


La  Society  imp^riale  d*emuIation  d'Abbeville  fait  parve- 
nir  le  deroier  volume  de  ses  memoires. 

—  L*abbaye  de  Solesmes  remercie  TAcaddmie  pour  ren- 
voi de  scs  dernieres  publications,  et  annonce  ie  procbain 
envoi  des  ouvrages  qu'elle  a  fait  parailre. 

La  classe  a  re(u  plusieurs  aulres  Perils  relalifs  k  ses  pu- 
blicalioo3  et  UP  nombre  considepabla  d^w^rdgep  iropri- 

S""*  SiBIE ,  TOMB  IT.  1 1 


N 


(  162  ) 
in^s,  qui  seront  annonc^s  dans  le  Bulletin  bibliographique. 

— 'M.  le  secretaire  perpeluel  depose  VAnnuaire  de  VAca- 
dimie  pour  Tannee  1858.  Get  opuscule  ne  contient  qu*une 
seule  notice  biograpliique,  celle  de  M.  Andre  Dumonl,  re- 
digee  par  son  savant  collegue,  M.  d'Omalius;  on  y  trouve 
aussi  les  renseignemenls  habituels  sur  TAcademie  el  les 
rapports  de  M.  Ed.  Felis  sur  la  situation  de  la  Caisse  ccn- 
irale  des  artistes  beiges  en  185B  et  en  1857. 

M.  Ad.  Quetelet  fait  connaitre  qu*on  a  profite  du  peu 
d*elendue  de  cette  publication,  pour  y  inserer  trois  tables 
differentes,contenanl  la  mention  de  tousles  m^moiresim- 
primes  par  TAcademie  depuis  sa  reorganisation,  en  18i6: 
ce  sont  les  30  volumes  in-4°  des  memoires  des  membres, 
les  28  volumes  des  memoires  couronnes  et  des  memoires 
des  savants  etrangers,  et  les  6  volumes  des  memoires  in-8*. 
Une  seconde  table  contient  les  noms  des  auteurs  ct  una 
troisieme  Tindication  analytique  des  matieres. 

Ces  tables  ont  ele  redigees  par  M.  Edmond  Marchal  fils, 
attach^  au  secretariat  de  TAcademie. 


CONCOURS  DE  1858. 


Sept  questions  sur  differents  sujets  avaientele  raises  au 
concoursde  1858;  il  est  arrive  des  reponses  a  quatre  de 
ces  questions,  savoir: 

PREUlilRE    QUESTIOT). 

9  

Elablir  la  veritable  origine  du  droit  de  su,ccession.  Re- 


(  1«3  ) 

chercher  si  ce  mode  de  transmission  decoule  de  la  nature  des 
choses  ou  $*il  riesi  qu'un  etabtissement  crie  dans  un  but  d'uti- 
liU  civile.  Exposer  la  doctrine  des  principaux  auleurs  qui 
ont  traitecelle  question;  proposer  une  solution  motivee. 

La  classe  a  re^u  deux  inemoires  portant  les  epigraphcs 
suivantes  : 

N**  1.  L*esprit  philosopbique  d^uoesoci^t^  se  peint 

dans  sa  loi  successorale.  (Troplovc  ) 

N^  2.  Patet  testamenta  esse  juris  naturalis. 

(Wolf.) 

(Les  commissaires  nommes  pour  Texamen  de  ces  me- 
moires  sont  MM.  Cb.  Faider,  Grandgagnage  et  Arendt.) 

DEUXI&HE  QUESTION. 

Eloquence  frangaise.  —  De  Tinfluence  de  la  civilisation 
sur  la  po^sie. 

La  classe  a  re^u  trois  memoires  portant  les  epigrapbes : 

N^  1.  La  litt^rature  est  Texpression  de  la  soci^te. 

(YlLLEMAlN.)  (1) 

N**  2.  La  litt^rature  est  Texpression  de  la  soci^le. 

(De  BONALO.)  (I) 

N"  3.  Mod  coeur  bat  d^avenir  et  du  besoin  des  cieux. 

(Jules  Lefetre.) 

(Les  commissaires  nommes  pour  I'examen  de  ccs  me- 
moires  sont  MM.  De  Decker,  P.  Devaux  et  Polain.) 


(1)  Ces  indications  sont  conformes  au  lexte. 


(  164  ) 

Quelle  a  Hi  ^influence  liUe'raire,  morale  et  politique  des 
socidle's  el  de$  chambres  de  rhelorique  dan$  les  dix-sept  pro- 
vinces  des  Pays-Bas  et  le  pays  de  Lidg^e^ 

Outre  la  mddaille  academique,  le  laur^at  du  concours 
recevra  de  la  Soci^te  royale  de  Wyngaerd,  une  m^daille  en 
vermeil. 

II  est  arrive,  eo  r^ponse  a  cette  question »  an  memoire 
ecrit  en  flamaod  et  compose  de  six  cahiers;  il  porte  i*epi- 
graphe : 

Zulhs  eene  geiehiedenU  moe(  aen  den  mderland$ch§n 
dicht  en  historie  minnaar  behagen.  (Kops.) 

(Gommissaires  :  MM.  Sneliaerl,  le  baron  de  Saint-Ge- 
nois  et  David.) 

Ge  memoire,  ainsi  que  le  n*^  3,  servant  de  reponse  k  la 
question  precedente,  sont  depourvus  de  billets  cachetds; 
lis  doivent,  par  consequent,  elre  exclus  du  concours,  a 
moins  que  les  auteurs  ne  r^parent  cet  oubli.  L*Academie 
leur  accorde  ce  mois  tout  entier  pour  satisfaire  a  la  de- 
mande  du  programme  :  «c  Les  auteurs  ne  mettront  point 
leur  nom  k  leur  ouvrage,  mais  seulement  une  devise,  quMls 
repeteront  sur  un  billet  cachetd,  renfermant  leur  nom  et 
leur  adresse.  » 


(  468) 


CONCOURS  EXTRAORDINAIRE 


Charlemagne  ett-il  ni  dans  la  province  de  Liigef 

La  classe  a  re(u  deux  memoires  en  r^ponse  h  cette  de- 
mande;  ils  portent  pour  devises  : 

N*  i.  EntgwH,  mttweil 
Da  liegt  der  Breit 

(GOETBE.) 

N"*  %  Nihil  enim  est  operlum,  quod  non  revetahitur, 
et  oecuUum  quod  non  eognotcetur. 

,  (Commissaires  :  MM.  de  Ram,  Borgnei  el  Kervyn  de 
Lettenhove. ) 


COxMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


Chitd&ic  lit  et  les  fits  de  Charles  Marlel.  —  ffotei  sur  les 
annees  741  et  743,  recueilties  dans  un  texte  inidit  de 
Ungues  de  Plenty;  par  M.  Kervyn  de  Lettenhove,  cor- 
respondant  de  rAcademie. 

C'est  aujourd^hui  meme  qo6  se  ferme  le  conbours  on* 
vert,  sous  les  auspices  de  la  classe,  suf  la  p^trie  de  Cbarle- 
magoe.  Les  memoires  qui  lui  ont  el^  adress^sFenferment^ils 
line  solution,  ou  du  moins  portent-ils  sur  cciie  question 
quelque  lumi^re?  Je  Tignore;  maisil  est  une  penseequi 
me  pr^ccupe  plus  vivement.  Si,  autour  de  nous,  on  a 
voultl  revendiquer  et  justifier  les  traditions  de  notre  pays, 


(  466  ) 

il  n'est  pas  moins  vrai  qu'au  sein  du  premier  corps  Iitt£- 
raire  de  la  Belgiquc,  pas  une  voix  ne  8*est  fait  eatendre 
pour  ratlacher  au  sol  oil  grandil  et  so  deveioppa  la  racejdes 
Pepin,  son  plus  illuslre  rameau.  Cette  t&che,  j'esperais  la 
voir  abordee  avec  plus  de  science  et  surlout  apres  des 
eludes  plus  profondes  que  celles  que  j'ai  pu  y  consacrer; 
mais  je  me  sens  enlraine,  malgre  moi,  a  m*eflbrcer  de 
rendre  Thonneur  d  avoir  vu  naitre  Charlemagne  a  ces  rives 
de  la  Meuse,  oil  ses  derniers  descendants  vinrent,  pres- 
ents et  vaincus,  demander  une  tombe.  Cest  sur  ces  rives 
de  la  Meuse,  aux  limiies  des  deux  races  sur  iesquelles  s*e- 
tendit  son  sceptre,  qu*un  historien  fran^ais  proposait,  il  y  a 
peu  d*ann^es,  d'eriger  la  glorieuse  statue  de  Charlemagne. 
Faut-il  la  briser  avant  m^me  qu'elle  ait  ete  (5lev6e?  Saint 
Lambert  a-t-il  maudil  rarriere-petit-fils  d'Alpaid6,  et  les 
vallees  de  Landen,  de  Jupille,  d*Herstal,  d*Ambleve  ne 
sont-elles  desormais  pour  lui  qu'une  lerre  etrangere? 

Tai  d'autant  plus  k  regretler  rinsuflisance  de  mes  re- 
cherches,  que  je  viens  combattre  les  conclusions  de  plu- 
sieurs  dissertations  aussi  remarquables  par  Terudition  qui 
y  preside  que  par  Telegance  de  la  forme  sous  laquelleelles 
sont  presentees.  Personne  de  nous  n*a  oublie  avec  quelle 
abondance  de  textes  et  d*arguments  nos  honorables  con- 
freres iVlM.  Polain  et  Arendt  sont  arrives  a  declarer  que 
la  naissance  de  Charlemagne,  posterieure  a  T^poque  oil 
Charles  Martel  se  fixa  aux  herds  de  la  Seine  et  de  TOise, 
ant^rieure  k  celle  ou  le  grand  empercur  les  abandonna, 
devait  Stre  attribuee  a  la  Neustrie,  mais  seulement  gr&ce  k 
la  loi  incertaine  du  hasard.  Cest  cette  doctrine  du  hasard 
queje  repousse,  quel  que soit  le  rdle  qu'on  lui  assigne  dans 
la  vied'un  grand  homme,  et  lors  meme  qu'il  nes'agit  que 
de  son  berceau.  Charles  Martel  pas  plus  que  Pepin  le  Bref^ 


(  167  ) 
nous  diUon,  De  v^cui  en  Auslrasie  :  nous  savons,  toute- 
fois,  quo  Pepin  ful  baptise  par  saint  Willebrod,  evSque 
d'Utrecht,  ce  qui  prouve  bien  qu*il  naquit  dans  la  patrie 
de  ses  ancetres.  Pourquoi  Charlemagne  n*aurait-ii  pas 
aussi  vu  le  jour  dans  un  des  domaines  hereditaires  de  sa 
famille,  ou  lout  etail  paix  e(  repos,  plulot  qu'au  milieu  des 
camps  sans  cessc  porles  d'un  pays  k  i'aulre  par  les  pas- 
sions agilees  de  la  grandeur  et  de  la  conquele? 

'  Je  ne  reprendrai  pas  la  discussion  sur  le  terrain  oil  Font 
placee  mes  savants  amis  MM.  Polain  et  Arendt;  ils  me  per- 
mettront  de  soulever  seulement  quelques  objections  qui » 
jusqu*a  ce  moment ,  n'ont  point  ete  presentees,  et  qui  me 
paraissent  devoir  ebranler  leur  systeme.  Cest  moins  une 
date  ou  une  question  de  lieu  que  la  marche  generaledes 
ev^nements  que  je  crois  devoir  eludier,  et,  tout  en  tirant 
des  fails  des  consequences  particulieres,en  ce  qui  touche 
la  patrie  de  Charlemagne,  j*arrive  a  me  represenler  sous 
ui^  jour  tout  different  I'une  des  pages  les  plus  int^res- 
santes  et  les  moins  connues  de  celle  epoqiie  de  transition 
et  de  revolution  qui  vit  la  race  des  Pepin  succeder  a  celle 
de  Ciovis.  La  classe  voudra  bien,  je  I'espere,  en  accueil- 
lant  avec  indulgence ces simples  notes  redigees  Ji  la  hate, 
r^server  quelque  sympathie  au  but  que-je  me  propose  :  le 
droit  de  placer  un  jour  au  pied  de  la  statue  de  Charle- 
magne ce  mot  suo  que  la  Belgique  est  Gere  de  pouvoir 
inscrire  sur  le  monument  de  Godefroi  de*Bonillon. 

II  y  a  a  peine  cinq  ou  six  jours  qu'un  manuscrit  de  la 
Bibliolheque  de  Bourgogne  fixa  mon  attention.  11  offrait, 
dans  un  livre  intitule  :  In  Geslis  Francorum,  a  cote  de 
nombreux  extraits  d'anciens  auteurs,  quelques  lignes  sur 
les  annees  741  et  742,  que  je  n'ai ,  si  je  ne  me  trompe, 
jamais  renconlr^es  ailleurs : 


( 13^ ) 

Mdrluo  KaroliD  MarttUis,  mulU  Hranni  in  FtAMtum  di- 

fhErgentes,  potesialetn  rtgiam  sibi  usurpare  ptesumehant. 
Prdpterea  Frand  a  prato  eonsilio  sua  seducli  queridam  tie- 
ricum  nomine  Danielem  regem  $ibi  elegerunt :  quetn  poster 
Hildericum  cognomento  fioncupaverunt.  In  cujus  tmpote 
nobilUas  Frantorum  pro  qua  per  totum  inundum  Frand 
edndltabantuir  dd  nichilniH  pervenit.  Videniquoque  Pippinui 
Karoli  Marlelli  filius  regnum  Francorum  pro  defictu  Hil^ 
dttid  tkipraditii  tegis  dd  nkhilum  peft^enire ,  in  (Uminii&a^ 
tione  ttgni  patris  sui  tnanus  tiriHlet  injmt.  Dehinc  Pip^ 
pinus  el  Kalomannus  fUii  Kdroli  Martelii  contra  Hunaldutn 
Aquitanide  ducem  exerdtufn  fhovent,  ceperuMque  castrum 
quod  tocatur  Lucas.  Iii  ipso  itihere  positi  diviseruni  Mi 
regnum  Frantorum  (1). 

Quelle  etait  Torigine  de  cd  tetle  qui  repandait  une  ln- 
miere  si  vlve  sur  Ie$  ^v^DemenU  du  VIIl'"*fii^cle?  II  ^tait 
ifnt)oi'tatit  de  le  determidei"  pour  saVoir  quel  degr^  de  coa- 
fiance  il  m^ritait.  Apr6d  quelques  reclierches,  je  suis  arrive 
ii  codstatef  qa'il  provenait  de  l^abbaye  de  Saibt-BenoiU 
^tir-Loire,  qu*on  nommait  autrefois  TEgiise  des  Saints^  et 
qui  regut  du  pape  Ldon  VII  la  supremaiie  sur  tous  les 
monaslferes  de  France.  Sainl-Benolt-sur-Loire  pos^^dait  la 
plus  vaste  biblioih^que  que  Ton  connfit  :  on  y  eomptait 
jtisqu*a  cinq  mille  etudtanis.  Une  part  precieusedes  livres 
qui  en  formaueni  la  base  avail  ete  apportee,  au  YIIl"''sikle, 
du  Mont'-Gassin;  asil^  des  letlres  en  Italie  :  ses  d^fiiiefs 


(1)  MS.  de  la  fiibliotheque  de  BdtirgogDe,  01 S5.  Ce  livrej  in  GeiUs  FtaH^ 
corum,  reproduit  fidelement  d'abeieni  testes  placds  les  uns  k  la  suite  d^s 
autreSi  sans  qtrils  se  suivent  ou  s^accordent  exactement.  J^y  retroave  des 
frajjments  reproduits  dussi  par  Sigcbert  de  Gemblours^  d*api'es  uoe  source 
anjourd*liui  perdue. 


( <69 ) 

debris  sont  retoarnds  en  Italie>  apr^  les  guerres  hW- 
giouses  da  XYI"^  si^cle,  tit  reposent  aujoard'hui  dans  ia 
bibliothique  du  Vatican.  G*est  k  ceKe  source  illustre  et 
feconde  que  puisa  ^  au  Xl""^  siecle,  Hugues  de  Sainte^Marie, 
plus  connu  sous  le  nom  de  Hugues  de  Fleury  :  aussi  les 
auteurs  A^VHUtoire  liii^aire  de  la  France ^de  ro6me  que 
eeux  de  la  Biographie  universelley  observenUilsqull  a  oonnu 
beaucotip  de  documents  importants  qu*il  a  inseres  dansses 
livres  et  que  nous  ne  possedons  plus^  non  pauca  alii$  in- 
taeta,  comme  le  dit  un  erudit  dii  XYJl'"''  siecle.  Hugues  de 
Fleury  s'exprime  lui-milnie  en  ces  termes,  dans  une^piire 
adressee  a  rimperatrice  U^ihilde :  Nusquam  historia  seria- 
tim digesta^  sed  hac,  illacque  quibusdam  in  codicibus  inserta 
et  iMerfma  ttnHur.  Itla  non  a  nobis  aecepimus,  sed  a  muliii 
codidibus  nosiro  sudore  decerpsimui.  Nous  ajoulerons  qtte 
le  li vre  In  Gesiis  Francorum  ful  termine  en  1 110  et adresse 
a  saint  Yves,  ey^que  de  Cbartres  (i). 


{i)  Uoe  note  est  n^ctesaire  pour  donner  ft  cette  question  d'orifioe  unt 
complete  Evidence.  Notre  manusorit  nousoffre  (f*  ISO) la  lettre  de  Hu^rues  de 
Fleury  i  VMqae  de  Ghartres  :  E€C€  tibi,  preeeUeniiuime  pater  et  domine^ 
duo  humilitaiis  mee  opuscula  tran$niitto.  Quels  sont  ces  deiii  opuscules? 
Le  premier  est  V Historia  antiquitattSp  qui  ne  s*arr£te  pas  avaol  le  Hvre  YI  et 
avant  Ttpoque^le  GharlemsigQe)  commfe  ledit  ineKactement  M.  Waitz,  dans 
1^  tome  IX  des  Monumentin  Germuniae  hdtoricii,  mais  dont  le  Hvre  YI  at 
termine  au  couronnement  de  Charlemagne.  Imm^dlatement  aprcs,  vient  This- 
toire  des  Lombards  de  Paul  Diacre ,  dont  le  texle  a  sans  doute  ete  reproduit 
par  Hugues  de  Fleury  qui  y  a  mSme  ins^r^  un  hymoe  en  TboDneur  de  saint 
fienoit ;  mais  ceci  tt'est  pas  le  second  opuscule  promis  A  l^eveque  de  Chartref . 
Jl  a  ^t6  mai  place  par  quelque  erreur  de  copisle  et  suit  Tbtstoire  des  Lom-^ 
iiards  :  c*est  Itf  liVre  In  GesiU  Francorum  qui  commence  par  ces  mots :  In 
exordfo  opu$cuH  nostri,  II  est  a\s6  de  s'en  convaincre^en  ouvrant  TiTtf torta 
antiquUatIi  {^  150),  au  chapitre  ou  Huc^es  de  Fleury  mentionne  4  peine  U 
guerre  de  Yalentinien  cootre  les  Francs  :  De  qHdrt^m  origine  pauea  nobis 


(470) 

Rien  ne  manque  done  pour  entourer  de  Tautorit^  la  plus 
I6giiime  ce  lexle  dn  VIII"" ou  du  IX"*'  si^cle,  insert  deax 
cent  cinquante  ans  plus  lard  enlre  divers  documents  de  la 
meme  epoque;  mais  lorsqu*on  le  compare  h  d'autres  rela- 
tions contemporaines,  on  nepeuls*emp&clierde  remarquer 
avectrislessecombieolarorluneeslimpiloyablevis-a-visdes 
vaincujs,  puisque  souvent  elle  ne  permet  pas  meme  a  Tbis- 
toire  de  recueillir  le  souvenir  de  leur  resistance  et  de  leurs 
iauliles  efforts.  La  fin  de  la  dVnaslie  merovingienne  est 
enlouree  de  lenebres  profondes,  et  les  vingt  lignes  que 
nous  a  conservees  Hugues  de  Fleury  nods  en  apprennent 


nunc  perttringere  licet.  Cetera  tie  gettis  Francorum  scripta  sunt.  En 
effet,  Ie$  deux  premiers  chapilres  du  livre,/n  Gestis  Francorum,  nous  ofirent 
dans  le  meme  st^'Ie,  mais  avec  beaucoup  plus  de  details,  Thistoire  de  Tori- 
gine  des  Francs  et  de  la  guerre  que  leui*  fit  Valentinien.  Le  livrc  :  In  Geitii 
Francorum  se  termine  (f°  233)  par  deux  fails  qui  int^ressent  k  ia  fois  et  le 
monastere  ou  Hugues  de  Fleury  ^crit,  et  le  pieux  ^veque  k  qui  il  dcdie  ses 
recherches  :  rinhumalion  de  Philippe  I*"*,  a  Sainl-Renoit-sur-Loire,  et  lecou- 
ronnement  de  Louis  VI  sous  les  auspices  de  T^veque  de  Cbartres.  Quelques 
ann^es  plus  tard ,  lorsque  dej^  la  renomm^e  des  deux  opuscules  ou ,  pour 
mieux  dire,  des  deux  compilations  de  Hugues  de  Fleury  s^^tait  r^pandue,  il 
les  tcvit  et  les  modifia.  La  premiere  (c'est  Vffistoria  eeclesiastica)  fut  pr^- 
sent^  k  Adele,  comtesse  de  Blois  et  de  Meaux.  La  seconde,  prenant  aussi  un 
nouvean  titre,  celui  de  Regum  Francorum  modernorum  actus,  Tut  destin^e 
k  une  princesse  non  moins  illustre  de  la  meme  maison,  Timpcratrice  Malhilde. 
M alheureusement ,  dans  cette  revision ,  Hugues  de  Fleury  prit  pour  point  de 
depart  la  mort  de  Charlemagne :  ainsi  s^explique ,  dans  les  Editions  imprimis 
d'apres  la  seconde  reaction,  Tabsencedu  passage  que  nous  avons  emprunt^ 
k  la  premiere,  compos^e  pour  saint  Yves  de  Chartres.  —  Parmi  les  manuscrits 
de  Saint-Beaoit-sur-Loire,  conserves  k  la  Bibliotheque  du  Vatican,  se  trouvent 
les  oeuvres  de  Hugues  de  Fleury.  H  serait  int^ressant  de  les  comparer  avec 
notre  manuscrit,  quia  ^t^  ecrit  vers  le  commencement  du  X]]l°'*siecleet 
qui  appartint  plus  tard  au  monastere  de  Saint-Quenttn-au-Mont  pres  de  P^ 
ronne.  Quelque  lien  unissait-il  Saint-Quentin-au-Mont  et  Saint-Quentin^u- 
Pr^  dont  saint  Yves  fut  abb^? 


(  *7I  )     . 

peut-itre  plus  k  ee  ^iij^t  qii'on  n'en  savait  jusqu*a  ce  jour. 
Noos  y  retroovokis,  bieu  qu'indiqu^ avec  iine extreme  bri6- 
vele,  le  principal  caractere  des  luttes  du  Vlil"**  siecle :  les 
ambitions  personnelles  cachant  derrierc  elles  Fanlago- 
nisme  des  races  ei  Thoslilite  des  peuples.  L'Austrasie  avait 
complelement  triomphe  avec  Charles  Martel.  Quand  Chil* 
p^ric  II  fut  descendu  dans  la  lonobe,  quand  Thierri  de 
Cbelles  Ty  eul  suivi ,  Charles  Mar(el  se  crut  assez  puissant 
pour  laisser  vacant  le  irone  des  princes  merovingiens,  alin 
que  Ton  s'babitii^ta  leur  absence.  Aucun  des  historieusdu 
temps  ne  nous  avait  dil,  que  Chilperic  II  eul  un  Gils.  La 
science  des  fi^nedictins  a  supplee  a  leurs  lacunes.  Noire 
texte  nous  apprend  que,  de  meme  que  son  pere,  il  avait 
ete  rel^guedans  un  cloilre  ouon  lui  donnait  egalement  le 
nom  de  Daniel  qui  semble  avoir  ele  a  celte  epoque  exclu- 
sivemenl  reserve  aux  clercs,  el  ceci  est  conforme  a  ce  pas- 
sage encore  inexplique  des  Annates  de  Saiul-Gall,  ou  il  est 
(lit  que  Pepin  le  Bref  devinl  roi,  deposito  ac  detonsorege 
Hildrico  qui  a  baptismo  alio  nomine  vocattis  est  Daniel  (1). 
La  chronique  plus  recenle  d*Adhemar  a  bien  enlrevu  la 
meme  chose;  mais  ce  a'est  plus  le  meme  nom  que  l*on  y 
rencontre :  c'esl  le  meme  surnom,  la  mSme  epilhete  ou,  si 
Ton  veut,  la  meme  injure:  Danihel,  clericus  insensalus, 
quern  Franci  voeaverunt  Chilperieum,,.  Childericm  insen- 
saius  (S).  Le  (emps  n*est  pas  eloigne  ou ,  Taslre  des  Carlo- 
vingiens  s*^lipsant  comme  celui  des  descendants  de  Clovis, 
il  y  aura  d*aulres  historiens  qui ,  a  leur  lour,  appellerhnt 
leurs  derniers  successeurs, \st;np/ej;,  solus,  stolidus.  Cesi 
loujours  le  vcb  victis. 


(1)  j^nnahsSangallenses majores,  753. 

(2)  Chron,  Jdem.,  ap  Perif ,  IV,  p.  114. 


(  1'72  ) 

Gependant  \e  conqii^raati  au  milieu  m^me  des  succes 
de  la  coiH}u6te^  sentait  que  )e  bras  qui  fonde  de  si  grandes 
ehoses,  fl^chit  Idt  ou  lard  sous  la  ioi  commudedes  mi- 
seres  humaines.  Les  longues  guerres  de  Charles  Mattel 
avaient  epuise  son  aclivrte  et  ses  forces.  En  7S9,  apr^ 
reipedition  de  Provence^  il  revenait  dans  la  France  seplen- 
trioaale  ad  proprias  sedes,  qulind  la  flevrerobligeades'ar- 
rgter  h  Verberie.  En  740,  aucune  expedition  n*eutlieu  (i). 
Sans  doule»  Charles  Martel  elait  de  plus  en  plus  soaf* 
fr^nt.  L'anu^e  suivante,  des  signes  menaQantsse  mon* 
tr^rent  dans  le  soleil  el  dans  la  lane.  Les  peuples  y  trou- 
verent  le  presage  de  nouvelles  guerres  :  Charles  Martel  y 
lut  sa  mort  prochaine,  sans  se  dissimuler  les  discordes 
qiii^illaient  (6clater.  En  effet,  la  nouvelle  de  sa  maladie  a 
suffipourquela  Bourgognes^insurgeyetilfaut  quelecomte 
Childebrand,  accompagnede  son  plus  jeune  fits,  prenne  sa 
place  a  la  X&ie  des  Francs  pour  ^touffer  cette  rebellion.  En 
vain  Charles  Martel,  considere  longtemps  comme  Tenoemi 
de  r^glise,  a-t-il  recours  a  des  donations  pieuses  et  h  des 
pSlerinages  :  il  expire  a  Kiersy,  le  21  ou  le  S2  oclobre 
741 ,  lai«$ant  a  sa  faniille  un  norii  qui  fera  oublier  celui 
des  Pepin  et,  aux  Francs  d'Austrasie,  le  souvenir  d'un  cou* 
rage  et  d'une  vigueur  dont  le  cbrislianistne  et  la  civilisa- 
tion avaient  k  peine  adouci  le  caraciere  rude  et  barbare. 

Charles  Martel  avait  assemble  avant  sa  mort  \&  chefs 
des  Francs,  pour  leur  annoneer  qu'il  laissait  ses  (lis  Carlo- 
mah  et  Pepin  heritiers  de  son  pjincipat;  quant  a  GrilTon 
qu'il  avail  eu  d'une  captive  ratnenee  de  Baviere,  il  lui  le- 
guait  un  domaine  aux  limites  de  la  Nenstrie  et  de  TAus- 


(1)  n  en  fut  de  mSme  eq  71 S,  Paan^  qui  pr^c4(ia  la  mort  de  Pepin  d^H^- 
ristal.  Comparez  tea  deux  textes  dani  les  Attnalei  de  Metz. 


C  i73  ) 

trasie.  Griffoo  Dourrissait  de  plus  altieres  esp^nces.  II 
court  aux  armes ,  mais  il  est  defait  et  r^uit  k  s'e&fermer 
au  eb&teaa  de  Laon,ou  i{  tombebientdt  an  pouiroir  de  ses 
freresi  Qoeile  relation  y  a-t*il  entre  ees  evenements  et  le 
mariagd  de  Pepin  avec  BeHrade»  fille  da  comte  Heribert 
deLaoo(i)? 

Du  reste,  la  situation  est  exactement  la  roeme  k  la  mort 
de  Charles  Martel  qu^apres  la  mort  de  Pepin  d*Heristal,  et 
plus  on  poursuilce  rapprochement,  plus  il  devientcom- 
plet.  Pepin  d*fl[eristal  avait  gouvern^  les  Francs  pendant 
vingt-quatre  ans.  De  rav^nemcnt  de  Charles  Martei  k  sa 
mort,  nous  trouvonsegalement  une  p^riodedevingt-quatre 
annees.Tous  deux  expireul  vers  le  commencement  deThi- 
?6r.  Charles  Martel  avait  ^  lorsqu'il  perdit  son  pere,  k  peu 
pres  le  m^me  age  que  Pepin  le  firef  quand  il  perdit  lesien. 
Pepin  le  Bref  naquit  Tannee  meme  que  mourut  Pepin 
d'Heristal ;  Charlemagne  aussi  vil  le  jour  la  m6me  annde 
qu'etait  mort  Charles  Martel. 

Ce  rapprochement  est  plus  frappant  encore,  si  on  veut 
r^tendre  aux  evenements  qui  suivirent  la  fin  de  Pepin 
d'Heristal  et  celle  de  Charles  Martel.  A  peine  Pepin 
d'Heristal  a^t-il  rendu  le  dernier  soupir  que  la  dictature 


(1)  Heribert  de  iaon  ^tait  de  race  franque,  car  le  pape  ^tienne  III  ecrivait 
A  CharleinagDe  et  a  OarlopaaQ :  /am  cofijugio  legitimo  copulati  etfis,  acei" 
pientes  de  vestra  patria  icilicet  ex  ipsa  nobilissima  Francorum  gentfi  j 
pulcerrimas  conjwjes,  Etenim  nullus  ex  veslris  parentibus,  neque  avus^ 
neque  proavus ,  sed  neo  vester  genitor  ex  extranea  natione  conjugetn 
accepit, 

Jordan  d^Osnaburg  clierche  dej^  k  ratlacher  Chariemagoe ,  par  sa  mere , 
aux  empereurs  d*0rient :  Pippint^s  na^m$  duxit  in  mairimonium  7V6er- 
gam  sororem  Michaelis  imperatoris  Bomanorum  ex  qua  getiuit  Karolum 
magnum»  (MS.  de  la  Bibl.  de  BourgogQe,  7518). 


(  n4-) 
de  rAustiasie  s^evaaouiLi-Les  |)opulaUous  gallo-*romaiDes 
d'Aquiiaine  placent  a  ieur  tete  des  chefs  illastres  et  puis- 
sants  qu'£ginhard  fletrit  du  nom  de  lyrans  (1).  Les Saxons 
s'avaQcent  pour  seconder  les  Frisons,  (andis  que  les  Francs 
de  Neustrie  se  h^tenl  de  r^tablir  sur  le  trone  la  posterite 
deChilderic  H,en  tiranl  du  cioitre  son  filsqu'on  nommait 
alors  le  clerc  Daniel  et  qui  ful  depuis  le  roi  Chilperic. 
Mais  Charles  Marlel  domine  tous  les  obstacles.  Dun  cote, 
il  rejelte  les  Saxons  au  deiii  du  Rhin;  de  Taulre,  il  pe< 
netre  en  Neustrie  et  poursuit  jusqu'a  la  Loire  Chilperic 
qui  9  mal  defendn  par  les  Francs  de  Neustrie,  avait  ete  re- 
duit  a  se  placer  sous  la  protection  du  due  Eudes  d^Aqui- 
taine. 

A  la  mortde  Charles  Martel,  la  domination  des  Francs 
d*Austrasie  que  le  surnom  meme  de  Ieur  chef  nous  de- 
peint  comme  un  marteau  qui  frappe  sans  relliche  tout  ce 
qui  lui  resiste,  n*etait  point  Tobjet  d*une  moins  vivo  im- 
patience, ni  d*une  baine  moins  profonde.  Le  meme  isole- 
ment  se  fait  aulour  d*eHx  en  attendant  le  jour  oil  ils  cou- 
solideront  Ieur  irresistible  ascendant  par  de  nouvelles 
victoires.  Les  Saxons  se  pressent  une  fois  de  plus  sur  le 
Rhin,  et  les  Francs  neustriens  qui  ont  g^mi  trop  long- 
temps  de  rinterregne  de  la  royaule  merovingienne,  n*ont 
pas  perdu  le  souvenir  de  la  posterite  de  Childeric  II,  qui 
avait  transfere  la  residence  royale  d'Austrasie  en  Neustrie. 
J*ai  deja  parledece  Olsdu  roi  Chilperic,  clerc  comme  lui 
et  designe  par  le  meme  nom  de  Daniel ,  qui  languissail  dans 
le  cioitre  ou  Tavait  sans  doute  enferme  Charles  Martel,le 


(1)  Karolut  tyrannotper  Mam  franciam  dominatumsibiinndicanles 
oppreuit.  (Enwabdi  Vita  et  Con?.  Kaboli  Massti.) 


(  175  ) 

jour  ou  il  pla^a  Thierri  de  Chelles  sur  le  trdne  :  on  alia 
Ty  chercher ,  on  le  sal  ua ,  a  Fexemple  de  son  a'ieul ,  du  nom 
royal  de  Childiric  resl6  cher  aux  Francs  de  Neuslrie: 
Franciapravo  consiliasuoseducti.  Plus  loin  vers  la  Loire, 
les  populations  gallo-romainess'agitent  a  la  voix  de  leufs 
chefs,  ducsou  comles,  qu'on  designe  toujours  sous  le 
meme  nom  :  multi  tiranni  in  Franciam  dimergentes,  potes- 
tatem  regiam  sibi  usurpare  presumebant.  Si ,  en  Bourgogne, 
le  gallo-romain  Proladius  s*esl  vante  d'exterminer  tous 
ceux  qui  appartenaient  a  la  race  conqu^rante,  les  Gallo- 
Romains  d*Aquitaine,  moins  oigueilleux  ou  plus  habiles, 
preferent  imposer  leur  alliance  aux  Francs  de  Neustrie, 
dont  roisivete  a  adouci  et  enerve  lesmoeurs.  lis  savent  bien 
que  Child^ric  III  ne  pourra  se  passer  de  leur  protection : 
Nobililas  Francorum  ad  nichilum  pervenit.  La  prophetic 
des  astrologues  elait  justiflee.  On  rencontrait  partout  les 
guerres  etrangeres  ou  les  discordes  civiles.  Ou  done  put 
nailre  Charlemagne  le  2  avril  742,  si  ce  n'est  dans  celte 
contree  ou  sa  race  trouva  toujours  des  defenseurs  de- 
vours et  un  inviolable  asile? 

Des  deux  (ils  que  Charles  Martel  laissait  de  son  mariage 
avec  Rotrude,  Carloman  ^tait  Tain^;  I'autre,  Pepin,  que 
nous  avonsvu,  dans  Texpedition  deBourgogne,  place  sous 
la  tutelle  du  comte  Childebrand,  n'avait  que  vingt-six  ans. 
Aussi,  pendant  les  premiers  temps  qui  suivirent  la  mort 
de  Charles  Martel,  Carloman  presida-t-il  h  la  direction  du 
gouverncmeul:  Cum  Caralus,  dux  inclyius^  dit  le  moine 
Othlon,  vilae  suae  cursum  exegisset,  el  filii  ejus  Caroloman- 
nus  el  Pippinus  ei  ceu  palri  successissent  in  intperio,  ad  nu- 
lum  Carolomanni  qui  erat  major  nalu,  omnia  palerni  regni 
jura  disponebanlur. 

Les  historiens  rapporlent  que  Carloman  veillaseal  k  ce 


( na ) 

qill$  Griffoa  f^l  cQodait  d^ns  un  cl^^^au  de  i'Ard0^uet 
pour  y  Ht^  g^rd^  pri&Qnaier.  11  est  ^alemeot  (^rUio  qi^e 
Carloipfin  prit  la  pips  grande  part  s^nx  pr^papatifi;  d'wQ 
autre  guerre,  bieD  pitt9  imporiaate,  qui  allait  cofnowsiq^r, 
II  y  a  meme  des  historieDs  qui  le  Qommeot  ^eul  d^ips  le 
recit  qa'il3  nous  en  oat  lais$^. 

Cepeadant,  son  fr^re,  pli^Ji  jeune  19913  plus  in^truit,  plu^ 
^age  et  plus  habile » siv^it  ^  remplir  uae  autre  mission,  qui 
n'iq} p0rla.it  PAS  mojns^  la  consolid^iion  de  Tautorita  des 
Qls  de  Charles  Marlel,  je  y^nx  parler  d^  leuir  rdc<wcilia^ 
tion  avec  TEglise  spoliee  et  persecintee  par  leur  p^fi  (1). 

lei  la  legende  dpit  cQwpleler  rbistoire. 

Eu/cher,  ^veque  d*0rleans,  mort  dans  Texil  ^  Saiat- 
Trond,  leSlO  fevrier  742  (2),  raconta,  peu  avant  |a  fin  de 
sa  vie,  a  Fulrad,  cbapelain  de  Pepin ,  qu'il  avait  eie,  dans 
une vision,  le  temoin  des  peines  meritees  par  Timpiete de 
Charles  Martel.  Fulrad  nequittail  pas  Pepin.  A  ee  titra,  il 
est  de  quelque  int^ret  de  remarquer  qu*il  se  troiivait  fn 
Hesbaie  vers  la  comraencement  de  Fannee  742.  &fais  il  r^nt 
aller  plus  loin.  Fulrad  rapporta  k  Pepin  ce  qu'Euebef  Ini 
avait  dit ,  et  un  synode  Tut  tenu  k  Leplioes  oh,  en  presence 
de  saint  Boniface  et  da  l^gat  pontifical  Genrgius  qui  le 
presida,  Pepin  r^para  les  usurpations  de  son  pere.  Au 
YIII'"*  siecle,  les  synodes,  presides  par  les  princes »  se 


(1)  Tout  ceci  s^accorde  fort  bien  avec  ce  que  rhisioire  nous  apprend  de 
Pepin  :  quelquesauteursassurent  que,  pour  expierTimpi^t^  de  Charles  Martel, 
U  se  fit  ensevelir  aux  portes  de  Tabbaye  de  Sainl-nenis. 

(3)  Telle  est  la  date  adopts  par  Dem  Bouquet  La  cbronique  de  Saint- 
Trond)  qui  fait  peut-etre  comcpencer  Tann^e  k  Piiques, place  ceci  en  74 1«  U 
est  ais^  de  comprendre  que  la  mort  de  saint  Eucher,  qui  arriva  apres  ceDe  de 
Charles  Martel ,  avant  qu*il  etit  pu  quitter  Saint-Trond  et  rentrer  k  Origans, 
4Qit  Itrc  attribute  au  moU  de  ttftm  749. 


(  n7 ) 

reuuissaient  aii  mois  de  mars  ou  au  mois  de  mai,  c'est-a- 
dire  a  la  meme  epoque  que  les  assemblees  des  grands ,  oi , 
comme  il  est  fort  probable  que  Pepin  tint  celui-ci  a  la 
premiere  epoque  consacree  par  Tusage  qui  ait  suivi  la 
vision  de  saint  Euclier,  Ton  arrive  necessairement,  en 
Gxani  ce  synode  au  mois  de  mars  ou  au  mois  de  mai ,  a 
le  placer,  dans  Tun  et  Taulre  cas,  a  une  date  bien  rappro- 
chee  du  2  avril,  jour  assigne  a  la  naissance  de  Cliarle- 
magne  (i)  :  si  Ton  consentait  a  admettre  que  ce  synode 
ful  lenu  le  jour  de  la  fete  de  Paques  (l"^avril  742),  il 
aurait  eu  lieu  la  veille  meme  de  cet  evenement.  Quoi  qu'il 
en  soit,  la  presence  de  Pepin  a  Leplines,  si  elle  est  de- 
monlree,  n'esl-elle  pas ,  dans  la  question  qui  nous  occupe, 
un  argument  presque  decisif  (2)?  Ne  rendrait-ellc  pas 
aussi  quelque  valeur  a  ut^  vieille  tradition  mentionnee 
par  Mabillon  ,  d'apres  laquelle  saint  Bonirace  baptisa 
Charlemagne  (5)? 


(1)  Il  peut  parailre  assez  extraordinaire  au  premier  abord  que  la  date 
de  la  naissance  de  Charlemagne  soit  consig;nee  dans  un  calendrier  du  mo'- 
nastere  de  Lorsch  dont  fut  abb^  ce  bon  Eginbard  qui  s'enquit  de  tons  cdtes 
de  ce  qui  s'y  rapportait,  sans  trouver,  en  quelque  lieu  que  ce  fut,  le  moindre 
eclaircissement.  U  cut  pu  chercher  bien  moins  loin  et  trouverplus  vite.  Ceci 
dit,  nous  reconnaitrons  que  la  date  du  calendrier  dc  Lorsch  a  ete  admise  par 
Mabillon  el  n^est  g^uere  contestee  aujourd'hui. 

(:2)  On  montre,  k  Lestines-auTal,  les  ruines  du  palais  du  roi  Pepin,  sans 
les  confondre  avcc  cellcs  du  palais  de  Carlomao.  A  quelle  epoque  Pepin  au- 
rait-il  reside  k  Lestines,  si  ce  n'est  en  742  ?  J*ai  quelque  respect  pour  les  tra- 
ditions, lorsque  je  vois  qu^ellcs  ont  encore,  apres  onze  siecles,  Ic  privilege  de 
faire  respecter  quelques  pierres  auxquelles  est  attach^  le  nom  d'un  grand 
homme. 

(3)  Je  trouve  dans  Pedition  des  Capitulaires  de  Baluze  (I ,  col.  763  et  II , 
col.  1185)  une  ancienne  glose  deji^  invoqu^e  dans  un  memoire  du  concours 
precedent  (voyez  le  rapport  de  M.  Polain,  p.  623),  mais  dont  on  a  sans 
rioute  neglige  de  faire  ressortir  toute  I'importance.  II  y  est  dit  que  ChaTie- 

2"'*  SilRlE,  TOME  IV.  12 


1 


(  178  ) 

Je  sais  bieo  que  les  theologieDs  rejetteot  unaaimemeDt 
la  legende  de  la  vision  de  saint  Eucher.  Pour  les  theolo- 
giens,  sans  doule,  elle  est  sans  valear ,  mais,  comme  fail 
historique,  elle  me  parail  ne  pouvoir  etre  contestee.  En 
effei,  elle  est  rapporlee  par  d'anciens  manuscrits  des 
leltres  de  saint  Boniface  et  des  vies  de  saint  Eucher  etde 
saint  Rigobert;  Ilincmar  Ta  inseree  dans  la  vie  de  saint 
Remy,  et  il  est  hors  de  doule  qu  il  en  exislait  autrefois 
une  relation  composee  vers  la  fin  du  Vlll""'  siecle.  On  n'a 
pas  remarque,  je  pense,  que  Tannaliste  de  Fulde,  en  re- 
produisant  la  vision  de  saint  Eucher,  a  soin  d^observer 
qu'au  lieu  de  Temprunler  a  Hincmar,  ii  aime  mieux  suivre 
une  autre  histoire  et  la  relation  veridiqne  des  anciens, 
(alia  hisioria,  antiquorum  veridica  relatio)  (i).  Or  Tau- 
teur  du  texte  qu*il  cite  declare  qu*il  a  connu  des  personnes 


magne  n^^tait  pas  soumis  k  la  loi  salique  :  quia  Francuf  naliviiate  erat  et 
respexit  iuam  nationem  propter  suae  geniis  dignitatem.  II  faut  remarquer 
d^une  part ,  que  les  Austrasiens  du  YIII"**  siecle  se  cro^aient  seuls  dignes  de 
porter  le  nom  de  Fraocs,  comme  ayant  seuls  couserv^  dans  toute  sa  purele 
la  noblesse  de  leur  race;  d^autre  part  il  est  certain,  comme  le  dit  M.  Augustin 
Thierry  dans  sa  Dixiime  lettre  sur  Vhistoire  de  Prance,  que  la  loi  salique 
appliquee  en  Keustrie  elait  r^pudiee  et  rejelee  avec  dedain  en  Austrasie 
Cette  glose,  en  rappelant  que  Charlemagne,  par  sa  naissance  (na£ft't7a(£),  ne 
relevait  pas  de  la  loi  salique,  nous  apprend  doncqu'il  n'^tait  pas  n^  en  ]\eus- 
trie,  mais  en  Austrasie.  —  A  cette  preuve  si  formelle ,  qu'oppose  la  Neustrie? 
Un  seul  document  ancien ,  le  recit  de  la  translation  des  reliques  de  saint  Ger- 
main; mais  est-il  bien  serieux?  Le  discours  de  Charlemagne  qui  y  figure  ne 
prouve  rien,  d^ailleurs,  pour  le  lieu  de  sa  naissance;  tout  au  plus  y  verrions- 
nous  qu'il  est  n^  en  747,  comme  Tatleste  une  circonstance  qui  d^montrerait 
que  Charlemagne  avait  bien  sept  ans  en  754 :  Ego,  puerilitcr  ludens,fos8am 
imilii  ufri  mox  primum  dentem  de  ore  meo  tnutavi.  Geci  suffit  poor  faire 
appr^ier  la  Taleur  de  ce  discours.  {Jeta  SS,  ord*  S,  Ben.,  ate.  Hi, 
pars  II,  p.  97.) 
<t)  Jnn,  Fuld*i  ap.  Pertz,  III^  p.  345. 


(  17»  ) 
qui  vivaient  en  742  (1),  et  qu'il  ecril  lui-meme  sous  le 
regoe  de  Charlemagne,  doDt  ii  allegae  iin  capiiulaire  (2), 
le  77"*  du  i*  livre  compile  avanl  Tan  800  par  Tabb^  An- 
s^ise.  Les  eveques  du  concile  de  Kiersy,  en  858,  repro- 
diiisant  textueilement  celte  relation  dans  la  leltre  qu'ils 
adressaient  a  Louis  roi  de  Germanie,  ajoutent ;  Heme  rela- 
Honem  el  in  scriplura  habemus,  et  telle  elail  rauthenticile 
historique  de  cette  vision,  qu'ils  rappelaient  k  Louis  de 
Germanie  qu'ils  Tavaient  entendu  raconter  par  son  pdre, 
Tempereur  Louis  le  Pieux  (5). 

Nous  avons  deja  dit  quel  motif  nous  engage  k  placer  ce 
synode  au  printemps  de  i'annee  742;  nous  ajouterons  qu'il 
ne  pent  appartenir  aux  anoees  743  a  74C,  parce  que,  vers  le 
commencement  de  Tannee  745,  comme  nous  chercberons 
a  Felablir,  Carloman  et  Pepin  se  partagerent  le  royaume 
des  Francs  et  que  TAuslrasie,  dont  Leptines  faisait  partie , 
ecbut  a  Carloman.  D'autre  part,  il  n*est  point  posterieur 
au  depart  de  Carloman  pour  Tltalie,  puisque  saint  Boni- 
face ,  nous  raconte  Thagiographe ,  ne  put  se  rendre  k  Tin- 
vitation  que  Pepin  lui  adressa  de  tenir  des  synodes  dans 
son  royaume  (4). 

Cest,  d'ailleurs,  en  743,  que  le  pape  Zacharie  engagea 


(1)  Noi  autem  illos  vidimus  qui  ad  nosiram  utqu$  aelatem  durave- 
runt ,  qui  h  uie  rei  interfuerunt, 

(3)  Carolus  impercUor  adhuc  in  regio  nomine  consUttUut. 

(•3)  Balu2e ,  Capit.  II ,  col.  1 08 ;  Bouquet ,  III ,  p.  659 ;  Duchesoe,  I ,  p.  792. 
Pierre  le  Biblioth^caire  qui  viTait  k  la  fin  du  IX*"*"  siecle  rapporte  aussi  la 
I^geDde  de  saint  Eucher. 

(4)  Cum  Pippinus ,  feiix  germani  sueeessar,  regale  Franeorum 
regnum  sueciperety  eoepit  synodalia  reeuperare  instituta*  Sed  quod 
sanotus  vir,  ififirmitate  praeg'ravatus ,  synodalia  conventieula  per 
omnia  adire  non  poterai...  (^iUUfold,  ap»  Ada  SS.  Junii,  I,  p.  469.) 


(  180) 

les  Francs  et  les  Gallo-Komains,  Francos  ct  Gaiios,  a  obeir 
^  saint  Bonirace  comme  a  son  legal  (1).  Le  concilc  de 
Leptines,  preside  par  le  legal  Georgius,  doit  necessai- 
remenl  etre  anlerieur;  on  ne  trouve,  il  est  vrai,  aucun 
legal  pontifical  nomme  Georgius,  en  742;  mais  Gcorgiiis 
est  probablemcnt  le  meme  que  Sergius,  l^gat  du  papc  qui 
embrassa,  en  745,  la  cause  du  due  Odilon  de  Baviere 
contre  les  ills  de  Charles  Marlel. 

La  mention  de  la  presence  de  Pepin,  de  saint  Boniface 
el  du  legal  G^oVgius  (2)  au  concile  de  Leplines,  offre,  d'ail- 
leurs,  tousles  caracjleres  de  la  verite  el  de  la  cerlilude;  car 
on  lit  dans  la  relation  ins^ree  par  les  cveques  du  concile  de 
Kiersy  :  Synodum  ipsam  habemus.  Plus  lard,  la  mention 
du  concile  de  Leplines  tenu  par  Pepin  el  preside  par  Geor- 
gius irouva  place  dans  le  celebre  decret  de  Gratien  (5). 


(1)  Conci/.  ^^//,p.  4-i6. 

(2)  l\  ne  faut  pas  confondre  ce  I^gat  Georgius  avec  Georgius ,  l^gat  de 
Paul  V^  qui  ne  monta  sur  le  trdne  pontifical  qu'apres  la  mert  de  saint  Bo- 
niface. 

(3)  On  lit  dans  une  des  leltresd'Hincmar(^tnAm.  Op.  ed.  IHighe,  II,  p.  1 43) : 
In  iynodo  apud  Leptinas  cui  sub  Carolomanno  principe  Georgius  epis- 
copus  et  Joanne$  sacellarius  ac  sanctus  Bonifacius  episcopus  praeside- 
runt,  legilur ..  II  est  evident  qu'un  copiste ,  ou  pluldl  qu^un  ^diteur  assez 
recent  aura  substitue  le  nom  de  Carloman  k  celui  de  Pepin,  croyant  qu'il 
s*agissait  ici  du  concile  de  Leptines  de  745  ou  744.  En  efiet ,  Hincmar  n'a  pu 
^crire  ici  le  nom  de  Carloman ,  puisqu'il  prit  part  aux  actes  du  coocile  de 
Kiersy. qui  nomment  Pepin.  II  est,  d'ailleurs,i^remarquer  que  cequi  est  cite 
par  Hincmar  ne  se  trouve  pas  dans  les  acles  du  synode  de  Leplines  preside 
par  Carloman ,  et  ceci  prouve  seulement  une  fois  de  plus  que  les  actes  du 
concile  de  Leptines,  preside  par  Pepin,  etaient  sous  ses  yeux.  On  sait  aussi 
que  Georgius  ne  prdsida  pas  comme  i^gat  du  pape  le  synode  assemble  a  LefH 
tines  par  Carloman;  enfin,  les  deux  synodes  eurent  un  but  bien  different: 
Pepin  annon^a  Tintention  de  restituer  les  biens  enleves  aux  .eglises,  et  Car- 
loman demanda  k  pouvoir  en  conservcr  une  partie. 


(181  ) 

Cependanl  une  objeclioo  s^rieuse  se  pr^sente :  la  tenue 
d'uQ  synode  en  Allemagne  par  Carloman  sous  la  pr^sidence 
de  saint  BoDiface,  piecisement  a  la  meme  epoque,  c*esl-k- 
dire  le  21  avril  742,  synode  oil  Carloman  parte  de  son 
royaume  et  qui  Tut  suivi  d'un  autre  que  le  meme  Carloman 
assembla  a  Leptines,  le  1^'  mars  de  Tannee  suivante  (1). 

Nous  croyons  avec  iMansi,  le  savant  annotateur  de  Ba- 
ronius,  que  ces  synodes  sonl  d^une  annee  moins  anciens 
que  ne  le  portent  certains  recueils  deconciles.  L*usagede 
tenir  les  synodes  le  dimanche  etant  ^tabli,  il  en  r^sulte 
evidemment  qu'ils  ont  ete  assembles  le  dimanche  21  avril 
743  et  le  dimanche  V  mars  744  (2).  11  faut  ajouter  qu'il 
existe  une  lettre  du  pape  Zacharie,  oil  il  enlretient  saint 
Boniface  du  synode  qu  il  doit  tenir  a  la  demande  de  Carlo- 
man ,  in  urbe  regni  Francorum  in  sua  dilione  seupotestate 
consliiuta,  c'esl-a-dire,  comme  Tajoute  le  pape,  dans  un 
pays ou,  depuis Tort  longtemps,  aucurl  synode  n'aete  tenu 
et  oil  la  discipline  ecclesiastique  a ,  en  quelque  sorte,  dis- 
paru,  cequi,  d'apres  tons  les  bistoriens  ecclesiastiques, 
s'applique  h  la  partie  de  TAIIemagnc  soumise  k  Carloman; 
or  celle  lettre  porle  la  date  du  1"  avril  743  (3). 


(1)  En  744,  Pepin  tint  k  Soissons  un  autre  synode  auquel  saint  Boniface 
n'assista  pas.  Nous  n*cn  connaissons  les  actes  que  par  la  promulgation  qu*H 
en  fit. 

(2)  Scitum  concilia  nonniii  diebus  dominicii  cogi  per  haec  tempora 
consuevisse.  Concilium  referendum  ad  iequentem  annum  mihi  plane 
persuadetur.  (Mansi,  in  Ann.  Card.  Baron,  XII,  p.  478 ) 

(3)  Daia  kal.  aprilis,  imperante  Comtantino,  anno  XXI F  imperii 
eju$ ,  anno  secundo,  indictione  XI,  Concil.  XFII,  p.  oC7.  La  viog(-qua- 
trieme  annee  du  regne  de  Constanlin,  selon  la  base  adoptee  par  JVI.  de  Waiily , 
avait  commence  te  51  mars  745;  la  secohde  ann^e  du  pontificat,  le  SO  no- 
vembre  742.  Le  chiflTre  de  rindictioU)  en  743,  4(ait  XI.  II  faut  aussi  remar- 


(  182  ) 

L'ancienne  vie  de  saint  Boniface,  ecrite  par  Willibald, 
nous  a  d'ailleurs  conserve  sur  Fordre  des  fails,  el  nolam- 
ment  sur  la  succession  des  synodes,  les  donn^es  les  plus 
precieuses.  Mais  les  hagiographes  remarquent  que  Tana- 
lyse  qu'il  en  donne  n'esl  pas  complete.  Willibald  nVt-il 
pas  omis,  et  peul-6lre  h  dessein ,  le  synode  de  Leptines  ou 
saint  Boniface  aurait  si^g^  avec  ce  legal  du  pape,  qui, 
Tannee  suivanle,  trahil  Pepin  et  tomba  enlre  ses  mains 
apres  sa  victoire? 

II  faut  voir,  du  resle,  dans  la  vie  du  pieux  archevSque  de 
Mayence  mdlee  k  tant  de  grands  ^venements  politiques, 
comme  Ton  y  distingue  avec  neltete  le  temps  oil  les  fils  de 
Charles  Marlel  recueillirent  en  commun  le  principat  pa- 
lernel ,  de  celui  od  its  se  le  parlagerent. 

Le  chapitre  IX  se  rapporte  h  Tepoque  oh  Tautorile  de 
Charles  Marlel  passa  k  ses  fils  :  Cum  Carli  ducis  gloriose 
temporate  finitum  esset  regnum  et  fHiorum  ejus  Carlomanni 
et  Pippini  roboratum  esset  imperium.  II  est  inlilul^  :  Qua- 
liter  in  Francia  sub  Carolomanno  et  Pippino  ducibus,  cele- 
btalis  synodis ,  orthodoxam  religionem  restauravit  (1). 

Au  chapitre  X,  Carloman  ne  parlage  plus  le  pouvoir 
palernel  avec  Pepin.  II  a  son  royaume  :  Convenientibus  in 
unum  episcopis  ac  presbyteris  quos  Carolomannus  dux  ad" 
sGiscere  fecit,  quintum  synodale  factum  est  concilium  in 


quer  que  les  ^veques  nommes  dans  le  sjnode  du  21  avril  745  ne  prireo- 
possession  de  leurs  sieges  que  plus  tard,  en  745,  selon  les  Annales  de  Muns- 
ter;  en  746,  selon  les  Annates  de  Fulde  et  de  Lorsch. 

(1)  Jcta  SS.  Junii,  I,  p.  455;  Pertz,  Script.,  11,  p.  546.  La  Iroisieme  viede 
saint  Boniface  parle  aussi  des  synodes  qui  se  tinrent  sous  les  auspices  de  Car* 
loman  et  de  Pepin.  Comparez  Lambert  d^Aschaffenburg  (teste  du  MS.  d*£r« 
furt) :  743.  Synodalis  conventus  habetur  A'arlomanni  et  Pippini  prae^ 
ceplo ,  etc. 


(  183  ) 

quo  Bohifacitis  episcopus,  ipso  Carolomanno  consentienle  ac 
donante,  pontificalu  praesidenSy  Romanae  Eccksiaej  sedis- 
que  apostolicae  legatus.,.  Nous  reconnaissons  a^ussitdt  le 
synode  du  SI  avril  745  ou  Carloman  s*exprimait  en  ces 
termes  :  Ego  Carolomannus  dux,  episcopos  qui  in  regno 
meo  sunt  cumpreshyteriSy  ad  concilium  et  synodum  congre* 
gavi...  Consiituimus  super  eos  archiepiscopum  Bonifacium 
qui  est  missus  sancti  Petri. 

Ainsi  rien  ne  s*oppose  a  ce  que  Pepin  ail  tenu  un  sy* 
node  a  Leptines,  vers  les  fetes  de  P&ques  742,  et  je  ne 
puis  m'emp6cher  de  trouver  dans  cetle  reconciliation  de 
I'Eglise  avec  la  race  de  Charles  Marlel,  proelamee  sur  le 
bereeau  d'un  enfant,  Teloquenl  presage  de  la  mission  qu'il 
devait  remplir  en  protegeant  TEglise  donl  la  main  recon- 
naissante  le  sacrera  tour  a  tour  roi  et  empereur. 

Mais  nous  ne  sommes  encore  qu'en  742.  Le  synode 
auquel  ^ssista  Pepin  est  achev6.  Nous  touchons  a  Tdpoque 
oh  les  Francs  ont  coutume  de  commencer  leurs  grandes 
expeditions.  Carloman  el  Pepin  se  placent  Tun  et  I'autre 
h  la  tfete  de  leurs  leudes  d'Austrasie  pour  les  associer  h  une 
tentative  qui  doit  decider  de  Tavenir  de  leur  race,  lis  ont, 
disent  les  Annales  d'Egiiibard ,  un  double  but.  II  faut  d'abord 
qu'ilsrelablissent  Tordredans  le  royaume  des  Francs  el  en- 
suite  qu  ils  fassenl  rentrer  dans  Tob^issance  les  provinces 
^loignees  qui  Tont  abjuree  :  Ad  regnmn  ordinandum  ac 
provincias  quae  post  mortem  patris  a  Francorum  societate 
deseiverant  recuperandas ,  animos  intendunt,  CommePepin 
d'Heristal ,  apres  la  journee  de  Testry ,  corome  Charles 
Marlel  Irioraphant  k  Vincy,  ils  envahissent  la  Neustrie, 
c'est-h-dire  lepays  oti  les  Francs,  plus  ailach^sque  parlont 
ailleurs  au  droit  heredilaire  de  la  dynaslie  merovingienne, 
onlele  de  nouveau  sednits  par  un  mauvais  dessein ,  celui 


(  184  ) 

de  s*affrancliir  du  joug  de  l*Austrasie.  Lcs  (Hs  de  Charles 
Marlel  ont  peut-etre,  comme  leur  pere,  une  armee  moios 
nombreuse,  mais  elleest  bien  supcricure  par  son  ardeur 
beliiqueuse ,  cum  pauciori  quidem  agmine  sed  probatissimis 
ad  certamen  viris.  Sans  donte,  Childeric  III ,  comnie  Chil- 
peric  II,  a  eorolcdes  Gallo-Iiomaios  parrni  les  milices  de 
la  Neuslrie,  vulgari  commixlaplebe.  Mais  qn'aUendre  d'une 
raullilnde  confuse,  deji  ecrasee  par  lanl  de  defaites?  Cekk^ 
Ibis,  il  n*y  cut  pas  meme  de  balaille,  el  la  resistance  An  si 
faible  que  riiistoire  ne  Ta  pas  jugee  digne  d'etre  men- 
tionnee.  Oii  est  Childeric?  A-t-il,  corarae  son  pere,  cherclie 
un  asilechez  le  due  d'Aquitaine?  Peut-elre,  mais  Thistoire 
n'en  dit  rien.  Ge  que  nous  savons,  c'est  que  les  iiis  de 
Charles  Martel  ont  traverse  la  Loire  et  qu'ils  ecrasent  les 
Gallo-Romains  :  Romanos  proterunl,  dit  le  continuateur 
de  Fredegher.  Victorieux  en  pleine  campagne,  ils  assiegent 
iech&teau  de  Loches  et  s'en  emparent.  N'est-ce  pas  la  que 
Childeric  s'est  refugie?L'hisioireest  toujours  muette,  mais 
elle  nous  apprend,  comme  le  dit  Eginhard,  que  les  fils  de 
Charles  Marlel  se  parlagerenl  d'un  commun  accord  le 
royaume  des  Francs  que  jusqu*aIors  ils  avaient  gouverne 
en  commun  (i),  ou,  comme  nous  le  rapporteni  plus  sim* 
plemenl  et  plus  na'ivemenl  d'autres  annates  eonlempo- 
raines,  qu*ils  examinerent  ce  que  chacun  |)rendrail  pour  sa 
part  du  royaume  des  Francs,  in  ipso  ilinere  inter  se  regnum 
quid  quisque  haberet  dividunt  (2). 


(1)  Begnum  quod  communiter  habuerunt  divi8erunt.{y4nn.'Einhardif 
ap.  Pertz,  1,  p.  135.  JUagistratus  ab  avoetpatre  sibiet  fratri  Karolomanno 
reliclus,  summa  eum  concordia  divisus.  (Eioh.,  Fita  et  Convers,  Kor. 
magni ) 

(i2)  jinn.  Lauriss.  tnin.  Telle  est  aussi  la  le^on  des  Mss.  de  la  Bibliotheque 
dt  BoapffOfifne,  fl,450  et  15,855.  Cf.  le  n**  6,446.  Le  in<«.  15,835,  qui  est  du 


(  185  ) 

Un  seiil  hislorien  d^iigure  toul  ceci :  c*est  lo  coDtinoa* 
(eitr  dc  Fredegher,  qui  ecrit  par  Tordre  du  comie  Childe- 
brand ,  oncle  de  Garloman  ei  de  Pepin.  La  oil  les  autres 
annalisles  avaient  ecrit  regnum,  il  mel  praedam.  II  ne 
s'agit  plus  pour  lui  de  Tautorite  sur  un  vasie  royaume, 
Diais  d'un  peu  de  buLin  qu'ils  se  reservent  pour  se  le  par- 
tager»  Cetle  substitution  de  mots  s^explique  :  dix  iignes 
plus  faaut,  on  attribue  a  Charles  Marlel  le  parlage  du 
royaumedes  Francs  enlrc  scslils.  On  cherchail  a  repandre 
de  plu^en  plus  la  vague  notion  d'un  droit  hereditaire  pour 
le  priocipat  aussi  bien  que  pour  la  royaute.  La  fortune 
avait  conlirine  les  pretentions  ambitieuses  des  fils  de 
Charles  Martel  :  apres  la  tacbe  des  leudes  austrasiens 
conamence  celle  des  llatteurs  el  des  apologisles. 

Mais  le  coalinuateur  de  Fredegher,  copie  en  partie  seu- 
iement  par  les  annalistes  de  Metz  et  de  Fontenelle,  ne 
peut  rien  contre  d*autres  (emoignages  bien  plus  nombreux 
dont  nous  supprimons  ici  la  tropiongoe  enumeration  (1). 


IX">*  siecle,  appartenait  k  Tabbayede  Sainl-Bertin,  etce  fut  sans  doute  k  Tepo- 
que  des  rava^^'es  des  I^ormands  que  quelqae  religieux  fugitif  de  Blandioiuin 
y  tra^a  ces  li{;nes :  Nos ,  Deus ,  exaudi  quia  tempus  adest  miserendi  I  O 
Veus ,  templum  rege  Blandinieme ! 

(1)  j^nn.  Lauriss.  min.j  ap.  Pertz,  I,  p.  115;^wn.  Lauriss.  Ibid. 
p.  134;  y^nn.  Einhardi,ibid.j  p.  135;  Ann.  Tilianljp.  219;  Chron.  Mois- 
«tac.,p.  293;  ^nn.  iUetlenses,  p.  337;  ^nn.  Fuidenses,  p.  345 ,  etc.  Je 
constate  runanirnit^  des  temoignages  r^unis  dans  le  premier  volume  des 
Scriptoreg  de  M.  Perlz.  Voyez  aussi  les  j4nnale»  Berh'niani  ap.  Duchesne, 
111 ,  p.  150  :  in  ipso ilinere  diviserunl  regnum  Francorum  inter  se.  11  ne 
Skagit  pas,  comme  Ta  pens^  M.  Polain,  du  partage  du  domainc  de  Griflbn 
(Griflbn  n^avaii  jamais  eu  de  royaume),  mais  du  partage  du  principal  palernel 
comme  s^exprime  Eginhard  ou  du  regnum  Francorum  j  conime  le  disenl 
express^ment  les  annates  de  Saint-Bertin,  de  Lorsch,  de  Metz,  etc.  Ce  fait 
elaitsi  bien  admis  pour  constant,  que  le  moine  Benoit  place  dans  la  bouche 
<fe  Pe[»io ,  res  paroles   adressees  an  pane  ^tieni^e :  post  n^ortem  (-grol* 


(  ^86  ) 

Le  texle  qui  a  donn^  lieu  5  cette  note  les  conflrme  en 
disaol  que  les  fils  de  Charles  Martel  ressaisirent  de  leurs 
mains  viriles  Tautorit^  paternelle  et  se  partagerent  entre 
eux  le  royaume  des  Francs.  Nous  trouvons  d'ailleurs  la 
trace  de  ce  partage  jusque  dans  les  chartes  du  monastere 
de  Weissemburg  d<^jk  invoqudes  ici :  elles  en  donnent 
m^me  la  date,  en  faisant  connaitre  qu*il  venait  de  s'ac- 
complir  au  commencement  de  Tann^e  743  :  Acta  publice 
in  monaslerio  Wizenburc ,  sub  die  V  kl.  febr.,  atmo  secundo 
post  obitum  domini  nostri  Carloni\  quando  suceesserunt  in 
regno  filii  sui  Carlofnannus  el  Pippinus;  actum  in  monas- 
terio  Wizenburc  sub  die  XV  febr.y  dnno  seeundo  principalu$ 
Cariomanno  el  Pippino  ducibus  Francorum,  quando  suc- 
eesserunt in  regnum  (1). 

Gependant,  quelques  ann^es  enc6re  devaient  s'^couler 
avant  que  les  filsde  Charles  Martel  crussent  pouvoir  usur- 
per ouvertement  le  irAne  de  la  dynastie  m^rovingienne. 
De  m^me  que  Charles  Martel ,  ayant  defait  Eudes  d'Aqui- 
taine,  reconnut  pour  roi  Chilperic  1(,  ils  voulurent,  ayant 
vaincu  eux-niemes  Hunald,  HIsd'Eudes,  trailer  avec  la 
m^meclemence  Childeric,  fils  de  Chilperic.  Le  partage 
du  royaume  qu'ils  avaient  fail  entre  eux  eul  lieu ,  comme 
je  viens  de  le  dire,  vers  la  fln  de  Tannee  742.  Tous  les 
diplomaiistes  placent  pen  apres  cette  epoque  le  commen- 
eemeutde  la  derni^re  royaui^  merovingienneoctroy^eou 
pluldt  confirmee  par  Carloman  et  Pepin  (2). 


(jenitoHs  noslri  divisimus  regnum  Francoruni  inter  nos  in  locum  qui 
dicitur  Pictavis.  Ap.  Pertz,  ITI,  p.  704. 

(1)  Pardessus,  Diplom.,  II,  p.  472. 

('2)  D^apres  quelques  ^rudits  modernes,  coci  se  passa  vers  ie  mois  de  mars 
745;  mais  Eckhard  attribue  cet  ^v^nement  k  Tautomne  749,  cVst-i-dire  ik 
r^poqiie  ro^me  du  partaffc  de  Carloman  et  de  Pepin. 


(187) 

Cliild^ric  III  elalt-il  dejk  roi  avant  cetle  ^poque?  Nous 
ne  saurions  en  dooler.  En  effet,  la  chronique  d'Adon  et 
celle  d'Adh^mar  rapporlent  Tune  et  Tautre  son  avenement 
anssitdt  apr^s  la  mort  de  Charles  Martel  (A).  D'autre  part , 
tandis  que  les  chartes  eman^es  de  Carloman  et  de  Pepin 
placent  la  premiere  ann^e  de  son  regno  en  743,  il  en  est 
d*autres  oil  le  roi  Ghilderic  le  fait  remonter  lui-m^me  2i 
la  mort  de  Charles  Martel  {2).  Notre  textenous  eclaired'ail- 
leurs  parfaitemeot  sur  ce  qui  eut  lieu,<]uand  il  attribue 
au  mauvais  conseil  des  Francs  Televation  de  Ghilderic  HI, 
et  Ton  eomprend  fort  bien  que  les  fils  de  Charles  Martel, 
au  lieu  de  porter  sur  lui  une  main  sacrilege,  Taienl  ren- 
voye  dans  quelque  domaine  ^loigne  sur  son  char  iraine  par 
des  boeufs  au  pas  lent,  car  c*est  a  Ghilderic  III  garde  par 
Carloman  et  Pepin  que  s'applique  le  celebre  tableau  de 
la  decadence  des  rois  de  la  premiere  race,  Irac6  par  Egin- 
hard.  Si  Ton  suppose,  au  conlraire,  que,  depuis  la  mort  de 
Charles  Martel;  tes  Francs  neuslriens  ont  imm^diatement 
reeonnu  ses  fils  et  qu'ils  n'ont  eu  qiCk  vaincre  de  nouveau 
les  peuples  d*outre-Loire,  les  fails  sont  sans  lumiere  et 
les  resultats  sans  cause.  Qnoi!  Charles  Martel  est  parvenu, 
a'pr^s  de  longnes  et  sanglantes  luttes, k  supprimer,  pendant 


0)  Ap.  Bouquet,  II,  pp.  575  el 671. 11  y  avait  m4me  une  opinion  qui  faisait 
remonter  jusqu^en  737,  q-est-d-dire  i  la  mort  de  Thierri  de  GhpIIes,  la  royaut6 
<Ie  Ghilderic  III.  Cette  opinion  ^taii  sans  doute  partag;4e  par  un  grand  nombre 
de  Francs  de  Neustrie  qui  n'attendaienl,  pour  la  faire  triompher,  que  ia  mort 
de  Charles  Martel.  (Chron.  Fontanell.,  ap.  Bouquet,  II,  p.  661.) 

(2)  Voyez  la  Diplomatique  de  Mabillon ,  Suppl ,  p.  38.  Je  eonsidere 
comme  ^lantde  742  le dipldme  du  95  a vril,  anno prt'mor6i7m*«o«frt*,  Crit" 
eiaco  palaliOj  ou  il  n^est  fait  aucune  mention  des  malres  du  palais.  Le  teste 
d'Eginhard  ^tabiit  assez  que.  des  que  Ghilderic  III  fut  en  leur  pouvoir,  lis  le 
rel^guf^rent  dans  quelque  domaine  obscur,  k  Maumaques,  assure-t-on. 


(  *88  ) 
cioq  aiKs,  lailynasiie  merovinf^ienne,  el  sesflls,  respectes 
el  obeis  eo  Neusiric,  se  seraienl  dccicies,  apres  uue  annee 
entiere  (rune  domination  puissanle  el  glorieuse,  a  relever 
un  irone  dont  iisetaient  si  jaloux!  lis  Tauraient  fait  spon- 
tanement ,  sans  y  etre  por(6s  par  Tinfluence  des  evene- 
ments,  s'amusant  a  creer  un  roi  en  743  pour  se  donner  le 
plaisir  de  le  renverser  en  752 ;{l) !  Ceci  ne  s'expliquerait 
poinl.  Nous  aimous  bien  mienx  supposer  avec  Adrien  de 
Valois,  (ju'ils  sacrifierenl  un  peu  de  pouvoir,  afin  de  sou- 
lever  contre  eu.v  un  peu  moins  de  haine  (2). 

Notre  texte  nous  fail  aussi  coinprendre  comment  le 
principal  Tut  commun  enlre  Carloman  el  Pepin  tanl  que 
dura  la  luite,  de  meme  que,  plus  lard  encore,  its  reuni- 
rent  leurs  forces  loules  les  (bis  qu'ils  eurenl  des  enne- 
rais  a  comballre.  Nous  ne  decouvrons  rien  qui  s'oppose 
a  notro  opinion ,  ni  dans  les  charles  connues  depuis 
longlemps,  ni  dans  celles  de  Weissemburg  |)ubliees  plus 
recemmenl.  En  effel,  si  Irois  charles  du  monaslere  de 
Weissemburg,  du  1*'  decembre  711,  dn  19  mars  el  du 
13  juin  742,  portent  le  nom  seul  de  Carloman ,  c^i  s'ex- 
piique  parlailemenl  par  ce  que  nous  avons  deja  dit  de  la 
direction  du  gouvernemenl  par  Carloman  pendant  les  pre- 
miers mois  qui  suivirent  la  mort  de  Charles  Martel,  el  ce 
qui  prouve  (|ue  noire  ex|)licalion  est  fondee,  c'est  qu'il 
existe  uneaulro  charte  du  meme  monaslere,  du  27  mai 
742,  oil  sont  nommes  Carloman  et  Pepin,  in  anno  primo 


(1)  Tania  mutatio  majoribus-domus  non  potuit  non  displicere,  Hu- 
jus  comiUi  primos  authores  non  existimamus  majores-domtts ,  regium 
eniin  titulum  ipsi  ambiebant.  (Lecointe,^nn.  eccl.  Francor,,  V.  p.  10:3 ) 

(9)  Cujut  nomine ,  ii  non  majore  cum  auctoritate  ac  potestatCj  saltem 
minore  cum  invniia  regnarent.  (Adr.  Vales ) 


(  i89  ) 

principaluum  Carolomanno  et  Pippino.  N*esl-il  pas,  d'ail- 
leurs,  fait  mention  du  partage  enlre  Garloman  et  Pepin 
dans  ces  memes  chartes  de  Weissenoburg? 

Un  diplome  royal  nous  offrira  une  preuve  tout  oppo- 
see.  Lorsque  le  dernier  roi  merovingien,  Childeric  III, 
qui  a  ose  se  passer  de  maire  du  palais,  oblient  des  dernieis 
maires  du  palais  une  couronne  snr  laquelle  its  veilleront 
seuls,  oil  ceci  se  passe-t-il?  Evidemmenten  Neustrie.  Qui 
le  place  sur  le  trone?  Est-ce  Pepin  qu'on  nous  represenle 
comme  gouvernant  seul  la  Neustrie  depuis  te  mois  d*oc- 
tobre  741  ?  Non,  c'est  Garloman.  Childeric  III  le  declare 
dans  un  de  ses  diplomes :  Hildricus,  reoo Francorum ,  viro 
inclito  Karlomanno,  majori-domus,  qui  nobis  in  solium 
regni  insiituil  (1), 

Et  si  maintenant  nous  appliquons  specialement  a  la 
question  qui  concerne  le  lieu  de  la  naissance  de  Charle- 
magne, quelques  deductions  basees  sur  les  faits  generaux 
que  nous  avons  exposes  comme  ils  nous  apparaissaient  a 
travers  Tobscuriie  premediteedestemoignages  hisioriques, 
n'en  resulte-t-il  pas  qu'au  miois  d'avril  742,  le  principat 
n'etait  pas  partage  enlre  Garloman  et  son  jeune  I'rere,  et 
qu*il  ne  pouvail  pas  Tetre,  puisque  leur  aulorite  n'etait 
pas  encore  reconnue  en  Neustrie  ?  N'en  faut-il  pas  aussi 
conclure  que  la  presence  de  Pepin  dans  nos  provinces  a 
la  meme  epoque  est  hors  de  dome,  puique,  lors  m^me  que 
nous  rejetterions  la  legende  de  saint  Eucher  et  le  conoilc 
de  Leplines,  nous  devrions  reconnailre  que  ce  f'ul  en  Aus- 
trasie  que  Pepin  reunit  avec  son  frere  Tarmee  qui  chatia 
les  mauvais  desseins  des  Francs  de  Neuslrie  et  les  usur- 


(1)  PardessiM,  Vipl.  Jl,  p.  587. 


(  190  ) 

palioQS  dea  tyraas  (rAquitaine?  Aix  o'eniste  pas  encore  (1) ; 
les  Saxoos  meoaceDt  le  Rhici;  une  soeur  de  Griffon  souleve 
laBaviere;  laNeustrie  s'abandoone  tout  eoiiere  au  culte 
de  ses  vieux  souvenirs  qui  iui  montrent,  sur  le  front  de 
deux  generations  arracbees  du  cloitre,  Tombre  de  la  longue 
chevelure  de  Merovee.  A  TAustrasie  Tbonneur  de  voir 
s'elever  de  son  sein  celui  qui,  a  sa  uaissance,  u'eiit  trouve 
en  Baviere  ou  en  Neustrie  que  la  baine  et  le  dedain. 

Une  annee  suffira  pour  relever  la  fortune  des  Carlovin* 
giens.  Au  mois  d'avril  745 »  rien  ne  manque  a  leurs  succes 
ui  k  leur  gloire.  Gloriosi  germani ,  porte  Tannotation  de 
cette  annee  dans  les  annates  de  Melz;  mais,  au  mois  d*avril 
742,  ils  n'etaient  encore  que  les  beriliers  douteux  d'on 
principat  qui  avail  souleve  de  redoulablesinimities,  et  les 
forels  de  TArdenne,  qui  avaient  protege  la  jeunesse  de 
Charles  Martel,  voilaient  de  leurs  ombres  epaisses  le  ber- 
ceau  de  cet  enfant  qui ,  apres  avoir  soumis  tout  TOccident 
par  la  force  des  armes,  devait  mourir,  au  milieu  des  mer- 
veilles  d'une  nouvelle  cite  imperiale,  en  formant  le  projel 
de  relever  les  mines  de  Jerusalem ,  de  Rome  et  de  Car- 
thage. 


(1)  Les  MSS.  n»<.  1,639,  1,640  et  7,509  de  la  Bibliotheque  de  Bourgogne 
renferment  toiu  les  actes  de  la  translation  des  restes  de  Charlemagne  faite, 
en  1165)  par  Fempereiir  Frederic  I"',  e(  Ton  y  trouve  jointe  une  vie  de 
Charlemagne  composee  k  cette  epoque  ^  mais  je  n*y  ai  rien  d^couvert  qui 
rappelat  les  pretentions  qu^Aix  foode  sur  une  phrase  du  moine  de  Saint-GaU, 
i  muins  qu'on  ne  veuille,  bien  k  tort  selon  moi,  interpreter  en  ce  sens  le 
premier  verset  d^une  bymne : 

Laetare,  pia  maier,  Aqtunnt  eceUsitt, 


ka»^' 


(191  ) 


CLASSK   D£S   BEAUX-ARTI^. 


Seance  du  4  fevrier  1858. 

M.  G.  Geefs,  direcleur. 

M.  Ad.  QuETEtET,  secretaire  perpetual. 

Sont  presents :  MM.  Alvio,  Braeml,  De  Keyzer,  Fr.  Felis, 
Leys,  Navez^Roelandt,  Eugene  Simonis,  Suys,  Van  Hasselt, 
Jos.  Geefs,  Erin  Corr,  Snel,  Fraikin,  Ed.  Fetis^De  Bus- 
scher,  Porlaels,  membres;  Calamatla,  associi;  Alp.  Balal, 
Demanel,  correspondants. 

M.  Kervyo  de  Leltenhove,  correspondant  de  la  classe  des 
letlres,  assiste  a  la  seance. 


CORRESPONDANCE. 


MM.  Duret,  Rielschel,  Picoi  el  Martinet,  recemmenl 
nommes  associes  de  rAcaderaie,  expriment  leurs  remer- 
ciments. 

—  Un  membre  fail  eonnailre  que  M.  Ranch,  associi  de 
la  seclion  de  sculpture,  est  mort  k  Berlin,  dans  le  cours 
du  mois  de  d^cembre  dernier. 

—  M.  le  Ministre  de  Tint^rieur  ecrit  que  la  pension  de 
2,500  francs,  instituce  par  arrete  royal  du  19  seplembre 


1 


(  I9i  ) 

1840,  vienl  detrc  accordee,  pendant  quatre  annees,  aii 
sieur  Benoit,  <le  Harlebeke,  laureat  du  grand  concoursde 
conoposition  musicale  de  1857,  pour  le  meilre  a  meme 
d'aller  a  Telraiiger  se  perfeclionner  dans  Tart  musical. 

D'apres  one  autre  lellre  de  iM.  le  Minislre  de  rintcrieur, 
M.  Demol,  laureal  du  grand  concoursde  composition  mu- 
sicale pour  1 855 ,  a  ete  autorise  a  sejourner  a  Paris,  ou  il  a 
passe  ies  deux  dernieres  annees.  Le  Gouvernement  desire 
coonaitre  ou  eel  arlisle  devrait  etre  envoyeulterieuremeut. 

Par  une  troisi^me  leitre,M.  le  Minislre  de  Tinterieur 
invite  la  classe  a  examiner  s'il  convient  de  modifier  la  serie 
dcs  snjets  d'examen  exiges  des  concurrents  pour  le  grand 
prix  de  sculpture  h  Rome.  Apres  quelques  observations, 
cette  demande  est  renvoyeo  h  la  commission  de  TAcademie 
precedemmcnt  nommee  pour  eel  objel  el  qui  se  compose 
de  MM.  Partoes,  Roelandl,  Suys,  Ad.  Quelelet  ct  Alviu, 
rapporteur,  auxquels  sadjoindront  MM.  Ualal  et  le  colonel 
Demanet. 

La  commission  est  invilee,  vu  Turgence,  a  presenter  son 
rapport  dans  la  prochaine  seance. 


RAPPORTS. 


M.  Alvin  fail  connailre  que  la  commission  pour  la  fon- 
dalion  d*une  ecole  beige  a  Romi5  n'esl  pas  encore  en 
mesure  do  presenter  son  rapport;  ce  travail  a  pris  plus 
d  extension  qu  il  ne  semblail  en  avoir  d'abord,  et  le  rap- 
port definilif  ne  ponrra  giiere  etre  presmle  f|ne  dans  une 
des  procbaines  seances. 


(  193  ) 

—  M.  Ed.  Felis ,  secretaire  de  la  Caisse  cenlrale  des  ar- 
tistes beiges  9  lit  ensuite  son  ra|)port  annuel  sur  la  situation 
de  la  Caisse  pendant  le  cours  de  lannee  1857.  L'avoir 
$*eleve  actuellement  a  plus  de  53,000  francs,  dont  5,G05 
ont  ete  per<;us  dans  le  cours  de  Tannee  derniere. 

S.  M.  le  Roi  a  conlribue  a  ce  subside  pour  une  somme  de 
1,000  francs,  etS.  A.  R.  le  due  de  Brabant  pour  500  francs, 
c  Cest  au  Roi,  dit  le  rapport,  que  doivent  s'adresser  nos 
premiers  t^moignages  de  gratitude.  Des  le  jour  oil  la  Caisse 
fut  fondee,  Sa  Majeste  Ta  genereusement  dotee  d'un  sub- 
side qui  s*est  renouvele  d*annee  en  annee  et  qui  a  contri- 
bue,  pour  une  grande  part,  a  constituer  le  capital  qu*eile 
possede.  » 

Cetle  Caisse,  fondee  et  soutenue  en  grande  partie  par 
les  soins  de  TAcademie ,  est  principalement  destinee  a 
aider  les  artistes  tombes  dans  le  malheur. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


Frangois  Millet,  notice  par  M.  Ed.  Feiis,  membre  de 

TAcademie. 

^  Francois  Millet,  generaleraent  connu  sous  le  nom  de 
Francisque ,  est  ne  en  1644,  a  An  vers  oil  son  pere, 
habile  tourneur  en  ivoire,  originaire  de  Dijon,  ^taitvenu 
s'etablir,  a  ce  que  rapportent  plusieurs  biographes.  11 
entra  fort  jeune  dans  Tatelicr  de  Laurent  Franck  on 
Francken,  un  des  membres  de  la  nombreuse  famille 
d'artistes  dont  les  annalistes  de  Tecole  d*Anvers  ne  soni 
2"*  s6rie,  tome  IV.  13 


(194) 

pas  encore  parvenus  a  reconslitoer  ia  genealogie  d'une 
mariiSre  pre(iisei  Son  maitre  commen^a  par  Iitt  faire  des^ 
siner  la  iigure ;  tnais,  voyant  qu'il  avail  plusde  petic^hant 
pour  le  pays^ge^  il  le  laissa  se  livrer  k  son  genre  favori. 
Francois  Milli^t  perdit  son  pere  avant  d'avoir  termini  se^ 
Etudes  et  de  pouvoir  se  suIQre  h  lui-tn^doie.  Ol-phelin,  sl^os 
ressoiircesj  il  ^lalt  menac6  de  devoir  renonceir  h  tine  car- 
riire  qui  s*annon^ait  sous  des  auspices  favorables,  raaiS 
qui  ne  lui  oiTrait  pas  des  moyeris  d'etistence  imoiediat^. 
Laurent  Franck  avail  heurensement  con^u  pour  lui  uue 
affection  paternelle.  Ce  digne  maitre  le  recueillil  dans  sa 
maison  ei  le  traita  non  comme  un  ^leve,  mais  comrtie  on 
fils.  Ayanl  resolu  de  quitter  Anvers  pour  aller  se  fixer  k 
Paris  oil  il  savait  que  les  peintres  flamands  etaient  en  fa- 
vour, Franck  emmena  son  jeune  disciple,  donl  il  esperait 
voir  grandir  le  talent  et  la  Tortune  sur  ce  nouveau  Iheiitre. 

Plusieurs  biographes  fran<;ais  ont  parle  d*un  voyage  que 
Millet  aurait  fail  en  Italic,  et  ce  qui  leur  a  sans  doule  fait 
corametlre  celte  erreur,  c'est  que  le  style  de  noire  artiste 
offre  beaucOup  d'analdgie  avec  celui  des  paysages  du  Pous- 
sin.  II  est  certain  cependant  que  Millet  ne  visita  point  la 
terre  classique  des  arts.  Lie  d'une  etroite  amilie  avec 
Abraham  Genoels,  ainsi  que  nous  Tavons  dit  dans  la  bio- 
graphic de  cet  artiste,  il  avail  forme  le  projet  dc  raccom- 
pagner  dans  son  voyage  a  Rome;  mais  une  affaire  de  coeur 
en  decida  autrement.  Laurent  Franck  avail  une  fille.  Au- 
taut  par  amour  que  par  reconnaissance,  Francois  Millet 
demanda  sa  main  et  Tobtinl.  II  n*etait  age  que  de  dit-bait 
ans  k  Tepoque  oii  se  conclut  ce  mariage  qui  encfaainait 
d^sormais  sa  liberie  et  qui  TempSchait  de  sosger  k  de 
16intaines  peregrinations. 

Si  Francois  Millet  n'etudia  pas  le  style  du  Poussin  ea 


(  495  ) 

Itali^^  il  travailla  bedueoup  d*apr^s  ce  maftre  sans  quitter 
Paris.  Le  riche  baoqui^r  allemaad  Jabacb^  posaesseur  de 
Tuoedes  collections  de  tableaux  et  de  dessins  les  plus  pr^- 
cieuses  qu'il  y  ail  eu  en  France  ati  XVII°'''  sieclei  aci^orda 
au  jeune  peinire  flamand  un  libre  acces  dans  sa  galerie 
el  I'aulorisa  &  y  ^ladier  k  loisir.  Francois  Millet  a'allacba 
principalement  k  copier  de  superb^a  paysages  du  Poussin 
pour  iesquels  il  s'^iait  sentl  de  prime  abord  ud  penchaift 
trds*-tif,  et  qui  lui  paraiseaient  resumer  les  plus  haiites 
qualiles  du  genre  de  peinture  auquel  il  avail  resolu  de 
consacrer  son  talent.  Telle  est  Torigine  de  Tanalogie  qil'on 
remarque  entre  sa  maniere  de  composer  et  celle  du  Potis- 
sin ,  analogic  frappante  d'oti  les  critique  ont  dti  se  croire 
fond^s  a  conclure  qu  il  avail  visits  Tltalie. 

De  quelqoe  talent  que  Fran(;ois  Millet  ait  fait  preuYOfOn 
de  peut  nier  qu'il  n'ait  pris  un  point  de  depart  faux»  lors* 
qu'il  ^tudia  les  oeuvres  du  Poussin  avec  Tintention  de  les 
imiter^  et  lorsqu'il  consul  Tetrange  projet  de  peindre  des 
sites  qu-il  n*avait pas  vus.  II  a fallu  qu'ii  ddploy^tunegrande 
adresse  dans  ses  pastiches^  pour  faire  supposer  qu'ilsetaient 
le  frtiit  d'une  observation  directe;  mais  il  efil  pris  un  rang 
bien  plus  eleve  parmi  les  paysagtsieS)  si,  au  lieu  de  voir  la 
nature  par  leis  yens  d'autrui,  il  s*elaii  inspire  deses  be&u- 
tiss  relies  et  ini^puisables.  L'abus  qu'il  fit  d'nne  sorte  de 
faculte  d'intuition  fat  Tobstacle  devant  lisquel  s'arrdta 
Tessor  de  son  talent.  Cette  cause  des  imperfections  de  ses 
ouvrages  est  toule  simple  et  semble  s'indiquer  d'elle-mSmc. 
Elle  a  cependant  ^l^  passee  sous  silence  ou  mat  definie  par 
les  critiques,  qui  ont  cherche  a  expliquer  ses  d^fauts  par 
d*autres  motifs.  L^vesque,  par  exemple,  s'exprime  ainsi, 
dans  le  Dietionmire  de  peinture  qu'il  a  publie  en  eollabo- 
ratiM  ^ttt  Watelet :  <  Francisque  Mile  peignoit  en  grand 


(  196  ) 
le  paysage  et  chercha  ^  imiter  le  Poussio.  Ses  tableaux 
peuvent  etre  consideres  comme  faisant  un  genre  mixta 
d*histoire  et  de  paysage,  et  c'est  comme  peintre  d'bistoire 
qu'il  a  et^  re^u  a  TAcad^mie  royale  de  peinlure  de  Paris  el 
qa*it  y  est  devenu  professeur.  II  avoit  une  m^moire  heu- 
reuse,  et  quoiqu'il  lit  d'apres  natare  des  eludes  pour  ses 
paysages,  c'eloit  de  memoire  qu'il  les  colorioit  et  qu'il  reo- 
doit  avec  Y^rite  les  tons  qu'il ^voit  observes.  II  faut  avouer 
cependant  que  celte  pratique  dangereuse  Ta  fait  tomber 
dans  r^galite  de  couleur.  » 

La  courte  notice  que  nous  venons  de  transcrire  ren- 
ferme  plnsieurs  erreurs :  nous  les  releverons  plus  loin.  En 
ce moment,  nous  insisterons  sur  ce  point  seulement,  que 
la  veritable  cause  des  defauts  de  Francois  Millet  fut  me- 
connue,  m£me paries  ecrivains qui  ne  parlent  pas  du  pre- 
tendu  voyage  dltalie  et  qui  ne  songent  pas  a  le  bl&mer 
d'avoir  reproduit  des  sites  dont  il  n*avait  jamais  approche. 
Si,  comme  le  dit  Levesque,  une  des  autorites  du  XVIII'"'' 
siecle  en  fait  d'art,  il  faisait  des  etudes  d'apres  nature  pour 
ses  paysages,  c'est  tout  ce  qu'on  pouvait  exiger  de  lui.  II  les 
coloriaitde  memoire,  ajoute  le  critique;  mais  jamais  pay- 
sagiste  s'y  est-il  pris  autrement;  jamais  a-t-il  execute  ses 
tableaux  en  pleine  campagne?  Francois  Millet  n'a  pas  co- 
lori^  ses  paysages  de  memoire,  voila  le  mal.  La  memoire 
n'avait  rien  de  commun  avec  sa  maniere  d'operer,  puis- 
qu'il  n'avait  pas  m^me  entrevu  les  conlrees  auxquelles  il 
etait  cense  emprunter  les  motifs  de  ses  tableaux. 

D'Argenville  vante  egalement  la  memoire  et  la  grande 
facilite  de  notre  artiste  :  <  Sa  memoire  etoit  si  heureuse, 
dit  le  biographe  frangais^  qu'il  peignoit  tout  ce  qu  il  avoit 
vu,  soit  dans  la  nature,  soit  dans  les  ouvrages  des  grands 
peintres,  aussi  facilement  que  s'il  les  eAt  eus  devant  les 


(  197  ) 
yeux.  Sa  maDi^re,  extremement  facile  et  agr^able,  ne 
tarda  gu^re  k  le  faire  remarquer.  Ses  sites  soot  beaux  et 
son  feuiller  est  de  bon gout;  mais  il  ne paignoit rien  d*apres 
nature.  Ses  compositions  partoient  d'un  g^nie  f^condei  le 
seul  caprice  les  dictoit.  ^  Gette  critique  est  plus  raisonnee 
que  celle  de  L^vesque :  Francois  Millet  a  trop  de  penchant 
a  se  souvenir  des  ouvrages  des  maitres.  Lorsqu'il  peint,  il 
ne  suit  pas  d'autre  guide  que  son  caprice.  Cest,  du  reste,  un 
artiste  fecond  dans  ses  inventions. 

Hagedornn,  le  judicieux  theoricien  allemand,  qui  s*est 
particuii^remenl  occupe  de  la  peinture  du  paysage,  s'ex* 
prime  de  la  maniere  suivante,  sur  le  compte  de  Millet^ 
dans  ses  Reflexions  sur  la  peinture  :  <  Francois  Millet » 
surnomme  Francisque,  herila  du  goAt  et  de  la  touche  des 
artistes  precedents  ( Claude  Lorrain,  le  Poussin  et  Gasp. 
Dughet).  Rien  de  plus  sage  que  le  choix  de  ses  motifs  par- 
faitement  \\6s.  Ses  fabriques  sont  groupees  d'une  maniere 
tres-entendue  et  ses  figures  sont  bien  dessinees.  La  beauts 
de  ses  compositions  est  completee  par  Tharmonie  des 
teintes.  Cependant,  les  devanls  de  ses  grands  tableaux 
laissentdesirer  un&toucheplus  moelleuse.  Dans  sa  Lettre 
a  un  amateur,  le  memo  ecrivain  qualifie  Francois  Millet 
de  fameux  dmule  du  Gaspre  et  parle  de  ses  paysages  avec 
uue  haute  esiime. 

Le  talent  du  peintre  anversois  est  juge  avec  beaucoup 
d'equile  par  M.  Deperlhes,  auteur  de  YHistoire  de  I'art  du 
paysage.  Nous  croyons  devoir  Iranscrire  quelques  lignes 
du  passage  qui  le  concerne,  au  risque  de  multiplier  les 
citations.  L'opinion  favorable  des  critiques  etrangers  sur 
nos  artistes  expatries,  est  un  des  temoignages  qu'on  pent 
invoquer  a  Tappui  de  leur  merite,  parce  qu'elle  est,  sans 
contredii,  degagee  de  toute  prevention  trop  favorable. 


€  Au  premier  aper^u,  ainsi  parte  Deperthes,  oa  recon- 
nalt  dans  les  paysages  de  Francisque  une  imagination  poe- 
Hqoe^  des  conceptions  nobles,  un  style  large,  un  dessin 
correct,  une  ex&ntion  facile.  -^  Peul-itre  laissent-ils  k 
d^sirer  une  imitation  plus  fidele  de  la  nature,  et,  en  cela, 
ils  conflrmeraient  ce  qu*on  rapporte  de  t'usage  oa  etait 
Francisque  de  ne  se  fier  qu'a  ses  reminiscences  pour  re- 
tracer  les  sites  qui  avaient  frapp^  ses  regards.  En  admet^ 
tant  ce  que  Ton  raconte  de  la  prodigieuse  facilite  de  sa 
m^moire  k  laquelle  il  ^tait  redevable  de  ne  jamais  oublier 
les  objels  qu*il  avait  consideres  altentivement,  il  n'y  aurait 
pas  lieu  de  s'^tonner  qu'en  se  rappelant  parfaitement  les 
masses,  la  majeure  partie  des  details  e(it  echappe  k  ses 
souvenirs  et  que ,  par  une  suite  inevitable,  les  caprices  de 
rimagination  eussent  quelquefois  substitu^,  dans  ses  ta- 
bleaux, des  beaut^s  de  convention  auic  beautes  positives 
de  la  nature. 

>  II  est  une  autre  observation  k  laquelle  on  doit  encore 
s'arrfiter.  L'habilude  que  Francisque  avait  prise,* dans  sa 
jeunesse,  de  copier  les  paysages  du  Poussin  et  de  se  mode- 
ler sur  eux,  pour  ainsi  dire  exclusivement,  les  lui  avait 
rendus  vraisemblablement  assez  familiers  pourqu'au  mo- 
ment oil  il  s*occupait  d*une  composition ,  ils  vinssent  se 
relracer  a  sa  pensee.  Des  lors  ces  reminiscences  agissant 
sur  son  esprit,  pour  ainsi  dire  k  son  insu ,  ont  dA  ndces- 
sairement  contribuer  k  ^tablir  entre  la  mani^re  de  son 
modele  et  la  sienne  des  rapports  trop  frappants  pour  que 
Tune,  offrant  Timitation  dela  nature  et  Tautre  une  espece 
do  copie  de  cette  imitation,  le  talent  de  Francisque,  com- 
paralivement  k  celui  du  Poussin ,  ne  semble  pas  depourvu 
de  franchise  et  d'origiualit^.  » 

«  II  y  aurait  de  Tinjustice,  ajoute  Tecrivain,  en  poor- 


(199) 

suivant  &Qn  apalys^  du  talent  da  Fran(oi$  Millet,  k  rn4*- 
conoattre  qu'en  general  les  siies  qu'il  a  retraces' sont 
poeliques  ct  imposants;  qu'il  a  su  les  enrichir  de  beaux 
moaumepts  antiques  et  les  animer  ingenieusement  par 
des  sujets  empruntes  k  rhistoire  et  a  la  mylhologie;  que 
parfojs  son  coloris  est  tin  et  harmonieux;  que  ses  com- 
positions reunisseat  la  grandeur  k  la  $ifnplicite;epfin,  que, 
dans  quelques-unes ,  il  s'est  approche  du  Poussin  de  ma- 
ipiere  a  laisser  au  premier  coup  d'oeil  les  esprils  dans  Tin- 
decision  et  a  les  exposer  a  des  meprises  qu'ils  ne  sauraieot 
^viter,  a  moins  d'un  tact  siir  et  d'uqe  experience  copsom- 
mee.  » 

Cette  appreciation, dictee  par  Tequite,  fait  loyalepoent 
et  dans  une  juste  mesure,  la  part  de  la  critique  en  m$|[ne 
temps  que  celle  de  Teloge.  L'auteur  de  YHistoire  de  I'arf  du 
pay$age  signale  ayec  raisop  Tetude  trop  assidue  que  Fraa- 
Qpis  ilifillet  avait  faite  des  oeuyres  du  Poussip  et  son  ap- 
plication trop  constante  a  les  copier,  comme  ayant  pprtj^ 
atleinte  a  sou  originalite.  11  est  incontestable  qu'avec  )es 
facultes  dout  ii  ^tait  doue,  il  pouvait  pret^ndre  a  up  aulr^s 
rdle  que  celui  d^babil^  iniit^teur.  Nous  ne  lui  adresi^erjons 
pa$  le  reproche  banal  davoir  travaille  de  memoire,  si,  au 
lieu  de  se  souvenir  du  style  de  tel  ou  tel  maitre ,  il  avait 
retract  des  impressions  personnelles.  Pes  exeipples  qui 
font  autorite  nous  ont  appris  qu'une  memoire  heureuse 
jointe  k  la  justesse  de  Tesprit  d'observation ,  peut  tenir  lieu 
des  itudes  faites  en  presence  des  sites  que  reproduit  le 
paysagiste.  Tout  le  monde  sait  que  Claude  Lorrajo  o^a 
jamais  copie  dans  la  campagne  un  seul  des  mptifs  d$ 
^^s  tableaux.  II  pa^saii  de  longues  bet^res  k  ^  prppt^eper^ 
m  examioant  les  aspects  parliculiefi^  du  paysiage  k  4^ 
e^taines  heures  du  jour  ^i,  renire  dans  sop  ait^lier,  ^ 


1 


(  200  ) 

fixait  sur  la  toile  lesimages  dont  sa  memoire  avail  garde 
line  empreinte  parfaite.  C'est  egalement  ainsi  que  pro- 
cedail  Rubens  quand,  par  fanlaisie,  il  peignail  a  grands 
traits  dcs  pages  qui  sembient  detachees  du  livre  de  la 
nature. 

Les  tableaux  de  Frangois  Millet,  tres-recherches  de  son 
temps,  ont  beaueoup  baisse  de  valeur  venale.  Cela  tient-il 
a  ce  qu*ils  onl  eie  alteres  par  Taction  du  temps,  ou  bien  a 
i'.e  que  leur  merite,  ayant  ete  exag^re  d'abord,  fopinion 
des  connaisseurs  les  a  descendus  a  leur  veritable  niveau? 
Ce  n'esl  ui  Tune  ni  Pautre  de  ces  causes  qui  a  amene  leur 
depreciation.  Une  modification  capricieuse  du  gout  en  a 
seuie  decide.  Le  paysage  bistorique  dans  lequel  rarliste» 
sans  negliger  la  verile  des  aspects  generaux  de  la  nature, 
pouvait,  devait  meme  idealiser  le  site  ou  il  pla^ait  quelque 
action  tiree  des  traditions  hero'iqucs  ou  de  celles  de  la 
Fable,  ce  paysage,  qu'on  pla^ait  jadis  au  premier  rang  da 
genre,  est  tombe  dans  un  discredit  presque  general.  On 
n'admel  plus  que  le  paysage  champetre  ou  rustique.  C'est 
ainsi  qu'un  genre  regne  presque  loujours  h  Texclusion  d'un 
autre  et  que,  lorsqu*on  croit  faire  des  conquetcs  au  profit 
de  fart,  on  perd  generalemenl  en  proportion  de  ce  que 
Ton  a  acquis.  La  speculation  vient,  pour  cela,  en  aide  ^  la 
versatilite  naturelle  du  caractere  humain,  ainsi  que  cela 
est  parfaitement  explique  dans  le  passage  suivant,  em- 
prunte  a  un  auteur,  excellent  juge  en  cette  maliere  : 

€  Francisque  Mile  est  un  exemple  frappant  des  goAls  et 
des  modes  passag^res  que  la  curiosite  ou ,  pour  mieuxdire, 
que  la  cupidity  des  marchands  introduit  selon  Tavantage 
et  les  benefices  qu'ils  croient  devoir  trouver  dans  la  vente 
des  ouvrages  des  maitres  dont  ils  sont  les  proneurs.  Ceux 
qui  sauront  apprecier  Tart,  verront  dans  Mile  les  divers 


(  201  ) 

pnncipes  du  sublime  Poussin ,  le  premier  des  paysagistes 
du  monde.  Partout  ils  verrout  Tart  ennobli  par  la  beaute 
des  monuments  antiques  qui  decorent  ses  productions. 
Tout  concourt  a  relracer  ies  plus  beaux  (rails  que  la  poesie 
el  rhisloire  nous  offrent.  Plus  occupe  de  I'effet  magique 
qu*il  donnait  a  ses  ouvrages»  que  des  details  de  chaque 
objet  en  particulier,  il  n'a  vu  la  nature  qu'en  grand  et  son 
g^nie,  eleve  comme  le  siecle  oii  il  vivail,  ne  fut  occupe 
que  de  grands  iravaux.  Get  habile  maitre  jouit,  dans  son 
temps,  de  toule  sa  gloire;  mais,  aujourd'hui,  si  Ton  voyait 
un  Mile  entre  un  Ruisdaal  et  un  Winants,  il  Taudroit  Toter, 
parce  que  ses  tons  sont  moins  fins  et  que  la  nature  n'y  est 
pas  si  bien  imitee.  Les  grands  genies  ont  spuvent  fait  ia 
part  de  Tenvie.  Toujours  occupes  de  leurs  savantes  compo- 
sitions, ils  ont  ete  imitateurs  pen  fideles  des  petits  details 
de  la  nature.  Quoi  qu'il  en  soit,  Mile  merite  un  rang  dis- 
tingue et  ses  ouvrages  peuvent  orner  a  bon  marche  Ies 
plus  riches  cabinets ,  puisque  les  plus  beaux  n*excedent 
guere  1200  livres.  » 

L'auteur,  qui  parle  en  lermes  si  chauds  du  merite  de 
Francis  Millet,  n*est  pas  un  ecrivain  qu'on  puisse  citer 
pour  l*et^gance  du  style,  mais  c'esl  le  connaisseur  le  plus 
exp^rimente  qu'ait  eu  la  France.  £st-il  necessaire  d*ajouter 
qu'il  s'agit  de  Lebrun?  Peinlre  et  marchand  de  tableaux, 
Lebrun  n'avait  pas  seulement  une  merveilleuse  surete  de 
coup  d'oeil  pour  discerner  les  originaux  des  copies  el  pour 
determiner  d'une  maniere  precise  la  valeur  materielle  des 
toilesqu'on  lui  soumettait,  il  possedait  egalement  Tinslinct 
de  Tarlisteet  jugeait  les  oeuvres  de  peinture  en  hommede 
goiit.  Quand  il  signalait  les  manoeuvres  int^ress^es  des 
roarchands  comme  etant  la  cause  de&  fluctuations  du  prix 
des  tableaux,  il  parlait  en  homme  sur  de  son  fait. 


(  202  ) 

Les  reactions  injustes  n'ooi  qu'un  temps.  Le  paysage 
bistorique  reprendra  faveur,  peat-etre  au  detriment  du 
paysage  champ^tre  qui,  a  son  tour,  sera  sacrifi^  arbitrai* 
rement,  et  la  valeur  des  tableaux  de  Francois  Millet  se 
relevera;  mais  les  vrais  amateurs  u^altendroat  pas  que 
leurs  actions  soient  en  hausse  k  la  bourse  de  la  curiosile, 
s*il  nous  est  permis  d'empioyer  cette  expression  aujcur* 
d'hui  consacree,  pour  leur  rendre  Testime  qui  leur  est  due. 

Les  biographes  parlent  d*un  voyage  que  Francois  Millet 
fit  pour  alter  voir  ses  amis  en  Flandre.  Suivant  eux, 
Tarliste  aurait  fait,  en  mSme  temps,  des  excursions  en 
Hollande  et  en  Anglelerre.  Partout  ou  il  s*arreta  et  se  fit 
connailre  par  ses  ouvrages,  on  voulut  le  retenir;  mais  il 
avait  resolu  de  ne  point  changer  de  residence  et  il  reviot  a 
Paris,  ayant  des  commandos  pour  plusieurs  annees.  Nous 
ne  savons  ce  qu'il  y  a  de  fonde  dans  cetie  assertion ,  mais 
elle  semble  £tre  confirmee  par  ce  fait  qu'on  citait,  dans  le 
courant  du  si^cle  dernier,  des  tableaux  de  Millet  comme 
se  trouvant  dans  plusieurs  collections  importaoles  de  la 
Hollande. 

Francois  Millet  n'elatt  pas  seulement  charge  de  nooi- 
breux  travaux  par  les  particuliers,  il  fut  aussi  employ^  a 
la  decoration  des  residences  royales.  Piganiol  de  la  Force, 
en  parlant,  dans  sa  Description  de  Paris ,  de  la  chambre  a 
coucher  et  du  petit  cabinet  de  Louis  XIV,  smx  Tujieries, 
dit  que  c  les  paysages  que  Ton  voitdans  ces  deux  pieces 
sont  de  Francisque  Millet,  pcinlre  flamand,  tres-iiabile 
paysagisie.  »  Le  meme  ecrivain,  lorsqu  il  mentionne  les 
objets  d^art  qu  on  remarque  dans  T^glise  de  Saiot*Nicolas 
du  Chardonnet,  nous  apprend  que  c  ie  Sacrifice  d* Abraham 
et  ilis^e  dans  U  desert,  soot  les  sujets  de  deux  tableaux  qui 
sont  entre  les  croi&^s  de  la  grande  chapelle  et  qui  out 


(  205  ) 

^te  peints  par  Millet  Francisque.  Notre  artiste,  en  in6me 
temps  qu'il  ^tait  renomm6  comme  paysagiste,  passait  pour 
UD  boD  peintre  d'histoire,  pnisque  des  eglises  cle  Paris 
lui  commandaient  des  compositions  religieuses.  Les  bio- 
graphes  raflirmaient;  les  faits  le  prouvent. 

Yoici  maintenant  que  les  faits  semblent  donner  un  di^ 
menti  aux  affirmations  des  biographes.  Geux*ci  disent  tons 
que  Francisque  Millet  fut  nomme  membre  de  TAcad^mie 
de  peinture,  puis,  bient6l  apres,  promu  au  grade  de  pro«- 
fesseur.  L'un  d*eux  ajoule  m£me  que  ce  fut  comme  peintre 
d'hisioire  qu'il  obtint  cet  honneur.  II  nous  serait  certai-* 
nement  agr^able  de  pouvoir  certifier  aussi  que  notre 
Anversois  re^ut  de  TAcademie  de  peinture  ces  titres  bo*- 
norifiques;  mais  le  faire  serait  nous  mettre  en  eontradic* 
tion  avec  la  verile.  La  Description  de  VAcadimie  royale  des 
arti  de  peinture  et  de  sculpture,  par  Gu^rin,  secretaire 
perp^tuel  de  cette  compagnie,  mentioune  les  morceaux  de 
reception  faits  par  les  acad^miciens  jusqu'en  1715,  date 
de  la  publication  du  livre,  et  le  nom  de  Francois  Millet  n'y 
est  pas  cite.  D^une  autre  part,  M.  L.  Dussieux  a  donn^, 
dans  les  Archives  de  I'art  frangais ,  la  liste  cbronologique 
des  membres  de  FAcad^mie  de  peinture  et  de  sculpture, 
depuis  son  origine  (1"  fevrier  1648)  jusqu'au  8  aoftt  1795, 
date  de  sa  suppression,  et  Francois  Millet  n'y  apparait  pas 
davaniage,  soit  comme  membre  de  TAcademie,  soit  comme 
professeur.  11  figure  seulement,  k  la  date  de  1675,  sur  la 
liste  des  agrees  qui  ne  sont  pas  devenus  acad6miciens.  D'oii 
vientdonc  que  les  biographes  et  les  historiens  de  la  pein*- 
ture  aient  ^t^  unanimes  i  dire  que  Francois  Millet  ful 
membre  et  professeur  de  TAcademie?  Cette  unanimity  n'est 
ni  une  preuve,  ni  mdme  une  pr^somption  de  la  r^alite 
des  choses,  )orsqu*elle  se  rencontre  cbez  des  auteurs  qui, 


(  204  ) 

comme  ceux  du  XVIII'"*  sitele,  avaient  Thabitude  de  se 
copier  Tun  Tautre,  sans  prendre  la  peine  de  contrdler 
Texaclitude  des  fails  rapportes  par  leurs  pr^ecesseurs, 
sans  daigner  meme  consulter  les  sources  qu*ils  avaient 
sous  la  main.  L'erreur  mise  en  circulation  par  un  ecrivain 
mal  renseigne  se  propageait  et  finissait  par  etre  classic  au 
nombre  des  Veritas  i  neon  testa  bles.  Ce  qui  a  pu  tromper  les 
biographes  de  Francois  Millet,  relativement  k  la  qaalile 
d  academicien  quMIs  iui  ont  gratuitenaent  altribuee,  c'est 
que  le  fils  de  ce  peintre,  Jean-Francois  Millet,  egalement 
paysagiste,  fut  re^u  membre  effectit*  de  TAcad^mie.  Tou- 
tefois,  la  comparaison  des  dates  aurait  du  les  mettreen 
garde  contre  cette  meprise,  car  Francois  Millet  etait  mort 
en  1680  et  la  nomination  de  sou  fils  est  de  Tannee  1709. 
D'Argenville  qui  a  donne  une  notice  de  quelque  eten- 
due  sur  Francois  Millet,  dans  son  Abregede  la  vie  des  plus 
fameux peintres ,  cile  une  parlicularite  bizarre  de  la  vie  de 
notre  artiste.  Nous  la  rapporterons  a  cause  de  sa  singula- 
rity et  sansy  atiacher,  bien  entendu,  aucune  importance. 
Apr^s  avoir  parle  des  voyages  du  peintre  anversois  dans 
les  Pays-Bas,  ainsi  qu'en  Angleterre,  et  fait  mention  desa 
pr^tendue  nomination  de  professeur  k  TAcademie,  le  naif 
Ecrivain  ajoute  :  <  On  ne  pouvait  etre  plus  laborieux  que 
Iui;  sa  generosite  et  sa  charite  etaient  si  grandes,  que 
maigre  le  nombre  de  tableaux  qui  Iui  eiaient  commandes, 
il  ne  vivait  pas  a  son  aise.  11  s'amusait ,  au  lieu  de  peindre, 
h  tailler  des  pierres  pour  sa  petite  maison  de  campagne  k 
Bagnolet,  prisde  Paris.  »  11  serait  difficile  de  preciser  ce 
qu'entend  par  la  Tautenr  de  VAbr^ge  de  la  vie  des  peintres, 
S'il  veut  dite  que  Millet  fit  le  metier  de  tailleur  de  pierres, 
son  allegation  ne  serait  que  plaisante.  S*il  faut  conclure 
de  ses  paroles  que  Thabile  paysagiste  eut  la  fantaisie  de 


(  205  ) 

quilter  momentan^ment  ses  pinceaux  pour  faire  de  la 
sculpture  decorative  dans  sa  maison  de  campagne,  dous 
dirons  qu'il  n'est  fait  mention  nulle  pari  ailleurs  d'une 
particularite  seinblable. 

On  n*a  que  des  renseignemenls  tres-vagues  sur  la  vie 
de  Francois  Millet.  Sa  morl  meme  est  environnee  de  cir- 
Constances  assez  mysterieuses.  D*apr^s  une  opinion  gene- 
ralement  repandue  et  qui  a  ^te  adoptee  par  les  biographes , 
Millet  Tut  empoisonne  par  des  rivaux  jaloux  de  son  meritc 
et  de  sa  renommee.  Uun  des  ecrivains  qui  attribu^rent  a 
un  crime  la  fin  premaluree  de  notre  artiste  fut  Houbraken 
qui  lui  consacra  uoe  notice  tres-succincte  dans  son  Groote 
Schouburgh  der  nederlantsclie  konstschilders  en  schilde- 
ressen,  Celte  notice  fut ecrile,  d'apres  ce que  Tauteur  nous 
apprend,  au  moyen  de  quelques  indications  contenues 
dans  une  lettre  qu'il  re^ut  de  Genoels.  Celui-ci,  qui  avait 
et^  rami  et  le  compagnon  d'etudes  de  FraoQois  Millet,  au- 
rait  pu  combler  les  lacunes  qu'on  regrette  de  trouver  dans 
sa  biographie;  mais  il  se  borna  a  transmettre  ^  Houbraken 
des  banalites  qui  n'apprennent  presque  rien  sur  son  la^ 
lent  et  rien  sur  les  evenements  de  sa  vie.  II  dit  qu'etant 
arrive  a  Paris  en  1659,  il  trouva  Francois  Millet,  jeune 
hommede  17  ans,  installe  cbez  Laurent Franck,  son  neveu 
a  lui  Genoels.  Houbraken  fait  remarquer  que  si  Millet 
avait  17  ans  en  1659,  il  y  aurait  une  diiference  de  deux 
annees  entre  la  veritable  date  de  sa  naissance  et  celle  a 
laquelle  on  la  fixe  habituellement.  Le  millesime  1642  de- 
vrait  etre  substitue  a  celui  de  1644;  mais  c'est  en  1716 
que  Genoels  ^crivait  a  Houbraken,  en  recueillant  des  sou- 
venirs de  cinquante-sept  annees.  II  peut  s*etrc  trompe.  Le 
seul  point  sur  lequel  il  insiste,  en  parlant  de  Millet,  c'est 
cette  memoire  dont  tous  les  critiques  font  mention  et  qui 


(  206  ) 

parait  avoir  ete  veri tablemen t  chez  lui  one  faculte  exlraor- 
dinaire.  Genoels  raconte  que^  travailiant  ayec  lui  a  Paris, 
il  obserya  qu'il  lai  suffisait.de  voir  une  seule  fois  un  objet 
pour  pouvoir  le  reproduire  de  souvenir^  comme  s'il  Tavait 
eu  sous  ies  yeux,  en  sorie  que,  lorsqu'il  peignait  d*apres 
un  tableau  9  il  ne  prenait  que  rarement  la  peine  de  tourner 
la  t^le  vers  son  modele,  ce  qui  n^empechait  pas  la  copie 
d'etre  parfaite. 

Houbraken  dit  qa'au  moment  od  Millet  rendit  le  dernier 
soupir,  son  corps  elait  noir  et  comme  carbonise.  De  ce 
fait,  que  rien  ne  garanlit  d'ailleurs,  k  une  supposition 
d'empoisonnement ,  il  o'y  a  qu'un  pas.  De  la  supposition  a 
Taffirmation,  la  distance  est  moindre  encore  :  <  Oo  pre- 
tend ,  c'est  d'Argenville  qui  parie,  que  qnelques  peintres, 
jaloux  de  sa  reputation ,  abreg^rent  ses  jours  par  un  poison 
qui  le  rendit  fou  et  qu'il  mourut  dans  cet  ^tat  a  Paris 
kge  de  trente-sept  ans.  >  Descamps  reproduit  la  mSme  ver- 
sion. Apr^s  avoir  parle  de  la  nomination  de  Millet  comme 
prol'esseur  ii  TAcademie,  il  ajoute  :  <  Cette  distinction 
mit  le  sceau  h  sa  reputation  et  augmenta  tellement  le 
nombre  de  ses  cnvieux^  qu'on  assure  qu*il  mourut  ^  Paris, 
en  16S0,  k  36  ans,  d'un  poison  qui  Tavait  rendu  fou.  » 11 
n*est  pas  une  biographie  de  Millet  oii  ce  bruit  de  Tempot- 
sonnement  du  peintre  anversois  ne  irouve  un  echo.  De- 
perthes  raccueille,  a  son  tour^  dans  VHistoire  de  Vart  du 
pnysage  et  fait  k  cesujet  Ies  reilexions  suivantes  :  <  On  ne 
se  rappellera  point  la  fin  prematura  d'un  peintre  qui  fut, 
peut-£tre,  de  m£me  que  le  Dominiquin,  unenouvelle  vic- 
time  des  fureurs  de  Tenvie,  sans  le  plaindre  d'avoir  partag^ 
la  triste  destinee  d'une  foule  d'ariistcs  c^l^bres  moissonn^, 
coinme  lui,  au  milieu  de  leurs  plus  briliants  succte  et  a 
un  Ige  oik  Ies  chefs-d*cBuvre  qu'ils  avaient  d^jil  mis  an 


(  207  ) 

jour  ^iaieni  les  gages  assures  de  ceux  qo'ils  auraieut  pro- 
dttits  pai"  la  suite.  » 

Ea  d^pit  de  tous  ces  attend rissetnents  sur  le  destin  fatal 
d'une  Tictiine  de  Yennei  nous  avons  beaucoup  de  peine  k 
croire  que  la  mort  de  Francois  Millet  ait  ^te  le  r^sultat 
d'un  crime.  C'etait  un  artiste  de  grand  talent  et  justement 
renomm(3  parihi  les  paysagistes  de  son  temps;  mais  ce 
n'^tait  pas  un  de  ces  hommes  de  genie  qui  onLle  privilege 
de  faire  naitre  autour  d*eux  d'implacables  jalousies.  Fran« 
fois Millet  mourut  done  tres-vraisemblablement  d'une  ma- 
ni&re  nalurelle,  qiioique  prematuree.  Sa  fin  arriva  en 
1680;  il  etait  ^g^  do  trente-six  ans  et  fut  inhume  dans  le 
eimeti^re  de  Teglise  paroissiale  de  S^-Nicolas  des  Champs. 

Francois  Millet  a  ^te  nomme  des  differentes  mani^res 
que  voici ,  dans  les  biographies  et  dans  les  histoires  de  la 
pdnture  s  Mikt.MiU,  Milli,  MiUe,  Millie.  En  France  on 
ne  le  connaissait  que  sous  le  nom  de  Francisqut^  qui  fut 
^ussi  donne  k  ses  fils  Jean-Francois  et  Henri  Millets  La 
v^rit&ble  orthographe  deson  nom  est  Millet,  car  c*estainsi 
qu'il  a  sign^  sur  le  registre  d'apr^s  lequel  M.  Dussieux  a 
public,  dans  les  Archi'oeTi  de  Cart  frdngais,  la  liste  des  mem- 
bresde  TAcademie,  oil  il  figure  en  quality  d'agr^d. 

L'ancienne  collection  du  I'oi  de  France  possedait  onze 
paysages  de  Francois  Millet.  On  n'en  trouve  plus  un  seul 
au  Louvre.  Que  sont«ils  devenus?  On  Tignore.  lis  auront 
subi  le  sort  de  tant  d*autres  oeuvres  remarquables  des  dif- 
ferentes ecoles  dispers^es  pendant  I'orage  revolutionnair^-. 
II  existedes  tableaux  de  Millet  dans  les  galeries  publiques 
suivantes : 

Galerie  de  Drei^de.  V  Paysage  avec  une  tour  ronde4  Sur 
le  premier  plan  un  homme  et  une  femme  avec  un  enfant 
que  cette  di^^niere  tient  par  Ja  main.  2^  Un  bommt  convert 


1 


(  208  ) 

d'une  armure  el  leuaiU  un  pistolel  de  la  main  droite. — 
Nous  ne  mentionnons  ce  tableau  que  parce  qu'il  figure  au 
catalogue  de  la  galerie  de  Dresde;  niais  nous  croyons  fer- 
mement  a  une  fausse  altribuiion.  D*abord  jamais  Francois 
Millet  n'a  traiie  de  sujet  semblable.  En  second  lieu ,  le  re- 
dacteur  du  catalogue  dit  que  le  tableau  en  question  pour- 
rail  Sire  de  Gonzales  Coques.  Comme  il  n'y  avail  aucune 
analogic  entre  la  mani^re  de  Tun  des  peintres  el  celle  de 
Tautre,  Terreur  est  evidente. 

Mus^e  de  Munich.  1"  Paysage  italien  avec  Edifices  anti- 
ques; au  premier  plan  un  berger  conduisant  un  troupeau 
de  moutons.  Z"  Paysage  avec  vue  sur  la  mer ;  pres  du  rivage 
s*el6vent  des  moniagnesescarpees;  on  remarque  sur  le  de- 
vanl  une  femme  cueillant  des  fruits  pour  les  donner,  sans 
doute,  k  ses  enrants  qui  sont  couches  k  I'ombre  d'un  bou- 
quet d'arbres.  3°  Paysage  avec  des  vigneroos  faisant  la 
vendange. 

Galerie  Leuchtenberg^ ,  a  Munich.  Paysage  du  plus  bel 
aspect  ou  Ton  voit  Jesus-Christ  assis  pres  d'une  fontaine 
etparlant  a  la  Samariiaineagenouilleedevant  lui. 

Mus^  de  Bordeaux.  Paysage  avec  les  mines  d'une  ville 
antique;  au  premier  plan,  une  femme  debout  et  parlant k 
un  bomme  qui  est  assis.  Tableau  provenant  de  la  collec- 
tion du  marquis  de  Lacaze. 

Musie  deBruxelles.  Reposde  la  sainte  Famille  en  £)gyp(e. 
Petite  toile  en  ovale  de  fort  pen  d'importance  et  qui  ne 
donne  qu'une  faibleidiiedu  m^ritedu  maitre. 

Les  catalogues  des  autres  galeries  publiques  de  TEurope 
ne  citent  pas  de  tableaux  de  Francois  Millet;  quant  aux 
oeuvres  de  uos  artistes  qui  se  trouvent  dans  les  cabinets 
d'amaleurs,  nous  avons  dit  dejk,  dans  des  notices  prece- 
dentes,  que  nous  nous  abstenions  de  les  indiquer. 


(  209  ) 

Francois  Millet  a  laisse  un  assez  grand  nombre  de  des* 
sins  qui,  de  son  teoips,  etaieni  fort  recherches.  It  s*eD 
trottvait  dans  ia  plupart  ded  grandes  collections  d'ama- 
t6ur,  en  France.  Ses  pieces  capitales  de  ce  genre  ^taient 
dans  les  c^ldbres  cabinets  de  Paignon-Dijonval  et  de  Lo- 
reng^re.  Ces  dessins  ^taient ,  en  g^n^ral ,  laves  k  la  san** 
guine  ou  bien  fails  h  la  plume  et  lav^  d'encre< 

Francois  Millet  s'est  essay^  dans  la  gravure  k  Teaa-forte. 
On  a  de  lui  trois  planches  qui  sont  excessivement  rares  et 
qn*on  a  vues  pour  la  premiere  fois  reunies  dans  la  riche 
eollection  du  comte  Rigal.  Nous  croyons  devoir  en  repro- 
duire  la  description  d*apr^s  le  catalogue  des  eslampes  de 
cei  amateur : 

i""  Le$  deux  Amants.  Paysage  coup6  par  un  chemin  oh 
une  femme  appuyee  sur  un  vase,  et  un  homme  qui  semble 
lui  parler,  sontassis  au  pied  d*un  grand  arbrequi  s'^Ieve, 
vers  le  milieu  de  Testampe,  jusqu'au  bord  sup^rieur  de  la 
plancbe.  Au  fond,  a  gauche,  un  temple  en  rotonde;an 
milieu ,  des  fabriques  et ,  k  droite,  deux  personnes  de  bout 
h  c6te  d*un  troupeau. 

T  Le  Voyageur.  Yue  d'une  cauApagne  oti  un  homme,  le 
bftton  k  la  main  et  charge  d*un  paquet,  s*avance  sur  une 
route  au  bas  du  milieu  de  Testampe*  A  droite,  de  grands 
arbres;  un  homme  et  une  femme  sont  assis  k  terre,  au 
revers  d'nne  colline.  Du  cdi^i  oppose,  dans  r^loignement , 
deux  personnes  marchent  en  avant  de  belles  fabriques 
composes  d'une  pyramide ,  de  deux  tours  earrees  et  d'une 
grande  arcade. 

5*  ViUe  antique.  Vue  d'une  ville  antique;  pres  de  la,  k 

gauche,  au  sommet  d'une  colline,  an  monument  k  quatre 

colonnes  isol^es.  Dans  le  fond,  de  bautes  montagnes,  un 

f  uisseau  serpente  a  if  avers  les  campagnes  qui  pr^Ment  la 

2"*  s6rie,  tome  IV.  14 


(  210  ) 

ville ,  et,  de  ses  eaux,  vient  baigner  une  partie  des  premiers 
plans  ou  est  un  pecheur. 

La  premiere  deces  troisestampes  est  marquee  d'ua  F.  et 
d'unM  eotrelaces  avec  le  mot  abreg^m  grave  Ik  rebours.  La 
seconde  est  sanis  marque,  ainsi  que  la  troisieme  qui  paratt 
etre  Tessai  du  mailre*<  Ces  pieces,  dit  M.  Robert-Dumesnil, 
a  Tarlicle  de  Francois  Millet,  dans  le  Peintre-Graveur  fran- 
gais^  sont  d'unepointe  qui  rappelle  celle  dont  s'est  servi 
Abraham  Genoels,  dans  les  planches  qu'il  a  gravees  a 
Rome.  » 

Un  certain  nombre  de  compositions  de  Francois  Millet 
ont  ^te  grav6es  h  I'eau-forte  par  un  artiste  qui  a  signe  ses 
planches  du  nom  de  Theodore.  Qui  ^tait  ce  Theodore?  un 
eleve  de  Millet,  a  ce  qu'assure  Florent  le  Gomte,sans  rien 
ajouter  qui  puisse  nous  le  faire  mieux  connailre.  Bartsch 
dit  qu'on  ne  sait  rien  de  Theodore ,  si  ce  n'est  qu*il  a  ete 
un  tres-habile  peintre  de  paysages.  Ce  serait  dej^  quelque 
chose;  mais  le  fait  est  que cela  meme,  on  Tignore,  attendu 
qu'on  ne  pent  accepter  une  telle  affirmation  sans  preuves, 
et  qu'on  ne  connait  aucun  tableau  qui  fasse  conuaitre 
Theodore  comme  peintre.  La  seule  chose  qui  soit  hors  de 
doute,  c'est  que  les  eaux-fories  signees  de  ce  nom  et  re- 
produisant  des  peintures  ou  des  dessinsde  Francois  Millet, 
sont  graveesd'une  pointe  facile  etspirituelle^Ici,du  moins, 
nous  avons  un  temoignage  authentique  du  m^rite  de  Tar- 
tiste.  Les  pieces  gravees  par  Theodore  d'apres  Francois 
Millet  sont  au  nombre  de  vingt-huit.  Basan  en  portaitle 
chiffre  k  quarante-deux ;  mais  son  evaluation  etait  arbi- 
traire  :  Barlsch,  qui  necite  pas  au  hasard,  mais  qui  decrit 
de  visii^  n'indique  que  vingt-huit  eslampes,  et  Robert 
Dumesnil  publie  de  nouveau  sa  liste  explicative,  sans  au- 
cune  addition.  Le  nom  de  Millet  ne  se  trouve  pas  sur  les 


(  2H  ) 
estampes  gravees  par  Theodore;  mais  loutes  portenl  celui 
de  Fraacisque  sous  lequel  notre  arliste  elait,  comme  sous 
ravens  dit,  coddu  en  France. 

En  examinanl  Toeuvre  grave  de  FrauQois  Millet,  a  defaut 
deses  tableaux  qui  sont  devenus  rares,  parce  qu'ils  ont 
ele  sans  doute  baptises  par  les  sp^culateurs  de  noms  plus 
ceiebres  que  le  sien,  on  voit  que  le  peintre  anversois, 
se  conformant  au  gout  de  son  temps,  s'atlachait  a  donner 
a  ses  paysages  un  inlerel  independant  de  celui  de  Timi- 
tation  de  la  nature.  II  ne  croit  pas  qu'un  site  pittores- 
que  soit  depare  par  des  personnages  s*elevant  au-dessus 
de  la  condition  vulgaire  et  concourant  a  une  action  dont 
le  sujet  est  tire  des  poetes  ou  de  Thistoire.  Parfois  il  re- 
presente  des  episodes  bibliques,  comme  Mo'ise  sauve  du 
Nil,  la  Fuile  en  Egypte,  Jesus-Christ  el  la  Canamennc; 
parfois  aussi  c'esl  de  la  mythologie  qu'il  s*inspire,  ainsi 
que  dans  les  Filles  de  Cecrops,  dans  Cephale  et  Procris. 
Sou  vent  aussi  il  reste  dans  la  sphere  des  aspects  exclusi- 
vement  champetres;  temoin  les  compositions  du  P^cheur, 
des  Deux  Bergers,  de  l'Orage,des  Chevaux  au  gu6,  du  Petit 
Bateau.  £tait-ce  soriir  de  la  realite  erigee  de  nos  jours  en 
systeme,  que  d*ajouter,  ainsi  que  Francois  Millet  Ta  fait 
dans  la  Beveuse,  Tattrait  d*une  pensee  poetique  a  celui  d*un 
beau  paysage?  La  poesie,  Dieu  merci,  est  dans  la  nature. 
Bien  a  plaindre  sont  ceux  qui  le  contesteraient. 

Francois  Millet  laissa  deux  fils  qui  cuUiv^rent  la  peiu- 
ture  et  traiterent  le  meme  genre  que  lui;  mais  qui  furent 
loin  de  Tegaler,  bien  quMIs  aient  obtenu  Tun  et  Tautre  le 
titre  d'academiciens. 


(  212  ) 


Note  sur  le  monument  d'Hugonel;  par  M.  E.  De  Buss<Jh6^ 

membre  de  TAcademie. 

Les  j<Hirnaox  ont  menlionne^  ces  jours  derniers,  la  de- 
couverte  faite,  a  Gand,  dans  Tex-oratoife  des  Carmes 
chausses,  de  Tepitaphe  ou  monument  funeraire  da  cele^re 
chancelier  de  Charles  le  Temeraire «  messire  Hugooet,  qui 
fut  decapit^  par  les  Gantois  avec  le  sire  d'Humbercourt^ 
malgre  les  supplications  de  Marie  de  Bourgogae,  le  5  avril 
JI477.  G'etait  sur  le  marche  du  Yeudredi,  et  non  deYaui  le 
chateau  des  Comtes^  eomme  nous  le  montre,  a  tort,  le 
grandissime  tableau  de  M.  Wauters,  k  la  bibliotheque  de 
Gand. 

L'annonce  de  cette  int^ressante  decouverte  emut  tons 
ceux  qui  attachent  du  prix  aux  vieux  souvenirs  de  nos 
annales  flamandes.  Malheureusement,  il  y  avait  erreur  et 
meprise.  L'epitaphe  retrouvee  etait  du  XVII"®  siecle  et  non 
du  XV""® :  ce  n'etait  pas  celle  du  sire  Hugonet,  mais  tout 
simplement  celle  de  messire  Philippe  de  Bisscop  qui ,  de 
158(>  ii  1623,  fut  sept  fois  echevin  de  Gand,  cinq  fois  re- 
ceveur  (communal  du  droit  d*issue,  six  fois  receveurdes 
deniers  des  travaux  publics.  Le  digne  magistral  qui  dots 
les  hospices  et  les  ecoles  de  la  cite  gaotoise  et  fut,  comme 
ledit  inscription  de  son  monument,  utile  aux  indigents, 
meme  apres  sa  mort:  Utilis  miseris  etiam  mortuus,  deceda 
le  29  avril  1625. 

Le  petit  monument,  construit  en  forme  de  chapeliei 
est  en  marbre  noir,  a  colonnettes  de  marbre  rougeatre, 
et  rinscripiion  laline,  en  lettres  dorees,  est  tailleedans 
une  tablette  de  pierre  de  louche.  Dans  la  chapelle,  au- 


(  215  ) 

dep$u$  de  rinscription,  se  voyait  jadis  la  sUlu^lte  de  Phi- 
lippe de  B)6Scop,  agenouille  devant  uq  prie-Dieu.  II  ^(ait 
eo  riche  costume  de  la  fin  du  XVI°^*  si&cle,  avec  la  lunique 
at  le  manl^au.  Ea  1842,  ce  monument  fun^raire  etait  eo- 
core  intact,  aujourd'hui  h  statuette  y  manque.  On  ignore 
ce  qu*elle  est  devenue,  en  quelles  mains  elle  est  pass^e. 

M.  Aug.  Yanhoorebeke  a  donne  Tinscription  du  monu- 
ment de  Philippe  Bisscop,  dans  son  Recueil  d'epUaphes, 
manuscrit  de  la  bibliotheque  de  Gand. 

La  m^prise  avait  ete  amanee  tout  naturelleinent.  L'an 
des  descendants  de  la  lignee  du  sire  Hugonet,  le  c*'  de  P***, 
habitant  le  departement  du  Jura,  en  France,  avait  lu ,  dans 
uu  de  ses  documents  de  famille,  que  Tillustre  cbancelier 
de  Bourgogne,  son  ancetre,  avait  6le  enlerr^,  apres  sa 
decapitation,  dans  Teglise  des  Carmes  a  Gand,  particula- 
rite  qui  nous  est,  en  effet,  confirmee  par  le Memorie-Boek 
derstad  Ghent  (Livre  memorial  de  Gand)  (1).  M.de  P***  etait 
prrive  en  cette  ville  et,  apres  s'etre  adresse  k  Tautorite  ee^ 
clesiastique  et  k  plusieurs  personnes  r(iputees  pour  leurs 
connaissances  en  histoire  locale,  il  s'etait  rendu  avec  I'un^ 
d'elles  k  Tancienne  eglise  des  Carmes  chausses,  qui  sert 
aujourd'hui  de  magasio.  La,  k  une  hauteur  de  dix  h  doua^ 
pieds,  derriere  un  amas  de  balles  de  coton,  Ton  avait 
aper^u  la  petite  chapelle  en  marbre  qui  fut  prise  pour 
le  monument  on  Tepitaphe  du  cbancelier  Hugonet.  M.  le 


(1)  'Sachi&rnoens  (van  WitUn  Donderdach)  waren  %y  hrocht (fnym- 
heer  Hugonet  en  den  graefvan  ffumbercourt)  up  de  Frydgxihma&rt  up 
een  schavaut  daer  alle  de  neeringhen  in  de  wapenen  stonden,  daer  ferst 
onthooft  was  mynheere  den  chanselier  van  Burgondien,  ende  was  te 
«aivE  «HEDASGHEN,  met  vyftich  tortsen,  ende  begraven  t*oiiee  yravwest- 
-MUEns.  (Memorie-Boek  van  Ghent,  p.  301 ,  t.  ^^) 


(  214  ) 

€*•  de  P***  quitla  Gand  avec  la  satisfaction  d'avoir  atleint 
le  but  de  son  voyage,  d'avoir  reussi  dans  ses  rechercheS) 
et  Ton  projela  de  transferer  le  monument  dans  Feglise  des 
Auguslins,  oil  des  souvenirs  historiques  marquaient  en 
quelque  sorte  sa  place. 

Mais  tout,  en  ce  monde,  jusqu'a  la  deconvenue,  a  quel- 
quefois  son  bon  cdte. 

*La  meprise  actuelle  fut  utile :  elle  attira  Tattention  et 
rinvestigation  sur  Tantique  oraloire  des  Freres  de  Notre- 
Dame  [OnzeLieve  Vrouwe'Broeders)^eiy  en  allanl  se  con- 
vaincre  du  succ^s  ou  de  I'erreur  du  comle  de  P***,  on  de- 
couvrit  sur  les  murs  lateraux  de  Teglise  des  traces  de 
tres-anciennes  peintures  murales,  sous  une  double  ou 
triple  couche  de  badigeon.  M.  Canned,  professeur-direc- 
teur  de  TAcademie  de  dessin,  se  rait  aussitdt  a  Foeuvre, 
et,  au  moyen  d'un  couteau  de  paietie,  il  detacha  le  badi- 
geon sur  une  surface  d'environ  trois  metres.  L'epaisse 
couche  de  badigeon  ceda  assez  facilement,  et,en  tombant,  * 
mit  k  nu  d'abord  la  t6te,  belle  et  caracterisee,  ensuite  le 
haut  du  corps,  jusqu'a  la  ceinture,  d'un  saint  moine,  ou 
plutdt  d*un  abbe,  puisquil  tient  une  crosse  et  qu'il  a  la 
tete  entouree  d'un  nimbe  d'or.  Apres,  vint  un  ange  avec 
de  grandes  aiies  et  une  ample  banderole  sur  laquelle  soot 
des  caracteres  gothiques,  offrant  en  langue  latine,  pour 
aulant  qu'on  puisse  en  juger  jusqu'ici,  une  inscription 
mystique.  La  peinture  murale  est  en  detrempe;  elle  daiedu 
XV"*®  si6cle,  et  cerlaines  couleurs,  le  rouge,  par  exemple, 
ont  encore  de  I  eclat,  de  la  fraicheur  meme.  Les  figures 
sont  de  grandeur  naturelle. 

L'abbe  est  en  robe  noire,  et  il  a  la  t^te  ras^e.  II  porte 
dans  la  main  gauche  un  livre  d'beures,  manuscrit  relie 
en  velours  cramoisi.  Ce  personnage  se  detache  sur  une 


(  218  ) 

tenture  d*^toffe  rouge&tre,  damassde,  a  petits  ornements 
gothiques,  dans  lesquels  est  repete  un  M  majuscule  du 
Xjyme.jyme  giecle.  L'angB,  place  de  face,  au  milieu  d'un 
berceau  de  verdure,  a  une  pbysionomie  semi-feminine;  ses 
cheveux  ch&tains  sont  boucles  tout  autour  de  la  tete.  Sur 
sa  poilrine,  se  voit  une  agrafe  ornee  de  pierreries,  quire- 
tient  sur  les  ^paules  un  manteau  brode  et  galonne  d*or. 

A  Textremite  de  la  composition,  a  droite,  s'aper^oit,  dans 
Teloignement,  une  vilie :  on  en  distingue  des  b&timents  et 
une  tour  de  tres-petite  dimension.  Au-dessus  de  Tenca- 
drement  du  tableau  mural ,  dans  un  fond  peinture  au  ver- 
milion ,  est  une  tablette  a  inscription.  II  y  a  encore  des 
fragments  de  lettres  gothiques,  mais  la  couleur  noire 
tombe  en  poussiere  des  qu'on  y  touche. 

11  est  probable  que  tons  les  murs  lateraux  de  Toratoire 
sont  converts  de  semblables  peintures  sous  le  badigeon; 
mais  elles  doivent  etre  fortement  endommagees  par  les 
enlailles  faites  lors  du  placement  des  confessionnaux,  qui, 
plus  tard,  furent  poses  conlre  ces  murailles.  Le  fond  de 
Toratoire  laisse  apercevoir  des  peintures  archilecturales. 
La  commission  des  monuments  de  Gand  a  deljSgue  plu- 
sieurs  de  ses  membres  pour  surveiller  les  travaux  k  effec- 
tuer,  afin  d'y  decouvrir  le  plus  qu'il  sera  possible  de  ces 
peintures  murales.  Comme  il  ne  pent  etre  question  ni  de 
restauration  ni  de  conservation,  Ton  prendra  des  copies 
exactes  des  parties  qui  le  meriteront,  et  Ton  iacbera  d'en 
rechercher  Torigine,  apres  en  avoir  constate  Texistence 
et  la  valeur  artistique  et  archeologique. 


(  316  ) 


OUVRAGES  PRfiSENTfiS, 


Cotnple  rendu  des  travaux  du  comeil  de  salubrite  publigue 
de  la  province  de  Liige,  pendant  Cannie  1857;  par  M.  A.  Spring. 
Li^ge,  1858;  1  broch.  in-8». 

Revue  des  min^raux  arlificieh  pyroginh^  et  particulUrenient 
des  produits  dusine  cristallisis ,  par  Ad.  Gurll;  tradult  par 
G.  Dewalque.  Li^ge,  1858;  i  broch.  ih-8^ 

Roland  deLattre;stk  Tie,  ses  ouvrages;  par  Adolphe  Mathieu. 
Gand,  i850;  i  broch.  in-8». 

Biographie  de  Thierry  Martens ,  d*Alost,  premier  imprimeur 
de  la  Belgique;  par  M.  Vau  Iseghem.  Malines-Alost,  1862;  i  vol. 
in-8*. 

Annates  de  la  Soci6t6  royale  des  beaux^rts  et  de  littirature 
de  Gand.  1857-1888;  a'"^  livr.  Gand,  1858;  1  broch.  in-8^ 

Revue  de  C administration  et  du  droit  administratifde  la  Bel- 
gique. Tome  IV,  8™«  k  12«»«  livr.  Li^ge.  1857;  1  cahieriD-4^ 

VAbeilk;  publico  par  Th.  Braun.  III"*«  ann6e.  9""iH2"»*livr. 
Bruxelles,  1857;  4  broch.  in-S''. 

Essai  de  tabletles  Mgeoises;  par  Alb.  d*Otreppe  de  Bouvelte. 
22»«  livr.  Li^ge,  1858;  1  broch.  in-8^ 

Portefeuille  de  John  Cockerill.  Livraisons  27  k  34.  Paris- 
Li  ^ge,  1857;  in-4». 

Bulletin  de  VAcad^ie  royale  de  midecine  de  Belgique.  2** 
s^rie.  Tome  !•'.  N«»  1  k  3.  Bruxelles.  1857;  3  broch.  iii-8». 

Archives  beiges  de  mddecine  militaire.  Tome  XX"'.  8**  el  6*' 
cahiers.  Bruxelles,  1857;  1  broch.  in-8°. 

Annates  de  la  Socieli  midico-chirurgicale  de  Bruges.  XVIIl"** 
ann^e.  8"«  k  la*"*  livr.  Bruges,  1857;  4  broch.  in-8*. 

Sociiti  de  I'histoire  de  France  d  Paris : 

Mimoiren  de  Mathieu  Moli;  publics  sous  les  auspices  de  M.  le 


(IA7  ) 

comteMoU,  par  M.  Aiw^  ChampoUion-Figeaa.  Tom^s  I  k  IV. 
ParU,  J958-i887;4vol  ia.8^ 

Histoire  des  regnes  de  Charles  VII  et  de  Louis  XI,  par  TfaoiD99 
Basin;  public  par  N.  J.  Quicb^ral.  Tomes  I  k  III.  Pari^»  {865- 
i856;  3  vol.  in-8«. 

Bibliographie  des  Mazarinades;  publico  par  M*  C*  Nor«au. 
Tome  Il"»«.  Paris,  1850;  i  vol.  in-8^ 

ChroniqtMS  d^Anjoa;  recueillies  et  publi^es  par  MM[»  Paul 
Marchegay  et  Andr^  Salmon.  Tome  P'.  Paris,  i856;  \  vol.  ia-8^ 

Journal  historique  el  anecdotique  du  rigne  de  JLouis  XV,  par 
E.-.J.-F.  Barbi^r;  public  par  M.  Del*  YiHegille.  Tpwe  IV**,  Paris, 
i856;  i  vol.  in-8«. 

Journal  dun  bourgeon  de  Paris  sous  k  rigne  de  Fran- 
cois 1^;  publiiS  par  Ludovic  Lalanne.  Paris,  1854;  i  vol.  io*$^ 

Xa  Chronique  d'Enguerran  de  Monstrekl;  publi^e  par  }^,  L. 
Douet-d'Arcq.  Tome  P^  Paris,  1857;  1  vol.  ip-8«. 

Les  livres  des  miroQles  et  uulres  opuscules  d$  Georges^florent 
Grigoire,  Mqw  de  Tours;  revus,  eoUationn^s  et  traduits  par 
M.  H,-U  Bordier.  Tome  P'.  Paris,  1857;  \  vol.  in-8^ 

OrdeHci'VUalis  angligenae^  ccenobii  utieensis  monachi,  his- 
toriae  epcle^iasticae  libri  tredecim;  emendavit  A.  JLe  Prevost* 
Tpme  V.  Paris,  1865;  1  vol.  ia-8^ 

Anntmire  hislgrique,  pubM  par  la  SociiU  de  thistoirs  de 
France, pour  les  ann^es  1855  a  48S8.  Paris,  4  vol.  in-lS* 

Spicilegium  Solesmense;  public!  curante  domno  J.-B.  Pitra. 
Tomes  IJl  et  UI.  Paris,  1852-1855;  3  vol.  in-4^ 

ffislfrire  de  I'iglise  du  Mans:  par  le  R.  P.  dom  Paul  Piolin. 
Tome  UP"*.  Paris,  1856;  1  vol,  iu-8^ 

fielimilalion  du  flamand  et  du  frangais  dans  le  nord  de  la 
France;  par  E.  de  Coussemaker,  avec  une  carte  colori^  par 
M.  Bocava.  Dunkerque,  1857;  1  brocb.  in-8^ 

Office  du  sdpulcrc  selon  t usage  de  tabbaye  JOrigny-Saint^y 
Benoite;  rapport  par  M.  d^  Coussemaker.  Paris,  1868;  1  broch. 
in-8». 


(  2f8  ) 

Dissertation  sur  quelques  mannaies  dpiseopales  de  Strasbourg 
et  de  Constance;  par  Adrien  de  Longp^rier.  Paris,  i856;  i  br. 
ln-8^ 

Note  ^ur  la  thiorie  des  phinomems  capHlaires ;  par  M.  Ph. 
Gilbert.  Paris,  1858;  \  broch.  in-4^ 

Tmiheau  de  monseigneur  Cart,  drigd  d  Ninies,  sur  ks  plans  de 
M,  H.  Revoil;  par  M.  I'abb^  J.  Corblel.  Paris,  i858;  i  br.  in-8«. 

Bulletin  de  la  SociH^  linndenne  de  Normandie,  V^  vol.  Caen, 
1856;!  vol.  in.8«. 

Annuaire  des  cinq  dipartements  de  Vancienne  Normandie ^  pu- 
blic par  rassociatloil  normande.  SS'^^'ann^e.  Caen-Paris,  i857; 
1  vol.  in-8«. 

Recueil  des  publications  de  la  Sociil6  havraise  d^itudes  diverses 
de  la  2Sr  el  25""  annie,  Havre,  1857;  1  vol.  in-4». 

Compte  rendu  des  travaux  de  la  Sociiti  de  medecine  de  Nancy, 
pendant  Fannie  1855-1856.  Nancy,  1857;  1  vol.  in-8^ 

Academic  des  sciences  et  lettres  de  Montpellier.  —  Mimoires 
de  la  section  des  science*.  Tomes  I  h.  If.  —  Mimoires  de  la  sec- 
tion de  midecine.  Tome  II.  Montpellier,  1851-1857;  4  vol.  in-4®. 

Rapport  sur  un  projet  (T association  de  Unslitut  el  des  Acade- 
mies de  province ,  prisenti  a  VAcadimie  de  Lyon,  par  M.  Bouil- 
tier;  par  M.  Victor  de  Bonald.  Montpellier,  1858;  1  brocfa.  in•4^ 

Tableaux  statistiques  des  chemins  de  fer  de  I'AUemagne  ex- 
ploitis  pendant  I'annie  1856.  F*  partie  :  Chemins  de  fer  de  la 
Prusse;  dress^  par  M.  Hauchecorne.  Cologne,  1858;  1  cahier 
in-4». 

Grundsdtze  der  Yolkswirthschaftspolitik;  von  D'  Karl  H.  Ran. 
IP®  Abth.  Leipzig  und  Heidelberg,  1858;  1  vol  in-8^ 

Miltheilungen  der  kaiserlich-koniglichcn  ge^graphischen  Ge- 
sellschaft.  1  Jahrgang.  2  Heft.  Yienne,  1857;  1  cahier  in-8^ 

Bulletin  de  la  Society  vaudoise  des  sciences  naturelles,  BuUe- 
tins  n<»  54  ^  41.  Lausanne,  1854  ^  1857;  8  broch.  in-8^ 

Bulletin  de  la  Sociiti  des  sciences  naturelles  de  Neuch&teL 
Tome  IV.  2"«  cahier.  Neuch4tel,  1857;  1  broch.  in-8». 


( .2i9  ) 

Memorie  della  Accademia  delle  seienze  delV  htituio  di  Bo- 
logna. Tome  VII.  Bologne,  1856;  i  vol.  in-4^ 

Rendiconio  delle  sessioni  ddC  Accademia  delle  $cienze  delV 
Istituto  di  Bologna,  i855  h  i857.  Bologne,  2  broeh.  in-8^ 

A  Ui  dell*  Accademia  pontificia  de  Nuovi  Lincei;  compilati  dal 
segretario.  Anno  X,  sessione  7*;  anno  XI;  sessione  I*.  Rome, 
1857;  2  cahiers  in -4*. 

A(H  delV  imp,  reg.  Istituto  Vefielo  di  seienze,  lettere  ed  arti, 
Tomo  III",  serie  3%  dispensa  rS*.  Venise,  1857-1858;  2  broch. 
in-8«. 

Eedhill  catalogue  of  circumpolar  stars.  1850, 0;  by  R.-C.  Car- 
rington.  Londres,  1857;  1  vol.  in-4^ 

'The  quaierly  journal  of  the  chemical  Society.  N"  XL.  Londres , 
1858;  i  broch.  ln-8^ 

Notice  sur  la  race  des  moulons  de  Cheviot.  £dimbourg,  1856; 
1  broch.  in-8*». 

New-York  meteorology.  1826-1850.  Albany,  1865;  1  vol. 
in-40. 

Transactions  of  the  american  institute  of  the  city  of  New- 
York  for  the  yearcs  185J,  1852  et  1853.  Albany,  1852  k  1854; 
3  vol.  in -8*. 

2'ransaetions  of  the  N.  Y,  state  agricultural  Society.  Vol.  XH. 
Albany,  1853;  1  vol.  in  8«. 

Address  delivered  before  the  Netu-York  state  agricultural 
Society  at  its  annual  meeting  at  Albany,  ftb.  15, 1856;  by  Samuel 
Cheever.  Albany,  1856;  1  broch.  in-8*. 

Communication  from  the  governor,  transmitting  the  report  of 
A.  Vattemare  on  the  universal  exhibition  at  Paris.  Albany, 
1856;  1  broch.  in-8^ 

Annual  report  of  the  executive  committee  of  the  state  normal 
school  of  the  state  of  New-York,  for  1853, 1854  et  1856.  Albany, 
1853-1856;  3  broch.  in-80. 

Treatise  on  practical  husbandry,  by  Winslow  C  Watson. 
Albanv,  1855;  1  broch.  in-8^ 


(  220  ) 

fiepQri  of  B.'P.  Johmon,  a^t  of  the  $late  of  New-York, 
appointed  to  attend  the  Great  exhibition  of  the  industry  of  aU 
nations,  held  in  London,  1851.  Albany,  1852;  1  vol.  in-8^ 

Annual  report  of  the  trustees  of  the  state  Ubrary  of  the  slate 
of  New-York.  1855.  Albany.  1  broch.  io-8^ 

Second  annual  report  of  the  superintendant  of  public  instruc- 
tion of  the  state  of  New-York.  1855.  Albany,  1856;  1  vol.  in-8^ 

First  annual  report  of  the  secretary  of  the  board  of  agricul- 
ture. Boston,  4854;  1  vol.  in-8''. 

Report  of  the  committee  on  public  instruction  on  the  present 
organization  of  the  grammar  and  primari  school  committees. 
Boston,  1852;  1  broch.  in-8^ 

Registration  of  births,  marriages  and  deaths,  in  Massa- 
chusetts, for  1852.  Boston,  1853;  1  broch.  in-8^ 

Revised  abstract  of  the  returns  from  banks,  and  from  Insti- 
tutions for  savings  in  Massachusetts,  for  4851  et  48S3,  Boston, 
1852*1854;  2  broch.  in-8^ 

Lectures  on  school-Keeping ;  by  Samuel  R.  Hall;  fourth  edi- 
tion. Boston,  1852;  1  broch.  petit  io•8^ 

Pauper  abstract,  for  1850-1851;  Boston,  1850-1851;  2  br. 
in-8». 

Sixteenth-seventeenth  annual  reports  of  the  board  of  educa- 
tion. Boston,  1853-1854;  2  vol.  in-8^ 

Abstract  of  returns  of  the  keepers  of  jails,  and  overseers  of  the 
houses  of  correction ,  for  4851  et  1855.  Boston,  1851;  2  br.in-8^ 

An  examination  of  the  review  of  the  reports  of  the  annual 
visiting  committee^  of  the  public  schools  of  the  city  of  Boston  for 
1845,  by  scholiast.  Cambridge,  1846;  1  broch.  in-8^ 

Reports  on  the  free  school  system  to  the  general  assembly  of 
South  Carolina ,  at  the  regular  session  of  1839,  Columbia , 
1840;  1  broch.  io-8°. 

Reports  communicated  to  the  legislature  of  Connecticut.  May 
sessioiv  1851.^  l^y  session, 1855.  Hartford,  1851-1855; 5  vol. 
in-8°. 


(  221  ) 

Transactions  of  the  Conn,  state  agricultural  Society,  for  the 
yeari854.  Hartford,  i855;  i  vol.  in-8°. 

Colonial  records  of  Connecticut ,  1665-1677;  by  J.  Hammond 
Trumbull.  Hartford,  1852;  i  vol.  in-8^ 

Etat  et  avenir  du  Canada  en  1854.  Quebec,  1855;  1  vol. 
in-8«. 

Regulations  for  the  superintendance ,  government ,  and  instruc- 
tion of  the  public  schools,  in  the  city  of  Salem  y  adopted,  i847. 
Salem  ,  1847;  1  broch.  in-^°. 

Annual  report  of  the  school  committee  of  the  city  of  Salem 
1851,  Salem;  1  broch.  in-8^ 

United  states  Japan  expedition;  by  com.  M.-C.  Perry.  Vol.  III. 
Washington,  1855;  1  vol.  in-4°. 

Statistical  view  of  the  united  slates ,  being  a  compendium  of 
the  seventh  census;  by  J.-D.-B.  De  Bow.  Washington,  1854; 
1  vol.  in-8°. 

Returns  relating  to  the  poor  in  Massachusetts  for  the  year 
1853;  prepared  by  E.-M.  Wright.  Boston,  1853;  1  broch.  in-8<». 


ERRATUM. 
Page  16 ,  Hgne  19,  au  lieu  de  mitnes,  lUez  m4me. 


1 


BULLETIN 


DE 


L'ACADfiMIE  ROYALE  DES  SCIENCES, 


DES 


LITTRES  ET  DES  BEAUX-ARTS  DE  BELGIQUE 


1858.  —  N°  3. 


CLASSE   DES   SCIENCES. 


Seance  du  6  mars  4858, 

M.  d'Omalius,  president  de  FAcad^mie. 
M.  Ad.  Quetelet,  secretaire  perp^tuel. 

Sont  presents  :  MM.  Sauveur,  Timmermans,  Wesmaei , 
Martens,  Kickx,  Stas,  De Koninck,  Van  Beneden,  Ad.  De 
Vaux,  Edm.  deSelys-Longchamps,  le  vicomte  B.  Du  Bus, 
Ghige,  Melsens ,  Schayes ,  Liagre,  Duprez ,  Brasseur,  PoeU 
man,  membres;  Schwann,  Spring,  Lacordaire,  Lamarle, 
assocUs;  Dewalque,  d'Udekem ,  Gloesener,  Montigny,  car- 
respondants. 

2"*  S^RIE,  TOME  IV.  15 


(  224  ) 


CORRESPONDANCE. 


M.  le  Minislre  de  rinlerieur  fait  parvenir  les  livraisons 
27  a  34  de  Touvrage  intitule :  Portefeuille  de  John  Cockerili 

—  M.  d*Omalius,  vice-president  du  Senat,  ecrit  pour 
remercier  de  TeoToi  de  ^  exeipplaires  de  VAfmuaire  de 
CAcad4m%e  royale  pour  1858. 

—  M.  Thorn.  Swann ,  president  du  Gomite  local  de  Bal- 
timore, fait  connaitre  que,  le  28  avrii  prochain ,  aura  lieu, 
dans  cette  residence,  le congres  americain,  qui  se  r^unira 
pendant  huit  jours.  II  fait  connaitre  en  meme  temps  que 
les  membres  de  TAcademie  y  seront  re^us  avec  plaisir. 

Une  invitation  pareille  est  adress^  par  le  congres  des 
delegues  des  societes  savantes  de  France,  qui  se  reunira  a 
Paris  du  6  au  16  avril  prochain. 

De  son  c6te,  la  commission  speciale  de  I'exposition  de 
1858  annonce  que  la  sixieme  exposition  quinquennale 
agricole,  industrielle  et  artistique  d'Angers  s*ouvrira  le 
l^'juin  et  durera  jusqu'au  mercredi  50  du  m6me  mois. 

—  La  Societe  imperiale  des  naturalistes  de  Moscou, 
TAcad^mie  palermitaine  des  sciences  et  des  lettres,  la  So- 
ciety des  sciences  des  Indes  n^erlandaises  de  Batavia ,  etc., 
remercient  TAcademie  pour  Tenvoi  de  ses  publications. 

—  M.  A.  Bellynck  fait  parvenir,  en  manuseril,  les  ob- 
servations des  ph^nomenes  des  plantes  observes  par  lui, 
a  Namur,  pendant  Tann^  1857;  M.  £milien  de  Wael  fait 


C  225  ) 

parvenir  egalemeot  les  resultats  de  ses  dernieres  obser- 
vations meteorologiques. 

—  M.  Alfred  Wesmael  e<y*it  qu'il  desire  revoir  le  manu- 
scrit  de  son  Catalogue  des  plantes  vasculaires,  pour  le  com- 
pleter par  de  nouvelles  observations. 

—  M.  Jules  d'Udekem  pr^^enle  une  Nouvelle  classifi" 
cation  des  AnnSlides  setigeres  abranches.  (Commissaires  : 
MM.  Van  Beneden  et  Poelman.) 


U  ■  I' 


PROGRAMME  DE  1859. 


La  classe  admet,  des  ^  present,  pour  le  concours  de 
1859,  les  quatre  questions  suivantes : 

PREMIl^RE   QUESTION. 

Ramener  la  theorie  de  la  torsion  des  corps  4lastiques  d  des 
termes  aussi  simples  et  aussi  eUmentaires  qu*on  Va  fait  pour 
la  theorie  de  la  flexion, 

DEUXIEME   QUESTION. 

Determiner,  par  des  recherehes  a  la  fois  anatamiques  et 
(^himiques,  la  cause  des  changements  de  couleur  que  subit  la 
chair  des  Bolets  en  general  et  de  plusieur^  Russules,  quand 
on  la  brise  ou  qu'on  la  comprime, 

TR01Sli:ME  QUESTION. 

£tablir,  par  des  observations  detaillees,  le  mode  de  d^ve- 


(  2-26  ) 

loppementy  soil  du  Pelromyzon  marinus,  soil  du  Petromy- 
zoD  fluviatilis,  ou  de  TAmphioxus  lanceolatus. 

QUATRlilME  QUESTION. 

Faire  un  expose  historique  de  la  th^orie  du  tonus  muscu- 
laire,  et  rechercher,  pour  les  ph^nomines  explique's  autre- 
fois a  f  aide -de  ceite  thiorie,  une  interpretation  conforme 
atio:  faits  ^taUispar  la  physiologie  expdrimentale. 

Le  prix,  pour  cbacune  de  ces  questions,  sera  une  me- 
daille  d'or  de  la  valeur  de  six  cents  francs.  Les  memoires 
devront  etre  Merits  lisiblement  en  latin,  en  fran^ais  ou  en 
flamand,  et  seront  adress^s,  francs  de  port,  avant  le  1"" 
juin  1859,  k  M.  Ad.  Quetelet,  secretaire  perp^tuel. 

L'Academie  exige  la  plus  grande  exactitude  dans  les  ci- 
tations; k  cet  effet,  les  auteurs  auront  soin  d'indiquer  les 
editions  et  les  pages  des  livres  qu'ils  citeront.  On  n*ad- 
metlra  que  des  planches  manuscrites. 

Les  auteurs  ne  mettront  point  leur  nom  k  leur  ouvrage, 
mais  seulement  une  devise,  qu'ils  rep^teront  sur  un  billet 
cachet^,  renfermant  leur  nom  et  leur  adresse.  Les  ou- 
vrages  remis  apr^s  le  terme  present  ou  ceux  dont  les  au- 
teurs se  feront  connattre ,  de  quelque  mani^re  que  ce  soit , 
seront  exclus  du  concours. 

L'Academie  croit  devoir  rappeler  aux  concurrents  que, 
d^s  que  les  memoires  ont  ^t^  soumis  k  son  jugement ,  ils 
sont  d^pos^  dans  ses  archives,  comme  ^tant  devenus  sa 
propriety.  Toutefois,  les  int^resses  peuvent  en  faire  tirer 
des  copies  k  leurs  frais,  en  s'adressant,  k  cet  effet,  au  se- 
cretaire perp^tuel. 


(  227  ) 


RAPPORTS, 


M.  le  secretaire  perpetuel  fait  connaitre  qae  la  commis- 
sion  administrative  de  FAcademie  vient  d*approuver  la 
comptabilite  de  1857,  qui  lui  a  4te  presentee  par  M.  le 
tr^sorier.  Ces  comptes  seront  successivement  soumis  aux 
commissions  speciales  des  finances  des  trois  classes,  pour 
qu'elles  les  examinent  en  ce  qui  les  concerne. 

La  commission  administrative  a  ^galement  r^gle  ce  qui 
est  reiatif  aux  dons  faits  par  M.  le  baron  de  Stassart,  pour 
les  deux  prix  perp^tuels  qu'il  a  fondes. 


Sur  un  memoire  de M.  ledocleur  Henry,  intitule:  Co^sivit- 

RATIONS  SUR  QUELQUES   GLASSES  DE   COMPOSES  ORGANIQUES 
ET  SUR  LES  RADICAUX  ORGANIQUES  EN  G^N^RAL. 

€  M.  le  docteur  Henry  cherche  a  etablir,  dans  son  tra- 
vail, le  mode  de  generation  de  quelques  classes  de  corps 
organiques  el  de  montrer  ensuite  le  lien  qui  rattache  ces 
corps  entre  eux.  Un  chimiste  ne  saurait  rendre  de  plus 
grand  service  k  la  science  qu'en  etablissant  ces  faits  avec 
certitude,  fut-ce  mSme  pour  une  seule  classe  de  corps  or- 
ganiques. Mais  M.  Henry  est-il  bien  parvenu  k  atteindre  le 
but  ^leve  qu'il  s'est  propose?  A  mon  sens,evidemment  non. 
Pour  ne  choisir  qu*un  seul  exempledans  son  memoire,  il 
essaye  de  prouver,  en  concluant  de  quelques  reactions 


(  228  ) 

chimiqiies  isolees  a  une  loi  generale,  la  filiation  qui  existe 
entre  les  acides  polyoxyg^nes  monobasiques  et  les  radi- 
caux  organiques  d'ou  il  les  fait  d^river.  Aiosi,  la  produc- 
tion bien  connue  de  Tacide  formique  aux  d^pens  de  I'acide 
cyanhydrique  et  des  elements  de  Teau ,  la  formation  des 
acides  ac^tique,  propionique  et  benzoique  k  Taide  du  cya- 
nure  de  m^lhyle,  du  propionitrile  et  du  benzonitrile  et 
des  Elements  de  Teau,  le  conduisent  k  admettre  que  tous 
les  corps,  que  certains  chimistes  repr^sentent  par  des 
cyanures  negatifs  k  radicaux  organiques,  pourront  ^prou- 
Yer  une  transformation  analogue,  sinon  identique.  Dans 
ce  cas,  Tacide  formique  produit,  au  lieu  de  devenir  libra, 
restera,  selon  lui,  copule  avec  le  radical  organique;  celui-ci 
y  sera  emboite,  s'il  est  permis  de  m*exprimer  ainsi,en  em- 
pruntant  la  pensee  de  Fauteur,  et  formera  de  cette  ma- 
niere,  sdiccessivement  des  acides  k  5,  k  7  et  a  Q'^equivalents 
d'oxyg^ne.  Le  cyanure  d'acetyle  C^H'O*,  C*Az,  qui  est  en- 
core k  decouvrir,  fournira  un  acide  k  5  Equivalents  d'oxy* 
gene, qui,  d'aprSs  M.Henry,  sera  repr^sentE  par  la  formule 
HO,  C*(C*H'0*)0' :  ce  sera  I'acide  formo-acetylique,  de 
m£me  que  le  cyanure  d'ethyle  (propionitrile)  C*H*,  OAz, 
donne  Tacide  formo-ethylique  on  propionique.  Mais  rien 
ne  dit  que  les  corps  que  M.  Henry  repr^sente,  avec  la  plu- 
part  des  chimistes,  par  des  cyanures  k  radicaux  organiques 
le  soient  reellement;  ainsi  le  compose  C^H'AjsO^  que 
M.  Henry  regarde  comme  le  cyanure  d'acetyle  et  qn'il  for- 
mule par  C*ii^O\C^Az,  pourrait  tout  aussi  bien  Etre  de 
Tacide  acetique  anbydre  dans  lequel  une  molecule  d'oxy- 
gene  est  remplacee  par  une  molecule  de  cyanogene.  Quoi 
qall  en  soit,  dans  son  memoire,  I'auteur  ne  cite  aucune  ex- 
pErience  qui  demontre  la  formation  des  acides  organiques 
k  5,  k  7  et  k  9  equivalents  d'oxygene,  tors  de  la  d^composi- 


(  229  ) 

tioD,  eo  pr^ence  des  el^meDis  de  Teau,  des  corps  qu^il  de- 
signe  sous  le  nom  de  cyanures  n^atifs  a  radicaux  orga- 
niques;  il  ne  laisse  pas  meme  entrevoir  qii'il  ait  tente  d*en 
produire  un  seul. 

En  admettant  qu*un  jour  un  chimiste  realise  une  ou  plu- 
sieurs  reactions  de  ce  genre,  la  seuie  conclusion  qu'on 
puisse  en  deduire,  c'est  qu'a  Faide  des  cyanures  negatifs  a 
radicaux  organiques^  ou  plutot  qu*a  Taide  d'une.  molecule 
complexe,  renfermant  du  carbone  et  de  Tazote  sous  la 
forme  de  cyanog^ne,  on  peut  produire  des  acides  orga- 
niques  polyoxygenes  monobasiques  :  ce  sera  un  moyen  de 
formation  de ces  corps.  Mais,  lors  meme  que  Ton  aura  ob- 
tenu  ainsi  une  serie  considerable  de  ces  acides,  Tetatde 
DOS  connaissances  sur  la  constitution  de  ces  corps  ne  sera 
gu^re  plus  avance.  En  se  pla^ant  au  point  de  vue  de  Texis- 
tence  de  ces  acides,  on  ne  sera  surtout  pas  autorise  h  dire 
avec  Tauteur  du  memoire  que  les  cyanures  acides  sont  les 
points  d'attache  qui  servent  a  relier  les  differentes  classes 
d'oxygSnation  d'acides  monobasiques.  En  effet ,  on  con^oit 
ais^ment  Texistence  des  acides  polyoxygenes  monobasi* 
ques  ou  polybasiques,  abstraction  faite  du  cyanogene,  et, 
a  plus  forte  raison,  des  cyanures  negatifs  k  radicaux  or- 
ganiques. 

Je  n'ignore  pas  que  Tidee  qui  consiste  a  regarder  les 
acides  acetique,  propionique  et  benzo'ique  comme  etant 
les  acides  metbylo-formique ,  ethylo-formique ,  pb^nylo- 
formique,  est  partagee  par  beaucoup  de  chimistes.  En  pre- 
nant  cette  idee  comme  Texpression  de  la  verite  des  faits , 
rhypothese  de  M.  Henry  sur  la  constitution  des  acides 
polyoxygenes  monobasiques  en  est  la  conclusion  logique. 
Mais  le  nom  impose  h  ces  acides  par  ces  chimistes  repose 
sur  certain  mode  de  leur  production  et  sur  la  croyance  ou 


(  230  ) 

mSme  la  pretention  qu'ont  ces  chimisles  de  remonter  da 
mode  de  generation  des  corps  h  leur  constitution,  en 
d'autres  termes,  que  les  reactions  chimiques  peuvent  nous 
devoiler  la  structure  in  time  des  corps. 

L'^tude  des  matieres  minerales  et  organiques  d^montre 
incontestablement  qu*il  existe  un  arrangement  determine, 
constant  pour  chaque  mati^re,  entre  les  molecules  qui  les 
composent.  Le  hasard  ne  regie  pas  plus  Tarrangement  des 
molecules  qu'il  ne  determine  leur  forme  et  qu'il  ne  fiie  la 
valeur  de  leur  masse  lors  des  combinaisons.  Mais  pr^tendre 
que  des  conditions  sp^ciales  de  formation  des  matieres 
organiques,  que  des  reactions  chimiques  meme  les  plus 
caracteristiques,  on  puisse  remonter  a  la  connaissance  de 
la  structure  intime  des  corps  et,  partant,  h  la  configuration 
de  leurs  formules,  c'est  conclure  bien  au  dela  des  faits. 
Pour  qu'une  pareille  conclusion  fiit  logique,  il  faudrait  que 
les  differents  modes  de  generation  d*une  dasse  de<;orps  ne 
fussentsusceptibles  que  d'une  seule interpretation ,  et,  tout 
le  monde  le  salt,  cette  circonstance  ne  se  presente  jamais 
pour  une  classe  quelconque  de  corps.  Les  conditions  de 
formation  des  matieres  minerales  ternaires  et  des  com- 
poses organiques  nous  permettent  lout  au  plus  d'^tablir  des 
analogies  entre  les  corps;  les  reactions  chimiques  peuvent 
nous  donner  la  preuve  soit  de  Tidentite,  soit  de  la  diffe- 
rence de  constitution ;  mais  les  unes  et  les  autres  sont 
impuissantes  pour  nous  faire  connaitre  la  veritable  consti- 
tution des  corps  et,  partant,  la  configuration  des  formules 
par  lesquelles  il  convient  de  les  representer. 

L'exemple  suivant  va  montrer  le  raisonnement  que  font 
la  plupart  des  cbimisteset  le  vice  qu*il  renferme  :  II  existe 
deux  matieres  de  composition  chimique  identique,  ayant 
le  meme  poids  specifique,  le  m^me  point  d^^bullition,  la 


(  25i  ) 

meme  density  a  Tetat  de  vapeur  et  reDfermaDt  i'une  et 
Tautre  C^HW.  Soumises  a  Taclion  du  chlore,  elles  pro- 
duiseDt  chacune  le  compose  C^H^Cro^  se  decomposant 
de  la  meme  maoiere  par  les  alcalis  dissous,  avec  produc- 
tion de  chlorure,  d'ac^tate  et  de  formiate  alcalins.  Les 
composes  CWCTO*,  exposes  de  nouveau  k  Taction  du 
chlore, fournissenl,  pour  produit  final,  les  corps  CWO^ 
qui  se  transforment  tous  les  deux  sous  Tinfluence  des  al- 
calis et  de  I'eau,  eo  chlorure,  carbonate  et  acetate  alcalins. 
J*ajouterai  que  les  corps  C®H^O^  en  prfeence  des  alcalis 
hydrates  solides,  degagent,  sous  I'influence  de  la  chaleur, 
de  rhydrog^ne  en  quantite  egale,  en  laissant  pour  residu 
un  melange  de  formiate  et  d'acetale  alcalins  en  quantite 
egale.  De^faits  etablis,  le  chimiste  qui  aura  etudie  ces  ma- 
tieres  conclura  necessairemeot  k  leur  identite  :  il  y  verra 
une  molecule  formique  et  une  molecule  acetique.  Mais 
quelle  sera  la  configuration  de  la  formule  par  laquelle  il 
designera  le  compose  lui-meme  et  ses  d^riv^s  chlores?  Je 
ne  crains  pas  de  Taffirmer,  son  choix  sera  impossible;  si , 
plus  lard,il  vient  a  decouvrir  que  Tun  des  corps  C^H^*  se 
dedouble  par  les  alcalis  dissous  avec  production  d'alcool 
methylique  et  d'acetate  alcalin ,  que  I'autre  corps  fouruit , 
dans  la  mSme  circonstance,  de  I'alcool  vioique  et  du  for- 
miate alcalin,  il  dira  :  J'ai  conclu  trop  tot  :  j'ai  a  faire  a 
deux  mati^res,  renfermant  chacune  la  molecule  formique 
et  la  molecule  acetique  sous  une  forme  disHncte,  S'il  a  la 
pretention  de  conclure  des  reactions  chimiques  a  la  consti- 
tution, il  ajoutera,  d*un  cdte :  J'ai  le  formiate  d'ethyle  et,  de 
I'autre,  j'ai  I'acetate  de  methyle.  Admettant  ensuite  ce  qui 
est  en  question,  il  ecrira  I'un  des  composes  sous  la  forme 
C^H*0,  C^HO^  et  I'autre  sous  la  forme  de  C^H'O,  C*HW, 
c'est-a-dire  qu'il  afTirmera,  par  sa  formule,  dans  I'un,  i'exis- 


(  232  ) 

tence  de  Tacide  formique  et,  dans  i'aulre,  la  presence  de 
Tacide  ac^tique  toul  forin^.  U  assimilera  done  ces  com- 
poses aox  sels.  Mais  rien  n'autorise  qu'on  affirme,  dans  les 
sets,  soil  la  presence,  soil  Tabsence  des  acides,  tels  que 
nous  les  connaissons  h  T^tat  de  liberie. 

Cette  observation  generate  m'am^ne  h  exprimer  mon 
opinion  sur  la  quatri^me  partie  du  m^moire  de  M.  Henry, 
intitule  :  Theorie  de  femboUement  des  radicaux  orga- 
niques.  II  r^ume  sa  mani^re  de  voir  sur  la  conflgura- 
lion  des  radicaux  organiques  dans  la  proposition  suivante : 
Les  radicaux  organiques  binaires  ou  ternaires  dMvent  du 
nuSthyle  posiiif  ou  n^gatif  (formyle)  par  un  emboUement 
plus  ou  moins  complexe  avec  lui-mime,  emboitement  qui 
a  lieu  par  le  carbone  et  I' hydrogens  simuUawlment  ou  par 
Vhydrogene  seuL  Repr^sentant  le  m^thyle  C^H^  par  G^HH^ 
rahyle  C^H»  devienl  pour  lui  C»(C*HH*)H*,  c'est-Ji-dire du 
metbyle-m^tbyle  ou  requivaieoi  de  methyle  dans  lequel 
une  mol^ule  d'hydrogene  est  remplac^  par  le  methyle 
lui-m£me;  le  propyle  C^H''  devient  pour  lui  du  bimethyle- 
m^lhyle  C*[C*(C*H*H*)H«]H«. 

En  poursuivant  cet  ordre  d'id^es,  M.  Henry  finit  par 
conclure  que  toute  matiere  organique  binaire  ou  ternaire 
n'est  que  du  mithyle  seul,  ou  assod^d  de  I'eau  ou  condense. 
Celui  qui,  dans  Telat  actuel  de  nos  connaissances,  se  refu- 
serait  d'admettre  la  possibilite  du  remplacement,  dansun 
groupement  quelconque,  d'une  molecule  simple  ou  com- 
plexe, par  une  autre  mol^ule  egalement  simple  ou  com- 
plexe, m^connaitrait  la  signification  des  fails  les  plus  evi- 
denls  de  la  science,  si  lant  est  qu'il  n'en  ignore  les  plus 
belles  decouvertes.  Mais  conclure  de  la  possibilite  de  ce 
remplacement  k  la  position  des  molecules  dans  un  com- 
pose, et  surtout  d  la  formation  des  radicate  organiques  par 


(  235  ) 

emboitement  sur  eux-tnimesy  c'est  emettre  uoe  hypothese 
qui  oe  repose  sur  aucun  iail;  de  plus,  c*est  proclamer,  en 
ce  qfui  conceroe  la  generation  des  corps  complexes  une 
th^orie  incompatible  avec  Tidee  fondamentale  de  Texis- 
tence  des  atomes.  Cette  idee  fondamentale,  base  de  tout 
Fedifice  chimique,  ne  presuppose-t*elle  pas  la  formation 
des  corps  par  juxtaposition  des  molecules  simples  ou 
complexes  ?  La  generation  des  radicaux  complexes ,  par 
embollement  de  radicaux  simples  sur  eux-m^mes,  serait,  si 
je  comprends  bien  Tauteur,  leur  formation  par  p^fnetraa'on 
au  lieu  de  la  juxtaposition.  D*ailleurs,  ne  con^oit-on  tout 
aussi  bien  Fexistence  des  radicaux  simples  et  m^roe  com- 
plexes, formes  d*une  seule  piece,  sans  Tintervention  dln- 
termediaires  aucuns,  que  Texistence  des  nombres  premiers, 
quelle  qu'en  soit  la  valeur?  Pourquoi  dire  que  C^H^  par 
exemple,  ne  constitu^  pas  une  molecule  unique,  formee  du 
coop?  Quel  avantage  y  a-t-il  au  point  de  Yue  de  la  science 
a  rep  resent  er  ce  m£me  groupement  par 


C^  [C*  jC'  (C^HH')  HM  H^ 


M^lbyle. 


bim^ihyle 
rfthyle. 


H' 


triin^lhyle 
propyle 


t^tram^thyle 
bulhyle. 


Lorsque  les  meilleurs  esprits  doutent,  reconnaissent 
mdme  que,  dans  Tetat  actuel  de  nos  connaissances,  il 
n'existe  aucun  moyen  certain  de  decider  de  la  configura- 
tion des  formules  des  mati^res  min^rales  les  plus  simples, 
comme  les  acides  sulfurique,  anhydre  et  ordinaire,  les 


(  234  ) 

acides  pbosphorique  anhydre,  moDO-bi-et  trihydrate,  les 
sesquioxydes,  etc.,  etc.,  lorsqu*on  ne  sail  decider  entre  le 
dualisme  et  Vunitarisme  de  ces  composes,  peut-OD  serieuse- 
ment  croire  que  Thypothese  de  remboilemeDt  des  radi- 
caux  simples  represente  la  r^alite  de  la  structure  et  le 
mode  de  generation  des  radicaux  complexes? 

Les  observations  critiques  que  je  viens  de  presenter  sur 
le  travail  de  M.  Henry  sont  applicables,  je  le  sais,  a  toutes 
les  theories  que  Ton  a  imagin^es  dans  ces  derniers  temps 
sur  la  conformation  des  matieres  organiqueset  la  configu- 
ration de  leurs  formules.  Pour  tout  homme  qui  a  mure- 
ment  r^echi  a  la  signification  des  faits  acquis,  T^vidence 
de  i'impossibilite  de  p^netrer  Tarrangement  des  molecules 
des  corps  composes  est  positivement  etablie.  II  est  acquis, 
par  consequent,  que  nous  manquons  de  tout  moyen  de  de- 
terminer la  formule  rationnelle  de  ces  corps.  D*apres  cela, 
ne  convient-il  pas  dintroduire,  dans  la  science,  le  moins 
possible  d'hypoth^ses  nouvelles  et  de  s'en  tenir  strictement 
a  celles  absolument  indispensables  pour  la  liaison  entre 
eux  des  faits  connus  et  la  d^couverte  de  faits  nouveaux? 

Je  ne  veux  pas  finir  ces  remarques  sans  rendre  hom- 
mage  au  talent  reel  et  aux  connaissances  positives  dont 
M.  Henry  a  fait  preuve  dans  son  travail.  Je  reconnais 
volontiers  que  la  plupart  de  ses  hypotheses  sont  inge- 
nieuses  et  quelquefois  neuves.  S'il  est  vrai  qu*il  ne  saurait 
me  montrer  k  sufiisance  qu*elles  sont  Texpression  de  la 
verite,  ii  mon  tour,  je  ne  saurais  prouver  qu*elles  sont 
fautives.  Le  seul  objet  que  j*aie  eu  en  vue  en  presentant 
mes  observations,  c'est dele  premunir  centre  ses  illusions, 
centre  sa  foi  un  pen  trop  fervente,  bien  excusable  d'ailleurs 
lorsqu'on  fait  ses  premiers  pas  dans  la  science.  En  termi- 
nant,  je  crois  lui  etre  utile  en  signalant  le  danger  qu'il  y  a 


(  235  ) 

de  debuter  dans  la  science  par  un  travail  de  pure  specula- 
tion. L'attrait  qu'offre  ce  genre  de  travaux  n'eloigneque 
trop  des  recherches  positives,  lesquelles,  si  elles  presen- 
tenl  souvent  de  grandes  difficultes,  offrent  au  moins  la 
compensation  de  tester  debout,  quelles  que  soient  les  opi- 
nions qu'am^ne  le  progr^s  scientifique. 

Si  TAcademie  est  d'avis  qu'elle  peut  ordonner,  comme  le 
proposent  nos  savants  confreres  MM.  Martens  et  De  Ko- 
ninck,  Timpression  d'un  travail  renfermant  des  id^es  spe- 
culatives,  sans  experience  aucune  a  Tappui,  danscecas,  je 
me  rallierai  volontiers  h  cet  avis,  mais,  dans  ce  cas  aussi ,  je 
pense  qu'il  convient  qu'il  soil  imprimedans  le  recueil  in-S"" 
des Memoires  des  savants  Strangers,  vu  que,  par  son  eten- 
due,  ce  travail  depasse  de  beaucoup  la  limite  fixee  par  le 
r^lement  pour  Tinsertion  dans  les  Bulletins  des  stances.  > 


«  Le  memoire  de  M.  Henry  renferme  plusieurs  idees 
ing^nieuses  et  plus  ou  moins  neuves  au  sujet  de  Fanalogie 
de  composition  de  plusieurs  substances  organiques.  L*au- 
teur  cherche  a  etablir  la  filiation  de  ces  substances  ou  a 
montrer  comment  elles  pourraient  naitre  les  unes  des 
autres.  Malheureusement,  ses  vues  ne  sont  pas  appuyees 
d'exp^riences  assez  concluantes  pour  pouvoir  Stre  consi- 
derees  comme  Texpression  veritable  des  fails:  elles  ne  sont 
la  plupart,  que  purement  hypothetiques.  Mais  une  hypo- 
th^se  conduit  souvent  ^  une  belle  d^couverle :  sous  ce  rap- 
port, les  vues  de  Fauteur  offrent  un  cot^  utile.  Seulement 
nous  voudrions  qu'il  se  pressat  un  peu  moins  de  tirer  de 
certains  faits  isoles  des  deductions  generates;  nous  desire- 


(  236  ) 

rioDS  aussi  qu'il  mit  un  peu  plus  de  clarte  et  de  methode 
daos  rexposiiioQ  de  ses  idees.  Sous  ces  reserves  et  tout  eo 
laissant  k  Tauleur  la  respousabilite  enti^re  de  ses  asser- 
lioDS,  nous  croyons  que  le  raemoire  pourrait  etre  avanta- 
geusemeni  publiedaos  les  recueils  de  I'Academie.  » 


tiappot^i  lie  M,  J»e  MLonitM!h. 

«  J*ai  lu  avec  grande  ailentioa  le  travail  de  M.  Henry. 
J'ai  ^te  frappe,  avec  mes  savants  confreres ,  MM.  Stas  et 
Martens,  des  connaissances  etendues  dont  Tauteur  y  fait 
preuve.  Pour  arriver  aux  deductions  qu'il  a  consignees 
dans  son  memoire,  il  a  eu  non-seulementa  compniser  les 
nombreuses  recherches  auxquelles  sesont  livr^s,  dans  ces 
derniers  temps,  des  chimistesforl  distingn^^maisil  a  fallu, 
en  outre,  se  les  approprier  en  quelque  sorte  pour  lebut 
qu*il  se  proposait  d'atteindre.  Car  ce  n'est  qu'en  s*iniliant 
completement  h  ces  travaux  qu'il  a  pu  s*en  servir  pour  de- 
duire  et  exposer  les  idees  theoriques  qui  font  Tobjet  de  sa 
communication  k  TAcademie. 

Ainsi  que  Font  fait  remarquer  MM.  Stas  et  Martens,  ces 
idees  sont  souvent  ing^nieuses  et  quelquefois  entierement 
neuves. 

Je  n*en  conclus  pas  n^anmoins  qu'elles  soient  toujours 
r^elles  et  acceptables^  d'autant  plus  qu*en  general  elles  ne 
sont  pas  appuyees  d'experiences  directes  et  concluantes. 

Je  fais  surtout  mes  reserves  ponK  ce  qui  concerne  la 
th^ie  de  remboUemenl ,  que  Tauteur  developpe  dans  la 
derniere  partie  de  son  travail.  Gelle-ci,  pas  plus  que  celle 
qui,  sous  le  meme  nom,  a  et^  appliquee,  pendant  quelque 
temps,  k  Facte  de  la  generation  chez  les  animaux,  ne  me 


(  237  ) 

paraildeslioee  a  survivre  looglemps  a  8a  naissaoce.  Neau- 
oioiDSy  coinmeles  theories  emises  par  M.  Henry  pourront 
donoer  lieu  k  uDe  s^rie  de  recherehes  chimiques  qui  au- 
ront  pour  but,  soil  d'etablir  d^finitivement  uue  partie  ou 
la  totality  de  ces  theories,  soit  de  les  faire  rejeter,  je  suis 
d'avis  que  sod  m^moire  pourra  figurer  utilemeat  dans  Tun 
des  recueils  de  FAcademie,  parce  que,  quel  que  soil  le  re- 
sultat  obteuu,  il  servira,  en  tout  cas,  a  ravancement  de  la 
science  el  k  Tacquisition  de  fails  nouveaux.  » 

D*apres  les  conclusions  de  ces  rapports,  la  classe  decide 
que  le  m^moire  de  M.  Henry  sera  imprimd  dans  le  re- 
cueil  in-8°  des  M4moires, 


—  M,  De  Vaux,  nomme  commissaire  pour  Texamen 
d'une  note  de  M.  Gerard  de  Li^e,  sur  une  roue  Electro- 
motrice,  fait  connattre  que  ce  travail  a  d^jk  ^t^  soumis  a 
I'Academie  imp^riale  des  sciences  de  Paris,  et  que,  par 
suite  des  r^glements,  il  croit  ne  pas  devoir  faire  le  rapport 
qui  lui  4tait  demande. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 

Eclipse  de  lune  du  2f7  fevrier  1858 ,  ei  occullations  d'etoites 

par  la  lune,  observes  en  1857. 

L'^clipse  partielle  de  lune  qui  a  eu  lieu  dans  la  soiree 
du  27  f(6vrier,  a  el^  observee  par  M.  Ad.  Quetelet  et  son 


(  238  ) 

fiis,  du  haul  desdeux  tourelles  de  i'Observatoire.  Quoique 
le  temps  fut  beau ,  les  observalioos  des  taches  occult^s 
ont  ^l^  peu  Dombreuses;  ces  sortes  de  ph^nomenes,  a 
cause  des  p^nombres,  soot  toujours  extremement  dou- 
teux,  surlout  pour  rinslant  du  commencement  de  Teclipse. 
On  ne  donne  ici  que  les  princi pales  taches,  et  la  moyenne 
des  observations. 


Gommenc*  de  T^clipse 
Ticho  .  .  1"  bord.  . 

2d      __ 

Heinsius    1"  bord.  . 

_  «d     

—^     •    *    ^       ^^    • 

Fracastor  1"  bord.  . 
Fin  de  Teclipse.  .  . 


11 


EnlTie.  Sortie. 

91.  28«  0»(1) 

9  43  3    U^ 

9  45  46 

9  55  36 

9  58  14 

10  21  54 

10  27  29 


0'°13« 

2  57 

10  44  29 

10  47  9 

10  58  9 

11  5  29 
11  34  54 


A.  et  Era.  Quetelet. 

A.  et  Era.  — 

A.  et  Era.  — 

A.  et  Era.  —  (2) 

A.  el  Era.  — 

Era.  — 

Era.  — 

A.  et  Era.  — 


Occultations  obseruees  en  i857,  par  M,  Ernest  Quetelet, 


Immersion. 

Emersion. 

16  f^vpier  .... 

A    Scorpii.  . 

13'* 

19" 

16- 

6 

14h 

56" 

15* 

4 

3  Scorpii.  . 

13 

51 

47 

0 

15 

0 

17 

4 

28  Kvriep.  .  .  . 

27  Arietis  .  . 

7 

59 

2 

0 

8 

4 

2 

4 

2  avril 

A     Cancri  .  . 

11 

21 

9 

8 

6  mai  ..... 

(X    Virginis  . 

•                 •     •     1 

•      • 

•     •     • 

• 

10 

52 

0 

0 

30  septembre .  . 

50  Aquarii.  . 

21 

45 

11 

0 

6  octobre  .  .  . 

27  Tauri.  .  . 

•                 •     • 

•     •     • 

•     • 

>     • 

21 

39 

59 

7 

28  Tauri.  .  . 

21 

11 

22 

1 

21 

34 

n 

6 

13  octobre   .  .  . 

Mars  I  .  . 

6 

37 

32 

9 

, 

Mars  II.  . 

6 

37 

49 

4 

7 

35 

25 

4 

27  novembre  .  . 

£     Piscium  . 

2 

34 

58 

4 

2 

58 

15 

2 

29         —       .  . 

47  Arietis  .  . 

3 

29 

26 

2 

4 

37 

27 

4 

30         —       .  . 

• 

27  Tauri.  .  . 

21 

55 

7 

2 

22 

28 

40 

8 

(1)  M.  Mailly  a  observe  le  commencement  de  T  eclipse  a  9^  S8°*  30*;  il  estime 
cette  observation  faite  un  peu  tard. 

(2)  L' entree  dans  I'ombre  a  ete  marquee  par  les  deux  observateurs ;  la  sortie 
par  M.  Ernest  Quetelet  seulement. 


C  259  ) 

NOTES. 

A  et  3  Scorpii.  Immersion  un  peu  douleuse,  2t  cause  de  fortes  ondulaliont 

du  bord  de  la  lune.  Emersion  bonne. 

27  Arietis.  Immersion  bonne.  Emersion  assez  bonne. 

A  Cancri,  Immersion  bonne.  Des  vapeurs  empechent  de  voir  T^mer- 

sion. 

d^  Firginis.        Des  nuages  empechent  de  voir  Timmersion.  Emersion 

bonne. 

50  Jquarii,        Immersion  bonne.  Des  vapeurs  empechent  de  voir  T^mer- 

sion. 

27  et  28  Tauri,  Des  nuages  empechent  de  voir  Timmersion  de  27  Tauri. 

Les  3  autres  observations  bonnes. 
Mars.  L^enlr^e  de  Mars  est  bien  observee;  mais  au  moment  du 

lever  du  soleil,  il  s'est  form^  un  brouillard  ^pais  qui  a 
emp^ch^  de  distinguer  la  V*  apparition.  La  sortie  com- 
plete, aussi,  pr^sente  queique  doute. 
£  Piscium.         Observation  un  peu  douteuse,  Etoiie  tres-faible  k  la  sortie. 

47  Jrietis.  Etoiie  faible.  Entree  bonne;  sortie  observee  sans  doute  2 

k  3  secondes  trop  tard. 

27  Tauri.  Bonne  observation. 

Les  beures  sont  donn^es  en  temps  sid^ral  de  Bruxelles. 


Note  sur  un  theoreme  relatif  a  la  theorie  des  roulettes ;  par 
M.  Lamarle,  associe  de  rAcad^mie. 

Je  vieos  de  lire,  dans  le  journal  VInsiiiut  (d°  da  24  fe- 
vrier  1858),  la  note  saivante,  conimuniquee  ^  la  Sociele 
philomatique  de  Paris,  au  nom  de  M.  Mannheim : 

Geomitrie.  Sur  la  theorie  des  roulettes.  TMoreme. «  Lors- 
qu'une  courbe  plane  ACS  roule  sur  une  droite  fixe  EF,  la 
roulette  decrite  par  un  point  M,  li4  a  la  courbe  roulante^  a 
m4me  longueur  que  la  courbe  GPH,  lieu  des  projections  du 
point  M  sur  les  tangentes  a  ACB,  » 

2"*'  S4lllE,  TOME  IV.  16 


(  240  ) 

CoroUaires.  — I.  Le  timagon  de  Pascal,  lieu  des  projec- 
tions d*un  point  d'une  cireonference  sur  les  tangentes  a 
ceite  courbe,  a  pour  longueur  le  quadruple  du  diametre. 

II.  La  chainetie  engeodr^e  par  le  foyer  d'une  par abole 
qui  roule  sur  une  droite  est  recUfiable. 

III.  La  spirale  logariihnnique  est  rcclifiable,  car  lors- 
qu'elle  roule  sur  une  droiie,  son  p6le  decrit  une  ligne 
droite. 

IV.  Lorsque  la  developpante  d*un  cercle  0  roule  sur  une 
droite,  le  centre  0  d^cril  une  parabole.  Par  consequenl, 
le  lieu  des  projections  du  point  0  sur  les  tangentes  k  la 
developpante  est  rectifiable. 

Y.  La  courbe  elastique  engendree  par  le  centre  d'une 
hyperbole  equilatere  qui  roule  sur  une  droite  est  recti- 
fiable, car  la  lemniscate  est  rectiGable. 

VI.  La  courbe  deciite  par  le  foyer  d*une  ellipse  qui 
roule  sur  une  droite  a  meme  longueur  que  la  cireonference 
decrite  sur  le  grand  axe  comme  diametre,  etc.,  etc. 

Le  theoreme  dont  je  viens  de  reproduire  Tenoncem'a 
paru  tres-curieux.  Le  corollaire  reiatif  a  la  reciiflcalion  de 
la  chainette  a  dVilleurs  eveille  mon  attention.  II  m'a  sag- 
ger^ la  pens^e  que  le  precede  dont  j'ai  fait  usage  pour  rec- 
tifier la  chainetie,  dans  ma  Theorie  geomeirique  des  rayons 
€l  centres  de  courbure  {*) ,  pouvait  s'etendre^a  la  demon- 
stration du  theorenie  de  M.  Mannheim.  Le  resultat  n'a  pas 
trompe  mon  aitente,  et,  sans  connaitre  la  voie  suivie  par 
Tauteurdans  ses  deductions,  je  suis  parvenu  tres-simple- 
ment  au  but  que  je  n>e  proposais. 

L'objet  de  celle  note  est  la  demonstration  tout  el^ 

mentaire  du  theoreme  euonce  ci-dessus  el  sa  generalisa- 

■  ■'■■■■■  ■ I  li ,...  ,    ■   , ....  ■  , .  II  I .  Ill, — ■ - — " 

O  Voir  Bulletins  de  VMadimie,  2~  i^rie,  I.  II ,  n-  ft. 


(  241  ) 

tioD.  Je  doune,  en  outre,  la  rectification  de  la  cycloide. 
Soit  ACB  an  arc  plan  tangent  en  A  k  la  droite  EF,  M 
un  point  lie  h  cet  arc  et  pris  dans  son  plan ,  GPH  le  lieu 
des  projections  du  point  M  sur  les  (angentes  menees  de  A 
enBa  I'arcACB: 


Imaginons  que  Tare  ACB  se  developpe  en  roolant  sur 
la  droite  EP  et  qu'il  entraine  avec  lui  le  point  M.  Pendant 
que  cet  arc  roule  de  A  en  B,  le  point  M  decrit  un  arc  de 
roulette  MON. 

Les  arcs  iMON,  GPH ,  sont  ^videmment  lies  entre  eux , 
et  ils  se  correspondent,  en  vertu  de  leur  <iommune  d^pen- 
dance  avec  Tare  ACB.  On  a  d*aill6urs  pour  deux  portions 
quelconques  homologues  ou  conjuguees  entre  eltes : 

MON  =  GPH , 

et  c'est  dans  cette  ^galit^  que  consiste  le  th^Oreme  h  66- 
montrer. 

Dans  la  g^n^ration  par  le  point  M  de  Tare  MON,Ha  tan- 
gente  EF  demeurant  fixe,  et  Tare  ABC  roulant  sur  cette 
droite,  l6  plan  MAGB  tourne  avec  une  certaine  vitesse  an- 
gulaire  w,  prise  pour  unit4. 

Dans  la  generation  par  le  point  Gde  Tare  GPH,  le  plan 
MACB  demeurant  iixe  et  la  tangente  EF  s*enrouIant  sur 
Tare  ACB,  il  est  visible  que  la  tangente  pent  dtre  consi- 


(  242  ) 

dirie  comme  tournant  avec  cette  meme  vitesseo),  changee 
de  sens  et  non  de  grandeur. 

Cela  pos^y  s'agit-il  d*abord  de  Tare  MON?  on  reconnait 
imm^diatement  que,  dans  la  rotation  autour  du  centre 
instantane  A,  la  vitesse  du  point  M  est  representee  en 
grandeur  par  AM.  S'agil-il  ensuile  de  Fare  GPH?  Tangle 
en  G  du  triangle  MGA,  etant  assujclti  k  rester  droit,  les 
droites  MG,  AG  tournent  toutes  deux  avec  la  vitesse  o), 
Tune  autour  du  point  M,  Tautre  autour  du  point  A.  II  s'en- 
suit  que  la  vitesse  du  point  G ,  situe  a  Tintersection  de  ces 
droites,  resulte  de  deux  composantes,  perpendiculaires 
entre  elles  et  ^ales  en  grandeur,  Tune  a  MG ,  Fautre  a  AG. 
La  consequence  est  evidente;  elle  consiste  en  ce  que  la 
vitesse  du  point  G  est  representee  en  grandeur  par  I'hypo- 
thenuse  AM.  On  voit  done  que  les  points  M  el  G,  decri- 
vant  Tun  Tare  MOP,  Tautre  Tare  GPH ,  sont  animes  de  vi- 
tesses  ^ales,  et  comme  cette  egalite  subsiste  dans  toutes 
les  positions  qui  se  correspondent  sur  les  arcs  decrits  de 
part  et  d^aulre,  il  en  resulie  que  ces  arcs  sont  necessaire- 
ment  egaux.  C.  Q.  F,  D. 

Le  theoreme  que  je  viens  de  demontrer  comporte  une 
certaine  extension. 

Supposons  que  les  droites  partanl  de  M  coupent  les  tan- 
gen  tes  a  ACB,  non  plus  sous  un  angle  droit,  mais  sous 
un  angle  quelconque,  constant  et  egal  a  6.  On  a  Tenonce 
suivant  plus  general  que  celui  de  M.  Mannheim  : 

Lorsqu*une  courbe  plane  ACB  roule  sur  une  droite  fixeEF, 
il  existe  un  rapport  constant  entre  la  longueur  de  la  rou- 
lette MON,  decrite  par  un  point  M  lie  a  la  courbe  roulante , 
et  la  longueur  correspondante  de  la  courbe  GPH^  lieu  des 
points  ou  les  tangenles  a  ACB  sont  coupees,  sous  I'angle  6, 
par  des  droites  partant  de  M.  Ce  rapport  est  exprimd  par 


(  245  ) 
VegalUe 

MON 


GPH 


=  sin  C, 


Toiites  choses  restant  les  memesque  tout  k  Theure,  sauf 
que,  au  lieu  d'etre  droit ,  Tangle  en  G  du  triangle  MGA  est 
egal  a  S,  la  vitesse  qui  anime  le  point  M  dans  la  descrip- 
tion de  la  roulette  MON  ne  cesse  pas  d'etre  representee  en 
grandeur  par  AM.  La  seule  difference  consiste  en  ce  qu'on 
ne  connait  point  tout  d'abord  les  deux  composantes  de  la 
vitesse  qui  anime  le  point  G  dans  la  description  de  la 
courbe  GPH  : 

on  sait  seulement  que  cette  vitesse 
resulte,  soit  de  deux  composan-^ 
tes,  Tune  egale  et  perpendiculaire 
a  MG,  Tautre  inconnue  et  dirigee 
suivant  GM;  soit  de  deux  compo- 
santes, Tune  egale  et  perpendicu- 
laire a  AG,  Tautre  inconnue  et 
dirigee  suivant  GA.  Si  Ton  eleve  en  A,  sur  AG,  la  perpen- 
diculaire AR,  et  en  M,  sur  MG,  la  perpendiculaire  MR 
(R  etant  le  point  d'intersection  de  ces  deux  droites),  il 
resulte  des  conditions  pr^cedentes  f)  que  la  vitesse  dti 


(*)  Lorsqu^un  point  est  assujetti  a  rester  en  m^me  temps  sur  deux  droites 
mobiles,  et  qu'on  connait,  pour  chaque  droite,  consid^r^e  isolement,  la 
vitesse  du  point  normale  k  la  direction  de  cette  droite,  voici  comment  on 
determine  la  vitesse  absoiue  de  ce  point : 

On  mene  par  le  point  deux  portions  de  droite  repr^senlant  en  grandeur 
et  en  direction  les  vitesses  normales  suppos^es  connues;  on  ^leve  sur  chaque 
portion  de  droite  et  a  son  extremity  une  perpendiculaire.  La  droite  qui  joint 
le  point  donne  au  point  de  concours  de  ces  perpend iculaires ,  repr^$ente  en 
grandeur  el  en  direction  la  vitesse  cherchee. 


(  244  ) 

point  G  est  representee  en  grandeur  par  la  diagonale  GR 
du  quadrilatere  MRAG.  D'un  autre  col^,  puisque  les  an- 
gles en  A  et  M  sont  droits  et  que  Tangle  en  G  est  deter- 
mine, il  s*ensuit  que  la  droite  GR  est  le  diametre  du 
cercle  construit  sur  AM,  comme  segment  capable  de  Tan- 
gle ^.  Concluons  que  la  longueur  GR  depend  exclusive- 
ment  de  Tangle  S  et  de  la  longueur  AM.  Partant  de  la, 
on  trouve  tres-aisement 

GR  sin  C  =  AM. 

On  voil  ainsi  qu  il  existe  un  rapport  constant  enire  ta 
Vitesse  du  point  M  dans  la  description  de  Tare  MON,  et 
celle  du  point  G  dans  la  description  de  Tare  GPH.  II  est 
demontre  en  m£me  temps  que  ce  rapport  est  egal  a  sin  S* 
Le  meme  rapport  subsiste  necessairement  entre  les  por- 
tions d'arc  qui  se  correspondent.  On  a  done,  comme  con- 
s^queace  immediate , 

g^  =  sin  C,  C.  Q.  F.  D. 

Ce  (heoreme  conduit  plus  directement  que  celui  de 
M.  Mannheim  au  coroUaire  III  relaiif  a  la  rectification  de 
la  spirale  logarilhmique. 

Supposons  que  )a  courbe  ACB 
soit  un  cercle  au  rayon  AI  »=  R; 
supposons,  en  outre,  que,  au  lieu 
de  rouler  sur  la  tangenle  EF,  ce 
cercle  roule  sur  un  autre  cercle  au 
rayon  Ar«^R'.  Rien  n'etant  change 
d*ailleurs,  on  voit  aisement  que  la 
Vitesse  angulaire  de  la  droite  AM  n'est  plus  egale  a  ceile 


C«43  ) 

desdroices  MG,  AG,  et  qa*entre  eelle-ei  et  la  premiere, 
il  y  a  le  m£me  rapport  q»'entre  R'  et  R  -^  R'.  De  1^  ri* 
suite,  comme  tout  k  Tbeure, 

MON        R^R'    , 
GPH  R' 

ou  invers^ment 

GPH  R' 


(0 


MON        (UH.R')slnC 


Cela  pose,  si,  toutes  choses  ^gales  d'ailleurs,  on  prend 
pour  courbe  fixe  le  cercle  au  rayon  R  el  pour  courbe 
roulante  le  cercle  au  rayon  R',  les  arcs  MON,  GPH  etant 
remplaces  par  d*autres  arcs  MO'N',  GP'H',  respectivemenl 
determines  comme  les  premiers,  Ton  a,  en  vertu  de  Tdqua- 
lion  (i) 

GPH'  R 


(2) 


MO'N'        (RH-R')siaC 


L'addition  membre  h  membre  des  egalites  (1)  et  (2) 
donne 

GPH        GPH'  i 


MON        MON'        sin  C* 

et  comme  cetle  relation  subsiste  ind^pendamment  des 
rayons  R,R',  il  s'ensuit  qu'elle  s^applique  au  cas  g^n^ral 
de  deux  courbes  quelconques  et  qu*en  cons^uence,  elle 
fournit  ce  nouvel  enonc^ : 

Lorsque  deux  arcs  plans  ACB,  AC'B\  tangents  en  A  et 
4§aux  en  long\Mur,  touknt  suceessivement  Ttin  sur  tautre, 
ehacmi  d'eux  restant  fixe  pendant  que  l^autre  s'y  applique 


(  246  ) 

tout  enlier,  il  existe  une  relation  constante  entre  les  lon- 
gueurs des  roulettes  MON,  MO'N'  d^rites  par  un  m4me 
point  M  liia  la  courbe  roulante  et  les  longueurs  correspon- 
dantes  des  courbes  GPH,  GP'H',  lieux  des  points  ou  les 
tangentes  aux  arcs  ACB,  AGB'  sont  couples  sous  I'angle  S 
par  des  droites  partant  de  M.  Cette  relation  est  la  suivante  : 

...  GPH        GP'H'  i 

(OJ«       •         •        •        • 


MON        MO'N'        sin  C 

Si  Tangle  6  est  droit,  comme  dans  le  cas  du  theoreme 
de  M.  Mannheim,  on  a  plus  simplemenl : 

in  GPH        GP'H' 

MON        MO'N' 

J'ai  suppose  les  arcs  ACB,  AG'B'  exterieurs  Tun  k  Tautre. 
S'iis  etaient  interieurs  Tun  k  Tautre/on  aurait  en  general 

GPH       GP'H'  1  ,.      GP'H'       GPH  1 

(5). = ou  men = , 

^  '  MON       MO'N'       sin  C  MO'N'       MON       sin  C 

et,  dans  le  cas  particulier  oii  Tangle  S  est  droit, 

GPH        GP'H'  ,.      GP'H'       GPH 

(6). =  1     ou  bien =  i , 

^  '  MON        MO'N'  MO'N'       MON 

selon  que,  pour  d^egales  longueurs  considerees  de  part 
et  d*autre,  la  courbure  de  Tare  ACB  serait  constamment 
plus  forte  ou  constanimenl  moins  forte  que  celle  de  Tare 

ACB'. 

« 

Les  iheoremes  exprinoes  par  les  egalites(3),  (4),  (5),  (6), 
component  cvidemment   de  nombreux  corollaires.  Le 


(  247  ) 

manque  de  lemps  m'ablige  h  laisser  au  lecleur  le  soin  de 
ies  deduire. 


—k 


RECTIFICATION  DE  LA   CYCLOIDE. 

Soil  amfle  cercle  roulant,  cson  centre,  m  le  point  qui 

d^crit  la  cycloide,  Ik  la  droile 
sur  laquelle  roule  le  cercle 
amf,  a  le  point  de  contact  de 
ce  cercle  avec  la  droite  Ik.  Le 
point  aetant  le  centre  instan- 
tane  de  rotation  qui  corres- 
pond a  la  position  actuelle  du 
point  m,  il  est  visible  que  la 
Vitesse  v  de  ce  point  est  dirigee  tout  entiere  suivant  mf. 
Prenons  mf  four  grandeur  de  la  vilesse  actuelle  v.  Si  par 
le  point  f  nous  menons  la  droite  fb  tangente  en  f  au  cercle 
amf,  mb,  fb  seront  Ies  composantes  de  la  vitesse  v.  Tune 
parallele,  Tautre  perpendiculaire  au  diametre  af.  Cela 
pose,  tandis  que  le  point  m  decrit  la  cycloide,  si  Ton 
considere  le  cercle  amf  comme  fixe  et  qu'on  projette  le 
point  decrivant  sur  ce  cercle  par  une  droite  parallels  a  /A:, 
on  voit  immediatement  que  la  projection  du  point  decri- 
vant a  une  vitesse  actuelle  v'  representee  en  grandeur  et 
en  direction  par  la  droite  me,  tangente  en  m  au  cercle 
amf  II  suit  de  la  qu*en  designant  paru'  la  composanle  de 
la  vitesse  u'  dirigee  suivant  mf,  on  a  generalement 

u'  =  mrf, 

d  etant  le  pied  de  la  perpendiculaire  abaissee  du  point  e 
sur  mf.  Or,  puisque  Ies  droites  fe,  me  sonl  toutesdeux 
tangentes ,  Tune  en  f,  Taulre  en  m,  au  cercle  amf,  le  point 


(  248  ) 
d  e9l  ^videmment  le  milieu  de  mf.  On  a  dooc 

Concluons  que  la  longueur  de  Tare  cycloidal,  compris 
entre  deux  positions  quelconques  du  point  decri?ant,  est 
^ale  au  double  d|i  changement  de  longueur  que  la  droite 
mfsuhii  dans  le  passage  d'uue  de  ces  positions  k  I'autre. 
On  a  ainsi  pour  la  longueur  lotale  de  la  cyclo'ide  le  qua- 
druple du  diametre  af. 

S'il  s'agissait  d*une  epicycloi'de ,  au  lieu  de  doubler  le 
changenient  de  longueur  subi  par  la  droite  m^  il  faudrait 
multiplier  ce  m&tne  changement  de  longueur  par  le  fac- 
teur  2  (1  -♦-  ^,),  R  elant  le  rayon  du  cercle  roulant,  R' 
celui  du  cercle  Oxe. 


(  24»  ) 


CLASSE  D£S  LETTRES. 


Seance  du  I*'  mars  1858, 

M.  M.*M.-J.  Leclercq,  directeur. 

M.  Ad,  Quetelet,  secretaire  perpetual. 

Sont  presents  :  MM.  Grandgagnage,  de  Ram,  Roulez, 
Gachard,  le  baron  J.  de  Saint-Genois,  Paul  Devaux,  P.  De 
Decker ,  Schayes ,  Snellaert,  Carton,  Bormans,  Polain, 
Baguet,  Arendt,  membres;  Nolel  de  Brauwere  Van  Stee- 
land,  associe;  Mathieu,  Kervyn  de  Leilenhove,  Chalon  , 
Thonissen,  Th.  Juste,  correspondants. 

M.  d'Oinalius  d'Halloy,  president  de  l*Acad4mie  et  membre 
de  la  classe  des  sciences;  MM.  Alvin  et  Ed.  Felis,  membres, 
et  Jehotte,  correspondant  de  la  classe  des  beaux-arts,  assis- 
tent  k  la  seance. 


CORRESPONDANCE. 

UAcad^naie  apprend  avec  douleur,  par  une  lettre  de 
M"*  Delfosse,  la  perle  que  le  pays  vienl  de  faire  par  la 
mort  de  son  epoux,  M.  Auguste  Delfosse,  ministre  d*Etat 
et  ancien  president  de  la  Cbambre  des  Repr^sentants. 

—  La  Soci^t^  des  antiquaires  de  la  Morinie  k  S'-Omcr, 


(  250  ) 

annODce  renvoi  da  dernier  volume  de  son  Bulletin  histo- 
rique;  et  la  Sociele  libre  d^emulation  de  Liege  remercie 
TAcademie  pour  Teuvoi  de  son  dernier  Annuaire. 

—  L'auteur  du  travail  envoye  au  concours  sur  la  ques- 
tion de  litlerature  flamande  fait  parvenir  le  billet  cacbele 
qui  mauquait  a  son  m^moire. 

—  M.  Hauchecorne » de  Cologne ,  ^crit  a  TAcademie  en 
lui  presentant  un  exemplaire  de  ses  tableaux  statistiques 
des  chemins  de  fer  de  TAIIeniagne  pour  Tannee  1S56. 

—  M.  le  general  Renard  transmet  une  cinquieme  lettre 
manuscrite  sur  l'identit4  de  race  des  Gaulois  et  des  Ger- 
mains.  (Coramissaires  :  MM.  Schayes,  Roulez  et  le  baron 
deGerlache.) 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


Relation  de  la  premiere  croisade  de  saint  Louis,  par  Gui- 
bert  de  Tournay,  Notice  par  M.  Kervyn  de  Lettenhove , 
correspondant  de  TAcademie. 

J*ai  eu,  il  y  a  quelques  annees,  Thonneur  de  commuDi- 
quer  h  la  classe  une  notice  snr  le  manuscrit  unique  du. 
traits :  De  erudilione  regum.  Qu  il  me  soit  permis  d*ajouter 
aujourd'hui  que  je  crois  avoir  retrouv^  un  autre  ouvrage 
bien  plus  important  de  Guibert  de  Tournay,  je  veux  parler 
de  la  relation  de  la  croisade  d'Egypte  dont  on  conservait 
autrefois  une  copie  a  Fabliaye  de  S'-Marlin. 


(261  ) 

Le  maDuscrit  n^"  9493  de  la  Bibliolh^que  de  Bourgogoe 
renferme  une  coolinuatioD  in^dite  de  Bernard  le  Tr^sorier 
qui  s'etend  de  12S9  h  1266(1).  Mais  lorsqu'on  Texamine 
attentivemeDt,  on  reeonnait  qu*elle  est  presque  entiere- 
ment  consacree  aux  expeditions  chreliennes  d*Orienl  sous 
le  r^gne  de  saint  Louis.  Les  digressions  memes  auxquelles 
Fauteur  se  livre  ne  sont  point  elrangeres  au  but  qu'il  se 
propose.  Nous  mentioonerons  les  chapitres  consacres  au 
Khalife  de  Bagdad,  aux  Tarlares  et  au  Yieux  de  la  Mon- 
tague, et  surtout  une  precieuse  description  de  Jerusalem 
au  XIir»  si^cle. 

L*auteur  ne  se  nomme  pas  :  il  a  soin  toutefois  de  rap- 
peler  que  Frederic  II,  apres  avoir  protege  pendant  quelqne 
temps  les  freres  mineurs,  les  cbassa  de  son  empire,  et  que 
saint  Louis  en  emmena  avec  lui  non-seulement  dans  Tile 
de  Cbypre,  maisaussi  a  Damietle.  Ceci  legitime  peut-etre 
notre  hypotbese  que  le  recit  que  nous  avons  sous  les  yeux 
appartient  a  un  frere  mineur.  Nous  trouverons  d'autres 
arguments  dans  la  comparaison  de  plusieurs  texles  de  ce 
manuscrit  avec  certains  passages  du  traits  De  eruditione 
regum. 

L'auteur  de  notre  relation,  apres  avoir  rapport^  que  le 
roi  de  France  refusa  de  Tuir,  et  aima  mieux  s*exposer  avec 
tons  les  siens  k  la  captivite  et  k  la  mort,  peint  ainsi  sa  se- 
renity d'Sinie  au  milieu  des  privations,  des  souffrances  et 
des  perils  : 

Li  rois  les  amonestoit  de  bien  faire.  Bien  distrent  aucuns 
qui  en  Tost  de  la  crestiant^  furent  que  onques  ne  virent  le  roi 


(1)  Elle  se  trouve  aussi  dans  le  n<*  9045;  mais  ce  MS.,  moins  ancien,  est 
assez  incorrect. 


(  852  ) 

frire,  fid  mauvais  semblant,  n6  coart,  na  esbahi,  et  bien  sam- 
blott  k  la  chi^ra  qu*il  ne  ust  Hole  doutance,  na  asraai. 

Guibert  de  Toumay  dit  dans  le  traits  De  erudilioni  re- 
gum  : 

Rex  fugae  praesidio  consulere  noluit,  sed  flere  cum  flentibas 
maliiit  et  cum  popnio  in  carcerem  vel  mortem  ire.  Quid  esset  id 
homine  claruit  dum  fidei  scutum  opposuit  ut  animaretad  fidem 
exerciltmi.  Non  expaluit  facies,  sed  intrepiduset  solitolonge  ae- 
curior,  nicbil  de  statu  regiae  dignitatis  amisit. 

Dans  le  meme  traite,  il  mentioDne  les  Psylles  d*Egyple, 
qui,  en  pronon^ant  cerlaines  paroles,  sucent  avec  la 
langue  le  venin  le  plus  violent.  Notre  manuscrit  s'occupe 
aussi  des  Psylles  et  «  des  charnoes  que  il  savoient  dire,  » 
car  <c  c'estoil  merveille  a  veolr  comment  li  Psille  se  com- 
»  batoient  au  venin.  » 

Comment  d*allleurs  pourrait-on  ne  pas  reconiiaitre 
dans  ceite  relation  inedile,  la  plus  complete  qui  soil  par- 
venue  jusqu*k  nous  sur  la  septieme  croisade,  le  travail 
hislorique  de  Guibert  de  Tournay,  signale  par  d^anciens 
auteurs  et  vivement  regrette  par  les  erudits  modernes? 

Une  miniature  presque  effacee  oti  Ton  aper^oit  sainl 
Louis  malade  a  Pontoise,  recevant  la  croix  des  mains  de 
r^v^que  de  Paris,  nous  annonce  le  commencement  du 
recit  de  la  croisade  (1).  Immedialement  apres  le  premier 


(1)  La  narration  de  Texp^dition  de  Thibaud  de  Chamf^a^ne  en  terre 
sainte,  k  peine  ant^rieure  de  quelques  annees,  remplit  les  pages  prec^entes 
de  notre  manuscrit,  et  nous  ne  croyons  pas  nous  tromper  en  disant  que 
Pauteur  Ta  ecrite  d^apres  le  t^moignage  de  plusieurs  chevaliers  qui  accom- 
pagnerent  saint  Louis  en  Egypte.  II  cite  lui-mlme  Philippe  de  Nanteuil  et 
Matthieu  de  Marly. 


(  235  ) 

chapitre  vieftt  une  leltre  adressee  ^  Nicolas  H6rode  et  k 
Jean  SafraEin,qui  elaient,  si  je  nenie  trompe,  tons  les  dea:t 
ir^soriers  du  roi  de  France.  L'aulcnr  de  cetle  leltre,  qui 
est  evidemment  le  m^me  que  Tauleur  du  livre,  rapporte 
qu'il  se  irouvait  pr^s  du  roi  el  de  la  reine  sur  le  navire  la 
Monjoie^  qui  mil  a  la  voile  du  porl  d'Aigues-Mortes  lejour 
de  la  fele  de  saint  Angustin  (28  aout  124nS)  et  qui  aborda 
a  Chyprele  17  seplembre(l).Quelques  mois  sepasserent: 
on  chercha  5  les  meltre  ^  profit  en  nouant  des  negocialions 
avec  les  Tarlares,  et  noire  auleurcile,  concime  y  ayanl  pris 
une  pari  aclive,  Andre  de  Lonjunieau,  Jean  Godelichet 
Herbert  leSonimelier  el  Gilbert  de  Sens.  Quand  toute  Tar- 
mee  des  croisesse  trouva  reunie,  elle  complail  5,500  che- 
valiers el  5,000  arbalelriers.  Mais  Texpedilion,  des  qu^elle 
s'eloigna  du  rivage,  ful  vivement  conlrariee  par  les  lem- 
p6les.  Bien  que  Ton  ne  complit  que  irois  journees  de  Li- 
me^on  a  Damielle,  elle  resta  plus  de  trois  semaines  en 
mer.  La  leltre  qui  nous  a  conserve  sur  tons  ces  fails  de 
nonabreux  delails,  Tut  ecrite  a  Damielle  aussilot  apres  le 
debarquemenl  des  croises. 

Une  seconde  lellre,  dalee  ^galement  de  Damielle, 
s*^lend  davanlage  sur  la  brillante  conquele  de  cette  ville. 
Nous  en  cilerons  tout  ce  qui  se  rapporle  au  combat  livre 
sur  le  rivage  : 

Vendredi  apr^s  la  Ternit^,  enter  lierce,  venismes  devant  Da- 
miete  h  grant  partie  de  nostre  estoire,  ines  elle  n'estoit  pas 
toute  dallez  et  bien  avoit  HI  Hues  tresqu  ^  terre.  Li  rois  fist  Tes-* 


(1)  Tout  donne  lieu  depeoser,  arons-nous  d^ja  observe  ailleurs,  que  Gui- 
bert  de  Tourna^  fut  altacb^  comme  chapelain  ou  comme  lecteur  au  roi  d« 
Franco. 


(  2S4  ) 

toire  a  ancrer  et  manda  tantost  tous  ses  barons  qui  I^  esloieot.  11 
s'asembl^rent  luit  dedens  la  Monjoie,  la  nef  le  roi,  et  &*acord^ 
rent  que  landemain  bien  matin  iroient  prendre  terre  a  force, 
maugr^  leur  anemis»  se  il  leur  osoient  deffendre.  Gomandd  fu 
que  on  appareillast  loutes  les  galies  et  tous  les  menus  vessiaus, 
et  que,  landemain  bien  matin,  i  entrassent  tuit  cil  qui  entrer  i 
porroient.  Bien  fu  dit  que  chascun  se  confessast  et  feist  son  tes- 
tament, et  atornast  bien  son  afaire  come  pour  morir,  se  il  plai- 
soit  h  Noslre-Seingneur. 

Quant  ce  vint  landemain,  li  rois  oi  le  service  Jh^su -Crist  et 
tele  messe  comme  Ton  fait  en  mer,  et  s*arma  et  coraanda  que  tuit 
sarmassent  et  entrassent  hs  petis  vaisseaus  pour  aler  prendre 
terre.  Li  rois  cntra  en  unecoiche  de  Normandie  et  nous  et  nostre 
compaingnie  aveques  lui  et  li  l6gas  ansint  qui  tenoit  la  vraie 
crois  et  enseignoit  la  gent  arm6e,  qui  estoient  ^s menus  vaissiaux 
pour  aler  prendre  terre.  Li  rois  fist  entrer  en  la  barge  de  can- 
tier  monseignor  Jehan  de  Biaumont,  Mahi  de  Marli,  Joffroi  de 
Sargines,  et  fist  mettre  le  confanon  monseignor  S'  Denis  awec 
eus.  Gc  le  barge  ala  toute  devant,  et  tuit  li  autre  vaissel  apr^s  et 
suivirent  le  confanon.  La  cocbe  oil  li  rois  estoit  et  li  l^gas  awec 
lui,  qui  tenoit  la  vraie  crois,  et  nos,  estions  derrier. 

Quant  nous  aproicbasmes  de  la  rive  5  une  arbalest^e,  mout 
grant  plante  de  Turs  qui  1^  estoient  sor  la  rive  k  pi^  et  ^  cbeval 
traistrent  a  nos  mout  espessement  et  nos  h  eus,  et  quant  nos 
aproicbasmes  de  terre,  bien  II  mil  Turs  qui  1^  estoient,  se  fi^ri- 
rent  en  la  mer  bien  avant  contre  nos  gens,  et  asse^  de  ceus  k  pie. 
Quant  nostre  gent,  qui  arm^  estoient  h  pi6  bs  vaissiaus  et  meis- 
mement  li  chevalier  virent  ce  (et  meismement  mout  d'autres), 
n'entandirent  pas  h  suirele  confanon  monseingnor  saint  Denise, 
ains  saillirent  en  li  aue  tuit  arm^,  li  un  jusques  aus  esselles  et 
li  autres  jusques aux  mamelles,  les  uns  plus  et  les  autres  moins, 
selonc  ce  que  la  mer  estoit  plus  parfonde  en  un  leu  qu*en  autre. 
Assezi  ot  de  nos  gens  qui  traistrent  leur  chevaux  par  grant  p^ril 
et  par  grant  proesce  hors  des  vaissiaux  oil  il  estoient. 


( "^55  ) 


Adonts'efforc^rent  nostre  arbalestier  et  traistrent  si  diirement 
et  si  espessement  que  ce  estoit  merveilles  h  veoir.  Lors  vinrent 
li  nostre  k  terre  et  la  gaagni^rent.  Quant  li  Tur  virent  ce,  si  se 
rali^rent  ensemble  et  parl^rent  en  leur  langage,  et  veinrent  sur 
nos  gens  si  fi^rement  qu  it  sembloit  qu'il  les  deussent  tous  oc- 
cirre  et  d^conper;  mes  nos  gens  ne  se  murent  de  sus  le  rivage, 
ains  se  combatoient  si  tierement  quil  sembloit  qu*il  n  eussent 
onques  soffert  perils,  ne  travaus,  ne  angoisse  en  la  mer,par  la 
vertu  de  Jh^su-Crist  et  par  la  vraie  crois  que  li  l^gas  tenoit  en 
haut  contre  les  mescr^ans. 

Quant  li  rois  vit  lesautres  saillir  et  descendre  en  la  mer,  il  vest 
saillir  en  la  mer,  m^s  Ten  ne  li  vost  soffrir,  et  toutes  voies  des- 
cendi-il  outre  lor  gr^  et  entra  en  la  mer  jusqu^  la  ceinture,  et 
nous  tuit  awee  lui,  et  puis  que  li  rois  fu  descendus  en  la  mer, 
dura  la  bataille  grs^nt  pi^ce.  Quant  la  bataille  ot  dur^  et  par  mer 
et  par  terre,  d^s  le  malin  jusqu'a  midi,  li  Ture  se  traistrent  ar- 
ri^re  et  entr^rent  dedans  la  cit6  de  Daniiete.  Li  rois  demora  sus 
la  rive  1^  tout  Tost  de  la  crestiant^. 

II  ot  en  celle  bataille  ou  pou  ou  nul  mors  des  erestians  :  des 
Turs  i  ot  bien  ocis  jusqu*i^  y^  et  mout  de  leur  chevaus.  II  i  ot 
ocislH  amiraus.  Li  rois,  qui  ot  est^chevetaineen  la  bataille  oik  li 
quens  de  Bar  et  oil  de  Montfort  et  li  autre  crestien  avoient  est^ 
desconfit  devant  Gadres,  i  fu  occisen  celle  bataille.  Ce  estoit,  di- 
soit  Tan ,  li  plus  grans  sires  de  toule  la  terre  d*£)gypte,  apr^s  le 
soudant,  bons  chevaliers,  hardis  et  saiges  de  guerre. 

Landemain,  c'est  h  savoir  le  diemanche  apr^s  les  huiti^mes  de 
Pantecoste(1),au  matin,  vint  uns Sarrasins au  roi,qui  li  dist  que 
tuit  li  Sarrasin  s*enestoient  al^  de  lacitd  de  Damiele,  et  que  Ten 
le  pandist  se  ce  n*estoit  voirs.  Li  rois  le  fist  bien  garder  et  i  en< 
Yoia  gens  pour  savoir  la  certainnet^.  Avant  qull  fust  none,  cer* 
taines  nouvelles  vindrent  au  roi  que  grant  plants  de  nos  gens 


(1)  6juin1349. 

a^'sAWE,  TOMt  IV.  17 


i 


(  5l$a  ) 

estoient  Ik  Men$  la  cit^  d«  Damiete  et  la  hauiere  1^  rol  $II4  une 
hame  lor. 

Dans  cette  memo  leitrei  se  lUaient  ce$  lignes ; 

Nous  cuidons  adonques  que  nous  ne  mouvrons  de  la  cit^ 
jusques  h  la  Tous-Sains  pour  la  croissance  du  flum  de  Paradis 
qui  h  cort  que  on  appelle  le  Nil,  quar  Ten  ne  puet  alcr  en 
Alexandre,  ne  en  Babylone,  ne  au  Cahaire  quant  il  $'est  es- 
pandus  par  la  terre  d'Egypte,  ne  il  ne  descroist,  ce  dist  Tan, 
devant  adonques... 

Et  plus  loin : 

Faites  savoir  ees  Ieltre$  k  tous  nos  amis.  Ce9  lettres  forent 
failes  dedens  la  cit^  de  Daniiete»  la  vegille  de  la  nativity  moR* 
seingnor  saint  Jehan-Baptiste. 

D'autres  lettres  furent-elles  eerites  aa  camp  de  la  Mas- 
soure?  Nous  rignoroDS,  et  nous  compreoons  aisement 
qii'elles  ne  sclent  point  parvenues  jusqu'k  nous.  Aussi  ne 
rencontrons-nous  plus  dans  noire  texte  qii^une  relation 
r^uli^re  ecrite  sans  doute  plus  tard,  apr^  la  tin  de  la 
captivity  d'figypte. 

Dans  ceite  relation,  Tauteur  remonte  jusqu^au  s^jour 
.du  roi  de  Prance  k  Damielte.  II  se  plait  a  enumerer  toules 
les  foadalions  pieuses,  toules  les  aunoooes  que  saint  Louis 
multipliait  en  meme  temps  que  Ton  reparait  adivement 
les  rortlGcaiions  de  la  ville.  Tous  les  seigneurs,  porle  aotre 
relation »  avaient  lew  hostel  gratit  et  M  a  Damiette,  et 
le  roi»  craignant  que  la  discipline  miUlaire  na  fdl  Irop 
promplement  oubliee,  en  donna  le  premier  Texemple  en 
laissant  la  reine  a  Damielte  pour  aller  s'elablir  avec  tous 
les  barons  dans  Tile  de  Maalot ,  sur  Tautre  riv^  dii  Nil ; 


r 


(  257  ) 

mm  &es  cqnseils  ne  furent  pas  longtemps  ^cout^s  (1).  A 
peine  les  Bedouins,  a  qui  le  soudan  avail  promis  di\  be- 
sants  d'or  par  Ifite  de  Chretien,  se  monirerenl-ils  devant 
le  camp  que  Ton  eut  a  deplorer  Timprudenle  tenlalive  da 
sire  d'Antrereche,  aussi  rapporlee  par  Joinville.  Une  cha- 
leur  e^tremey  qui  muliipliail  les  mouches  el  les  insectes 
de  tout  genre,  accablait  les  croises,  et,  vers  les  derniers 
jours  d'octobre,  les  vents  furieux  souleverenl  les  fiol$  de 
la  Boer. 

On  cfQt ,  enQn ,  toucher  au  terine  de  ces  epreuves. 
L^arrtvee  do  comte  de  Poitiers,  qui  avail  heureusement 
^happe  k  la  tenopdte,  fut  saluee  avec  joie;  les  inonda* 
tions  du  Nil ,  qui  s*etaient  opposees  jusque-I^  h  la  marche 
des  croisds,  avaient  completement  cesse,  et  toule  rarm^e 
chrelienne  se  porta  en  avanl,  Ie20  novembre,  pour  se  di- 
nger vers  la  Massoure.  On  mil  trenle  et  un  jours  h  faire 
dix-huil  lieues.  Un  autre  mois  se  passa  en  vains  prepara- 
tifs  po^r  franchir  le  canal  du  Tanis,  el  Ton  sail  quel  af- 
freux  desaslre  attendait  les  croises  sur  Fautre  rive. 


(1)  Notre  auteur  est  fort  severe  k  i'^gard  des  ddsordres  des  chevaliers. 
Toiei  comment  i!  Dons  peint  la  eoupabie  mollesse  de  eeux  qui  partagf^rent 
les  re?ers  du  comte  de  Jaffa  : 

Li  riche  homme  firent  metre  les  napes  et  s'asistrent  an  menfter,  quar  il 
aTOfeni  aiaes  foit  porter  pain  et  tio  ,  geiiaes  et  ebapons.  Li  un  menjoienl  et  It 
autre  dormoieBt;  li  autres  aliroient  keur  cheveux,  lant  avoit  d'orgueil  et  de 
bobant  en  eux.  Bien  s'aper(urent  que  Nostres-Sires  ne  yuelt  mie  que  on  le  serve 
en  tel  maniere. 

II  serait  int^ressant  de  comparer  aux  Editions  publiees  an  XYI"""  siecle, 
les  MSS.  bieo  plus  complets  des  sermons  de  Guibert  de  Tournay,  conserves  a 
Arras  I  k  Poitiers,  k  Troj'es  et  k  Bruxelles  (n**  4284  et  S2S0).  tk  aussi  se  fen- 
eootrent  de  nobles  et  pieux  enseignements  adress^s  k  la  ehevalerie  :  rofet 
naUmtamA  \»M%.  H^iO,  (^  52.  Un  atitfe  cnriwii  cosiaiciiee  ptr  €•  UfxH ; 
Bmkt  terra  tujtu  rex  nohilh  eU* 


(  258  ) 
Nous  reproduirons  le  recit  de  la  balaille  de  la  Massoure : 

Quant  li  nostre  veirent  que  il  faisoient'ainssint  leur  volenti^ 
des  Sarrasins  et  que  tuit  s^enfuioient  devant  enls,  il  les  comen- 
ci^rent  a  chacier  trop  follement  et  sans  conseil  et  sans  nul 
apanssement.  Quant  fr^res  Giles  ii  grans  comandierres  du 
Temple,  preuls  et  hardis  et  saiges  de  guerre  et  clerv^ans,  vit  ce, 
il  dist  au  conte  d'Artois  qu*il  feist  sa  gent  arrester  et  ralier  en- 
semble, et  que  Tan  atandist  le  roi  et  les  autres  batailles  qui  an- 
cor  n'avoient  mie  pass6  le  flum.  Bien  disoit  encor  fr^res  Gilles 
que  Ii  quens  d'Artois  et  oil  qui  estoient  awec  lui  avoient  fait  uu 
des  grans  hardemens  et  une  des  plus  grans  chevaleries  qui  fust 
faite,  grant  tens  avoit  en  la  terre  d'outremer,  et  looit  encores 
qneTensetraissistdelez  les  angins  des  Sarrasins,  qui  estoient  dre- 
ci^s  delez  la  chauci^e,  quar  se  il  chagoient  ainsint  esparpilli^, 
Ii  Sarrasins  se  ralieroient  ensemble  et  l^gi^rement  les  desconfi- 
roient,  quar  il  n*esloient  q'un  pou  de  gent  au  regart  de  la  grant 
plants  des  Sarrasins  qui  Ik  estoient  assemble.  Uns  chevaliers 
que  nous  ne  savons  mie  nommer,  qui  estoit  awec  le  conte  d'Ar- 
tois ,  respondi  en  tele  mani^re  :  «  Ad^s  i  aura  du  poill  du  lou : 
»  se  li  Templier  el  li  Ospilalier  et  li  autre  de  cest  pais  vossissent , 
»  la  terre  fust  ore  toute  conquise.  »  Gil  meesmes  qui  16  estoient 
parloient  au  conte  d'Artois  en  tel  mani^re  :  «  Sire,  }h  ne  veez- 
»  vons  que  li  Tur  sont  desconGt  et  qu'il  s*enfuient?  Ne  sera-ce 
ji  mie  grant  mauvaisti^  et  grant  coardise  se  nous  ne  cha^^ns 
»  nos  anemis?  »  Li  quens  d*Artois,  qui  estoit  chevetaine  de 
Tavangarde,  s'acordoit  bien  au  chacier  et  dist  k  (vhre  Gille  que 
s*il  avoit  paour,  qu*il  demorast.  Fr^res  Gilles  li  respondi  en  tel 
mani^re  :  «  Sire,  ne  je,  ne  mi  fr^re,  n*avons  paour;  nous  ne 
»  demorrons  pas,  ains  irons  awec  vous;  m^s  saichiez,  nous  re- 
}}  doutons  que  nos,  ne  vous  n*en  retournons  ji!i.  »   - 

Endementres  qu*il  parloient  ainsint,  X  chevaliers  vindrent  U, 
tout  acorant  au  conte  d'Artois,  qui  li  distrent  de  par  le  roi  qu'il 
ne  se  meust  et  qu  il  atendist  tant  que  li  rois  fust  venus.  II  res* 
pondi  que  It  Sarrasins  estoient  desconfit  et  qu*il  ne  demorroit 


(  259  ) 

mie,  ains  les  chaceroit.  Tantost  coururent  empr^  les  Sarrasins 
et  les  chaci^rent  parmi  les  herbages,  tiiit  esparpilli^  et  sans 
route  tenir,  tant  qa*il  vinrent  h  une  vilete  que  Ton  claime  Lau- 
massorre.  Tantost  se  fi^rirent  dedans  li  uns  apr^s  les  autres  tout 
occiant  ceus  qu*il  pooient  aconsuivre.  Li  Sarrasins  pooient  k 
painnes  croire  que  li  nostres  cha^assent  si  folement,  nequH  se 
fussent  embatu  si  p^rilleusement,  ne  espandus  par  les  rues  de  ce 
chastel.  Bien  virent  qu*il  en  feroient  auquesleur  volent^s.  II  iirent 
sonner  cors  et  buisines  et  tabours.  Isnelement  se  rali^rent  et 
avironn^rent  nos  gens  de  toutes  pars,  crueusement  leur  couru- 
rent sus,  qnar  il  avoient  les  cuers  mout  angoisseux  de  la  grant 
ocision  qu*il  avoient  veue  de  leur  gent ,  et  s*en  trouv^rent  nos 
gens  h  grand  meschief,  quar  il  n*estoient  mie  ensemble.  II  et  leurs 
chevaus  estoient  si  las  qu  il  d^failloient  tuit,  tant  avoient  corn 
et  racoru  par  les  herberges  des  Turs  qu*il  ne  se  povoient  aidier. 
Li  Sarrazin  les  trouv^rent  espandus  par  tropiaus,  I^gi^rement  en 
flrent  leur  vollent^s,  tous  les  detrenchi^rent  et  d^coup^rent  et 
pristrent  et  li6rent  et  train^rent  emprison.  Aucun  en  i  ot  qui  se 
mistrent  au  fouir  vers  le  flum,  qui  cuidoient  eschiver  la  mort; 
m^s  li  Sarrazin  les  suivoient  de  pr^,  ociant  et  abatant  de  baches 
danoises,  de  maces,  de  glaives,  d'esp^es  que  quant  il  vinrent  au 
flum,  qui  estoit  grant  et  roides  et  parfons,  il  se  fi^rirent  tuit  aus  et 
furent  tuit  noi^.  En  celle  bataille  furent  mort  ou  pris,  Ten  ne 
scet  mie  bien  lequel ,  Robers  quens  d'Artois,  fr^re  le  roi  Looys 
de  Prance,  Raoul  li  sires  de  Couci,  Rogiers  sires  de  Roissi,  Je- 
bans  sires  de  Cherisi,  Erars  sires  de  Breine  en  Champaigne,  Guil- 
laume  Longue-Esp^e  quens  de  Salibieres  en  Engleterre ,  et  tuit 
li  Templier  perdu.  N'en  demora  que  IIII  ou  que  V.  Mout  grant 
plants  de  nos  barons,  chevaliers,  arbalestiers,  serjans  k  cheval 
des  plus  preuls  et  des  plus  elleux  de  tout  nostre  ost  i  furent  tuit 
perdu ,  n*onques  puis  n*en  sot-on  certainnet^. 

Quant  li  rois  ot  pass6  le  flum  et  les  autres  batailles  qui  estoient 
awec  lui,  vinrent  tuit  ordren^ement  et  tuit  rangi^  celle  part  la 
oili  li  Sarrazin  estoient,  m^s  li  Sarrazin  qui  les  nostres  orent  si 


(  860  ) 

bidemtat  desconfis,  (breni  moat^  nn  si  fraai  orfoill  ^'il  k% 
prisi^rcnt  mtont  le  roi ,  ne  tout  ie  ramenant  d6  &o«tr6  ott.  TaA«- 
tost  conm  il  aper^nreDl  le  roi ,  par  grant  orgoill  et  par  grant 
bobont  86  f^rirent  hardieroent  encontr'eux.  Quant  li  rois  yit  ce, 
bien  se  pensa  que  c!l  qui  devant  estoient  al^,  aToient  mise  la 
crestiant^  en  mauvais  point.  II  comanda  h  tous  ceus  qui  awee  lui 
estoient  que  il  se  tenissent  tuit  ensemble  et  tuit  serr^,  motit  leur 
amonestoit  et  disoit  que  il  ne  devoient  point  douter  eelle  grant 
plants  de  mescr^ans  qui  encontr  eus  venoient,  qaar  Nostres-Sires 
Jh^u-€ris,  pour  qui  il  estoient  1^  Yenu8»  estoit  plus  fors  et  plus 
poissans  que  tous  li  mondes.  Quant  li  cheyaliers  Sarrazin  aproi- 
cb^rent  de  notre  gent,  la  noise  y  fu  si  grans  de  cors,  de  buisines, 
de  labours  et  de  cris  de  gens  que  estoit  grant  hideur  h  oir.  11 
acointrent  les  nos  tout  antor  et  traistrent  si  grand  plants  de 
saieles  et  quarriaus  que  pluie,  ne  gresill  ne  feist  mie  plus  grant 
oecurt^,  si  que  mout  i  ot  de  navr^s  de  nos  gens  et  de  leur  che- 
vaux.  Quant  les  premieres  routes  des  Turs  orent  ifvidi^  leur  car- 
quoiset  tot  trait,  il  se  traistrent  arri^res,  m^s  les  segondes  routes 
vindrent  apr^s  tantost,  oil  il  avoit  encor  plus  de  Turs.  Gil  trais- 
trent encor  plus  espessement  qu'en  avoient  fait  li  autre. 

Li  rois,  ne  nostre  gent  n*avoient  nul  arbalestier  1^  androit.Gil 
qui  avoient  le  flum  pass^  awee  le  roi  estoient  tuit  occis  en  FaTan- 
garde,  quar  li  Sarrazin  occioient  sans  espargnier  tous  les  arba^ 
lestiers  qu  il  prenoient.  Quant  li  rois  et  nostre  gent  virent  qu*il 
perdoient  ainsint  leur  chevaux  et  eus-meismes,  il  f^rirent  des 
esp^rons  tuit  ensemble  encontre  les  Turs  pour  eschiver  les  saietes, 
assez  en  abatirent  aus  glaives  et  aus  esp^s,  m^s  la  plants  des 
Tors  estoit  si  grant  que  pou  ou  noiant  i  paroit,  quar  quant  il  i 
avoit  aucun  Tur  ocis  ou  abatu,  tantost  revenoient  autres  en  lenr 
leux,  tuit  fr^s  et  tuit  novel.  Li  Tur  virent  que  nostre  gent  et  leur 
chevaus  estoient  mout  bl^ci^  et  k  grant  meschief ,  si  pandireni 
isnelemeut  leur  ars  h  seneslre,  desous  leur  roeiles,  et  leur  coru- 
rent  sus  moult  cruelment  aus  maces  et  aus  espies,  si  durement 
tenoient  nos  gens  h  estroit  que  ce  estoit  merveilles  k  veoir  Assex 


(161) 

J  01  d«ft  M%  qui  i\ir«n(  «n  t<llle  batnille ,  qui  i^piiit  dlMr^tii  t\ 
aferm^retil  efertainuiimeiit  qu«  ge  li  rois  ti6  ge  fu6t  maitttenui  fei 
hardiemeni, x\ni\  ^ussent  estift  tuil  mort  ou  pris.  Onqu«s  li  rois 
efi  celle  bataiile  tte  trestornd  6oti  vis,  ne  n^eschivft  soti  tot^  At^ 
Turs.  II  confortoit  et  amonestoit  ^a  gent  de  bien  fair«,fii  qull 
en  estoient  tuit  rafreschi.  Mout  se  deffandoient  yiguereiisement 
si  au  desous  come  II  estoient  et  souffroient  celle  grant  plants 
de  Sarrazids  qui  descharioieni  sot*  eus,  les  unes  routes  apr^s  les 
autres. 

Ainsintdura  celle  bataillejusques  autour  nonne.  Li  chevalier 
et  les  autres  gens  qui  estoient  en  nosherberges,  qui  bien  savoient 
ces  choses,  ne  les  pooient  secorre  pour  le  flum  qui  estoit  antra 
deus.  Tuit  et  petit  et  grant  braioient  et  crioient  h  haute  vois  et 
batoient  leur  pis  et  lor  testes  et  d^rompoient  leur  cheveuls  et  tor- 
toient  leur  poins,  et  disoient :  c  Las!  las  I  las  I  Li  rois  et  si  fr6re 
a  et  toute  leur  conipaingnie  sont  tuit  perdu.  »  Adont  coururent  la 
gent  h  pi^et  li  menus  peuples  hardiement  et  tr^s-haslievement 
as  merricns,  aus  angins  et  aus  autres  estrumens  de  Fpst^et  com- 
hienci^rent  h  essaier  s'il  porroient  taite  aucune  void  pardesOUl 
eel  pas,  par  oti  il  peussent  passer  outre  pour  aidier  au  roi.  Ptt 
grant  painne  et  par  grant  travaill,  firenl  une  voie  de  merrien 
aasez  p6rilletise  par  deseur  le  pas,  qtiar  li  aue  estoit  par  desiltti^ 
roide  et  parfonde  pour  la  chauci^  qui  U  androit  estoit  fete^  »i 
que  nus  n  i  ch^ist  qui  naaintenant  ne  fust  perdus.  Tantost  pasad* 
rent  assez  p^rtlleusement  au  plus  isnellement  qu*il  porent,  poor 
aidier  au  roi.  Mi^s  quant  li  Sarrasin  les  virent  venir  et  passer  le 
flum,  il  se  traistrent  arrier  et  se  d^partirent  de  1^  androit  et  s^en 
al^rent  h  leur  herberges. 

En  celle  bataille  perdirent  li  chevalier  (Sarrasins?)  assez  de 
leur  gent  qui  i  furent  occis.  t)es  nostres  ni  ot-il  gu^res  de  mors, 
m^s  assez  en  i  ot  de  navr^s  et  assez  perdirent  de  leur  chevaus  qui 
furent  occis  et  navr^s  en  dtverses  mani^res.  Li  nostres,  quant  il 
orent  gaaingnid  et  retenu  le  chaoip  par  Taide  de  Dieu,  «*en  re- 
tom^fefit  dever^  le  pas.  Lfk  firenl  tendre  lor  paveillons  et  leur 


(  262 .) 

tentes,  ei  se  logi^rent  delez  les  angins  aus  Sarrazins,  dont  il 
trouv^renl  XIUI.  A^sez  trouv^rent  nostre  gent  iluec  androit  mer- 
rien,  tantes,  paveillons  et  autre  harnois  que  li  Sarrazin  avoient 
laissi^,  quant  il  feurent  seurpris  de  Tayangarde.  Gele  nuit,  de- 
mora  li  rois  1^  androit  h  mout  poi  de  gent. 

Le  lendemain  de  la  bataille  fut  le  jour  des  Cendres. 
D*un  cole,  tout  retra^ait  chez  les  Chretiens  le  deuil  et  la 
penitence;  de  Tautre,  de  bruyanles  fanfares  annon^aient 
Torgueil  du  triomphe  chez  les  Sarrasins. 

Un  nouveau  soudan  venait  d'etre  proclam^;  il  refasa  avee 
m^pris  la  lr6vequ*on  vint  jui  demander.Un  profond decoQ- 
ragement  s^empara  des  croises  decimes  par  lepideniie  :  il 
semblait  qu'il  leur  fut  impossible  d^echapper  a  Tarmee  des 
inQtleies  qu'on  evaiuail  en  ce  moment  a  300,000  hommes. 
Les  barons  conseillaient  au  roi,  lanldt  de  prendre  le  meil- 
leur  cheval  qui  leur  restat  et  de  chercher  a  gagner  Da- 
mielteen  le  pressant  de  Teperon,  tanlot  de  se  cacher  dans 
une  barque  et  de  s*eioigner  pendant  la  nuit.  Le  roi  rejela 
ces  timides  avis,  en  declarant  qu'il  etait  venu  avec  les 
croises  pour  vivre  ou  pour  mourir  avec  eux,  et  il  fut  resoiu 
que  les  debris  de  Tarmee  chrelienne  repasseraient  le  Tanis. 
En  meme  temps,  Ton  Taisait  monter  dans  les  barques  les 
clercs  el  les  malades.  Lk  se  refugia  aussi,  si  nous  compre- 
nons  bien  le  texte  que  nous  avons  sous  les  yeux ,  Tauteur 
decette  relation  (1). 

Cependant  les  chreiiens  s'avauQaienl  avec  courage  et 
ceux  qui  marchaient  les  derniers  avaienl  leurs  targes  el 


(1)  L^^veque  de  Soissons  n^avait  pas  voulu  quitter  le  roi;  il  parlagea  tous 
ses  perils,  mais  ne  reparut  plus.  L'eveque  de  Langres,  qui  s'dtait  embarqu^ 
sur  le  Nil)  p^rit  ^galement  sous  les  traits  des  Sarrasins. 


(  265  ) 

leurs  ecas  h^riss^s  de  tant  de  fldches  qu*on  eti  pa  les  com- 
parer, aussi  biea  qae  Tarmure  de  Richard  Ccfiur  de  Lion,  k 
uDe  pelote  couverted*aiguilles.  Deja  Ton  avail  franchi  les 
deux  tiers  de  la  distance  qu^on  avait  a  parcourir  pour  etre 
sauve;  Ton  n'etait  plus  qu*a  cinq  lieues  de  Damiette  quand 
les  Sarrasins,  tentant  ud  dernier  effort ,  virent  tomber  en 
leur  pouvoir  le  roi  de  France  avec  ses  deux  freres  et  les 
comtes  de  Flandre ,  de  Brelagne  et  de  Soissons.  c  Assez  i 
»  ot  des  crestians,  ajoute  notre  auteur,  qui  s*anfoirent 
»  vers  nostre  navie  pour  ce  qu*il  cuidi^rent  eschaper,  m^s 
»  la  navie  s'en  estoit  ja  alee.  Quant  il  vindrent  la,  il  se 
»  ferirent  au  tlum  et  furent  noie  tuil.  » 

Un  navire  echappa  presque  seul  h  la  poursuite  des  Sar- 
rasins :  c'est  celui  qui  portail  le  legat  du  pape,  Eudes  de 
ChSiteauroux,  et  le  patriarchede  Jerusalem,  et  sansdoute 
aussi  un  grand  nombre  d'autres  clercs. 

On  sait  assez  quelle  fut  la  ran^on  du  roi  de  France  et 
avec  quelle  magnanimite  il  ne  voulut  jamais  stipuler  les 
conditions  de  sa  delivrance  sans  assurer  egalement  celle 
de  ses  compagnons  d'infortune.  Mais  ce  traite  ne  fut  pas 
execute,  el  plus  de  12,000  Chretiens  rest^rent  dans  les 
prisons  d'£gypte. 

Quand  saint  Louis  fut  arrive  dans  la  citd  d'Acre,  on  le 
pressa  de  nouveau  de  profiter  du  passage  du  mois  d'aout 
pour  regagner  la  France;  mais  il  repondit  avec  la  meme 
generosite  que  rien  ne  pourrait  Tengager  a  abandonner 
les  Chretiens  de  Palestine,  qui  avaient  epuise  toutcs  leurs 
forces  en  le  secondant  dans  sa  funeste  expedition  a  la 
Massoure.  Quatre  annees  devaient  s'^couler  avant  qu*il 
rentr&t  a  Paris,  le  7  septembre  1254,  au  milieu  des  larmes 
de  joie  de  son  peuple,  qui  n'e§perait  plus  le  revoir. 

Cette  rapide  pn^lyse  resume  bien  incompletement  la 


( te4 ) 

relation  dont  sou^  qous  dCcupoos  ailjonrd'bui :  l«s  aili' 
tiong  qnt  noiis  lai  avons  empruDt^  la  feront  mieui 
connaitre.  Nous  nous  borberoits  ^  ajouter  qu'cile  offre  le 
meilleur  cotnmeniaii^e  dii  r^cit  brillant,  mais  conrus^  da 
sire  de  Joinvill^,  et  que  nous  y  retrouvons  vraisemblable- 
ment  la  pri&cipale  source  suivi^  par  Guillaume  de  Nangii. 
II  sulfite  croyoDS-nous,  de  la  signaler  pour  qu'elle  fixe 
ralteniion  de  tous  les  amis  de  Thisloire  et  des  lellres^ 


—  M.  Gachard  donoe  leeture  d'ua  second  rragmeut  de 
la  biograpbie  inedite  de  dou  Carlos.  Ce  fragmeot  renferme 
les  details  qui  out  motive  rarreslation  du  jeune  prinee 
espagnol  et  les  relations  qui  existaient  entre  lui  et  sod 
oncle  don  Juan.  Uauteur  s'esi  borne  a  donner  lecture  de 
GO  r^cit  qui  a  et^  ^cout^  avec  inl^rlt;  il  a  Tait  conQatire 
qu'il  se  propose  de  le  publier  prochainement  daas  Toa- 
▼rage  spfeial  dont  il  s'oeeupe  eo  ce  moment. 


(MS  ) 


GLASSE   DES   BBAVX«ARTS. 


Seance  du  4  mars  1858. 

M.  G.  Geefs,  directeur. 

M.  Ad.  QuETELET,  secretaire  perp^tuel. 

Sont  prisents :  MM.  Alvin ,  Braemt,  De  Keyzer,  F.  F^lis, 
Navez,  Roelandt,  Suys,  J.  Geefs,  Erin  Corr,  Snel,  Par- 
loes.  Baron,  Ed.  Fiitis,  De  fiasscher,  membres;  Alph.  Balat, 
DeoiaDet,  correspondants. 


CORRESPONDANCE. 


Uoe  lettre  de  M.  le  Ministre  de  Tint^rieur  fait  connaltre 
qu*une  somme  de  500  francs  a  ^te  accord^e  par  S.  M.  le 
6oi  k  la  Calsse  cenlrale  des  artistes  beiges  que  la  classe 
a  prise  sons  sa  direction. 

—  Une  seconde  lettre  du  m6me  Ministre  annonce  qu*une 
somme  de  fr.  1 J49  30  e%  provenani  des  retenues  op^r^eft 
au  profit  de  la  Caisse  centrales  sur  le  prix  des  oeuvres  d'art 
vendues  par  son  interm^diaire,  lors  de  la  derniftre  exposi- 
tion triennale  des  beaux-arts  k  Bruxelles,  a  ^t^  remise  av 
tr^sorier  de  Tassociation. 


(  266  ) 

—  M.  le  Ministre  de  rinl^rieur  fait  connaitre  aussi  que 
M.  Demol ,  laureat  du  grand  concours  de  composition  mu* 
sicale  de  1855 ,  a  ii6  autoris^  k  prolonger  son  sejour  a 
Paris,  pendant  Tannee  1858. 

—  M.  Ernest  Rietschel  ecrit  de  Dresde  poor  remercier 
TAcad^mie  de  renvoi  de  son  dipldme  d'associe. 


RAPPORTS. 


M.  Alvin  donne  lecture  da  rapport  suivant,  Tait  an  nom 
de  la  commission  speciale  composee  de  MM.  Roelandt, 
Suys,  Partoes,  Ad.  Quetelet,  Balat,  Demanet  et  Alvin, 
rapporteur  : 

c  Messieurs, 

Dans  la  seance  du  4  Tevrier  dernier,  TAcademie  a  re(u 
communication  d'une  depeche  du  Departement  de  Tint^- 
rieur,  exprimant  le  desir  de  connaitre  le  plus  tdt  possible, 
vu  Turgence,  Tavis  de  la  classe  des  beaux-arts  sur  la  ques- 
tion de  savoir  s'il  convient  d'admetlre,  pour  le  grand  con- 
cours d'architecture  qui  doit  avoir  lieu  cette  annee,  une 
nouvelle  derogation  k  rarrSl^ministeriel  dul9avril  1852, 
relatif  au  program-me  de  Texamen  exigd  des  concurrents. 

On  sail  que,  sur  la  demande  du  conseil  d'administra- 
tion  de  I'Acad^mie  d'Anvers,  sept  des  douze  matieres  qui 
constituent  le  programme  en  avaient  ete  exceptionnei- 
lement  effacees ,  pour  le  meme  concours  de  Tannee  1853. 


(  267  ) 

On  se  fondait,  pour  justifier  cette  derogation,  sur  cette 
circonstance  que  lesdites  raati^res  d'examen  n'avaient  et^ 
Tobjet  d^aucun  enseignement  h  TAcademie  d'Anvers  avant 
la  publication  de  TarrSt^  du  19  avril  1852,  et  que  depuis 
Tadministration  ne  s'^tait  pas  trouvee  en  mesure  de  les  y 
faire  enseigner. 

Aujourd'bui,  six  ans  apres  la  publication  ofiicielle  du 
programme,  le  conseil  d'administraiion  de  TAcad^mie 
royale  d'Anvers  expose  que  toules  les  circonstances  mili' 
tent  en  faveur  d*une  nouvelle  derogation  au  programme 
primitif  de  Vexamen  pour  le  concours  qui  doit  avoir  lieu  en 
1858. 

Cette  opinion  paratt  devoir  se  traduire  en  ces  termes, 
que  TAcademie  royale  d*Anvers  n'a  apporte  aucune  modi- 
fication, aucun  accroissement  k  son  ga^eignement  en  vue 
de  satisfaire  au  voeu  du  programme  de  1852. 

Le  Ministre  vous  demande  si  c'est  une  raison  suiBsante 
pour  supprimer  de  fait  ce  programme. 

Avant  de  vous  prononcer  sur  cette  question  qui  inte- 
resse  k  un  haut  degr^  Tavenir  de  Tart  en  Belgique,  vous 
avez  desire  connaitre  Tavis  de  la  commission  qui,  en  1851 
et  1852,  vous  avait  propose,  sur  la  demande  du  Gouver- 
nement,  le  programme  qui  est  mis  aujourd'bui  de  nouveau 
en  discussion ,  et  vous  avez  complete  cette  commission  en 
lui  adjoignant  M.  le  colonel  Demanet  et  M.  A.  Balat.  Yu 
Turgence,  et  afin  de  pouvoir  vous  presenter  des  conclu- 
sions dans  la  seance  de  ce  jour,  la  commission  s^'est  r^unie 
le  jeudi  25  fi^vrier. 

Apr^s  avoir  repouss^  Tidee  d'une  nouvelle  derogation 
k  Tarrete  du  19  avril  1852,  derogation  que  rien  ne  justifie 
lorsque  les  concurrents  ont  en  un  delai  de  six  ans  pour  se 
preparer  a  satisfaire  anx  exigences  du  programme,  la  com- 


•*. 


(  269) 

oiis^ioo  a  reconou  qu'il  etait  n^uiDoiQ^  n^cessaire  d'ex* 
pliquer  UQ  programme  dont  les  eleves,  et  p^ut-etre  meme 
radroiaisUation  des  ecoles,  s*e:&agereol  singuliereoieot  la 
portee* 

Aiasi  que  M.  le  colonel  Demanet  et  M.  Balai  Tavaieot 
dejh  fait  remarquer  dans  la  seance  de  la  classe,  on  ^ 
fait  un  moQSire  d^une  nomenclature  scientifiqne  doQt  les 
eleves  de  TAcademie  d'Anvers,  comme  ceux  des  autreseU* 
biissements  du  meme  genre ,  peuvent  bien  ignorer  la  si- 
gnification,  tout  en  possedant  lea  coonaissa&ces  que  ces 
denominations  repr^sentent.  La  plupart  de  ces  eleres  font 
des  malhemaliques ,  de  la  geomdlrie  descriptive,  sans  s*ea 
douter. 

Que  veut  le  programme  de  1852?  Que  le  jury  s'assure 
de  la  possession  dcices  counaissances  chez  le  concurrent, 
quels  que  soient  les  moyens  qu'il  aura  employes  on  la  voie 
qu^il  aura  suivie  pour  les  acquerir. 

Ce  qu'il  faut  faire,  d'une  part,  pour  rassurer  lea  Aleves, 
d'auire  part»  pour  ^viter  que  le  jury  n'aille  pas  au  delii 
des  vu€S  des  auteurs  du  programme  de  1852,  c^est  d*ex- 
pliquer  suffisamment  ce  programme;  de  lui  oier  ce  qu'il 
a  de  trop  vague;  de  specifier  de  point  en  point  Tobjet 
precis  de  yexameo. 

Ainsi  qu'il  nous  Tavait  promis»  M.  le  colonel  Demanet 
a  bien  voulu  se  charger  de  rediger  ce  programme  d^iaille. 

Nous  avons  vu  tout  k  Theure  que,  sur  doaze  n^Ueres 
dont  se  compose  )e  programme,  le  conseil  d*administrali,OB 
de  TAcademie  d'Anvers  demande  qu'oa  en  reporle  sept  i 
Te^amea  special  exige  uniquement  de  celui  des  concur- 
(Qikta  qui  a  remporte  le  prix.  Ces  mati^res  SQut : 

1"^  La  trigonometrie  rectiligfte; 

2*"  L'usage  d^  tables  de  logarilhmes; 


(  869  ) 
S**  L'algQbre  4l^m6»taire  jusque» el ;  compris lebiadkme 

4**  ia  geonft^lrie  descriptive; 

5°  La  mecanique  elementaire  et  les  principesgeaeraux 
deladynamique; 

&  La  physique  elementaire; 

7**  Le3  priocipe^  de  la  Ungue  fraDQaise. 

Le  n""?  ne  figure  poiat  dans  le  programme  detaille;pour 
cette  maliere»  les  details  aggraveraient  la  position  des 
concurrents  au  lieu  de  rameiiorer.  On  sail  que  Texamen 
sur  la  langue  fran^aise  est  essemiellement  pratique »  et 
que  le  jury  se  borne  a  s*assurer  que  le  concurrent  est  en 
6lat  d'exprimer  ses  idees  dans  cetle  laogue. 

Les  six  malieres  scientiflques  qui  font  Tobjet  du  pro- 
gramme detaiile  par  M.  le  colonel  Demanet,  et  que  voire 
Commission  vous  propose  d'adopter,  pourraient  faire  Tobjet 
d'un  cours  qui  n'exigerait  pas  plus  d*un  prafesseur;  et  la 
Commission  insiste  pour  que  le  Gouvernement  use  de  lous 
les  moyens  qui  sont  en  son  pouvoir,  afin  qu'un  eours  sem- 
blable  soit  eree  a  TAcademie  d'Anvers,  ainsi  qu^aupres 
des  autres  grands  elablissements  du  meme  genre  qui  exis- 
tent dans  le  pays. 

Mais  elle  ne  pense  pas  que,  dans  aucun  cas,  Teusei- 
goement  qui  se  donne  aux  atbenees  et  aux  colleges  puisse 
remplacer  ceite  chaire  toute  speciale.  Les  eleves  qui  fre- 
quentent  les  cours  d'arcbi lecture  des  academies  mauquent, 
tous^  ou  a  pen  pres ,  d'etudes  Ultdraires  et  scieatitiques 
anterieures;  il  leur  faut  un  genre  d'enseignement  tout 
paLrticuliert  essentiellemeni  pratique,  evitant  les  demon- 
alraiions  compliquees  et  les  longues  diseussiQns»  doanant 
eqiin  les  resuUats  de  la  science ,  degi^es  des  abstractions 
et  rendiis  en  quelque  sorte  palpables. 


(  270  ) 

Le  programme  delaille  que  je  joins  comme  annexe  a 
ce  rapport  est  done  destine,  l""  a  servir  de  base  a  un  ensei- 
gnement  a  organiser;  2"^  k  servir  de  guide  au  jury  pendant 
Texamen. 

Vu  Turgence,  et  aGn  de  pouvoir  saiisraire  immediate- 
ment  h  la  demande  de  M.  le  Ministre  de  Tinterienr,  la 
commission  s*est  bornee  a  raecomplissement  strict  de 
la  mission  que  vous  lui  avez  confiee;  elle  ne  se  dissimule 
point,  cependant,  que  ce  qui  est  vrai  pour  les  matieres  du 
programme  qui  font  Tobjet  de  la  reclamation  de  TAca- 
demie  d'Anvers,  ne  puisse  Fetre  egalement  pour  plusieurs 
des  autres  articles,  tels  que  l*arithmelique,  la  geomelrie  pra* 
tique,  les  notions  gineraks  d*hisioire.  Que  ce  qui  est  vrai 
pour  le  programme  n*"  1,  celui  auquel  sont  soumis  tous 
les  concurrents,  le  soil  aussi  pour  le  programme  n*"  S, 
celui  qui  n'est  applique  qu'au  laureat  seulement.  II  serait 
utile  de  rediger  un  programme  deces  matieres,  tant  pour 
guider  le  jury  pendant  les  examens  que  pour  determiner, 
avec  plus  de  precision,  la  porleede  I'enseignement  coraple- 
mentaire  qu'il  convient  d*organiser  aupres  des  academies. 
Mais  ce  complement  de  travail  aurait  entraine  peut-etre 
tropde  longueurs,  et  il  est  necessaire  que  la  resolution 
du  Gouvernement  soit  prochainement  connue. 

En  resum^,  votre  commission  vous  propose  de  repondre 
a  la  depeche  minislerielle  du  26  Janvier  : 

i<>  Que  la  classe  des  beaux-arts  est  d'avis  qu  il  n*y  a  point 
de  motif  suffisant  pourjustifier  une  nouvelle  derogation  a 
I'arret^  du  19  avril  1831; 

2°  Que,  pour  faciliter  Texecution  du  programme  renda 
obligatoire  par  ledit  arrete,  il  convient  de  Texpliquer 
au  moyen  de  la  publication  du  programme  detains  ci- 
annexe ; 


(271  ) 

S**  Que  le  Gouvernement  est  invite  a  user  des  moyens 
dont  il  dispose  pour  ameuer  Torganisation  d*un  enseigne- 
meot  special,  r^poadant  au  programme  du  19avril  1852, 
dans  les  Academies  du  royaume; 

Et  enfin,  4""  que  la  classe  des  beaux-arts  pense  que  le 
jury  doit  etre  invit<i  h  user  encore  cette  annee  d'une  grande 
indulgence. 

Telles  sont  les  conclusions  que  j'ai  6x6  charge  de  pre- 
senter k  la  classe  des  beaux-arts,  au  nom  de  ia  commis- 
sion. > 

PROGRAMME  DES  GONNAISSANGES  EXIGl^BS  POUR  L*ADMISSION  AU 

GRAI«D  GONGOURS  d'aRGHITEGTURE. 

1.  Arilhmetique. 

2.  Geomitrie  ^ementaire. 

3.  Trigonomitrie  recliligne. 
Division  de  la  circonfi^rence  du  cercle. 

Definition  des  lignes  trigonom^triques :  sinus ,  tosinus , 
tangentesy  cotangentes ,  s^cantes ,  cosicanles ,  eic. 

Usage  des  formules  et  des  tables  irigonometriques  pour 
la  resolution  des  triangles.  On  donnera  les  formules  au 
candidat,  et  il  devra  en  faire  Tapplication  aux  divers  cas 
qui  lui  seront  proposes. 

4.  Usage  des  tables  de  logarithmes. 

Aucune  demonstration  n*est  exig^e.  On  demande  seule- 
ment  au  candidat  de  savoir,  au  moyen  de  ces  tables ,  faire 
d^  multiplications,  divisions ,  elevations  aux  puissances 
et  extractions  de  racines  de  nombres  entiers  ou  fraction- 
naires. 

5.  Algebre  demenlaire. 
Explication  des  signes  algebriques. 

2"'  S^RIE,  TOME  IV.  18 


(  272  ) 

Definitions,  coefficients,  exposants,  puissances  et  raci- 
nes  d*une  qaantite  mondme,  bindme,  polyndme. 

Les  quatre  r^les. 

Expression  des  produits  de  la  somme  de  deux  quan- 
tites  par  leur  difference.  Du  carr^  et  du  cube  d'un  bi- 
ndme. 

Ce  que  c'est  qu*une  Equation ,  un  de  ses  menabres,  uq 
terme. 

R^olution  des  Equations  du  premier  degr6  a  une  ou 
plusieurs  inconnues. 

Resolution  d'une  equation  du  deuxi^me  degr^  a  une 
inconnue. 

Aucune  demonstration  n*est  exigee. 

6.  G4om6irie  descriptive. 

Objet  de  la  geometric  descriptive. 

Moyens  de  representer  graphiquement  les  points  et  les 
lignes. 

Moyens  de  trouver  les  traces  d'uoe  droite.  Problemes 
sur  les  droites  et  les  plans. 

Generations  des  surfaces  conique,  cylindrique  et  de 
revolution.  Representation  d'une  surface. 

Definition  du  plan  tangent.  Regie  generale  pour  con- 
struire  le  plan  tangent  d'une  surface  ainsi  que  sa  normale. 
Determination  du  contour  apparent  d'une  surface. 

Problemes  sur  les  plans  tangents  aux  cones,  aux  cy- 
lindres  et  k  la  surface  de  revolution. 

Intersections  de  surfaces.  Moyens  generaux  de  trouver 
rintersection  de  deux  surfaces.  Methode  pour  construire 
la  tangente  k  rintersection. 

Problemes  sur  les  sections  du  cylindre  et  du  c6ne  par 
un  plan.  Intersection  de  deux  surfaces  cylindriques  a 
bases  circulaires. 


(  275  ) 

Applications  a  la  perspective,  aux  ombres,  a  la  coupe 
des  pierres  et  h  la  charpeDte. 

AucuDO  d^monstratioD  n'est  exigee;  on  ne  demande 
que  des  proced^,  et  leurs  applications  aux  divers  cas  qui 
se  presentent  le  plus  frequemment  dans  les  conceptions 
arcbitecturales. 

7.  Mdcanique  el^mentaire, 

Represemation, composition  et  decomposition  des  forces. 

Definition  du  centre  de  gravite. 

Rdgle  pratique  pour  determiner  la  position  du  centre 
de  gravite  dans  Tinterieur  d'un  corps  solide.  Position  du 
centre  de  gravite  d'une  droite,  d*un  arc  de  cercle,  d-un 
triangle,  d'un  paralleiogramme,  d*un  trapeze,  d'un  segment 
de  cercle,  d'un  prisme  h  bases  reguli^res,  d*une  pyramide 
triangulaire,  d'un  cylindre,  d'un  cone,  d'un  cone  tronque, 
d'une  sphere,  d'un  segment  spherique  et  de  leurs  surfaces. 

Description  du  plan  incline,  du  coin,  de  la  vis,  du  le- 
vier,  du  treuil,  du  cabeslan,  du  eric,  de  la  poulie  et  des 
moufles. 

Gonnaitre  le  rapport  de  la  puissance  k  la  resistance 
dans  chacune  de  ces  machines. 

8.  Physique  elementaire. 

Corps  ponderables.  Definition,  indiquer  les  trois  etats 
des  corps  et  leurs  propriet^s  gen^rales. 

Pesanteur.  Donner  la  definition  du  poids  specifique  d*un 
corps.  Calculer,  au  moyen  du  poids  specifique,  le  poids 
de  divers  solides  dont  les  dimensions  sont  donnees. 

Description  et  usage  du  barometre  a  mercure. 

Qu'entend-on  par  calorique,  chaleur,  lemperalure? 

Description  et  usage  du  thermometre  a  mercure  ou  a 
alcool.  —  Gonnaitre  les  lois  de  la  reflexion  du  calorique. 
—  Qu*entend-on  par  dilatation ,  contraction?  — Gonnaitre 


(  274  ) 

les  dilatations  sp^ifiques  du  fer,  de  la  fonte,  da  cuivre, 
du  plomb  et  du  zinc,  et  savoir  calculer  les  allongements 
ou  raccoureissements  que  subiront  des  pieces  de  longueur 
donnde  en  passant  d'une  temperature  a  une  autre* 

Indiquer  les  principales  sources  de  la  lumi^re;  donner 
les  lois  de  la  reflexion  de  la  lumi^re  et  leur  application 
aux  miroirsy  plans  et  courbes. 

Indiquer  la  decomposition  et  la  recomposition  de  la  lu- 
mi^re  par  le  prisme. 

9.  Architecture  civile. 

10.  Principes  de  la  langue  frahgaise. 

1 1 .  Notions  ginirales  de  l^histoire  andenne. 
Histoire  moderne  dans  ses  rapports  avec  les  provinces 

beiges. 

Apr^s  differentes  observations ,  le  rapport  precedent  est 
approuve,  et  M.  le  secretaire  perp^tuel  en  donnera  com- 
munication h  M.  le  Ministre  de  Tinterieur. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


La  classe  s'est  occupee  ensuite  de  la  deterioration  que 
subissent  les  tableaux  de  Van  Eyck  places  dans  reglise 
de  S'-Bavon,  k  Gand;  plusieurs  membres  demandent  si 
des  mesures  ont  ete  prises  pour  conserver  ces  precieux 
monuments  artistiques.  M.  De  Busscher  promet  de  donner 
les  renseignements  demandes  dans  une  des  prochaioes 
seances. 


(  27S  ) 


OUVRAGES  PRfiSENTES. 


Rymbybel  van  Jacob  Van  Maerlant;  voor  de  eerste  mael  uit- 
gegeven  door  J.  David,  h'^deel.  Bruxelles,  1858;  1  toI.  in-4^ 

Rapport  annuel  des  commissions  cuiminislratives  des  caisses 
de  pNvoyance  en  faveur  des  ouvriers  mineurs,  itablies  a  L\4ge , 
Morn,  Charleroi,  Houdeng  et  a  Namur^  sur  les  operations  de 
Pexercice  1 856.  1 857 ;  i  broch.  \n-A^  et  3  in-8^ 

Porte feuille  de  John  Cockerill,  Livr.  35  h  38.  Paris-Li^e, 
1858;  1  cahier  in-4°  oblong. 

Revue  de  la  numismatique  beige,  5™<^  s^rie.  Tome  111.  V^  Hvr. 
Bruxelles,  1858;  1  broch.  in-S^. 

Soci4U  arcMologique  de  Namur,  —  Annates,  tome  V,  2"«  livr. 
—  Rapport  sur  la  situation  de  la  SodMen  1857,  Namur,  1858; 

2  broch.  in-8^    . 

Revue  de  instruction  publique  en  Belgique.  &^  ann^e.  Nou- 
velle  s^rie.  Tome  I,  Janvier  h  mars.  Bruges,  1858;  3  broch.  in-8°. 

De  vlaemsche  School,  tydschrift  voor  kunsten,  ietteren  en 
welenschappen ,  !**%  IP  el  III^'' Jaergang.  Anvers,  1855-1857; 

3  vol.  in-4*». 

Journal  d'horticulture  pratique,  public  sous  la  direction  dc 
M.  Galeotti.  ^^^^ann^e,  Janv.  Ikmars.  Bruxelles,  1858;  3  br.  in-8'^. 

L Illustration  horticole,  r^dig^  par  M.  Lemaire  et  publi^e  par 
M.  Amb.  Verschaffell.  IV™«vol.,  ll"«et  12«Mivr.;  V™«vol ,  1"  a 
3»«  livr.  Gand,  1857-1858;  4  broch.  in-8«>. 

Revue  populaire  des .  sciences ,  r^dig^e  par  M.  Husson.  V^  an- 
n^e,  n~  1  6  3.  Bruxelles,  1858;  3  broch.  in-8«. 

Journal  de  midecine,  de  chirurgie  et  de  pharmacologic.  16"* 
ann^e,  26"®  vol.,  cahiers  de  Janvier  a  mars.  Bruxelles,  1857; 
3  broch.  in-8«. 

Annates  de  midecine  viUrinaire.  7"*  ann6e,  \^^^  3"*  cahiers. 
Bruxelles,  1858;  3  broch.  in-8'. 


(  276  ) 

Annates  doculisUqm.  SS*"*  vol.,  5"*  el  6™®  livr.;  SO"**  vol.,  4" 
a  3"«  livr.  Bruxelles,  1857-1858;  3  broch.  in-8^ 

La  Presse  m^dicale  beige.  iO"**'  ann^e,  n^  1  ^  i3.  Bruxelles, 
4857;43feuillesin-4^ 

La  SanU,  2"«  s^rie,  10»«  ann6e,  n~  13  2i  18.  Bruxelles,  4857- 
1858;  6  doubles  feuilles  iQ-8^ 

Annates  mddicales  de  la  Flandre  oceidentale.>^^^  aiin^e,  15""' 
k  i8"»  livr.  Roulers,  1857;  6  broch.  in•8^ 

La  vMU  sur  les  pensionnals  communaux,  par  M.  Tabbe 
Kleyr.  Luxembourg,  1857;  1  brocfa.  in-4^ 

Notice  sur  M.  Emile  Tandely  professeur  de  philosophic  d  /'uni- 
versitideLiige,  par  le  m^me.  Luxembourg,  1857;  1  broch.  io4^ 

Historisch  genootschap  gevestigd  te  Utrecht,  —  Berigten,  W^^ 
deel,  !•»«  stuk.  —  Kronijk,  XIF*  Jaarg.  —  Register  op  de 
kronijk,  1846-1854,  IP  gedeelte,  letter  N.-Z.  Utrecht,  1857; 
3  vol  in-8^ 

Comptes  rendus  hebdomadaires  de  I' Academic  des  sciences: 
par  MM.  les  secretaires  perp^tuels.  Tome  XLVI,  n°*  1  ^  15. 
Paris,  1858;  13  cahiers  in-4o. 

Revtie  et  magasin  de  zoologie  pure  et  appliquee;  par  M.  F.-£. 
Gu^rio-Meneville.  2""'  s^rie,  tome  X,  n'^  1  ^  3.  Paris,  1858; 
3  broch.  in-8^ 

Revue  de  ^instruction  publique  en  France,  17"«  ann^e,  n'*37 
h  52.  Paris,  1857;  17  doubles  feuilles  in-4^ 

Revue  de  Vart  chr^tien.  2"*  aun^e,  n°**  i  i  3.  Paris,  1858; 
broch.  in-8°. 

Journal  de  la  Soci^ti  de  la  morale  chrdtienne.  Tome  VIII ,  n''  I . 
Paris.  4858;  1  broch.  in-8^ 

Bulletin  de  laSociitigdologiquede  France.  2*"® s^rie,  tome  XIV, 
feuilles  24  k  38.  Paris ,  1856  ^  1857 ;  2  broch.  in-8o. 

Fragments  ethnologiques ;  par  M.  J.-A.-N.  Perier.  Paris,  1857: 
I  vol.  io-8«. 

Du  pronoslic  de  I'ipilepsie  et  du  traitement  de  cetie  maladie 
par  le  valerianate  ^atropine;  fragment  d'un  m^moire  du  docteur 
Mich^a.  Paris,  1858;  1  broch.  in-8". 


(  277  ) 

itufie  analyiique  sur  les  invetUions  et  la  fabrication  du  travail 
manufacturier  du  caoutchouc  de  M.  Gagin;  par  M.  Martin  Cha- 
telain.  Paris,  1855;  i  broch.  in-8^ 

Bistorique  des  produits  chimigues  de  lusine  du  Conquet  (Fi- 
nistire);  par  M.  Tissieratn^.  Paris,  1855;. 1  broch. in-4*». 

Rapport  8ur  une  Sducation  comparative  des  diverses  rac^s  de 
vers  d  soie,  faitc  dans  la  magnanerie  expirimentalede  Lunel  (Hi- 
rault);  par^mile  Nourrigat.  Montpellier,  i854;  i  broch.  in-8°. 

Contributions  de  Vagenee  centrale  des  ichanges  internationaux 
au  coneours  agrieole  universel  de  4856  (itats-Vnis,  Sardaigne, 
Toscane  et  Mexique).  Paris,  1856;  i  broch.  in-4°* 

Notice  sur  Vhypshydre-irrigateur,  nuichine  hydraulique  a 
ilever  Veau;  par  MM.  Andral  et  Gourbebaisse.  Paris,  i855; 
\  broch.  in-8°. 

Notice  sur  le  blanchissage  du  linge  en  giniralj  et  sur  les 
buanderies  iconomiques  et  buanderies-baignoires  de  la  maison 
S.  Charles  et  O^  de  Paris.  Argenteuil,  i855;  i  broch.  iIl-8^ 

Rapports  du  comit^  dipariemental  du  Haut-Rhin  pour  I' expo- 
sition universelle  de  1855.  Mulhouse;  i  broch.  in-4^ 

Notice  sur  la  geologic  des  bases  de  la  montagne  du  Mole  en 
Savoie;  par  Alph.  Favre.  Geneve,  1857;  \  broch. in-8^ 

Observations  relatives  aux  lettres  sur  la  constitution  g^olo- 
gique  de  quelques  parties  de  la  Savoie;  par  le  mdme.  Geneve , 
1857;  i  broch.  in-8°. 

Zeilschrift  fiir  allgemeine  Erdkunde,  Neue  Folge,  !!*«'  Band , 
6»^»  Heft;  IIP'  Band ,  2*«»-6»»*«  Heft.  Berlin,  4857;  5  broch.  in-8^ 

VerhancUungen  der  physicalisch-medidnischen  Gesellschaft  in 
Wurtzburg.  VHP'  Band ,  3  Heft.  Wurlzbourg,  i858;  4  cahier 
in-8«. 

Neues  jahrbuch  fiir  Pharmade  und  verwandte  Packer,  Band 
VHI,  Heft  56,  Band  IX,  Heft.  1-2.  Spire,  4857-1858;  4  broch. 
in.8^ 

Heidelberger  Jahrbiicher  der  Liter atur ,  unter  Mitwirkuny 
der  vier  Facultdten,  L^««  Jahrgang,  XII  Heft.  VI  Jahrgang.  P*" 
Heft.  Heidelberg,  1857-4858;  2  broch.  in-8". 


(  278  ) 

Almanaque  nautico  para  i859,  calculado  de  6rden  de  S.  M. 
en  el  observatorio  de  marina  de  la  ciudad  de  San  Fernando. 
Cadix,J857;  i  vol.  in-8°. 

Publications  de  runiversiU  impMale  de  Kasan,  Annee  1856, 
n~  3  et  4;  i857,  n~  I  h  4.  Kasan;  4  broch.  in-8«  et  4  in-4«. 

Royal  Society  of  London :  —  Philosophical  transactions. 
Vol.  U7,  parts  4  et  2,  2  cahiers  in-4«.  —  Proceedings.  N^'ST 
^  29 ;  3  broch.  in-12. —  Sir  Humphry  Davys  discourses ,  4820- 
4826.  1827;  1  cahier  in-4^  —  Report  on  the  adjudication  of 
the  Copley ,  Rum  ford,  and  royal  medals.  Londres,  4834;  4  ca- 
hier in-4'. 

The  quarterly  journal  ofilie  geological  Society.  N*^  52  et  55. 
Londres,  1857-1858;  2  broch.  in-8». 

Address  delivered  at  the  anniversary  meeting  of  the  geological 
Society  of  London,  on  the  20  th.  of  february  1857;  by  colonel 
Porllock.  Londres,  4857;  1  hoch.  in-8^ 

Memoirs  of  the  literary  and  philosophical  Society  of  Man- 
chester. Second  series,  vol.  XIY.  Londres,  4857;  4  vol.  in~8°. 

Meteorological  observations  and  essays;  by  John  Dal  ton.  Se- 
conde  Edition.  Manchester,  4834;  1  vol.  in-8^ 

A  new  system  ofchemicai  philosophy;  by  John  Dallon.  Man- 
chester-Londres;  3  vol.  in-8°. 

Catalogue  d^une  collection  de  charbons  de  terre  du  royaum 
uni  de  la  Grande-Bretagne ,  exposie  a  rexposition  universelle  de 
Paris  en  /^^^.  Londres;  4  broch  in-8^ 

Address  of  his  exc.  J.  A.  Wright  ^  governor  of  the  stale  of  In- 
diana, pronounced  at  the  New-York  agricultural  state  Fair  at 
Elmira.  Albany,  4855;  1  broch.  in-8°. 

Reports  on  the  experimental  school  for  teaching  and  training 
idiotic  children.  Boston,  1852-4854;  13  broch.  in-8^ 

The  american  journal  of  science  and  arts.  Second  series, 
vol.  XXV,  n'  73.  New- Haven,  1858;  1  broch.  in-8^ 


BULLETIN 


DE 


L'ACADl^MIE  ROYALE  DES  SCIENCES, 


DES 


LBTTRES  ET  DES  BEAUX-ARTS  DE  BEL6IQDE 


1858.  —  N"  4. 


CLASSE   DES  SCIEIVCES. 


Stance  du  5  avril  1858, 

M.  d'Omalius  ,  president  de  I'Acad^mie. 
M.  Ad,  Quetelet,  secretaire  perpetuel. 

Sont  presents  :  MM.  Wesmael,  Martens,  CaDlraine, 
Kickx,  Stas,  Van  Beneden,  De  Koninck,  Ad.  De  Yaux, 
deSelys-Longchamps,  le  vieomte  B.  Du  Bus,  Gluge,  Ne- 
renburger,  Melsens,  Schaar^  Liagre,  Duprez,  Poelman, 
Brasseur,  m^m6re«;  Spring,  Lacordai  re,  Lamarle,  assoMs; 
Jules  d'Udekem ,  correspondant. 

2""*  StRlEy  TOME  IV.  19 


(  280  ) 


CORRESPONDANCE. 


M.  le  MiDistre  de  rint^rieur  fait  parvenir  : 

l""  Un  cxemplaire  de  la  carte  geologique  de  i*Earope, 
par  feu  M.  Dumont; 

^  Les  livraisons  35  k  38  de  Touvrage  intitule  :  Parte- 
feuille  de  John  Cockerill; 

y  Les  dernieres  publications  de  TUniversite  imp^riale 
de  Kazan. 

—  M.  le  secretaire  perp^tuel  annonce  la  mort  de  H.  H. 
Galeotti,  correspondant  de  la  classe»  deced6  k  Bruxelles, 
le  13  mars  dernier,  ainsi  que  celle  de  H.  Mareska,  egale- 
ment  correspondant  de  la  classe,  d^ced^  k  Gand ,  le  31  du 
mdme  mois. 

II  depose  en  meme  temps  une  notice  n^rologique  en 
langue  hoUandaise  sur  M.  J.-L.-G.  baron  de  Geer  de  Jut- 
phaas,  associ^  de  I'Acad^mie,  mort^  Utrecht,  le  3  no- 
vembre  dernier. 

—  La  Soci^te  royale  de  Londres,  TObservatoire  de 
Cambridge,  I'lnstitut  des  sciences,  des  lettres  et  des  arts 
de  Yenise  remercient  TAcademie  pour  Tenvoi  de  ses  pu- 
blications. 

—  Le  Congres  scientifique  de  France  aura  lieu  a 
Auxerre ,  le  2  septembre  prochain. 

• 

— M.  DeKoninck  presente  une  notice  de  sa  compositioD, 
iraduite  en  anglais,  sur  un  nouveau  genre  de  Crinoides. 


(  281  ) 

—  La  classe  refoit  les  deux  ouvrages  maQuscrits  sui- 
vanls : 

1®  Nouvelles  rechercbes  sur  les  fossiles  secondaires  du 
Luxembourg,  par  M.  Ghapuis.  (Commissaires  :  MM.  De 
Koninck,  Nyst  et  d'Omalius.) 

2^  Sur  le  caleudrier  arabe  avant  Tislaiuisme  el  sur  la 
naissance  et  Tage  du  propb^le  Mohammed,  par  Mahmoud 
effendi,  astronome  egyptien.  (Commissaires :  MM.  Liagre 
et  Ad.  Quetelet.) 

—  M.  de  Selys-Longchamps  communique  les  resultats 
de  ses  observations  et  de  celles  de  M.  Gbaye,  sur  Tetat  de 
la  vegetation ,  k  Waremme,  le  21  mars  dernier. 

M.  Dewalque  transmet  ses  observations  meteorologiques 
et  botaniques  faites  en  1857 ;  M.  Duprez  depose  egalement 
ses  observations  meteorologiques  pour  la  meme  annee. 

—  II  est  fait  bommage  d'une  notice  sur  les  observations 
magnetiques  du  Helder,  pendant  le  mois  de  d^cembre  1857, 
oil  Ton  a  constat^  les  perturbations  magn^iques  signalees 
k  rObservaloire  de  Bruxelles,  le  17  du  meme  mois. 

—  M.  Lartigue,  capitaine  de  vaisseau,  transmet,  avec 
ses  observations,  Touvrage  qu*il  vient  de  publier  sous  le 
litre  d*Essai  sur  les  ouragans  et  les  temp^les,  et  descrip- 
tions nautiques  pour  en  souffrir  le  moins  de  dommages 
possible. 

—  Le  secretaire  perpi^tuel  depose  les  derni^res  publica* 
tioDS  de  TAcademie  royale  :  l""  le  tome  V(I  des  Mimcires 
couronnis  et  autres  memoires  publics  par  I'Acad^ie  en 
1858,  in-S"*;  2^  le  Compte  rendu  el  le  Heglement  organique 
de  la  Caisse  centrale  des  artistes  beiges  pour  1857 ,  in-12; 


1 


(  282  ) 

3^  les  Tables  des  memoires  des  membreSf  des  mimoires  con- 
ronnSs  et  des  savants  etrangers,  1858,  in-12. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


ilclipse  de  soleil  du4S  mars  4858;  notice  par  Ad.  Quetelel, 
directeur  de  TObservaloire  royal. 

Des  mesures  avaient  ^t^  prises  pour  obtenir  une  deter- 
mination exacte  de  ce  ph^noua^ne,  non-seulement  en  ce 
qui  regarde  la  partie  astronomique ,  mais  encore  la  partie 
physique  qui  le  concerne;  malheureusement  I'^tat  de  Tat- 
mosph^re  n'a  pas  r^pondu  k  notre  attente.  Le  ciel  a  ^t^ 
presque  eonstamment  convert;  on  n*a  pu  observer  que  la 
reapparition  de  quelques-unes  des  taches  solaires,  dont 
on  avait  ^te  empSche  de  determiner  exaetement  la  dispo- 
sition par  Teffet  des  nuages  qui  couvraient  le  ciel  depuis 
plusieurs  jours. 

M.  Bouvy  et  mon  fils  se  trouvaient  dans  les  tourelles 
du  b&timent;  je  m'etais  plac^  pr^s  de  la  terrasse.  Le 
ph^nomene,  d'apres  le  calcul,  commen^ait  vers  midi,  et 
ce  n'est  que  vers  deux  heures  que  Ton  parvint  k  voir  un 
instant  le  soleil.  Dans  ce  moment,  les  differentes  taches 
cessaient  d'etre  occultees;  Tinstant  de  leur  reapparition  a 
ete  successivement  annot^;  mais  le  ciel  se  couvrit  aussit6t 
apres.  Je  me  bornerai  done  k  donner  ici  la  partie  physique 
des  observations. 

i .  Marche  des  pendules.  Dans  une  lettre  de  M.  le  pro- 
fesseur  Zantedeschi,  ecrite  k  la  fin  de  fevrier,  cet  habile 


(  285  ) 

physiciea  m'avait  fait  la  demande  d'examiner  <  si  les  chro- 
nometres^  peodule  de  compensation  resteraient,  pendant 
les  phases  de  I'^lipse,  en  retard  par  rapport  k  un  chro- 
nom^tre  k  balancier  de  compensation  le  plus  parfaii  pos- 
sible. :»  D*apres  ses  desirs,  deux  ou  plusieurs  horloges  a 
pendule  de  compensation  devaient  Stre  enregistrees  astro- 
nomiquement  avec  deux  ou  plusieurs  chronom^tres  k  ba- 
lancier. 11  fallait ,  de  plus » s'assurer,  les  jours  precedents, 
par  des  observations,  s*ils  marchaient  en  accord  parfait 
entre  eux,  du  moins  pendant  trois  k  quatre  heures,  sans 
variation  sensible. 

Durant  I'eclipse,  cet  accord  se  maintiendra-t-il?  deman- 
dait  M.  Zantedeschi;  il  croyait  que  non.  Cest  pour  re- 
pondre  h  sa  demande  que  mon  flls  a  ^t^  charge  de  faire 
la  comparaison  des  chronometres  avec  les  pendules.  A 
cet  effet ,  deux  de  ces  derniers  instruments  ont  et^  em- 
ployees; Tun,  de  Molyneux,  oscillait  parallelement  au  m^- 
ridien,  et  Tautre,  deRouma,  perpendiculairement  k  ce 
mSme  plan. 

M.  Em.  Quetelet  a  compart  a  ces  deux  pendules,  qui 
marchent  au  temps  moyen,  trois  chronometres  :  l""  le 
n""  979  de  Molyneux;  2""  le  n"^  2071  du  meme  artiste;  S""  le 
n""  874  de  Von  Dieck ;  de  fa^n  que  chaque  observation 
comptait  six  comparaisons. 

L^^clipsecommenQait,  pour  Bruxelles  .    .    .    k    0^  ^ 

Le  milieu  avait  lieu i    1  21 

La  fin a    2  39 

Gela  pose,  voici  les  r^sultats  qui  ont  etd  observes  :  ils 
semblent  favorables  aux  id^es  du  physicien  italien ,  mais 
i'anomalie  qui  s'est  dedar^e  dans  le  pendule  perpendicu- 
laire  au  m^ridien,  pent  aussi  etre  regard^e  comme  un  ecart 


(  284 


fortuit.  L'observation  faite  dans  d'autres  locality  prouvera 
si  cette  variation  avail  r6ellemeat  une  cause  astro nomique. 

Comparaisons  des  pendules  avec  les  ciirononietres. 


Ar4llCB   BSLATITB   PAB   HBUmB 

•ur  la  moyeane  dea  trois  ehronomilret 

lfe#0«MM 

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p6at  la  {Mnddto 

ItOUVA. 

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de  12^30™ 

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3  32 

4-  0  093 

-4-  0  114 

U, 

de    9  30 

k 

0  41 

H-  0  171 

-4-  0  149 

«♦, 

de    0  4t 

k 

l»26 

-H  0  175 

-H  0  122 

«5, 

de    9  19 

a 

11  81 

—  0  067 

+  0  160 

15, 

de  11  3t 

a 

12  57 

—  1  052 

+  0  130 

15, 

de  12  57 

a 

2  21 

+  0  092 

4-  0  121 

15, 

de    2  21 

a 

5     3 

+  0  124 

-h  0  164 

48, 

de  10  15 

a 

3  17 

H-  0  075 

-t-  0  095 

2,  PhotomStrie ,  polarisation.  —  Pendant  la  darte  dc 
r^clipse^  j'ai  cherch^  a  mesurer  la  qaantit^  de  iumi^re 
r^fl^ehie  par  un  disque  blanc,  piae^  k  distance  dansia 
direction  da  m(6ridieii,  aa  moyeti  d'un  pfaotomitre  que  j*ai 
d^crit  dans  la  BibliotMque  universelle  de  GinevBy  et  qui  se 
compose  de  deux  verres  noirs,  taill^s  en  forme  de  prismes 
triangulaires  glissant  I'un  sur  Tautre,  et  produisant  ainsi 
une  lame  k  faces  paralleles  plus  ou  moins  epaisse.  Get 
instrument  a  ^t^  construit,  il  y  a  une  vinglained*annees, 
par  Fbabile  opticien  Gauchoix,  de  Paris.  Une  echelle 
indique  Tepaisseur  de  la  lame,  entre  les  limites  oil  on 
t'emploie.  Les  experiences  avec  eel  instrument  ont  A^peu 
nombreuses ,  car  la  clart^  du  ciel ,  h  cause  de  Tepaisseur 
plus  ou  nr^oins  grande  des  nuages^  ^lait  difficile  &  appr^ier 


(285  ) 

exactemeDt.  Les  quatre  priocipales^preoves  qui  oDt  ^te 
faites  onl  pr^sent^  les  resultats  suivaniS)  en  portant  les  re- 
gards, k  travers  la  plaque,  sur  une  surface  blanche  plac^e 
vers  le  midi. 

Les  diyisions  de  F^chelle  sont  arbitraires;  deCf  a  120°, 
la  lame,  compost  de  deux  prismes  triangulaires  superpo- 
ses, prend  k  peu  pres  le  double  de  son  epajsseur. 

Photomitre. 

i^  11^59" 42,0 

i  12  28 35,5 

a    1  16 28,0 

4    1  53   ... 26,0 

La  lassitude  de  ma  vue,  apr^  robservation  des  taches 
solaires,  m'a  emp^h^  ensuite  de  continuer  les  experiences 
commene^es. 

Vers  midi  et  demi ,  j*ai  voulu  reconnaitre  ^galement  si 
Tastre,  qui  parut  pendant  quelques  instants,  n'offrait  point 
de  traces  de  polarisation  :  j'etais  pourvu  d'un  excellent 
prisme  de  Nicholson ;  mais  ces  recherches  et  d'autres  ne 
pr^senterent  aucun  r^sultat  sensible. 

La  clarte,  pendant  la  phase  la  plus  forte  de  T^lipse,  ^ait 
loin  d'avoir  diminu^  autant  qu'on  pouvait  s'y  atlendre. 

Les  autres  observations  etaient  les  suivantes : 

3.  Instruments  de  m^tAyrologie  et  de  physique  du  globe, 
observe  au  haut  de  la  tourdle  orientale  de  TObservatoire, 
par  M.  Bouvy.  L'attention  se  fixait  plus  sp6cialement  sur 
r^tat  eiectrique  de  Fair. 

4*  Les  instruments  ordinaires  de  mii^arologie  :  le  baro- 
metre,  le  thermom^tre,  le  psycbrometre,  le  galvano- 
metre,  etc.,  Etaient  observes  par  M.  Edmoud  Marobal, 
aitacbe  au  secretariat  de  TAcad^mie. 

5.  Les  observations  des  thermometres  colores  exposes  au 


(  286  ) 

sokil  et  de  I*etat  du  ciel  ^taient  faites  sur  la  terrasse»  par 
M.  Hooreman,  aide-m^anicien. 

6.  Uactinometre  d'Herschel  faisail  principalement  Fobjet 
des  observations  de  M.  G.  Raja  Gabaglia ,  offieier  de  la 
marine  br^silienne,  qui  en  mdme  temps  alternait  avec 
M.  Hooreman  dans  Tobservation  des  ihermometres  co- 
lor^s  et  de  Tetat  du  ciel. 

7.  Les  observations  aux  instruments  magnitiqiies  se  fai- 
saient  de  cinq  en  cinq  minutes  par  M.  le  docteur  Mathias 
de  Carvalho  de  Vasconcellos ,  professeur  k  Tuniversite  de 
Go'imbre,  qui  se  trouvait  aiorsaccidentellement  k  Bruxelles, 
et  qui  prenait,  ainsi  que  H.  G.  Raja  Gabaglia,  part  aux 
travaux  de  Tetablissement.  Des  observations  cons^cutives 
avaient  6x6  faites,  les  jours  ant^rieurs,  par  lem^me  savant, 
pour  reconnaitre  autant  que  possible  la  marche  normale 
des  instruments, 

L'Acad^mie  a  re^u ,  d*une  autre  part : 

1""  Des  observations  faites  k  Gand ,  sur  I'abaissement  de 
temperature,  pendant  Teclipse  solaire ,  par  M.  F.  Duprez, 
membre  de  FAcad^mie; 

2°  Des  observations  de  temperature  faites«a  An  vers, 
pendant  le  meme  ph^nom^ne,  par  M.  Montigny,  corres- 
pendant  de  FAcad^mie; 

5""  Des  observations  mettorologiques  faites  k  Fecole 
d'agriculture  de  Thouroul,  par  M.  G.  de  Troz,  attache  k 
cet  ^tablissement. 

II  r^sulte  de  ces  di verses  observations  que,  quant  k  la 
temperature ,  le  thermom^tre ,  qui ,  dans  les  quatre  prin- 
cipales  localites,  marquait,  vers  Fheure  de  midi ,  de  6  k  7 
degres  centigrades,  ne  s'est  guere  abaiss^  de  plus  de  2  a3 
degr^s  pendant  le  phenom^ne ;  la  clarte  egalement  a  di- 
minue  bien  moins  qu'on  ne  s*y  attendait. 


(  287  ) 


M.  Bouvy,  qui  observait  reclipse  du  haut  de  la  tourcUe  orientalc , 
y  a  recueilll  les  observations  suivantes  d'eleetricite  statique  *  et  de 
temperature  au  soleil : 


- 

iitGntmint 

Dl  PBLTBa. 

— 

M 

15  MASS 

*" 

— ^ 

1858. 

IfOMBRBS 
observe. 

«> 

a 
a 

1 

Si 

si 

2 
'S 

i 

■tat  dv  del. 

ll 

+    + 

9I13S10 

42  44 

-4-43 

194 

0 

Qq.  ^elairciest  atrat.  diffuii  horis.  bmmeox. 

304 

10  10 

41  39 

40 

168 

6 

Id.                id.                 id. 

♦,o 

10  55 

39  38 

39 

160 

0 

Id.                 id.                 id. 

4,8 

11     0 

17  17 

17 

30 

0 

CouTert,  strat.  dilTas,  horiion  bruineux. 

4,9 

11  15 

18  18 

18 

84 

0 

Id.             id.                 id. 

4,4 

11  SO 

20  19 

20 

42 

0 

Id.             id.                 id. 

4,9 

11  45 

27  26 

27 

76 

0 

Coarert ,  strat.  dlttuM ,  le  soleil  perea  faibl-'. 

6,0 

11  58 

27  27 

27 

76 

0 

Id.             id. 

5,2 

12  10 

27  28 

28 

82 

0 

Id.             id. 

5,5 

12  20 

38  39 

39 

160 

0 

Eelaireiest  stratus  diflTas ,  soleil.            0 

7,5 

12  30 

54  61 

53 

333 

1 

Id.             id. 

6,6 

12  40 

47  49 
38  21  28 

48 

250 

0 

Les  ^claireies  dlsparaissent ,  les  sir.  passent 
aa  nimbas,  le  vent  fralchit. 

6,0 

12  50 

29 

88 

0 

Le  del  s'assombrit,  rhorison  reste  gris  mais 
distinct. 

4 

5,5 

1     0 

37  37 

37 

144 

0 

Ciel  sombre. 

5,1 

1  10 

34  35 

35 

128 

0 

Id. 

5,0 

1  20 

39  43 

41 

176 

0 

Ciel  sombre.  Dans  le  8.,  I'boriz.  se  fond  dans 
la  brume,  les  objets  plus  rapproch^  sont 

4,8 

■ 

1  30 

44  45 

45 

214 

0 

pins  fone^. 

^M 

i  40 

40  39 

40 

168 

1 

La  coaehe  inUrieure  des  nnages  avanea  rers 
le  SE. ,  des  ^elatreies  paraissent  dans  TO. 

4,8 

1  50 

44  41 

43 

194 

2 

H^me  ciel,  le  soleil  a  donn^. 

5,3 

2  10 

52  52 

52 

813 

7 

Bean  soleil,  nnages  k  Thorison.             Q 

7,1 

2  23 

49  49 

49 

264 

6 

Cnm.-str.  ^pars,  lis  passent  sur  le  soleil.  Q 

7,4 

2  32 

45  43 

44 

204 

4 

Cum.-str.  snr  le  soleil. 

5,5 

2  45 

44  42  45 

44 

204 

2 

Id. 

5,4 

2  55 

42  41 

42 

185 

2 

Id. 

5,2 

3     0 

47  47 

47 

237 

1 

Cam.-str.,  nne  bande  dans  le  8. ,  passe  au 
nimbus.  11  reste  toajours  an  Idger  brouil- 

5,1 

lard  sur  la  eampagne,  mais  plus  clair. 

*  Le  galvanometre  de  Gourjon  est  reste  stationnaire  pendant  toufe  la  duree  df 
Teclipse ;  Telectricit^  dynamique  etait  nulle. 


(  288  ) 

M.  £dmoad  Marchal  a  recueilli  au  rez-de-chaussee,  les  observa- 
tions suirantes  de  pression,  do  temperature  ct  d'humidite  de  Fair, 
a  Taide  des  instruments  meteorologiques  ordinaires  : 


15  MARS 
1858. 


PRESSIOII 

rMuite  k  0* 

de  temptSrature 

centigrade. 


TBMFtfBATURI 

centigrade  de  I'air 

au  nord 

et  k  Tombre. 


TCNSIOM 

de 

la  vapeur  d'ean 

oontenae 

dmnm  l*alr. 


huhidit£ 

relative 
die  l**lr. 


iOh  5iin 
11 


2 


mm. 
752,00 


6 

52,13 

SI 

52,14 

56 

52,24 

51 

52,48 

6 

52,55 

21 

52,58 

36 

52,64 

51 

52,79 

6 

52,94 

21 

93,09 

36 

53,13 

51 

53,18 

6 

53,15 

2* 

53,23 

36 

55,27 

51 

53,49 

6 

55,70 

21 

55,72 

36 

53,96 

51 

33,93 

6^2 
6,3 
6,0 
6,2 
6,7 
6,7 

6,7 
6,7 
6,4 
6,2 
6,2 
6,3 
6,5 
6,5 
6,6 
6,7 
6,7 
6,9 
7,2* 


mm. 
6,81 

6,70 

6,60 

6,76 

6,65 

6,65 

6,80 

6,69 

6,48 

6,50 

6,56 

6,47 

6p40 

6,50 

6,35 

6,41 

6,35 

6,37 

6,13 

6,08 

6,11 


89,0 

87,6 

88,1 

88,4 

85,0 

84,2 

84,1 

81,6 

81,2 

82,6 

85,0 

84,8 

83,7 

84,4 

81,2 

82,5 

81,7 

81,2 

78,4 

75,6 

74,5 


*  MtutitHutn  avant  I'^elipie. 
'*  Maximum  apr^i  I'^clipse. 


bulletins  dt^  VAcademit^.  Z^st 
M.^    io'     20'    3o'     ^ 


J2' 


JO' 


8" 


S" 


S'' 


s' 


8" 


e"^ 


v.. 


-^ 


./ 


^ 


/-^ 


^ 


T/ies7. 


I 


4 


I- 


i 


I 


J 


/ 


^ 


i 


litTi.  SiTTwnaic  l^  Tcov^. 


(  289  ) 

Les  th^rmom^trcs  color<^s ,  recommandes  par  la  conference  mari- 
time tenue  a  Bmxellesen  1853,  et  ie  thermom^tre  dc  M.  le  comtc 
de  Gasparin,  dont  la  boule  se  trouve  an  centre  d'une  sphdre  noire 
d'an  decimetre  de  diametre,  ^talent  observes  alternatiyement  par 
M.  Hooreman,  aide-mecanicien,  ct  par  M.  G.  Raja  Gabaglia,  officier 
de  la  marine  br^ilienne.  Voici  les  observations  de  M.  Hooreman  : 


15  MARS 
1858. 

• 

M 

as 

O 
K 

» 

m 

• 

c 

H 

C9 
O 

n 

• 

5 

IS 

n 

s 

s 
o 

n 

• 
M 

O 

K 

H 

Ml 

a 
o 
m 

BOCLB   BLEtlE.       1 

— 

H 

mi 

» 

M 

Atet  «a  elel. 

Ilhtem 

7?7 

5?4 

8^ 

8f8 

6;o 

0 

Cam.-ftr.  diffus  et  loardf. 

96 

8,1 

6,0 

6,4 

6,6 

6,8 

0 

Id.       le  ioleil  perce. 

46 

9,8 

8,1 

8,1 

9,7 

8,9 

0 

Id.           id. 

-     i»6 

9,1 

6,0 

8,7 

6,8 

6,9 

0 

Id.       nais  pitta  nolrs. 

0    6 

9,2 

6,3 

6,8 

7,0 

7,1 

0 

Id.       qq.  eelaircies. 

16 

10,0 

7,9 

8,6 

9,0 

8,0 

2 

Camalus,  graodes  Eelaircies. 

S6 

11,1 

8,3 

8,4 

9,3 

9,0 

1 

Cam.  paiaant  au  eum.-str. 

36 

11,7 

8,7 

8,8 

9,7 

9,3 

0 

Cam.  sir.,  grandes  Eelaircies. 

46 

10,9 

T,© 

7,3 

7,0 

7,6 

0 

Com.-str.  noirs. 

56 

10,0 

6,3 

6,9 

6,8 

7,0 

0 

Id.         id. 

1     6 

9,0 

6,0 

6,4 

6,0 

6,6 

0 

Id.       ;  ils  deTiennent  plus  Epais. 

16 

8,7 

8,8 

6,2 

8,9 

6,3 

0 

Cam.-str.  noirs. 

36 

8,1 

8,7 

6,0 

8,8 

6,1 

0 

Com.-str.  qq.  Eelaireies. 

36 

7,9 

1^,7 

6,0 

8,8 

6,1 

0 

Id.                 id. 

46 

7,8 

8,9 

6,1 

6,0 

6,4 

2 

Id.       le  soieil  perce. 

1     6 

10,7 

9,0 

8,8 

10,0 

9,4 

10 

Quelques  Mgers  cumalus. 

16 

12,3 

9,6 

8,9 

10,1 

9,7 

8 

Camillas. 

96 

11,9 

7,8 

7,4 

7,0 

7,7 

3 

Cirr.-eam.,  et  eon.  -str.  lourds  ao  S. 

36 

11,8 

6,6 

6,7 

6,3 

6,7 

3 

Cnra.-str.  trte-Epais. 

46 

10,0 

6,3 

6,8 

6,3 

6,8 

3 

Id.             id. 

86 

9,6 

6,3 

6,8 

6,2 

6,7 

1 

Id.       plus  noirs. 

3    6 

9,3 

6,9 

6,9 

7,1 

7,« 

2 

Cam.-str.  et  eumulus. 

16 

9,3 

6,9 

6,9 

6,9 

7,7 

2 

Cum. -str.  nuirs. 

(  290  ) 


Dans  le  tableau  ci-apres  se  trouvent  reunies  les  obseryations  faites 
par  M.  G.  Raja  Gabaglia.  L'asterisque  (*)  indique  que  la  temperature 
etait  rapidemeat  ascendante  au  commencement  de  robservation ;  on 
a  pris  toujours  le  nombre  correspondant  a  la  temperature  la  plus 
eleyee. 


15  HABS  1868. 

8PHBBX 

Doire. 

BOULB 
libre. 

BOOLB 
blanche. 

BOULB 

noire. 

BOULB 
bleue. 

Jlh  om 

8?1 

5?8 

6?1 

6^2 

6^4 

10 

8,0 

5,4 

6,0 

5,« 

6,1 

SO 

7,8 

5,2 

5,8 

6,5* 

5,8 

30 

7,8 

5,4 

6,1 

6,4 

6,4 

40 

8,7* 

6,8 

6,9 

7,8 

7,6 

50 

9,7 

6,9* 

6,9* 

7,0 

7,2 

Midi. 

9,3* 

6,3 

6,7 

6,9* 

7,0 

10 

9,5- 

6,8 

7,1* 

V 

7,4* 

SO 

10,1 

8,4 

8,9* 

11,0 

9,9 

30 

11,3 

8,6 

8,6 

9,6 

9,0 

40 

10,4 

7,3 

8,0 

8,0 

8,4 

50 

10,3 

6,3 

7,0 

6,8 

7,1 

1     0 

9,6 

6,0 

6,3 

6,1 

6,6 

10 

8,8 

6,7 

6,1 

6,0* 

6,3 

20 
30 

8,3 
7,8 

6,6 
5,4 

6,0 
6,0 

6,6 
6,6 

6,0 
6,0 

40 

7,8* 

5,4 

6,0 

6,6 

6,1* 

80 

7,8 

6,1 

6,3 

6,7 

6,6 

3     0 

0,4 

7,8 

7,6 

8,7 

8,3 

10 

11,7 

9,5 

8,9 

10,2 

9,7 

20 

19,0 

9,0 

8,5 

9,5 

9,1 

30 

11,2 

6,8 

6,9 

7,8 

7,0 

40 

10,7 

6,7 

6,8 

7,0 

7.0 

60 

9,8 

6,0 

6,9 

6,1 

6,4 

3    0 

9,4 

6,2 

6,6 

6,6 

6,7 

10 

9,8 

•     7,0 

7,0 

7,3 

7,3 

SO 

9,2 

6,3 

6,4 

6,8 

7,0 

(  291  ) 

Voici  la  variation  de  F^tat  du  del  et  des  nuages  anno- 
tee  par  le  mSme  savant  :  les  indications  se  rapportent 
toujours  k  Tintervalle  de  temps  ^coule  depuis  I'observa- 
tion  pr^cedente. 

il<>    0"*.  Cum.-str.  Pas  d'eclaircies.  Dans  le  zenith,  nuages  rapides 
allant  au  SE.  Vent  supcrieur  NO. 

30".  M^mc  etat  du  ciel  depuis  ll^j  k  ll*"  30™,  quelques  petites 
eclaircies  pr^  du  soleil,  qui  apparait  par  instants;  disque 
tres-pale, 

3S™.  Quelques  eclaircies  se  sont  monlrees  vers  le  zenith  j  une 
surtout  a  persist^  pendant  2  minutes  et  a  permis  de  dis- 
tinguer  deux  couches  de  nuages,*  les  stractus  inferieurs 
allant  au  SE.  et  les  autres  beaucoup  plus  eleyes ,  etaient 
presque  stationnaires  ous'ay^ncaient  dans  la  m^me  direc- 
tion. 

40">.  S^r^nite  de  1  a  2  vers  le  NO.  Soleil  visible  par  courts  inter- 
valles. 

50"°.  Le  ciel  est  de  nouveau  enti^rcment  convert 3  les  nuages 
continuent  a  aller  dans  le  m^me  sens,  au  SE. 
12**  Gum.-str.;  cum.  nombreux;  serenite  0. 

iO"*.  Quelques  eclaircies  au  N£.  et  vers  le  zenith.  Le  soleil  perce 
par  instants.  On  distingue  deux  et  jusqu'a  trois  couches 
de  nuages;  la  couche  inferieure  tres-rapide  du  NO.et  les 
nuages  superieurs  presque  stationnaires  ou  subissant  un 
faible  mouvement  dans  le  m^me  sens. 

15°*.  Cum.-str.  plus  transparents,  serenite  de  1  a  2  vers  le  ze- 

.  nith.  On  continue  a  distinguer  trois  couches  de  nuages , 

les  plus  has  allant  toujours  au  SE.  et  les  superieurs  k  peu 
pres  immobiles. 

20".  Serenite  2  ii  2 ,  vers  le  zenith.  Soleil  decouvert  pendant 
quelques  minutes.  Cumulus  et  quelques  nimbus  pronon- 
ces  a  rhorizon. 

30'».  La  generalite  du  ciel  s'eclaircit ;  la  serenite  devient  de  2  a  3. 
Les  nuages  marchent  plus  lentement. 

40"».  Le  ciel  est  de  nouveau  convert;  le  soleil  est  masque  com- 


(  292  ) 

pletement  par  d'epais  banes  de  nuages.  Queiques  ires- 
rarcs  eclaircies  seulement. 
j^b  50'".  Screnite  0.  Giel  completement  convert.  Queiques  epais 
nimbus.  Diminution  sensible  dans  la  transparence  de 
Tair;  on  ressent  quelque  humiditc;  on  croirait  la  pluie 
imminente. 
ii>  O'''.  La  partie  orientale  du  ciel  devient  de  plus  en  plus  sombre; 
une  eclaircie  a  TO.;  toujours  des  nuages  tres-denses  et 
agglomeres;  queiques  nimbus. 

40'".  Tout  le  ciel  so  couvre,  serenite  0.  Les  nuages,  tout  en  con- 
servant  la  m^me  direction ,  ont  un  moiivement  sensible- 
ment  plus  lent. 

20<".  L'etat  du  ciel  n'a  pas  varie  i  il  est  h  remarquer  mdme  que 
la  transparence  de  Tair  est  a  peu  pres  constante. 

SO"".  Queiques  eclaircies,  mais  tres-raresj  a  deux  reprises,  on 
a  pu  distinguer  Teclipse  a  Toeil  nu;  le  soleil  presentait 
un  croissant  p&le  et  ti*es-etroit. 

40°*.  Le  ciel  s'eclaircitj  Teclipse  devient  visible  parfois. 

50°*.  Le  ciel  s'eclaircit  au  zenith  et  versThorizon^  serenite  2  a  3. 
Gum.-str.  et  queiques  cirrhus. 
a**    0™.  Meme  etat  du  ciel. 

10".  M6me  etat  du  ciel. 

^O"*.  Le  ciel  s'eclaircit  beaucoup;  serenite  par  instant  de  4  ii  5. 

30™.  Le  ciel  est  de  nouveau  convert j  gros  nuages,  nimbus  pas- 
sant vers  le  zenith^  la  serenite  devient  de  2  a  5. 

40".  Queiques  eclaircies  au  zenith ;  nimbus  vers  le  S£. 

40".  Nuages  tresdenses  et  queiques  nimbus.  La  serenite,  qui 
un  moment  ctait  de  4,  n'esl  plus  que  2.  La  vitesse  des 

m 

nuages  augmente.  La  direction  reste  la  meme. 
Z^    0".  Gum.-str.,  queiques  nimbus  epais  j  screnite  de  5  a  4 ,  vers 
le  haut.  . 


(  295  ) 

M.  Raja  Gabagiia  avait  bkn  youlu  se  charger  de  recueillir  egale- 
ment  des  observations  de  ractinometre  d'Hersche!,  de  45  en  45 
minutes  pendant  toute  la  dur^  de  Feclipse ;  mais  I-etat  du  eiel  n^ 
pas  permis  de  snivre  cette  marohe  reguti^re,  et  il  n*a  pu  que  pro* 
fiter  4e8rares  iiista&ts  on  le  soieil  s'est  montr^  pour  faire  \$^  obser* 
yations  qui  suivent :  .  "^ 


T 


15  HAR8  1858. 


2h  gmso*  © 

40  60  O 

10  50  X 

11  50  X 

2  U  50  O 

13  50  O 

13  50  X 

14  50  X 

2  t6  SO  O 

27  to  O 

27  20  X 

28  20  X 

2  29  0  O 

30  .0  O 

30  0  X 

31  0  X 


DmsiOM  M  L*nilTIIVBBIT. 


•a 

eommenc"* 

des 

obserTations. 


0,0 


5,4 


iUfin 

dM 

obacrTtUons. 


0,0 


6,4 


8,2 


12,2 


0,0 


«,< 


I>IFF<RBNCB 

pendant 
rexpositlon  an 

0  soleil 
on  &  X  rombn. 


Atat  An  el*!. 


!•  •  •  • 


»,*  o 


]  ....  1,8  X 

7,«   ) 


6,4 


8,0 


12,2 


13,8 


2,i 


2,6 


....  6,4  O 


••••  lj6  X 


....  4,0  G 


• .  •  •  1 ,6  X 


....  2,1  O 


*..•  0,5    X 


Soleil  decouYert. 


Soleil  decouvert. 


Soleil  decouvert. 


Des  nuages  passenl. 


(  294  ) 

M.  le  docteur  Mathias  de  Canralho  deVasconcellos,  professeur  a 
rUniversite  de  Coimbre,  avait  bien  voulu  aussi  joindre  ses  efforts 
wx  nqtres  pour  reiinir  le  plus  d'observations  possible  pendant  ce 
phenomene  interessant.  11  s'etait  obarge  d'observer  rinstniment  qui 
donne  la  d^linaison  du  barreau  magnetique  et  celui  qui,  suspendu 
entre  deux  fils  verticaux  paralleles,  indique,parla  torsion  des -fils , 
rintensite  horizontale.  Pour  avoir  des  points  de  comparaison,  les 
observations  ont  6te  faltes  le  13,  le  1-4  et  le  i5  mars. 


13  MAR*  18»8. 

HBVRB0. 

D^CUlfAUOIf. 

BBURU. 

IHTBRglTi 

horiiontale. 

TBMPtfBATOBB 
Fahrenheit. 

l|h     om 

68,30 

l|h     3m 

9,98 

37^ 

15 

6^,79 

17 

9,56 

37,7 

30 

67,88 

32 

9,44 

57,6 

45 

67,32 

47  30« 

9,19 

37,6 

12      0 

67,29 

12       2 

9,51 

37,6 

15 

66,98 

17   15 

9,94 

37,6 

30 

66,22 

52  30 

10,08 

37,6 

45 

66,19 

47 

10,10 

37,7 

1       0 

66,67 

1       2  10 

9,77 

57,8 

15 

67,20 

17 

9,62 

37,8 

30 

65,81 

32 

10,15 

37,8 

45 

65,52 

47 

9,64 

37.8 

2       0 

66,95 

2       2 

9,32 

37,8 

15 

67,21 

17  30 

^,95 

37,8 

30 

66,85 

32 

10,55 

37,8 

45 

67,00 

47  20 

10,64 

37,8 

3      0 

66,76 

3      2 

10,31 

37,8 

is 

66,79 

17 

9,92 

37,8 

SO 

67,42 

32 

9,51 

37,8 

« 

(295  ) 


14  MAB 

«  1888 

• 

■lOHtS. 

DtfCLIM. 

nous. 

ptfCLlM. 

• 

BBDRM. 

K  .a 

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«  8 

8« 

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»  § 

K   A 

llhom 

60,77 

o^asv 

67,43 

ilhfim 

9,89 

88^6 

Ohsrm 

9,75 

10 

69,08 

30 

67,36 

15 

9,96 

39 

9,79 

39^4 

to 

69,37 

35 

67,05 

95 

9,88 

58,7 

37 

9,88 

30 

69,39 

40 

66,65 

35 

9,98 

38,8 

49 

10,03 

40 

69,04 

45 

66,60 

49 

10,10 

47 

Q,84 

39,5 

45 

68,94 

50 

66,65 

47 

9,93 

38,9 

59 

9,69 

50 

69,01 

55 

66,73 

59 

9,95 

57 

9,64 

55 

68,26 

9    0 

66,55 

57 

10,10 

9    9 

9,65 

39,6 

IS  0 

68,70 

5 

66,50 

19    9 

10,08 

89,0 

.  -y 

9,58 

»       6 

68,S9 

10 

66,50 

7  5« 

10,01 

19 

9,49 

10 

68,37 

15 

66,61 

19 

10,14 

17 

9,63 

59,7 

15 

68,54 

90 

66,50 

17 

10,08 

39,0 

99 

9,76 

10 

68,67 

95 

66,38 

92 

10,15 

97 

9,79 

S5 

68,67 

30 

66,55 

97 

10,01 

39 

9,64 

39^8 

SO 

68,67 

35 

66,55 

39 

0,90 

39,1 

37 

9,70 

85 

68,70 

40 

66,11 

87 

9,95 

49 

9,94 

40 

68,46 

45 

66,95 

49 

10,14 

47 

9,79 

89,9 

45 

67,75 

50 

66,09 

47 

10,37 

39,1 

59 

9,79 

80 

67,1) 

55 

65,96 

59 

10,50 

57 

9,80 

• 

85 

66,99 

3    0 

65,94 

57 

10,39 

3    9 

9,81 

40,0 

1     0 

67,08 

10 

66,49 

1     9 

10,31 

39,9 

19 

9,79 

5 

67,39 

90 

66,99 

7 

10,99 

99 

9,57 

10 

67,13 

30 

67,46 

19 

10,99 

89 

9,36 

40,0 

15 

67,15 

40 

67,96 

17 

10,17 

39,3 

42 

9,89 

40,0 

90 

67,38 

99 

9,97 

2""  S^RIE,  TOME  IV. 


20 


(  296  ) 


Itt  MAWi  iBtt8 

• 

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uotss. 

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nvau. 

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68,85 

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9,76 

10    0 

70,60 

15 

68,86 

10    8 

8,03 

17 

9,76 

15 

70,31 

SO 

60,SS 

17 

8,97 

39,8 

22 

9,75 

50 

69,56 

S5 

69,40 

32 

9,66 

39,9 

27 

9,64 

45 

68,49 

30 

69,65 

47 

9,12 

.33 

9,84 

11    0 

69,07 

35 

69,90 

11     5 

8,85 

40,0 

37 

9,83 

10 

69,30 

40 

69,96 

15 

8,98 

42 

9,90 

20 

68,68 

45 

69,80 

25 

9,14 

47 

10,05 

40«5 

80 

68,95 

50 

69,75 

88 

9,13 

52 

10,38 

40 

69,99 

^ 

60,8«' 

43 

9,28 

57 

10,44 

» 

45 

69,31 

S    0 

69,22 

47 

9,37 

9    2 

10,59 

40,6. 

50 

69,36 

5 

69,01 

59 

9,39 

7 

10,70 

55 

69,34 

10 

68,79 

67 

9,49 

12 

10,78 

IS    0 

68,87 

15 

68,74 

13    S 

9,56 

17 

10,57 

40,7 

5 

69,11 

20 

68,51 

7 

9,40 

S3 

10,30 

10 

68,90 

S5 

68,39 

13 

9,50 

S7 

10,34 

15 

68,59 

30 

67,93 

17 

9,74 

40,1 

83 

9,63 

40,9 

SO 

68,44 

85 

67,23 

29 

10,06 

87 

9,81 

S5 

67,69 

40 

67,14 

37 

10,16 

43 

10,14 

30 

67,50 

45 

67,01 

82 

10,06 

40,2 

47 

10,31 

41,0 

35 

67,79 

50 

67,96 

37 

10,05 

53 

9,56 

40 

68,06 

65 

69,42 

42 

10,00 

57 

9,11 

45 

67,79 

3    0 

70,41 

47 

9,99 

3    3 

9,55 

50 

68,37 

10 

71,26 

52 

9,87 

13 

10,85 

55 

68,60 

S5 

71,46 

57 

9,60 

S3 

11,15 

1    0 

68,51 

80 

70,46 

1     2 

9,74 

40,4 

83 

10,98 

5 

68,49 

40 

70,16 

7 

9,70 

43 

10,57 

(  297  ) 


Sur  Vabaissement  de  la  temperature  a  Gand,  pendant 
r  Eclipse  solaire  du  15  mars  1858;  par  F.  Duprez»  membre 
de  FAcademie. 

J'ai  suivi,  pendant  T^clipse  solaire  du  i5  mars,  la 
marcbe  d'un  tbermomMre  place  au  nord  et  ^  rombre, 
dans  ]e  but  d*estimer  rinflaence  du  ph^nom^ne  sur  ]es  ia* 
dications  de  cet  instrument.  L'^cbelle  du  thermom^tre 
dont  j'ai  fait  usage  me  permeltait  d'apprecier  directement 
les  cinqui^mes  de  degr^;  et  j*observai  de  10  en  10  minutes 
avant  et  apr^s  r^clipse»  et  de  5  en  5  minutes  pendant  la 
dur6e  de  cette  derni^re.  Voiei  les  r&ultats  de  ces  observar 
tions;  j*y  ai  joint,  pour  cbacune  d'eHes,  T^tal  correspond 
dant  du  ciel : 

'Si 


15  MARS  1858. 

TBBUIOVJtTRX 

eentlgndo. 

Ata^t  An  el«l. 

10l>55» 

r,7 

^aircies  etroites.  Soleil  par  intenralle. 

11     tt 

8,1 

Id.                         id. 

15 

8,5 

Id.                         id. 

15 

8,7 

Id.                         id. 

S5 

8,5 

Id.                         id. 

45 

8,8 

Id.                         id. 

55 

8,1 

Id.                         id. 

11    5 

8,9 

Gourert. 

15 

8,5 

id. 

10 

8,0 

Id. 

15 

8,0 

Id. 

30 

7,9 

^laireies  etroites. 

35 

7,7 

l^claircies.  Soleil. 

40 

7,6 

Id. 

43 

7,6 

^claireies  plus  rares. 

i 


(  298  ) 


IS  BARS  18W. 

eentlgrade. 

jktmM  <a  elAl. 

ltf>50a 

7,7 

^claireies  plos  rares.  Soleil. 

55 
1     0 

7,7 
7,8 

l^cUircief  plus  nombreiues.  Sol«iI. 
^claircies.  Soleil. 

5 

7,0 

Id. 

10 

7,0 

Id. 

15 

6,7 

Id. 

SO 

6,5 

Id. 

25 

6,5 

Eelairc.  plus  ^roites.  Par  interv.  soleil. 

50 

6,5 

Id.      elroites.  Par  intervnlle  soleil. 

55 

6,4 

Id.                     id. 

40 

6,6 

Id.                     id. 

45 

6,5 

En  partie  serein.  Soleil. 

60 

6,1 

Id.                   id. 

55 

6,0 

Id.                   id. 

3    0 

.5,9 

Id.                    id. 

5 

6,0 

En  grande  partie  serein.  Soleil. 

10 

6,0 

Id.                    id. 

15 

6,S 

Presque  conipletement  serein.  Soleil. 

SO 

6,9 

Id.                      id. 

S5 

6,3 

Id.                      id. 

30 

6,4 

Id.                      id. 

35 

6,6 

Id.                      id. 

45 

7,5 

Id.                      id. 

55 

7,7 

En  partie  serein.  Soleil. 

5    5 

7,7 

Id. 

15 

8,0 

Id. 

95 

8,9 

Id. 

35 

8,0 

Eclaircies. 

45 

7,7 

Id. 

55 

7,5. 

Id. 

4     5 

7,5 

l^claircies  etroites. 

Les  Dombres  ci-dessus  conslalent  un  abaissement  gra- 
duel  de  3  degres  centigrades,  produil  depuis  le  commen 


(  299  ) 

cement  jusque  vers  la  plus  grande  phase  de  Teclipse;  ils 
montrent,  en  outre,  que  la  colonne  mercurielle,  apr^s 
avoir  subi  cette  variation ,  a  repris  un  moavemept  ascen- 
dant et  est  remont^e  de  2^,5. 

Je  rappellerai  ^^  h,  cette  occasion ,  que ,  lors  de  T^lipse 
solaire  du  28  juillet  i851,  un  thermom^tre,  plac^  ^gale- 
ment  au  nord  et  k  Tombre,  m'a  donn^  un  abaissement 
total  de  4,4  degr^s  centigrades  (i).  L*etat  variable  du  ciel , 
pendant  T^elipse  de  Tann^e  actuelle,  a  dA  ^videmment 
modifier  les  indications  thermom^triques. 

J'avais  dessein  d'exposer  k  Taction  directe  des  rayons 
solaires  un  tbennomfetre  k  boule  noircie;  mais  Taspect  d^- 
favoral>le  du  ciel  au  commencement  de  Teclipse  m'a  fait 
renoncer  h  ce  projel. 

Observations  de  temp&ature  d  Anvers,  pendant  I'^clipse 
de  soleil  du  IS  mars  1858;  par  M,  Montigny,  corres- 
pondant  de  TAcademie. 

« 

L'^tat  nuageux  de  Fatmosph^re  a  contrari^  les  observa- 
tions pour  lesquelles  j'avais  pris  quelques  dispositions.  Le 
ciel  est  g^neralement  reste  couvert  jnsqu*^  12^15"^,  in- 
stant oji  ie  soleil,  dejk  en  partie  reconvert  par  le  disque 
lunaire,  a  pu  6tre  aper(u  k  demi  voile  par  les  nuages. 
L'observation  du  commencement  de  T^clipse  n'a  done  pas 
^t6  possible.  J'ai  6x€  plus  heureux  k  Tegard  de  la  fin  du 
ph^nom^ne  :  le  dernier  contact  des  deux  disques  a  ^te 
observe  k  2»»38"^54«  T.  M.  d'Anvers,  k  I'aide  d'un  t^les- 
cope  grossissant  37  fois.  (Je  cite  ce  chiffre  afln  d*^lablir  la 
valeur  des  instants  oti  les  temperatures  ont  ^te  not^es.) 
■    ■  ■  I  II  »      11 

(1)  Bulhlint  de  VJcademie,  4861,  t.  XVIIl,  p.  159. 


(  300  ) 

Ces  notations  ont  ^t^  g^neralement  r^it^r^  de  5  en  5 
minutes,  par  deux  observateurs,  pour  trois  thermom^tres 
qui  se  trouvaient  places  dans  les  conditions  suivanies  : 

(A)  Thermom^tre  de  Bunten,  suspendu  k  Fombre,  contre 
un  mur  en  regard  du  nord  k  1"',5  environ  au-^essus  du 
sol  d'une  vastecour  un  peu  humide; 

(B)  Thermomitre  ordinaire ,  plac^  en  dehors  d*une  fe- 
nfire orient^e  au  midi  et  k  T^tage  de  la  meme^cour; 

(C)  Thermom^tre  k  reservoir  cylindrique  noirci »  dis^ 
pose  a  c6te  du  precedent* 

Les  thermom^tres  (B)  et  (C)  sont  identiques  quant  k 
leur  forme '  ilsappartiennent  k  un  psycbrom^tre  d'Augost. 

Void  les  principaux  r^ujtats  recueillis  au  moyen  de 
ces  instruments  : 


16  HAAS  1858. 


Attit  dm  •1*1. 


Solell  eaeU. 

8al«il  TWble  k  vtvmn  l«  n«a|M, 

l£elKlr«i««  par  iAUnralleg. 

Id. 
Soleil  Titible  pendantqaditaei  iniunta. 
8«l«fl  aaeM. 

Id. 
Solail  at  noaiaa  altaHtttiTcmant. 

Id. 

Id. 

Id. 

Id. 

Id. 

Id. 


Le  plus  grand  abaissement  de  la  temperature  s*est  pro- 
duit  a  i»»30". 


(  301  ) 

J'ai  suWi  ^alement  la  marche  du  barom^tre  d'heure 
en  heure,  eotre  S  heures  da  matin  et  midi ,  puis  de  quart 
d'heure  en  quart  d'heure,  k  partir  de  i2H0",  et  ensuilede 
5  en  5  minutes,  pour  voir  si  la  hauteur  mercurielle  ne 
refletatt  point,  par  de  petiles  variations,  soit  rinfluence 
de  Tabaissement  de  temperature  de  Fair  par  suite  de  Te- 
clipse  partielle  du  soleil ,  soit  celle  de  toute  autre  cause  qui 
pM  dependre  de  Taction  du  soleil  sur  Tatmosphere  dans 
les  conditions  ordinaires.  Mais,  comme  la  marche  du  ba- 
rom^tre  s'est  montr^e  dans  un  sens  ascensionnel  depuis 
8  heures  du  matin,  les  effets  d'une  cause  quelconque, 
d^pendante  de  Tinfluence  immediate  du  soleil  sur  ratmo- 
sphere,  pr^suppos^e  k  tort  ou  k  raison ,  ont  du  se  trouvei! 
masques  en  grande  partie  par  le  mouvement  predomi-* 
nant  du  barom^tre.  Je  dirai  seulement  qu'apres  etre 
montfeassez  r^guliferement  de  755'"",84  k  757'""*,64,  entre 
8  heures  du  matin  et  IMS'",  et  k  partir  de  ce  dernier  instant, 
la  colonne  barometrique  eprouva  une  faible  depression 
qui  Tamena  k  757"*",55,  k  1**30.  Son  mouvement  ascen- 
dant repril  k  1**35,  de  faQon  k  atteindre  758™,12  vers 
5  heures.  Cette  depression ,  qui  s'est  manifest^e  dans  la 
marche  de  Tinstrumeht,  independamment  de  la  reduction 
des  hauteurs  observees  a  0^,  est  trop  peu  saillante  pour 
qu*on  puisse  en  tirer  aueune  induction.  Toutefois,  il  ne 
serait  pas  sans  interSt  peut-Stre  de  suivre  la  marche  du 
barom^tre  pendant  une  eclipse  de  soleil  dans  une  locality 
pour  laquelle  le  pb^nomene  dut  elre  tres^prononc^,  et  oil 
Tobservation  serait  d'ailleurs  favoris^e  par  un  ciel  serein. 

Vers  rinstant  du  maximum  de  Teclipse,  les  nuages 
s'^tant  ^cart^s  pendant  un  court  intervalle  de  temps,  le 
visage  des  personnes  qui  etaient  directement  eclair^es, 
dans  Fappartement,  par  la  partie  du  disque  solaire  non 
.eclipsee,  se  montra  revetu  d'une  teinte  blafarde  sensible. 


(  302  ) 


Observatiom  meieorologiques  faites  a  I'Ecole  d'agricuUure 
de  Thourout  y  pendant  I'eclipse  de  soleil  du  IS  man  1858; 
par  M,  G.  De  Traz. 


15  Ji4BS 

TiapiaAToii 
de 

Baroati 

itre. 

et                 n 

1858. 

I'air. 

HAUnVB. 

TKMrtfBATDBB. 

tfTAT  DU  cnn..     H 

Hh  on 

6,3 

751,10 

8,9 

0. 

GouTert. 

15 

6,6 

751,10 

9,3 

0. 

Id. 

30 

6,5 

751,45 

9,5 

ONO. 

Id. 

45 

6,8 

751,50 

9,7 

0. 

*/«  couvert. 

56 

6,8 

751,60 

10,0 

0. 

Id. 

'    13    0 

6,9 

751,65 

10,3 

0. 

Id.  . 

15 

7,0 

751,50 

11,5 

0. 

Id. 

30 

7,0 

753,00 

13,5 

0. 

Id. 

45 

7,0 

753,35 

11,0 

0. 

Id. 

1     0 

6,8 

753,35 

10,6 

0. 

Id. 

15 

6,3 

753,15 

10,0 

0. 

Couvert. 

30 

5,6 

753,35 

9,5 

0. 

Id. 

45 

5,5 

753,00 

9,5 

0. 

Id. 

3    0 

5,8 

753,85 

9,5 

0. 

*/8  coorert. 

• 

15 

6,5 

753,30 

9,9 

0N0» 

Couvert. 

30 

6,8 

753,40 

10,0 

ONO. 

Id. 

• 

45 

7,0 

753,60 

10,1 

ONO. 

Id. 

3    0 

7,3 

753,40 

10,1 

ONO. 

Id. 

MoTsmfB  . 

6,1 

751,91 

10,0 

CorrectioB  du  thermQ 
Hauteur  barometriqu 

metre  ('0,4) .     . 
B  a  0*  . 

.    .    .    .M< 

oyenne. 
Id. 
Id. 

5,7 
750,55 
753,60 
751,10 
1,50 
6,8 
5,1 
«,7 

w     «%     ^f               ■                •                •                 • 

jmauv^ua 

HautAur 

fftttnttHtdit . 

Id. 
Id. 
Id. 
Id. 
Id. 

Differenc 

A 

Tempera 
Tempera 
Different 

ture  maximu 
ture  mtntmtii 

6       •       •       • 

m  eorrigee  (5,00  fa 
meorrigee  (1,45  h 

.)    .    .    . 
.)     .    .    . 

•        •        •        • 

L'horloge  de  recole  avance  de  8  minutes  sur  le  temp*  vrai. 


(  303  ) 


Note  supplementaire  sur  ks  caracteres  na(urels  de$  anciens 
Cdte^  (7'"«  note  sur  la  cliissilication  des  races  humaines)^ 
par  J.-J.  d'Omalius  d'Halloy,  president  de  I'Academie. 

Depuis  que  j'ai  communique  k  I'Academie  (1)  quelques 
considerations  ethnographiques  sur  les  Celles,  j'ai  eu  con- 
naissance  des  belles  etudes  que  M.  Perier  a  publi^es  sur 
ce  sujet  (2) ,  et  comme  ce  savant  est  arrive,  en  ce  qui  con- 
cerne  les  caracteres  naturels  de  ces  anciens  peuples,  k  des 
conclusions  differentes  des  miennes,  je  crois  devoir  revenir 
sur  cette  question. 

On  sait  que  les  peuples  de  la  race  blanche,  abstraction 
faite  du  rameau  scythique,  pr^sentent  deux  types  princi- 
paux  :  celui  des  hommes  k  cheveux  blonds  et  yeux  bleus , 
et  celui  des  hommes  a  cheveux  et  yeux  noirs.  Je  n'ai  pas  k 
m*occuper  en  ce  moment  de  la  cause  qui  a  donne  nais- 
sancek  ces  types;  jerappelleraiseulement  que  j'ai  cherch^ 
k  faire  voir  qu'elle  ne  pent  etre  attribute  k  Taction  des 
climats,  telle  qu'elle  s'exerce  actuellement. 

On  sait  egalement  que  le  type  blond  est  plus  abondant 
dans  le  milieu  que  dans  le  midi  de  I'Europe,  oh  domine 
assez  g^n^ralement  le  type  k  cheveux  noirs,  lequel  est  k  peu 
pr^  exclusif  dans  le  nord  de  TAfrique  et  le  sud-ouest  de 
I'Asie. 


(1)  BuUeUM  de  VAcademie  royale  de  Belgique,  184$,  t.  XII ,  p.  230 ; 
td., /557,t  III,p.  129. 

(2)  itude$  sur  les  vestiges  des  peuples  gaeliques  et  cymbriques,  etc., 
pir  J.-A.-N.  Perier,  m^ecin  principal  de  rhdtel  imperial  des  Invalides. 
Paris,  MassoD,  1857.  Une  partie  de  ce  travail  a  parii  dans  le  Bulletin  de 
la  Soeiet4  de  g4ographie  de  Paris ,  48S7,  t.  XIH. 


(  304  ) 

Ges  faitSf  ^ombin^  avec  la  fiScondit^  plus  grande  et  la 
tendance  ^  faire  desconqudtes  qai  caracterisent  les  peuples 
da  type  blond,  m'ont  port^  a  admettre  (1)  que  ceux-ci 
^taient  arrives  comme  conqu^rants  dans  le  midi  de  TEu- 
rope,  oh  ils  s*^taient  plus  ou  moins  m^laDg^s  atec  des 
peuples  du  type  ^  cheveux  noirs  qui  les  y  avaient  precedes. 

On  sait,  d'un  autre  cdt^,  que  FEurope  occidenlale  pre- 
sente  trois  families  principales  de  langues,  dont  deux, 
savoir  les  Jangues  teutonnes  et  latines ,  apparliennent  io- 
contestablement  au  groupe  des  langues  les  plus  perfectioD- 
n^es,  dites  langues  ^  flexions,  tandis  que  la  tfoisieme,  que 
j*ai  propose  (2)  d*appeler  erso-kymrique ,  se  rattache  si  fai- 
blement  k  ces  langues  que  je  suis  porte  a  y  voir  (3)  des 
langues  d*aggIulination,  modifi^es  par  de  longues  relations 
avec  les  peuples  parlant  des  langues  k  flexion ,  plntot  que 
des  langues  de  cette  derni^re  categoric  qui  auraient  d^e- 
ndr6. 

Nous  nous  trouvons  done  en  presence  de  deux  types 
naturels  et  de  deux  classes  de  langues,  ce  qui  porte  k 
croire  qu'il  pourrail  y  avoir  une  corrdation  entre  ces  deux 
series  de  caracl^res.  Or,  conime  tous  les  peuples  du  type 
blond  parlent  des  langues  k  flexion ,  tandis  que  les  Basques 
et  les  Berbers i  peuples  a  cheveux  et  yeux  noirs,  parlent 
des  langues  d*agglutination ,  il  paraft  probable  que  ces  der- 
ni^res  langues  apparlenaient  originairement  au  type  k 
cheveux  noirs  et  les  langues  k  flexion  au  type  blond.  Tou- 
tefois,  lorsque  Ton  veut  rattacher  ces  denudes  aux  docu- 
ments historiques,  on  rencontre  des  difficult^,  qui  ne 


(1)  Bulletins  de  VAcad4mie,  1848,  t.  XV,  p.  549. 
{»)  /d.,^«57,t.  III,p.  129. 
(3)  M,  p.  133. 


(  305  ) 

doiveot  pas  nous  ^tonner,  lorsqne  ooos  nous  rappelons  que 
ces  documents  ne  remontenty  pour  ceqoi  concerne  TEu- 
rope  occidentale^  qu'a  une^poque  relativemenl  r^cente, 
que  les  migrations  des  peuples,  ainsi  que  les  relations 
commercialese  ont  m^lang^  les  types ^  que  les  conqu6tes 
ont  quelquefois  rnodifi^  ou  m^me  cbabg^  compl^tement  le 
langage  du  peuple  conqu^rant  ou  du  people  conquis,  et 
qu'enfin  des  idees  precon$ues  sur  Torigine  des  Europeens 
out,  en  quelque  mani^re,  perp^tue  certaines  opinions  sans 
que  Ton  ait  examine  si  elles  ^taieot  conform^s  aux  faits. 
Cependant,  on  est  assez  gdn^ralement  d'accord  pour 
eonsid^rer  les  peuples  parlant  les  langues  erso-kymriques 
comme  repr^entant  les  restes  d'une  population  ant^rieure 
k  celle  qui  a  introduit  les  langues  teutonnes  et  latines 
dans  les  parties  les  plus  occidentales  de  I'Europe;  mais  il 
n'en  est  pas  de  meme  lorsque  Ton  veut  ^tablir  leur  filiation 
avec  les  peuples  cit^s  dans  les  documents  historiqqes. 
L'opinion  la  plus  r^pandue  k  ce  sujet,  depuis  un  si^cle, 
c*est  que  les  Erso-Eymris  sont  les  descendants  les  plus 
purs  des  anciens  Celtes,  peuples  guerriers  et  conqu^rants, 
que  les  documents  historiques  nous  font  connaitre  comme 
habitant  les  Gaules  et  comme  ayant  ^tendu  leurs  conqu6tes 
en  Espagne,  en  Italic,  en  Germanic  et  jusque  dans  TAsie 
Mineure;  toutefois,  cette  opinion  est  maintenant  con- 
test^,  ainsi  qu'on  a  pu  le  voir  par  les  savantes  lettres  qm 
M.  le  g^n^ral  Renard  a  adressees  k  TAcademie  (1).  De  mon 
c4t^,  sans  avoir  la  pretention  de  decider  la  question,  far 
communique  (2)  quelques  considerations  tendantes  k  faire 


(4)  Bulletins  de  VJcad4mie,  1856,  t.  XXIII,  2"'partie,  p.  160. 
(2)  /d.,  p.  799. 


(  506  ) 

voir  qu'il  u*esi  pas  probable  qu^une  famille,  a  laquelle 
apparteDaienl  des  peuples  aossi  puissaDts  que  les  Celtes, 
se  soil  si  completement  foodue  daos  d'autres  populations 
qu'il  n'eo  resterait  plus  maioteoaot  que  quelques  £siibles 
debris  relegu^s  dans  les  parties  les  plus  occidentales  de  la 
Brelagne  et  des  lies  Britanniques.  J'aVais  aussi  cberch6  k 
faire  voir  anterieurement  (1)  que,  contrairement  k  une 
opinion  que  j'avais  moi-meme  partagee  pendant  quelqne 
temps,  les  anciens  Celtes  appartenaient  au  type  blond. 
Maintenant,  M.  P^rier  propose  une  opinion  interm^diaire, 
c*est-k-dire  qu'adoplant  la  division  des  Gaulois  etablie  par 
M»  Amedee  Thierry,  il  attribue  aux  Kymris  tous  les  pas- 
sages dans  lesquels  les  auteurs  anciens  stgnalent  les  che- 
veux  blonds,  les  yeux  bleus,  ainsi  que  la  haute  taille  des 
Gaulois,  et  aux  Galls  Fexistence  des  cheveux  et  des  yeux 
nolrs  que  Ton  remarque  dans  les  populjitions  fran^^aises 
et  britanniques  actuelles. 

Je  me  permeitrai  k  ce  sujet  une  premiere  observation » 
c'est  que,  lors  mSme  que  Ton  admettrait  la  r^alite  de  la 
division  des  anciens  Gaulois  en  Galls  et  en  Kymris,  il  serait 
pen  probable  que  Pdement  blond  appartint  k  ces  der- 
niers,  puisque  les  bas  Bretons,  qui  sont  les  plus  noirs  de 
toutes  les  populations  erso-kymriques ,  parlent  la  mSme 
langue  que  les  habitants  du  pays  de  Galles,  qui  se  donnent 
encore  le  nom  de  Kymris. 

Je  dirai,  en  second  lieu,  que  cette  division  elle-meme 
me  parait  susceptible  d'etre  contest^e,  du  moins  dans  le 
sens  qu*on  lui  a  donn^,  car  elle  n*est  fondte  que  sur  des 
considerations  que  je  ne  trouve  pas  tres-convaincantes.  Ce 


(1)  SuUetins  de  VAcadmie,  1845,  t.  XII,  p.  230. 


(  507  ) 

sont  d*abord  la  dislinclion  qai  existe  aujourd'hui  eotre  la 
langue  erse  ou  gaelique  parl^e  par  les  Irlandais  et  les 
Higlandersd'£cosse,  et  la  langue  kymriqacfparl^  par  les 
habitants  du  pays  de  Gailes  et  les  bas  Bretons;  ensuite  la 
circonstance  que  les  anciens  atiteurs  romains  auraient 
qaelqaefois  employ^  le  nom  de  Cimbri  pour  designer  lies 
Gaulois,  et  enfin  les  distinctions  que  Cesar  a  signal^s  entre 
les  habitants  des  trois  grandes  divisions  g^gfaphiques 
des  Gaules. 

La  prenu^re  de  ces  consid^ations  ne  pourrait  avoir  de 
valenr  qa*autant  qu*il  serait  prouv^  qne  les  Erso-Kymris 
sont  r^eilentent  les  descendants  directs  des  Gdtes,  et  c'est 
pr^cisement  le  svjet  de  la  contestation. 

Quant  a  Tassertion  que  le  nom  de  Cimbri  anrait  6ii 
qnelquefois  employe  comme  isynonyme  de  celui  de  GaUi, 
chose  qui 9  d'ailleurs,  parait  tres^douteuse,  elle  peut  s*ex- 
pliquer  beaucoup  mieux  dans  inon  bypbth^  que  dans 
celle  qui  veut  appliqner  ce  nom  a  une  grande  division  des 
peuples  gaulois.  En  effet^siy  comme  je  le  suppose,  les 
Erso^Kymris  aVaient  habite  les  Gaules  avant  Tarriv^  des 
Celtes,  il  est  probable  que  les  esdaves,  que  Ton  nous  dit 
que  possedaient  les  Gaulois,  ^taient  des  Kymris ,  et  aloirsil 
n'y  aurait  rien  d'exti*aordinaire  k  ce  que  les  Romains  eus- 
sent  quelquefois  d^sign^  leurs  ennemis  par  le  nom  de  la 
partie  la  plus  abjecte  de  la  population :  Thistoire  nous 
fournit  beaucoup  d'exemples  de  de  genre.  On  con^oit  £ga- 
leoient  que  ce  nom  li'ait  et^  employ^  que  tres-rarement, 
parce  que,  dans  la  mani^re  de  voir  de  ces  temps-,  on  ne 
tenait  compte  ni  des  serfs  ni  des  esclaves,  et  que,  d'ailleurs, 
les  Romains  ne  devaient  pas  etre  tr^s-flatt^s  de  donner  une 
denomination  synonyme  d'esclave  h  un  peuple  qui  les  avait 
fait  trembler  jusque  dans  leur  capitate.  Si,  au  contraire, 


(508  ) 

le  Dom  de  Cimbri  avail  design^  uoe  partie  des  peuples  do- 
minatettrs  dans  lea  Gaules »  eelle  que  C^ar  disait  £tre  la 
plus  courageuse  {forH3$imi) ^  on  ne  concevraii  pas  pour- 
quoi  lea  Romaius  n'ont  employ^  ce  nom  que  d'une  mani^re 
tout  k  fait  accideotelle,  et  pourqnoi  il  a  compietement  dis* 
paru  lorsque  lea  peuples,  qai  habilaient  lea  Gaules,  out  €^ 
mieux  coouus. 

II  est  vrai  que  les  Romains  opt  aussi  employ^  le  nom 
de  Cimbri  pour  d&igoer  un  peuple  particulier  qui  habi* 
tait  sur  les  bords  de  la  Baltique  et  qui  s'^ait  avaoce  jusque 
dans  les  plaines  du  Pidmout,  au  temps  de  Marius;  mais  il 
est  bien  probable  qu*il  y  a  dans  cette  circonstance  una  de 
ces  alterations  de  noms  si  communes  dans  Thistoire,  et, 
d'ailleurs,  un  de  nos  savaats confreres  (i)  (|  d^montr^  der- 
i\i^i^^eot  que  oes  Cimbri  ^taient  de  T^ritables  Teutons, 
en  0(i^ine  temps  qu'il  a  fait  voir  que  les  Ctmm^ni  des  Grees, 
dont  00  voulait  les  faire  descendre^  ^taient  un  peuple  my- 
tbtque, 

.  Pour  ce  qui  est  des  distinctions  que  C6sar  a  signal^ 
parmi  les  Gaulois,  elles  s'expliquent  aussi  beanconp  mienx 
dans  lUiypoth^se  que  je  soutiens  que  dans  Tautre;  car  C^r, 
apres  atoir  indiqu6  une  division  de  la  Gaule  Chevelne  en 
trois  r^ions  g^graphtques,  ajoute  que  les  peuples  de  ces 
trois  divisions  se  distinguent  par  leurs  caract^res ,  et  ce 
quHl  rapporte  de  ces  caract^res  concorde  parfaitemeni 
avec  ce  qui  devait  dtre  si,  comme  je  le  suppose,  les  Celtes 
etaient  un  peuple  blond  venu  de  la  Germanic,  qui  a  trouv^ 
la  Gaule  occupy  par  des  peuples  kcheveux  noirs  parlant 
des  langues  d*agglutination.  En  effet,  dans  cette  hypothtee, 


(!)  M.  Schajres,  BuJUUns  de  VAcadimiB,  1855,  t.  XXII,  2-»  partie, 
p.  441. 


(  509  ) 

les  conqu^rants  ont  iik  s'^tablir  en  plus  grand  nombre 
dans  les  pays ,  au  nord  de  la  Seine ,  qui  ^talent  plus  pr^s 
du  point  de  depart,  et  y  conserver  plus  de  relations  avec 
la  mere  patrie ;  tandis  que  ceux  qui  se  sent  avances  entre 
la  Seine  et  la  Garonne  ont  du  se  modifier  plus  fortement 
par  leur  melange  avec  une  population  erso-kymrique  plus 
considerable,  et  que  ceux  qui  ont  penetrd  au  sud  de  la 
Garonne,  y  ayant  rencontr^  des  Iberes,  ancelresde  nos 
Basques ,  ont  dii  s'y  modifier  d'une  autre  manidre.  On  con- 
Qoit  aussi  que,  dans  oei  etat  des  cboses ,  Gesar  ail  design^ 
les  peuples  d'eptre  la  Seine  et  la  Garonne  parle  nom  de 
Celtes ,  pui$qu'il9  formaient  la  masse  principale  des  peu* 
pies,  celtiques,  et  qu'il  ne  lenr. trouvait  ni  les  caracteres 
germaniq<m>  des  Beiges  ni  les  caracteres  iberiques  des 
Aquitains.  Du  reste,  Q&sar,  qui  n'avail  Stabli  la  division 
doioit  il  s'agitque  commeun  moyen  de  faciliter  la  connais- 
sance  geographique,  des  Gaules,  y  mettait  peu  d'impor* 
tance  au  point  de  vue  ethnographique,  car,  dans  le  eours 
de  sa  oarratioQ ,  \l  fait  rarement  usage  des  noms  de  Celtes, 
de  Beiges  et  d*Aqui tains,  mais  se  sert  presque  toujours  de 
cejui  de  Galli. 

D'un  autre  cdte,  si  Ton  donne  aux  Kymris  le  develop* 
pement  que  leur  suppose  M.  Tbierry,  il  faut  les  ^tendre 
bien  au  delk des  limites  que  C^ar  donnait  k  ses  Beiges,  et 
si  Ton  consid^re,  avec  M.  Perier,  le  type  blond  comme 
Tapanage  exclusif  des  Kymris,  il  faut  transformer  les  Galls 
en  un  peuple  s^entaire  et  pacifique  qui  n'avait  rien  de  cet 
esprit  belliqueux  et  aventureux  qui  caracterisait  la  race 
celtique;  car  on  ne  peut  disconvenir  que  les  historiens  ont 
presque  toujours  signal^  I'existence  des  hommes  blonds 
dans  ces  armies  gauloises  qui  ont  fait  trembler  Tltalie  et 
la  Gr^. 


/ 


(540) 

Je  n'ai  pas,  com  me  on  voit,  rintention  de  nier  qu*ii  y 
ait  eu  anlagonisme  de  races  parmi  les  anciens  habitants 
de  TEurope  occidentale,  puisque  j*admets  qoedes  peuples 
blonds  y  ont  soumis  des  peuples  k  cheveax  noirs;  mais , 
conlrairement  aux  opinions  g^neralement  admises,  je 
pense  qae  ce  fait  s*est  pass^  ant^rieurement  aux  temps 
mentionn^s  dans  nos  documents  bistoriques,  el  que  les 
peoples  d^origine  blonde  ^taient  les  seuls  qui  dominaient 
dans  les  Gaiiles  ^  T^poque  dout  parlent  ces  documents.  En 
effet,  s'il  avail  existe  k  cette  epoque,  en  Ire  les  peuples 
gaulois,  des  differences  aossi  traneh^es  que  eel  les  que 
Ton  signale  maintenant  enlre  les  Galls  et  les  Kymris,  com- 
ment auraient-elles  ele  si  pen  indiqu^es  paries  auteurs 
que  Ton  ne  s*en  ^lait  pas  doute  avant  M.  AmM6e  Thierry? 
S'il  y  avail  eu  enlre  la  Seine  el  la  Garonne  des  peuples  qui 
se  distinguaient  des  populations  principales  par  les  meo^e^ 
caract^res  que  ceux  des  Beiges,  comment  se  fait-il  que 
C^sar  n'ait  point  dit  un  mot  d'un  fait  aussi  remarquable, 
lui  qui  a  si  bien  fait  ressortir  l^s  differences  qui  distin- 
guaient les  Beiges  et  les  Aquiiains  des  aiitres  Gaulois? 

Si  nous  examinons  maintenant  jusqu'a  quel  point  les 
Kymris  actuels  justitient  le  r6le  que  Ton  veut  faire  joaer 
^  leurs  ancStres,  nous  verrons  que  Ton  ne  retrouve  chez 
eux  rien  de  eel  esprit  aventureux  et  conqudrant  qui  carac- 
terisail  les  peuples  celtiques.  Leurs  poi^sies  ne  parlent 
point  de  conquetes,  elles  se  bornent  ^  chanter  leurs  mon- 
tagnes  et  leurs  valines.  Quoique  tr^s-^braves  et  fortemeni 
attachi3S  a  leurs  institutions,  quoique  ledrs  pferes  aient 
vaillamment  d^fendu  leur  independance,  pendant  des 
siecles,  centre  des  voisins  beaucoup  plus  puissants,  nous 
les  voyons  aujourd*hui  supporter  avec  docility  la  domina- 
tion de  ces  voisins  et  tendre  continuellement  it  se  fondre 


(3*1) 
a¥ee  eox.  Riea  done  n*annoQce  dans  ee people  les  descent- 
dants  directs  de  la  race  feconde  et  domioalrice  qui,  jadis, 
S0Q8  la  forme  de  colonnes  armees  et  aujourd'hat  sous  celle 
depaeifiqoesemigranu,  tend  conlinQelleroeot  I  s'^teodre 
el  a  refottler  lea  auires  popuiatioos  oa  (>}ui6i  a  les  faire 
di&paraitre. 

Je  persiste  done  a  croire  que  les  Erso*Kymris  acluels, 
bten  loin  d'etre  les  descendants  les  plus  purs  des  aneiens 
Celtes,  doivent  £tre  consideres  comme  la  population  qui 
represente  le  moins  imparfaitemeDl  les  aneiens  peuples 
qui  occupaient  la  France  et  les  lies  Brilanniques  avani 
Tarrivee  des  Celles.  Je  parle  ici  de  represenlation  impar- 
faite,  parce  qu'il  n'est  pas  possible,  ainsi  que  je  Tai  dej^ 
fait  remarquer,  que  cetie  peiite  population  ^  en  contact 
depuis  un  grand  nombre  de  siecles  avec  la  race  blonde,  si 
feconde  et  si  entreprenaute,  n'ait  ete  profondemenl  mo- 
diti^.  D»  reate,  je  n'ai  pas  a  rn'occuper  en  ce  moment  de 
la  question  de  savoir  st  Fancienne  population «  k  laquelle 
)e  viens  de  (aire allusion,  preseniait  dans  les  Gaules,  avant 
Tarriiree  des  Celies,  les  distinctions  que  Ton  remarque  au- 
joard'hui  enire  les  Kyoiris  et  les  Erses  on  Gaels  des  lies 
Brilanniques;  car,  outre  que  eette  questiott  est  encore  fort 
obscure,  elk  n*est  d'aucuoe  imporlanee  pour  la  these  que 
je  soutiens;  mais  je  crois  devoir  dire  que,  selon  moi,  il  y 
a  trop  de  rapports  entre  ees  peuples  pour  admetire  qu'Ms 
aient  appartenn  originairement  a  deux  types  aatarels  dif- 
fi§rents. 

Je  termine  en  faisant  remarqner  que  je  suis  loin,  par 
eette  discussion,  de  voiiloir  deprecrer  les  belles  etudes  de 
M.  Perier;  je  trouve,au  coutraire^  qu*elles  ont  fott  faire 
un  grand  pas  a  la  question  par  la  maniere  conscieBcteuse 
ftvee  laqoelle  Tauteur  a  mposi  tea  resQiiata  d«  aes»  )m- 

2°"^  S1^.R1E  ,   TOME   IV.  21 


(312) 

menses  recherches,  et  le  soin  avec  lequel  il  a  d^ag^  ce  qai 
appartenait  k  r^I^ment  blond  de  ce  qui  appartenait  k  T^l^ 
inent  i  cheveuz  noirs.  Je  sais  mSme  tent^  d'ajoater  que  je 
serais  parfaitement  d*accord  avec  M.  P^rier,  s*il  n^avait  pas 
cru  devoir  prendre  pour  point  de  depart  la  division  etablie 
par  le  cel^bre  auteur  de  VHisloire  de$  GauUris;  car,  dans 
la  r^lit^,  ses  Gaels  ne  sont  que  mes  Erso-Kymris,  et  ses 
Kymris  sont  mes  Celtes,  ainsi  que  ceux  des  auteurs  grecs 
et  remains. 


Un  mot  $ur  la  pinStralion  des  spermatozotdes  dans  Vcsuf 
pendant  Vacie  de  la  ficondation;  par  P.-J.  Van  Beneden , 
membre  de  FAcad^mie. 

On  sait  que  les  (Bufs  des  Tr^matodes  et  des  Cesto'ides  se 
ferment  par  le  concours  de  deux  organes,  le  germigine  et 
le  viteUogene,  et  que  les  canaux  excr^teurs  de  ces  glandes 
confluent  de  maniire  k  ce  que ,  chaque  fois  qu^une  vtei- 
cule  germinative  apparatt,  des  globules  vitellins  se  pr6ci- 
pitent  en  masse  auloor  d'elle  el  conslituent,  par  leor  agglo- 
meration ,  rceuf  proprement  dit.  On  sait  aussi  qu*une 
vesicnles^minale  (interne)  est  situ^e  sur  le  trajet  du  ragme 
conduit  et  qu'il  fonrnit  Tel^ment  fecondant  male  ou  les 
spermatozo'ides. 

Comment  se  comportent  les  spermatozoides  dans  Facte 
de  la  fi^condation  ?  Penetrent-ils  dans  i*(£uf  au  travers  des 
membranes  jusqu*au  vitellus  ou  jusqu*k  la  v^icule  ger* 
minative?  Que  deviennent-ils  apr^s  Taccomplissement  de 
cet  acte? 

Ce  soni  autant  de  questions  a  Ford  re  du  jour  en  pfay- 


(  515  ) 

siologie  et  pour  la  solution  desquelles  j*appor(e  le  r^sultat 
d'une  observation  que  j'ai  eu  I'occasion  de  faire  un  de  ces 
jours. 

J'^tudiais  un  Distome  provenantde  Testoroacdu  Turbot 
(le  Disloma  aeglefini  d*Ol.  F.  Mull?) ,  dans  le  but  de  voir 
les  ceufsse  former  dans  Vootype.  II  ^lait  parfaitement  place 
et  les  organes  semonlrerent  dans  loule  leur  netlele. 

Un  ceuf  venait  de  se  former  :  au  milieu  se  trouvait  une 
vfeicule  transparence,  assez  grande,  couverle  de  granula- 
tions opaques  et  occupant  un  des  p6les  de  la  masse  in- 
terne  :  c'esl  la  vesicule  germ i native. 

II  ne  pent  y  avoir  de  doute  sur  sa  nature,  puisque  je  vois 
h  c6t^  de  Foeuf  des  vesicules  semblables  encore  contenues 
dans  le  germigene. 

Autour  de  cette  vesicule,  on  voit,  un  pen  plus  abondam- 
ment  de  Fun  cdteque  de  Faulre,  plusieurs  petiles  spheres 
transparentes,  irregulierement  entassees  et  sans  aucune 
apparence  de  granulations  (une  seule  de  ces  petites  spheres 
montre  un  noyau  au  centre)  :  c'est  le  vitellus. 

Une  coque  encore  Ires-mince  et  transparente,  comple- 
tement  incolore,  entoure  cette  masse  vitelline  et  laisse  un 
certain  espace  entre  elle  et  le  vilellus.  Cest  dans  cet  es- 
pace  que  se  meut  le  filament  spermatique. 

Cette  coque  s'est  formee  apris  la  reunion  des  trois  el^ 
ments  qui  se  trouvent  dans  I'interieur. 

II  ne  faut  ^videmment  pas  de  micropyle  quand  le  sper- 
matozo'ide  se  trouve  dejk  dans  Tinlerieur  de  la  coque. 

En  fixant  mon  attention  sur  cette  vesicule  germinative, 
je  la  vis  tout  ^  coup  s'ebranler,  et  tout  autour  de  la  masse 
vitelline,  j^aper^us  un  mince  filament  dans  un  mouve- 
roent  Ondulatoire  et  ^ui  causait  Tebranlement  de  la  vesi- 
cule germinative  :  c'etait  le  filament  spermatique  on  le 


(  514  ) 
gpermatozoi<]e « qui  ^Uit  Qneore  m  vie  et  qui  i^v«it  p^a^re 
avec  la  inas$e  viielliae.  De  temps  en  tempa,  les  moovemenls 
cesserent  pour  un  instant,  el  la  vesicule  germinative  eaira 
cbaque  fois  eq  repos. 

Ce  filament  spermatiqae,  sur  la  nature  duquel  il  ne 
peut  y  avoir  le  moindre  doute,  avait  te  double  de  ia  lon- 
gueur de  ToBuf ,  et  encadrail  la  masse  vitelline  de  maniere 
a  former  presque  un  aooeau  compiet. 

Ce  spermaiozoide  etait  bien  loge  dans  rinterieur,  pai&- 
que  la  vesicule  germinative  e^aii  mise  en  n^oavemeot 
cbaque  fois  qu'il  se  remettait  k  ouduler, 

Au  bout  d^une  beure,  tout  mouvemenl  avait cesse; les 
mouvemenis  ondulatoires  avaient  insensiblenneni  dimtno^ 
d'intensile,  et  quaud  tout  fut  en  repos «  il  n'y  eut  plus 
moyen  de  decouvrir  des  traces  du  filament  spermatique. 

II  est  inutile  de  parler  ici  des  changements  ull^ieuffs. 

H^  cette  observation  il  resuUe  elairement : 

i^  Que  le  spermatozoide  est  en  contact  tniin^islial  avec 
la  vesicule  germinative  et  la  masse  vitelline; 

2!*  Que  le  spermatozoide  disparait  sans  laisaer  aneane 
trace  de  son  passage; 

S*"  Qu'il  n'existe  pas  de  membrane  viteUine  it  cette  pre* 
mi^re  ^poque  de  la  vie  de  Toeuf ; 

it"  Que  ces  (Buf^  n'ont  pas  besoin  de  microf^^le,  puisqoe 
le  spermatozoide  s'y  troave  dejk  avant  la  foraiatioB .  des 
enveloppes. 


(  5*&  ) 


GLA8S£  ilES  LETT]1KI». 


Sianee  du  10  avril  1858. 

M.  M.^N.4.  LecLBRGQ,  directeur. 

M.  ADi  Qc[ist£LBt,  secretaire  perp^tael. 

Soni  presents :  MM.  le  baron  de  Gerlache^  Graodgagnfeige^ 
de  Ram,  Roulezi  Gachard,  Borgnet,  le  baron  J.  de  Saiht- 
Genois,  De  Decker,  Schayes,  Snellaert,  Haus,  Bormans^ 
Polain,  Baguel,  Arendt,  Cb.  Faider,  membres;  Nolet  de 
Brauwere  Van  Steeland,  associ^;  Ducpeliaux,  Serrure,  Ker- 
vyn  de  Leltenhove,  Chaloo,  correspondants, 

M.  Alvin  et  Jehotte,  de  la  classe  des  beaux-arts,  assi&teat 
k  la  glance. 


±asA 


CORRESPONDANCE. 


M.  16  Minisitre  de  rint^riettr  tfdti!$met  title  ejtpijditioh 
de  rarr£li§  royal  p6rmnt  nominatidn  des  mettabreddii  jury 
charge  de  decerner  le  pt\%  quidqtieanal  d^  liueralUi'e  fVad- 
$aise. 

—  ^ar  ane  secon^e  iettre,  M.  le  Ministre  transoiet  le 


(  316  ) 

prospectus  d'un  Dictionnaire  universel  et  national  frangais- 
flamand  et  flamand-frangais  de  M.  Fabb^  Olinger,  devant 
former  2  volumes  grand  in-4%  a  3  coloones,  sur  lequel  il 
demande  Tavis  de  I'Academie.  (MM.  Bormans,  Nolet  de 
Brauwere  et  David  soot  nommes  commissaires.) 

—  M.  le  Ministre  des  finances  envoie  deux  exemplaires 
du  Catalogue  genial  des  bibliotheques  du  ministere  des 
finances. 

—  M.  F.  Van  Meenen  fait  parvenir,  pour  les  membres 
de  i'Academie,  des  exemplaires  des  discours  prononces 
sur  la  tombe  de  son  pere,  membre  de  la  classe  des  lettres, 
decede  le  5  mars  i858. 

Une  lettre  de  condol^ance  et  des  remerciments  ont  ^te 
adress^s  a  M.  Van  Meenen. 

M.  Ad.  Quetelet  communique  en  m^me  temps  une  lettre 
qu'il  a  refue  de  M.  Sylvain  Van  de  Weyer,  membre  de  la 
classe  et  ministre  pl^nipotentiaire  du  Roi  des  Beiges  i 
Londres. 

M.  Van  de  Weyer  exprime  Tintention  de  publier  une 
notice  sur  la  vie  et  les  ecrits  de  M.  Van  Meenen,  et  de  payer 
en  meme  temps  au  defunt  un  tribut  d*amiti^  et  de  recon- 
naissance. Ces  offres  sont  acceptees  avec  empressement. 

—  M.  Ch.  Faider,  membre  de  la  classe,  fait  connaitre 
qu'un  congr^s  international  se  r^unira  k  Bruxelles,  au 
mois  de  septembre  prochain,  pour  s'occuper  du  droit  de 
propri^t^  artistique  et  litt^raire,  et  il  demande  que  FAca- 
d^mie  veuJUe  bien  mettre  k  la  disposition  de  cecongris, 
la  salle  de  ses  stances  publiques  et  les  locaux  qui  ont 
servi  k  d'autres  congr^s.  L'Acad^mie  accede  avec  plaisir  a 
ces  propositions. 


C  317  ) 

—  La  classe ,  dans  une  de  ses  stances  pr^^entes,  avail 
refu  le  premier  volume  der  Naturen  Bloeme,  par  Jacob 
Van  Maerlant,  publie  par  M.  J.-H.  Bormans,  membre  de 
TAcad^mie.  II  lai  est  offert,  dans  la  seance  de  ce  jour,  le 
premier  volume  du  Rymbybel,  par  Jacob  Van  Maerlant,  pu- 
blic par  M.J.  David,  president  de  la  commission  de  I'Aca- 
demie  pour  la  publication  des  anciens  monuments  de  la 
litterature  flamande.  Ce  beau  volume,  comme  le  prece- 
dent, est  enrichi  de  notes  explicatives  nombreuses,  ajou- 
t^es  par  T^diteur  au  bas  de  chaque  page. 

La  classe  remercie  MM.  David  et  Bormans  pour  les  soins 
qu*ils  ont  mis  k  s'acquiKer  des  fonctions  importantes  qui 
leur  sont  confiees. 

—  M.  Dewandre,  president  de  la  Societe  libre  d^^mula- 
lion  de  Li^ge,  fait  connaitre  qu'une  stance  publique  de  Ja 
society  aura  lieu  le  jour  de  la  cidture  de  Texposition  des 
beaux-arts,  et  que  des  prix  seront  mis  an  concours. 

M.  le  Secretaire  perp^tuel  donne  lecture  de  la  lettre 
suivante  de  M.  Th.  Juste,  dont  la  classe  ordonne  Tim- 
pression  dans  son  Bulletin  : 

c  Monsieur  lb  Secretaire  perp^uel, 

»  J'ai  rhonneur  de  vous  transmettre ,  pour  la  classe  des 
lettres ,  un  exemplaire  de  mon  ouvrage  intitule  :  Vie  de 
Mamix  de  Sainte-Aldegoifhde ,  tir^e  des  papiers  d'^iat  et 
d'autres  documents  inedits. 

»  En  m'acquitlant  de  ce  devoir,  en  faisant  k  TAcademie 
ce  respectueux  hommage,  il  ne  me  parait  pas  inutile  de 
rappeler  ici  rexhortation  patriotique  qu'un  de  nos  con- 
freres les  plus  eminents,  M.  Nothomb,  adressait,  il  ya 


(318) 

vingt-cinq  am,  aux g^o^rations  nouirell^a  qui  ^ie&t  ap- 
pel^ea  k  consoiider  Tceuvre  de  i830 ; 

«  Le  preinrer  livre  d'un  people  i  c'est  son  histoire;  re* 
»  Douons  ceite  cbalne  des  Cempa  que  la  main  ^trangere  a 

>  si  souvetil  bris6e.  SachoDsrevendiquer  desillustraiioos 
9  que  d'auires  peuples  nous  diapuient,  sachoos  rebabi- 

>  liter  celles  qu*on  voudrail  leruir,  sachona  tirer  defoubli 
»  celles  donl  le  souvenir  s^est  perdu.  » 

»  II  est,  en  etfet,  d'un  inieret  national  de  revendiquer 
hauiement,  de  meitre  en  pleine  lumi^re,  derehabiliter  les 
hommes  qui,  par  leur  g^nie  et  leurs  travaux,  out  jete  au- 
trefois un  grand  ^clat  sur  le  pays.  Et  devant  cet  int^rSt 
sup^rieur,  les  dissidences  particuli^res  doivent  s'effacer. 

>  G'est  un  patrimoine  commun  que  nous  avons  k  d^- 
fendre;  c'est  Thonneur  de  la  Belgique  quHl  faut  preserver 
detouteatteinte. 

9  Telles  sont  les  vues  qui  m'ont  dirig^  dans  raccom'- 
plissement  d*une  ikcUe  difficile,  sans  aucun  doute,  mais 
dont  Tulilil^etait  egalenienl  certaine. 

>  En  raconiant ,  d*apr^s  des  documents  autbentiques  et 
complets,  la  vie  si  agii6e  de  Marnix  deSainte-Aldegonde, 
je  me  suis  efforc^  d*assigner  au  c^l^bre  conseiller  de  GuiK 
laume  le  Tacilurne  le  rang  qu*il  m^rile  inconteslablement 
dans  notre  bistoire.  J*ai  d^sir^  ouverlement  que  la  posl^ 
Txi&ne  ffli  ni  malveillante  ni  ingrate  envers le  palriote  qui 
8*^iait  devoudi  k  une  grande  cause. 

j>  Longiemps  encore  la  r^voluiion  du  XVI''*  si^cle  don- 
nera  lieu  k  des  jugements  divers.  Mais,  quelles  que  soient 
ces  appreciations,  sacbons,  comme  le  disait  Marnix,  bo- 
norer  la  veriu  pariout;  sacbons  nous  montrer  ^quitables 
mSme  envers  nos  adversaires  et  ceux  que  nous  regardons, 
k  tort  ou  k  raison ,  comme  nos  enaemis. 


(  5i»  ) 

>  La  jUfUce  btsioriqu^  9St  uoe  des  graades  eoDqu^es 
de  QOlre  temps ;  j6  Tinvoque  en  faveur  de  Maroix  de  Saiote^ 
Aldegoode. 

»  Vous  m*obligeriez,  Monsieur  le  Secretaire  perpeloel , 
en  communiquaui  ^  la  classe  ces  eiplicalions  sommaires 
sur  le  but  de  mon  travail.  > 

—  II  est  fait  hommage  d'un  recueil  de  ponies,  intitule 
Georgia,  par  M.  Mathieu ,  correspondani  de  la  classe.  Re« 
merctmenis. 


4itVttm  I  <i»» 


RAPPORTS. 


M.  le  Secretaire  perp^tuel  fait  connattre  que  la  com- 
mission sp^ciale  des  finances  a  examine  les  comptesdes 
d^penses  et  recettes  de  TAcademie,  pour  ce  qui  concerne 
la  classe  des  lettres,  pendant  Fannie  1857. 


CONCOURS  DE  1858. 

La  classe  s*est  constitute  en  comity  secret  pours'occuper 
du  jugement  des  pieces  qui  lui  ont  ^t^  envoy^es  pour  le 
concours  de  1857-1858. 

Elle  a  successivement  entendu  Tavis  de  ses  commis- 
sairessur  les  r^pouses  failes  k  deux  des  questions  inscrites 
au  programme;  mais  le  jugement  ne  sera  prononce  que 
dans  la  stance  du  mois  de  mai. 


(  520  ) 

La  ciasse  s'est  occupy  ensuite  d'arr^ter  Tordre  de  ia 
stance  publique  et  d'indiquer  les  lectures  qui  y  seront 
failes.  Du  coDseutement  des  deux  autres  classes,  les  sauces 
ordinaires  auront  lieu  dans  Tordre  suivanl : 

Pour  la  ciasse  des  Sciences,  le  jeudi.6,  ^  ii  heures. 

—  des  Lettres,  le  mercredi  S,  k  midi. 

—  des  Beaux- Arts,  ^endredi  7,  ii  11  heures. 

La  ciasse  des  lettres  tiendra  sa  siance  publique  le  ven- 
dredi,  7  mai,  k  une  heure  de.relevee.  Gonformement  a 
Tarticle  18  des  statuts  orgauiques,  et  d'apr^s  les  instruct 
tions  de  M.  le  president  de  TAcademie ,  les  trois  classes 
tiendront,  en  outre,  leur  stance  generale  le  jeudi,6  mai, 
a  deux  heures  de  relev^e ,  pour  regler  entre  elles  leurs 
int^rSis  communs. 


(  324  ) 


CLASSK   D£S    BEAUX-ARTS. 


Seance  ^  avril  1838. 

M.  G.  Geefs  ,  directeor. 

M •  Ad.  Quetelet  ,  secretaire  perp^tuel . 

Sont presents :  MM.  Alvin ,  Braemt,  De  Keyzer ,  Fr.  F^tis, 
Navez,  Says,  Van  Hasselt,  Jos.  Geefs,  Snel,  Ed.  F^tis, 
De  Busscher,  membres;  Calamatta »  associ^;  Balat ,  corres- 
pondant. 


CORRESPONDANCE. 


M.  le  secretaire  perp^tuel  depose  le  compte  rendu  de  ia 
Caisse  centrale  des  artistes  beiges  pour  1857. 

—  L'Acad^mie  royale  des  beaux-arts  d'Anvers  adresse 
le  programme  de  son  grand  concours  pour  le  prix  d'archi- 
tecture. 

—  M.  F.  Fetis  depose  un  memoire  manuscrit  de  sa  com- 
position, intitule  :  Les  Grecs  et  les  Romains  ont-il$  connu 
Vharmonie  simultanie  des  sons?  en  onUils  fait  usage  dans 
leur  nvusique?  (Commissaires :  MM.  Snel ,  ^^irQQ  et  Van 
Hasseit.) 


(  SSS) 

COMPTES  DE  L'ACADfiMlB. 

II  est  donD^  conDaissance  ^  la  classe  que  les  commis- 
saires  charges  de  la  repr^senter,  ont  examine  lescomptes 
de  TAcademie,  avant  la  reunion  de  ce  jour,  et  qu'ils  ont 
^l^  d'avis  que  ces  comptes,  en  ce  qui  concerne  la  classe » 
devaient  £tre  approuv^s.  La  depense  pour  1857  s'est  ^le* 
vee  k  une  somme  k  peu  pr^s  ^quivalente  k  celle  Qx6e  par  le 
budget  de  r£tat. 


dOMMUNlCATIONS  ET  LECTURES. 


Tableau  des  freres  Van  Eyck  :  f  Adoration  de  VAgneau 
pascal;  par  M.  Edm.  De  Busscher,  membre  de  TAca- 
d^mie. 

Dans  la  derni^re  stance  de  la  classe  des  beaux*arts» 
ensuite  des  observations  faites  par  notre  honorable  coll^ 
gue  M.  Edouard  F^tis ,  Je  me  suis  engage  h  m'enqiii^riir  et 
k  vous  rendre  eompte  de  ee  qui  $^e$l  pass^  au  siijet  des 
restaurations  k  effecluer  au  cbef-d*(Buvre  des  freres  Van 
Eyck  :  (Adoration  de  I'Agneau,  tableau  de  la  caih^drale 
de  Gand,  sur  loquel  j'eus  Thonneur  d*attirer  voire  atten- 
tion. Je  suis  k  m^me  de  vous  donner  aujourd*hui  des 
reoseignementd  ini^ressants  et  precis. 

En  novembre  1857 ,  j'ai  ftigual^  k  la  classe  T^tat  de  d^ 
piirissement  de  ce  tableau ,  et  Turgence  qu*il  y  avait  d*ap' 
peler  sur  cet  objet  la  solliciiude  du  Gotivernement  et  de  la 
Commission  royale  des  monuments.  Ma  proposition »  f0^ 


(  5»  ) 

raiil^  en  ce  sens,  ftil  adopts,  et  le  bureau  )a  porta  h  la 
coonaissanee  de  M.  ie  Miiiistre  de  rinldrieur.  Qoelques 
jours  apr^s,  des  d^Mjgues  de  la  Commission  desmoiiu- 
roenls  furenl  envoyes  k  Gand,  pour  examiner  cede  admi- 
rable produeiion  de  T^ole  flamande  primitive ,  el,  le 
15  novembre,  une  seconde  visile,  Ir^s-procbaine,  Tut  an- 
BODcee :  elle  eut  lieu,  en  effel,  le  15  du  mSme  mois. 

Dans  une  leitre  6crite  a  Monseignenr  Tevdque  de  Gand 
par  le  bureau  des  marguilliers  de  la  eaihedrale  deSaint- 
Bavon,  missive  communiquee  par  voie  adminislraliveii  la 
Commission  locale  des  monumenls ,  il  est  dit  que  la  Com- 
mission royale  des  monumenls  se  proposait  d*adresser  au 
Gouvernement ,  apris  le  second  examen  dn  tableau,  et 
consequemment  selon  le  rapport  de  ses  deleguds,  des 
propositioM  Mfimlives. 

Jusqo^ici ,  Messieurs ,  ces  propositions  definitives,  ou 
nVint  pas  ^t^  pr^sent^  au  Gouvernement ,  ou  du  moins 
n*ont  mene  ^  aucun  resultat.  II  y  a  plus  :  dans  la  lettre 
de  Messieurs  les  marguilliers  de  Saint-Bavon  nous  lisons 
un  paragraphe  assez  etrange,  et  sur  lequel  ceui  de  nos 
collegues  qui  font  pariie  de  ia  Commission  royale  des 
monumenls  pourront  sans  doute  nous  donner  des  expli- 
cations. 

Yoici  ee  paragraphe : 

c  Permettez-nous ,  Monseignenr,  d*ajouter  ici  que  les 
»  membres  de  notre  bureau  qui  furent  prfeents  ^  la  visite 
>  du  i5  novembre  i857,  n^ont  pas  eru  devoir  eonelure 
»  des  remarques  faites  par  Messieurs  les  dil^es^  que  le 
9  taNeau  des  freres  Van  Eyck ,  {'Adoration  de  l^Agneau  , 
1  ait  besoin  de  reparations  urgentes.  » 

La  Commission  des  monnments  de  Gand,  qui,  la  pre- 
miere, s'est  ^mue  du  d^p^rissement  de  cette  belle  oeuvre, 


(  324  ) 

ety  sur  le  rapport  de  ses  commissaires,  en  instruisil  Tauto- 
rite  communale,  a  ^te  Trapp^e  de  cette  singuiiere  asser- 
tion des  marguilliers  de  Saint-Bavon.  Dans  sa  r^onioa 
mensuelle  du  14  mars  dernier,  elle  a  delegu^  de  nouveaa 
quatre  de  ses  membres  (MM.  Th.  Ganneei  et  Felix  Devi- 
gne,  peintres;  Charles  Onghena,  graveur,  et  Edm.  De 
Busscher) ,  et  leur  a  enjoint  de  se  livrer  k  Texamen  le  plus 
scrupuleux  et  k  la  constataiion  de  Tetat  acluel  de  la  pein- 
tare  de  P Adoration  de  I'Agneau.  Get  examen,  en  deux 
stances  de  plusieurs  beures ,  a  demontre  k  T^vidence  la 
v^racit^  des  rapports  ant^rieurs  de  la  Commission  de 
Gand.  Proc^s-verbal  en  a  ^te  dress^,  et  tons  les  endroils 
qui  exigent  une  restauration  urgente  ont  ^le  precises  sur 
une  reproduction  lithograpbide  du  tableau.  La  Commis- 
sion de  Gand  m'a  autoris^  k  vous  communiquer  ces  indi- 
cations et  ces  proces-verbaux ,  redig^  s^nces  tenantes 
par  M.  Th.  Ganneei ,  professeur-directeur  de  TAcademie 
de  dessin. 
Les  indications  peuvent  se  r^dsumer  ainsi : 

PAMIIEACX  SUPtoEUAS. 

A.  La  Sainte  Vierge. — Le  hau t  de  ce  tableau,  principale- 
ment  la  gracieuse  tSte  de  la  Yierge,  sauf  quelques  retou- 
ches inhabiles,  est  en  bon  etat.  Le  manteau  bleu,  qui 
couvre  une  bonne  moitie  de  la  figure ,  est  crevasse  au  point 
de'rendre,  vers  le  bas,  les  plis  difficiles  k  reconnattre. 
Sur  la  poitrine,  des  parcelles  de  couleur  sont  soulevees. 

B.  Le  Pere-J^ternel.  Ce  panneau  est  en  bon  ^tat  de  coq- 
servation. 

C.  Saint  Jean-Baptiste.  Panneau  dans  le  meme  ^tat  que 
le  precedent,  a  Texception  de  la  main  gauche  du  saint;  la 


(  325  ) 

peiDture  en  est  crevass^,  et  des  parcelles  de  couleur  sont 
soulev^es. 

PiNNEAU  iMF^RiEDR.  —  LAdoTOtion  de  FAgneau. 

N"*  1.  Groupe  duplan  sup^ieur,  a  la  gauche  du  tableau. 
Les  parcelles  de  couieur  soulev^es  du  panneau  sont  estr^ 
mement  nombreuses  en  cet  endroit,  tant  dans  les  vete- 
ments  des  personnages  qae  dans  le  feuillage  des  arbres  a 
la  droite  du  groupe. 

M*  2.  Milieu  supMeur  du  tableau,  immSdiatement  au- 
dessus de I'Agneau.  Pellicules  soulev^s ,  et,  dans  Taureole 
de  TAgneau,  une  parcelle,  jadis  soulev^e,  est  (omb^e. 

N®  3.  Groupe  du  plan  superieur,  a  droite.  Crevasse  dans 
toote  son  elendue.  Retouches  pen  judicieuses. 

N"*  4.  A  gauche  de  ce  groupe.  Des  parcelles  de  couleur 
soulev^es. 

N"*  5.  Ltvre.Partie  qui  n*est  plusadherenteau  panneau. 

M"*  6.  Groupe  du  plan  inferieur,  a  la  droite  du  tableau. 
Le  devant  de  ce  groupe  est  en  mauvais  etal;  il  est  crevasse 
et  la  couleur  en  est  partiellement  detachee. 

N"^  7.  La  fontaine.  Le  bassin  a  des  parties  soulev^es,  et 
mSOie  une  parcelle  lombee,  au-dessus  du  d^versoir. 

N**  8.  Groupe  du  plan  infMeur,  a  la  gauche.  Tout  ce 
coin  important  n'offre  qu*un  reseau  de  peiites  crevasses. 
Les  vStementsdes  personnages,  autrefois  d'un  rouge ^cla- 
lant,  ont  les  contours  ombres  presque  effaces  par  la  multi- 
plicity des  crevasses. 

II  est  k  remarquer  que  les  tetes,  si  delicatement  peintes, 
de  la  plupart  des  personnages  des  divers  groupes,  se  sont 
le  mieux  conservees. 

Ce  resume ,  Messieurs ,  est  v^ridique  et  consciencieux , 


TS  ^p~ 


(SS6  ) 

(Bl  s'il  fout  en  eroire  les  assnranees  qai  m'onl  dti  don*- 
nees,  Tun  de  dos  plus  habiles  restaurateurs  de  tabieaui, 
M.  Etienne  Le  Roy ,  partage  de  tout  point  I'avis  de  la 
CommissioD  des  moDumeots  de  Gaud.  Biea  eena-inement 
il  y  a  meprise  ou  malentendu  de  la  part  de  MM.  les  mar- 
guilliers  de  Saint-Bavon  :  les  del^gues  de  la  Commission 
royale  des  monnnrkenls  n*ont  pu  meconnaitre  le  malheo- 
reux  ^tat  dans  lequel  se  trouve  I' Adoration  de  I'Agneau.  II 
est  tei  que,  dans  nn  temps  peu  ^loign^,  le  mal  serait  peut- 
etre  irreparable. 

En  signalant  h  Fattention  de  la  classe  des  beaux-arts  de 
FAcaddmie  de  Belgique  la  restau ration  urgente,  indispen- 
sable, du  chef-d'oeuvre  des  Van  Eyck,  nul  esprit  de  eloeher 
ne  nous  a  guides.  Cest  Famour  de  Tart  qui  a  fait  agir  la 
Commission  de  Gand^  dans  les  limites  et  en  aecompltsse- 
ment  de  son  mandat;  c'est  le  vif  d^sir  de  sauver  de  la 
destruction  ce  joyau  de  Tecole  flamande ,  ce  monament 
plastique  dont  la  conservation  doit  interesser  la  Belgique 
arlistique  tout  entiere.  Getle  restauration  est  un  devoir 
national,  la  Commission  royale  des  monuments  \e  com- 
prendra,  et  le  Gouvernement  n'y  refusera  point  son  con- 
cours. 

II  y  aurait  mSme  quelqne  chose  de  plus  h  faire :  ee  serait 
de  reconstituer  Toeuvre  des  Van  Eyck  dans  son  ensemble 
primitir,  en  y  ajoutaht  des  copies  des  panneaux  do  Mosee 
de  Berlin  et  les  deux  volets  originaux  enfermes  dans  la 
salle  des  archives  de  la  catbedrale  de  Saint-Bavon.  Ges 
deux  derniers  panneaux,  sur  lesquels  sent  repr^sent^ 
Adamel&ve,  recevraient  en  mSme  temps une  restauration 
tton  moins  necessaire,  et  pourraient  ne  plus  iive  soustraits 
aux  regards  du  public,  lorsqu'ils  seraient  redevenus  des 
parties  inh^ntes  de  la  composition. 


(CM^aEICnR  ID^AI^Bllt^ 


(  327  ) 

La  f^alisatiod  de  cette  id^e  serait  uue  T^ritable  eon- 
quete  pour  Fart  beige.  Ne  serliit-ii  pas  digne  de  la  cilasse 
des  beaut-artd  de  TAisad^ode  de  ia  prebdre  sous  soo  pa- 
tronage?   9 

L'Academie,  en  ordonnant  rimpression  de  ce  rapport, 
a  decide  qu'il  en  serait  donne  coaimunication  a  M.  le  Mi- 
nistre  de  Tinterieur,  en  le  priant  de  youloir  interposer 
ses  bons  soins  pour  la  conservation  du  chef-d'oeuvre  des 
freres  Van  Eyck. 


G&ard  Van  Opstaly  notice  par  M.  Ed.  Feiis,  membre 

de  TAcad^fliie. 

Les  biographes  ne  s'accordent  ni  sur  le  lieu,  ni  sur  la 
data  de  la  naissance  de  Tartiste  dont  il  va  etre  question .  lis 
6crivent  meme  son  nom  de  di verses  manieres^  Les  unslui 
donnent  Anvers  pour  patrie;  d'autres  le  disenl  originaire 
de  Bruxelles*  Geux-ci  le  font  naitre  en  1594,  ceux-1^  en 
1597.  Enfin,  il  est  appel^  a  peu  pres  indiffereminent  Van 
Obslal  ou  Van  Obstat  ou  Van  Opstal.  Ce  dernier  nom  est 
le  veritable.  Le  lieu  de  naissance  est  Anvers;  la  date  k  la- 
quelle  il  sembie  qu'on  doive  s'arrSter  est  1595. 

La  famille  des  Van  Opstal  a  donne  plusieurs  artistes 
distinguesa  la  ville  d'Anverset  a  laconfrerie  de  Saint-Luc. 
Les  annotations  dont  MM.  de  Laet  et  Genar  ont  enrichi  le 
catalogue  du  musee  de  notre  metropole  commerciale,  font 
connaitre  que  Gerard  Van  Opstal,  lestatuaire  qui  va  nous 
occuper,  fut  admis  k  la  maitrise  en  1635.  Elies  nous  ap- 
prenoent  egalement  q\xea  1641 ,  Bartbelemy  Van  Opstal , 

2"*s]£rib,  tome  IV.  22 


(  528  ) 

vraisembiablemeDt  tils  de  Gerard ,  entra  dans  I'atelier  du 
sculpteur  Ambroise  Gast.  Gaspard -Jacques  Van  Opstal, 
qui  se  faisait  inscrire,  en  1632,  comme  ^leve  de  SimoD 
deVos,  peut  avoir  ^t^  le  fr^re  de  Gerard.  II  eut  un 
fils  qui  fut  baptist  sous  les  memes  prenoms  que  lui,  el 
que  la  confr^rie  deSainl-Luc  admit,  en  1676 ,  k  tilre  de 
fils  de  maitre.  Gaspard-Jacques  Van  Opstal  fut  peintre, 
comme  son  p^re,  et  doyen  de  la  confrerie  en  1698.  Tels 
sont  les  details  que  les  notes  du  catalogue  du  musee  d*An- 
vers  fournissent  sur  la  famille  de  notre  artiste. 

Gdrard  Van  Opstal  fut  eleve  de  Jean  Van  Mildert,  ap« 
pele  aussi  Van  Maldert  ou  Malderus,  qui  eut  le  titre  de 
sculpteur  de  I'arcbiduc  Albert  et  fut  elu  doyen  de  Saint- 
Luc  en  1635.  Guillet  de  Saint-Georges,  historiographe  de 
TAcad^mie  de  peinture  de  Paris,  dit,  dans  un  ^loge  de 
Gerard  Van  Opstal ,  lu  en  s^nce  le  2  aoflt  1692 ,  que  Van 
Mildert,  charm^  des  progr^s  et  des  bonnes  mceurs  deson 
disciple,  lui  donna  sa  fille  en  mariage.  Gerard  fut  chaise, 
pour  les  eglises  de  la  Flandre,  de  travaux  donl  Timpor- 
tances'accrut  en  m^me  temps  que  s*etendait  sa  reputation. 
II  traitait  principalement  le  bas-relief  avec  intelligence  et 
habilete.  La  sculpture  en  ivoire  ^tait  aussi  Fobjet  de  ses 
vivos  predilections.  Les  ouvrages  de  ce  genre  qu'il  fit  d^ 
sa  jeunesse,  furent  recberch^s  non-seulement  dans  les 
Pays-Bas,  mais  h  Tetranger  et  devinrent  Torigine  de  sa 
fortune.  C'est  en  voyant  un  bas-relief  en  ivoire  dans  lequel 
il  avait  deploye  un  talent  vraiment  superieur,  que  le  car- 
dinal de  Ricbelieu,  toujours  desireux  d'attirer  et  de  fixer 
en  France  les  bommes  de  m^rile,  le  fit  mander  k  Paris, 
en  lui  promettant  qu'il  aurait  part  aux  travaux  faits  pour 
le  service  du  roi.  Gerard  Van  Opslal  se  rendit  a  celle 
invitation  dont  il  avait  lieu  d*etre  flatty.  Le  cardinal  de 


(  329  ) 

Richelieu  Taccueillit  avec  faveur  et  le  recommanda  k 
M.  Sublet  Des  Noyers ,  surintendant  des  Mtiments  de  la 
couronne,  avec  ordre  de  I'employer.  Les  premieres  com- 
mandcs  que  re^ut  notre  artiste,  et  qu'il  executa  de  ma* 
niere  a  s'en  faire  honneur,  furent  deux  flgures  allegoriques 
des  Ricbesses  de  la  terre  et  de  la  mer  destinies  a  la  deco- 
ration du  Louvre.  Voici  comment  s'exprime  le  comte  de 
Glarac  en  parlant  de  ces  deux  statues  dans  son  Mus^e  de 
sculpture  antique  et  moderne :  «  Lorsque  je  fis  dessiner  et 
graver  ces  figures,  je  croyais,  d'apres  leur  style,  qu'elles 
pouvaient  appartenir  a  Tecole  de  Jean  Goujon ;  mais  en 
relisant  Sauval,  j'ai  trouve  qu'elles  etaient  de  Van  Obslal 
qui  les  fit  sous  la  direction  de  Jacques  Sarrasin,  et  qu'il 
avail  voulu  representer  la  richesse  de  la  terre  et  celle  de 
la  mer.  On  reconnait  bien,  a  la  branche  de  corail  et  aux 
perles,  les  ricbesses  de  la  mer;  mais  la  couronne  et  le 
sceptre  que  tient  Fun  des  deux  genies,  indiqueraientplutdt 
le  pouvoir.  Quoique  ces  figures  soient  bien  de  pose  et  de 
style,  et  que  leur  dessin  ne  manque  ni  de  facilite,  ni  d'une 
sorte  d'elegance,  cependant  on  peat  leur  reprocher,  sur* 
tout  k  celle  de  gaucbe  qui  est  la  meiileure,  de  ne  pas  etre 
dans  toutes  leurs  parties  drapees  d'une  maniere  agreable.  > 
Le  comte  de  Clarac  ajoute  en  note  :  «  G.  Van  Obstal  ou 
Obstat  elait  de  Bruxelles  et  a  beaucoup  travaill^  en  France. 
On  voit  par  ses  ouvrages  qu'il  tenait  encore  a  Fecole  de 
Jean  Goujon ,  quoiqu'il  n'eAt  pas  a  beaucoup  pres  autant 
de  gout  et  de  grace.  »  II  y  a  lieu  de  s'etonner  qu'un  con* 
naisseur  eclair^  tel  que  le  comte  de  Glarac  se  soit  trompe 
aussi  completement  sur  la  t]uesiion  du  style.  Van  Opslal 
vint  en  France  avec  un  talent  tout  forme  et  qu'il  ne  mo* 
difia  en  aucune  fa^on.  II  resta  un  sculpteur  flamand,  et  ses 
ouvrages  ne  firent  nullement  paraitre  qu'il  tint  h  Tecole 


(  350  ) 

de  lean  Goujod.  M.  deCiarac  n'a  pas  songl  a  ce  t|u*i1 
avail  dit  lui-meme  des  figures  allegoriques  d^s  Rkbesses 
de  la  terre  et  de  la  mer,  savoir  qu'elles  avaient  ete  faites 
par  Van  Opstal  sous  la  direction  de  Jacques  Sarrasin.  Ce 
n'est  pas  seulement  sous  la  direction  deSarrasio,  c'est 
d'apres  ses  modeles  que  le  sculpteur  anversois  ex^cuta  les 
statues  en  question.  Ce  fait  est  consigne  dans  Feloge  de 
DOtre  artiste  lu  a  TAcademie.  li  explique  la  difference  de 
style  signalee  par  lecomte  de  Clarac,  et  fait  retomber 
sur  Tartiste  fran^ais  les  critiques  adressees  a  Yan  Opstal 
par  Tauteur  du  Musee  de  sculpture. 

Le  second  morceau  de  sculpture  que  fit  Van  Opstal ,  par 
commande  royale,  fut  un  groupe  de  trois  enfants  portant 
UD  panier  de  fleurs ,  destine  a  etre  place  au-dessus  de  la 
porte  du  logement  de  Le  Ndtre ,  au  palais  des  Tuileries. 
Gette  fois  encore  il  ne  fut  que  Tinterprete  de  Tidee  d'au- 
Irui.  Presque  toujours  les  homines  de  m^rite  ont  du,  avaot 
d'avoir  acquis  uu  credit  personnel,  se  resoudre  h  subir  un 
patronage  qui  effa^ait  leur  individualiie.  A  dater  de  ce  mo- 
ment, ainsi  que  le  dit  Guillet  de  Saint-Georges,  Yan  Opstal 
ne  travailla  plus  que  de  son  g^nie  et  sur  ses  propres  pensees* 

L'emanci patio n  de  Yan  Opstal  date  des  travaux  qu'il 
ex^cuta  pour  Tb&tel  Carnavalet,  un  des  plus  beaux  monu- 
ments d'arcbitecture  civile  qu'ait  possedes  la  ville  de  Paris. 
Commence  par  Jean  Bulan ,  continue  par  Du  Gerceau,  ter^ 
min^  par  Mansard ,  ce  magnifique  hdtel  devait  ses  plus 
precieux  ornements  au  ciseau  de  Jean  Goujon.  Le  choix 
qu'on  fit  de  Yan  Opstal  pour  completer  le  travail  de  sa  de* 
coration  est  un  t^moignage  de  la  baule  opinion  qu'on 
avail  d^jk  de  son  talent  et  de  la  confiance  qu'il  inspirait. 
II  fit,  tant  pour  Tinterieur  de  la  cour  que  pour  les  facades 
doBnanl  sur  deux  rues,  une  s^rie  de  figures  aUegoriqnes 


(  531  ) 

repr^sentant :  la  Ghasse,  la  Volupt^,  rAboodaoGe,  la  Li< 
beralit^,  la  Force,  la  Vigilance » la  Paix  et  la  Prudence. 

Jacques  Bonier,  fermier  general ,  conseiller  etaecre^ 
taire  du  roi ,  veqait  de  se  faire  batir  le  ch&teau  du  Raincy 
qui  ne  lui  codta  pas  moins de  quatre  millions  et  denii,  el 
qui  ^alait  en  magnificence  les  domaines  royauj.  II  chargea 
Van  Opstal  d'en  composer  rornementation  sculplural^^ 
Notre  artiste  y  ex6cuta  des  bas-reliefs,  ainsi  que  de  nom- 
breux  motifs  de  decoration  qui  rebauss^rent  T^clat  d9 
cette  fastueuse  demeure. 

Li'Academie  de  peinture  et  de  sculpture  s'dtait  con** 
stitu^e  en  depit  des  obstacles  que  lui  avaient  suscit^s  les 
jur^s  de  Tancienne  corporation  des  maitres  peintres  ^\ 
sculpteurs  de  Paris.  Apr^s  avoir  obtenu,  en  1648,  les  let*? 
tres  patentes  qui  approuvaient  ses  premiers  statuts,  ellQ 
proc^da  h  Felection  des  douze  anciens  qui  devaient ,  aui; 
termes  de  ces  mSmes  staluts,  diriger  h  tour  de  rdle  IMcole 
publique  dont  elle  avait  arrSte  la  cr^tion.  Van  Opstal 
fut  au  nombre  des  academiciens  sur  lesquels  se  porta  la 
majority  des  suffrages.  En  1651,  quand  la  joqction  da 
la  communaut^  des  Maitres  avec  FAcademie  fut  di^cidee, 
pour  mettre  fin,  s'il  se  pouvait,  k  d'incessantes  querelle^i 
Van  Opstal  fut  un  des  membres  de  la  compagnie  aui^quiBla 
^cbut  la  mission  de  veiller  k  la  ri^dactjoq  du  coptrat  qm 
prescrivait  les  clauses  d'un  engagement  r^ciproque.  Enfin, 
lorsqq'en  1655,  TAcad^mie  prit  la  resolution  de  nommer 
des  professeurs  k  la  place  des  anciens  prec^demment  ^lua^ 
Van  Opstal  fut  invest!  de  cette  nouvelle  dignity.  Cest 
ainsi  que  sOn  nom  se  trouve  meie  k  toutes  les  me^nrdf 
qui  pi^parent  le  d^veloppement  d'une  institution  doat 
rinfluence  sur  la  prosp^rite  des  beaui^-arts,  en  France,  ne 
peut  pas  ^ire  con  testae- 


(  352  ) 

La  corporation  des  maitres  continuant  ses  gourdes 
roen^es  contre  TAcademie,  afin  de  se  faire  accorder  des 
privileges  que  I'acle  de  jonclion  lui  avait  formellemenl 
refuses,  il  fallut  rompre  de  nouveau.  L'Academie  avait 
obtenu  du  roi,  par  Tentremise  de  Colbert,  Tapprobation 
des  statuts  qui  la  constituaient  definitivement  et  qui  ga- 
rantissaient  sa  complete  independance.  Les  maitres,  sou- 
tenus  par  Mignard  dont  ranimosite  contre  Le  Brun  se 
manifestait  en  toute  occasion,  avaient  forme  le  projet  de 
s'opposer  a  I'enregistrement  des  leltres  patentes  renfer- 
mant  {'approbation  royale.  lis  n'avaient  que  de  fort  man- 
vaises  raisons  a  donner  k  Tappui  de  leurs  pretentions; 
mais  ils  s'etaient  assures  du  patronage  de  quelques  per- 
sonnes  influentes,  et  Ton  sait  s'il  arrivait  souvent  alors 
que  de  puissantes  recommandations  entravassent  lecours 
de  la  justice.  L'Academie  apprit  que  Taffaire  qui  I'inte- 
ressait  si  vivement  etait  soumise  a  M.  de  Lamoignon.  II 
importait  de  ne  pas  laisser  les  membres  de  la  remuante 
corporation  des  maitres  s'emparer  de  Tesprit  de  ce  ma- 
gistrat.  Le  secretaire  proposa  de  nommer  des  deputes 
auxquels  serait  confie  le  soin  de  plaider  sa  cause  et  de 
dejouer  les  intrigues  des  maitres.  «  II  sut ,  dit  Fhistorien 
anonyme  de  TAcademie,  faire  composer  cette  deputation 
des  iktembres  les  plus  distingues  par  leur  esprit  et  par  leur 
capacite,  et  le  plus  en  ^tat  de  payer  de  leur  personne  au 
besoin.  n  Van  Opstal  fut  un  de  ces  del^gues,  choisis  parmi 
les  hommes  regardes  comme  formant  Telite  de  la  compa* 
gnie.  II  alia,  avec  ses  collogues  Le  Brun ,  Errard,  Bourdon, 
Philippe  de  Champagne  et  quelques  autres,  expliquer  a 
M.  de  Lamoignon  le  veritable  elat  de  la  question.  Le  pre- 
mier president  convoqua  les  represenlants  de  TAcademie 
et  ceux  de  la  maitrise  a  sa  campagne  d*Aoteuii ,  afin  de 


(  555  ) 

rendre  son  arrSt  apr^s  d^bat  conlradictoire.  La  cause  en- 
tendae,  comme  on  dit  au  palais,  M.  de  Lamoignon  prit 
une  decision  toute  en  faveur  de  TAcademie,  apr^s  avoir, 
toutefois,  fait  promeitre  solenneliemeot  a  ses  delegu^s  de 
ne  jamais  admeitre  dans  ia  compagnie  c  des  sujets  d*une 
capacite  assez  mediocre  pour  ne  pas  devoir  aspirer  plus 
haut  qu'k  la  simple  maitrise.  »  Get  arret,  qui  reduisail 
desormais  k  I'impuissance  un  antagooisme  dont  Torigiue 
remontait  k  plus  de  quinze  annees,  causa  une  grande  joie 
k  rAcad6mie.  EUe  vola  publiquement  des  remerciments  k 
Van  Opstaly'^n  meme  temps  qu*k  ses  autres  deputes. 

L'ann^e  meme  ou  TAcademie  de  peinture  et  de  sculp- 
ture, apres  avoir  triomph^  de  ses  adversaires,  fonda  son 
organisation  sur  une  base  solide,  Colbert  fut  iuvesti  par 
le  roi  de  la  charge  de  suriutendant  des  batiments.  Les  ar- 
tistes n'eurent  qu'k  se  louer  de  son  zele  pour  leurs  int6- 
rSts.  Sacbant,  comme*  le  disait  Felibien ,  que  rien  ne 
contribue  plus  a  la  gloire  du  prince  que  les  ouvrages  im- 
mortals transmis  a  la  posti^rite  par  les  peintres  et  par  les 
sculpteurs,  il  procura  k  ces  illustres  ouvriers  de  nouvelles 
faveurs  du  souverain,  afin  d'accroltre  leur  Emulation  par 
le  desir  des  recompenses.  Nomm^  vice-protecteur  de  FAca- 
d^mie,  il  voulut  reroplir  les  fonctions  de  ceite  charge, 
malgr^  ses  graves  occupations,  et  assista  r^uli^rement 
aux  seances  de  la  compagnie.  Un  jour  qu'il  venait  de  pre- 
sider  k  la  distribution  des  prix  obteuus  par  les  ^l^ves , 
et  pendant  qu'on  examinait  les  tableaux  des  laureais,  en 
discutant  sur  leurs  qualitds  et  sur  leurs  defauts,  Tid^e  lui 
vint  qu'on  pouvait  tirer  de  grands  fruits,  pour  Tensei- 
gnement,^'un  examen  semblable  qui  porterait  sur  les 
chefs-d'oeuvre  des  maitres,  et  qui  fournirait  Toccasion  de 
d^velopper,  en  presence  des  jeunes  artistes ,  les  principes 


(  554  ) 

dont  Tapplication  a  doqo^  naissance  k  ces  cbefe-d'ceuvre. 
II  exprima,  seance  tenante,  ses  idees  k  cet  egard ,  el  con- 
seilia  aux  professeurs  de  rAcad^mie  d'iqstitaer  des  confi6- 
rences  publiqoes  oil  cbacup  aurait  la  liberty  de  parler 
selon  8on  sentiment  >  attendu  que  de  la  discussion  surgis- 
sent  sou  vent  des  v^rites  utiles. 

Telle  fut  Forigine  des  conferences  de  l^Academie  de  peia- 
ture  et  de  sculpture,  car  il  va  sans  dire  que  Tavis  donn^ 
par  Colbert  ne  pouvait  elre  neglig^.  On  convint  diuau- 
gurer  procbainement  ces  reunions  publiques  qui  auraient 
lieu  le  premier  samedi  de  cbaque  mois ,  soit  dans  la  grande 
salle  des  stances  de  FAcademie,  soit  dans  le  cabinet  des 
tableaux  du  roi,  mis  par  le  surintendant  des  bSitiments  k 
la  disposition  de  la  compagnie.La  premiere  conference  fut 
donn^e  par  Le  Brun.  Elle  eut  pour  objet  Fanalyse  du  Saint- 
Michel,  de  Rapbael.  Philippe  de  Champagne,  le  peintre  c6- 
lebre  que  Bruxelles  est  fi^re  d'avoir  vu  naitre,  se  cbargea 
de  tenir  la  seconde,  et  prit  pour  sujet  de  ses  remarqaes 
le  Chriit  porU  au  tombeau ,  du  Titien ;  enfln  Van  Opstal 
ouvrlt  la  troisieme  conference  devant  une  copie  du  Lao- 
coon.  11  retra^a  Tbistoire  du  chef-d'oeuvre  de  la  statuaire 
antique,  rappela  les  cireonsiances  de  sa  d^couverte  et  en  fit 
une  analyse  d^taill^,  tant  sous  le  rapport  de  la  rigoureuse 
exactitude  des  proportions  anatoroiques,  que  sous  ceux  de 
la  ba^ut6  des  former  et  de  la  v^rit^  saisissante  de  Tex- 
pression.  Pour  reposer  Tattention  de  ses  audi  tears,  Van 
Opslal  entrem6la  ses  explications  techniques  d'anecdotes. 
II  rappprta,  par  exemple,  le  trait  satirique  attribu^  k 
Titjep  qui,  ^tant  2^\\6  k  Rome  et  voyant  tons  les  peintres 
de  rdcole  de  Rapbael  copier  la  statue  de  Laocoon  avec  une 
sorte  d'acbarneqi^nV  fanatique,  dessina  un  groupe  de 
siuges  dans  Tattitude  d^  Finfortune  Troyeo  etde  ses  fits 


(  355  ) 

enlaces  par  les  serpents.  Plaisanterie  d'uQ  goftl  equivoque 
ct  qui  fait  peu  d'honneur  ^  celui  qui  rimagiua,  fut-ce  le 
grand  Titien  lui-meme. 

Van  Opstal  donna  une  seconde  confi^rence  pour  laquelle 
il  avail  ctioisi  le  torse  d'une  Venus  antique.  Apres  avoir 
enuro^re  les  beautes  du  morceau  plac^  sous  les  yeux  des 
assistants,  il  dit  qu'il  en  recommandait  beaucoup  T^tude 
aux  jeunes  artistes,  par  la  raison  que  les  habits  modernes 
deforoQent  le  corps,  lui  6tent  rtiaruionie  de  ses  propor- 
tions et  empecbent  les  sculpteurs  de  faire  sur  le  nu  les 
etudes  qui  ont  ete  Tune  des  causes  de  la  sup^riorite  des 
Grecs.  Notre  Flamand,  que  ses  missions  comme  d^legu6  de 
TAcad^mie  avaient  sans  doute  rendu  tout  k  fait  diplomate, 
trouva  moyen  de  terminer  son  discours  sur  le  torse  de 
Venus  par  un  eloge  de  Louis  XIV,  variation  oblige  que 
tout  orateur  ^tait  con  train t  de  broder  sur  le  tb^me  0nal 
de  sa  harangue.  II  rappela  que  les  honneurs  et  les  recom- 
penses accordes  aux  grands  statuaires  de  Tantiquit^  ne 
contribu^rent  pas  moins  que  les  beaux  modeles  dont  Us 
s*inspiraient  k  la  perfection  des  arts ,  puis  il  entonna  les 
louanges  du  roi  pour  la  protection  qu'il  accordait  k  ces 
memes  arts,  et  pour  la  magnificence  avec  laquelle  il  savait 
les  r^compenser. 

La  premiere  conference  de  Van  Opstal  a  ete  recueillie  et 
publi^e  par  Felibien,  sinon  textuellement,  du  moins  sous 
la  forme  d'une  analyse  tr^s-compiete.  On  n'a  de  la  seconde 
que  des  extraits  donnas  par  le  comte  de  Gaylus,  dans  une 
notice  manuscrite  sur  Van  Opstal  qui  se  trouve  k  la  biblio- 
th^que  de  Tecole  des  be^ux-arts  de  Paris.  Ces  extraits  ont 
ete  reproduits,  en  partie,  avec  reioge  de  Quillet  de  Saint- 
Georges,  par  les  editeurs  des  M4moire$  mr  la  m  et  le$  ou- 
vrages  des  membre$  de  tAcademie  de  peinture  et  de  sculpture. 


(  536  ) 

Repreoons  i'ordre  chronologique  des  travaux  de  noire 
artiste,  que  nous  avons  iuterrompu  pour  dire  les  services 
qu'il  rendit  a  TAcademie  dont  il  fut  un  des  fondateurs. 
Les  commandes  lui  venaient  en  grand  nombre  de  la  cour 
et  de  la  vilie.  C^tait  un  heureux  temps  pour  les  sculpteurs. 
On  n'avait  pas  encore  invente  le  luxe  vulgaire  des  orne- 
ments  fails  h  la  mecanique.  Les  grands  seigneurs  et  les 
financiers,  qui  se  faisaient  Mtir  des  hotels,  employaient  k 
les  decorer  les  vrais  artistes,  les  bommes  de  talent.  Rare- 
ment  il  se  construisait  un  edifice,  public  ou  parliculier, 
de  quelque  importance,  auquel  Van  Opstal  ne  roit  la  main. 
Le  cardinal  Mazarin,  protecteur  de  I'hdpital  de  la  Salpe- 
tri^re,  lui  fit  faire,  pour  accompagner  ses  armes  qui  de- 
vaieui  surmonter  la  porte  de  cette  maison,  deux  figures 
eu  pierre,  de  grandeur  nalurelte,  represeutant  la  Charite 
et  YEsperance,  par  allusion  au  sentiment  qui  avait  inspire 
le  fondateur  de  Fasile  ouvert  aux  souiTrances  du  pauvre, 
el  a  celui  que  devaient  eprouver  les  maladesen  y  entrant. 
Vers  le  m6me  temps,  il  execula  pour  le  Jardin  des  Plantes 
des  bas-reliefs,  ayant  pour  sujets  les  attributs  des  sciences 
a  Tenseignement  desquelles  etait  destine  cet  ^lablissement, 
et  pour  le  Palais-Royal  des  figures  all^goriques  exprimant 
les  bienfaits  d'une  paix  procuree  par  de  glorieux  com- 
bats. 

Les  religieuses  du  convent  de  TAssomptLon  demanderent 
a  Van  Opstal  une  statuette  pour  orner  Tautel  consacre  a 
saint  Augustin,  dans  leur  chapelle.  II  fit  Tenfant  Jesus, 
tenant  une  croix  dont  le  pied  etait  entoure  d'un  serpent, 
voulant  rappeler  la  victoire  remportee  par  I'^vequed'Hip- 
pone  sur  Th^resie  des  Manicheens,  dont  ce  serpent  etait 
le  symbole.  Un  crucifix  en  ivoire,  par  Van  Opstal,  ^tait 
place  dans  la  sacristie  du  meme  couvent. 


(  357  ) 

Jean-Baptiste  Lambert,  conseiller  et  secretaire  du  roi , 
venait  de  mourir.  Sa  famille  voulut  lui  elever  un  tombeau 
digne  et  de  lui  et  d'elle ,  car  elle  comptait  des  membres  en 
possession  d'emplois  considerables.  Yan  Opstal  fut  charge 
de  Texecution  d'un  monument  qui  devait  elre  erig^  a  la 
memoire  du  defunt,  dans  Teglise  des  Incurables.  On  loua 
generalement  ]*ordonnance  de  sa  composition ,  aussi  bien 
que  le  modele  des  figures.  Le  mausoi^e  etait  surmont^  des 
statues  de  la  Foi  el  de  TEsperance;  sous  la  table,  revalue 
de  rinscription  funeraire,  s'etendait  un  bas-relief  oil  Ton 
voyait  la  mort  poursuivant  de  son  glaive  impitoyable  les 
genies  de  la  douleur  representes  par  des  enfants.  Quelques- 
uns  de  ceux-ci  fuyaient  devant  la  terrible  ennemie  du 
genre  humain;  d'autres  s'effor^aient  d'arreler  sa  marcbe. 
Par  ce  dernier  Episode,  Tarliste  avait  voulu  exprimer  que 
la  mort  frappe  sans  distinction  d'age,  faisant  en  cela  allu- 
sion au  trepas  premature  de  la  personne  dont  les  restes 
reposaient  dans  cette  tombe. 

Reconnaissant  du  concours  intelligent  que  Yan  Opstal 
lui  avait  pret^  pour  rendre  hommage  k  la  memoire  de  son 
frere,  M.  Lambert  de  Thorigny,  fr^re  de  Jean-Baptiste 
Lambert  et  president  en  la  chambre  des  comptes,  fit  un 
nouvel  appel  au  talent  de  notre  artiste.  II  ne  s*agissait  pas 
celte  fois  d'un  travail  ayant  une  destination  funebre;  mais, 
au  contraire,  de  la  decoration  d*une  somptueuse  demeure 
oh  devaient  se  reunir,  dans  des  fetes  brillantes,  tout  ce 
que  Paris  avait  de  plus  eleve  dans  la  robe  etdans  la  finance. 
On  sait  que  Thotel  Lambert,  situedans  Tile  Notre-Dame, 
est  reste  celebre  par  les  peintures  qu'y  ex^cuta  Le  Brun, 
et  qui  comptent  parmi  les  ceuvres  les  plus  considerables 
de  ce  mailre.  M.  Lambert  de  Thorigny  associa  le  ciseau 
de  Yan  Opstal  aux  pinceaux  de  Tauteur  des  Batailles 


(  538  ) 

d' Alexandre.  Le  Brun  avait  orn^  le  plafond  de  )a  graode 
gaieriQ  d^uoe  vaste  composition  representant  VApothease 
d'Hercule  et  son  mariage  avec  H4be,  Van  Opstal  fit,  de  son 
cole,  une  suite  de  bas-reliefs  ayant  pour  sujets  les  tra« 
vaux  d*HercuIe.  Ces  bas-reliefs  furent  places  dans  les  tru- 
meaux  de  lagalerie,  souienus  par  des  figures  d'enfanls 
en  roDde  bosse.  lis  etaieni  cd  stuc  bronze ,  pour  s*accor- 
der  avec  Tensemble  des  ornemenls  dont  rarchitecie  avait 
concu  le  plan.  Van  Opstal  eiecuta,  dans  le  meme  hdiel, 
plusieurs  morceaiix  importants,  nolamment  pour  lacham- 
bre  de  la  presidente  quatre  bas-reliefs,  savoir :  Diane  dans 
un  char  traini^  par  des  biches,  le  trionnphe  de  Bacchus, 
Tenl^venoent  des  Sabines  et  Pyrrhus,  enfant,  sauve  de  la 
fureur  des  Molosses. 

Le  president  Maisons  disputa  ^  son  confrere  Lambert 
rhonneur  d'employer  les  artistes  c^l^bres  de  Tepoque.  II  Ot 
richen)ent  orner  de  sculptures,  par  Van  Opstal,  le  beau 
ch&teau  qu*il  poss^dait  aux  environs  de  Saint -Gernoain. 
On  pouvait,  sans  etre grand  seigneur  ou  president,  avoir 
des  goOts  d'artisie.  L*abb^  de  la  Riviere,  depuis  ev^que  de 
Langres,  commanda  &  noire  slatuaire  et  en  obiint,  pour  sa 
maison  de  la  Place  Royale,  des  bas-reliefs  el  des  motifs 
d'ornementation  dans  lesquelsse  distingua  Tesprii  do  son 
ciseau.  On  cilait  encore,  parmi  ses  meilleurs  travaux,  une 
grande  composition  de  seize  figures,  representanl  Apotlop 
sur  le  Parnasse,  dont  il  avail  decore  la  facade  interieure  de 
la  maison  construite  par  Leveau,  archiiecie  du  roi,  pour 
M.  Hesselin,  maiire  de  la  chambre  aux  deniers.  Ce  mSme 
Leveau,  qui  avait  edifie  taut  d*hdtels  pour  le  compie  d'au- 
trui,  ayant  voulu  se  loger  lui-meme  seton  son  gre,  pria 
Van  Opstal  de  lui  faire  quelques  morceaux  de choix^  dele 
trailer  en  confrere »  on  artiste.  Gel  appel  ne  fut  pas  vain; 


r" 


(339  ) 

il  y  fut  repondu  par  de  jolis  bas-reliefs  doni  les  sujetl; 
etaient  empruntes  k  la  fable  d'Hercule  et  a  celle  des  Ama- 
zones. 

Lorsqu'ea  1660,  on  reslaura  ia  porte  Saint-Antoine , 
aujourd^hui  detruite»  en  consacrant  cette  restaaration  au 
souvenir  de  la  paix  des  Pyrenees ,  Van  Opstal  re^ut  la 
commande  des  gronpes  et  des  figures  qui  devaient  faire 
Fonnement  principal  du  nouvel  edifice.  Aux  deux  cotes  du 
fronton  il  pla^a  des  statues  couchees  offrant  la  represen- 
tation all^gorique  de  la  France  et  de  TEspagne ,  et  se  don* 
nant  la  main  en  signe  d'aliiance.  La  France  tenait  sur  ses 
genoux  une  couronne  fleurdelisee;  I'Espagne  avait  a  la 
main  un  bonclier  et  des  traits.  Au-dessus  d'elles  THymen , 
tenant  un  flambeau  allnm^,  semblait  cimenter  Theureuse 
union  qu'il  avait  fait  naitre  entre  les  deux  nations.  Sur 
une  console  formee  par  la  saillie  de  la  clef  de  la  voute  du 
grand  portique  se  trouvait  un  buste  de  Louis  XIV,  ceuvre 
de  Van  Opstal  egalement,  et  fait  d!apres  le  naturdj  sui- 
vant  ce  que  nous  apprend  Piganiol  de  la  Force'dans  sa 
Description  de  Paris. 

La  Description  4e  la  grotte  de  Versailles  donnde  par  Feli- 
bien,  renfernre  plusieurs  planches  ou  sont  reproduites  des 
sculptures  que  fit  Gerard  Van  Opstal  pour  contribuer  a 
rornementalion  de  cette  partie  du  jardin  royal.  Ge  sont : 
1°  Troupes  de  Tritons  et  de  Nereides  se  rejouissant  au  cou- 
Cher  du  soleil;  ^  Petits  Amours  sejouant  avec  des  dauphins. 
Ces  differents  bas-reliefs  decoraient  la  porte  de  la  grotte« 
Les  planches  sont  sign^es :  Le  Potre  d'apres  Yanopstal  {sic) 
de  Bruxelles.. 

Pour  une  des  cbambres  du  Palais,  celle  des  Enquetes, 
Van  Opstal  fit  plusieurs  figures  all^oriques  des  vertus 
qui  ont  leur  asile  naturel  dans  le  temple  de  Thdmis  :  la 


(  340  ) 

Justice,  la  Prudence,  la  Temperance,  la  Force,  la  Ma- 
gnanimite,  le  Conseil  et  TAutorite. 

Dans  les  moments  de  loisir  que  lui  laissaient  les  tra- 
vaux  considerables  dont  nous  venons  de  donner  Tindica- 
tion  sommaire,  ainsi  que  ses  fonclions  academiques,  Van 
Opstal  s'occupait  encore  de  sculpture  en  ivoire.  Nul  ne  lui 
contestait  le  premier  rang  dans  ce  genre;  ses  moindres 
ouvrages  ^taient  recherches  des  connaisseurs.  Louis  XIV 
les  avait  en  grande  estime  et  manquait  rarement  d'acbeler 
ceux  qui  etaient  juges  dignes  de  lui  Sire  soumis.  On  voyait 
jadis,  dans  le  cabinet  du  Roi ,  les  ivoires  suivants  de  notre 
artiste:  un  crucifii  de  dix-huit  pouces  de  hauteur,  des 
bas-reliefs  appliques  sur  un  fond  de  velours  noir,  neur 
groupes  en  ronde  bosse.  II  s'y  trouvait  egalement  cinq 
pelits  bas-reliefs  en  bronze  et  dix-sept  en  marbre  repre- 
sentant  des  sujets  mytbologiques,  enlevements  de  Nym- 
phes  par  des  Satyres,  des  Tritons  et  des  Naiades ,  etc.  Deux 
des  plus  remarquables  de  ces  bas-reliefs  furent  portes  k 
Versailles  et  places  sur  des  devants  de  cheminees  de  Tap- 
parlement  de  la  Reine.  Un  groupe  des  trois  Graces  cou- 
ronnees  par  des  Amours  attirait  Tattention  des  connais- 
seurs. Plusieurs  de  ces  morceaux  de  la  collection  royale 
existent  encore  au  Louvre;  mais  le  plus  grand  nombre  a 
disparu. 

Cicognara  d^crit  en  ces  termes,  dans  la  Storia  della  scul* 
lura,  un  bas*relief  de  Fartiste  anversois  :  <  Le  plus  grand 
monument  en  ivoire  qui  existe  en  Italic  et  qui  surpasse  tout 
ce  que  nous  connaissons  dans  les  autres  pays,  est  le  Sa- 
crifice  d' Abraham  qui  se  trouve  acluellement  dans  le  palais 
Volpi  k  Venise.  C'est  un  ouvrage  de  Van  Obslat  (sic)  de 
Bruxelles,  sculpteur  celebre  pour  les  ivoires  en  haut  el 
bas-relief.  Les  figures  sont  dans  la  proportion  de  pros  d*une 


r 


(  341  ) 

coudee  el  demie  de  hauteur;  leur  torse  n'a  pas  moins  de 
six  pouces  de  diametre;  chacua  des  membres  iuferieurs 
et  superieurs  est  forme  d'une  deal  d'^l^phant.  Les  ajuste- 
ments  sont  d'un  bois  fonce  tirant  sur  la  couleur  de  Tecorce 
de  cbataigoier.  La  disposition  du  groupe  est  celle-ci :  Isaac 
est  ^teodu  sur  le  bucber;  Abraham  pose  la  main  gauche 
sur  la  tele  de  son  flis  et  avance  la  droite  comme  pour 
Timmoler.  L'ange  apparait  dans  les  airs  et  arrete  le  bras 
du  fidele  serviteur  de  Dieu.  A  cole  d'Abraham  est  un  bouc 
de  grandeur  presque  naturelle,  et  pres  dlsaac  s'el^ve  un 
trepied  porlant  un  brasier  allume  pour  le  sacrifice.  La 
composition  est  mediocre,  ajoule  le  critique  ilalien  qui 
cherche,  avant  tout,  les  pures  traditions  de  Tart  classique, 
I'expression  des  figures  est  faible  et  les  airs  de  tele  sont  peu 
nobles;  mais  les  nus,  dans  quelx]ues  parties,  notamment 
dans  les  jambes,  sont  traiies  avec  intelligence,  quoiqu'on 
puisse  y  desirer  plus  de  correction,  et  Tensemble  de  Tceuvre 
a  un  grandiose  qui  fait  passer  sur  bien  des  d^fauts  et  qui 
rend  ce  travail  digne  de  figurer  dans  un  cabinet  royal  de 
curiosity.  »  Une  note  de  Tauteur  que  nous  venons  de  ciler 
nous  apprend  que  ce  groupe  appartint  originairement  k  la 
femme  d'un  certain  Cbristophore  Mettel,  ^tabli  a  Venise, 
laquelle  le  possedait  a  litre  d'heriiiere  des  biens  de  Fauteur. 
11  passa  k  G.  M.  Volpi  en  payement  d*un  credit  qu'il  avail 
ouvert  audit  Mettel. 

Le  nom  de  Van  Opstal  relenlit  a  la  grand'chambre  k 
Toccasion  d*un  proems  qui  fit  sensation  dans  le  monde  des 
artistes.  Notre  sculpteur  avail  execute  a  Bisseaux,  dans 
la  Brie,  pour  M.  Duchemin,  tresorier  de  Mademoiselle, 
hull  bas-reliefs  et  des  figures  donl  le  prix  avail  ^te  fix^ 
d'avance.  Ce  Duchemin  elant  mort.  Van  Opstal  laissa, 
par  delicatesse  sans  doule,  s'ecouler  une  annee  avant  de 


(  342  ) 

r^lamer  le  payement  du  prix  de  ses  travaux.  La  veuve 
dii  defunt  refusa  d^effectuer  ce  payement,  en  opposant  au 
c^lebre  siatuairela  prescription  prononcee  par  la  coutame 
de  Paris  contre  Tartisan  qui  n'a  pas  fait  ies  diligences 
necessaires  pour  elre  rembourse  de  son  salaire  dans  le 
courant  de  Tannee.  On  comprend  quelle  fut  findignation 
de  Van  Opstal  en  voyant  sa  reclamation  accueillie  par 
une  lelle  fin  de  non-recevoir.  II  aurait  pu  faire  volon- 
tairement  Tabandon  de  cequi  lui  etait  dA;  mais  sa.dignit^ 
d*artisie  ne  lui  permetlait  pas  de  supporter  Taffront  qu'on 
pretendait  lui  infliger.  Un  proems  s'engagea.  M.  de  Lamoi- 
gnon-Basville,  fils  d'un  magistrat  illustre  et  plus  tard 
c^Iebre  lui-mSme  comme  inteodant  de  la  province  du 
Languedoc,  se  chargea  de  plaider  sa  cause.  Ce  fut  le  1"  de- 
cembre  1667  que  Taffaire  fut  appelee  a  la  grand'chambre 
et  que  M.  de  LamoignonBasville  pronon^a  son  plaidoyer. 
L'eloquent  avocat  prouva ,  le  texte  de  la  loi  a  la  main,  qu*il 
ne  s'agissait  dans  Tarlicle  dont  la  veuve  Ducbemin  recla- 
mait  le  benefice,  que  des  artisans  proprement  dits,  et 
non  des  hommes  de  merite  exer^ant  des  professions  libe- 
rates. II  demontra  qu'on  ne  pouvait  assimiler  la  peinturc 
et  la  sculpture  aux  arts  m^caniques  qui,  seuls,  tombaient 
sous  Tapplication  de  la  coutumede  Paris,  en  ce  qui  con- 
cernaitia  prescription  annale.  Les  jugesprononcerentuo 
arret  conforme  aux  conclusions  du  defenseur  de  Van 
Opstal.  Leur  sentence  causa  une  grande  joie  ^  TAcademie 
de  peinture  et  parmi  les  artistes  qui  faisaient  tous  du 
gain  de  ce  proems  une  question  de  dignite ,  disons  presque 
d'bonneur. 

L' Academic  fit  imprimer  a  ses  frais  le  discours  dans 
lequel  M.  de  Lamoignon-Basville  avait  si  eloquemment 
plaide  la  cause  des  beaux-arts  et  le  publia  sous  ce  litre  : 


(  343  ) 

PkUioyer  pour  Gerard  Van  Opstal ,  ncleur  de  l'Acad4mie 
di  peintute  ei  de  ictdpture,  sur  la  question :  Sites  arts  libe- 
nux  soni  sujeis  a  la  prescription  d'une  annee  portie  par  la 
^Wtume.  Paris  9  S^.  Cramoky,  1668 ,  ia-4^.  L'Academie 
fit  plas;  apres  avoir,  par  cette  publicaiion,  travaili^  li 
rebaiisser  sa  propre  gloire»  ellesoDgea  k  s'acquitter  envers 
SOD  digne  defenfieiir.  Elle  chargea  Girardon  de  faire  son 
buste  et  Philippe  de  Champagne  de  peindre  son  portrait. 
Le  jeaoe  avoc^t  refasa  ce  douBle  faonneor/  qifil  disaii 
n'avoir  pas  m^rite.  Ce  fut  en  vain  que  Le  Brun  y  qui  avait 
^te  charge  d'une  demarche  aupres  de  lui ,  s'effor^a  de  lever 
ses  scrupules.  Tout  ce  qu'il  put  obtenir,  fut  que  M.  de 
Basville  engagerait  sou  pere,  le  venerable  president  de 
Lainoignop,  k  perinettre  que  les  artistes  delegues  par 
TAcademie  executasseat  son  buste  et  son  portrait.  Cette 
seconde  negociation  eut  une  issue  favorable.  Girardon  et 
Pfailippe  de  Champagae  firent ,  l*un  et  Tautre,  un  chef- 
d'(»uyr0  :  «  On  voit  a  Courson»  chez  M.  de  Basville,  dit 
Tauteur  d*une  note  ins^ree  dans  les  Memoires  de  Trevottx, 
ces  monuments  de  Fhabilete  du  peintre  et  du  sculpteur , 
de  la  sage  reconnaissance  de  FAcademie,  de  la  modestie 
et  de  la  piet^  liliale  de  M.  de  Basville.  M.  Clement,  fameux 
par  tanl  de  devises  estim^es ,  fit  Tinscription  suivante  qui 
sa  lU  w-dessous  du  buste : 

Quod  arlU  immunitates  apud  amplissiimnn 
Qrdinem  patrocint'o  praeelare  deffenderit 
Grati  animi  monimentum  sibi  nuncupatum 
Optimo  parenti  eonsecrari  maliierit 

P4ct  <(  sculp.  Jead.  D.  D.  C. 

Giirard  Van  Opstal  ne  surv^cut  que  pen  de  mois  au 
gjsuu  44  pi^<3^  qui  ^yait  relev^  si)n  c^ractere  et  sa  prp- 

2™^  Sl^RlE ,  TOME  IV.  85 


[ 


(  544  ) 

fessioD.  II  mourut  en  1668,  dans  Texercice  des  fbnctioDs 
de  recteur  de  TAcad^mie  de  peintare  et  de  scuiptare,  aux- 
quelles  il  avail  ete  nomm^  a  plusieurs  reprises  durant  le 
cours  de  son  honorable  carriere.  II  laissait  trois  enfants^ 
deux  fils  et  une  fille.  De  ceux-lii,  Tun  etait  sculpteur, 
comme  on  Ta  vu  au  commencement  de  cette  notice,  et 
Tautre  banquier.  Sa  fille  etait  religieuse  dans  le  convent 
de  TAssomption.  Tons  trois  avaient  cesse  de  vivre  en  1692, 
lorsque  Guillet  de  Sain(*Georges  pronon^a,  au  sein  de 
TAcademie,  Teloge  de  Tartiste  anversois. 


Hoelandt  Savery,  notice  par  M.  Ed.  Fetis,  membre 

de  TAcademie 

N^  a  Courtrai,  en  1576,  Roelandt  Savery  eut  pour  pre- 
mier maitre  son  pere,  artiste  mediocre,  qui  luiappritii 
dessiner  et  k  peindre  les  animaux ,  la  seule  chose  qu*il  fit 
lui-meme  passablement.  LMleve,  done  d'heureuses  dispo- 
sions,  fut  bientot  plus  habile  que  le  maitre,  et  les  r61es 
auraient  pu  Stre  intervertis,  si  le  respect  filial  Tavait  per- 
mis.  Roelandt  travailla  seul  quelque  temps  et  parvint  k  une 
singuliere  verity  d'imitation  dans  le  rendu  des  animaux 
lerrestres,  des  oiseaux  et  des  poissons.  Plus  tard,  lorsqu'il 
eftt  ^tendu  la  sphere  des  applications  de  son  talent,  il  con- 
serva  une  certaine  predilection  pour  les  etudes  faitesdans 
la  premiere  periode  de  sa  carriere  et  traita  volontiers, 
comme  on  le  verra  plus  loin ,  les  sujets  od  il  pouvait  les 
uliliser. 

La  peinture  du  paysage  est  inseparable  de  celle  des  ani- 
maux. Cependant  Roelandt  Savery  n'avait  aucun  secours  a 


(  345  ) 

altendre  de  son  pere,  pour  le  gaider  dans  la  pratique  d*UD 
genre  dont  il  comprenait  toule  rimportance.  Son  fr^re 
aine,  Jacques  Savery,  qui  avail  ^ludiesous  la  direction  de 
Jean  Bol  et  qui  etail  devenu  assez  bon  paysagisle,  passa 
heureusement  quelque  temps  k  Courlrai,  dans  Tintervalle 
des  voyages  qu'il  avail entrepris.  Les  conseils  qu'il  en  re^ut 
hSil^rent  son  apprentissage.D^Argenville  inlerverlit  Tordre 
desfaits,  Iorsqu'irdit,en  parlantdenolre  artiste  :c  Jacques 
Savery,  son  frere  lui  apprit  le  paysage  en  quoi  il  excellait* 
surtoul  k  representor  des  vues  du  Nord,  des  ecueils/des 
rocbers  et  des  cbules  d^eau.  »  Ce  n'est  pas  de  son  frere  aine 
que  Roelandt  Savery  apprit  k  aimer  et  a  rendre  les  sites 
du  Nord.  Le  gout  lui  en  vint  spontan^ment,  ou  plutot  il  se 
d^veloppa  en  presence  de  la  nature  mSme,  lors  du  long 
sejour  qu'il  fit,  tant  dans  le  Tyrol  que  dans  la  Bob^me,  et 
dont  il  sera  parle  plus  loin.  Les  tableaux  qu*il  peignit 
avant  de  quitter  les  Pays-Bas  et  qui  portent  le  cacbet 
de  sa  premiere  maniere,  offrent  des  vues  peu  ^tendues  et 
peu  accidentees.  lis  sont  trait^s  avec  un  soin  minutieux 
qui  va  jusqu'a  la  secberesse.  Plus  lard,  ses  compositions 
devinrent  plus  pitloresques,  plus  mouvementees,  et  son 
execution  prit,  en  meme  temps,  plus  de  liberie.  Descamps 
commit  la  mSme  meprise  que  d*Argenville  :  «  Roelandt 
Savery,  dit-il,  aimait  beaucoup  les  vues  du  Nord,  des  ro- 
cbers qu'il  ornail  avec  des  sapins.  L'empereur  Rodolpbe 
le  prit  a  son  service  k  la  seule  inspection  d'un  de  ses  ta- 
bleaux, et  Tenvoya  dessiner  les  vues  singuli^res  du  Tyrol. » 
Nous  n'aurions  pas  re\e\6  ces  deux  erreurs,  peu  impor- 
tanles  en  elles-raSmes,  si  elles  ne  donnaient  pas  lieu  a 
une  fausse  interpretation  des  causes  qui  influerent  sur  la 
direction  des  iravaux  de  notre  artiste  et  sur  le  earactere 
do  son  talent. 


(546  ) 

D'cleve,  Rodandt  Savery  est  pass^  inailre«  La  ville  de 
Courlrai  ne  pouvait  pas  coaserver  longtemps  U0  arlisle 
de  son  merite.  II  prend  la  resolution,  non  pas  des'expa- 
trier,  mais  de  voyager,  dialler  chercher  a  Tetranger  des 
motifs  de  tableaux,  et  la  fortune,  si  elle  veut  bien  s'offrir 
a  lui.  Vers  quels  lieux  se  dirige-t-il  d'abord?  Vers  TAUe- 
magne  ou  vers  la  France?  Les  historiens  de  la  peintur^  ne 
sont  pas  d'accord  sur  ce  point;  mais  entre  leurs  all^a- 
tions  contraires,  il  est  facile  de  choisir  celle  qui  est  con- 
forme  a  la  verite. 

Plusieurs  biographes  disent  qu*en  quittant  la  Flandre, 
Savery  se  rendit  en  France,  oil  il  elait  desire  depuis  long- 
temps,  et  qu'il  fut  employe,  concurremment  avec  Jean  de 
Hoye  et  Ambroise  Dubois,  a  la  decoration  des  residences 
royales.  Nous  ferons  remarquer  d'abord  quie  Savery  ne 
pouvait  etre  desire  la  oil  il  n'etait  pas  cpnnu;  or,  il  ast 
certain  que  taut  qu'il  vecut  k  Courtrai,  sa  reputation  ne 
franchit  pas  les  limites  de  la  province  oji  il  avait  re(u  le 
jour.  En  second  lieu,  nous  dirona  qu'on  ne  trouve  aucune 
trace  de  ses  peiotures  ni  k  Paris,  ni  dans  les  residences 
princieres  qui  avoisinent  cettd.capitale.  S'il  avait  ete,  en 
effet,  employe  par  Henri  IV,  c'est  a  Fontainebleau  que 
seraienl  ou  qu'auraient  ete  ses  tableaux ,  avec  ceuxd*Am- 
broise  Dubois  et  de  Paul  Bril,  ses  compatriotes  anversois. 
II  n'est  fait  mention  de  ses  oeuvres  dans  aucune  des  des- 
criptions de  ce  chateau  magnifique,  od  le  fils  de  Jeanne 
d'Albret  continua  Toeuvre  commenceepar  Francois  I^. 

Felibien  cite  tous  les  peintres  qui  ont  travailie  poor 
Henri  IV,  et  Savery  ne  figure  point  parmi  eux.  Nulla  part 
ou  ne  rencontre  d'indication  formelle  de  commandes  que 
le  paysagiste  de  Courtrai  aurait  revues  du  roi  de  France 
et  auxquelles  il  aurait  satisfait.  Cependant  les  biograpfaes 


(  547  ) 

parleni  kpen  pr^s  unanimemenl  du  s^jour  qu'aurail  faitk 
Paris  Roelandt  Savery  en  qualitede  peintre  de  la  cour.  lis 
oe  varienl  que  sur  Tepoque  de  ce  sejour.  Les  uns  pre- 
tendent ,  comme  nous  Tavons  dit ,  que  notre  artiste  s*ar- 
reta  h  Paris  avant  dialler  en  Allemagne;  suivant  d'autres, 
ce  serait  seulement  apr^s  la  mort  de  Rodolphe  II,  qui  le 
retint  plusieurs  annees  k  son  service.  Tout  nous  porte  h 
croire  qu'aucune  de  ces  assertions  n*est  fondle,  et  que 
Roelandt  Savery  traversa  deux  fois ,  sans  s'y  arreter,  la 
capitale  de  la  France. 

Savery  n*ignorait  pas  que  plusieurs  artistes  flamands 
etaient  en  favour  k  la  cour  de  Rodolphe  II.  II  savait  que 
Earth.  Sprapger,  JEg.  Sadeler  et  Hoefnagel  avaient  trouvij 
dans  ce  prince  un  gdn^reux  protecteur.  Lorsqu*il  quitta  sft 
ville  natale,  ce  fut  avec  Tintention  dialler  directement  k 
Prague offrirses  services  h  TEmpereur.  Rodolphe  Taccueil- 
lit,  en  effet,  avec  bienveillance,  et  lui  assura  des avantages 
qui  lui  donn^rent  lieu  de  se  feliciter  de  la  resolution  qn'il 
avait  prise.  Rodolphe,  qui  aimait  k  s'en tourer  d'hommes 
distinguish  ^proufa,  de  son  cdt^,  une  grande  satisfactioii  k 
s'attacher  un  peintre  dont  le  talent  ^tait,  dans  Tapplication 
qu*il  en  faisait,  tout  k  fait  sup^rieur  pour  sot)  temps.  Uarl 
dn  paysage  n'avait  point  encore  pris  le  developpement 
que  lui  ont  donn^  les  maitres  auxquels  revient  Thonneitr 
d'avoif  su  observer  et  rend  re  les  grands  aspects  de  la  na* 
ture.  Quelques  artistes  flamands  et  italiens  venaient  senle^ 
roent  d'entrer  dans  cette  voie  nouvelle.  Presque  partdut, 
en  Allemagne  particuliirement,  on  en  ^ait  encore  i 
une  scrupuleuse  imitation  des  petits  details.  La  peinture 
k  rhuile  ne  s'^tait  pas  compl^tement  affranehie  de  la  tra- 
dition des  miniaturisteS)  en  ce  qui  concernait  du  moins 
la  raprodu^^iion  de  la  nature  inanim^e^  Savery,  q4i0iqn^ 


(  548  ) 

son  talent  se  f(kt  forrne  d'apres  les  principes  de  Tancienne 
^cole,  s'etait  cependant  modifle  instinctivement,  et ,  lors- 
qu'il  arriva  k  Prague,  il  elait en  avance  snr  les paysagistes 
allemands,  sous  le  rapport  du  gout,  aussi  bien  que  sous 
celui  de  la  pratique. 

Rodt>lpbe  II  avail  congu  ie  projet  de  faire  decorer  le 
palais  imperial  de  Prague  d*une  suite  de  tableaux  repre- 
sentant  des  vues  de  plusieurs  de  ses  provinces^dont  les 
sites  pittoresques  avaient  et^  jusqu*alors  negliges  des  ar- 
tistes. 11  chargea  Savery  d'ailer  dans  le  Tyrol  prendre, 
d*apres  nature,  des  etudes  destinees  a  servir  a  la  realisation 
de  ce  plan.  Notre  Flamand  passa  deux  ann^es  a  parcourir 
les  monlagnes  de  la  Suisse  allemande  dont  nul  pinceau 
D*avait,  avant  le  sien,  retrace  les  aspects  grandioses.  La 
nouveaute  de  ces  motifs  fortement  caracterises  seduisait 
son  imagination.  Cest  la  quMl  prit  le  gout  des  terrains 
accidentes,  des  chutes  d'eau  et  des  masses  de  rochers  cou- 
ronnees  de  pins  vigoureux,  que  des  biographes  ont  pre- 
tendu  lui  avoir  ete  communique  par  son  fr^re. 

Levesqne  apprecie  avec  justesse  Tinfluence  qu'exerce- 
rent  sur  le  talent  de  Savery  les  travaux  auxquels  ii  se  livra 
pendant  ces  deux  ann^s  pass^es  dans  la  solitude,  sans 
prtoecupatious  ^trang^res  au  but  de  la  mission  dont  Tavait 
charge  FEmpereur : «  Roelandl  Savery,  dit  le  critique  fran- 
(ais,  rassembla  dans  le  Tyrol  un  tr^sor  d*etudes  qui  fu- 
rent  employees  dans  les  ouvrages  de  toute  sa  vie ,  et  qui  les 
rendent  si  piquants.  On  reconnait  la  nature  dans  les  sites 
dont  il  a  fait  choix;  on  est  frapp^  des  formes  de  ses  arbres 
aussi  vieux  que  le  sol  qui  les  porte;  on  aime  k  le  snivre 
en  imagination  k  travers  les  rocbes  qu'il  a  si  bien  expri- 
m^es  et  d'oii  les  eaux  se  precipitent  en  superbes  cascades. 
Ses  paysages  sont  animus  par  des  figures  d*hommes  et 


(  349  ) 

d*animaux  touch^es  avec  espril;  ses  idees  sonl  grandes, 
parce  qu*elles  sont  fondees  sur  des  Eludes  faites  dans  an 
pays  oil  la  nature  a  de  la  grandeur;  ses  distributions  sont 
agreables ,  parce  qu'il  n*avait  que  la  peine  du  choix  dans 
Tabondante  riehesse  de  son  poriefeuille :  on  trouve  un 
grand  art  dans  ses  oppositions,  parce  qu*il  avait  bien  vu 
les  variet^s  de  la  nature.  Ses  ouvrages ,  traduils  par  la 
gravure  et  priv^s  des  seductions  de  la  couleur»  conservent 
un  grand  charme  et  prouvent  qu'avec  des  dispositions  na- 
turelles,  ie  paysagiste  sera  toujours  sur  de  plaire;  quand  il 
choisira  bien  le  tb^^tre  de  ses  etudes.  » 

Pendant  tout  le  reste  de  sa  carri^re,  Savery  se  ressentit 
heureusement,  en  effet,  des  efforts  qu'il  avait  faits  pour 
saisir  le  caract^re  des  paysages  du  Tyrol,  de  noanidrea 
pouvoir  les  reproduire  avec  une  verite  qu'il  mettait  a 
juste  titre  au  premier  rang  des  regies  de  Tart  de  peindrc. 
Ce  dont  on  est  surtout  frapp^,  k  faspect  des  tableaux  od  il 
a  represent^  les  sites  de  cette  belle  contree,  c'est  de  leur 
air  de  sincerity.  L'artiste  n'est  pas  prive  de  la  faculty  cr^a- 
trice;  il  Fa  prouv^  dans  les  sujets  ou  il  lui  ^tait  permis  de 
donner  carri^re  k  sa  fantaisie;  mais  il  comprend  quece 
serait  folie  de  vonloir  rien  ajouter  aux  beaut^s  d'une  na- 
ture qui  r^unit  tons  les  Elements  du  pittoresque,  et  il  se 
borne  k  joner  le  r61e  de  fiddle  interprete. 

De  retour  a  Prague,  Savery  mit  les  etudes  qu'il  avait 
recueillies,  sous  les  yeux  de  TEmpereur  dont  la  satisfac- 
tion se  traduisit  en  t^moignages  significatifs  par  lesquels 
le  peintre  fut  largement  pay^  des  peines  et  des  fatigues  de 
son  voyage.  Un  auteur  pretend  que  Rodolphe  II  se  prit 
d'une  telle  admiration  pour  les  dessins  du  paysagiste  fla- 
mand,  qu'il  voulut  les  garder  dans  son  cabinet,  et  que 
Savery  en tseulement  la  permission  de  les  copier,  lorsqu'il 


(  550) 

en  a?ait  besoin  pour  ses  tableaux.  II  y  a  lii  san$  donte  de 
rexag^ration.  Savery  conserva  sei$  desdins;  car,  idngtemps 
apres  avoir  quittc  rAllemagne,  il  peignait  des  vttes  du 
Tyrol  pour  lesquelles  il  ne  cessait  de  recourir  aux  Etudes 
qu'il  avait  failes  d'apres  nature. 

Roelandt  Savery  ex^cuta  pour  la  galerie  de  Prague  una 
s^rie  de  paysages  dont  TEmpereur  avait  lut-m6ine  cboisi 
les  motifs  parmi  les  nombreuses  esquisses  rapportees  par 
notre  artiste  de  son  voyage  dans  les  montagnes  du  Tyrol 
et  de  ses  excursions  dans  la  Boheme.  Rodolpbe  II  sou-^ 
haita  que  la  plupart  de  ces  peintures,  qu'il  affectionnaiti 
fussent  reproduites  par  la  gravure.  Un  burin  aussi  habile 
que  d^vou^  ^tait  toujours  prSt  k  obtemp^rer  aux  desirs  da 
TEmpereur.  C^tait  ceiui  d'^Eg.  Sadeler.  Non-seulenoenl 
le  graveur  anversois  etait  ^  la  tSte  des  arlistes  de  son 
temps,  mais  il  avait  k  un  haut  degr^  le  sjentimenl  de  la 
couleur  flamande  et  nul  ne  pouvait^  mieux  que  lui ,  rendre$ 
dans  une  estampe,  Teffet  d*un  tableau  peint  par  un  maitre 
de  noire  6cole. 

F^Iibien »  en  parlant  de  Roelandt  Savery  dans  ses  En* 
tretiens,  s'exprime  ainsi :  «  Comme  les  peintres  flamands 
avoient  toujours  eu  une  inclinaison  naturelle  ii  beau- 
coup  finir  leurs  paysages,  ceux  particuli^rement  qui  tra« 
vailloient  en  Flandre  gardoient  leur  aneienne  mani^re  el 
imitoient  plutdt  les  tableaux  de  Breughel  et  de  Matthieu 
et  Paul  Bril,  que  non  pas  ceux  des  peintres  d'ltalie.  Ro6« 
landt  Savery  estoit  un  de  ceux  qui  estoient  alors  assez  en 
vogue,  et  sa  mani^re  est  finie,  mais  s^che*  Toutefois^ 
cqmme  dans  les  choses  qui  sont  finies  on  d^couvre  pin- 
sieurs  parties  que  ToBil  regarde  avec  plaisir,  ses  tableaux 
ont  toujours  dte  assez  recherches,  principalement  par 
ceux  qui  se  contenlent  d*une  expression  simple  et  nata- 


" 


(  581  ) 

n\U)  el  qui  oe  diseerneBt  pas  ce  que  TdPl  e^^ul^  aveC 
le  plus  d'excelleuce^  > 

Si  Felibieo  avail  vu  plus  de  tableaux  d^  Savery  qu'il  n^eut 
sans  doute  roccasiou  d'en  voir  eu  Frauce,  et  s'il  les  avait 
examines  avec  soin »  il  les  aurait  jug^s  autrement.  Bien 
que  tres-finie,  la  peinture  de  notre  artiste  ^tait  exempte 
de  secberesse.  Dire  que  ses  paysages  plaisent  h  ceux  qui 
se  eontentent  d'une  expression  simple  et  naturelle,  c'est 
en  faire  un  grand  ^loge,  a  ce  qu'il  nous  semble^  et  lei 
amateurs  qui  se  laissent  seduire  par  Tattrait  d'une  quality 
aussi  essentielle^  ne  font  certes  pas  preuve  de  mauVais 
goilit<  Tout  en  apportant  un  soiti  minutieux  a  rexedution 
des  d^tails^  Savery  ne  n^jgeait  pas  les  masses,  les  grand! 
effets  d'ensemble.  II  se  distinguait  en  cela  de  la  plupart 
des  peintres  qui  terminent  leurs  ouvrages  avee  excdsi 
el  qui  tombent  presque  infailliblement  dans  la  s^cberessti 
Quelque  d^licatesse  de  pinceau  que  Savery  ait  deploy^ 
dans  ses  vues  du  Tyrol  et  de  la  Boheme^  celles-qi  o^eo 
ont  pas  moins  conserve  le  caract^re  de  s^v^rit^  et  d^ 
grandeur  qui  leur  est  propre.  Gette  remarque  est  impor* 
tante  k  faire.  Que  les  paysages  de  Roelandt  Savery  n*aient 
ni  Tampleur  du  style,  ni  la  mani^re  libre  el  bardie,  ni 
le  sentiment  des  beaut^s  pittoresques  de  la  nature  dont 
les  productions  des  grands  maltres  du  XYII""*  si^cle  ont 
offerl  Tensemble  parfait,  cela  est  incantestable;  mais  nous 
avons  d^jk  fait  observer,  dans  des  notices  pr^c^entes^ 
qu*on  ne  pent  juger  les  artistes  d*une  maniere  absolae,  et 
que,  pour  4tre  juste  k  leur  ^gard,  il  faut  tenir  compte  de 
r^lat  du  goftt  k  Fepoque  oil  ils  ont  v6cu.  On  n*est  pas  fond4 
Si  bl&mer  un  bomme  de  n'avoir  point  devanc^  son  si^c)e. 
Avant  de  reprocher  k  Savery  certaines  imperfections  qui, 
nous  n'en  disconvenons  pas^  d^parent  ses  ouvrages,  il  est 


(  552  ) 

bon  d'examiner  ce  qu*OD  faisait  avant  lui,k  quels  paysagistes 
il  succ^dait,  quelles  traditions  il  reeevait  de  ses  pr^d^ces- 
seors.  La  critique,  qui  ne  s'appuie  pas  sur  Tbistoire  chro- 
nologique  de  Tart ,  s'expose  a  manquer  de  justesse  daos  ses 
appreciations  et  de  justice  dans  ses  arrets.  On  signaie,  non 
sans  raison,  Tabus  des  tons  bleus  qu'a  fait  le  peintre  de 
Courtrai  dans  les  fonds  de  ses  tableaux,  comme  un  d^faut 
que  I'action  du  temps  a  encore  empire;  mais  ce  d^faut  est 
^galement  celui  de  Paul  Bril,  de  Breughel  et  du  plus  grand 
nombre  des  peintres  decette  epoque. 

Savery  avait  conserve  de  ses  premieres  etudes  une 
grande  predilection  pour  les  animaux  qa*il  traitait ,  d'aiU 
leurs,  avec  une  habilete  rare,  et  le  desir  de  briller  dans 
un  genre  ou  il  sentait  sa  sup^riorite,  lui  fit  souvent  mul- 
tiplier outre  mesure  ces  accessoires  du  paysage,  devenus 
pour  lui  Tobjet  principal.  II  avait  beau  choisir  des  sujets 
qui  pouvaient,  jusqu'k  un  certain  point,  motiver  la  reu* 
nion  d'un  nombre  considerable  d'animaux  diff^renls  dans 
un  petit  espace,  il  n'en  a  pas  moins  peche  centre  leslois 
du  gout ,  en  m6me  temps  que  contre  celles  de  Tordon- 
nancepittoresque. 

LorsquUI  se  sentait  en  veine  de  peinture  zoologique,  s*il 
nous  est  permis  d'employercette expression,  Savery  com- 
posait  une  Creation  du  monde,  ou  No^  rassemblant  les 
animaux  pour  les  introduire  dans  Tarcbe,  ou  bien  Adam 
et  £ve  dans  le  paradis  terrestre,  ou  bien  encore,  avec  une 
predilection  toute  particuli^re ,  Orph^e  attirant  les  ani- 
maux par  les  sons  de  sa  lyre.  Plusieurs  fois  il  a  traite  ce 
sujet  favori ;  mais  avec  des  changeraents  qui  font  qu'on  ne 
pent  consid^rer  ses  tableaux  comme  des  repetitions. 

Quand  Savery  ne  s'abandonnait  pas  a  son  penchant  pour 
les  scenes  oii  se  groupaient  plus  ou  moins  naturellement 


(  353  ) 

tons  les  etres  du  moude  anim£,  il  composait  ^  merveille  et 
se  montrait  sobre  d*accessoires.  S'il  ne  se  bornait  pas  k  re- 
produire  exactement  le  site  qu*il  avait  eu  sons  lesyeux,  il 
avait  soin  que  le  sujet  fut  en  rapport  avec  Taspectdu  paysage 
dans  lequel  il  s'encadrait.  Pour  n'en  citer  qu'un  exeraple, 
une  des  vues  qu'il  avait  prises  dans  le  Tyrol  reportant ,  par 
la  severite  du  caractere,  sa  pensee  vers  les  temps  bibli- 
ques,  il  y  place  Tepisode  de  la  vie  de  Jesus-Christ  od  le 
(ils  de  Dieu  est  tent^  par  le  demon.  II  lui  arrive  rarement, 
du  reste,  de  faire  des  excursions  dans  le  domaine  de  This- 
toire  sacree  ou  profane.  Le  plus  souvent  il  se  renTerme  dans 
la  sphere  du  paysage  rustique.  II  nous  montre  des  paysans 
attables  devant  un  cabaret,  une  haite  de  bohemiens,  des 
bergers  conduisant  leurs  troupeaux,  des  chasseurs  dans 
une  epaisse  foret,  un  voyageur  se  reposant  prfes  d'un  Edi- 
fice en  mine.  Pen  de  paysagistes  ont  montre  un  sentiment 
plus  vrai  de  la  nature  que  Savery.  On  ne  lui  rend  pas  assez 
justice  sous  ce  rapport.  Les  biographes  et  les  critiques 
citent  g^neralement,  comme  ^tant  les  pieces  capitales  de 
son  oeuvre,  celles  oh  il  a  complaisamment  accumule  des 
specimen  de  son  talent  de  peintre  d'animaux.  Or ,  les  ta- 
bleaux appartenant  k  cette  categoriesont  pr^cis^ment  ceux 
oil,  suivant  nous,  on  le  juge  le  moitis  favorablement.  Cest 
dans  ses  vues  pitloresques  du  Tyrol  que  se  r^v^lent  les 
quaiites  qui  lui  assignent  un  rang  vraiment  eleve  parmi 
les  peintres  de  son  temps. 

Roelandt  Savery  continua  de  resider  et  de  travailler  a 
Prague  jusqu'Jt  la  mort  de  RodolphelK  Lorsqu'il  eut  perdu 
ce  gen^reux  protecteur,  il  prit  la  resolution  de  quitter 
I'Allemagne.  Une  inscription  placee  sous  son  portrait  par 
Gertrude  Rogman  dit,  a  la  verity,  que  notre  artiste  fut 
peintre  des  empereurs  Rodolphe  et  Mathias;  maiscela  ne 


(  3S4  ) 
sigDifie  pas  qu'il  soil  rest^  attache  k  la  p'ersonoe  de  ee 
dernier  souverain*  Le  titre  qu'il  avail  conserve  ^tait  pure* 
ment  honorifique.  En  quittant  la  cour  de  Prague,  apr^  la 
mort  de  Rodolphe,  il  s*engagea  seulement  k  peindre  pour 
son  successeur  des  tableaux  qu'il  lui  f'erait  parvenir  du 
lieu  oil  il  allait  se  retirer  etqui,  peut-etre,  n'elait  pas  en- 
core fixe.  II  tint  parole,  ainsi  qu'on  peul  le  voir  par  la 
date  d'une  de  ses  peinlures  qui  se  trouvent  dans  la  galerie 
de  Yienne,  et  qui  est  post^rieure  de  plusieursann^es  k  la 
mort  de  Rodolphe. 

Nous  avons  dil  queRoeiaodt  Savery  n'etait  pas,  comme 
Tont  affirm^  certains  biographes,  entre  au  service  du  roi 
de  France,  lors  de  Tav^nement  de  Mathias  k  )*Cmpire, 
nous  fondant,  pour  d^naenlir  ce  fait,  sur  oe  qu'aucune 
peinture  de  notre  artiste  ne  se  trouve  dans  les  residences 
souveraines  de  Paris  oa  de  ses  environs.  G*est  vers  Utrecht 
que  Savery  se  dirigea;  c*est  dans  ceite  ville  hollandaise 
qu'il  fixa  pour  toujours  sa  residence.  On  s'etonnera,  sana 
doute,  qu'il  ne  soit  pas  rentre  dans  sa  patrie.  II  est  vrai- 
semblable  que  n*ayant  plus  de  parents  k  Courtrai,  il  d^sira 
se  rapprocher  du  seul  membre  survivant  de  sa  famillei  de 
son  neveu  Jean  Savery,  ainsi  que  lui  peintre  de  paysages, 
etabli  depuis  de  longues  annees  en  Hollande. 

A  dater  de  ce  moment ,  la  carri^re  de  Roelandt  Savery 
ne  pr^sente  plus  aucune  parlicularite  dont  le  biographe 
puisse  faire  son  profit.  Plus  de  voyages,  plus  d'incidenls 
impr^vus,  plus  mSme  d'emotions  pour  Tartiste  qui  s'est 
r^ign^  au  calme  monotone  de  la  vie  hollandaise.  L*em* 
ploi  de  son  temps  est  r^l^  avec  une  parfaite  uniformite. 
Chaque  jour  ram^ne  les  occupations  et  les  d^lassements 
de  la  veille.  Les  ^crivains  contemporains  les  mieux  rea- 
seign^  se  borneat  k  nous  ap^^rendre  qu*il  passait  les  ma* 


(  5SS  ) 

(inees  a  peiudre  en  compa'gnia  de  soa  aevien,  av«e  leqitel 
ii  habiliait,  el  les  apres-dioees  a  se  divertir  avee  sesamis. 
Suivant  un  naifauteur,  il  se  livrait  volooiiers  k  h  }oie  qu'il 
eroyait  neeessaire  a  une  pr^fessioa  pour  laqueile  il  faut  un 
esprit  gai  el  independant.  Viagt-sept  aonees  s'i^eoulereiil; 
ai&si.  Dansce  laps  de  temps,  Savory  peigoit  un  ai^iBbfede 
tableaux  qu^on  peut  dire  considerable,  si  I'on  tienteoiapte 
du  fini  extreme  qu'il  donnait  a  chaeua  d'eux.  Ses  ceuvres 
n'etaient  pas  moim  recberch^es  en  Hollande  qu'an  AUe»- 
magne.  La  nature  qu'il  avait  sous  les  yeus  ne  lui  inspira 
pas  le  desir  de  faire  de  nouvelles  etudes.  U  resta  fideie  k 
sas  ai;tes  du  Tyrol  et  de  la  Bobeme  qu'il  contiaua  a  repro- 
iluire  au  moyeu  des  (Etudes  dont  il  avails  atnsi  ^(a'on  Vsl 
Tu,  rapporte  de  Prague  des  portofeuiUes  abdodammant 
garnis.  La  mort  Tenieva  en  1659  a  Tart  qu'il  culUvait  >en- 
eore  avec  toute  la  plenitude  de  ses  £acultes. 

Voici  la  liste  des  tableaux  de  Roelandt  Savery  quj  se 
trouvent  dans  les  principales  collections  de  TEurope  : 

Musiede  Vienne^. — l°Paysage  anim^.par  un  grand  nnm- 
bre  d'animaux terrestres,  d*oiseaux  et  de poissons.  Vers  le 
fond,  un  rocher  surmonie  d'une  tour  et  plu^loin  uae  irue 
de  ville.  Tableau  sur  cuivre  signe  :  Boelandt  Savery  fe. 
1628. 

S""  La  lisiere  d'une  foret ,  de  laquelle  sort  uo  ruisseau;  k 
droite  une  ville  en  per€y[)ective  et  une  montagne  couronn^ 
par  un  vi^x  cblteau.  Sur  bois. 

S*"  Une  contree  montueuse  inculte  au  milieu  de  laqu6)le 
eouie  on  torrent.  Sur  le  devant,  Ji^sus  tente  par  Satan. 
Sur  bois. 

Ai"  Tableau  defleurs :  un  bouquet  dans  un  vase  de  lerre 
bleue.  Sur  bois. 

^0  For4t  avec  une  perspective  ouverte  4ur  une  eampa- 


(  356  ) 

gne  bornee  par  uae  vue  de  ville.  Sur  le  devant  un  bu- 
cheron  s'entretenant  avec  deux  paysannes.  Tableau  sur 
cuivre  signe :  R.  Savery  1609. 

&  Vue  prise  dans  le  Tyrol.  Contree  accidentee.  A 
gauche  uue  foret  d'od  s'elanee  un  lorrent  et  d'ou  sortent 
des  voyageurs.  A  droite  une  vallee  s*etendant  vers  le  fond. 
Tableau  sur  cuivre  signe  :  B.  Savery  fe.  1608, 

V  Paysage  ou  son!  de  nombreux  animaux.  On  voil, 
au  second  plan,  Orph^e  jouant  de  la  lyre  et  assis  au  pied 
d'une  tour  d'ou  les  femmes  de  la  Thrace  sortent  et  se  jettenl 
sur  lui  avec  fureur. 

S""  Contree  sauvage  avec  des  rochers  et  un  pont  jete  sur 
un  torrent.  Au  premier  plan  sont  des  charpentiers  k  leur 
travail.  Tableau  sur  cuivre ,  signe  :  A.  Savery  1610. 

9**  Orphee,  ayant  p^netre  jusqu'au  tr6ne  de  Pluton, 
dans  le  Tartare ,  cherche  a  toucher  le  souverain  du  sombre 
empire  par  la  puissance  des  accents  de  sa  lyre ,  afln  qu'il 
lui  rende  sa  femme  Euridice. 

Musee  de  Dre$de.  —  l""  Un  chasseur  poursuivant  un  san- 
glier. 

2**  Paysage»avec  des  animaux  de  toute  espece. 

Z''  Noe  s'appretant  k  faire  entrer  dans  Farche  les  ani- 
maux qu'il  a  rassembl^s  par  Tordre  du  Seigneur. 

4®  Des  animaux  sauvages  dans  un  site  piltoresque. 

5^  Paysage  convert  d'edifices  en  ruine. 

6""  Un  torrent  coulant  entre  des  rochers  surmont^  de 
sapins. 

T*  Une  foret  ou  Ton  voit  une  bande  de  brigands  pres 
du  cadavre  d'un  homme  assassin^.  Ce  dernier  tableau  est 
attribue,  arbitrairement  peut-etre,  a  Savery  qui  n'agu^re 
traite  de  sujets  de  celte  nature. 

Musde  de  Berlin. —  1*  Adam  recevant  d'£ve  le  fruit  de- 


(357) 

fenda ,  au  miliea  d*un  paysage  boise »  avec  une  perspective 
ouverte  sar  une  vasle  plaine.  On  voit  au  premier  plan  un 
grand  nombre  d'animaux.  Tableau  sur  bois,  sign^  :  Roe" 
landl  Savery  fe,  1626. 

^"^  Int^rieur  de  foret.  A  droite  une  mare  d'eau  pr^s  de 
iaquelle  est  un  cerf.  Loinlains  montagneux  traverses  par 
une  riviere.  Au  premier  plan,  des  Bob^miens  aulour  d*une 
chaudi^re  ou  ils  preparent  leur  repas.  Tableau  sur  cnivre. 

3*^  Un  perroquet  vert,  deux  grenouilles  el  une  6cre- 
visse,  dans  un  paysage.  Tableau  sur  bois,  signe  :  Roelandi 
Savery  46... 

Musie  de  Brunswick.  —  l"^  Paysage  avec  animaux.  A 
droite,  une  fontaine  avec  des  mines;  pres  de  lii,  un  cerf  et 
des  iaureaux  qui  se  battent.  Au  premier  plan,  des  animaux 
prto  d'un  torrent.  A  droite,  sur  une  ibasse  imposante  de 
rochers,  des  edifices  entoures  de  grands  arbres.  Tableau 
sur  bois,  signe :  Roelandt  Savery  4625. 

S""  Paysage  ou  coule  un  ruisseau  enlre  des  bouquets 
d*arbres;  k  droite  des  vacbes;  deux  cerfs  sur  le  haul  d*un 
rpcher;  ca  et  la  de  nombreux  oiseaux.  Sign^  :  Roelandt 
Savery  4626. 

Mmee  de  la  Haye.  —  Orph^e  attirant  les  oiseaux  aux 
sons  de  sa  lyre. 

Le  musee  du  Louvre  n*a  de  Roelandt  Savery  qu*un 
dessin  au  lavis. 

Le  D'  Waagen  cile  les  deux  tableaux  suivants  de  Sa- 
very comme  se  trouvant  en  Angleterre : 

i""  Dans  la  collection  du  due  de  Marlborough  a  Blen- 
heim :  Orphee  atliranl  les  animaux,  sujel  souvent  r^p^t^ 
par  Tartisle,  ainsi  qu'on  Ta  vu.  Ce  charmant  tableau  etait 
designe  comme  etanl  d'un  peintre  inconnu,  quand  M. 
Waagen  le  vit  el  en  indiqua  Tauleur; 


(  338  ) 

3^  Sidim  k  Fi42william  Museoai  (uoivemle  de  Cam-' 
bridge) ,  uae  for^t  qu*ua  booime  eX  \$n%  femme  iFaveFseal 
ik  jetiev^l.  Morceau  de  la  meilleure  epoqua  du  maiir^, 
d'apr^s  une  note  de  M.  Waagen. 

Boelaadi  Sa^ery  paraU  s'etre  essay^  daaa  la  gravure  h 
Teau-forte.  Hu))er  cite,  comme  lui  etant  atlriboe,  da&s  le 
catalogue  de  la  collection  Winckler :  c  Ud  paysage }>oucbe 
»  ou  Toa  voU,  &iir  la  droile ,  uo  chevrier  eodoi'mi.  t  Ceat, 
dit-il>  une  piece  rare.  Uae  seconde  esiampe  de  Savary  est 
peoUoonee  {lar  M.  Nagler.  Cesi  ud  pay^e  boise  au  pre- 
mier plan  duquel  se  dresse  ud  grand  arbre.  Au  foad,  ^a 
poDt  de  boisjele  sur  une  riviere;  sur  une  Foute,  deux 
boinines  et  yne  feoime  avec  un  enfant.  Qn  conoaitdeux 
4t^ts  de  C6tte  piece  rare  et  pr^cieuse.  Dans  Tepreuve  .de  la 
cpUec^lipn  d'Aretin  decri^e  par  Srultiot,  elle  eat  sans 
1)00),  tfindis  que  celle  de  la  collecliou  Sternberg,  porle 
la  marque  R.  Sav.  S. 

On  a  de  plusieurs  grave^rs  des  e^(ampes  d'aprea  ^i&e- 
lapdt  Savery.  I^a  piece  capitale  de  Toeuvre  du  maf tre ,  $ou$ 
1$  rapport  de  |a  dimension,  aussi  bien  que  pour  la  rarete, 
est  un  saint  Jerome  grave  par  Isaac  Major ,  artiste  alle- 
ip^nd  Qniierement  forme  a  T^cole  de  deux  de  nos  maitres, 
^leve  de  Savery  pour  la  peioture,  et  d'iEg.  Sadeler  pour 
Ig  gravure.  Cest  un  des  plus  grands  paysages  qui  aieot 
et6  graves  au  burin.  Le  sujet  qui  s'y  encadre  est  saint  J^- 
rQme  dans  uqe  grotte.  Le  site  offre  des  accidents  de  ter- 
rains tr^-varies,  et  deroule  sous  les  yeux  du  speciatanr 
que  perspective  d'une  vaste  etendue. 

JE%.  Sadeler  a  grave  d'apres  Savery  plusieurs  suites  de 
vues  du  Tyrol  et  de  la  Bohepoie.  L'habile  artiste  y  a  mis 
toute  la  finesse  et  lout  Tesprit  de  son  burin.  Ce  sont  de 
charmantes  estampes  dpnt  Texamen  ^Sit  |)our  apprepdre 


(  359  ) 

jkceuxqui  n'oiit  pas  sou^  les  yeux  des  tableaux  du  peintre 
de  Courtrai,  de  quel  sentiment  de  la  nature  et  de  quelle 
entente  du  pittoresque  il  etait  dou^. 

On  a  egalement  d'apres  Savery  des  estampes  de  Made- 
leine de  Passe,  de  M.  C.  Prestel,  de  J.  Balzer  et  Rob. 
Vander  Voerst. 

Le  portrait  de  Roelandt  Savery  a  ele  grave  par  Gertrude 
Rogman,  par  J.  Meyssens  d'apres  Ad.  Willaerts,  II  a  6te 
reproduit  en  petit  dans  les  planches  qui  accompagnent  les 
biographies  d'Houbracken ,  de  Gampo  Weyerman  et  de 
Descamps. 


OUVRAGES  PRfiSENTlfiS. 


Compte  rendu  des  stances  de  la  Commission  royale  d'hisioire , 
ou  recueil  de  ses  Bulletins.  II"**  s^rie.  Tome  X"*%  2"®  Bulletin. 
Bruxel les,  1858;  1  broch.  in-8°. 

Bulletin  de  la  Commission  centrale  de  statistique  du  royaume 
de  Belgique.  Tome  VII.  Bruxelle's,  1857;  i  vol.  in-4°. 

On  a  new  genus  of  Crinoides,  discovered  in  the  mountain 
Limestone  of  Swaledale ^  Yorkshire;  by  Edw.Wood;  with  a  des- 
cription of  the  genus,  by  prof.  De  Koninck.  Londres,  1858; 
i  broch.  in-8**. 

Georgia:  paysanneries  par  M.  Ad.  Mathieu.  3"*"  Edition. 
Bruxelles,  i858;  1  broch.  in-12. 

Vie  de  Marnix  de  Sainte-Aldegonde;  par  M.  Theodore  Juste. 
Bruxelles-Paris,  1858;  1  vol.  in-8^ 

Catalogue  giniral  des  bibliothiques  du  ministere  des  finances. 
Premiere  publication.  Bruxelles ,  1 858 ;  4  vol.  in-8^ 

2™*  SlfiRIE ,  TOME  IV.  24 


(360  ) 

5""*  Rapport  et  documents  officieli  relalifs  d  Vinoculation  de 
la  pleuropneumonie  exsudative,  d'apris  le  procedi  de  M.  It  doe- 
teur  Willems.  Bruxelles,  1858;  i  broch.  in-8**. 

La  m^taphysique  et  les  matMrnatiques;  r^poDse  k  M.  Lamarle, 
par  M.  Fabb^  A.  Lecomte.  Bruxelles,  i858;  i  broch.  in-8^ 

Histoire  des  gardes  wallones  au  service  de  VEspagne;  par  le 
colonel  Guillaume.  Bruxelles,  1858;  1  vol.  iD-8^ 

Les  illustrations  militaires  du  Hainaut;  par  M.  H.  Rousselle. 
Mons,  1858;  1  broch.  in-8^ 

Pasquie  critique  et  calotenne  s6t  les  affaires  de  V  medi^ne, 
A  Vis6;  1  broch.  in-8^ 

— Notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Guillaume  KerssAoom  ; 
par  M.  Heuschling.  Bruxelles,  1857;  1  broch.  in-8^ 

Mceurs  et  usages  des  corporations  des  metiers  de  In  Belgique 
et  du  nord  de  la  France:  par  M.  F^lix  de  Yigne.  Gand,  1857; 
1  vol.  in-8». 

Etudes  et  recherches  sur  la  thiorie  et  Hhistoire  du  chant  grS- 
gorien,  —  IL  Tonalild  ginirale;  par  MM.  Fraselle  et  Germain. 
Namur,  1858;  1  vol.  in-8«. 

w 

Etudes  sur  la  nicessiti  dintroduire  le  chant  densemble  dans 
les  Scales  primaires  de  la  Belgique;  par  £douard  Gregoir.  Anvers , 
1858;  1  broch.  in- 12. 

Essai  de  tablettes  liigeoises;  par  M.  Alb.  d*Otreppe  de  Ecu- 
vetle.  23«*«  liv.  Li^ge,  1858;  1  broch.  in-12. 

Annuaire  de  la  Soditi  litre  Simulation  de  Liige,  pour  Fann^ 
1858.  Li^ge;  1  vol.  petit  in-8^ 

Annates  de  Henseignement  public:  directeur  M.  BMe.  Tome  II, 
n"*  i  h^.  Verviers,  1858,  3  broch.  in-8^ 

Archives  beiges  de  medecine  militaire.  Tome  XXI,  I*'  ^  3"*  ca- 
hiers.  Bruxelles,  1858;  1  broch,  in-8^ 

Journal  de  pharmade.  XIV"**  ann^.  Janvier  k  mars  1858, 
Anvers,  3  broch.  in-8^ 

Annates  de  la  SociUi  de  nMecine  d*Anvers,  XIX°**  ann^. 
Janvier  et  f^vrier.  An  vers,  1858;  1  broch.  iii-8*. 


I 


(  561  ) 

Journal  de  I'imprimerie  et  de  la  librairie  en  Belgique.  V"*  an- 
D^e,  D<»  i  h  3.  Bruxelles,  1858;  3  broch.  iD-8°. 

Annates  academici.  1853-1854.  Leide,  1857;  1  vol.  in-4*. 

Levensberigt  van  J.'L.-W*  baron  de  Geer  van  Jutphaas,  over- 
leden  den  3  noveniber  48S7  te  Utrecht.  Utrecht,  1858;  i  brach. 

Magnetische  waamemingen  aan  den  Helder,  in  verband  met 
de  aardbeviog  van  17  decembre  1857.  1858;  1  broch.  in-12. 

LInvestigateur,  journal  de  I'institut  historique.  XXIV™*  an- 
n^e.278">'et  279'»Miv.  Paris,  1858;  1  broch.  in-8°. 

Essai  Bur  les  ouragans  et  les  tempites;  par  M.  Lartigue.  Paris, 
1858;  1  broch.  in-8^ 

Utility  et  rihabilitation  du  moineau;  par  Victor  Chatel.  Paris, 
1858;  1  broch.  in-80. 

Programme  de  la  XXV^  session  du  Congris  scientifique  de 
France,  qui  sera  tenue  d  Auxerre  le  2  septembre  4858.  Auxerre, 
1858;  1  broch.  in-4^ 

Bulletin  de  la  SociM  des  antiquaires  de  Picardie.  Aun^e  1 858, 
n*  1.  Amiens,  1858;  1  broch.  in-8^ 

M^oires  de  la  Sociiti  aeademique  de Maine^t-Loire.  2°** vol. 
Angers,  1858;  1  vol.  in-8^ 

Bulletin  de  la  Sociiti  industrielle  d' Angers,  XXXVIU*"'  ann6e. 
Angers,  1857;  1  vol.  in-8^ 

Recueil  des  actes  de  VAcad^ie  impMale  des  sciences,  belles- 
leltres  et  arts  de  Bordeaux,  XIX"*  ann^.  !•'  et  ^^^  trimestres. 
Bordeaux,  1857;  1  broch.  in-8"- 

Mimoires  de  la  SociiU  impiriale  des  sciences  naturelles  de 
Cherbourg.  Tome  iV.  Paris-Cherbourg,  1856;  1  vol.  in-8^ 

Archives  de  I'agriculture  du  nord  de  la  France ;  publi^es  par 
le  comice  agricole  de  Lille.  Tome  I®^  n^*  i  et  2.  Lille,  1857; 
1  broch.  in-8^* 

Revue,  agricole,  industrielle  et  litt^aire  de  I'arrondissement 
de  YaleneienneSt  IX"'  ann^e,  n~  5^  8.  Valenciennes,  1857-1858; 
4  broch.  in-8^ 


(  362  ) 

Mimoires  de  I'Jnstitui  national  gdnevois.  Tome  IV^.  Geneve , 
4857;  1  vol  in-i^. 

Novus  codex  Brandenburgensis.  Vi  Band ,  ^^  Haupttheiles ; 
XIV,  P«»  Haupttheiles.  Berlin ,  1857 ;  2  vol.  in-4^ 

Zeitschrift  far  die  Gesammten  Naturwissenschaften ;  Her- 
ausgegeben  von  dem  Naturv^.  Vereine  fiir  Saebsen  u  Tbunngea 
in  Halle.  Jabrgang  1857.  VII  Band.  Berlin,  1857;  i  vol.  in-8^ 

Verhandlungen  des  naturhistorisch-medizinischen  Yereins  zu 
Heidelberg.  N<-  III  el  IV.  Heidelberg,  1857;  2  broch.  in-8«. 

Wiirtteinhergische  naturwissenscliaftliche  Jahreshefte.  XllI"***^ 
Jabrgang,  3*«*  Heft.  Stuttgart,  1857;  1  brocb.  in.8^ 

Ansprache  gehalten  in  der  ersten  Jahresversammlung  der  K,K, 
geographischen  Gesellschaft  in  Wien  am  3  november  4857;  von 
W.  Haidinger.  Vienne,  i857;  i  brocb.  in-8^ 

Beitrdge  zur  gerichtlichen  Medizin,  Toxikologie  und  Phar- 
makodynamik;  von  Eugen  Pelikan.  Wurzbourg,  1858;  1  vol. 
in-8^ 

Discussion  i  del  nortke  medicinske  Selskab  i  Chrisiiania  nn- 
gaaende  Syphilisationen.  Cbristiania,  1857;  1  brocb.  in-8^ 

Rendiconti  delle  Adunanze  delta  r.  academia  economc(Hiigra- 
ria  dei  GeorgofiU  di  Firenze.  Triennio  111.  Anno  2.  Janvier  h 
mars.  Florence,  1858;  3  brocb.  in-8^ 

Atti  dell*  imp,  reg.  Islituto  Veneto  di  sdenze,  leltere  ed  arti. 
Tomo  lll^  serie  3°,  disp.  3.  Venise,  1867-58;  1  brocb.  in-8^ 

Gli  inquisitori  di  stato  di  Venezia;  di  S.  Romanin.  Venise , 
1858;1  brocb.  in-8^ 

Observaciones  actinometricas  venficadas  en  Madrid  con  mo- 
tivo  del  eclipse  de  sol  de  marzo  de  1858;  por  don  Manuel  Rico  y 
Sinobas.  Madrid,  1858;  1  brocb.  in-4^ 

Linnean  Society  of  London  :  —  Transactions.  Vol.  XXII. 
Part  tbe  second.  1  cabier  in-4^;  —  Journal  of  the  Proceedings : 
botany,  n<»»  4  ^6;  zoology,  n"  -4  ^  6.  6  brocb.  in-8*^;  —  List. 
1857. 1  brocb.  in-8^;  —  Address  of  Thomas  Bell,  esq.  1  broch. 
in-8^ 


(  3tt3  ) 

Journal  of  the  geological  Society  of  Dublin,  Vol.  II  h  VI.  Du- 
blin, 1839  ^  1857;  5  vol.  in-8». 

Catalogue  of  the  Antiquities  of  stone ^  earthen,  and  vege- 
table  materials ,  in  the  Museum  of  the  Royal  irish  Academy ;  by 
W.  R.  Wilde.  Dublin,  4857;  1  vol.  in-S^. 

The  Atlantis :  a  register  of  litterature  and  science;  conducted 
by  members  of  the  catholic  University  of  Ireland,  n*^  \ .  Londres, 
1858;  broch.  in-8^ 

The  american  journal  of  science  and  arts.  Second  series. 
Vol.  XXV,  n«  74.  New-Haven,  1858;  broch.  in-8o. 

Reports  on  the  proceedings  of  the  offiders  engaged  in  the 
magnetic  survey  of  India,  N^*  5  ^  10.  Lahore,  Agra  et  Calcutta, 
1856  et  1857;  3  broch.  in-8^ 


BULLETIN 


DE 


L'AGADEMIE  ROYALE  DES  SCIENCES, 


DES 


LETTRES  ET  DES  BEADX-ARTS  DE  BELfil^UE. 


1858.  —  N^  S. 


CLASS£  BE9  SGISIfCES. 


Seance  du  6  mat  1858. 

M.  b'Omalius  d'Hallot  ,  president  de  P Academie. 
M.  Ad.  QuETELiiT,  secretaire  perp^tiiel. 

Soni  presents  :  MM.  Sauveur,  Timmernoaas,  Wesmael^ 
Martens,  Caniraine^  Slas,  De  KoniDck^Yan  Beneden,  A.De 
Yaux,  Edm,  de  Selys-Longchamps ,  le  vicomle  B.  Du  Bus, 
Gluge^  MelsenSy  Schaar,  Liagre^  Duprez ,  Brasseur,  Poel- 
man.,  membres;  Schwann,  Spring,  Lacordaire,  assocUs; 
Donny,  Em.  Quetelet,  Gloesener,  comspondants. 

MM.  Roulez,  Borgnet ,  Polain,  membres  de  la  classe  des 
leures,  assistant  a  la  seance. 

2""*  Sl^RIE,   TOME   IT.  25 


(  566  ) 


CORRESPONDANCE. 


II  est  donne  lecture  de  differentes  lettres  de  M.  le  Mi- 
nistre  de  Tinterieur,  relatives  aux  comptes  de  TAcademie 
et  a  des  envois  de  livres. 

M.  le  president  du  Sdnat  remercie  pour  les  derniers 
envois  des  publications  de  la  Compagnie. 

—  M.  le  docleur  Clos,  direcleur  du  Jardin  des  Plaules 
de  la  ville  de  Montpellier,  remercie  TAcad^mie  pour  avoir 
donne  place  dans  ses  publications  k  un  memoire  de  feu 
son  p^re ,  sur  la  menstruation  chez  les  femmes. 

—  M.  James  Espy,  de  Washington,  envoie  son  qua- 
tri^me  rapport  sur  la  mel^orologie,  et  fait  connaitre  qu'il 
recevrait  avec  reconnaissance  les  remarques  critiques  aux- 
quelles  ce  travail  pourrait  donner  lieu. 

—  M.  Airy,  associ^  de  TAcad^mie,  ecrit  an  secretaire 
perp^luel  qu'il  vient  de  faire  une  nouvelle  determination 
de  la  difference  des  longitudes  eutre  TObservatoire  royal 
de  Greenwich  et  celui  d'lildimbourg ,  en  se  servant  du 
principe  de  transmission  de  signaux  employ^en  Am^rique, 
qu'il  regarde  comme  preferable  a  tons  les  autres.  «  Les  re- 
sultats  ne  sont  pas  encore  calculus,  dit-il,  mais  je  ne  doute 
nullement  de  leur  excellence.  Cest  la  melhode  que  je  pro- 
poserais  d'employer,  si  nous  repetions  la  determination  de 
la  dilf(6rence  de  longitude  entre  Bruxelles  et  Greenwich.  > 

—  M.  Ch.  Fritsch  fait  parvenir,  avec  une  carte,  un 


(  367  ) 

aper^u  de  la  maturation  des  premiers  fruits  dans  trente- 
trois  stations  de  I'empire  d*Autriche  et  des  pays  adjacents, 
pendant  Tann^e  1857. 

—  M.  de  Selys-Longcliamps  depose  les  observations 
faiies  a  Waremme  sur  T^tat  de  la  vegetation  et  les  migra- 
tions des  oiseaux,  le  20  avril  dernier. 

M.  Ad.  Quetelet  presente  les  memes  resultats  pour 
Bruxelles,  ainsi  que  ceux  de  Liege  et  Stavelot,  obtenus  par 
M.  Dewalque,  et  de  Melle,  pres  de  Gand,  par  le  profes- 
seur  Bernardin. 

—  M.  le  docteur  Verhaeghe  transmet  ses  observations 
meteorologiques  et  actinometriques  faites  h  Ostende  pen- 
dant les  trois  premiers  mois  de  cette  ann^e. 

—  L'Acad^mie  re?oit  aussi  les  resultats  des  observa- 
tions faites  an  Helder,  pendant  le  mois  de  decembre  der- 
nier, sur  Tetat  du  magnelisme  et  les  perturbations  qui  y 
ont  ei6  ressenties.  On  y  a  remarque,  les  17  et  18  decembre, 
les  memes  perturbations  que  celles  deja  signalees  dans 
les  Bulletins  de  TAcad^mie,  par  TObservatoire  royal  de 
Bruxelles. 

—  M.  le  secretaire  perp^tuel  declare  avoir  re?u  de 
M.  Melsens,  de  la  part  de  M.  de  Changa,  le  4  avril  dernier, 
un  paquet  cachet^  sur  lequel  M.  le  president  appose  sa 
signature. 

—  La  classe  re?oit  les  ouvrages  suivanis : 

1""  Recherches  sur  la  capillarity,  memoire  par  M.B^de, 
professeur  k  T^cole  des  mines,  k  Lidge.  (Gommissaires : 
MM.  Plateau,  Duprez  et  Ad.  Quetelet.) 

2^  Note  de  M.  Boblin  sur  un  appareil  k  levier,  subslilu^ 
au  micrometre  des  instruments  de  precision  en  usage  dans 


(  368  ) 

les  observatoires.  (Coa)missaire$ ;  MM.  Liagre  et  Ernest 
QueteJet.) 

5"^  Remarques  critiques  sur  diverses  especes  d*iehnea- 
mons,  de  la  coUecliou  de  feu  le  professeur  J.-L.-C.  Gra- 
Tenhorst,  suivies  d*un  court  appendice  ichneumologiqud, 
par  M,  C.  Wesmael,  membre  de  rAcademie.  (Commis- 
saires  :  MM.  Lacordaire  et  de  Selys-Longchamps.) 

'^  M.  Van  Beneden  annonce  la  mort  de  M.  Jean  Muller, 
de  Berlin,  associe  de  TAcademie,  et  la  classe  decide  k 
cetle  occasion  qu^une  lettre  de  condoleance  sera  adress^ 
k  la  veuve  de  cet  illustre  savant. 

—  M.  de  SelyS'-Longchamps  fait  bommage  de  son  ou- 
vrage  MonographU  de$  Gomphines.  —  Remerctments. 

RAPPORTS. 


Mimoire  sur  une  nowelle  classifimtioti  des  Annilidei  seti^ 
geres  abranches;  par  M.  d'Udekem,  correspondant  de 
TAcademie. 

c  Depuis  plnsleurs  annees ,  M.  d'Udekem  s*occupe  des 
vers,  surtout  de  ceux  qui  out  quelque  aifinite  avec  les 
Lombrics.  II  a  d^jk  fait  plusieurs  communications  int^- 
ressautes  sur  ce  sujet. 

Dans  le  travail  qui  est  soumis  k  notre  examen,  M.  d'Ude- 
kem  a  coordonne  des  fails  connus,  el  assigne  a  chaque 
esp^ce,  comme  a  cbaque  genre  de  Lombricin,  sa  veritable 
place. 


I 


(  569  ) 

Ce  travail  est  fait  atec  beaocoiip  de  soin ,  el  les  carac- 
tdres  soDt  expose  avec  ordre  et  clart6. 

Nous  ne  pouvons,  toutefois,  nous  empdcber  de  faire 
remarquer  que  le  nombre  de  families  nous  paratt  trop 
grand,  et  que  les  Tubifecides ,  comme  les  Enebytrid^s, 
nous  paratlraient  mieux  k  leur  place  dans  nne  rndme  fa« 
mitle  avec  les  Lombrics. 

Nous  regrettons  aussi  que  Fauteur  n'ait  pas  diseut^  la 
question  du  rang  que  ces  Annelides  s^tig^res  abranches 
doivent  occuper  dans  la  s6rie  animale. 

Ces  vers  sont«ils  sup^rienrs  aux  aulres  AnnAidea  ou  in- 
f^rieurs,  eomme  le  pense  Cuvier  et  la  plupart  des  zoolo- 
gistes?  Ont-ils  quelques  affinit^s  avec  les  autres  Anndlides 
s^ligires  cAranehes  que  Cuvier  place  dans  le  mSme  groupe? 

II  est  Evident,  k  nos  yeux  du  moins,  que  les  Abranches 
sans  soies  ou  les  Hirudinies  font  le  conronnement  naturel 
des  Tr^matodes  et  des  Cestoldes  {Coiylides) ,  et  que  cette 
division  A'Abranches,  telle  qu'elle  se  trouve  dans  le  regno 
animal,  n*a  aucune  valeur  dans  une  classification  m6iho- 
dique. 

Les  Abranches  sitigeres  ferment  un  groupe  parallftle  k 
celni  des  Cotylides,  de  mani^re  que  les  Hirudinees  eou- 
ronnent  la  s^rie  des  Trematodes  et  des  Cestoides,  comme 
les  Lombricins  couronnent  les  vrais  AnnSlides, 

Les  uns  et  les  aotres  sent  des  vers  ^lev^s  en  organisa- 
tion par  la  complication  de  divers  appareils,  par  la  ponle 
des  cBufs  r^unis  dans  une  capsule,  par  le  d^veloppement 
direct  et  sans  m^lamorpbose,  ainsi  que  par  le  milieu  a^rien 
ou  fluviatile  que  la  plupart  d'entre  eux  babitent. 

Nous  ne  sommes  plus  k  T^poque  oil  Ton  pouvait  r^unir 
les  vers  parasites  en  une  classe  k  part,  comme  des  parias 
du  r^ne  animal;  cbaque  groupe  naturel  a,  an  contraire. 


(570) 

des  especes  ou  des  genres  vivant  dans  des  conditions  va- 
riees :  ainsi,  les  Lpmbricins  ont  des  especes  terrestres, 
des  especes  tiaviatiles,  des  especes  marines  et  meme  une 
ou  quelqoes  especes  parasites;  les  Hirudinees,  qui  forment 
un  groupe  parallele  et  Equivalent,  tout  en  comprenant  ud 
plus  grand  nombre  de  parasites ,  n*en  ont  pas  moins  des 
especes  terrestres,  les  unes  en  Asie  (Ceylan,  les  iles  Phi- 
lippines, Java),  les  autres  en  Afrique  et  en  Amerique  (les 
Peripates).  Ces  sangsues  terrestres  sont  meme  un  veritable 
fieau  dans  les  pays  ou  elles  se  trouvent.  Les  Ch^topodes 
etles  Gepbyriens  sont  des  vers  derive,  libres,  des  Lorn- 
bricins,  coo^me  les  Trematodes  et  les  Gestoides  sont  les 
derives,  parasites,  des  Hirudinees. 

Nous  trouvons  encore  la  meme  repartition  dans  le  grand 
groupe  des  Nemato'ides. 

Les  Sagiita  et  les  Anguillulla  sont  des  representants 
libres,  fluviatiles  ou  aeriens  de  ce  groupe,  qui  se  compo- 
sent  presque  exclusivement  de  vers  parasites. 

La  derni^re  classe  de  vers,  les  Turbellari^s  ou  Ter^tu* 
laries  de  de  Blainville,  qui  est  en  grande  partie  form^e 
d'especes  aquatiques,  contient  cependant  aussi,  dans  les 
payschauds,  comme  les  Hirudinees,  des  representants 
terrestres  (Geoplanaires)  fluviatiles,  marines  et  quelques 
parasites. 

Les  vers  forment  un  groupe  de  la  meme  valeur  que  les 
Mollusques,  et  qui  ont  a  leur  tSle,  d'un  c6tE,  les  Cepha- 
lopodes  et  de  Tautre  les  Lombricins;  si  on  trouve  e&cep- 
tionnellement  dans  les  Mollusques  quelques  parasites,  ce 
genre  de  vie  est,  au  contraire,  la  regie  dans  les  vers. 

Mais,  pour  en  revenirau  memoiredeM.d'Udekem,nons 
dirons  que  ce  travail,  tout  en  ne  renfermant  pas  de  fails 
uouveaux,  resume  parfaitement  Telat  actuel  de  nos  con- 


(57i  ) 

naissances  sur  cette  parlie  de  la  zooiogie,  et  dous  n*h^si- 
tons  pas  in  en  demander  rimpression  dans  les  m^moires 
de  TAcademie.  i> 


Mappo»*$  tfe  St,  Fomttnan, 

«  Je  partage  enti^rement  la  mani^re  de  voir  de  mon 
savant  collogue,  M.  Van  Beneden,  en  ce  qui  concerne  le 
m^moire  sonmis  k  notre  appreciation. 

Je  me  plais  k  rendre  justice  aux  efforts  que  fait  M.  d*Ude« 
kern ,  depuis  plusieurs  ann^,  pour  simplifler  I'^tude  des 
vers,  et  je  me  joins  k  mon  honorable  collide  pour  pro« 
poser  k  la  classe  de  voter  I'impression  du  travail  de  notre 
z^le  correspondant  dans  le  recueil  des  memoires  de  TAca- 
demie. » 

Conformement  k  Tavis  de  ses  deux  commissaires,  la 
classe  ordonne  Timpression  du  m^moire  de  M,  d'Udekem. 


Mimoire  sur  le  ealendrier  arabe  avant  IHslamisme;  par 
Mahmoud  Gffendi ,  astronome  egyptien. 

<  Les  historiens  arabes,  n'ayant  commence  k  ecrire 
que  deux  ou  trois  slides  apres  Th^gire,  onl  dti  avoir,  re- 
cours  k  la  tradition  pour  ^tabiir  les  ev^nements  et  pour 
en  assigner  les  dates :  on  conceit,  d'apr^s  cela,  le  vague 
qui  doit  r^gner  sur  la  chronologic  ant^-islamique,  et 
Ton  s*explique  le  disaccord  que  Ton  remarque  k  ce  sujet 


(  572) 

entre  les  difiS&renu  aateurs.  Ce  disaccord  est  t6l  que, 
malgr^  les  travaux  remarquables  de  pliisieors  sava&ts 
europeeos,  on  ignore  encore  aujourd'hui  si  les  Arabes, 
avant  comme  apres  Mahomet ,  se  sont  toujours  servis  de 
I'annee  lunaire,  et  s'ils  n*ont  pas  fait  usage  de  Tann^e 
luni-solaire  pendant  les  deux  ou  trois  siecles  qui  ont  pr^- 
c6A6  r^poque  de  Tislamisme. 

Le  memotre  que  M.  Mahmoud  soiimet  aujourd*hui  aa 
jugemeat  de.  la  etasse  n*a  pas  6i6  redtg^  dans  le  but  de 
critiquer  Tune  ou  Taulre  de  ees  deux  opinions;  mais,  foree 
d'ea  adopter  une  pour  completer  un  travail  qu'il  a  entre- 
pris  sur  les  ealendriers  orientaux ,  et  dont  la  premii^re 
partie  a  d^jk  ^t^  ioseree  dans  les  recoeils  de  notre  Aca- 
d^mie^  le  savant  ^gyptien  a  6l6  naturellement  conduit  k 
examiner  de  pr&s  cette  question;  k  cet  effet,  il  a  recher- 
che dans  divers  ouvrages ,  notamment  dans  les  manuscrits 
arabeS)  les  traditions  ou  t^moignages  qui  se  rapportent  k  , 
ce  sujet,  les  a  discutes,  et  en  a  tire  des  consequences. 

Cauteur  a  divis^  son  mdmoire  en  deux  parties  :  dans  la 
premiere,  il  reunit  et  coordonne  les  traditions  qui  servent 
de  base  k  ses  calculs;  dans  la  seconde,  il  combine  ces  do- 
cuments entre  eux  pour  en  deduire  et  le  genre  du  calen- 
drier  ant^-islamique,  et  T^ge  auquel  est  mort  le  proph^te. 

Les  evenemenls  remarquables  sur  lesquels  M.  Mah- 
moud a  base  ses  recherches,  et  dont  il  a  precise  la  date» 
sont  au  nombre  de  cinq ;  nous  les  citons  en  suivant  Tordre 
dans  lequel  il  les  a  places,  savoir  : 

i"*  La  mort  dlbrahim ,  jeune  fils  de  Mahomet,  laqueiie 
coKncida  avec  une  eclipse  de  soleil ; 

3^  Le  jour  de  Tarrivee  du  proph^te  k  Medine,  ou  I'b^ 
giro,  dont  la  date  correspond  k  une  date  connae  du  ca- 
lendrier  judajque; 


(  373  ) 

3^  L6poqne  de  la  naissance  de  Mahoinet,  qui  eat  lieu 
un  lundi  du  mois  de  Rabi  1 ,  et  fut  pr^c^ee  d'uoe  conjonc- 
tioD  entre  Jupiter  et  Saturne; 

4®  Une  eclipse  de  tuDe»  cit^e  dans  un  manuscrit  arabe 
de  la  bibliotbdque  imp^riale  de  Paris; 

5^  EufiQ  le  solstice  d'ete  de  Tan  541  qui,  d'aprds  un 
passage  de  Procope,  devait  tomber  dans  un  mois  eonsacr^ 
par  les  Arabes  aux  pratiques  de  leur  religion,  et  durant 
lequet  ils  ne  pouvaient  faire  aucun  usage  de  leurs  armes. 

Ces  cinq  ^poques,  determinees  astronomiquem^t  et 
ind^pendamment  les  unes  desautres,  Tauteur  les  combine 
deux  k  deux ,  et  il  obtient  ainsi  dix  resultats  ou  laps  de 
temps  exclUsivement  conformes  au  systeme  lunaire.  Celt 
accord  nous  parait  de  nature  k  renverser  completeraent 
I'opiniou  de  ceux  qui  ont  admis  Tusage  du  calendrier 
luni-solaire  chez  les  Arabes  paiens;  et  nous  sommes  forc^ 
d'admettre  avec  M.  Mahmoud  que  ce  peuple  s'est  toujours 
servi  d*un  calendrier  purement  lunaire. 

Dans  un  appendice  a  son  m^moire »  Tauteur  a  examine 
la  question  au  point  de  vue  philologique  et  historique.  Les 
noms  des  mois  arabes  ont,  par  leur  signification,  des 
rapports  incontestables  avec  les  saisons;  ce  qui  semblerait 
indiquer  qu'ils  appartienaent  a  une  ana^e  luni-solaire  ou 
agronomique.  Mais  il  est  facile  de  repondre  a  cette  ob- 
jection. 

En^ffet,  lesauteursdeia  nomenclature  peuvent  fort  bien 

avoir  lie  les  noms  des  mois  aux  ph^nomenes  solaires  ou 
meteorologiques  qui  les  accompagnaient,  kTepoque  m£me 
oh  la  nomenclature  a  ete  faite.  Sans  porter  leur  vue  plus 
loin,  ils  n'ont  pas  songe  qu'au  bout  d'un  certain  temps, 
les  mois  d'6{6  tomberaient  en  biver  et  reciproquement. 
A  cette  raison  donnee  par  Tauteur ,  nous  en  ajouteroQS 


(  374  ) 

une  autre  :  c'esl  que  les  consicleralioos  etymologiques^  en 
fait  de  calendrier  surtout »  sont  parfois  de  nature  k  induire 
gravement  en  erreur.  Si,  par  exemple,  nos  descendants 
n'avaient,  pour  nous  juger,  que  des  considerations  de 
cette  espece ,  ils  invoqueraient  les  noms  que  nous  donnons 
aux  jours  de  la  semaine,  pour  nous  accuser  de  pagaoisme; 
et  lis  ne  soup^onneraient  jamais  que  nous  appelons  sep* 
tembre  le  neuvieme  mois  de  notre  ann^e. 

II  est  moins  facile  d'expliquer  comment  il  se  fait  que 
les  meilleurs  historiens  arabes  s'accordeot  k  dire  que, 
qnelques  siecles  avant  Tipoque  de  Tislamisme,  I'annee 
arabe  etait  luni-solaire.  Nous  ne  pouvons  presenter  ici 
Taoalyse  des  raisous  alienees  par  M.  Mahmoud  pour  com- 
battre  cette  opinion  :  contentons-nous  de  faire  remarquer 
que  les  passages  interessants  rapport^s  ou  traduits  par  lui 
prouventli  Tevidence  que  les  auteurs  en  question  se  sont 
copies  Tun  Tautre;  que  Ik  oil  ils  ne  se  copient  pas,  ils 
admettent  des  modes  d'intercalation  differents;  de  sorte 
que  toutes  leurs  autorites  reunies  se  reduisent  en  defini- 
tive a  celle  d*Abou-Mkchar,  qui  vivait  dans  ie  III""*  si^cle 
de  rhegire.  Or,  les  donnees  de  cet  historien,  fondees  sar 
la  tradition ,  n'ont  qu'un  degre  de  probabilite  bien  difficile 
a  apprecier.  Les  relations  intimes  qui  existaient  entre  les 
Juifs  et  les  Arabes  pa'iens  ont  fort  bien  pu  faire  attribuer 
a  ces  derniers  I'usage  de  Tannic  luni-solaire  qui  apparte- 
nait  exclusivement  aux  premiers. 

En  resume,  Topinion  des  historiens  et  des  poetes 
arabes  n'est  pas  assez  solidement  ^tablie  pour  detruire  les 
r^sultals  posilifs  auxquels  est  arrive  M.  Mahmoud,  en 
prenant  pour  guides  les  phenomSnes  celestes,  et  en  se 
basant  sur  les  calculs  astronomiques.  Le  memoire  du  sa- 
vant egyptien ,  fruit  d'une  ^lude  consciencieuse,  jelle  una 


(  578  ) 

veritable  lumi^re  sur  un  point  obscur  de  la  chronologie 
arabe,  et  nous  sommes  d'avis  qu'il  figurerait  avantageuse- 
ment  dans  les  recueils  de  TAcademie.  » 


Miappovi  de  M,  A.  Quefe9et. 

4  Le  travail  de  M.  Mahmoud  merite,  sous  plus  d'un  rap- 
port, Tattention  des  pbysiciens  et  des  astronomes.  L'au- 
teur  est  charge,  en  Egypte,  de  la  redaction  detoulce  qui  se 
rapporte  k  la  mesure  du  temps;  il  a  fait  une  etude  appro- 
fondie  de  cette  branche  des  sciences  relative  h  son  pays  et 
encore  si  peu  connue  en  Europe.  Nous  devons,  en  con- 
sequence, lui  savoir  gre  pour  les  lumieres  qu'il  s'efForce 
de  repandre  sur  la  conaposition  printiiive  du  calendrier, 
Tune  des  parlies  les  plus  importantes  de  Fastronomie  pra- 
tique, et  qui  peut-etre  est  non  moins  utile  pour  Tbistorien 
que  pour  Tastronome. 

Quelques  parties  auraient  pu  etre  coordonnees  d*une 
maniere  plus  simple  en  apparence,  si  Ton  ne  considere  que 
ce  travail  isole;  mais,  comme  ie  fait  observer  Tauteur, 
dans  une  lettre  parliculiere,  ce  dernier  ecrit  se  ratiache  a 
un  grand  travail  dont  TAcademie  a  deja  publie  un  fragment 
et  dont  la  suite  ne  tardera  pas  a  paraitre;  or  des  change- 
menls  dans  le  memoire  que  nous  examinons  obligeraient  k 
changer  le  plan  general,  arrete  et  execute  en  grande  partie. 

Je  me  bornerai  done,  comme  rnoii  collegue,  k  de- 
mander  la  publication  du  nouveau  memoire.  » 

Confojm^ment  aux  conclusions  de  ses  commissaires,  la 
classe  ordonne  Timpression  du  memoire  de  M.  Mahmoud. 


rr^ 


(376  ) 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 

Sur  les  Gregarines  des  Krebelles.  Exlrait  d'une  lettre  du 
docteurLieberkuhD,de  Berlin,  communiquee  par  M.  Van 
Beneden ,  membre  de  rAcaddmie. 

M.  Lieberkuhn ,  dent  le  mdmoire  sur  les  Gr^gariDes  a 
et^  couronnd  par  F Acad^mie,  m^^crit  de  Berlin  k  la  date  du 
6  mars  1858. 

c Leydig  croit  avoir  trouv^,  dans  rinlestin  d'une 

grande  T6r^eUe^  des  parasites  tenant  des  Filaires  et  des 
Gregarines  et  dtablissant  nettement  le  passage  entre  eux. 
J'ai  fait,  pendant  mon  sejour  kTile  d'Heligolandt,  Tautomne 
dernier,  quelques  observations  sur  ces  animaux,  \^  Ter4- 
belles,  et  si  le  resultat  de  ces  observations  vous  parait 
assez  important  pour  faire  suite  k  mes  rechercbes  pree^ 
dentes,  je  vous  prie  de  vouloir  bien  le  communiquer  k 
TAcademie. 

D  Leydig  a  irouve  des  Gregarines  de  0,04'"  de  loligueur, 
consistant  en  une  gaine  tres-allong^e,  avec  cellules  et  nu- 
cl^oles,  remplies  d*une  masse  assez  eonsistante,  k  cdte 
d'antres  Gregarines  couvertes  de  stries  longitudinales, 
toutes  sous  forme  de  fuseau.  Quelques-unes  d*entre  elles 
dtaient  sans  mouvement;  d'autrers,  au  contraire,  avaient 
une  telle  agilit^,  que  les  deux  extremites  du  corps,  en  se 
courbant,  se  touchaient  k  tout  instant.  Leydig  trouva  en 
m£me  temps  un  animal,  de  0,008'"  de  longueur,  arrondi 
k  un  bout,  effiie  k  rautreboot,  et  daot  la  masse,  finement 
graottl^e,  formait  de  larges  stries  longitodinales.  II  se  re- 
muait  avec  vivacity »  se  courbant  et  s'^tendant  comme  un 


r'- 


(  577  ) 

IfimaicSde.  Leydig  consid^re  ce  parasite  comme  tfD  ver 
Q^piato'ide  plus  avanc^  en  d^veloppement  que  les  autres, 
quoiqu'il  renferme  use  cellule  avec  nucl^ole. 

>  Steio  a  dej^  combattu  ceite  d^termiDation  de  Leydig, 
sans  avoir  vu  lui-m£me  les  parasites  des  Ter^belles. 

»  Voici  ce  que  j'ai  vu. 

>  Les  Terebelles  comme  les  Hermelles  renferment  dans 
leur  intestin  les  differentes  formes  de  Gr^garines  obser- 
vees  par  Leydig;  les  unes  sont  fusiformes^  avec  ou  sans 
stries  longitudinales ;  d'autres  sont  plus  effilees  ^  Tun  des 
bouts  qu*k  Tautre;  et  enfln,  quelques-unes  d'entre  elles 
ont  une  forme  rubanaire,  sont  longs  de  0,2"',  et  sont  effi- 
lees aux  deux  extremity.  Tous  ces  parasites  contiennent 
dans  leur  int^rieur  une  cellule  et  un  nucl^ole.  Les  plus 
grands  individus  se  tortillaient,  en  effet,  comme  des  vers 
Nematoides,  tandis  que  les  plus  petits  ne  se  remuaient 
que  lenlement  el  de  temps  en  temps. 

>  Par  extraordinaire,  le  d^placement  du  noyau,  si  dis- 
tinct cbez  les  Gr^arines  filiformes  des  Lombrics,  est  k 
peine  visible,  ici ,  pendant  les  mouvements  les  plus  ^tendus. 

»  Malgre  les  apparences,  il  n'y  a  pas  le  moindre  doute 
que  ces  parasites  de  T^r^belles  et  ces  Hermelles  ne  soient 
de  v^ritables  Gr^arines;  ils  n'ont  de  commun  avec  les 
Nemato'ides  qu'une  grossi^re  ressemblance  de  forme  et  de 
mouvement. 

»  L*assertion  que  les  Nemato'ides  des  Lombrics  out  des 
rapports  avec  les  Gr^garines  est  tout  aussi  peu  fondle. 
J*ai  pu  suivre  le  developpement  de  ces  animaux. 

>  Quand  les  Lombrics  entrent  en  decomposition  dans 
la  terre  humide,  les  Nematoi'des  alors  percent  leurs  kystes, 
continuent  k  vivre  sur  le  cadavre  en  decomposition  et  de- 
viennent  ensuite  sexu^s ,  puis  ils  se  multiplient  au  point 


(  378  ) 

de  recouvrir  bientot  compMlement  le  corps  delenr  bote. 
On  trottve  alors  facilement  des  males  et  des  femelles  a  tout 
degre  de  developpement.  lis  ressemblent  tout  k  fait  aux 
Nemato'ides  que  M.  Scbneider  a  troav^  dans  les  Limaces 
et  qu'il  a  reconnus  pour  etre  YAngiostoma  limads  de  Du- 
jardin.  Will  a  decrit  si  bien  ces  Nemato'ides  que  je  n'ai 
rien  d'essentiel  a  ajouter.  (1)  II  n'est  pas  exact  de  dire  que 
les  vers  enkysles  ne  conliennent,  dans  leur  interieur, 
qu'uue  masse  granuleuse.  En  ^tudiant  ces  vers  a  un  fort 
grossissemeut,  on  reconnait  deja  Tentr^  etroite  de  la 
cavite  de  la  bouche  k  Toesophage  et  la  forme  de  biscuit 
qu'affecte  ce  dernier  organe.  II  y  a  plus,  dans  les  jeunes 
qui  sortent  de  Foeuf,  on  distingue  facilement  la  disposition 
de  Tentree  de  Tcesophage  et  la  conformation  de  cette  parlie 
du  tube  digestif,  comme  Will  Ta  fait  connaStre. 

»  Les  Angiostomes  changent  de  peau  aussi  bien  avant 
qu'apres  la  soriie  du  kyste. 

»  On  pent  facilement  se  procurer  des  Angiostomes  en 
abondance,  en  coupant  des  Lombrics  en  morceaux  et  en 
les  abandonnant,  pendant  quelques  jours,  dans  de  la  terre 
humide.  » 


MAGNETISMS  TERRESTRE. 

M.  Ernest  Quetelet  pr^sente  le  resultat  des  observations 
qu'il  a  faites,  cette  annee,  pour  determiner  les  ^l^ments 
absolus  du  magnetisme  terrestre.  Ces  observations  ont  ete 
ex^ctttees,  comme  les  annees  precedentes,  dans  le  jardin 
de  rObservaloire  et  avec  les  memos  instruments. 

»  "  '■  ■!'  I-IIII.  I  I  I  I  I. H.lipilJJ.I  I 

(1)  fnegmann*sJtchiv,\SAS. 


(  579  ) 

La  declinaison  a  ete  d^terminee  trois  fois,  le  15  et  le 
17  avril,  et  a  ete  trouvee  en  moyenne  de  19°35'4r',  repon- 
daot  a  68'^,47  du  barreau  de  Gauss,  qui  est  plac^  a  Tinte-* 
rieur  du  b&timent  pour  ^tudier  les  variations  de  la  decli- 
naison magnetique.  Gette  valeur  a  ^te  reduite  au  16  avril 
k  midi.  Elle  est  calcul^e  d'apres  les  m^mes  principes  qui 
ont  ete  developpes  Tannee  derniere. 

Deux  observations  de  I'inclinaison  faites  le  16  avril  ont 
donn^  pour  cejour  a  midi,  Tinclinaison  normale  egale 
a  67''54',0.  L'angle  avant  et  apres  le  retournement  de& 
p61es  a  ^te  trouv^  en  moyenne  de  20\8. 


PERTURBATION  MAGNISTIQUE. 

Le  9  avril ,  M.  Hooreman ,  aide  k  FObservaloire,  obser- 
vant le  magn^tisme,  k  3  heures  de  Tapres-midi,  constata 
I'exislence  d*une  forte  perturbation  magnetique.  Gelle-ci 
a  ete  observee  avee  soin  pendant  toute  la  journ^e  du  9  et 
le  lendemain.  Voici  les  determinations  qui  ont  ete  prises  : 


APPAREIL 

APPAUEIL 

DATE. 

REURES. 

TBVPtfRATUM. 

; 

UDifilaire. 

biOIaire. 

8  avril  1858.  • 

9^  mat. 

li'll 

.   9567 

49?3 

12 

68,98 

9,97 

49,4 

3  soir. 

G8,82 

10,63 

50,0 

9 

70,65 

11,42 

49,4 

9  avril 

9  mat. 

71,31 

9,89 

48,4 

12       . 

68,74 

9,46 

48,5 

3  soir. 

63,41 

11,77 

48,4 

3  im 

63,58 

10,80 

» 

3  30 

63,40 

12,37 

» 

3  45 

63,38 

12,56 

» 

3  50 

63,23 

13,36 

» 

4    0 

58,47 

14,60 

48,5 

4  10 

55,20 

18,10 

! 

1 

(S80) 


-. 

APPAREII 

APPAaSII. 

DATE. 

HEVRB. 

nMVtfaATVBS. 

tuifllaire. 

Uiil»lr«. 

9  avril  1858.  . 

4h|4in8oir. 

59t46 

17;07 

48^5 

{Suite,) 

4  18 

59,95 

17,19 

» 

4  S3 

51,64 

16,66 

48,6 

4  97 

48,75 

13,85 

» 

4  32 

68,75 

14,93 

» 

4  49 

57,14 

15,50 

» 

4  59 

59,78 

16,90 

» 

5    9 

60,98 

13,59 

48,7 

5  19 

64,10 

13,17 

» 

5  99 

63,49 

13,44 

» 

5  95 

66,51 

13,58 

» 

5  39 

68,50 

19,16 

» 

5  44 

68,85 

19,69 

» 

5  56 

69,55 

13,48 

48,6 

6  90 

63,31 

19,95 

9 

6  98 

59,04 

9,37 

» 

6  46 

66,50 

11,33 

* 

7  90 

70,37 

8,83 

» 

7  55 

79,70 

7,71 

48,5 

8  33 

68,16 

7,07 

> 

9    9 

68,18 

6,80 

48,4 

9  98 

71,78 

6,79 

48,3 

10    6 

79,59 

6,91 

» 

10  35 

71,30 

7,54 

48,9 

■ 

11  91 

79,45 

6,65 

48,1 

11  48 

73,95 

6,05 

» 

19  94 

74,09 

6,04 

M 

10  atrA  185$.  . 

7    4  mat. 

79,50 

7,70 

♦7,6 

8    9 

69,61 

6,13 

» 

0    3 

69,91 

7,99 

IM 

10    8 

70,36 

7,88 

48,9 

11     1 

67,71 

8,45 

49,4 

11  55 

67,89 

7,93 

49,9 

3    0  soir. 

66,81 

9,90 

50,8 

9    0 

70,19 

8,10 

50,0 

C'est  one  des  pins  fortes  perturbatioM  que  Ton  ait  ob- 
serv^es  a  Briixelles;  cependant  on  n'a  pas  appris  jusqu^ici 
que  Ton  ait  aper^u  de  ces  ph^nomenes  qui  accompagnent 
ordinairement  les  fortes  perturbations  de  Taiguille,  tels 
que  les  aurores  boreales,  les  tremblements  de  terre,  etc. 
A  Bruxellesy  le  ciel  est  demeur^  presque  constammenl 
couvert  pendant  ces  trois  jours. 


(581  ) 


CLASSE  DES  LETTRES. 


Seance  du  S  mat  18S8, 

M.  M.-N.-J.  Leglergq,  directeur. 

M.  Ad.  QcETELET)  secretaire  perp^tuel. 

Sont  presents :  MM.  le  baron  deGerlache,GraDdgagDage, 
deRam,  Roulez,  Borgnel,  le  baron  i.  de  Saint-Genois, 
David,  Paul  Devaux,  DeDecker,  Schayes,  Snellaert,  Car- 
ton,  Haus,  BormanS)  Polain,  Baguet,  le  baron  de  Wilte, 
Arendt,  Cb.  Faider,  membres;  Ad.  Mathieu,  Chalon,  Th. 
Juste ,  Defacqz ,  correspondants. 

MM.  Alvin  et  Jehotte,  de  la  clas$e  des  beaux-arts,  assis- 
tent  a  la  seance. 


CORRESPONDANCE. 


M.  Edm.  Marchal  donne  connaissance  de  la  mort  re* 
grettable  de  son  pire,  M.  le  chevalier  Marchal ,  membre  et 
doyen  de  la  classe  des  leltres,  decede  le  22  avril  dernier. 

Le  secretaire  perpeluel  fait  connaitre  q'ue  la  plupart 
des  membres  presents  k  Bruxelles  assistaient  aux  fune- 
railies,  et  que  M.  Alvin  a  bien  voulu  exprimer  les  regrets 

2"*  sArie,  tome  IV.  26 


(  582  ) 

de  l*Academie  en  inSme  temps  que  ceux  de  la  Biblioth^que 
royale. 

—  La  GommissioQ  centrale  de  statistique^du  royaume 
fait  parvenir  le  tome  Vlt  de  ses  Bulfetfns.  —  Remerci- 
ments. 

—  Le  president  du  congres  de  la  propriety  litteraire 
fait  connaitre  que  la  reunion  projetee  aura  lieu  le  27  sep- 
tembre  prochain ,  et  dufera  qualre  h  cinq  jours. 

—  II  est  fait  hommage  d'un  ouvr^ge  mtitui^:  Le  mar- 
quis de  Sy  et  M.  Poupar,  etc.;  letlres  de  M.  A*  Baron  et  de 

M.  Sylvain  Van  de  Weyer.  —  Remerciments. 

—  II  est  donn^  communicaiion  de  diverses  antrei  pifeces 
relatives  aux  travaux  de  TAcad^mie  et  I  ses  rdationi^  el- 
l^rietires. 


CONCOURS  DE  1858. 

La  classe  des  lettres  avait  mis  au  concours  sept  ques- 
tions sur  differents  sujels  litteraires,  et  une  huilieme  con- 
cernant  le  lieu  de  naissance  de  Charlemagne. 

Les  pieces  suivantes  ont  ete  revues  avant  le  !•'  fevrier  : 

PREMlilRE   QUESTION. 

Aunblir  la  verUabk  origine  du  droit  de  succession.  Recher* 
Cher  si  ce  mode  de  transmission  decoule  de  la  nature  des 
choses  ou  s'it  West  qu'un  ^tablissement  cr44  dans  un  but 
d'utilit^  civile.  Eocposer  la  doctrine  des  principdux  auteurs 
qui  ont  traite  celte  question}  proposer  une  solution  motiv^e. 


(  585) 


1I«#|»M«  i$m  m*  eh,  V«feW#r. 

€  Nous  pouvoDs  nous  feliciter  du  resultat  de  ce  con- 
cours.  Deux  bons  memoires  ont  et^  envoyes  a  I'Acaddmie. 
Le  n**  1  porle  pour  epigraphe  : 

L^esprit  politique  d^une  ^ociet^  se  peint  daos 
sa  loi  successorale.        (Tboplong.) 

La  sr*  2  pOTie  pour  epigraphe : 

Patet  tesiamenta  esse  Juris  naturatis, 

(WOIF.) 

Ges  deux  auteurs  etablissent  que  le  droit  successoral, 
le  droit  testameutaire,  decoule  de  la  nature  des  choses, 
n'est  pas  uue  creation  du  pur  droit  civil. 

Le  raemoire  n°  2  de  celte  annee  a  evidemcnent  pour  au- 
teur  lepubliciste  qui  a  soumis,  Tan  dernier,  le  memoire 
portant  pour  epigraphe  :  Sijeparlais  ma  larigue^  je  par- 
lerais  mieux,  L'Acadeinie  se  souvient  que  si  la  medaille 
d'or  n'a  pas  ele  decernee  alors  a  Tauteur  du  memoire  n**  2, 
c'est  ^  cause  de  Textreme  imperfection  du  style,  du  evi- 
demment  k  une  plume  etrangere.  Celte  annee,  Tauteur,  je 
le  reconnais,  a  beaucoup  corrige  sous  ce  rapport;  mais  je 
dois  dire  que,  tel  qu'il  est,  son  ouvrage  ne  pourrait  ce- 
pendant  pas  etre  imprime  sans  subir  d'assez  nombreuses 
ameliorations  de  forme  :  le  cachet  etranger  reste  trop  for- 
tement  empreint  sur  le  style. 

Quant  au  fond,  je  puis  d'autant  mieux  persister  dans 
mon  appreciation,  que  Tauteur  a  ameliore  et  complete 
cerlaines  parties  :  ainsi,  la  partie  historique,  qui  dtail  la 
plus  faible,  a  ete  remaniee  et  etendue;  et  d'importants 
chapitres,  se  rapportanl  a  la  solution  mSme  de  la  question 


(  384} 

el  au  vrai  caract^re  du  droit  de  succession  considere  sous 
ses  divers  aspects,  augmentent  le  meriie  du  travail  et  le 
signalent  comme  une  oeuvre  d'une  philosophie  pratique, 
sage  et  reflechie. 

Uan  dernier,  le  memoire  dont  je  viens  de  parler  se 
trouvait  en  presence  d*un  travail  concurrent  qui  offrait 
une  solution  dans  un  sens  oppose,  mais  donl  je  signalais 
la  faiblesse.  Aujourd'hui ,  le  memoire  concurrent  (n"*  i ) 
offre  une  solution  identique  et  des  qualites  tout  k  fait  dis- 
tinguees. 

Toutefois,  je  ne  puis  placer  les  deux  m^moires  sur  la 
meme  ligne,  et  je  crois  etre  equitable  et  tenir  un  compte 
exact  de  tons  les  elements  d*appreciation,  en  proposant  de 
decerner  une  medaille  d'or  (le  prix)  au  memoire  n*"  2  et  la 
m^dailie  d'argent  (un  accessit)  au  memoire  n°  i. 

Comme  forme,  comme  style,  le  memoire  n®  1  laisse  peu 
de  chose  a  desirer.  Pour  le  fond,  il  renferme  des  principes 
justes,  raisonnables,  pratiques,  a  cdte  de  donnees  inadmis- 
sibles  qui  sont  pure  utopie,  qui  constituent  des  elements 
de  doctrine  que  I'Academie  ne  saurait  approuver. 

Apr^s  avoir,  dans  une  introduction  philosophique  ud 
peu  declamatoire,  recherche  le  crilerium  de  la  certitude, 
la  vraie  notion  du  droit  et  du  devoir  et  Torigine  du  mal 
dans  la  societe,  Tauteur  divise  son  ouvrage  en  trois  livres : 
le  premier  livre  est  consacre  k  la  recherche  de  Torigioe 
rationnelle  du  droit  de  succession;  il  y  traite  de  la  socia- 
bilite  de  Tbomme,  de  la  solidarity,  de  Tegalite;  il  y  ^ta- 
blit  le  fondement  et  le  caract^re  du  droit  de  propriete,  en 
exposant  les  differents  systemes  relatifs  k  Torigine  de  la 
propriete;  il  y  d^iinit  le  droit  de  succession,  le  droit  de 
tester,  et  il  cite  les  differents  systemes  relatifs  au  caractere 
de  ce  droit.  Le  livre  II  offre  un  coup  d*ceil  historique  sur 


(  385  ) 

le  droit  de  succession.  Quant  au  livre  III ,  Tauteur  se  pro- 
pose, dit-il ,  de  le  consacrer  a  Texamen  des  modifications 
que  nos  lois  successorales  semblent  exiger,  et  des  amelio- 
rations les  plus  immediates  qu'il  y  aurait  k  introduiredans 
la  society. 

Cetroisi^me  livre,  qui  doit  completer  Touvrage ,  n'esl 
pas  achev^,  et  n*est,  parconsequent,  pas  soumis  k  TAca* 
d^mie;  elle  n'a  k  s^occuper  que  des  deux  premiers  livres 
qui  ferment,  au  point  de  vue  de  la  question  mise  au  con- 
cours,  une  solution  suffisamment  compile.  Tel  qu'il  est, 
Touvrage,  comprenant  724  pages,  doit  done  etre  accepte 
comme  repondant  aux  indications  du  programme. 

La  partie  historique  et  la  partie  consacree  k  I'exposd 
des  systemes  sont  assez  faibies,  et  laissent  a  desirer  tant 
sous  le  rapport  de  Toriginaliie  que  de  Tensemble.  Elles 
sont,  suivant  moi,  inferieures  aux  parlies  correspondantes 
du  memoire  n"^  2.  La  partie  philosophique  offre  des  points 
oti  le  sens  pratique  fait  defaut,  et  oil  Tauteur,  qui  semble 
parfois  ffotter  dans  des  idees  contradictoires,  fait  une  trop 
large  part  k  Tutopie,  et  arrive  k  des  solutions  inacceptables. 

Ainsi,  Tauteur  trace  toute  une  theorie  (162,  191, 357) 
sur  le  partage  des  instruments  de  travail ,  et  il  relie  cette 
theorie  k  un  svst^me  relatif  k  la  reserve  testamentaire. 
L'bomme  en  sociele  a  droit  k  des  instruments  de  travail; 
la  society  doit  lui  assigner  sa  part  dans  ces  instruments , 
et  c'est  comme  consequence  de  la  jouissance  de  cette  part 
que  I'auleur  refuse  a  Tberilier  majeur  la  reserve  succes- 
sorale  dans  les  biens  du  pere  ou  du  parent  defunt :  cette 
r^erve,  Tauteur  Taccorde  rigoureusement  aux  mineurs; 
il  la  refuse,  sauf  en  certains  cas,  aux  majeurs,  parce  que 
ces  derniers  ayant  droit  k  des  avances  et  a  des  instruments 
de  travail ,  ayant  la  jouissance  des  uns  et  des  autres,  ont 


(  386) 

obtentt  d^jk  des  avantages  dont  les  mineurs  ont  M  priv^. 

Ces  donn^es,  sor  un  point  fondamenlal  et  organique, 
sont  h  mes  yeux  faasses  et  dangerecises;  elles  se  soDt 
qo'indiqu^,  parce  que  Tauteur  se  promet  de  les  d^ye- 
lopper  et  de  les  organiser,  en  quelque  sorte,  dans  la  troi- 
si^me  parlie  qui  est  la  partie  pratique,  et  qui ,  vous  le 
savez,  n'est  pas  acbev^;  mais  ir  suiBt  de  ces  indications 
pour  se  convaincre  qu*i]  y  a  eu  un  c6t^  faux  et  arbitraire 
dans  les  id^s  de  recrivain. 

Au  reste,  je  rends  hommage  k  T^tude  conseiencieuse 
qu*il  a  faite  de  son  sujet,  k  nne  foule  d*id^es  justes  sur  la 
propri^t^  k  Torigine ,  k  la  nature,  au  fondement  de  laquelle 
il  a  consacr^  de  belles  pages;  il  y  rattacbe  le  droit  de 
famille  et  les  droits  de  succession ,  le  tout  eomme  expres- 
sion, comme  Emanation  du  droit  naturel,  du  droit  aotd^ 
rieur.  —  J'approuve  en  termes  g^n^raux  les  theories  de 
Tauteur  ii  cet  ^gard;  mais  on  comprend  que,  comme  ap- 
plication, une  foule  d'id^es  errontes  ou  de  solutions 
fausses  puissent  £tre  produites,  et  c'est  sous  c?  dernier 
rapport  que  nous  voyons  faillir  Tauteur :  nous  somm^ 
done  amen^  k  ne  lui  assigner  que  le  second  rang.  » 

M.  Arendt,  second  commissalre,  adhere  aux  conclii- 
sions  de  ce  rapport. 


€  Le  m^moire  portant  le  n«  2  a  pour  ^pigraphe  ee 
passage  de  Wolf,  qui  annonce  clairement  quelle  sera  la 
solution  de  Tauteur :  Patet  testamenta  esse  juris  naturaUs. 
Cast  le  m£me,  pensons-nous ,  qui  n*a  pas  ^t^  conronn^ 


(  587  ) 

Tan  dernier  k  cau^e  de  rincorrection  du  style.  L'auleur 
eo  a  refoQdu  quelquea  parlies ;  au  fond ,  Touvrage ,  qui 
nous  avail  d^j^  paru  tr^-recommandable,  a  gagn^  encore; 
mais  la  forme,  par  malheur,  c'est-k-dire  la  langue  et  le 
style,  D*ont  pas  re^u  de  bien  notables  ameliorations.  L'au- 
teur  s'en  excuse  dans  un  avant-propos ,  et  declare  compter 
sur  les  mesures  que  pourrait  prendre  TAcad^mle  pour 
obvier  k  cette  imperfection.  II  n'indique  pas  les  mesures. 
Je  serais  heureux  qu'on  ptit  en  tronver  quelqu^une  qui , 
en  rendant  possible  Timpression  de  ce  travail,  permit  de 
lui  d^cerner  le  prix;  car  les  trois  rapporteurs  s'accordent 
k  juger  que  le  travail  est  bon. 

II  se  divise  en  trois  parties.  La  premiere  est  un  expose 
bistoriquedtt  droit  de  succession  depuis  les  temps  primi- 
tifs,  ou,  pouremployer  Texpression  favorite  de  Tauteur,  de- 
pots les  primordes  de  la  soci^t^  jusqu'k  nos  jours.  L*auteur 
y  jette  un  coup  d'oeil  rapide  sur  T^poque  patriarcale  et  sur 
la  Idgiriatton  des  anciens  peuples  de  TOrient ,  tefs  que  les 
Ittdous,  lesCbinois,  les  H^breux,  les  Arabes,  auxquets 
nous  pouvons  joindre  les  Grecs;  puis  it  passe  successive- 
meiit  en  revue  les  p^riodes  romaiae,  barbare  et  fi^odale, 
r^poque  de  la  renaissaftce,  enfin  nos  temps  modernes. 

La  deoxitoie  parlie  expose  les  doctrines  des  principaux 
eet ivains  nir  le  droit  de  succession,  depuis  les  pfaHosophesr 
de  Tantiquit^  et  les  jurisconsultes  remains  jusqii'aux  f^ 
gisles  de  nolr^nM^.  Les^rivains  allemands  ne  sont  pas 
ouUi^;»  «t,  aprte  avmr  cit^  Fiehte^  Hegel,  Gros,  Krug, 
Hans  ( sqtre pavaiit  confrere),  Drost,  Kireboff,  Rotteck, 
Stably  Tanieiir  resume  p^rlneipalement  la  th^rie  de  Hegel, 
qui  fiit  ca^ittte  siodifi^e  par  Stabl. 

fiansi  la  troisi^e  partie,  il  aborde  la  queslietn  de  son 
cbef.  Il  est  d*avis  que  \e  droit  de  succession  a  sa  source 


(  588  ) 

dans  la  nature  des  cboses ;  et  nous  croyons  devoir  le  f6li* 
citer  d'arriver  k  cette  conclusion  sans  elre  parti  de  telle  on 
telle  definilion  du  droit  naturel.  Chaque  ecrivain  donne 
la  sienne  et  combat  celle  des  aulres.  L'un  fait  entrer  le 
droit  de  succession  dans  la  definition  qu'il  donne  du  droit 
nalurel;  un  autre  propose  une  definition  qui  exclut  au 
contraire  le  droit  de  succession;  ce  qui  n*empeche  pas 
tout  le  monde,  ou  pen  s'en  faut,  d'arriver  k  cette  conclu- 
sion,  que  le  droit  de  succession  doit  exister  dans  toute 
societe  bien  orgauisee.  Suivant  une  autre  marche,  Tau- 
teur  de  notrememoire,  apres  avoir  dit  avec  beaucoup  de 
simplicite  et,  selon  moi»  desens,  que  Tetat  de  society  est 
Tetat  naturel  de  Thomme,  prend  le  droit  de  succession 
comme  un  fait  social  en  quelque  sorte  incontestable  et 
devenu  un  element  inseparable  de  nos  moeurs  :  cela  pose» 
il  le  justifie  en  prouvant  que  ce  droit  s'appuie  sur  tous  les 
sentiments  et  les  instincts  de  Thomme.  II  le  diseute  en 
consequence  dans  ses  rapports  avec  Tindividu  en  particu- 
lier  et  avec  Thumanite  en  general,  avec  la  i^mille^  avec 
r£tat,  avec  le  droit  de  propriety.  II  Tenvisage  ensuile  au 
triple  point  de  yue  des  principes  nouveaux  de  Feconomie 
politique  t  de  la  politique  proprement  dite  et  de  la  juris* 
prudence:  Enfin,  il  s'attache  plus  sp^ialement  au  droit 
de  tester,  et  refute  la  doctrine  qui  considire  le  (estameDt 
comme  une  sorte  de  contrat. 

On  comprend  que  ces  divers  d^veloppements  donnent 
au  m^moire  unie  grande  ^tendue.  Je  ne  sais  toutefois  8*il 
n'y  aurait  pas  eu  moyen  de  le  reduire  quelque  peu  avec 
avantage;  car  j'ai  cru  remarquer  (k  et  Ik  quelques  redites, 
parfois  aussi  des  longueurs.ou  certaine  diffusion  qui  sem- 
bleraient  prouver,  ce  qui  dii  reste  se  con^oit  sans  peine, 
que  Tauteur  n'a  pas  eu  le  temps  de  concentrer  sufiisam- 


(  589  ) 

ment  sa  penste  pour  un  travail  aussi  considerable.  Une 
chose  plus  difficile  k  obteoir,  c'est  la  correction  du  style. 
Au  fond,  je  le  repete,  le memoire  portant  le  n^  2  me parait 
r^pondre  au  voeu  de  TAcademie;  reste  ^  savoir  s'ii  y  a' 
moyen  d*en  rendre  Timpression  possible;. reste  a  savoir, 
en  outre,  si  le  memoire  n''  1 ,  que  je  n*ai  pas  et^  jusqu*a 
present  en'mesure  d*exarhiner,  ne  Temporte  pas  en  merite. 
P.  S.  Depuis  que  j*ai  ecrit  ce  rapport,  j'ai  eu  communi- 
cation du  memoire  portant  le  n""  1 ,  ainsi  que  du  rapport 
qu'en  a  Tait  M.  Faider.  J'adopte  entierement  les  conclu- 
sions de  notre  honorable  confrere  relaiivement  a  un  ou- 
vrage  qui ,  je  dois  le  dire,  me  plait  par  la  hardiesse  et  la 
nouveaute  de  quelques-unes  des  conceptions  de  Tauteur, 
et  je  m*empressede  me  joindre  a  M.  Faider  pour  qu'il  soil 
d^erne  au  memoire  n^  i  une  medaille  d*argent  ou  une 
mention  tres-honorable.  » 

D*apres  le  jugement  des  commissaires ,  adopts  par  ia 
classe,  une  medaille  d'or  a  et^  decernee  k  Tauteur  du  me* 
moire  n°  2,  ayant  pour  epigraphe :  Patet  testamenta  esse 
juris  naturalis;  Touverture  du  billet  cachete  a  fait  con- 
naitre  que  Tauteur  est  M.  Francois  Gabba,  de  Milan;  une 
m^aille  d*argent  a  ^t^  accord^e  a  Tauteur  du  memoire 
n"^  1,  portant  pour  devise  :  Lesprit  philosophique  d*une 
socUti  $e  peint  dans  sa  loi  successorale. 

L*auteur  de  ce  dernier  travail  est  invito  k  se  faire  con* 
naitre  (1). 


(1)  L*Acad6iiiie  a  appris  depuis  que  Tauteur  est  M .  Paul  Voituron ,  avocat 
^  la  Coor  d*appel  de  Oand. 


(  39Q  ) 

OBCXliMB  QUESTION. 

iHoguenc^  franfaise :  r-  Oe  Vinfiuence  d^  la  dvilUatim 
sur  Iq  poisie. 

<  Trois  m^raoires  ont  ^t^  envoy^s  h  rAcad^mie  en  r^- 
poDse  k  la  question  relative  h  Vinflumce  d$  la  eipilisaiion 
sur  la  poesie. 

La  peDs^e  qui  a  inspire  la  classedes  lettres  ea  metiapt 
cette  question  au  concoura,  n'a  pas  ^t^  bien  comprise  p$ir 
tous  les  concurrents.^ 

L'Acaidemie  ne  demandait  pas  une  nouvelle  d^onslra- 
tion  des  rapports  qui,  cbe?  tous  les  peuples  et  a  toutes 
ies  epoques,  ont  n^cessairement  exisle  entre  les  diverses 
phases  de  la  civilisation  et  les  diverses  formes  de  la  po^ie. 
Gette  partie  importante  de  Thistoire  de  la  titt^rature  a  ^t^ 
approfondie  par  les  esprils  les  plus  6minents. 

L'Acad^mie  a  voulu  une  ceuvre  de  saine  critique,  sans 
doute,  roais  aussi,  et  surtout ,  une  oeuvre  se  distinguant 
par  h  forme  iitt^raire,  un  tableau  dessin^  a  grands  traits 
par  la  raison  et  le  gofll,  et  illuming  de  tout  racial  d*an 
style  chaud  et  coior^. 

L'auteur  du  m^moire  n*  1 ,  dont  la  devise  est :  La  Htti- 
raiure  est  Cexpression  de  la  soei^i  (Yillem ain)  ,  a  prfeent^ 
au  concours  un  travail  s^rieux  et  important,  quicomprend 
d*abord  la  synthase  de  la  th^orie  de  Tart,  dans  ses  rapports 
avec.la  qivilisatiQn,  et,  k  I^ppui  de  la  lb4orie,  voe  ^xpQ- 
sition  rapide  des  faits  essentiels  que  pr^senierhistoire  des 
principales  litt^ratures  anciennes. 

Cest  une  ^tude  remarquaUe,  ^crite  avec  ^l^ance  et 


(S9f  ) 

vigueuf;  mais  e'e&t  avant  tout  un  travail  d'^ruditioiiy  ot 
Tauleur  a  entaas^  arec  line  luxueuse  profusion  des  mat^ 
riaux  historiques,  perdant  de  vue  le  plan,  plus  simple  et 
plus  grand,  indique  par  TAcad^mie.  D'ailleurs,  ce  memoire 
n'est  pas  complel.  L'auleur  y  a  donne  de  si  vastes  propor- 
tions, qu*il  n*a  pas  eu  le  temps  de  Tacbeyer.  Apr^s  avoir 
etudi^  le  caract^re  propre  et  les  vicissitudes  de  la  liltera- 
ture  des  Hebreux  et  des  Arabes ,  de  la  litt^rature  de  Tlade, 
de  la  Perse  et  de  la  Cbine,  de  celle  de  la  Gr^ce  el  de  Rome, 
il  a  eie  force  de  s'arreler  au  seuil  des  temps  modernes.  Or, 
je  ne  crains  pas  de  le  declarer  :  k  mon  sens,  Tanalyse  des 
elements  qui  ont  aide  au  developpement  parallele  de  la 
civilisation  et  de  la  litterature  chez  les  peuples  modernes, 
est  obligatoire  dans  le  travail  demande  par  TAcad^mie. 
En  efifet,  le  jour  nouveau  que  le  chrislianisme  est  venu 
r^pandre  dans  le  monde  moral ,  rinflqence  des  races  puis- 
santes  dont  les  luttes  energiques  remplissent  tout  le  moyen 
Sige,  plus  tard,  la  renaissance  des  lettres  anciennes,  la 
discussion  des  questions  religieuses  soulev^es  par  la  r^ 
forme,  toutes  ces  causes  ont  agi ,  d*une  mani^re  decisive, 
sur  la  marche  de  rintelligence  humaine  et  sur  la  direc- 
tion imprim^e  h  la  soci^t^moderne.  Lk  se  trouvait  la  partie 
difficile  mais  essentielle,  commeint^rdt  et  comme  ensei- 
gnemeot,  d^  la  question  mise  au  concours;  et  Tauteur  du 
memoire  o^  1  n'a  pas  mSme  pu  Taborder! 

Le  memoire  n^  2  (devise  :  Mon  cceur  bat  d'avenir  et  ifu 
besoin  des  cieuoo)  rentre  mieux  dans  le  cadre  fixe  par  TAca- 
di^mie.  L'auteur  est  plus  sobre  de  details,  et  ses  apprecia- 
tions rev^lent,  en  g^n^ral,  un  esprit  judicieux  et  i^clairi^, 
Bien  que  la  redaction  n'en  soil  nuilement  depourvue  de 
m^rite,  il  y  manque  le  mouvement  et  la  vie.  Ge  n'est  pas 


(  392  ) 

111  tout  h,  fait  UD  travail  tel  que  rAcademie  est  eu  droit 
d*eD  attendre  de  nos  ^rivains,  dans  una  question  qui  se 
prSte  si  admirablement  aux  seductions  de  la  forme  et  aui 
enlrainements  de  Teloquence. 

Le  m^moire  n"*  3  (devise  :  La  litterature  est  {'expression 
de  la  sociite.  De  Bonald)  est  une  simple  ebauche  litteraire, 
qui  n*est  pas  neanmoins  sansquelque  importance,  comme 
fond  et  comme  forme. 

Le  concours  n*a  done  pas  ete  sterile :  les  memoires  en- 
voy^s  a  TAcademie  aitesteut,  chez  leurs  auleurs,  d'heu- 
reuses  dispositions  developp6es  par  de  serieuses  eludes; 
il  y  a  de  quoi  rassurer  les  amis  de  noire  lilterature  na- 
tionals Cependant,  quelque  incontestable  que  soil  le  m^- 
rile,  sui  generis^  du  memoire  n**  1 ,  je  me  vois  force  de 
conclure  qu'il  n'y  a  pas  lieu  de  decerner  le  prix.  Main- 
tenue  au  concours  de  Tannee  prochaine,  la  question  sera 
trait^e  d'une  mani^re  plus  complete  et  plus  conformeaux 
intentions,  d^sormais  mieux connues,  de  la  classe  des  lel- 
tres.  » 


«  La  classe,  en  mettant  au  concours  la  question  de 
rinfluence  de  la  civilisation  sur  la  po^sie,  avait  voulu 
faire  appel  au  talent  lilteraire  par  un  sujet  qui  comman* 
dait,  en  quelque  sorte,  Telegance  et  la  distinction  dela 
forme.  Ces  intentions  ont  ete  comprises  :  les  trois  concur* 
rents  qui  sont  enlres  dans  la  lice  ecrivent  avec  art;  leurs 
memoires,  quoique  de  valeur  differente,  presentent  tons 
les  trois  des  qualites  de  style  peu  communes  parmi  nos 
auteurs.  Le  succes  de  cette  tentative  pourra  desormaisen- 


(  595  ; 

gager  la  classe  h  la  renouveler^  et  a  faire  entrer  p]ns  soavent 
la  critique  litieraire  dans  le  programme  de  ses  concours. 
Le  memoire  n«  3 ,  portant  la  meme  devise  que  le  n*  1 , 
La  lill&aiure  est  V expression  de  la  society,  se  di vise  en 
irois  parlies  peu  etendaes.  L'auteur  s'attache,  dans  la  pre* 
miere,  a  d^Onir  la  pofeiedans  les  diff^rentes  acceptions  da 
mot.  11  procedeavee  lacidite  a  ce  petit  travail  d*analyse,  et 
exprime  avec  bonbeur  un  genre  d'id^es  qai  n'est  pas  tou* 
jours  Tacile  a  preciser.  La  seconde  partie  est  intitul^e : 
Coup  d'ceil  sur  I'hisloire  ge'nirale  de  la  poisie  dans  ses  rap* 
ports  avec  celle  de  la  cmlisalion,  Quelques  points  culmi- 
nants  de  cette  bistoire  y  sont  rapidement  effleures.  La 
guerre  et  la  religion  sont  les  grandes  preoccupations  des 
soci^t^  primitives.  Les  gloires  divines  et  les  gloires  hu* 
maines  sont  les  premiers  sujets  de  la  poesie.  La  premiere 
forme  est  lyrique  et  narrative.  Les  poemes  religieux  des 
[ndous  et  des  Hebreux  sont  la  plus  baute  expression  de 
la  poesie  antique.  La  Grece  produit  une  poesie  moins 
elevee.  Les  dieux  et  les  beros  d*Homere  sont  faits  pour 
flatter  les  yeux  et  Timagination.  Le  si^cle  de  Pericles 
amene  un  ideal  plus  parfait.  Le  gotit  s*est  forme;  le  drame 
parait,  mais  dans  ces  oeuvres  plus  regulieres,  on  ne  ren- 
contre plus  la  grandeur  du  vieil  Hom^re.  Rome  n'etait  ni 
artiste,  ni  poete;  les  poetes  grecs  viennent  y  r^veiller  le 
sentiment  litteraire.  La  poesie  s*y  revSt  de  la  douce  pbilo- 
sophie  d*Horace;  dans  Virgile,  elle  a  des  accents  et  des 
beautes  de  formes  qui  la  rapprochent  a  la  fois  de  Tid^al 
des  Grecs  et  des  sentiments  dont  se  sont  inspires  les  mo* 
dernes.  GrSice  a  une  nature  plus  severe,  Tid^al  desbarbares 
celtes  ou  germains,  qui  cbantaient  aussi  les  combats  et 
les  guerriers  de  leur  patrie,  a  quelque  cbose  de  plus 
sombre  et  de  plus  m^lancolique  que  celui  d*Hom^re ;  il  a 


(  594  ) 

qudqae  rappart  avec  ie  caract^re  auslere  de  la  religioo  de 
Mo'ise  et  semble  une  transition  vers  Ie  christianisme.  Apres 
la  decadence  romaine,  il  fallait  Ie  spiritualisme  cbretien 
pour  ressusciter  la  poesie.  II  lui  donna  Telement  moral  et 
la  melancolie.  Des  cantiques  et  des  bymnes  furent  ia  seoie 
poesie  des  premiers  Chretiens,  Toute  la  poesie  du  moyen 
age  est  celle  du  christianisme;  la  religion,  la  gloire  et 
Tamour  y  etaient  coafondus.  Dante  et  Petrarque  furent 
de  grands  interpretes  de  Tesprit  du  moyen  ^e.  La  poesie 
arabe  eut  de  Teelat  k  cette  epoque;  elle  ^tait  fort  iuTeniive, 
mais  n'avait  ni  Ie  gout  pur  de  Tart  antique,  ni  Ie  caract^re 
elevede  la  poesie  chretienne.  A  partir  de  la  renaissance,  la 
forme  antique  tend  a  s'allier  h  I'ideal  chretien.  Deux  ecoles 
naissent^  Tune  plus  imitatrice  des  anciens,  Tautre  plus 
originale.  A  celle-ci  se  rattachentleg^niede  Shakespeareet 
de  Milton ,  et ,  en  general ,  la  poetique  des  peuples  du  Nord ; 
dansl'autreserangentsurtoutles  classiques  fran^is.  II  se 
forma  en  France  une  poetique  belle  de  formes,  mais  un 
peu  factice,*  melange  de  I'ideal  grec  et  de  Tideal  chretien, 
Ie  langage  de  la  cour  de  Louis  XIV  adapte  k  des  sujets 
antiques.  Les  poetes  dramatiques  de  cette  epoque  ne  sont 
quelquefois  qu'eloquents,  mais  il  y  a  de  la  poesie  cliez 
Bossuet  et  chez  Fenelon.  La  poesie  de  la  grSice,  de  Tesprit 
et  de  la  gaiete  brilla  particulierement  en  France.  On  n'y 
rencontre  pas  cette  verve  nouvelle  et  ce  g^nie  pittoresque 
qui  avaient  inspire  les  sorci^res  de  Macbeth  et  Ie  satan  de 
Millon.  Le  XVIII"'*  siecle  ne  fit  que  raisonner  en  vers. 
Quelques  ecrivains  cependant  se  rapprocherent  de  la  na- 
ture :  Rousseau  et  Bernardin-de-S^-Pierre  sont  les  vrais 
poetes  de  cette  Epoque.  De  ce  moment  une  prose  riche  et 
nombreuse  Intte  d'influence  avec  le  langage  rhythm^.  En 
AUenu^ne,  un  esprit  severe  et  contemplaiif»  des  mcsurs 


(  395  ) 

paifiiUes  et  independantes  favoriseni  la  concepUon  de 
I  ideal  le  plus  ^lev^.  On  y  retrouve  le  seotiment  cbr^tien 
et  UD  echo  des  sentimeDts  du  Nord.  Le  vide  de  la  vie  dans 
les  civilisations  avanc^  est  une  nouvelle  source  d'inspi- 
ration  pour  Goethe,  dans  son  Werther;  Lamartine  et 
Byron  viennent  y  puiser  aprds  Lui.  A  ieurs  noms  se  ratta- 
cbe  aussi  le  genre  de  po^sie  qui  caracterise  le  mieux  la 
litterature  actuelle,  celle  de  Time  et  de  la  pensee,  ie 
lyrisme  subjectif.  La  muse  du  XIX""*  si^cle  a,  du  reste» 
puise  dans  les  formes  de  tous  les  temps,  dans  les  gouts  de 
tous  les  lieux. 

Gette  seconde  partie  du  memoire  que  je  viens  de  re- 
sumer  eii\  gagne  k  etre  un  peu  plus  developpee  et  plus 
approfondie :  c*est  une  revue  trop  rapide  et  qui  se  borDe  a 
un  trop  petit  nombre  de  gen^ralites.  On  n'y  trouve  pas  ce 
cachet  de  solidite  el  d'^tudes  dont  un  travail  academique 
doit  porter  Tempreinte. 

La  derniere  partie  du  memoire  est  un  peu  plus  etendue 
que  les  deux  precedentes;  elle  est  consacree  k  Texamen 
d'une  seule  question  :  le  progres  de  la  civilisation  est-il 
favorable  ou  nuisible  k  la  poesie?  Le  sentiment  poelique 
se  transforme  souvent;  il  a  des  phases  plus  propices  les 
unes  que  les  autres,  mais  il  est  naturel  k  Thomme  et  ne 
s'eteint  pas;  dans  Tenfance  des  peuples,  la  poesie  est  plus 
intense  et  tout  en  sentiment;  Texpression  en  est  plus 
coloree  et  plus  piltoresque;  mais  plus  tard,  la  civilisation 
eleve  le  beau  ideal ,  le  d^age  de  tout  caractere  materiel 
pour  laisser  dominer  son  cote  intellectuel  et  moral.  La 
pensee  prend  place  k  cote  du  sentiment  et  de  Timagina- 
tion;  elle  elargit  I'horizon  du  poete  et  en  varie  les  aspects. 

Le  vers  a  perdu  dans  Topinion  du  monde,  mais  le  senti- 
ment po^tique  est  encore  vif;  jamais  on  n'en  a  saisi  le  ca- 


(  396  ) 

ractire  el  les  beaat^  avec  plus  de  v^rit^  et  de  justesse.  A 
qaelle  6poque  y  eut-il  des  noms  de  poetes  plus  applaudis? 
Le  roman  aussi,  le  poeme  epique  des  nations  modernes, 
d'apres  M.  Yillemain,  nVt-il  pas  produit  de  nos  jours, 
Walter  Scott?  Dans  les  arts,  ne  sont-ce  pas  de  grands  poetes 
que  Rossini,  Meyerbeer ,- Beethoven ,  Ingres,  Cornelius, 
Canova,  etc.?  La  poesie  de  notre  ^ge  a  pu  ajouter  le  beau 
id6al  Chretien  a  celui  de  Tantiquit^;  Finspiration  comment 
pourrait-eile  s'appauvrir  quand  Tesprit  et  Timagi nation., 
qui  en  sonl  la  source,  se  sont  enrichis?  La  poesie  et  la 
civilisation  tendent  toutes  deux  vers  Dieu ,  ou  la  perfection 
supreme;  mais  Fhomme  n'est  destine  qu'k  s*approcher  du 
beau  absolu;  rien  n'est  stable  ici-bas,  et  la  poesie  conti- 
nuera  a  suivre  la  civilisation  dans  ses  diverses  Evolution's. 

Le  memoire  qui  porte  le  n""  2  et  la  devise :  Mon  cceur  bal 
d'avenir  et  du  besoin  des  deux,  a  plus  d'une  idee  commune 
avec  celui  dont  je  viens  de  parler.  Ce  qui  Ten  distingue, 
c'est  une  confiance  plus  grande  encore  dans  les  de^inees 
futures  de  la  poesie.  L'auteur  ne  craint  pas  de  lui  predire 
une  periode  d'Eclat  et  de  prosperite  sans  exemple  dans  ie 
passe.  II  commence  par  nous  faire  voir  la  succession  nalu- 
relle  des  trois  grands  genres  poeliques.  Toute  pleiue  dc 
Dieu,  la  sociEte  patriarcale  n'a  de  poesie  que  Thymne.  La 
vie  des  cites  et  les  luttes  nationales  viennent  plus  lard 
unir  le  ciel  a  la  terre.  Sous  Tempire  de  la  reconnaissance 
ou  de  I'amour-propre  national,  la  poesie  chante  les  demi- 
dieux  et  les  heros.  c  II  n'y  a,  dit  Fauteur,  qu'uneepoque 
)i  pour  TepopEe  dans  Thistoire  des  peuples  :  c'est  ce  mo- 

>  menl  heureux  oil,  jeunes  encore  et  fiers  des  premiers 
»  triomphes  de  leur  nationalite,  ils  eprouvent  le  besoin 

>  de  repandre  au  dehors  leur  admiration  et  leur  recon- 


(397  ) 

#  Daissailce  pour  les  h^ros  qui  out  illusire  leurs  annales/  b 
L'epoque  da  drame  suit  celle  de  T^popee.  La  poesie  entre 
dans  UI16  voie  nouvelle.  Elle  s'eloigne  du  del  et  des  demi- 
dieux.  L'homme  veut  se  contempler  iui-meme  tel  qu'il  est. 
Ce  cours  r^gulier  de  ia  civilisation  litleraire  se  trouve 
quelquefois  interrompu  par  une  ioflueoce  puissante,  Tiini- 
tation  de  la  civilisation  d*un  autre  peuple  on  d'un  autre 
temps.  La  Grece  eut  son  ^poque  d'imitation.  Mais  les 
poetes  d'AIexandrie  n'arriverent  qu'apres  le  complet  deve- 
loppement  de  sa  litterature  originale.  Rome  fut  moins 
beureuse  :  elle  renon<;a  k  sa  propre  civilisation  pour  cello 
de  la  Grece.  Sa  poesie  y  gagna  Tdl^gance  de  la  forme  et  la 
d^licatesse  dugout,  roais  aux  depens  de  Foriginalit^  et  des 
fortes  inspirations.  Le  genie  moderne  a  son  tour  eut  h 
iulter  contre  Finfluence  litleraire  de  Tantiquite.  L'obstacle 
ne  fut  d*abord  pas  assez  puissant  pour  arreter  son  d^ve- 
loppement  original.  Les  nations  de  TOccident  renouveltes 
par  Vesprit  chreiien  et  par  Tesprit  germanique,  avaien^ 
pour  ainsi  dire  retrouve  le  caracldre  des  peuples  primitits. 
Les  souvenirs  classiques  renfermes  dans  les  cloitres  et  les 
universites,  etaient  sans  action  sur  les  masses.  Les  debuts 
de  la  poesie  moderne  sont  inferieurs  pour  la  forme  a  ceux 
deTantiquite;  mais  le  cbristianisme  y  a  deja  fait  pen^trer 
le  sentiment  de  Thonneur  et  celui  du  d^vouement  de  la 
force  k  la  faiblesse»  que  Tantiquiteignorait.  Aussi,  ausiecle 
de  Louis  IX,  qui  resume  le  mieux  la  civilisation  du  moyen 
age ,  produit-elle  une  s^rie  de  grands  ouvrages  po^tiques, 
comme  Tarcbiteclure  fonde  ses  admirables  cathedrales. 
Mais  plus  lard  le  g^nie  moderne  eut  a  subir  un  plus  rude 
assaut.  La  chute  de  Tempire  d'Orient  ouvritcette  periode 
nouvelle  si  funeslea  Toriginalite  des  peuples  de  race  tu« 
desque  on  romane.  L'antiquite  absorbe  la  poesie  du  moyen 

S"*'  Si:RIB,  TOME  IV.  27 


(  398  ) 

Age.  Soas  LauisXIV  lui-meme,  Tarl  feroplaeeriftiptralton, 
et  rimilation  refroidijl  reQlbousiasme.  La  poesie  n'est  piaft 
r^ho  des  seotimeDts  de  lout  un  peupie,  ce  n*€st  plus 
r^xpression  de  ioute  uoe  civilisatioo,  c'est  la  pensde  d'uae 
cour  brillante.  Supprimez Polyeucle,  Esther,  AlhaUe,vovii 
n'eies  plus  dans  un  milieu  chretien.  Le  siecle  suivant  eoi, 
deplus,  les  funestes  effels  d'une  epoque  de  critique,  d'uo 
temps  de  scepticisme  et  de  demoralisation.  Les  socidt^ 
paienues  n*avaicnt  pour  leur  lillcrature,  comme  pour  Uur 
civilisation,  que  deux  periodes  h  parcourir,  Tepoquo  dd 
creation  et  Tepoque  de  critique.  II  n*y  avait  rien  an  deia. 
Elles  ne  se  relevaient  pas  de  la  decadence.  La  soci^<$ 
chreiienne,  au  coniraire,  quand  elie  a  traverse  eos  deux 
Ages,  tend  k  renaitre.  L'auleur  pense  qu*aujourd'hoi  les 
r^volutiaos  ont  renouveie  la  soeieie ,  comme  avait  fait  Vin-* 
vasion  des  barbares.  La  grande  preoccupation  des  int^to 
materiels  n'est  qu'a  la  surface;  dans  les  profondeurs  de  la 
society,  ilse  fait  un  travail  tout  oppose.  La  civilisalion  qui 
se  prepare  est  une  des  plus  completes  de  Thistoire;  c*en  esl 
iait  aujourd*hui  de  rimilation ;  rinsptraiion  est  redescen- 
due  du  ciel.  Nos  poetes  lyriques  depassent  de  loin  ceax  de 
Tepoque  prdcedenle.  lis  s*animent  de  la  pensee  du  siecle. 
Quand  cette  pensee  spiritualisle  et  chretienne  qiii  est  aa 
fond  de  la  society,  se  sera  melee  k  toule  la  masse  sociale, 
c  quand  les  inler6ls  du  ciel  remporteront ,  daos  nos  affec* 
»  tions,  sur  les  biens  de  la  terre  et  remueroot  fortement 
»  lesenirailles  du  siecle,  alors,  n*en  douiez  pas,  il  naltra 
9  parmi  nous  une  poesie  si  belle,  si  imposanle,  que 
9  loulescelles  qui  ont  precede n*en  paraitront  querombre : 
»  ce  sera  la  po^ie  du  chrisiianisme,  e'est*ii-dire  de  la 
»  civilisation  la  plus  parraite  qui  puisse  se  developper 
»  dADtcemonde.  » 


(  5§9  ) 

Vou$  voyez,  Messieurs,  que  Tauteur  ^it  sous  Fin- 
flu6Dce  de  vives  coavicUoDS.  Ses  ideas  s^^achaiDenti  son 
point  de  vae  est  ^ieve  et  son  style ,  dont  ud  resume  aus^i 
rapide  oe  peut  donner  I'idee »  a  de  i'etegaoce,  de  la  eba- 
leur  et  uq  certain  eclat.  Comme  Tauieur  du  memoirs 
prudent,  il  prouve  que  lelemps  doit  elever  et  epurer  d^ 
plus  eo  plus  rideal  de  la  poesie;  luais  rinspiratioa  sui- 
vra*t-elle  le  meme  progres?  Les  deux  ^rivaios  glisseoi  sor 
ce  cdi^  dela  quesiiou  d'od  depend  cependant  presque  tout 
le  sort  futur  de  la  poesie. 

Je  passe  au  m^oire  n""  1 ,  portant  la  meme  devise  q:i|e 
le  n""  3.  CesI  uu  travail  d'un  tout  autre  ordre  par  les  pro- 
portions que  Tauteur  lui  a  dopntes.  Le  premier  memoire 
que  je  viens  d'aualyser  aurait,  dans  notre  recueil  des  m^- 
moires  couronoes,  une  etendue  de  moins  de  vingt  pages, 
le  second  n*en  aurait  pas  ireute,  celui  dont  je  m'occupe 
eu  ce  moment,  est  neuf  ou  dix  fois  plus  considerable. 

A  U  partie  th^orique  et  generale,  Fauleur  a  joint  un  coup 
d*<»il  sur  les  lilt^ratures  orientates.  II  s'oceupe  ensuite  de 
rbistoire  de  raaiiquile  cia^isique,  dan&  sea  rapports  avec 
la  civilisation^  et  tlnit  par  r^sumer  ses  vues  sur  niisloire 
de  la  poesie  au  moyen  ige  et  dans  les  temps  modernes* 
La  partie  capitate  de  son  travail  est  eelle  qui  concerne  la 
podsie  grecque  et  latine.  il  ne  se  borne  pas  k  une  appre- 
ciation gdn^le;  chacun  des  grands  poetes^de  Tantiquite 
Toccupe  a  son  tour,  et  vient  prendre  sa  place  dan&  cetle 
brillante  galerie.  Dana  rintroduciioB,  oil  iUdeveloppe  sa 
tbtorie,  Tautjeiir^  comme  ses  deux  eoncurrents^  expose  la 
successi<]^n  des  trois  &ges  poeti^ues,  dont  la  critique  Iiitl4- 
raire  ds  nos  jouf  s  a  emprunie  rideekViaoo :  r^poquediviM 
ou  tb^rali^ue ,  Tepoque  hi&roiq<ue,  Tegoque  humaiiie. 


(  400  ) 

'  '  L*imagiiiation  des  peuples  enfants  symbolise  les  forces 
de  la  nature.  Les  premieres  formes  de  la  pens^  religieuse 
varient  suivant  le  climat,  mais  partout  Thymne  est  le  ca- 
ract^re  originel  de  la  poesie  :  c'est  la  theocratie  qui  Fin- 
vente  et  le  propage.  A  cot^  de  cette  poesie  sacerdotale 
nalt  le  chant  populaire  epico  -  lyrique  :  c'est  Texplosion 
instinctive  du  coeur  humain,  comme  Thymne  est  le  cri  de 
r^me.  Cette  premiere  seve  prend  ensuite  une  direction 
determinee,  et  se  d^veloppe  en  suivant  les  phases  de  Torga- 
nisation  sociale.  L'epoque  des  guerres  suit  Tepoque  reli- 
gieuse. Alors  se  forme  Tesprit  national.  Les  chefs  sont 
divinises  par  la  reconnaissance  publique,  et  F^popee  nalt 
sous  les  auspices  de  Taristocratie  hero'ique.  II  semble  que 
tout  un  peuple  ait  travaill^  k  ces  monuments  gigantesques. 
L'art  apparait ,  mais  il  est  encore  sans  preoccupation  per- 
sonnelle. 

Rassur^  centre  les  envahissements  du  dehors,  les  peu- 
ples se  consolident  au  dedans;  les  institutions  se  fondent, 
Tordre  s*etablit;  les  partis  se  ferment;  Fesprit  cherche 
ses  voies;  des  fetes  reunissent  les  populations,  qui  decer- 
nent  des  recompenses  au  courage,  k  la  force,  a  Fintelli- 
gence.  La  poesie  se  fait  F^cho  de  tons  ces  ^v^nements : 
c'est  le  lyrisme  sous  sa  forme  subjective.  II  porte  le  cachet 
de  la  personnalite  du  poete.  La  divinity  n'est  plus  sur  le 
premier  plan ,  comme  dans  le  lyrisme  religieux  :  le  poete 
chante  la  patrie  et  les  h^ros;  Fode  remplace  Fhymne; 
Pindare  succ^de  k  Orphee. 

L*art  eproHve  ensuite  le  besoin  de  concentrer  ses  forces 
disseminees,  pour  presenter  k  tout  un  peuple  Fimage  ideale 
de  la  destin^e  humaine.  Ce  n'est  plus  F^poque  des  grands 
ev^nements  qui  d^cident  de  Fexistence  des  nations.  On 
veut  voir  repr^senter  la  vie  en  action ,  le  conflit  des  pas- 


(  401  ) 

sions,  la  lutte  des  caracteres ,  la  divinite  iQterveoaat  pour 
trancher  le  noeud  des  situations  inextricables. 

Bien  des  siecles  d'organisation  et  de  vie  nationale  sont 
necessaires  a  cette  eclosion  du  drame.  Cart  a  desormais 
'pleine  conscience  de  son  but  et  de  ses  moyens.  Le  gout  est 
form^:  c'est  Tapog^e  de  la  poesie,  non  comme  inspira- 
tion, mais  comme  art. 

L'^poque  od  le  drame  fleurit  est  ce  moment  bien  court 
de  la  vie  des  peuples  ou  ils  jouissent  de  tons  les  tresors 
iniellectuels  et  mat^riels  et  sont  deja  sur  la  pente  de  la 
decadence,  pr6ts  k  se  corrompre  par  un  exc^s  de  civili- 
sation. 

La  comedie,  qui  veut  arrSter  la  decadence  morale,  la 
precipite  elle-mSme,  et  en  est  le  premier  reflet :  c'est  la 
peinture  d'une  soci^t^  vieillie  dont  le  scepticisme  sape  les 
fondements  :  c'est  Tepoque  d'Aristophane  en  Grice,  de 
Moli^re  et  de  Beaumarchais  en  France.  Dans  la  vieillesse 
des  peuples,  les  traditions  s'eifacent  et  avec  elles  les 
croyances  na'ives.  La  patrie  n'inspire  plus  les  poeles.  Les 
int^rSts  materiels  elouifent  I'ideal.  La  reflexion  a  delrone 
I'intuition.  La  poesie  ne  s'attache  plus  qn'k  la  forme  et  ^ 
rimitation.  Mais  Tenthousiasme  et  le  g^nie  ne  sont  pas 
^teints  dans  r&me  humaine.  La  predominance  du  principe 
subjectif  donne  un  caraclere  lyrique  k  Tinspiration  indivi- 
duelle ,  et  la  satire  est  la  dernidre  protestation  de  la  vertu 
contre  le  vice  triomphant :  c'est  la  p^riode  alexandrine, 
c'est  celle  de  la  decadence  romaine;  c'est  le  temps  oil 
nous  vivons. 

Ainsi,  rhymne  sacerdotal  est  le  cbantpopulairedans 
Tenfance  des  peuples;  T^popee  dans  leur  jeunesse;  I'ode 
dans  leur  adolescence;  le  drame  dans  lenr  age  mur;  la 
poesie  artificielle,  la  didactique,  la  satire  et  la  critique 


(.  40i  ) 

dftns  leur  vieillesse  :  yoWh  le  coars  naturel  de  la  po4tie 
chez  les  grands  peuples  oti  le  prioeipe  de  riimtatioii  me 
vient  pas  entraver  sa  marche. 

La  poesie  natt  et  se  d^veloppe  sous  la  double  influence 
de  la  tradition  et  de  la  liberty.  La  liberie  est  le  levier  du  ' 
pFogr^s  dont  la  tradition  est  le  point  d*appuL  L*accord  de 
ces  deux  principes  est  le  point  culminant  de  Tart  comme 
de  la  civilisation.  Quand  la  liberty  fait  divorce  avec  Tes- 
prit  traditionnel ,  la  decadence  est  eommencee.  Si  queique 
principe  nouveau  ne  vient  pas  regen^rer  la  society,  les 
peuples  perissent  avec  Tart  et  transnoettent  k  d'autres  ie 
flambeau  de  la  civilisation  morale.  L'art  alors  pent  encore 
recommencer  ses  Evolutions  ^  si  Torganisme  de  la  soci^tE 
renferme  un  principe  assez  original,  assez  vivace  pour 
ftire  jaillir  la  poEsie  de  Tame  du  peuple;  mats  si  le  prin- 
cipe de  Fimitation  triompbe,  la  loi  du  d^veloppensienl  que 
nous  venous  de  constater  ne  se  retrouvera  plus. 

DieU)  rhumanitE,  h  nature  :  voilk  le  triple  domaine 
que  chaque  race  envisage  sous  un  aspect  difl'erent.  Trois 
civilisations  dominent  Thisloire  inlellectuelle  de  Tbuma- 
nit^:  la  civilisation  orientale  ou  la  theocratic,  qui  pro- 
duit  ie  sublime  en  an^anlissant  le  fini  devant  Tinfini ;  la 
civilisation  pa'ienne  ou  le  polyibeisme,  marqu^dans  Tart 
par  ranihropomorpbisme,  qui  idealise  la  persounehu- 
matne  par  la  fusion  iotinoe  d^  Tintini  et  du  fini :  c^est  le 
beau  proprement  dit;  la  civilisation  moderne  ou  le  chri^ 
tianismer^tablissant  la  nature  bumaine  dans  sa  dignity 
vis-k-vis  de  Dieu  et  d^clle-meme  et  creant  la  notion  veri* 
table  des  rapports  du  fini  et  de  Tinfini :  telles  sont  les 
idees  generates  qui  servent  d'introduction  au  m^moire* 

Les  considerations  qui  suivent  sur  la  poesie  derOrieni 
sent  n^essairement  sommaires  pour  chaque  peuple,  mime 


(  403  ) 

pOUf  le§  Htf^Qx  et  t>oiir  riode,  qui  y  tiefiMtit  le  pltii  d6 
pUee.  Cest  seulemeat  dans  Thistoire  de  la  litt^r^iure 
grecque  et  latine  qu'ellcs  s'etendent  et  se  preeisent.  C*est 
Ik  que  reside  le  veritable  meriie  de  Pouvrage.  Sans  porter 
rempreinte  d'une  originality  proronde»  la  critique  de  Fau** 
tear  est  elev^e ,  judieieuse  et  nourriede  fortes  Etudes.  Sod 
style  passe  de  la  simplicity  a  Tcclat^  de  Tenergie  a  la  gr&ce, 
avec  une  ^I^ante  souplesse  et  une  parfaite  convenance. 
Comnie  il  n'est  guire  possible  de  resumer  dans  un 
rapport  les  appreciations  de  tant  de  talents  divers  et  deil 
iuRuences  sous  lesqnelles  ils  se  sont  d^velopp^s,  je  liie 
boroerai,  pour  donner  une  id^  de  la  mani^re  de  Tau** 
teur,  k  faire  ici  deux  citations.  Je  choisis  deux  passages 
d'un  caract^re  different  et  resserrds  dans  des  linfiites  asset 
^troites  pour  ne  pas  trop  allonger  ^e  rapport.  Voict  le 
tableau  de  la  decadence  de  la  poisie  latine  sous  les  suc^ 
cesseMrs  d'Auguste. 

€ J'ai  dit  tout  k  Theure  que  la  poteie  6tait  morte 

pour  un  demi'Si^cle;  elle  tenta  cependant  de  se  rd- 
VQiller  k  differents  intervalles;  mais  chaque  fois  elle 
^tait  iotdSie  sous  le  talon  des  C^ars^  de  ces  monsttes 
sanguiaaires  y  furieux  ou  imbeciles,  dont  les  noms  soul 
retemel  opprobre  de  Fesp^ce  humaine.  Aucune  sup^^ 
riori(^  ne  pouvait  vivre  en  face  des  Tib^re,  des  GaKgi^la 
^t  des  Claude,  qui  n^avaieut  pour  ministres  que  lar 
poison,  la  coDfiscaiion,  Tassassioat,  U  d^baudie.  La 
po^ie,  disK>ns  iiiieux>  Tart  des  vers,  senable  sortir 
cooame  de  la  tombe  sous  Neron,  cet  histrion  couroim^^ 
et  devient  la  passion  d^s  esprits  cQUivi^$  do  temps. 
Quelle  poi]|vai(  etre,  au  milieu  de  rabjectiou  g^n^ralo 
des  caract^res  et  de  la  corruption  universelle  des  mcBurs, 
cette  poiteie  qui  s*<iiend  de  S^n^que  k  Juv^al?  L'inspi- 


(  404  ) 

Miration  spontanee  n'est  plus  possible,  eicept^  pour  la 
»  satire  y  quand  elle  trouvera  un  soupirail  pour  exhaler 
»  son  indignation  vertueuse. 
»  Les  souvenirs  du  pass^  sont  une  autre  source  de 

>  po^sie,  mais  Toppression  du  moment  doit  la  reodre 
»  infeconde.  Le  sto'icisme ,  seule  ressource  centre  la  ty- 

>  rannie,  pourra  iuspirer  ia  baioe  centre  le  viceet  rendre 

>  la  vertu  impossible  par  des  maximes  saos  application 
»  dans  la  vie;  ne  pouvant  apprendre  a  bien  vivre,  il  en* 
»  seignera  Tart  du  suicide,  en  faisanl  croire  an  n^ant; 
»  mais  il  detruira  la  poesie  en  substituant  les  froids  cal- 
»  culs  du  raisonnement  a  Tinspiration. 

»  Qui  fera  done  naitre  Tenthousiasme?  sera*ce  la  reli- 
1^  gion?  Le  scepticisme,  Tironie,  la  corruption  Tont 
»  eteinte  depuis  longtemps  dans  T^me  des  Remains.  Sera- 
»  ce  la  patrie?  Elle  n'a  jamais  ^le  que  la  cit6;  et  mainte- 
»  nant  la  cit^ ,  c'est  le  monde.  Quand  la  patrie  est  partont, 

>  elle  n*est  nuUe  part.  Rome  n'a  pas  encore  ecoul^  la 

>  voie  qui  crie  :  Tons  les  hommes  sont  freres;  Dieu  est 

>  leur  p^re  k  tons,  et  la  patrie  commune  est  le  ciel. 
»  Sera-ce  Tamour  qui  inspirera  la  poesie?  Mais  k  Rome 
»  on  ne  connait  plus  que  le  libertinage  le  plus  d^ver- 

>  gonde.  La  vie  du  peuple  an  moins  ne  peut-elle  feconder 
»  le  champ  de  la  litt^rature?  Mais  jamais  le  peuple  n*a 
»  compte  que  dans  cette  formule  :  Senatus  papiUtuque 

>  romanus.  Aujourd'hui  Rome  n*apparait  plus  que  sous 
»  ies  traits  d'un  tyran  cruel  et  d^prav^  devant  qui  Ton 
»  tremble ,  ^  qui  m£me  on  rend  hommage  de  ses  assassi- 

>  nats.  Yoilk  Tidole,  voilk  ledieu  qu'on  encense ,  aux  pieds 
»  duquel  la  poesie,  pour  avoir  droit  de  vivre,  doit  s*age- 
]>  nottiller,  s'avilir,  se  prostituer  jusqu'k  ce  que  le  tyran, 
p  faliguc  de  la  graode  voix  des  Muses,  envole  aux  poetes 


(  405  ) 

»  Fordre  de  mourir.  Demandez  k  S^n^ue,  k  Lucain ,  k 
»  Martial ,  ils  vous  r^pondront.  La  flatterie  la  plus  ebonite 
»  est  de  ven  ue ,  proh  pudor !  I  a  muse  \  nspi  ra  trice  des  poetes 
»  de  ce  siecle.  > 

En  parlant  da  peuple  hebreu,  Tauteur  consacre  au  de- 
sert et  k  son  inflnence  les  remarqaables  lignes  qui  suivent : 

€....  Le  desert,  d'ailleurs,  en  avait  fait  le  peuple  de 
»  I'unite.  La  solitude  dans  Timmensite  n'a  queDien  pour 
»  ^cbo.  Rien  n'y  distrait  la  pensee  dans  Tocean  divin 
»  qui  Tenvironne  de  toute  part.  La  nature  n'y  6tale  pas 

>  ces  eharmes  seducleurs  qui  s'interposent  entre  I'Sime  et 

>  Dieu,  et  font  confoodre  Foeuvre  avec  Foavrier.  L'homme 
»  y  sent  mieux  son  neant  en  presence  de  Finfini.  Lorsque, 
»  elevant  ses  regards  de  celte  terre  aride  qui  le  porte,  il 
»  plonge  son  imagination  dans  cet  horizon  sans  bornes 
»  et  dans  la  transparence  de  ce  ciel  limpide  oil  k  tout 
»  moment  il  croit  voir  apparaitre  face  a  face  Finvisible 
»  dans  toute  sa  majesle,  les  mysteres  des  nuits  oil  le  nom 
»  du  Tr6s-Haut  se  lit  en  caracteres  de  feu  sur  les  pages 
»  ^tincelantes  du  firmament,  Fimmensit^  de  Fombre  qui 
»  replie  Fkme  sur  elle-m£me,  le  vent  du  desert  qui  secoue 
»  la  tente  du  pasteur,  tout  cela  ninspire-t-il  pas  des  son- 
»  ges  pleins  de  magnificence  et  d'une  religieuse  terreur? 

>  L'essor  de  Fame  n'y  est  jamais  comprim^  par  la  ty- 

»  rannie.  L'homme  est  libre  et  ne  reconnaft  que  Dieu  pour 

»  son  seigneur  et  mailre.  La  vie  y  est  prisee  ce  qu'elle 

»  vaut :  une  halte  d'un  jour  dans  Fimmensit^  de  Fespace  et 

»  dansFeternitedela  duree.  Celte  tente  qu'un  coup  de  vent 

»  va  emporter  ne  rappelle-t-elle  pas  la  fragility  de  la  vie? 

»  Cette  marche,  enfin,  sans  tr^ve  et  sans  repos,  n'est-elle 

B  pas  Fimage  de  cette  terre  d'exil ,  de  cette  valine  de  lar- 

»  mes  oil  Fhomme  est  condamn^  a  manger  son  pain  k  la 


(406) 

It  sttMtr  de  $(m  ftoot?  Voilii  U  riyee  d'A^ftbam  ini  U 
»  peosto  e&i  frapp^e  ii  TeHigie  do  d^rt« 
>  Quel  sera  le  caracii^re  g^o^ral  de  la  po^ie  ches  uq 
tel  peuple?  Ce  sera  Thymne  enflamme  qui  cbaole  la 
gloire,  la  grandeur,  la  majesty  de  Dieu.  Les  ^ieux  racon- 
teroQt  la  gloire  du  Tres-Haut.  Le  coeur  de  rhoainae  S6 
fondra  d'adoiiratioa  et  de  reconpaissaoce  devaut  les 
merveilles  de  la  cr^aliou  et  les  bieDfails  que  la  main 
divioe  r^paud  sur  la  race  b^uie.  Ce  D*est  pas  Tart  qu'il 
faudra  chercher  dans  cetle  po^sie  grande  et  simple 
comme  led^rt,  et,  comroe  lui,  kpre  et  brulan(e.Non» 
cetle  poesie  est  au-dessus  de  Tart,  parce  qu'elle  est  Tacte 
le  plus  importaot  de  la  vie,  rhommage  spoolaoe,  libre, 
imperieux  de  r&me  p^neir^e  de  reeoiiDaissaoceeld'on^ 
saiote  terreur  poor  le  souverain  maiire  de  la  lerre  el 
des  cieux..o  > 
Uoe  ceuvre  de  ce  genre » il  est  k  peine  besot n  de  le  dire» 
renrerme  D^cessairement  plus  d'uue  appr^iaiioo  contes- 
table, plus  d'uoe  id^doot  tous  oous  D*accepterioQ8  pa^  la 
solidariteeuii^re^  L'Acad^miei  eu  couronnant  un  qi/^moire, 
n*eii  partage  pas  n^cessairemeut  toutes  les  doctrines :  cela 
esl  plus  vrai  eocore  d*un  coocours  qui  a  particuli^reroeot 
la  forma  litt^aire  pour  objet.  La  rapidili^  avec  laquelle  il 
a  fallo  r^diger  uu  travail  aussi  ^teodu  a  dii  y  laisser  quel- 
ques  imperfectioDS  de  details ,  et  u*a  pas  perniis  d*eYiter 
tootes  Ie3  lacuoes.  Ainsi,  dans  la  revue  des  poeles  laiins, 
si  Lucr^  o'est  pas  coxupl^tement  oubli^  il  u'obiieat»  ce- 
peodaut,  qu'uo  i^loge  tr^-sommaire. 

Apr&s  s'itre  eleve  avec  rigueur  contre  le  defaut  d'ori- 
ginalii^  de  la  liiteraiure  latine,  rauieur,  pour  etre  juste, 
e6t  d4  mettre  dans  tout  son  jour  cette  vigoureuse  flgure. 
Una  ^uergte  grossi^re,  si  Ton  vent,  parfois  mtoie  brutale. 


(  *07  ) 
doiiBe  h  Luerke,  malgr^  )e»  theories  greequ^s  expot^ 
dans  SOD  poefae^une  originality  qiii  eo  fail  peuMire  U 
plus  national  des  poetes  de  son  pays. 

En  signalant,  dans  les  derniers  temps  de  la  po^sie 
greeque,  le  merile  de  Theocrite,  si  sup^rieur  a  son  ^poque^ 
le  m^flfioire  n'insisle  que  sur  ses  poesies  pastorales  et  laisse 
dans  i'ombre  les  brillantes  faces  de  son  talent  auxqueli^s 
sont  dus  les  Dioscures,  le  Combat  d'Bercule  contre  k  lion, 
la  Description  du  domaine  d'Augias,  VEpithalame  d'Helem 
et  les  Syracusaines.  N*esl-ce  pas  aussi  k  la  precipitation 
da  travail  qu'il  faut  altribaer  cette.  phrase  sur  Terence? 
«  La  decence^  le  bon  goflt,  en  un  mot,  toutes  les  bien^ 
»  seances  socialeset  the&trales  sont  observees  dans  le  lao* 
»  gage  et  dans  la  conduite  des  pieces. »  A  cdtiSdelas^v^ril^ 
que  r^crivain  montre  ailleurs  pour  les  faiblesses  morales 
de  rantiquit^,  on  est  surpris  de  cette  indulgence  extreme 
envers  Tauteur  de  VEunuchus  et  de  VAndria.  Dans  la  revi- 
sion qu*il  se  propose  de  faire  subir  k  sontravail,  ainsi  qu*il 
nous  Tapprend  dansune  note,  il  fera  aisdment  disparalir^o 
des  inadvertances  de  ce  genre  qui  ont  peu  de  portee  et  m 
tQuqhent  pas  k  Tensemble  de  Touvrage. 

Messieurs,  quel  que  soit  le  merite  des  deux  premiers 
m^moires,  dont  je  viens  de  vous  eniretenir ,  le  troisi&me 
a  sur  eux  une  telle  superiority  d'importance,  qu'aucunf 
hesitation  n*est  possible  sur  le  rang  qu*il  convient  de  lui 
assigner  dans  le  concours.  Ce  memoire  ne  cootient  sur  )g 
po^sie  du  moyen  kge  et  des  si^cles  suivants  que  quelques 
vues  tres-generales  sans  developpements  ni  applications, 
P^apres  les  intentions  qu*il  annon^ait  k  la  fin  de  son  in^ 
troduciion ,  Tauleur  n'avait  pas  le  projet  d'entrer ,  sur  cette 
partie  de  Thistoire  de  la  po^sie,  dans  des  analyses  aussi 
detainees  que  pour  la  poesie  grecque  et  roroaine;  mais  le 


(  408  ) 

tableau  synthetique  par  lequel  il  comptail  finir,  devait 
probablement  avoir  plus  d*etendue  que,  faute  de  temps,  il 
n'a  pu  lui  en  donner.  Dans  une  note  ajoutee  k  la  fin  du 
memoire,  il  s'engage  formellement  k  completer  son  tra- 
vail, s*ii  obtient  les  suffrages  de  ses  juges.  Les  exigences 
de  la  classe  doivent-eiles  aller  jusqu*a  vouloir  que  la  poesie 
des  peuples  modernes  soil  traitee,  dans  le  memoire,  avec 
Je  meme  d^veloppement  que  cetle  de  Tantiquil^?  La  ques- 
tion ,  telle  qu'elle  etait  posee ,  ne  faisait  pas  une  loi  aux 
concurrents  d*un  travail  complet  sur  Thisloire  de  la  poesie, 
et  le  memoire ,  sous  ce  rapport,  va  bien  au  delk  de  ce  qui 
etait  indispensable.  L'auteur  possede  des  connaissances  si 
etenduessur  la  litterature  ancienne,  qu*il  ne  faudrait  pas 
s'^tonner  qu'elle  ait  ^t^  pour  lui ,  dans  ses  eludes,  Tobjet , 
sinon  d'un  culte  exclusif,  au  moins  d'une  preference  mar- 
quee. L'obliger  k  donner  une  egale  etendue  a  ses  conside- 
rations sur  la  poesie  moderne,  ce  serait  peut-6tre  Texposer 
^  faire  moins  bien  et  k  diminuer  la  valeur  de  son  ouvrage. 
Puisque  le  concours,  malgre  ce  qu'il  a  de  nouveau  dans 
nos  usages,  r^pond  si  pleinement  a  nos  intentions  et  nous 
offre  une  oeuvre  remarquable ,  empressons-nous  de  la  cou- 
ronner  sans  imposer  de  conditions  nouvelles  et  en  laissant 
une  assez  grande  liberte  sur  la  maniere  de  la  completer. 
L'auteur,  qui  parle  de  la  Belgique  comme  de  son  pays, 
doit  s'dtre  pen  produit  devant  le  public  jusqu'aujourd'hui , 
ou  avoir  profond^ment  transforme  sa  maniere  d^^crire.  La 
classe  s*applaudira  d'avoir  pu  mettreen  lumi^re,  par  son 
concours,  un  talent  solide  et  plein  de  ressources,  etde 
Tavoir  appele  k  se  d^ployer  dans  cette  partie  la  plus  elevte 
de  la  critique  litteraire  od  se  sent  exerc^s,  cbez  nous ,  des 
ecrivains  distingues,  mais  jusqu'k  ce  jour  fort  pen  nom- 
breux.  * 


(  409  ) 

M.  Polain,  troisieme  commissaire,  tail  ud  rapport  ver- 
bal et  declare  adherer  aux  conclusions  presentees  par 
M,  De  Decker. 

A  la  suite  d'une  discussion  approfondie,  la  classe  a  de- 
cerne  la  medaille  d'or  k  I'auteur  du  memoire  n°  1,  en  ex- 
primant  le  desir  de  voir  completer  le  travail. 

L'auteur  du  memoire  couronne  est  M.  Ferdinand  Loise, 
docteur  en  philosophie  et  lettres,  professeurde  poesie  au 
college  de  Tongres. 

TR01Sli:ME  QUESTION. 

Quelle  a  etS  influence  liltirairey  morale  el  poUtiqiMj  des 
sodeles  el  des  chambres  de  rhetorique  dans  les  dix-sept 
provinces  des  Pays-Bas  et  le  pays  de  Liege  ? 

Outre  la  medaille  academique,  le  laureat  du  concours 
recevra  de  la  Soci^te  royale  de  Wyngaerd  une  medaille  de 
vermeil. 

€  En  mettant  au  concours  la  question  de  Tinfluence 
litt^raire,  politique  et  morale  des  societes  et  des  chambres 
de  rhetorique  dans  les  Pays-Bas,  TAcad^mie  a  voulu  s'en- 
qu^rir  d'un  des  plus  remarquables  ph^nom^nes  que  This- 
toire  observe  dans  la  vie  des  peuples  beiges.  L'histoire  de 
nos  chambres  de  rhetorique ,  c'est  presque  toule  Thistoire 
du  peuple  flamand  dans  sa  gloire  el  dans  sa  decadence; 
c'est  Thistoire  de  ses  luttes  centre  le  pouvoir  en  faveur  de 
la  liberte  individuelle,  de  la  liberty  de  penser,  de  la  liberie 
de  conscience. 

II  est  digne  de  remarque  qu'au  moment  ou  la  raaison  de 
Bourgogne  ajoute  successivement  nos  diff^rentes  pro- 


( *io ) 

ipinc^  a  sau  apaaage,  pour  ra  faire  ua  aeul  tout  aux  de- 
pens  dea  lilmri^s  de  ch^cun^  qu*au  moBdeot  od  lea  corps 
et  m^iiers flechissent  sous  le  poids  des  revers,  ces  corps ^t 
metiers  appeilent  k  leur  aide  des  sociei^s  dotit  Texistence 
venait  k  peine  d'etre  constalec;  le  bras,  &e  sentanl  faiblir, 
dcmaudeun  appui  a  riolelligeDce.  L'iasliDCt  de conserva- 
tion et  une  vague  pensee  de  grandeur  n*eiaient  sansdoute 
pas  elrangers  a  celle  union  enlre  la  force  physique  et  la 
force  inlellecluelle. 

C'eiait  vers  le  milieu  du  XV"**  siecle.  Depuis  on  voit  les 
Pays-Bas,  toujours  grandissant  en  etendue  territoriale, 
croilre  en  richesses  par  le  commerce  et  Tindustrie,  et 
promelire  de  prendre  le  premier  rang  parmi  les  £tai$  de 
^Europe. 

Uu  peuple  sans  bomog^o^t^  polittqiie  o«  adminialraliire 
se  rdunit  par  une  communauie  de  liens  qu'il  se  donne  lui- 
ipSme  dans  un  but  de  bien-etre  materiel,  produit  du 
travail  et  de  jouissances  intellectuelles;  bientdt  il  etead 
cette  communaute  au  delk  des  pays  seumis  aux  dues  de 
Bourgogne :  c  est  le  spectacle  que  donnenl  les  Pays-Bas  au 
comai6Q0eBieat  du  XVP'  sidcle,  alor s  que  la  banse  portait 
noa  produils  dans  toutes  les  r^ions  de  la  terre  coQaue,  et 
qiie  marebands  et  gentilsbommes  prelaient  kurs  riet^ss^ 
et  r^clat  de  letir  Bom  a  ees  splendides  fete»de  rbetorique 
qui  furent  l*expreasioQ  la  plus  complete  de  la  yitalite  du 
sitele. 

Uae  instruction  publique  tres^repandue ,  T^ltteatioiii 
&i3ant  parlie  de  Tenseignemeiit^  nu  g4)ut  geo^fal  et  forter 
meat  prooionco  pour  les  beaux-arts  et  la  Huerature,  aur- 
tout  une  tendance  irresistible  k  puiser  dans  la  Bible  les 
precepteade  la  vie  aoeiale  ei  religieuae :  voila,  je  erois,  le 
XVP*  «i^le  cfaes  uom  dana  c«  qii*il  a  da  pliiui  frai^j^am 


(  4H  ) 
p<mr  Id  mouvemeol  iniellectiiel.  Ce  mouvemept  ae  vdit, 
suriout  daos  les  cbambres  de  rh^lorique,  bient^l  mena* 
cees  par  le  pouvair,  qui  Q*avait  pas  reussi  a  en  faire  son 
iQstrument.  La  menace  fut  sunie  de  pres  par  la  repression, 
la  persecuUon ,  el  le  rbeioricien,  partageant  lenaome  sort 
que  le  marcbaBd  et  le  noble,  expia,  sur  Techaraud  ou  dans 
Texil ,  le  crime  de  son  anooar  pour  la  liberie  individuelle, 
qui  fut  de  lout  temps  lapanage  des  peuples  de  ces  conlr^. 

Les  pays  du  Nord,  surlout  rAnglelerre,  s'enrichirent 
de  nos  penes  en  bommes  de  coeur  et  de  leie,  Les  Pay^* 
Iks  sfpieniriO(Oaus,  plus  favorises  par  la  nature  cooire 
la  superiorile  de  Tennemi  que  ne  le  son  I  les  provinces  du 
Midi ,  remmenerent  a  temps  ieurs  propres  enl'anls  exiles, 
tandi&qu*ils  redoublerent  Ieurs  Torces  par  la  mesure,  au^i 
juste  que  sage,  d'admeitre  dans  leur  famille  tons  ceux  qm 
rintoleraoce  ecariait  du  sol  nalaL 

Les  deux  subdivisions  du  pays  marcberent  bientdt  en 
stos  inverse  dans  la  voie  du  progres :  les  provinces,  sorties 
vktorieuses  de  la  lutte,  deyinrent  ausai  hardies  dans  le 
doolaine  de  rinteiUgeace  qu  elles  Tavaient  ete  sur  les  mers 
el  sur  le  champ  de  balaille;  les  provinces,  retombees  sous 
le  pouvoir  du  maitre,  presenterent  Taspect  d*u0  corps 
frapp^  de  deperissement.  Apres  la  separation,  les  cbambres 
de  rbeiorique,  perseverant  dans  la  routine,  n^eurent  plus, 
dans  les  Provinces-Unies,  une raison  d'etre,  tandis  que,  la 
decrepitude  sur  le  front,  elles  continuerent,  dans  les  Pays- 
Bas  catboliques,  a  porter  le  flambeau  de  rintelligenee* 

Cest  la  UA  bien  inl^ressant  tbeme  pour  une  dissertation 
academique.  L'auteur  du  seul  memoire  en  r^ponse  k  la 
qusesUon  Ta  senti.  II  a  ressemble  a  pen  pres  ions  les  mate- 
riaux  neeessaires  poar  ecrtre  une  reponsa  au^i  coonpl^te 
qxi*ofi  poiMrrait  le  d^sirer  :  son  epilogue  j^uve  (|u'il  M 


(  412  ) 

lai  manque  pas  de  Iiimieres  pour  tracer  a  grauds  traits 
rhistoire  de  notre  mouvement  intellectuel.  Le  cadre  qu'ii 
s'est  trace  est  rattonnel  et  propre  au  sujet ,  trop  decoupe 
peut-£tre,  nonobstant  la  grande  etendue  du  travail.  Ge 
serait  la  uo  l^er  d^faut,  cependant,  si  Tauteuravait  tou- 
jours  su  tester  dans  les  bornes  du  sujet.  II  Taut  bien  le  dire, 
Tordre  lui  Tait  g^neralement  defaut,  et  le  sujet  est  bien 
souvent  en  disaccord  avec  Ten-tete  du  paragraphe.  Sou 
malheur  en  ceci  c'est  d'avoir  eu  k  sa  disposition  trop  de 
notes,  dont  il  n'a  su  sacrifier  aucune  partie.  De  la  son 
travail  ressemble  plutot  a  nn  amas  de  mat^riaux  ranges 
plus  ou  moins  m^thodiquement  qu'k  une  construction 
achevte.  Cette  fa^on  de  travailler  a  eu  pour  resuUat  de 
mettre  quelquefois  Fauteur  ou  les  auteurs  en  desaccord 
avec  eux-memes.  Je  dis  :  ou  les  auteurs,  car  Tin^alit^du 
style,  Tassertion  contraired'un  fait,  par  exemple  sur  Tau- 
teur  du  Minneloep,  qui  d'abord  est  nomm^  candidement 
Claes  Willems  et  qui  plus  tard  apparait  sous  son  veritable 
nom  de  Dirk  Potter,  font  pr^umer  avec  quelque  raison 
qu'un  auteur  ne  pourrait  se  laisser  entralner  aussi  loin 
par  la  negligence. 

Ce  n'est  pas  que  les  n^ligences  n'abondent  dans  Ton- 
vrage;  on  en  rencontre  presque  a  chaque  feuillet  et  sous 
diff^rentes  formes.  Ici,  ce  sont  les  sources  imparfaileroent 
ou  pas  du  tout  cities;  ailleurs,  c'est  Toubli  d'^mettre  son 
opinion  sur  les  assertions  d'un  auteur  cite.  Parfois  il  y  a 
oubli  de  produire  ou  de  relater  les  preuves  d*une  asser* 
(ion ,  parfois  on  est  prodigue  de  citations  banales.  (Quel- 
quefois le  lecteur  ne  comprend  pas  pourquoi  ou  comment 
un  paragraphe  a  trouve  telle  ou  telle  place.  Des  erreurs 
de  date,  des  noms  propres  estropi^s,  des  redites,  des 
textes  mal  rendus  feraient  supposer  que  le  manuscrit  n*a 


(  413  ) 

pas  regu  meme  uhe  correciion  suffisante,  si  une  infinite 
de  ralures  ne  venaient  prouver  le  contraire. 

Mais  ces  ralures  memes  sont  une  preuve  de  Texlremc 
defaut  de  soins  avec  lequel  le  memoire  a  ele  redige.  Par- 
fois  Tauteur  bififeune  ou  deux  phrases,  sans  se  donner  la 
peine  de  Her  ensemble  ce  qui  est  conserve;  d'autres  fois, 
une  phrase  disparait  sous  les  traits  de  sa  plume,  el  nonob- 
stanl  il  continue  comme  si  rien  n'et'ail  change. 

Cetle  maniere  de  travailler  doit  avoir  conduit  Tauteur 
a  commettre  de  nombreuses  fautes,  auxquelles  il  aurait 
echappe  en  agissant  avec  moins  de  precipitation.  J*en  ai 
d^jk  signale  quelques-unes :  je  me  permettrai  d'en  montrer 
quelques  autres. 

Dans  le  premier  cahier  se  trouve  un  paragraphe  inti- 
tule :  Het  inioendig  eener  kamer  (rinlerieur  d'une  chambre 
de  rhetorique).  Pour  loute solution,  on  trouve  un  fragment 
de  Mariken  van  Nimwegen,  le  Faust  feminin  du  XVI™' 
siecle,  et  un  renvoi  au  Tijdspiegel ,  joutndA  litteraire  hol- 
landais;  rien  de  plus. 

Dans  le  second  cahier,  on  rencontre  un  paragraphe  in- 
titule :  De  Spelling  (rOrthographe).  Ce  paragraphe  doit 
servir  tout  purement  a  demontrer  que  deja,  en  1561,  un 
imprimeur  d*Anvers,  a  Texemple  du  gantois  Lambrechts, 
se  servait  du  double  aa.  Si,  au  lieu  de  consulter  la  reim- 
pression  de  1614,  des  Spelen  van  Sinne  de  Rotterdam, 
I'auteur  avait  pris  en  main  Tedition  originate  de  1564,  il 
ne  serait  pas  lombe  dans  une  erreur,  et  il  aurait  peut-elre 
supprime  le  paragraphe. 

Dans  le  meme  cahier,  il  disserte  longuement  sur  la 
chanson ;  mais  ce  qu*il  dit  ne  se  rapporte  pas  en  general 
aux  chambres  de  rhetorique,  tandis  que  la  matiere  ne  sau- 
rait  lui  manquer.  On  n'a  qu'k  consulter  les  recueils  pu- 

2"*'  StolE,  TOME  IV.  28 


(  414  ) 

bli^,  au  connnencement  du  Xyil*"*  siecle,  sdus  le  patro- 
nage de  la  chambre  In  liefde  bloeyende  d'Amsterdam* 

Daos  le  cinquieme  cahier,  Tauteur  avance  que  Jaste 
Lipse  entrelint  uDe  polemique  avee  Coornbert  sur  rmiiile 
du  biicher.  Le  celebre  professeur  n'eut  pas  de  d^m6ies  di* 
fects  avec  Coornbert.  Le  fait  est  que  celui-ci  fit  paraitreua 
ouvrage  contre  le  traile  sur  la  Politique  de  luste  Lipse, 
en  1590,  Fannee  mSme  qu'une  traduction  ilamande  de  ee 
traite  fut  mise  au  jour. 

Je  passe  sous  silence  les  assertions  sujettes  k  control- 
verse,  el  ou  I'auteur  est  manifestement  dans  Perreur.  le 
signalerai  seulement  en  passant  ce  qu'il  dit,  dans  le  qua- 
trieme  cahier,  au  sujel  de  Tabsence  d'esprit  protestant 
dans  la  Flandre  au  commencement  du  XYH"'^  siicle.  c  La 
farce,  >  dit*il,  <  ne  se  mit  pas  en  bostilite  avec  une  ten- 
»  dance  quelconque  au  calvinisme,  tout  a  fait  Stranger 
»  au  caractere  flamand.  »  Zy  (de  klucbl)  stand  geensins  in 
dadelijken  strijd  met  eenige  kalvinistische  itrekhing,  aan  't 

VLAAMSCH  KARARTER  DOODVREEMD. 

La  tendance  au  calvinisme  elait  loin  d'etre  ^trangere 
au  caraclere  flamand.  Les  premiers  coups  du  marteauico- 
nociaste  fureot  donnes  dans  la  West-Flandre ,  la  patrie  de 
Dathenus  el  de  maims  de  ses  adberents.  Si,  apr^  les  vie- 
toires  du  due  deParme,  les  seclaires  nelev^rent  plus  la  tSte 
dans  nos  conlrees ,  les  cbefe  du  parti  catbolique  savaient 
tres-bien  a  quoi  s*en  tenir  a  cet  egard.  Le  jesuite  David  le  dit 
pertinemment  dans  son  Iraile  Keltersche  Spinnecop  (I'Arai- 
gnee  lierelique).  <  Lorsque  le  seclaire,  qui  faittoujours  le 
»  catbolique  pour  son  repos ,  >  dit  le  savant  pere,  c  est  a 
»  Tarticle  de  la  mort,  on  mande  un  prStre;  mais  on  prend 
»  soia  qu*il  n'arrive  au  lit  du  moribond  que  lorsque 
»  celui-ci  a  d^ja  perdu  ses  facultes  iniellecluellas.  De  eelle 


( m ) 

p  9ijii)ier:e*  onpr^vie^t  uu  enterrem^at  sous  la  polence.  > 
Uq  demi-.i^idcle  pl^s  tard^  Arnold  Van  Gelu>ve;  le  ^e]e 
d^aoocialeur  d'b^^Uques,  ^youait  que^  de  son  temps ,  la 
jeuAesse  flamande  cberchail  le  progres  daos  la  reforme* 

PoMr  ce  qui  regarde  le  style  du  memoire,  il  n'est  rieo 
vmns  que  soigae.  Parfois  embrouill^,  ii  devient  dMficUe, 
ineaie  impossible  de  saisir  Jldee  de  Tauieur.  II  ^m^  le 
cliaquant  et  les  loagues  pbrases,  suriout  les  jeux  de  .mots 
et  Ie$  plaisauteries,  cboses  qui  ne  coDvienneiit  pas  daps 
UD  ouvrage  serieux. 

Je  ^uis  d*avis  que  lememoire  nepeut  etre  couronne.  Mais 
comme  il  serait  a  regretter  que  les  imiUienses  potes  recueil- 
lies  pax  Tauteur  fusseut  per^ues  poux  la  scieu(;e^  que, 
d'ailleurs,  il  a  monlr^,  par  quelques  paragrapbes  et  surtout 
par  ,r^piIogue,  qu*il  est  capable  dejse  metlre  loui  a  fait  k  la 
bauleur  de  pem^ee  qu'exige  un  su|el  de  si  graude  impor- 
tance, ]e  propose  que  la  question  soit  remise  au  con- 
cours.  > 


€  L'instilutioQ  des  chambres  de  rhetorlque  est,  dans 
Tordre  intellectuel ,  ce  que  Tetablissement  des  confr^ries 
mililaires  bourgeoises,  ce  que  la  creation  des  corporations 
industrielles  fut  cbez  nous  au  moyen  &ge  et  meme  jus- 
qu'auXVIII"*  sitele,  dans  I'ordre  politique  et  materiel, 
c'est-k-dire  la  manifestation  la  plus  complete,  la  plus  vi- 
goureu^e  de  I'esprit  communal ,  pour  tout  ce  qui.toucbait 
la  liberty  de  la  pensee  et  I'exercice  de  cette  liberty. 

Ce  principe  re<^nnu,  op  congoit  ai^ement  quelle  in- 


(  416  ) 

fluence  ces  associations  mullipliees  k  Tiafini,  lant  dans  les 
villesque  dans  le  plat  pays,  durent  exercer  sur  le  sens 
public  dans  les  dix*sept  provinces  des  Pays-Bas.  Aassi  la 
litterature,  sortie  de  ces  centres  essentiellement  bour- 
geois, resta-t-elle,  malgre  son  style  incorrect  et  precieux, 
son  affectation  et  le  pathos  qui  lui  etait  propre,  la  seule 
qui  demeural  a  peu  pr^s  en  vogue,  pendant  pres  de  trois 
siecles ,  parrai  la  foule,  qui  y  retrouvait  ses  gouts,  ses  pen- 
chants, ses  vices  et  ses  vertus,  ses  tendances  religieuses 
et  son  vif  amour  pour  la  liberte. 

L'histoire  de  ces  anciennes  institutions  litteraires,  si 
difficile,  si  variee,  a  occupe  tons  les  hommes  de  science 
qui  ont  etudie  le  mouvement  intellectuel  de  nos  provinces 
dans  le  passe. 

L'Academie  nous  semble  done  avoir  fait  un  heureux 
choix  en  posant  cette  question  si  vasle,  trop  vaste  peut- 
etre  pour  etre  trait^e  dans  une  simple  dissertation. 

Cest  pour  la  troisieme  fois,  si  nous  ne  nous  trompons, 
qu'elle  Ogure  au  programme  de  nos  concours.  Cette  fois, 
enfin ,  une  reponse  est  parvenue  a  Thonorable  compagnie. 

Le  volubfiineux  travail  que  vous  avez  bien  voulu  sou- 
mettre  a  notre  examen^  et  qui  u'a  pas  moins  de  six  cents 
pages  in-folio,  renferme ,  nous  nous  batons  de  le  reconnai- 
tre,  tous  les  eliSments  d'un  bon  memoire.  Les  rechercbes 
ont  ete  faites  avec  conscience  et  minutie ;  les  petits  details 
abondent,  et  a  chaque  page  brille  Texactitude  d'un  bomme 
qui  semble  familiarise,  de  longue  date,  avec  son  sujet ;  mais 
en  vue  meme  du  plan  adopte  par  I'auteur,  ces  nombreux 
materiaux  sont  mal  dig^res.  II  regne  dans  Tensemble  du 
memoire  un  decousu  iacbeux  qui  en  rend  la  lecture  fati- 
gante.  Le  sujet  lui-meme  est  noye  dans  un  ocean  de  cita- 
tions ,  de  redites  et  de  longueurs  qui  n'ont  point  de  raison 


(417) 

d'etre.  L'essence  veritable  de  la  question  posee  par  I'Aca- 
d^mie  a  ^te  plus  d'une  fois  perdue  de  vue  dans  la  redac- 
tion deflnitive,  pour  faire  place  a  un  travail  analytique  qui 
offre  souveni  Thistorique  de  quelque  chambre  de  rheto- 
riqueisolee,  plutot  que  I'expose  de  I'influence  generale 
que  toules  ont  exerc^e  dans  leur  ensemble.  11  est  evident, 
cependant,  que  les  termes  roemes  de  la  question  exigeaient 
une  redaction  homogene,  du  style,  des  considerations 
elevees,  une  forme  litleraire  soignee.  Les  qualites  consti- 
tutives  d'un  pareil  ouvrage  font  laplupartdu  temps  defaut 
dans  ce  memoire. 

Une  analyse  d^laillee  du  manuscrit,  ou  nous  indique- 
rons  les  vices  et  les  merites  du  livre,  fera  mieux  ressortir 
le  fondement  de  cette  appreciation  generale. 

Des  la  preface,  Tauteur  fait  preuve  d'une  connaissance 
approfondie  des  sources  anciennes  et  modernes  qui  peu- 
vent  eiucider  la  question.  II  y  expose  les  efforts  faits  par 
des  savants,  comme  Gerard,  Kops,  Cornelissen  et  aulres, 
pour  ecrireune  bonne  hisloiredes  chambres  de  rhetorique. 
Quelque  incomplets  qu'ils  soient,  il  rend  hommage  aux 
travaux  sortis  de  leur  plume. 

Vient  ensuite  une  longue  introduction  divisee  en  quatre 
chapitres,  subdivises  eux-memes  en  nombreux  paragra- 
phes.  L'auteur  y  passe  en  revue  les  institutions  litteraires 
qui  semblent  avoir  precede  nos  rhetoriques  dans  la  voie 
des  representations  sceniques,  et  qu'il  relie  aux  confre- 
ries  militaires  du  moyen  age  ainsi  qu'aux  personnages  qui 
jouaient  des  mysteres  dans  les  ^glises  (§1). 

Les  observations  qu*il  y  consigne  annoncent  un  homme 
qui  a  bien  etudie  cette  partie  preliminaire,  quoiqu'il  y 
ait  la  des  hors-d'oeuvre  qui  ont  peu  de  rapport  avec  le 
sujet.  Une  reflexion  esthelique  nous  y  a  frappe  par  sa  verity 


( ^18 ) 

et  son  h-propos;  nous  la  iraduisom  icr  en  eBli^i^:  c  Les 

»  myst^res  allaient  a  Tesprit  de  T^poque;  leur  compost^ 

»  lion  s'harmonisait  avec  les  peintaresdii  temps.  II  en  est 

»  de  rnSme  de  ces  drames  muets  oh  des  personnes  mar^ 

>  chaieot  processidnnellement,  portant  des  r6les  ^rits 

>  k  Tusage  des  rares  spectateurs  qui  savaient  lire  dans 
»  ces  siecles  peu  lettr^s.  Ces  jeux  de  myst^res  restored t 

>  comme  le  breviaire  du  peuple,  jusqu'au  commeoce- 
]»  ment  da  XVI"'''  siecle,  lorsque  la  lettre  moulee  d(£tr6da 
»  riinage^  et  qu'on  cessa  en  in£me  temps  de  faire  des 
]>  murs  des  temples  un  livre  vivant  au  moyen  des  tableaux 
»  qu*on  y  peignait.  » 

Peut-£tre  I'anteur  eAt*il  pu  y  ajouter  que  Tintroductien 
des  dessechanles  doctrines  de  Luther  ne  fut  pas  ^trang&re 
k  la  disparition  des  peiutures  murales  dans  nos  ^glises. 

Dans  le  §  2,  Tauteur  enumere  avec  une  foule  de  details 
les  premieres  traces  r^elles  qu*on  rencontre  des  ainciens 
jeux  de  rhelorlciens  aux  XV"*  et  XVI"*  sifecles.  Nous  somroes 
^tonnd  de  n'y  point  TOir  figurer  la  f£te  du  Puy  d'Amour, 
qui  se  rattache  ^videmment  k  Texistence  des  cbambres  de 
rhdtorique,  et  qui  Put  cel^bree  k  Tournai^  en  1455^  k  la 
suite  de  la  procession  g^n^rale  ordonn^e  par  le  roi  de 
France,  dans  toutes  les  cathedrales  du  royaumoi  en  mi" 
moire  de  la  conqudte  de  la  Normandie  sur  les  Anglais.  On 
y  r6cita  plusieurs  cantates  composees  par  des  rh^toriciens 
Strangers  k  la  ville  de  Tournai.  Lille  y  obtint  le  prix  dtfs 
jeux  de  personnages  en  fran^ais^  et  Ypres  des  jeux  de 
person nages  en  tiamand  (1). 

Dans  les  §$  5  et  4,  Tauteur  s'oceupe  des  cbambres  de 


(1)  kevue  d»  BruSbelles,  anii^e  1839,  septembre,  pp.  46-SS,  article  d^ 
It.  0^  Sftiht^deiidli. 


( *19 ) 

rb^iorique  qui  n*avaient  pas  encore  de  tettm  officielles 
de  recooaaissance,  et  de  celles  qui,  au  contraire,  eiaient 
reconnues  e(  etaient  eacouragees  par  les  magistrals  des 
villes  et  par  nos  princes. 

Dans  le  chapitre  II ,  les  chambres  arrivent  a  Tetat  d'in- 
slitutions  r^gulieres,  reconnues  definitivemeDt.  Nous  les 
trouvQQS  fondles  dans  les  ^lises  paroissiales,  avec  cba- 
pelles  et  autels  dedids  k  un  saint  de  predilection,  avec  pri- 
vileges et  indulgences  ecclesiasliques  (§  1),  et  reeevant  une 
reconnaissance  officielle  des  magistrats  locaux,  qui  sane- 
tionnaient  leurs  bizarres  r^lements  (§  2).  Nous  voudrions 
voir  ^laguer  de  ce  paragraphe  et  rejetes  dans  un  appen^- 
dice  les  longs  extraits  des  actes  constitutifs  des  rheto* 
riques  de  Gand,  Hasselt,  etc.,  etc.  La  m^me  observation 
est  applicable  h  un  nombre  infinl  d'extraits  de  toute  na- 
ture qui  encombreqt  d'autres  parties  de  ce  m^moire  et  qui 
alanguissent  le  r^cit. 

Les  §$  3»  4  et  5  nous  font  connailre  comment  ^tait 
compos^e  la  direction  de  chaque  rh^torique  pour  les  dif- 
Kreptes  provinces  des  P^ys-Bas;  noqs  y  vpyons  des  femt 
mes  faisant  partie»  ^  titre  honorifique,  deces  associations; 
nous  trouvons  des  fous  en  titre  attaches  k  cbacune  d*elles, 
pour  mieuic  faire  p^n^trer  dans  Tesprit  des  masses  la  mo? 
ralitd  dcjs  pieces  joules,  —  k  rimitatioo  ^vidamment  de$ 
spirituels  cloiom  k  marottes  et  k  grelots,  qui  Mmui  H\on 
les  commeosaux  des  princes  et  des  rois. 

[^e$  chambres  de  rb^torique  avaient  des  poms  singMf 
Hers,  des  devises  souvent  bizarres,  emprunt^s  la  pluparjt 
du  temp3  k  la  Pibl^  «t  pr^eniao;  uo  sens  pioral  coocis, 
parfois,  il  faut  le  dire,  inintelligible;  elles  avaient  un  bla- 
son,  ex^cut^  par  des  peintres  en  renom ,  un  signe  de  ral- 
liement  cousu  sur  la  mancbe  gaucbe  du  costume  d'apparat 


(  420  ) 

de  cbaque  rbetoricien;  un  jeton  qu*on  distribuait  k  la  foule 
dans  des  occasions  solennelles  et  que  les  numismates  re- 
cberchent  avec  avidity.  Toutes  ces  petites  particularit^s, 
qui  eussent  tout  au  plus  du  faire  Tobjet  d'une  note»  rem- 
plissent  les  §§  6  a  10. 

A  cette  occasion ,  nous  avons  k  reprocher  h  Tauteur  de 
se  livrer  parfois  h  un  ton  goguenard  el  plaisant  qui  n'est 
point  de  mise  dans  un  sujet  grave  el  lilleraire. 

Dans  le  chapilre  suivanl,  Tauteur  examine  le  caractere 
descbambres  de  rhelorique  el  raffiniie  qu'il  y  avail  entre 
elles  et  les  corporations  induslrielles.  C'esl  une  des  bonnes 
pages  du  meinoire;  elle  eut  pu  servir  de  resume  au  cba- 
pitre  precedent ,  mais  le  defaul  capilal  de  Taulenr,  c'est  de 
ne  jamais  resumer. 

Les  chambres  hautes  de  Gand ,  Bruges »  Louvain,  etc. 
exer^aient  une  sorle  de  supr^matie  sur  les  autres  rbetori- 
ques  du  pays.  Le  §  2 ,  oti  Tauteur  traite  celle  question  in- 
cidenlelle,  n'esi  pas  ici  evidemment  a  sa  place. 

Dans  le  §  5  est  decrile  la  vie  inlerienre  d*une  cbambre 
de  rbelorique  :  c'est  lout  bonnement  Fanalyse,  avec  cita- 
tions, d*un  ancien  petit  drame  fanlastique  en  vers  fla- 
mand  dont  nous  avons  donne  une  edition  nouvelle  dans  la 
collection  des  publications  des  bibliopbiles  flamands  (1). 
Le  contenn  de  eel  bors-d'ceuvre  r^pond  tr^s-imparraite- 
ment  au  tilre  du  paragrapbe.  Nous  doulons  fort  qu*on 
puisse  tirer  de  celle  pi^ce  informe  et  d^cousue  une  pein- 
ture  bien  exacle  de  la  vie  intdrieure  des  cbambres  de  rbe- 
lorique. Ici  le  ab  una  disce  omnes  serait  enlierement  faux. 

Le  cbapilre  IV  est  intitule  :  les  Concours,  L*auteur  s*y 


(1)  Mariken  van  Nimvoege. 


(  421  ) 

occupe,  dans  quatre  paragraphes,  demesur^ment  allon^ 
ges  par  des  citations  de  lexies  originaux,  des  representa- 
tions sceniques,  dites  Landjuweelen  et  Hagespelen,  des 
programmes  dlnvilation ,  des  prix  decernes,  des  entrees 
solennelles  et  des  tournois  des  rh^toriciens. 

Ges  quatre  chapitres,  donl  plus  d'un'paragrapheappar- 
tient  au  d^veloppement  du  sujet,  constituent  Tintroduction 
du  memoire ,  introduction  qui ,  par  Tabondance  des  petits 
details,  empi^te  sur  la  suite  de  Touvrage,  comme  nous  ie 
verrons  plus  tard. 

Nous  voici  arrive  a  la  dissertation  proprement  dite.  Elle 
est  divisee  en  quatre  grandes  sections »  formant  des  cha- 
pitres  distincts,  qui,  a  leur  tour,  sont  subdivises  en  un 
nombre  infini  de  paragraphes. 

Rien  n'est  certes  plus  propre  k  guider  le  lecteur  dans 
un  travail  aussi  considerable,  aussi  d^taille  que  ces  nom- 
breuses  subdivisions;  toutefois,  pouss^es  a  Texc^s,  elles 
ont  rinconvenient  d*offrir  souvent  des  paragraphes  tres- 
maigres,  et,  d'autre  part,  de  decouper  tellement  la  narra* 
tion,  qu'elle  n'a  plus  Fair  que  de'se  composer  de  pieces 
rapportees.  Get  inconvenient  est  surtout  sensible  dans  cet 
ouvrage ,  oh  les  transitions  d'un  chapitre  a  Tautre  ne  sont 
gu^re  menag^es  par  des  vues  d'ensemble,  habilement  d4- 
duites. 

I"  SECTION :  Influence  artistique  et  liU^aire.  —  Chap.  I^ . 
—  G'est  dans  les  productions  que  nous  ont  leguees  les 
rhetoriciens  que  Tauteur  pulse  les  elements  necessaires 
pour  donner  un  apergu  desid^es  d'art  qu'avaient  ces  asso- 
ciations. G*est  la  marche  rationnelle  indiquee  par  la  ques- 
tion eile-meme  :  Tallegorie,  la  mythologie,  la  traduction 
des  classiques,  Temprunt  fait  aux  anciens  romans,  les 
finesse^  et  les  tours  de  force  daiis  le  gout  du  temps  sont 


(  422  ) 

pass^  en  reme  dans  ce  ehapitre,  ponr  nous  offrir  nae 
peinture  exacte  de  cette  litt^rature  de  cooTention  qui  avait 
d^teint  sur  toutes  les  eboses  intellecliielles  de  Tepoqae.  De 
nombreuses  citations  servant  de  preuvesaui  assertions  de 
Tauteur,  qui  y  deploie  beaucoup  d'erudition  et  y  seme  des 
observations  tr^s-judicieuses. 

Chapitre  IL  —  Quoique  la  langue  soit  souvent  outragee 
dans  les  productions  des  rhetoriciens,  Tauteur  recoonait 
qu'ils  ont  beaucoup  fait  pour  la  developper  el  la  conserver, 
malgr^  Fintroduction  d'un  grand  nombre  de  mots  b&^ 
tards^  et  Tadmission  d'une  orthograpbe  souvent  vicieuse. 
Le  rbythme  et  la  prosodie  n'y  etaient  pas  plus  respect^. 
De  nouvelles  et  interminables  citations  demontrent  la  ve- 
rity de  celte  assertion.  Esclaves  da  la  rime  avant  toute 
ebose^  les  rhdlorieiens  y  sacrifi^rent  plus  d'une  fois  le 
go&t  et  le  bon  sens. 

ChapUre  III,  —  L*ab&tardissem«nt  de  la  cbanson  pro- 
prement  dite  et  du  couplet  cbant^  en  (ui  la  suite;  ils  ne 
furent  plus  I'^manation  d*un  sentiment  naif  et  vrai,  mais 
un  simple  tour  de  force  rim^^  un  passe*iemps  monotone: 
^erba  et  voces  I  Les  refrains,  les  ballades,  les  satires,  les 
^pigrammes,  les  parodies,  les  improvisations  surtoul  par- 
ticiperent  de  ces  d^plorables  tendances,  de  ces  fausses 
poiutes  d'esprit,  de  cette  affection  du  plus  mauvais  aloi, 
qui  apparait  m6me  dans  les  sermons  et  les  l^endes  de 
cette  ^poque. 

Ce  chapitre,  qui  n*a  pas  moinsde  50  pages,  pourrait  6tre 
r^dttit  k  la  moiti^  par  la  suppression  du  luxe  de  citations 
dont  I'auteur  y  fait  parade. 

Chapitre  IV.  —  L'bistoire  du  tbe&tre  termioe  celte 
premiere  section.  Ici  nous  retrouvons  les  jeqx  de  person- 
aages,  les  repr^entalions  des  myst^res  dans  les  ^lisea, 


(  425  ) 

le^  proeessioAs,  oh  od  rtettait,  en  marchatit,  da^  pi^e«s 
religieuses  el  des  noSIs  dramatis^s« 

Les  Spelefi  van  zinnen,  qui  ayaient  leur  origine  dans 
la  scolastique  du  mojeo  &ge,  ^iaient  Tapplication  de  la 
dialeetique  k  la  iheologie.  Les  auteors  mettaienl  dans  ces 
moralites  sc^aiques  tout  leur  esprit,  toute  leur  recherche 
pour  faire  parlef  des  choses  abstraites.  De  la  tb^ologie  6n 
passa  k  la  mythologie,  oil  les  choses  acquiereot  un  seus 
plus  precis  pour  la  foule  par  la  repr^seatation  des  dieux 
du  paganisme  dont  les  attributions  frappaient  la  vue<  Puis 
on  repr^senla  les  vices  et  les  Vertus,  qui  devenaieDt  des 
personnages  parlants  et  agissants.  L'analyse  de  plusieurs 
pieces  c^l^bres  de  Tepoque,  avec  citations »  complete  cette 
partie  du  memoire,  qui  est  remarquablement  bien  traitto. 
L*auteur  paHe  ensuite  des  pieces  joules  h  table,  dans  des 
chariots,  k  cheval,  toutes  vari^les  des  spectacles  eourus 
par  nos  p^res^  Apr^s  la  pi^ce  s^rieuse  vient  la  farce p  oil 
Tacteur  se  charge  de  d^sopiler  la  rate  de  Tauditoire^  trop 
yivement  impressioun^.  Le  sujet  en  est  ordinairement 
pttis4  dans  les  vulgarit^s  de  la  vie  bourgeoises  ddns  uoe 
anecdote  connue^  et  le  style  y  est  malheureusement  k 
Funisson  avec  le  sujet,  plat,  trivial  $  souvent  incdnvendnt. 
Mais  aussi  quelqUefois  Iti  farce  renfermait  une  salire.de 
rooBurs. 

Quant  aux  fares  comedies  proprement  dites  qu'on  fen- 
coBtre  k  Tdpoque  des  rh^toriciens ,  elles  sont  des  imita- 
tions du  th^fttre  Stranger.  L*auteur  n'oublie  pas  de  signaler 
les  efforts  de  quelques  rh^loriciens  pour  iniroduire  la 
musique  au  th^tre.  Les  couplets  not^s,  les  pastorales^  le 
draine  lyrique  meme  n*^taient  pas  Strangers  k  ces  dissocia- 
tions. Dis  le  XVIP*  si^cle,  des  tentatives  furent  aossi  ea* 
aay^  pour  cr^r  un  ihtttre  permaQeni.  L*a<i(ettr  ttrttifte 


(  424  ) 

cet  int^ressant  expose  par  les  pieces  jouees  dans  les  ^coles 
et  qui  s*iDspiraient,  dit-il ,  du  gout  des  rb^toriciens.  Tou« 
tefois  ce  dernier  chapitre  n'est  qu'un  point  d'histoire  litte- 
raire  ordinaire  qui  ne  nous  pa  rait  pas  appartenir  au  sujet. 

Get  aper^u  de  T^tat  de  la  scen^  chez  les  rh^toriciens 
des  trois  siecles  qui  nous  precedent,  est  suivi  de  la  biogra- 
phie  de  quelques-uns  des  plus  cel^bres  d'enlre  eux,  dont 
le  talent  exer^a  une  influence  remarquable  sur  la  direction 
des  esprits,  le  gout  et  le  caractere  moral  de  ces  associa- 
tions. 

Quelques  mots  dintroduction  a  ce  paragraphe  eussent 
mieux  fait  comprendre  Tintention  de  Tauteur,  a  savoir 
celle  de  donner  une  appreciation  sommaire  des  produc- 
tions litteraires  des  rhetoriciens,  tels  que  Yandendale,  De 
Roover,  Castelyn,  Van  Vaernewyck,  Lucas  D'Heere ,  Ogier, 
Cornelis  De  Bie,  etc.,  dont  les  noms  n'ont  pas  ^(e  sans 
retentissement  dans  les  anciennes  provinces  des  Pays-Bas. 

Ici  manque  de  nouveau  un  r^sum^  general  de  Tinfluence 
quails  ont  exercee,  et  les  extraits  de  pieces  dramatiques 
sont  si  nombreux  que  la  narration  y  est  comme  noyee. 
Ce  chapitre  est  heureusement  termine  par  un  coup  d*oeil 
jet^  sur  rinfluence  speciale  exercee  par  la  chambre  de  rhe- 
torique  d'Amsterdam ,  au  point  de  vue  du  style  et  de  la  cul- 
ture de  la  langue,  sur  toutes  les  aulres  rhetoriques  du  pays. 

11"***  SECTION. — Influence  politiqm, — Au  lieu  de  resumer 
a  grands  traits  tout  ce  qui  a  ete  dit  dans  les  cbapitres  pr^ 
cedents,  pour  satisfaire  au  titre  de  cette  2"®  section,  ou 
Ton  s*attend  k  des  considerations  historiques  de  Tordre  le 
plus^leve,  Tauteur,  qui  est  rarement  maitre  de  son  sujet, 
retombe  dans  le  domaine  des  faits  et  des  details.  Nous 
eussions  surtout  voulu  y  voir  plus  nettement,  plusclaire- 
ment  tracee  la  part  que  les  chambres  de  rh^torique  prirent 


(  425  ) 

aux  graves  evenemenls  politiques  et  religieux  du  XVI"* 
si^cle,  par  la  hardiessede  leur  laDgage,  par  leur  attitude 
hostile  a  Tautorite,  par  leur  opposition  aux  abus  qui 
s'etaient  glisses  dans  les  affaires  spirituelles  de  Tepoqoe. 
Tout  cela  y  est  a  peine  indique  par  quelqnes  declama- 
tions, sans  ensemble,  contre  Charles-Quint,  Philippe  II  ei 
TEspagne.  La  domination  ^trangere  avait  cependant  assez 
lourdement  pese  sur  nos  provinces,  au  XVP^  siecle,  pour 
pouvoir  mieux  inspirer  un  auieur  penetr^  de  son  sujet. 

On  s'efforce  de  prouver  dans  le  m^moire  que,  dans  les 
deux  siecles  suivants,  et  jusqu'k  la  chute  de  Napoleon, 
les  rh^toriciens  continuerent  a  exercer  une  certaine  in- 
fluence politique.  Mais,  a  la  verite ,  il  n'y  a  1^  que  des  ten- 
tatives  isolees  d'un  esprit  d'ind^pendance  auquel  le  regime 
oppressif  du  temps  ne  permettait  gu^re  de  se  developper 
d'une  manieregenerale;  ces  efforts  memos,  qui  n'offraient 
aucune  chance  de  reussite,  prouvent  seulement  que,  re- 
tomb^es  sous  le  joug  etranger,  nos  rh^toriques  n'exer- 
cerent  plus  en  r^alite  dMnfluencesur  la  direction  politique 
des  affaires  du  pays. 

Ill"'  SECTION.  —  Influence  morale.  —  lei  Tauteur  revient 
sur  ce  qui  a  fait  I'objet  de  ses  etudes  dans  son  introduc- 
tion, et  nous  donne  de  nouveau,  dans  un  avant-propos,  un 
expose  des  productions  litteraires  qui  prec^derent  les  rh^- 
toriciens,  et  dont  Faction  sur  les  moeurs  ne  saurait  etre 
contest^e.  Cest  un  fragment  bien  traite  qui  n*a  que  le  tort 
d'etre  ou  la  repetition  ou  Tappendice  de  ce  qui  a  ete  dit 
dans  rintroduction  susmentionnee. 

L'auteur  nous  y  demontre  que  les^attaques  des  chambres 
de  rhetorique  contre  certains  abus  de  T^lise,  contre  le 
rel&chement  de  la  discipline  religieuse,  n'avaient  jamais  eu 
pour  but  le  renversement  de  la  religion  caiholique  elle- 


(  426  ) 

mitie.  MalbeureusemeBi ,  il  abandonue  bie&t^i  ees  voes 
d'eBsemUe  poar  $*arreter  aax  petits  d^aiis  0i  pnodigner 
d€(s  ciiatioEis  ahoada»les.  II  arrive  enfin  au  fameux  cod* 
coMTft^es  chambres  de  rbetoriqite  de  1539.  Lea  Spden  van 
zttmen,  ou  moralites  qui  ea  firent  Tobjet,  soot  eomme  Ja 
prenidre  4MacajtkN[i  4e  gaerre  de  ces  associations  naguere 
ai  pacifiqaos,  dans  ootre  pays,  contre  Tunit^  de  TEglise. 
Toiiitefots,  l*auleur  n*y  atlache  point  rimporlanee  qu'oo 
prete  ordiaaifemeni  k  celte  bardie  explosid)  de  Tesprit 
flamand  an  XVI'^''  si^cle »  appreciation  qui  nous  elonne 
SHdTtottt  en  presence  du  retenlissement  que  ces^crits  obtin- 
rent  et.de  la  s^T^rit^  avec  laqudle  iis  furent  iraites  par  la 
censure  du  temps.  En  th^  generate,  il  nie  que  les  rbe- 
toriciens  soient  venus  en  aide,  de  propos  d^libere,  k  la  dif- 
fusion des  doctrines  de  la  reforme;  c'est  pourtant  un  point 
d'bistoire  qui  est  admis  par  tons  ceux  qui  ont  ecrit  sur 
Ge\iQ  epoque;  Thabitude  de  jouer  et  de  traitor  des  sujets 
bibliques  ouemprunt^  aux  rites  de  T^iise,  devait  fata*' 
lement,  dans  uoe  p^riode  de  decbirements  religieux ,  jeter 
ces  associations  dans  la  melee  de  toutes  les  opinions  qui 
se  combattaient  koutrance,  et  la  plupart  abandonn^reni 
malbeureusemeot  le  camp  ortbodoxe. 

Cette  partie  est  la  plus  remarquable  de  tout  Touvrage ; 
ellC'Contient  des  aperQus  ingenieux,  et  il  y  r^ne  un  ton 
d'impartialite  qui  est  de  nature  k  concilier  k  recrivaio 
toutes  les  sympatbies  du  lecteur. 

La  5"'''  section  est  terminee  par  un  aper^u  general  de 
rhistoire  des  chambres  de  rbetorique  :  c^est  un  r^um^ 
par  sitele ,  du  XV"*  au  XIX"*%  pour  tous  les  Pays-Bas. 

Avec  quelque  habilele  Tauteur  etit  pu  repondre  com- 
pletemeut  a  Tobjet  du  concours,  en  fondant  ensemble  ces 
deux  derniere  chapitresi  Texcellent  Epilogue  qui  les  suit. 


(  4t7  ) 

aJQsi  qae  les  quaire  cbapkres  de  rifitrodiicUoQ;  il  eAlsuffi 
d  y  meter  sobrefloent  les  details  et  les  aper^us  semes  daAS 
le  resie  de  Touvrage.  Mous  trouvons  easuile  uoe  liste  des 
productions  des  rbetoriciens  misesa  rindexet  uiieiaatice 
biographique  des  bommes  qui  out  marque  daus  ces  as60- 
ciatioDs;  uu  paragrapbe  sur  le  but  pbilaothropique  des 
cbambres  de  rh^torique  et,  eutin ,  un  chapitre  assez  maigre 
sur  les  institutions  du  meme  genre  dans  la  partie  walloaue 
dela  Betgique;  institutions ,  selon  nous,  bien  differentes , 
.dans  leur  organisation  et  leur  but. 

Sous  forme  d'appendice,  Tauteur  a  joint  uu  e™"*  cabier 
a  son  manuscrit;  il  a  pres  de  100  pages  et  contient :  V  la 
liste  exacte  de  touies  les  cbambres  de  rhetorique  jusqu^en 
1830,  ciass^  dans  Tordre  alphab^tique;  2!*  une  liste,  par 
provinces,  des  cbambres  existantes  en  Belgiquede  1841  a 
1850;  3^  un  releve  des  concours  ouverts  par  ces  societes 
de  Fan  1394  jusqu'a  1830;  4""  une  biograpbie  sommaire 
des  rhetoriciens  les  plus  connus,  places  alpbabetiquement; 
5^  une  liste  des  principauiL  ouvrages,  monograpbie^  et 
notices  publics  sur  tout  ce  qui  concerne  Tbistoire  de  ces 
associations  litteraires;  6"  enfin,  une  liste  des  principales 
pieces  dramatiques  dues  k  des  rbetoriciens.  Get  appendice, 
fort  curieux ,  complete  les  renseignements  epars  dans  le 
m^moire;  nous  Teussions  voulu  voir  grossi,  comme  nous 
I'avons  dit  plus  haut,  des  citations,  des  bors-d'oeuvre  el  des 
extraitsquiembarrassent  partoutla  marcbedelaoarfation. 

Nous  voici  arrive  a  la  fin  de  notre  tacbe.  L*analyse  que 
nous  avoos  donneedece  vaste  travail  vous  demonirera  les 
defauts  du  plan  suivi,  ou  plutot  souvent  abandonne.par 
Tauleur.  Le  mdmoire  abonde  en  recbercbes  bibliogra- 
pbiques  et  biograpbiques  nombreuses,  en  appreciations 
judicieuses  sur  les  produclioos  litteraires  et  U  diimtioa 


(  428  ) 

d'esprit  des  rhetoriciens  des  anciens  Pays-Bas.  Sagemeni 
coordoDoes,  ^courtes,  disposes  methodiqaement,  daDs  un 
ordre  bien  arreted^avance,  ces  materiaux  aboutiraient  a 
one  (Buvre  aussi  complete  qu'interessante.  Mais,  nous  le 
disons  a  regret,  Fauteur  s'est  perdu  dans  toutes  ces  notes 
puisees  partout  et  avec  la  plus  louable  perseverance.  Au 
lieu  d*un  memoire,  il  nous  a  presente  des  recherches  dc- 
pourvues  de  cohesion  et  d*homogeneite  necessaire  pour 
en  faire  un  ouvrage  vraiment  litteraire,  comme  TAcademie 
le  demandait.  Le  style  qui,  dans  une  oeuvre  semblable , 
doit  etre  k  la  hauteur du  sujet ,  est,  d'ailleurs,  faible,  sou- 
vent  d^clamatoire  et  visant  a  Teffet.  Nous  ne  saurions  done 
accorder  une  distinction  quelconque  a  Tauteur  dans  Petal 
actuel  de  son  travail.  Nous  opinons,  par  consequent,  pour 
que  la  question  soit  remise  au  concours,  persuade  que  nous 
sommes,  par  la  lecture  de  ce  laborieux  essai,  qu^claire 
par  les  observations  bienveillantes  de  vos  commissaires, 
Tecrivain  saura  refondre  son  memoire  et  nous  offrir,  en 
1859,  un  travail  digne  de  sa  patience  et  de  la  connaissance 
qn'il  a  de  la  mati^re.  » 


<  Comme  mes  deux  honorables  confreres,  je  suis  d*avis 
que  ce  travail  ne  saurait  etre  couronne.  L'auteur  a  recueilli 
les  materiaux  d'un  bon  meofioire  en  reponse  k  la  question 
mise  au  concours;  mais  le  memoire  reste  h  faire.  Si  la 
classe  se  decide k  maintenir  la  question  au  programme, 
et  si  Fauteur  veut  de  nouveau  prendre  part  au  concours 
en  refaisant  son  travail,  je  pense  qu*il  sera  oblige  de  rede- 


f 


4 


(  429  ) 

roander  le  manuscrit,  car  tout  me  porle  a  croire  qu'il 
nous  a  adresse  la  premiere  redaction ,  et  qu'il  n'en  a  garde 
aucune  copie. 

Laclafse  a  admis,  pour  le  moment,  la  premiere  partie 
decejugement;  elle  regretle,  en  consequence,  de  ne  pou- 
Yoir  decerner  de  prix. 


CONCOURS  EXTRAORDINAIRE- 


Mmppo»*i  flfffv  Jr.  det  MUBtH, 

<  Deux  m^moires  ont  et^  adress^s  k  la  classe  des 
letlres  en  reponse  k  la  question  :  Charlemagne  est-il  ne 
dans  la  province  de  Liege  f 

J'ai  tort  peut-etre  de  dire  deux  m^oires,  car  celui  qui 
porte  pour  ^pigraphe  :  Nihil  est  opertum  quod  non  revela- 
bitur,  etc.,  se  borne  a  citer  Fisen  et  quelques  autres  ^cri- 
vains  modernes  pour  ^tablir  que  Charlemagne  est  ne  a 
Jupille.  II  n*y  a  pas  lieu ,  je  pense,  de  s'occuper  de  cette  si 
faible  notice. 

Le  m^moire  portant  une  ^pigraphe  tiree  de  GoBihe 
est  un  travail  s^rieux ,  piein  de  recherches  puis^  aux 
meilleures  sources. 

Le  style,  fortement  colore  de  germanismes,  indique  un 
ecrivain  appartenant  k  T^cole  historique  aliemande,  dont 
r^rudition  et  les  laborieuses  recherches,  l)as^es  surune 
critique  quelquefois  trop  severe,  sont  dignes  de  toute 
notre  reconnaissance. 

2"'*S£;rie,  tome  iv.  29 


(  450  ) 

Apres  aToir  discute  tous  les  aociens  iexl^  relatife  k  la 
Qaissance  de  Charlemagne,  Tautear  fiQit  par  copclure  que 
la  solution  de  la  question  nest  ni  importanle  ni  possiUn^  que 
Texamen  de  la  question  a  coiite  un  temps  prdcieox  et  beau* 
eoap  de  peine  sans  qn'an  soil  plus  pr^s  de  laT^udre; 
entip  I  que  la  disoossi^^n  est  sans  ittiportance  poii¥  Fhistoire 
comme  pour  la  critique,  et  que,  pour  dernier^  reMottrcej  il 
ne  nous  reste  que  de  nous  en  tenir  aux  paroles  d'Eginhard: 
De  cujus  nativitate  atque  infantia  vel  etiam  pueritia,  quia 
nee  scriptis  usquam  aliquid  declaratum  esty  nee  quisquam 
modo  superesse  invenitw^  qui  hqr  am  sediccU  habere  noti- 
tiam,  scribere  ineptumjudicans,  ad  actus.,,,  iredisposui. 

Ne  serait-on  pas  tente  de  dire,  comme  Faust,  nou5 
voila  done  tout  aussi  sages  que  devant! 

Quel  que  soit  d*ailleurs  le  merite  relalif  du  travail  qui 
DOus  est  soumis,  je  n'ose  pas  deicider  s*U  rej»pUli  1^  con- 
ditions du  programme;  j^attendrai  done  Tavis-de  mt&  boacH 
rabies  collegues  avant  de  me  prononeer.  » 


€  Tl  est  assez  conforme  aux  usages  modernes  que  les 
savants,  au  moment  ou  ils  abordeadt  leurs  travaux,  se 
plaisent  a  relever  rimportanee  et  rinteret  de  la  matiire 
qu'ils  traitent.  En  examinant  le  memoire  n?  1,  le  se^tl 
qui  ait  i^rile  de  fixer  noire  attention ,  nous  avoos  ren- 
contre^ pour  la  premiere  fois,  une  ci^uvre  serieuse^  oil  une 
pensee  tout  opposde  se  revele  sans  ddtoor.  L'autenr^  ea 
Gontestant  la  valeur  de  la  question  mise  au  ceocours,  ne 
finest  pas  preoccupe  davantage  du  prix  qui  y  etait  attaebe, 


( ^1  ) 

et  bieo  que  le  programme  pori&t  en  ierme&  I'ormek  qu'au- 
cuoe  dissertaiioa  ne  serait  eouroonee,  si  elle  oe  reofer- 
mait  une  reponse  afiirmatiTe  ou  n^alive,  il  8*est  borne  a 
declarer  qu'aucune  solution  o'etaii  possible.  En  cei  eiat 
de  choses^  yos  commissaires  ne  peuveni  vous  proposer  da 
d^ceruer  le  prix  a  ce  m^moire ,  qui  forme  un  gros  Tolnme 
in-'folio;  mais  il  leur  est  permis  de  vous  en  signaler  la  cri- 
tique Erudite  et  consciencieuse.  Cette  tache,  Mes3iaurs, 
nous  serous  beureux  de  la  rempliry  et  nous  nous  batons 
d*ajouter  qu*ll  nous  a  et^  aise  de  reconnaitre^  dans  ees 
vastes  et  patientes  rechercbes,  ies  caracteres  distinciifs  de 
Tecole  bi^^torique  allemande  k  laquelle  notre  si^cle  doit 
tant  d'excellenis  travaux. 

Nous  ne  saurions,  d'ailleurs,  admetire  que  k  solution 
de  la  question  propos^e  ne  presente  aucun  interdt.  t  La 

>  conscience  publique,  a  dit  an  de  nos  bonorables  con- 
»  fr^res,  comprend,  sans  qu*il  soil  necessaire  de  le  lui  de- 
»  momrer»  que  Thonneur  d*avoir  produit  un  beros  entre 

>  pour  une  part  notable  dans  le  patrimoine  d'un  peuple^ » 
et  il  ajoutait  qu'il  faudrait  plaindre  celui  que  de  telles 
controverses  laisseraient  froid  et  indiflS^rent  (1).  II  appar- 
tenait  au  pays  oti  se  form^renl  et  grandirent  Ies  races  con- 
qu^ranles,  sous  M^rovee  et  sous  Clovis^  de  revendiquer 
le  puissant  genie  qui  arrSla  et  regularisa  la  conquete  au 
double  titre  de  legislateur  du  monde  barbare  et  de  r^no- 
vateitr  du  monde  romain.  Nous  ne  nous  etonnons  point 
qa'uoe  contr^,  d^jk  si  riebe  en  sooveotrs  bistorique^^  y 
ail  cru  sa  gloire  interess^e  :  car  le  berceaii  de  Charl^ms^ 
gne,  c'est  le  berceau  de  notre  soct^ii  moderne,  celui  de 
noire  civilisation. 

(t)  At.  Bor^M,  SuUt^mde  Vjicadmi9,  u  XXlil » p.  575. 


(  432  ) 

PendaDt  trop  longtemps,  TAuslrasie  caroliDgieone, 
combl^  des  bienfaits  de  Tillustre  empereur  des  Francs , 
s'est  laisse  devancer,  dans  les  honneurs  rendus  k  son  nom, 
par  des  contr^es  qui  n'apprireDt  a  le  connaitre  qu'aa 
miiiea  du  bruit  des  armes.  II  est  vrai  que  Landen ,  Her- 
slal»  Jupille»  Ambl^ve  n'offrenl  plus  que  des  ruines  ou 
mime  moins  que  des  ruines »  mais  il  est  uue  Tille  floris- 
sante  et  prosp^re  qui  a  recueilli  leur  heritage :  c'esl  Li^e, 
qui  9  dans  son  origine,  dans  sa  grandeur  naissante  et 
jusque  dans  le  sang  des  martyrs  qui  Ta  fecond^e,  n'a  rien 
qui  ne  rappelle  la  race  des  Pepin.  La  noble  emulation  qui 
la  porte,  depuis  quelques  ann^es,  k  invoquer  les  titres  de 
TAustrasie,  est  digne  de  la  cit^  de  Notger :  elle  r^pond  a 
un  sentiment  national  que  nous  partageons  tons.  La  Bel- 
gique,  a  qui  Ton  est  venu  contester  tour  a  tour  Charle- 
magne et  Godefroi  de  Bouillon »  est  fiere  de  croire  que  le 
grand  Empereur,  qui  projeta  Taffranchissement  des  lieux 
saints,  et  le  grand  capitaine  k  qui  il  fut  donn^  de  Tac- 
complir,  issus  d*une  meme  race  (1),  n'eurent  aussi  qu'une 
meme  patrie,  mais  elle  sait  ^alement  que  la  premiere 
condition  de  ses  titres,  c'est  la  fidelite  de  ses  souvenirs, 
c'est  rbommage  public  qu'elle  est  appel^  k  leur  rendre 
apres  une  longue  suite  de  siecles  (2). 


(1)  Le  souvenir  de  Textraction  caroUngienne  de  Godefroi  de  BouiUon  est 
sans  cesse  present  k  Tesprit  des  historiens  de  la  premiere  croisade.  C^ett  ainsi 
qu'on  lit  dans  la  Chanson  d'Antioehe  : 

On  estit  Godefroi  de  Buillon ; 
11  est  preux  et  delivres,  del  llgnage  Gharloo. 

(2)  Un  de  nos  statuaires  les  plus  habiles ,  dont  la  famille  est  originaire 
d'Herstal,  qui  a  ^t^  noun-i  lui-meme,  des  son  enfance,  des  l^gendes  carolin- 
giennes  des  bords  de  la  Meuse,  termine  en  ce  moment,  apres  deux  ans  d*un 


(  433  ) 

Peut-elre  au  del&  de  nos  frontieres,  des  pretentions  ri- 
vales  n'en  poursuivront-elles  pas  moins  leur  cours :  qui  de 
nous  bl&merait  ces  illusions  que  dicte  une  pensee  patrio- 
tique  et  qui  s'adressent  h  la  gloire?  Ne  contestons  jamais 
h  la  po^sie  le  droit  de  chercher,  dans  quelque  anse  embau- 
m^e  des  doux  rivages  de  la  Grke,  Tantre  frais  ou  la  muse 
cacha  le  berceau  d*Homere;  ne  refusons  pas  davantage  a 
I'histoire  celui  de  nommer  sept  villes  qui  se  disputent 
Thonneur  d'avoir  yu  naitre  Charlemagne :  ear  ces  rivalites 
sont  un  dernier  et  touchant  hommage  de  la  post^rite  re- 
eonnaissante  k  la  memoire  d'un  grand  homme. 

L'auteur  de  la  communication  que  nous  avons  sous  les 
yeux»  dement  lui-mSme  sa  conclusion,  en  consacrant 
d*aussi  profondes  recherches  k  une  question  qu'il  consi- 
d^re  comme  inutile  ou  pen  serieuse,  et  nous  ne  croyons 
pas  qu'il  dfit  d^larer  qu'elle  est  sans  int^rSt  par  ce  seul 
motif  quMI  la  juge  insoluble. 

Ces  reserves  faites,  nous  rep^terons  queTauteur  du  m^- 
moire  n"^  1  a  discut^  avec  une  science  incontestable  les 
principaux  textes  imprimis,  qui  remontent  au  YIII"'*  et  au 
IX"'''  si^cle.  II  resume  egalement  avec  soin  les  travaux  pos- 
t^rieurs  des  ^rudits,  surtout  ceux  des  ^rudits  allemands; 
mais,  selon  nous,  I'^tude  des  historiens  insures  dans  la 
grande  collection  de  M.  Pertz,  lui  a  fait  oublier  que  bien 
d*autres  sources  incites  sont  conserv^es  dans  les  biblio- 


travail  assidu,  le  modele  de  la  statue  equestre  de  Tempereur  des  Francs.  G*e$t 
le  7  d^cembre  1855  que  M.  Jehotte  offrit  au  conseil  communal  de  Li^ge  le 
plan  de  ce  monument  destine  k  la  place  Saint-Lambert ,  et  des  remerciments 
lui  furent  vot^s  par  acclamation.  Nous  formons  le  voeu  que  ce  projet  ne  tarde 
pas  k  se  r^aliser.  Liege,  limite  de  deux  Ungues  et  de  deux  races,  semble 
plac4e  entre  la  France  et  TAlleraagne  pour  offrir  la  glorieuse  image  de  Char- 
lemagne k  tous  les  peuples  qiii  acdamerent  ou  reconnurent  son  autorite. 


(  454  ) 

th&qu^s  :  nous  ne  voulons  pas  parler  settlement  des  notes 
mafgidales  inscrites  dans  de  vieux  martyrologes,  mais 
aassi  des  cartulaires  d'abbayes  oh  Ton  rencontre  des  di- 
pldmes  incoonus  ou  pen  ^todi^s(i).  II  est  probable  qu'apr^s 
la  mort  de  Charles  Martel,  ses  fils,  impatients  de  se  r^- 
conciliende  plus  en  plus  avec  Tfiglise,  renrichirent  par  de 
nofnbreuses  donations,  et  il  est  tei  acie  pieux  qui  pent 
presenter  une  date  importante.  Nous  avouons,  d*ailleurs, 
que,  malgr^  T^rudition  qui  ne  fait  jamais  d^raut  kTauteur, 
nous  ne  retirons  pas  de  son  travail  les  fruits  que  nous  nous 
en  promettions  :  ear  il  n'eipose  avec  lucidity  les  argu- 
mentis  les  plus  s^rieux  que  pour  les  ^branler  par  des  objec- 
tions non  molns  puissantes.  I)  est  utile  d'^carterce  qui  est 
f^tii  ou  douteux ,  mais  c*est  k  la  condition  de  nous  appren- 
dre  ot  se  trouve  la  virii^. 

DeuX  Ibis  seulement,  Tautenr  laisse  apcrcevoir  cer* 
taines  preoccupations,  certaines  sympathies  pour  des  opi- 
nions qu*il  analyse,  et,  maIheureusement,eesoni  eelles 
qui  fitut  semblent  \^  plus  denudes  de  fbndement.  Poor 
la  question  de  date,  H  Incline  en  faveur  de  celle  d«  74T, 
qui  est  d^mentio  par  le  mot  septuagmenim  inserit  6ur  ta 
tombe  de  Ghaflemagne,  mort  en  814,  Quanl  i  la  ques- 
tion du  lieu  de  la  n^issance ,  il  neglige  trop  les  termes  4n 
pi^OigfafdtAe ,  qui  fifivitaient  liex^imin^  les  pr^'entions  Ar 
TAustfai^ieli^oise,  pour  s*6nqu^rir«ompiai^«nnieBlde8 
traditions  de  la  Bavi&re.  De  ]k ,  Timportance  qu*i]  ajoute  ji 
la  lameuse  charte  cit^  dans  les  Antiquitates  Fuldenses,  oh 
on  \\i :  Dofmmus  terram  c&nceptianis  nosirae  hoc  tH  i»tam 
tomprdtincTam  inrea  flnmeh  Vmtmt  imm  omni'fttts  pfrS- 


i»n  tPfSlty  ^t*  M.  Z^y  t  Spire. 


(435  ) 

nmtUs.U  ^  peQt  que  Ton  ail  ititerpr^t^  eeUe  ehlin«»,  au 
XVIlI^**sidel€,  dans  le  sens  qoi  flattait  une  pr^teniton 
l^us  que  douteuse;  mais  il  esl  ais^  de  s'assurer  que  le  mot 
eanceptio  est  le  m^me  que  les  mots  synoaymes  eoneaptio, 
captura,  eeplum,  eeptio,  cepius,  cit^s  par  Ducange^  qui 
en  naeniionoe  vingi  k  trente  exemples  tir^s  de  ce  m^e 
livre  des  AntiquUates  Fulden$e$.  Or ,  ces  mots  ne  signifient 
pas  autre  chose  qu'un  domaine  de  formation  r^cente, 
eompe  dans  cette  phrase :  una  eaptwra  cum  terrii,  pratis 
et  silvis. 

Du  reste,  les  tendances  de  Tauteur  k  ne  pas  se  montrer 
trop  hostile  2i  la  date  de  747  et  aux  pretentions  de  Yarghel, 
ne  se  dessinent  qu'k  peine  :  rien  ne  Tarrftte  plus  dans  sa 
marebe  veri  une  conclusion  que  nous  avons  d^jk  indiqute 
et  qu*ii  <kait  ais^  de  pr^Toir.  D'aprds  figinhard^  la  nais^ 
sanca  et  Tenfance  de  Charlemagne  ^laient  voiles,  mfime 
ponv  sm  cofitemporains,  d'une  nuit  profondO)  et^  apris 
oa^e  slecles»  nous  ne  pouvons  songer  k  y  porter  la  lumi^re^ 

Cette  conclusion  nous  la  combattrons,  parce  qu'il  faut^ 
comme  Ta  dit  notre  honorable  confrere,  M.  Borgnet,  ju8<f 
tifler  TAcad^mie,  qui  a  pris  ce  d^bat  sous  son  patronage  ^ 
e(>  k  Texempie  d*un  aatre  de  nos  confrdres,  M.  Polain, 
&04I9  ajonteroQs  que  le  conci^urs  etant  rest^  sans  r^sohat, 
noqs  Qe  oroyons  manquer  ni  h  notre  mission,  ni  ii  Tim'* 
partiality y  eo  reprenant  Texamen  dela  question,  telle  que 
nous  la  coippreoons,  telle  qu'elle  apparalt  k  notre  convict 
tiop  personnelle, 

Quelque  respect  que  nous  portions  k  la  parole  d'£gin- 
hard ,  nous  ne  pouvons,  en  la  pesant  et  en  Tinterrogeant, 
lui  reeonnattre  assez  d*atitorit4  pour  qu'elle  domlne  la 
science  hlstorique,  d^sormais  condamn^e  k  proclamer  son 
impuissance  et  la  st^rilit^  de  ses  efforts.  Qiiot!  £ginhard, 


(  436  ) 

le  grand  ^ginbard,  comme  Tappelle  dejk  Walafrid  Strabns^ 
a  vecu  dans  rintimit^  de  Charlemagne,  il  a  connu  le  cha- 
pelain  de  Pepin  et  le  chapelain  de  Bertrade,  et  il  n'a  pu 
rien  apprendre  des  premieres  annees  de  TEmpereiir  dont 
il  fut  le  secretaire  ou  le  gendre;  il  a  eu  des  relations  in- 
limes  avec  les  moines  de  Lorseb,  qui  avaient  inscrit  dans 
leur  marlyrologe  la  date  de  la  naissance  de  Charlemagne, 
el  il  n*a  pas  su  ce  que  personne  n'ignorait  dans  celle 
abbaye  (1).  Cest  au  moment  oix  Charlemagne  devient,  pour 
le  monde  civilise  de  son  temps,  le  centre  des  lumi^res 
aussi  bien  que  celui  de  la  puissance,  qu'il  affirmeque, 
parmi  les  vieillards  aussi  &ges ou  plus ag^s  que  lui,  il  n*en 
est  aucun  qui  soil  instruit  de  cequi  se  rapporte^  sa  nais- 
sance, k  son  enfance  et  meme  k  sa  premiere  jeunesse,  de 
naiivilate  atque  infantia  vel  etiam  pmritia.  Pouvons-nous 
oublier  que  Tauteur  de  la  vie  de  sainle  Gertrude  ^rivait : 
Quisnam  in  Europa  habilans  hujus  progeniei  altitudinem^ 
nomina  et  loca  ignorat?  El  c'esl  en  parlant  de  Charlemagne 
que  rhagiographe  ajoute  :  Etiam  si  cartae  siierent,  sola 
fama,  nullo  litterarum  nixa  praesidiOy  ab  oblivionis  inte- 
ritu  defendere  sufficeret  (2). 

Lorsqu'on  entend  Eginhard  raconter  que  Bertrade  passa 
sa  vieillesse  pr^s  de  Charlemagne,  et  rapporter  ailleurs  que 
sa  flile  Gisia  fut  consacr^e,  d^s  son  enfance,  Ji  la  vie  reli- 
gieuse,  on  ne  s'explique  pas  qu'il  ail  pu  ignorer  que  Ber- 
trade tormina  ses  jours  dans  un  cloitre,  et  que,  lors  de 
ses  intrigues  avec  les  Lombards,  elle  flan^a,  en  Italie,  sa 


(1)  Dans  ma  notice  pr^c^dente,  j'ai  ^rit  qu^Egmhard  avait  ^t^  abb^  i 
Lorsch.  C^est  une  erreur,  et  le  passage  des  Annates  d*Eginhard  qui  y  a  donn^ 
lieu  {in  monasterio  nosiro  Lauresheym)  n'est  qu*ime  interpolation. 

(?)  MS.  de  la  Bibl.  de  Boiirgoijne,  5(555. 


(  457  ) 

fille  Gisla  k  un  fils  de  Didier  (1).  Mabilion  s'en  est  di]lk 
etoan^  avant  nous.  £videmment,  Eginhard  est  mal  k  Taise 
avec  les  fails  qui  concernent  Bertrade,  mere  de  Cibarle- 
magne.  Eginhard  ecrit  pour  les  clercs;  il  est  abb^,  el 
I'ausl^re  discipline  de  TEglise  le  preoccupe  l^gilimement. 
Ne  faut-il  pas  expliquer  ainsi  son  silence  pr^medit^?  L*au<- 
leur  du  memoire  present^  an  concours  est  dispose  a  le 
croire;  il  e(kt  pu  faire  remarquer  que  le  mariage  de  Pepin 
el  de  Berlrade  remontait  aux  derni&res  annees  de  Charles 
Martel ,  h  une  epoque  ou  Pepin  d*Heristal  avail  si  bien 
fail  oublier  saint  Pepin  de  Landen,  que  d*ancien$  auteurs 
comparent  le  vainqueur  des  Sarrasins  \k  Decius  el  ^  Diode- 
lien  (2).  Le  mariage  de  Pepin  el  de  Berlrade  ^lait  legitime 
d'apr^s  le  droil  civil  el  polilique,  puisque  la  fiancee  avail 
apporle  a  son  ^poux  un  alleu,  et  il  suffisail,  selon  Fusage 
des  Francs,  quMl  eul  el^  prec^d^  de  la  coemption  par  le 
sou  el  ie  denier.  Mais  ce  ne  fut  que  plus  lard ,  avant 
renvoi  k  Rome  du  chapelain  Fulrad,  charge  de  solliciler 
du  pape  la  cons^craiion  d'une  nouvelle  dynaslie,  que, 
gelon  le  vieux  lexle  des  Annates  deSainl-Beriin,  Pepin  fit 
confirmer  celte  union  par  les  c^r6monies  de  la  b^n^diciion 
religieuse,  qui  pouvaient  seules,  aux  yeux  de  I'^glise,  en 
elablir  la  validile  (3). 


(1)  D^apres  le  roman  de  Berte  aui  gram  pi4i,  Gisla  est  n^  avant  Char- 
lemagne :  c'est  la  mere  de  Roland. 

(2)  Hincmar  rapporte  que  les  clercs  chassis  de  Reims  par  Charles  Martel 
s^adonnerent  au  commerce,  et  d^chirerent  le  parchemin  des  livres  et  des 
chartes  pour  s*en  faire  des  bourses  :  Denarios  in  cartii  et  Uhrorum  foUii 
interdum  HgabanU  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourgogne,  7487. 

(5)  La  date  ajout^e  en  marge  par  Duchesne  ne  doit  pas  etre  accept^  sans 
examen.  11  n^y  en  a  aucune  dans  le  manuscrit  des  Annales  de  Saint-Bertin, 
conserve  k  Bruxelles.  La  consecration  religieuse  de  cetle  union  n'aurait-elle 
pas  eu  lien  en  746 ,  lorsque  la  retraite  de  Carloman  abandonnait  une  libre 


(458) 

.  Ua  dernier  Hiot  pour  jusiifim*  eeiie  toterpr^aiioo  da 
sitence  d'£giiihard.  Nous  lisons,  dans  ua  aul^ur  dii  X^ 
sikde  (<(),  que  le  diaere  Godescalc,  eerivaDt  par  Tordre  de 
I'^v^ttt  de  Li^e,  Agilfrid ,  sims  le  r^ue  de  ChdHeoaagfla, 
cruty  par  prudeqce,  devoir  ooieltre  ee  qui  se  rapporiaic  ^ 
AlpaSde,  cetie  jeufie  (ille  noble  et  belle,  doni  ^e  roariage 
avail  sans  doule  616  aussi  cel^br^  eooform^ment  k  la  loi 
de^  Franca » ear  elle  avail  apport^  ii  Pepin  d'H^Srisial  Falieu 
d*Orp,  ok  Too  a  depnis  reirotjtye  $es  resles  avee  ees  mois : 
C9§Uhoralis  Pepini  (3), 

L'aoiorii^  d'^ginba^d  ne  nous  lie  plus.  Nou#  poursti* 
vrona  aos  rechercbes,  en  nous  effofQanl  de  les  praseniar 
sous  ia  forme  la  plus  ^concise. 

Benrade ,  la  blonde  Ber ibe  des  Trouv6res ,  4iait  une 
jeuaefille  des  Ardenn.e$«  6%^\emmt  noble  et  riebe.  En  784  • 
«oa  aji^le,  qui  portait  le  mim^  nom,  el  iBon  p^re  Ri^b^i , 
affectepi  uae  pariie  de  leurs  revenii^  de  Romairmlla  dans 
TArdeone  (3)  k  la  fondajtin^ii  in  moo^st^e  4^  Prum.  Cm 
}h quMls  resident  m momeat  od  iljs  fonil eetie  donaiion  (4); 
c'eat  lit  qu*e^  l^ur  Cof^i,  Lors^uei  vers  740,  Bertrade 
^u«e  Pepui,  son  »\\m  ee  <pmj>0Ae  4e  la  n»taie  m\lfi, 
MV^mi^  Rumerwfi^,  cqmm^  nm*  Tappr^nd  ua  di- 
pl6me  de  Pepin ,  du  13  aofil  762 ,  ojti  Inler^i^&nent  Ber- 
(.riid$  ei  son  flls  Gbarles^  alprs  kg6  de  yingt  ans  (5). 

I^.l'  '    JUi^  I  I      '*■   I'     ■■■''•■'..'■     H.     ■■'     '         TTi    <'    ■«<'■'!  1        Ml     M  HI    11  1  I       I      p    ■     I  I        ^1       lit  ■ 

p^rri^re  ^  Tajnl^Hion  dp  Pepip?  (^  qui  Le  ferait  croire,  c*est  la  date  de  747 
a^^sianiie  i  la  naissance.de  Charlemagne  par  Tauteur  des  J nnale$  Petaviani, 
gui  parle  Iui-ip£me  de  ses  rapports  avec  la  fao^ille  imp^riale. 

(1)  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourg^og^ne,  19395. 

p) /6<(f.,  18125. 

(3)  Infra  terminot  Jrisnnae, 

(4)  Martene,  Jmph  Collj  I,  col.  33. 

(8)  In  pago  Choroi  ititlae  quae  dicitur  Rnmereieheim  portio  Bertra' 


(  459  ) 

Teh  sont  l69  faiU  (rnnfi  autheniieit^  ineontefitabie  t  le 
nm  $ppariient  aux  tradiiions  et  ao&  l^gende^,  al  jamais 
ancuD  nom  plus  que  celui  de  la  Fdine  Bertfae  ne  fat  enr 
tour^  de  myai^re,  nop««eoleineDjl  en  ce  qui  ioache  aa  ^vie, 
mais  mime  en  ce  que  nous  aavQQg  de  ee  qoi  adTint  d'eile 
apr^  sa  mori.  On  cfoyaii  au  moyen  &ge'(€ette  tradition 
eal  mention  nee  par  Ip^rins,  dans  )a  chroniqae  d«  Saint- 
Bertin )  qu'une  comtesse  de  Fjandre  a^ait  en  leva  de  Satntr 
Denis,  Je  ne  sais  trop  pour  quel  motif,  les  froides  d^^ 
pouilles  de  la  m^re  de  Charlemagne.  Tout  ceci  ^tatt  onbli^ 
quand,  en  i646,  le  grand  Cond^  vainqnit  les  Espagnols  k 
Len«.  An  bulletin  de  la  bataiiie  snec^a  un  autre  bulletin 
rdatif  Ji  la  eonqii£te  de  la  villed'Aire^  oh  Ton  eonservait, 
y  ^talt^^il  dit,  le  corps  de  la  reine  Ber trade.  Les  BollaQi- 
distes,  qui  eommenfaient  alors  leur  pnfeie«se  collectioB 
des  Aeki  Sanctorum,  s'^mnranide  cetie  aI}4g»tion.  lis  pra- 
voqo^ent  lane  enqufite;  on  fit  fl34m«  des  fonillas*  ei  I'm 
ratroova  aon-seulemeiit  les  restes  de  la  reine  Bertrade., 
mais  Mssi  eevs  dn  premier  roi  franc  de  la  dynastie  ouroi- 
lin^nne,  Oa  constata  qua  f^pm  le  Br^f  ayalt  it^de  petite 
stature  (1) ,  mais  q«'il  s'en  ^tait  pas  de  m^p« 4e  ae  iwrnh 


4a»  guam  genitor  9uu$  Mfifiberim  H  in  alode  dmU^uif,  On  Ut.lJla  fin : 
Manu  propria  deerevimui  roborare  ego  Pipinui  et  eonjunw  mea  fer^ 
trada.  Signum  CaroU  filii  $ui  contentientii.  (Mabillon,  Bouquet,  Par- 
4fsitut,  Mimm^  «te. ) 

he  non  de  ^Sarlpman  ne  m  jtrouve  pas  dam  Je  texte  gne  noui  a  cttoyenr^  4e 
manuflcrit  de  la  Bibliothefue  de  Bour^ogne,  5996.  CarlomaQ  n^ayait  que 
onze  ans  k  cette  ^poque.  — Ce  fut  k  la  priere  de  Bertrade  que  Pepin  renou- 
vela,  en  763,  la  ebarte  dela  fondation  4e  t*ifbbaye  de  Pnim  :  USoarii  wuae 
Berthradae  rogatu  provocatut.  (Mir.  S.  Gear,  jieta  SS.,  6  jul.,  p.  345.) 

(1)  Cinq  piet  et  demi  d«  long,  plus  n'en  ot  mie, 

dit  Adenez. 


(  440  ) 

que  les  romanciers  avaient  nomm^e  h  juste  litre  Berthe 
au8  grans  pies.  On  lut  sur  une  lame  de  plomb  que  la 
translation  de  ses  restes  avait  eu  lieu  an  mois  d'aofit  1255. 
II  convient  d*ajouter  ici  qu'en  1264 ,  l^s  moines  de  Saint- 
Denis  flrent,  de  leur  cdt^,  ouvrir  le  tombeau  de  Bertrade, 
et  qu'ils  deposdrent  les  ossemenls  que  Ton  y  trouva  dans 
le  chceur  de  Tdglise.  £tait-ce  une  precaution  tardive  on 
feinte?  Nous  n'osons  nous  prononcer,  mSme  apr&s  avoir 
lu  attentivement  les  lettres  adress^es  au  P.  Alexandre 
Wihheim  (1). 

Ce  que  nous  savons  le  mieux,  c'est  que  des  chartes 
authentiques  ^tablissent  que  Bertbe  aus  grans  pUs  ^tait 
ardennaise,  et  les  traditions  liegeoises,  d*accord  avec  This- 
toire,  la  font  cousine  d*Ogier  leDanots  et  de  Garin  le  Lohe- 
rain.  Nous  en  retrouvons  aussi  un  vague  ^cho  dans  ces 
vers  oil  Godefroi  de  Yiterbe,  aprte  avoir  fait  nattre  Char- 
lemagne k  Ingelbeim  pour  flatter  TEmpereur,  nous  ap- 
prend  que  sa  m&re  ^tait  une  prineesse  de  Hongrie.  La 
tradition  liegeoise  rapporte,  en  effet,  qu*un  beau-fr^re  de 
Bertbe  aus  grans  pi4s  devint  roi  de  Hongrie  par  droit  de 
conqu£te  plutdt  que  par  droit  de  naissance,  et  Ton  com- 
prend  qu'elle  soit  arrivee  jusqu'Ji  Godefroi  de  Yiterbe, 
puisqu'il  v^cut  k  la  cour  de  Conrad  III  avec  Wibold,  vice- 
chancelier  de  TEmpire  et  abb^  de  Stavelot,  qui  ^tait  n^ 
k  Li^e. 

Selon  nous  (et  nous  attribuons  k  cette  observation  aoe 
grande  importance) ,  c*est  dans  le  pays  de  Bertrade,  c'est 
dans  les  Ardennes,  entre  Landen  et  Tbionville ,  ou,  si  Ton 
aime  mieux ,  entre  Liege  et  Metz,  qu*ont  pris  naissance 


(1)  MS.  6S39  de  la  Bibliotbeque  de  Bourgo^ne. 


(  441  ) 

toutes  les  traditions  conservees  dans  les  romaos  du  cycle 
carolingien.  Ne  nous  ^tonnons  pas  que  Ton  nous  dise  que 
Bertrade  etait  cousine  d*Ogier  le  Danois  et  de  Garin  le 
Loherain.  Qui  ignore  que  Garin  le  Loherain  devait  son 
nom  k  sa  naissance  en  Loiharingie?  Qui  ne  sait  aussi 
qu*il  faut  lire  Ogiev yArdmnois  pour  Ogier  le  Danois?  Tons 
ces  lieros  sont  avalois,  c*est-k-dire  de  la  contrto  qui  fut 
longtemps  d^sign^e  par  le  nom  officiel  de  Pays-Bas. 

II  est  int^ressant  de  voir  comme  Thistoire  litt^raire 
conflrmeces  donn^es.  En  France,  les  romans  du  cycle 
carolingien  se  repandent  2i  deux  ^poques ,  d'abord  quand 
Elisabeth  de  Hainaut  Spouse  Philippe-Auguste,  ensuite 
quand  Marie  de  Brabant  epouse  Philippe  le  Hardi,  et 
c'esl  un  poele  attache  aux  dues  de  Brabant  qui  se  preten- 
daient  les  heritiers  directs  de  Charlemagne  {duces  Lo- 
tharingiae  de  prosapia  s.  Karolimagni) ,  qui  compose  pour 
Tune  de  ces  princesses  le  roman  de  Berthe  aus  grans 
pies.  En  Allemagne,  c'est  sous  Tempereur  Charles  de 
Luxembourg y  cet  illustre  protecteur  des  Minnesingers, 
que  la  po&ie  repand  ces  legendes  aux  bords  du  Rhin  et 
jusqu'au  fond  de  la  Saxe  et  de  la  Bavi^re.  Ainsi,  en  Alle- 
magne  comme  en  France,  ce  sont  des  princes  et  des  prin- 
cesses issus  de  Charlemagne,  ou  ayant  recueiHi  les  iltats 
h^reditaires  des  Pepin ,  qui  propagent  ces  recils  auxquels 
leur  gloire  et  leur  vanit6  sont  int^ressees*  Pen  importe 
d'ailleurs  que  les  poetes,  par  tin  anachronisme  consacr^ 
par  Tusage,  transportent  k  leur  cour,  soit  aux  bords  du 
Rhin ,  soit  k  Paris ,  la  sc^ne  des  legendes  qu'ils  reprodui- 
sent.  Nous  savons  que,  d^s  le  XIV™*  si^cle ,  tons  les  ro- 
mans anglais  placentk  Windsor  le  sejour  du  roi  Artus, 
parce  que  c*elait  la  qu*un  nouvel  ordre  de  chevalerie  ve- 
nait  d*etre  fonde  par  £douard  III. 


(  44S  ) 

En  748  >  ftonee  pleioe  de  trouble  et  de  eonfiiiioa^  I A 
mne  Beribdi  qui  pr^ferait  la  quesoiulle  k  U  laoce^  fiiait*' 
die  datis  Its  Ardeone^?  Hela»,  ii  y  a  biea  loin  de  notjre 
epoqUe  k  eelle  oil  U  r^iae  Berihe  filait,  et  sans  cbereher 
k  en  savoir  davantage,  il  noas  kiffit  de  conaaHre  sa  pa»- 
Irie  et  ToriglB^  d^s  16|pend^  qui  ont  reodli  son  aotn  si 
populaird^ 

II  esl  temps  de  r^ntrer  dans  la  discttssibn  des  £iits  qoi 
apparii^nent  k  rhistoire^r 

Charles  Martel  s'etait  born^  a  designer^  ^n  preaened  des 
nobles  francd  f  ses  fils  Carloman  el  Pepin  comme  htfri4iers 
d6  son  principat.  II  paraiC  qne  Griffon  se  trbatait  a  Ktersjr 
au  niiomtot  de  la  maladie  de  son  pei'e  el  qU'il  obtini,  gr&ce 
aoi;  prieres  de  sa  itiere  Sonnehilde,  nn  vaste  domaiae  qui 
a'etendail  a  la  fois  en  Austrasie,  en  Neastrie  et  en  Bou^- 
gofae.  Laon  ea  etail  probableHieni  le  centre.  Dans  oetie 
eontree  residait  un^  population  franque,  rude,  vaillante, 
energique^  qui  avail  toujours  rempU  un  role  important 
daos  les  qiierelles  de  la  Neustrie  et  de  TAustrasie*  Son  in- 
flueaee,  lEidique^  par  les  historiens  des  I'epoque  de  Bruae- 
hilde  et  de  Fr^degonde^  se  dessinera  plus  Completement 
sous  les  comtes  de  Vermandois.  Elle  alteiadra  son  apogee 
qmand  le  dernier  heritier  de  Charlemagne  perdra  la  cou- 
ronaeet  la. liberty  daas.cette  meme  yille  de  Laon  que Goi* 
ber t  de  Nogenl^  appelle  le  berceau  des  ambitions  royates , 
ihalamm  regiae  unibitimiis. 

On  savait  que  Griffon  ^  flls  d'une  princesse  ramenee  cap- 
livede  Bavi^re^  rdvait  Talliance  des  peupies  d*oatre-Rhitt , 
comme  Ragenfrid  avait  recberebe  celle  des  Prisons.  Poar 
miens  d^jouer  ses  projets ,  les  Francs  d'Austrasie ,  condaits 
par  Carloraan  et  Pepia ,  Taltaquent  an  milieo  de  TbiT^, 
afin  que  les  peupies  de  la  Germaaie  ne  le  paisseui  secourir. 


(  445  ) 

Leur  trioraphe  est  completi  Garlomaa  meiie  avec  lui  Ghl- 
fon  au  ch&ieau  de  ChevremoQt(l}.  Sonnehilde  estenfermee 
k  Chelles.  Noire  honorable  confrere  et  ami^  M.  Polain> 
rapporte  que  Pepin  ly  conduisit,  et  il  en  conclut  que 
Clelles  etant  sur  la  route  de  Paris,  ce  fut  de  ce  cote 
que  Pepin  se  dirigea  avec  Bertrade,  pr^  d'etre  mere. 
Aucun  teste,  croyons-nous,  ne  porteque  Pepin  conduisit 
Sonnehilde  k  Chelles,  et  cette  mission  eut  ete  indigne  de 
lui.  Sans  nous  demander  si  Tabbaye  de  Chelles,  assez  peu 
eloiguee  de  Laoo,  ne  faisait  pas  partie  du  domaine  de 
Griffon  conquis  par  les  Francs  austrasiens,  nous  nous  bor- 
nerons  k  faire  remarquer  que  ceiteabbaye,  la  plus  illustre 
retraite  que  put  irouver  une  princesse  du  Vin"""siecle,  etait 
depuis  longtemps  soumise  k  Tinfluence  carolingienne. 
Cetait  Ik  que  saint  Willebrod  et  saint  Boniface  faisaient 
elever  et  instruire  les  jeunes  filles  anglo-saxonnes,  c'etait 
\k  que  s'^iait  retiree  Bertilende^  qui  poss^dait  de  vastes 
domaines  en  Toxandrie,  et^  plus  tard^unefiUe  de  Pepin  y 
devint  abbesse. 

Carloman  est  seul  nomme  par  les  chroniqueurs  qui  ra- 
contentla  captivity  de  Griffon  k  Chevremont,  Ceci  serap- 
porte  k  Tepoque  ou ,  selon  le  moine  Othlon  (2),  il  dirigeait 
le  gouYernement,  comme  fils  aine  de  Charles  Martel^  c'est- 


(1)  Pepin  (l^H^ristal  avait  donne  le  domaine  de  Yilvorde  k  T^glise  de 
Notre-Dame in  Novo  Ca$tello.  Un  dipldme  de  Tempereur  Othon, du  18  ami 
947,  reiatif  k  ce  meme  domaine,  ne  parte  plus  du  Novum  CMtellum,  mais 
de  Chevremont. 

(2)  J*ai  d^j^  cit^  le  texte  du  moine  Othlon.  Ceci  se  retrouve  aussi  dans  le# 
Jcta  Sanctorum  .*  Jd  nutum  Carlomanni  qui  majorit  erat  aetatit,  om- 
nia paterni  regni  ditponebantur  jura.  Cum  Pippintu ,  necdum  pro 
immaiura  aaktte  ad  tu^Unlanda  regni  gubernacula  idoncus  ettet.,. 
(Encom.  S.  Uadel.  Mta  SS.^  2  febr.,  p.  U47. ) 


(  444  ) 

a-dire  k  la  fia  de  Thiver  742.  Immedialement  apres  vient 
le  champ  de  mars,  ceite  memorable  assemble  oii  les 
maires  du  palais,  comme  ces  chefs  des  Germains,  egaux 
aox  rois,  donl  parleTacite,  aimaient  k rappeler  aux  leudes 
que  si  les  privileges  de  la  naissance  peuveni  mainteDir  les 
<]yDasties ,  c'est  le  caarage  seul  qui  les  fonde. 

Depuis  Pepin  d*Heristal,  les  maires  du  palais  avaient 
soio  deconvoquer,  chaque  annee,  Tassemblee  geoeraie  des 
Francs.  Celail  Ik  que  Ton  prenail  loutes  les  mesures  pro- 
pres  h  garantir  la  paix  publique ;  c*etait  la  qu'on  reglail  les 
preparatifs  des  expeditions  militaires,  qui  commen^ient 
au  printemps  (1).  Si  au  champ  de  mars,  Garloman  avail 
la  superiorile  parson  kge,  elle appartenait  k  d'autres  litres 
k  Pepin ,  et  nous  ne  pouvons  oublier  le  mot  du  continua* 
teur  de  Fredegher,  qui  nous  dil  que,  lors  meme  que  les 
deux  fr^res  comballaienl  ensemble,  on  suivait  les  avis  de 
Pepin,  consilium  Pippini  exsequentes. 

Si  le  partage  des  deux  principals  n'eiait  pas  accompli 
lors  du  champ  de  mars  de  Tannee  742,  il  est  hors  de  doule 
que  les  deux  freres  y  presiderent  ensemble,  et  puisque  nous 
Savons  que  Garloman  etait  alors  en  Austrasie,  nous  pou- 
vons en  conclure  que  Pepin  s*y  trouvait  avec  lui :  or,  quel- 
ques  jours  a  peine  s^parent  ce  champ  de  mars  du  2  avril 
742,  date  assignee  commun^ment  a  la  naissance  deGhar- 
lemagne. 


(1 )  Singulis  vero  annit  in  Kalendis  martii  generate  cum  omnibus 
Francis  secundum  priscorum  consuetudinem  Pippinus  concilium  age- 
bat,  donee  verbo  pro  pace  et  defensione  ecclesiarum  Dei  et  pupiUorum 
et  viduarum  facto,  raptuque  feminarum  et  incendio  solido  decreto  inter- 
dictOf  exercitui  qtwque  praecepto  dato  ut  quacumque  die  illis  denuncia- 
retur,  parati  essent  in  partem  qttam  ipse  disponeret  proficisci..,  {yfnn. 
Mett.  692.) 


(  445  ) 

Dans  notre  travail  precedent,  nous  avons  voulu  proiiver 
qu*il  y  eut  en  742,  et  vraisemblablement  vers  I'epoque  do 
champ  demars  ou  vers  les  fetes  dePaques,  un  concile  tenu 
a  Leptines  auquel  assista  Pepin  (i)  el  que  presiderent  saint 
Boniface  et  le  legal  Georgius.  Nous  avons  cite  a  Tappui  de 
celle  assertion  les  acles  du  concile  de  Kiersy  en  838,  Tan- 
naliste  de  Fulde,  et  Hincmar,  qui  en  reproduit  des  statuts 
qui  n'ont  aucun  rapport  avec  ceux  du  concile  de  Leptines 
assemble  par  Carloman  (2);  nous  aurions  pu  invoquer  aussi 
le  temoignage  de  Loup  de  Ferrieres.  Nous  n'insisteronspas 
toulefois  sur  ces  arguments,  parce  que  la  date  precise  de  ce 
concile  sur  lequel  se  taisent  tous  les  historiens  eccl^sias- 
tiques  resle  toujours  plus  ou  moins  hypothetiqne. 

La  question  la  plus  importante,  celle  qui  domine  toute 
celle  discussion,  c'esl  de  savoir  si  le  parlage  des  deux 
principals  eut  lieu  apr^s  la  mort  de  Charles  Marlel  ou  apres 
Texpedition  de  Poitou.  M.  Polain  Fa  fort  bien  compris; 
nous  nous  etonnons  seulemenl  qu'apres  lant  de  conscien- 
cieuses  recherches ,  il  ne  soil  pas  arrive  k  trouver  une  s6- 
luliott  toute  favorable  a  celle  belle  et  pitloresque  con- 
trdedes  bords  de  la  Mouse  quMI  a  si  bien  servie  par  ses 
etudes. 

Nous  lisons  dans  les  Annales  Laurissensesmajores ,  dans 
les  Annates  Tiliani,  dans  les  Annales  Bertiniani : 

In  ipso  itinere  diviserunt  regnum  Francorum  inter  se  in 
loco  qui  dicitur  Vetus-Pictavis  (5). 


(1)  Un  hagiographe  appelle  Pepin  le  Bref,  Pepin  le  Pieux  (ActaSS.^  17 
Jan.,  p.  98.) 

(2)  Hinemar,  ^dit.  Migne,  t.  II ,  p.  143.  Ges  statuts  se  rapportent  k  la  le- 
gislation canonique  sur  les  manages. 

(3)  Of.  le  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourgogne,  6446. 

S"^*"  SJ^RIB,  TOME  IV.  30 


(  446  ) 

Les  Annc^s  Lauristenses  minores  porteat :  In  ipso  iti- 
nere  regnum  inter  h  quid  quisque  habertt  dividwit  in  loco 
qui  didtur  Vetus-Pictavis  (1).  C'est  k  peu  de  cbose  prte  la 
rndme  redaction. 

Enflo  les  Annates  d-Eginhard  soot  ainsi  con^ues  :  Be- 
qnum  quod  communiter  habueruntdiviserunt  inter  $e  in  loco 
qm  diciiur  Vetui-Pictavis. 

Nous  lisoas  aussi  dans  les  Annates  deSaint-Maximin  de 
Treves ,  6crites  sous  Charlemagne: 

Carolus  obiit.  FiUi  ejus  principatum  illius  dividunt  inter 
$e  (2). 

Ajoutez  k  ces  temoignages  ceuz  de  R^inon ,  de  Pierre 
le  Biblioihecaire  et  de  tons  les  compilateurs  du  X"'"'  aa 
XlII"'  siecle : 

c  Lors  retourn^rent  les  freres,  portent  les  Chroniques 
1  de  Saint*Denis ,  pour  les  besoingnes  du  royaume  or- 

>  donner  et  recouvrer  les  provinces  qui  j^  estoyent  hors 
»  de  la  socii^t^  et  de  I'aliance  aux  Francois ,  puis  la  mort 
»  de  leur  pire*.  Puis  alerent  au  Yiel-Poitiers,  et  la  despar- 

>  tirent  le  royaume  qu'il  avoient  tenu  commQnemest 

>  entre  eulx  deux  jusques  alors  (3).  > 

Get  interr^gne  des  maires  du  palais  est  si  bien  etabli 
qu'ane  ancienne  cbronique  de  Stavelot  s'exprime  ainsi : 


(1)  Cf.  les  MSS.  de  la  Bibl.  de  Bourgogue,  6450  et  1^835. 

(3)  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourgogne,  6843. 

(3)  Deux  iadex  sont  joints  au  tome  III  de  la  collection  des  bisloriens  de 
France.  Dans  le  premier,  Dom  Bouquet  s^exprime  ainsi :  Carloman  et  Pepin 
prenoeni  le  chtoau  de  Loches,  et  viennent  dans  le  lieu  appel^  le  Tieux-Poi- 
Uers,  ou  ils  se  partagent  entre  eux  le  royaume  de  France.  Dans  le  aecoftdi 
tongeriie  4it  aussi  :  Mfgmtm  fzalemiim  diviierunt  in  Uko  qui  dMiur 
Fetui-Pictavis,  prout  teitantur  annaki  Eginharii^  omdHoru 
Loiuliani,  Bertiani  et  Mvtemu* 


(  M7  ) 

74i  -  Harolus  defmctm  est, 

742.  Karlomannus  et  Pippinus  regmre  coepermt, 

A  tous  ces  textes,  M.  Polain  en  oppose  un  seuU  celui 
du  eoBiinuateur  de  Fjredegher,  qui  prdtepd  que  le  pariag(9 
fut  fait  par  Charles  Martel  lui-mtoe,  ei  qu*ao  Poitou, 
Ton  ue  r^partit  que  du  butin»  praedam.  Mais  ceci  eitaitsi 
oppose  a  r^vldeoce  que  ranaalisie  de  Metz,  apres  avoir 
reproduit  le  commeflcemeat  de  ee  le&te,  ajouie,  cojuib^ 
las  aulres  auteurs  que  dous  avons  dejli  cites  :  In  ipso  itinere 
diviserunt  regrmm  Francorum  inter  se  in  loco  qui  dieitur 
Vetus^Piclavis. 

Ea  vain  M.  Polain  voudrait-il  nous  persuader  que  h  mot 
praedam  ou  regnum  peuis^enle&dred'uxie  partieduroyaumo 
de  France,  c*est-a-dire  du  domaine  da  Griffon  :  oa  n'avait 
pa$  aitendu  sans  doute  qu'on  eut  passe  la  Loire  pour  par- 
tagar  ce  dooaaiae  qui  oe  fut  jamais  un  royaume^  et  coaa- 
ment  serait-il  possible  d'interpralery  comme  s'appliquant 
au  ducbe  du  fils  de  Sonnehildet  les  mots  regnum  Franco^^ 
rvm  quel -on  rencontre  dans  la  plupart  des  textes^oonten^ 
porains?  Voiei,  d'ailleurs,  des  t^oigaages  leacore  h\m 
plus  precis.  Le  premier  est  celui  d'Eginfaard,  dans  la  Vie 
de  Chariema^ne  :  MagiHraius  ab  avo  et  patre  $ibi  et  frairi 
Karlomamu)  relictus  summa  cum  concordia  dimsm.  Le  se* 
cond  appartient  au  Chromcon  Moissiaeense :  Pippinus  el 
Karlmannus  principatum  patris  inter  se  dimdunt*  Le  troi^ 
sieme,  puise  dam  les  Annaks  Fuldenses  Einhardi,  reunit 
les  deux  redactions  qua  nous  avons  reproduites^  an  les 
completant  Tune  par  Tautre  :  Carlomannus  et  Pippinus, 
sub  obtentum  majordomatus,  jotws  Frai^ciae  regnum  sus- 
cipiunt  et  inter  se  dividunt. 

Si  la  certitude  n'etait  pas  complete,  nous  invoquerions 
ces  chartes  de  Tabbaye  de  Weissenbourg,  oit  Ton  m^n- 


(  448  ) 

tionne  I'epoque  de  la  division  des  principats ,  en  la  pla<;ant 
aprte  Texp^ditioD  de  Poitou  (1). 

Une  seule  objection  s^rieuse  se  pr^sente :  la  tenne,  au 
mois  d*avril  742,  d*un  concile  assemble  par  Carloman  in 
regno  meo,  comme  il  s'exprime,  ce  qui  indique  que  la 
division  des  principats  etait  accomplie.  G*est  le  concile 
connu  sous  le  nom  de  concilium  Germanicum,  plac^  par 
les  uns  k  Ratisbonne ,  par  d'autres  k  Salzbourg  ou  k  Franc- 
fort,  mais  qui,  a  coup  sur,  fut  tenu,  selon  Texpression  de 
M.  Binterim ,  au  coeur  de  TAllemagne  (2).  Nous  avons  d^ja 
dit  que  nous  croyons  cette  date  inexacte.  On  sait  que  ce 
concile  et  celui  de  Leptines  se  tinrent  k  une  ann^e  Tun 
de  Fautre,  et  Mansi ,  all^guant  Tusage  de  tenir  les  conciles 
le  dimanche,  n'hesite  pas  k  croire  que  le  premier  est  de 
743 ,  le  second  de  744.  II  suffirait  peut-Sire  de  faire  remar- 
quer  qu'en  742 ,  TAIIemague  ^tait  soulevee  aussi  bien  que 
la  Neustrie  gallo-romaine;  d'autre  part,  que  Carloman 
partit  pour  FAllemagne,  apr^s  Fexp^dition  de  Poitou,  et 
qu'il  y  passa  toute  Fannie  745,  retenu  par  la  guerre  contre 
les  Bavarois  et  les  Saxons.  II  existe  toutefois  un  autre 
moyen  fort  simple  d'^tablir  que  Mansi  a  raison,  c'esl  de 
rechercher  quand  Carloman  resida  k  Leptines.  Or,  nous 
trouvons,  dans  la  chronique  de  Lobbes,  par  Folcwin;  la 
mention  d*une  charte  de  Carloman  :  Actum  Liptinas  villa 
publica  quo  facit  februarius  sex,  anno  secundo  regnante 
Hilderico  (5) ,  ce  que  nous  platens  en  744  et  ce  que  per- 
sonne  n'attribuera  k  Fannee  745  (4). 


(1)  jinno  secundo  principatus  Carlomano  et  Pippino  quando  suec9S' 
aerunt  in  regnum. 

(2)  Geschichte  der  deutschen  Coneilien,  t.  II,  p.  21. 

(3)  Pertz ,  Hlon .  Germ,  hist,  script.,  t.  IV,  p.  58. 

(4)  De  nombreuses  difficuUes  entourent  la  chronologle  des  diplomei  de 


(  449  ) 

Faul-il  ajouter  a  touies  les  preuves  deja  ci(ees>  celles 
que  nous  avons  trouvees  dans  un  fragment  reproduit,  k  la 
fin  du  XI"'''  si^cle,  par  Hugues  de  Fleury?  Nous  nous  en 
sommes  trop  longtemps  occupe  pour  y  revenir.  Nous  nous 
bornerons  k  combattre  les  objections  qui  pourraient  lui  Stre 
adressees.  Non ,  ce  texte  ne  doit  pas  etre  confondu  avec  des 
compilations  sans  autorite  (1).  Le  style,  si  on  le  compare 


Cbild^ric  III ,  non-seulement  pour  ceux  qui  sont  dat^s  de  Compiegne  et  de 
Kiersy,  et  que  nous  rattacherions  volontiers  k  la  courte  inddpendance  de  la 
royaut^  m^roviogienne  en  742 ,  mais  mSme  pour  ceux  ou  rintervenlion  des 
maires  dupalais  est  constat^e.  On  salt  positivementque ,  au  mois  de  mars  744, 
on  ^tait  dans  la  seconde  ann^e  de  son  regne,  selon  le  calcul  de  la  royaut^ 
octroy^e.  D*un  c6t^,  on  a  soutenu  que  son  regne  ne  pouvait  avoir  commence 
qu^apres  le  1 ''  Janvier  743 ,  parce  quMl  n*en  est  fait  aucune  mention  dans  unc 
charte  donn^e  par  Pepin ,  k  Metz  :  mais  cet  argument  est  sans  valeur.  On 
connait  plusieurs  chartes  des  annees  suivantes  qui  mentionnent  seulement  les 
maires  du  palais.  D^autre  part,  une  charte  du  monastere  de  Saint-Gall,  pu- 
blico par  Goldast,  Mem.  antiq.,  II,  pars  1*,  p.  38,  fait  remonter  le  regne 
de  Cbild^ric  au  mois  deseptembre  742,  ce  qui  a  fait  dire  ILEckhard  :  Childe- 
ricut  anno  742,  ante  vij  id,  septemhrit  ad  regnum  pervenit  Pagi  est  de 
la  m^me  opinion.  La  marcbe  g^n^rale  des  ^v^nements  n^expliquerait  pas  que 
la  royaut^  ait  pu  dtre  octroy^e  k  Gbild^ric  au  mois  de  f^vrier  743;  tout  in- 
dique,  au  contraire,  que  ceci  a  du  se  passer  au  retour  de  Texp^dition  de 
Poitou;  et  si  Ghild^ric  III  nomme  Carloman  seul,  comme  Tayant  plac^  sur  le 
trdne,  c*est  que  Carloman  seul,  k  cette  ^poque,  dirigeait,  au  moins  nomina- 
lement,  le  gouvernement  aussi  bien  en  Neustrie  qu^en  Austrasie.  L^erreur 
des  diplomatistes  r^sulte  probablement  de  ce  quails  ne  font  remonter  la 
royaut^  de  Child^ric  III  qu*k  sa  proclamation  par  les  maires  du  palais,  qui 
parait  avoir  eu  lieu  au  champ  de  mars  en  743.  —  Je  nMnvoquerai  pas  la  dona- 
tion de  saint  Chrodegang,  reproduiie  par  Br^quigny,  ou  on  lit  :  ^nno  ab 
Incarnatione  Domini  DCCXLFy  anno  VI  Childerici  regis,  XX  die 
maii.  Ce  dipidme  constatant  Tintervention  des  maires  du  palais,  il  faut  rem- 
placer  probablement  anno  FI  par  anno  III, 

(1)  Les  Annales  Mettenses,  dont  Tautorite  est  si  grande,  ne  sont 
aussi  qu*une  compilation  k  peine  ant^rieure  d*un  siecle  k  celle  de  Hugues  de 
Fleury. 


(  480  ) 

h  celai  d'^ginhard ,  annonce  one  source  de  id  tnime  aoti- 
quite,  et  dous  poovons  aroir  foi  dans  le  t^moigoage  de 
Hagaes  de  Fleury,  quand  il  affirme  qu'il  reprbdoit  des 
textes  inedits  d^eonrerts  daDs  la  plos  calibre  bibliotheqae 
dela  France.  N'est-ce  pas  Hugues  deFleuryqni,  lepremier^ 
rendit  a  TEorope  savante  les  ouvrages  d'Anastase  le  biblio- 
tb^caire,  autre  bistorien  du  IX"**  si^cle  sur  lequel  s*^(ail 
aussi  appesanti  un  long  oubli? 

Tout  le  prix  de  ce  fragment,  c*est  de  supplier  au  silence 
des  auteurs  anciens  d^j^  connus ,  en  nous  ^clairant  sur  les 
motirs  qui  port^rent  Carloman  et  Pepin  k  relever,  ou  pour 
mieui  dire  k  sanctionner,  on  an  aprds  la  mort  de  Charles 
Martel ,  la  royaut^  mdrovingienne.  Tons  les  bistoriens , 
sans  en  excepter  ceux  qui  ^crivent  de  nos  jours,  avaient 
compris  que  cetle  resolution  reposait  sur  une  cause  se- 
erdte  qui  devait  6lre  rattacbement  de  la  Neustrie  aui  dea- 
cendants  de  Clovis.  Le  fragment  de  Hugues  de  Fleury  l^re 
le  voile  que  d'ing^niettses  conjectures  avaient  d^jii  2i  demi 
dissip^* 

Mais  tottteela  n'^tait*il  pas  indiqu^  d^ja  par^ginhard, 
quand  il  dit  que  Carlotnan ,  qne  nous  atons  vu  relourner  en 
Austrasie  apr^s  la  d^raite  de  Griffon,  ne  tarda  pas  k  assem- 
bler une  arm^e  ad  ordinandum  regnum  f  Tons  les  tex:tes 
contemporiins  ne  d^peignent^ils  pat,  dte  le  commence- 
ment du  Yllt'"*  si^cle,  Torgueil  conqu^rane  de  Fanctenne 
France  austrasienne,  Francia  teutonica,  et  les  vains  efforts 
de  r^istance  tentes  par  la  nouvelle  France,  gauloise  ou 
romaine,  Francia  romanaf  D*un  c6t^,  les  guerriers  lea 
plus  intrepides,  probatissimi  ad  certamen  viri;  de  Pautre, 
une  race  ^nerv^e  et  ab^tardie  par  ses  alliances  vulgari  com- 
mixta  plebe.  Cbarles  Martel  ne  jugeait*il  pas,  comme  nous 
Tapprend  Tauteur  de  la  vie  de  sainte  Gertrude,  qu*il  ^taii 


( ^i ) 

plus  glorieux  de  cowmaQder  aux  rois  que  d*dtre  roi  (1)? 
ne  lit-on  pas,  dans  uq  documeut  du  VIII"'*  9i^le»  qw 
les  vjctoires  de  Charles  Martel  sur  Rageafrid  eureni  pour 
resuUat  de  faire  rentrer^  sous  Tob^issauce  des  Francs » 
des  royaumes  qui  s'etaient  soustraits  k  leur  domioaUoUy 
regnaperdita  Francorum  ditioni  reparavU  (2),  et  ailleurs 
qu'il  exlermina  les  tyrans  et  les  races  ennemies^  tyrannos 
et  gentes  adversas  (5)?  Ges  tyrans  sout  ceux  dont  parleat 
£ginhard  et  TanoDyme  de  Hugues  de  Fleury,  c'est-k-dire 
les  descendants  des  s^nateurs  aquitains  ou  arvernes^ 
devenus  les  protecteurs  des  heritiers  de  Merovee*  Ce$ 
races  ennemies,  ce  sont  les  populations  gallo-romaines 
qui  soutiennent  Hunald  comme  Eudes,  Waifre  comme 
Hunald. 

II  est  int^ressant  d'observer  combien  la  resistance  de  la 
Neustrie  aux  successeurs  de  Charles  Martel  a  laiss(§  d^ 
traces  dans  le  cycle  carolingien.  Nous  citerons  quelquea 
lignes  du  roman  de  Charles  Martel. 

<  II  est  k  croire  que  Charles  Martel  fut  roy  de  France 

>  en  son  temps,  non  mie  par  vraye  succession  de  droitte 

>  lignie,  mais  par  la  gr&ce  de  Notre*Seigneur  et  par  bono^ 
»  fortune  qui  ainsi  luy  aida,  et  r^gna  Pepin,  son  fiU,  apr^ 
1  luy»  comme  son  fils  et  hdriltiery  par  le  moyen  d*aucvins 
»  princes  de  France,  mais  non  mie  du  consentement  de 
»  tons,  car  la  plus  grant  partie  en  fist  reffus,  En  Tostel  et 

>  maison  de  France  avoit  en  celluy  temps  plenty  de  moult 
»  grans  seigneurs,  les  uns  contraires  d'oppinion  aux  autres 


(1)  Ghriosiui  dnemi  regnum  habentibw imper^r$  quamrtgnum  ha- 
&n*«.  MS.  de  la  SibL  de  Bour^ogoe,  5055. 
{%)  Gluroaifiw  de  St9reWt,M$.  ^  la  BiJbd.  de  Boiifgogae,  bp  9S04. 
(5)  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourgogne,  4779. 


(  452  ) 

>  et  tr6s-discordans  en  plusieurs  mani^res  par  le  fail  du 

>  couronnement  de  Pepin  (1).  » 

Et  quand  delate  la  grande  guerre  c  de  ceuix  de  Lohe- 
»  raine  aux  hoirs  de  Bourdellois,  »  on  voit  les  Anglois, 
Escochois,  Irlandois,  Flamengs,  Picars,  Boulenois,  Bar- 
banssons  et  Hainnuiers  s^unir  k  ceux  de  Metz  et  de  Lor- 
raine dans  une  ligue  commune  contre  les  Bourdellois. 
Gette  guerre  c  qui  dura  comme  succession  d*enfants  a 

>  p^res  >  ne  peint-elle  pas  cette  longue  inimiti^  qui  sdpa- 
rait  deux  races,  Tune  savante  et  polie,  assise  sur  les  ruines 
du  passe,  I'autre  se  precipitant,  encore  k  demi  sauvage  et 
k  demi  paienne,  k  travers  ces  memos  ruines  pour  reedifier 
Tavenir? 

De  Ik  cette  conclusion  :  le  principal  etant  commun 
entre  Carloman  et  Pepin  au  mois  d'avril  742,  il  en  r^sulte 
que  Pepin  presida  avec  Carloman  k  Tassembl^e  du  champ 
de  mars,  puis  k  la  reunion  de  L'armee  qui  se  flt,  en  Austra- 
sie,  apr^s  Tassembl^e  du  champ  de  mars  (2).  Done,  Char- 
lemagne est  n^  en  Austrasie.  II  est  ^tabii  de  plus  qu*au 
mois  d*avril  742,  la  Neusirie  s^etait  souslraite  k  rautorit^ 
des  maires  austrasiens.  Charlemagne  ne  put  done  naltre 
en  Neustrie. 

N'est-il,  d*ailleurs,  aucun  historien  du  IX""*  siicle  qui 
se  soit  occup^  de  la  patrie  de  Charlemagne?  N'y  a-t-il  pas 
un  texte  du  moine  de  Saint-Gall,  texte  si  precis  que  les 
B^nedictins  Tout  accepte  et  proclam^  perempioire?  Depuis 


(1)  Roman  de  Charles  Martel ,  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourgo^^e,  n"  7, 

(2)  La  plu|>art  des  documenls  contemporains  attestent  que  Carloman  et 
Pepin  r^glerent  ensemble  les  pr^paratifs  de  la  guerre  qui  remplit  cetle 
ann^e,  el  cette  guerre  n*^tait  que  la  eons^uepce  de  la  d^lib^aiion  g^^rale 
du  cbamp  de  mars. 


(  455  ) 

lors,  il  a  ete  con  teste,  i  I  est  vrai,  mais  c*est  surtout 
la  valeur  de  la  source  dont  il  emane  qui  a  ete  niee  et 
rejet^e. 

La  classe  nous  permettra  d'approfondir  cette  partie  du 
debat.  L*examea  serieux  auquel  nous  nous  sommes  livre 
nous  a  convaincu,  comme  Basnage,  que  ce  moine  de 
Saint-Gall  est  Notker  le  B^gue,  poete  et  hagiographe^  que 
Ton  voit,  apres  872,  diriger  Tecole  de  Saint-Gall  et  qui 
d^dia  son  livre  De  geslis  Karoli  imperatoris,  en  882  ou  883, 
a  Tempereur  Charles  le  Gros  (1).  Sa  piet6  fut  honor^e  par 
r^glise,  qui  Tinscrivit  au  nonibre  des saints,  et  sa  science 
nous  a  ete  attestee  par  tous  ses  contenoporains.  Non-seule- 
ment,  il  dirigea  Tecole  de  Saint-Gall  avec  le  moine  Ison 
et  le  Scot  Moengal ,  plus  connu  sous  le  nom  de  Marcellus; 
mais  il  s'associa  aussi  a  la  Tondation  de  la  biblioth^que  de 
ce  monastere  devenu,  au  IX""^  siecle,  le  plus  illustre  asile 
des  leltres.  Ekkehard  dit  de  lui  :  Notkerus  in  legendo, 
orando,  dictando,  celeberrimus ,  et  Fauteur  de  la  Vie  de 
saint  Fridolin  dedie  son  travail :  Notkero  doctrinae  sophia 
famosissimo, 

Notker,  qui  ecrivait  environ  soixante  et  dix  ans  apr^s  la 
mort  de  Charlemagne ,  ne  Tavait  jamais  vu ;  mais  il  avait  pu 


(1)  La  mention  de  Tinfirmit^  qui  affligeait  le  moine  de  Saint-Gall,  sa  quality 
de  reclus  (inclusus),  les  liens  qui  Tunissaient  k  Vabh6  Grimald,  son  maiire, 
et  IkTabbe  Hartmut  sous  lequel  il  ^crit,  tout  nous  convainc  qu'il  ne  pent  Stre 
autre  que  Notker  le  hoQue.  Les  rapports  chronologiques,  quoi  qu'on  ait  dit, 
ajoutent  k  T^vidence.  Ainsi ,  nous  comprenons  fort  bien  qu^un  auteur,  d^jit 
vieux,  en  883,  ait  connu  dans  son  enfaoce  un  des  b^ros  des  campagnes  contre 
les  Huns,  qui  eurent  lieu  dans  les  dernieres  ann^es  du  YIII"'  siecle,  et  quMl 
se  soit  souvent  entretenu  avec  Tancon  et  Grimald ,  qui  tous  les  deux  avaient 
connu  Charlemagne.  Grimald  ne  mourut  qu^en  872.  —  Remarquez  aussi  que 
Notker  eut  pour  disciple  Ruodberi ,  ev^que  de  Metz ,  en  883. 


( ^^ ) 

rencontrer  plosieurs  personncs  qui  Tavaient  connu^entre 
autrea,  Walafrid Strabus ,  qui  v^cut  k  Saint-GalL  U  nous 
dit  lui-mdme  qu'il  ^crit  d'apr^s  des  t^moinages  contem- 
porains;  mais  it  couvient  de  faire  ici  une  distinctiou  im- 
poriante. 

Le  travail  du  moine  de  Saint- Gall  reaferme  deux  par- 
tieSy  Tune  toute  militaire,  Tautre  politique,  anecdotique » 
mais  touchanl  surtout  a  Thistoire  ecclesiastique.  La  pre- 
miere, il  Tecrit  au  hasard  et  seulement  pour  ob^ir  k 
Charles  le  Gros.  II  se  borue,  en  effel ,  comme  il  le  declare 
lui-mSme,  k  recueillir  les  recits  qu'un  vieux  soldat,  revenu 
de  la  guerre  contre  les  Huns,  s'eiait  amus^  jadis  k  lui  faire, 
recits  oji  les  fabuleux  souvenirs  des  hordes  d*Attila  ^taient 
grossis  k  tel  point  que  Ten  fan  t  se  sauvait  pour  ne  pas  le3 
entendre  (1).  Mais  il  est  une  autre  partie  du  travail  du 
moine  de  Saint-Gall  plus  exacte  et  plus  digne  de  foi :  c'est 
celle  que,  jeune  encore,  mais  d^jk  guid^  par  ses  goAts  vers 
la  vie  religieuse,  il  dut  aux  plus  v^n^rables  personnages 
qui  Favaient  devancd  dans  le  cours  du  si^cle. 

Ainsi  Notker  a  eu  pour  maltre  Tabb^  Grimald,  qui  avait 
^te  lui-mdme,  comme  flginhard,  Tun  des  disciples  de 
Charlemagne,  c*esi-k-dire  Tun  de  ceux  quMl  se  plaisait  k 
former  k  la  discipline  ecclesiastique  et  au  chant  gregorien ; 
et  nous  rappellerons  que  Walafrid  Strabus  place  T^loge 
de  Grimald  entre  celui  d'^giobard  et  celui  de  Tb^an.  II 
a  v^eu  sons  Tabb^  Harmot,  qui  fut  rarcbichapelain  de 
Louis  leD^bonnaire,  et  queRatpert  appelle :  Virum  seientia 
et  moribus,  nobilitateque  praeclarum.  II  a  connu  k  Saint- 
Gall  un  des  chantrea  remains  envoys  k  Charlemagne  par 


(1)  h&  oomte  (Mrold,  sons  lequel  a?ait  servi  ce  vieax  soldat,  fit  phiiitui* 
foit  la  guerre  aux  HttQa.  11  «$t  c\U  4aQ9  k  testament  d«  Charlanaimie. 


(  455  ) 
le  pape  Adrien;  il  a  eu  pour  pr^d£cesseur»  dans  la  direc- 
tioQ  de  Feeole  de  Saint-Gall,  ie  moiDe  Tancon,  qui  fut 
appele  par  Charlemagne  pour  fondre  la  grande  cloche  de 
la  basilique  d'Aix-la-Chapelle;  c'est  sans  doute  deTancon 
quMI  tient  tout  ce  qu'il  raconte  de  la  construction  de  cette 
merveilleuse  basilique,  et  Walafrid  Strabus  atteste  que 
Tancon  etait  digne  de  foi :  Tanco,  venerabilis  presbyter, 
haec  saepius  sua  relatione  con  firmans,  omne  dubitationis 
argumentum  veritatis  ratione  depellit.  Voilk  k  coup  sAr  une 
autorit^  bien  respectable  pour  un  texte  qui ,  k  propos  de 
cette  mdme  basilique,  nous  apprend  qu'elle  s'devait  dans 
la  patrie  de  Charlemagne ;  mais  il  faut  citer  Ie  teite  mdme 
dont  nous  nous  occupons. 

Le  moine  de  Saint -Gall  rapporte  que  les  Francs  se 
vantaient  d*avoir  efface  par  leur  gloire  celle  des  Grecs  et 
des  Romains  (1).  Une  incontestable  superiority  restait,  k 
un  autre  point  de  vue,  aux  peuples  de  Tantiquit^ :  c'^tait 
celle  qu*attestaient  les  monuments  devant  lesquels  Char- 
lemagne s*arr6ta  avec  admiration  dans  ses  voyages  d'ltalie. 
L'illustre  empereur  des  Francs  profita  done  du  repos  que 
lui  assurait  la  fin  de  sesguerres  pour  Clever  Tart  franc  au 
niveau  de  I'art  romain,  de  mdme  que  la  gloire  franque 
dgalait  d^jii  la  gloire  romaine.  II  avait  r^solu  de  pr^sider 
lui-mSme  k  la  construction  de  la  basilique  d*Aix,  et,  k 
Texemple  d'Auguste ,  qui  avait  cri6  une  Rome  de  marbre, 
il  voulait  que  sa  patrie  eAt  aussi  k  montrer  k  la  post^rit^ 
un  monument  od  se  confondraient  le  bronze  et  le  por- 
phyre :  In  geniiali  loco  basilicam  antiquis  Romanorum  ope- 
ribus  praestantiorem  fabricare  propria  disposilione  molitus. 


(1)  Gra9oi  i$  Homani  invidia  Franeorum  gloHae  carpabantwp,  P«rU , 
Script,  II,  col.  755. 


(456  ) 

Nous  De  pouvons  oublier  que  le  moine  de  Saiot-Gally 
cilant  k  chaque  page  les  vieux  poetes  classiques^  avail  sous 
les  yeux  ces  vers  d*Ovide  : 

Neseio  qua  natale  solum  dukedine  captos 
Duett  et  immemores  non  sinit  esse  tui. 

Lorsque  Ovide  ajoutait  aux  vers  que  nous  citons : 

Quid  melius  Roma  ? 

il  ue  vouiait  pas  dire  qu'il  etait  ne  k  Rome,  mais  que  le 
sol  oil  s'^levail  Rome  ^taii  le  sol  de  sa  patrie.  Le  genitale 
solum  ne  signiiie  pas  autre  chose  dans  le  r^cil  du  moine 
de  Saint-Gall.  La  cit^  d'Aix  Tail  partie  du  genilale  solum ^ 
mais elle  partagecet  honneur  avec  Jupiile,  ou,  d'apres une 
tradition, Pepin  habila  avant  que  le cb&teau  d'Herstal  ful 
reconstruit ,  avec  Herstal,  residence  favorite  de  Pepin  et  de 
Bertrade(l),et  que  Charlemagne  I ui-memeaimait  k  ce  point 
qu'il  donna  le  m£me  nom  k  la  ville  qu*il  Tonda  sur  les  bords 


(1)  Pipinus  rex  et  Bertrada  regina  uxor  sua  manserant  apud  Har^ 
atallum.  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourgogne,  10,954.  Gf.,  n?  5756.  On  conservait 
k  Herstal  un  crucifix  donn^  par  Pepin,  qui,  par  ses  proportions,  rappelait, 
dit-on ,  exactement  sa  taille.  Un  ancien  auteur  appelle  Herstal  $ede»  Fran- 
eiae.  On  lui  donna  plus  tard  le  titre  de  premiere  capitale  du  duch^  de 
Brabant.  Au  Xll"*"  siecle,  Herstal  conservait  encore  quelque  chose  de  son 
ancien  ^clat :  De  finitimie,  inquiunt,  villis  quae  non  sprevisti,  Mental- 
lum  est  una,  imo  praecipua,  quam  olim  regii  eonventus  elaritudo 
illustravit;  unde  et  magniludine  est  productior,  et  hahitatoribus  plenior 
et  substantia  profusior,  ex  quibtis  omnibus  erit  tibi  proventus  largioris 
quaestus  et  nobis  ad  manendum  spatiosior  hospitalis  sueeessus.  Fita 
S.  Everm.,  j^eta  SS,,  mail,  I,  p.  136.  Rappellerai-je  ici  d'autres  traditions 
li^geoises :  Charles  Martel  tuant,a  Andenne,  un  ^norme  serpent  avec  Ic 
marteau  d*un  forgeron,  et  m^ritant  ainsi  son  surnom;  Charlemagne  inamo- 
lant  mi  ours  en  prince  de  sainte  Landrade,  qui  le  salue  pour  la  premiere 
fois  du  nom  de  Grand ,  etc.  ? 


(  457  ) 

du  Weser.  Aix,  Liege,  Landen,  Jupille,  Herslai,  Theax, 
Ambieve,  tout  ce  pays  encore  seme  aujourd'bui  depitto- 
resques  ruines  et  d'heroiques  legendes,  toute  cette  vieille 
France,  toute  cette  Austrasie  ombrag^e  par  la  foret  des  Ar- 
dennes,  c*est  le  genilale  solum  de  Charlemagne,  c*est  sa 
patrie,  enfermee  non  pas  dans  une  seule  ville  dont  nous 
ignorons  le  nom ,  mais  dans  des  limites  qui  nous  sont  bien 
connues  (1) :  Pepin,  rapportent  les  hagiographes,  etendait 
sa  puissance  de  la  for6t  Charbonniere  jusqu'au  Rhin ,  de  la 
Moselle  jusqu'aux  fronti^res  de  la  Frise  (2).  Nous  trouvons 
le  meilleur  commentaire  du  moine  de  Saint-Gall  dans  cette 
phrase  d'une  vieille  chronique  qui  reproduit  des  testes 
encore  plus  anciens  :  In  ipsa  terra  sua  Aquisgrani  basi- 
licam  construxit  (5). 

Ceiait  auVIlI™'  siecle,  disons-nous ,  la  vraie  France. 
Ouvrez  les  Gapitulaires,  consultez  les  hagiographes,  par- 
courez  les  chroniques,  yous  verrez  partout  le  nom  de 
Francia  applique  specialement  k  I'Austrasie,  le  regnum 
regnorum,  selon  Texpression  d'Alcuin.  Cest  la  loi  austra- 
sienne  que  suivent  Charlemagne  el  ses  descendzuis propter 
dignitatem,  disent  les  glossateurs.  M.  Guizot  I'a  fait  re- 
marquer  dans  ses  Essais  Mstoriques ,  M.  de  Petigny  Ta 
repute  :  depuis  la  mort  de  Clovis,  la  Fratfce  n'etait  plus 
qu'en  Austrasie.  VA  ^lait  la  race  conquerante ,  la  aussi  de- 
vait  se  conserver  le  nom  qui  derivail  de  cette  race  meme 
et  qui  retra^ait  ses  succes  et  sa  gloire.  C'est  dans  TAus- 


(1)  Eginbard  lui-meme,  qiland  il  nous  dit  de  Charlemagne  :  Feititu  pa- 
trio  utebatur,  a  soin  de  nous  apprendre  que  ce  costume  ^tait  celui  que 
les  Austrasiens  avaient  en  parlie  emprunt^  aux  Prisons. 

(2)  Fita  S.  Gertr.y  17  mart.,  p.  594;  Fia  S.  Everm.,  mail,  p.  156. 

(3)  MS.  de  la  Bibl.  de  Bourgogne,  10954. 


(  458  ) 

trasie,  d'ou  se  leve  une  nouvelle  dyoastie  et  oon  fSiS  daos 
la  Neastrie,  qui  laiase  eofer  mer  aacloitreses  d^rniers  rois, 
qo'il  est  glorieux  de  oaitre*  surtont  depuis  que  Rome  eile- 
in^me  a  proelam^  et  yni  Tempi  re  franc.  La  basiliqiie 
d'Aix  rappellera  k  la  posterity  que  le  sol  sur  lequel  Cbar* 
lemagne  se  plut  h  la  construire  etait  pour  lui  le  genitaU 
&olum,  et  Dous  voyons,  dans  le  r^cit  d'Ermoldus  Nigel- 
lus,  rillustre  beritier  de  Pepin  saluer  lui-meme  de  ee 
doux  Dom  de  patrie,  la  France  telle  que  la  definissaient 
les  hommes  du  VIII°**  si^cle^  la  France,  restee  forte  et 
rude  au  combat  (1),  qui,  apres  un  siecle  de  vicloires,  avail 
r^ni  a  ses  trophees  le  sceptre  des  C^rs  et  celui  de 
Romulus : 

Francia  me  genuit ;  Christui  concessit  honorem , 
Hegna  pctSema  mihi  Christus  habere  dedii; 

ffofoe  eadem  tenui^  neenon  potiora  reeepi : 
Caeetareum  primus  Francorum  nomen  adeptus , 

Francis  Romuleum  fiomen  habere  dedi. 

La  classe  voudra  bien,  si  nous  nous  sommes  laiss^ 
entrainer  k  de  trop  longs  d^veloppements,  trouver  une 
excuse  dans  la  pens^e  patriotique  qui  y  a  preside.  Nous 
avons  cru  que,  di^fendant  les  pretentions  de  TAustrasie 
contre  celles  ie  la  Neustrie,  nous  elions  tenu  de  rendre 
notre  travail  aussi  complet  que  celui  que  nous  venions 
combattre.  > 


(1)  Fortis,,,  inpraelio  rudis.  Prol,  Leg.  sal,  ap.  Baluze,  cap.  Ij  col.  999. 


(  459  ) 


c  SI  la  queslioQ  qui  nous  Dccupe  avati  ete  poste  d€  la 
maniere  suivante  :  Est-il  possible  d' avoir  des  donn^es  eer- 
taines  sur  le  lieu  de  naissance  de  Charlemagne?  J6  propose- 
rais  sans  hesitation  d'aecorder  le  prix  au  m^moire  portaot 
pour  ^pigraphe  Entzweif  Entztjoei,  etc.  Afrhs  avoir  soumis 
k  un  examen  critique  aussi  judicieux  que  profond^ment 
Mvaot  tous  les  arguments  sur  lesquels  s'etaye  chaque  loca- 
lil^qui  pretend  k  rhonueurd'aToirvu  naitre  Gbarlemagnt, 
Tauteur  de  ce  memoire  finit  par  eonclure  avec  Eginhard 
que  ce  point  historique  restera  ^ternellement  k  Tetatde 
doute.  Je  partage  enti^rement  cet  avis.  En  efFet,  iorsque 
le  propre  secretaire  de  Charlemagne,  son  ami,  son  confi- 
dent, declare  qu'il  gardera  un  silence  absolu  et  sur  la 
naissance  et  sur  Tenfance  de  son  illustre  maitre ,  qu*il  ju- 
gerait  absurde  meme  d'en  dire  quoi  que  ce  soit  (scribere 
ineptumjudicam)j  parcequ'ii  n'a  pu  se  procurer  lemoindre 
renseignernent  k  cet  egard,  et,  a*t-ii  soin  d'ajouter,  qu'il 
n*existe  personne  au  monde  entier  qui  en  sache  quelque 
chose  {neque  quisquam  modo  superesse  invenitur,  qui  horum 
sedieat  habere  noUtiam)^  comment  parviendrions-nous, 
onze  sidles  apres,  a  lever  le  voile  qui  couvre  cet  etrange 
mystire?  L'epitaphe  du  grand  homme  prouverait  qn'k  sa 
mort ,  on  ignorait  jusqu'k  son  age;  car,  dans  le  cas  con- 
traire,  se  fiil-on  borne  k  graver  sur  la  pierre  qu'il  ^taif  mort 
septuagenaire ,  ce  qui  pent  s'entendre  de  Tage  de  soixante 
et  dix  ans  comme  de  celui  de  soixante-dixHaeuf,  tandis 
qu*on  y  indiquait  Tannee,  le  mois  et  le  jour  de  son  d^ces? 

Du  reste,  que  Charlemagne  soit  n^  en  AusCrasieou  en 
Neuslrie,  en  Allemagne  ou  en  France,  n'imporie  oil,  il 


(  460  ) 

n'eD  apparlient  pas  moins  par  sa  race  a  la  Belgique,  comme 
Rubens  y  appartienl,  quoique  ue  en  Alleroagne,  comme 
Cbarles-Quint  ne  cesserait  d'y  apparlenir  s'il  ^tait  ne  par- 
tout  aillears,  comme  Napoleon  appartient  k  la  France, 
Men  qu*ii  ait  vu  le  jour  en  Corse. 

Mon  honorable  confrere ,  M.  Kervyn,  exprime  le  sou- 
liatt  de  toir  s*^lever  bient6t,  sur  une  des  places  publiqnes 
de  Liege,  la  statue  de  Charlemagne.  Ce  Yoeu  patriotique 
je  le  partage  de  tout  mon  coeur;  seulement,  h  mon  avis, 
ce  n*est  pas  une  simple  statue  que  Ton  devrait  y  ^riger, 
mais  un  monument  dans  le  genre  de  celui  que  la  Prusse  a 
consacre  nagu&re  k  Fr^d^ric  le  Grand  :  ce  serait  la  statue 
du  grand  legislateur,  du  restaurateur  des  leltres  et  des  arts, 
porte  sur  le  pavois  par  ses  quatre  illustres  ancetres,  Pepin 
de  Landen,  Pepin  d'Herstal,  Charles  Martel  et  Pepin  le 
Bref ,  dont  il  couronna  si  glorieusement  les  ceuvres  et  qui 
meritent  assurement  bien  d'etre  associes  a  sa  gloire. 

Comme  le  savant  auteur  du  m^moire  n'a  pas  repondu 
directement  k  la  question  du  concours,  il  serait  sans  doute 
difficile  de  lui  accorder  le  prix,  et  il  Tavoue  en  qnelque 
sorte  lui-meme.  Toutefois,  son  travail  est  si  remarquable 
et  repand  une  lumi^re  si  nouvelle  sur  le  sujet,  qu'il  serait, 
me  semble-t-il ,  de  toute  justice  de  lui  decerner  une  recom- 
pense bonorifique  quelconque.  Pour  ma  part,  je  lui  vote- 
rais  volontiers  une  medaille  d*or,  et,  si  le  concurrent  con- 
sent h  se  faire  connaltre,  je  vote  surtout  pour  Timpression 
du  m^moire,  aprds  une  revision  ou  plut6t  une  refonte 
totale,  non  pas  du  style,  mais  du  langage,  qui  est  da  fran- 
(ais  tudesque.  » 

Les  rapports  de  MM.  de  Ram,  Kervyn  de  Lettenhove 
et  Schayes,  sur  la  question  relative  au  lieu  de  naissance 


r 


(  461  ) 

de  Charlemagne ,  avaieDl  eie  communiques  et  examines 
des  la  seance  precedente.  Les  opinions  des  commissaires 
etaienl  assezdivergentes  sur  les  conclusions  des  deux  me- 
moires.  Apres  une  nouvelie  discussion ,  k  laquelle  ont  pris 
part  MM.  Polain  et  Arendt ,  il  a  ete  decide  qu^aucone  re- 
compense ne  pouvait  etre  accordee;  seulement  Taateur  du 
travail  portant  pour  ^pigraphe  :  Entzuoei,  Entzwii,  etc., 
est  invite  k  se  faire  connaitre. 


2^'SERIE,  TOME  IV.  31 


(  462) 


Seance  publique  du  7  mat  48SS. 

M.  LsGLimcQ,  directeur  de  la  classe. 
M.  At).  QtETELETy  secretaire  perp^itel. 

Stmt  presents :  MM.  GrandgagDage,  de  Ram ,  J.  Roulez, 
Borgnet,  le  baron  J.  de  Saint-Geaois,  Paul  Devaux,  P.  de 
Decker,  Schayes,  Tabbe  Carton  ,  Haus,  Bormans,  Polain, 
De  Wilte,  Ch.  Faider,  membres;  Nolel  de  Brauwere  Van 
Steeland,  associe;  Ducpetiaux,  Maihieu,  Kervyn  de  Let- 
tenhove,  Cbalony  Th.  Juste ,  correspondants. 

Assistaient  a  la  seance. 

Classe  des  sciences  :  MM.  d'Omalius  d'Halloy,  prisident 
de  V Academic;  Melsens,  vice-directeur;  Sauveur,  Wesmael , 
Martens,  Cantraine,  Stas,  De  Koninck,  Van  Beneden, 
Ad.  DeVaux,  Edm.  de  Selys-Longchamps,  le  vicomte 
B.  Du  Bus,  Gluge,  Nerenburger,  Schaar,  Liagre,  Duprez, 
J.-B.  Brasseur,  Poelman, mem&res; Schwann,  Lacordaire, 
associes ;  Glcesener ,  correspondant. 

Classe  des  beaux-arts :  MM.  G.  Geefs,  directeur;  Alviu, 
Braemt,  De  Keyzer,  Navez,  Roelandt,  Suys,  Jos.  Geefs, 
£irin  Corr,  Snel,  Baron,  Ed.  Fetis,  Edm.  De  Busscher, 
membres;  Calamatta,  Daussoigne  Mehul,  associes. 

M.  Mathieu  donne  lecture  d*un  fragment  du  rapport  de 
M.  Devaux,  sur  le  memoire  de  M.  Ferdinand  Loise,  qui  a 
remporte  le  prix  pour  la  question  de  concours  relative  ^ 
^influence  de  la  civilisation  sur  la  poesie.  (Voir  pag.  392.) 


( ^5 ) 

le  iemier  des  fiatnings.  —  Notice  par  M.  Kenrya  d^  Let* 
tenhove,  eorrespotidant  de  TAcad^ie. 

Le  tableau  des  guerres  et  des  toumois,  raaalyse  des 
trait^s  et  des  oegoclatioos  ne  suffiseut  pas  k  Tbisioire. 
Pour  qu*elle  soil  complete  et  vraie,  pour  qu'eo  retra^ant 
les  £ait6,  elle  fasse  revivre  les  moeurs,  il  faut  parfoi3  s^ega- 
rer  ^  Join  des  palais  el  des  camps,  jusqu'au  sein  des  forel^ , 
sinistre  reiraite  des  outlavvs  poursuivis  par  les  baiUis  et 
les  sherifs.  Les  mSaies  anoees  que  signalerent  les  ex- 
ploits de  Richard  CcBur  de  Lion  sent  remplies  des  ayeii- 
tures  de  Robin  Hood ,  et  le  plus  beau  si^le  de  rAogleterre 
cbeyaleresque  est  celui  de  la  joyeuse  Angleterre  du  boii 
vieux  temps ,  M  m^ry  England. 

Cesi  aussi  a  Fepoque  la  plus  glorieuse  de  aos  anciennes 
annales  flamaDdes^  au  moment  ou  les  herauls  d'armes 
jetant  an  peuple  le  pain  et  Tor,  proclamaient ,  a  Sainte- 
Sopbie,  fiaudouin  de  Constantinople  empereur  des  Ro- 
mains  et  k  jamais  auguste,  que  Ton  voit  Herbert  de  Wul- 
vringhem  rallier  autour  de  Furnes  ses^  nombreux  apis. 
Depuis  que  les  Fkmings,  c'est-k-dlre  les  bannis  Saxons, 
avaient  donnd  leur  nom  au  Fleanderland^  la  terre  de  I'exil, 
ils  avaient  conserve  entre  eux  la  designation  de  karls  m 
ceorls,  appliquee,  dans  le  Nord ,  aux  bommes  libres;  mais 
on  avail  coutnme  de  les  appeler  commundment  les  Bla- 
voeUy  et  cette  epitb^te,  empruotee  au  nom  du  renard  ou  a 
celui  de  Fepervier,  retra^ait  k  la  fois  leurs  ruses  redoutables 
et  leurs  depredations.  Les  Flamings  de  Herbert  de  Wul- 
vringbem  avaient  trouye  un  appui ,  non-senlement  k  Ar- 
dres  et  k  Bourbourg,  mais  bien  au  delk  du  lac  de  Guines 
qu'ils  nommaient  le  Wasconingawala  ^  c'esi-k-iire  Yitang 


(  464  } 

du  roi  des  prairies  (1).  Sur  tout  le  rivage  de  la  mer ,  jusqu'ii 
rembouchore  de  la  Canche,  une  vive  agitation  regnait 
parmi  ces  homines  rudes  et  courageux,  lantdt  reconnus 
libres,  tant6t  fletris  comme  serfs,  quelquefois  puissants 
et  redout^,  plus  souvent  opprim^s  et  malbeureux,  mais 
conservant  toujours  les  fieres  traditions  de  ieurs  ancetres 
unies  k  un  vain  v&ye  d'independance.  II  en  fut  des  Saxons 
de  Flandre  sous  nos  comtes  comme  des  Saxons  d*Angle- 
terre  sous  les  successeurs  de  Guillaume  le  Conqu^rant ,  et 
de  m6me  que  d'autres  historiens  se  sont  attach^  k  ra- 
conter  la  vie  des  outlaws  de  Sherwood  et  de  leur  chef 
Robin  Hood,  le  dernier  des  Anglo-Saxons,  nous  nous 
effbrcerons  d'appeler  un  moment  Tattention  sur  les  out- 
laws de  la  race  saxonne  de  Flandre  et  sur  un  de  Ieurs 
h^ros,  que  nous  nommerons  aussi  le  dernier  des  Flamings. 

Oubii^  trop  souvent  par  les  historiens  modernes,  il  n'en 
est  pas  moins,  comme  Fa  remarqu^  M.  Francisque  Michel , 
Tun  des  hommes  les  plus  extraordinaires  du  XIII"^  siecle, 
et  le  r^cit  de  sa  vie  ne  paraitrait  qu'une  fable  s'il  ne  repo- 
sait  sur  de  nombreux  documents. 

Sur  le  penchant  d'une  colline  couronn^  d'epaisses  fo- 
r6ts,  d*oii  la  vue  se  prolonge  jusqu*k  rOc6an ,  vivait,  k  la 
fio  du  Ylllvf  siicle ,  Wulmar  qui,  de  m^me  que  tous  les 
karls,  revendiquait  la  noblesse  de  sa  race  (2),  mais  qui 
n'en  conduisait  pas  moinsses  boeufs,  croyant  qu'une  main 
qui  brandissait  le  fer  d'une  ^p^ ,  pouvait  sans  deshonneur 
toucher  celui  d'une  charrue.  Wulmar  ^tait  du  nombre  des 


(1)  Charle  de  SOS,  cit^  par  Duchesne ,  Maison  de  Gtiines,  pr.,  p!  4 :  c^est 
le  Mariscus  regis  de  Lambert  d*Ardre8. 

(2)  On  connail  le  root  de  Bertulf  au  corote  de  Flandre  Charles  le  Bon : 
t  Nous  aToos  toujours  M  libres,  nous  le  serons  (oujours.  « 


(  468  ) 

karls  qu'avait  converiis  la  parole  des  apdtres  du  christia- 
nisme^  et  il  se  voua  lui-m£me  h  la  vie  religiease.  Uo 
jour,  un  roi  des  Saxons  occideDtaux,  CJadwalla,  qui  se 
rendait  a  Rome  pour  s*y  faire  bapiiser,  frappa  h  la  porte  de 
son  ermiiage  et  lui  laissa ,  en  le  quittant ,  une  aumdne  de 
trente  sous.  Elle  servit  k  construire  un  monast^re  que 
sainte  Ide,  mere  de  Godefroi  de  Bouillon,  combia  plus 
tard  de  ses  bienfails.  Non-seulement  les  comtes  de  Bou- 
logne y  elirent  leur  sepulture ,  mais  il  resta  aussi ,  pendant 
longtemps,  I'objet  du  respect  de  la  population  saxonne,  qui 
bonorait  saint  Wulmar  comme  son  patron.  Que  de  fois 
ne  rinyoqua4-elle  pas  en  mSlant  a  son  culte  les  vieilles 
superstitions  pa'iennes!  Fallait-il  prier  pour  les  morts, 
elle  renouvelait  le  dadsisa,  c*est-k-dire  les  libations  sur  le 
cercueil ;  s'agissait-il  de  prier  pour  les  vivants,  elle  faisait 
circuler  de  main  en  main  la  coupe  de  I'amiti^  qui  recevait 
le  serment  des  fr^res  conjures  de  s'entr'aider  dans  leurs 
^preuves,  de  se  soutenir  dans  la  conservation  de  leurs 
droits.  Ne  leur  avait-on  pas  d^fendu  de  porter  T^p^e  pour 
ne  conserver  que  la  massue,  arme  de  leurs  ancSires,  ce 
qui  leur  avait  fait  donner  le  surnom  de  Colve-karls  ou 
Colvekerli  (1)?  Ne  les  avait-on  pas  soumis  a  I'impdt  de  la 


(1)  Colvekerli  dicti  9unt  quasi  ruitici  cum  clava.  Nam  eorum  vulgare 
coLVE  clavam  et  kerli  rutticum  sonat  (Iperius ,  Chron.  de  SairU-Bertin), 
Cf.  Lambert  d'Ardres  :  Liher  veteranus  sive  vavassorius,  et  surtout  une 
charte  du  comte  de  Guines  de  1174  :  Favattoret  autrusUci.  Une  charte  de 
1 199  mentionne  Willelmus  vavassor  de  Billech.  Favassor  est  ici  synonyme 
de  miles  qu*on  trouve  avec  la  meme  signification  dans  des  chartes  de  Flandre  : 
Sniekart  miles  {X^'^^)^  Lambertus,  miles,  de  Liswegha  (1215).  Lamkin, 
miles,  de  Cromheca  {\^iS)^  etc. 

II  suffit  pour  comprendre  ce  que  la  Vie  de  saint  Ursmar  entend  par  let 
quatre  cents  milites  d^Oostbourg,  de  lire  une  page  de  Lambert  d^Ardres, 
edition  de  M.  de  Godefroy  ^  p.  305. 


(  466) 

servitude  jasqti*k  ee  qQ*its  en  eassent  4^6  affranchis^  grftce 
anx  tarmes  (fEmma  de  Tancarrille?  n^afait-on  pas  va  lea 
baillis  pr^lever  tin  agneau  dans  chaquedemeare^  et,  p^n^ 
irant  jusque  dans  la  chaumi^re  de  la  veuve,  y  enlever  un 
enfant  pour  en  faire  un  serf,  Ik  ou  il  n*y  avait  pas  d*agneaii 
dont  le  prince  pAt  grossir  sa  bergerie?  Tout  r^emment 
encore,  les  karls  du  Boulonais  n*avaient-ils  pas  adresse 
an  ciel  leurs  voeui  secrets  pour  le  succ^s  des  Blavoets  de 
Furnes,  et  des  voeux,  moins  sincires  peut-6tre,  pour  le 
maintien  de  la  paix  qui  suivit  leur  defaite  (i)?  Us  ne  se 
contentaient  pas  de  porter  leurs  priires  au  monast^re  de 
Saint-Wulmar  :  ils  y  envoyaient  aussi  de  nombreox  n^o- 
pbyies  qui  se  soumettaient  volontiers  ii  toutes  les  regies 
monastiqnes ,  sauf  k  celles  qui  leur  imposaient  la  paix, 
Poubli  des  injures  et  Tobeissance.  Saint  Anselme  de  Can- 
terbury nous  apprend  que  I'abb^  de  Saint-Wulmar  ^tait  en 
butte  aux  mauvais  traitements  de  ses  retigieux ,  qui  refu- 
saient  de  reconnattre  son  autorit^. 

Ge  fut  dans  oe  monastire  de  Saint-Wulmar  que  se  retira , 
dans  les  derni^res  ann^s  du  XIP'  sidcle,  un  homme  de 
I'ace  saxonne  que  distinguaient,  aussi  bien  que  tons  les 
autres  karls,  une  haute  stature  et  les  fi^condes  ressonrces 
d'un  esprit  ^nergique  et  habile  (2).  Son  p^re,  Baldwin, 


(1)  En  1^96,  r^pithke  de  karl,  plac^e  k  c6t6  d*nn  nom ,  indiquait  eneore 
Torigine  de  celnl  qui  le  portait :  Hannin  die  Fos,  karlyn,  ende  syn  oen 
(charte  de  Tabbaye  des  Dunes).  Vingt  ans  plus  tard,  se  place  la  chanson : 

Wi  wiUen  van  den  kerels  xinghen, 

(9)  Erat  naUone  Flandrensit,  Mattb.  Paris.  Cf.  Lambert  d*Ardret  : 
Militem  fortem  atque  strenuum ,  de  Flandrensis  ortum  proiapia  nodtfl^- 
Wie,  Herredum  Jdelae  copulavit.,  Parentee  ^ue  et  amid,  utpoU  viri 
fortes  et  bellicosi,  atuim  dicere  Blavotinorum  patres  et  auctoree.  M.  le 
marquis  de  Godefroy  a  public  pour  la  premiere  fois  une  Edition  complete  de 


(  467  ) 

possMait  un  domaioe  assez  ^tendu  pour  qu'on  le  cbmptll 
parffli  lea  pairs  du  Boulonais »  et  il  avail  suivi  rexemple 
des  autres  karls  qui,  pour  s'^lever  au  m^me  rang  que  Ids 
nobles,  avaient  adopte  I'usage  de  placer  sur  leurs  sceaux 
et  sur  leurs  banuieres  des  ornements  beraldiques  fort 
simples  d'ailleurs,  tant6t  des  figures  d*animani  qui  avaient 
leur  signification  dans  la  mythologie  scandinave ,  tantdt 
des  emblSmes  emprunt^s  k  la  nature  (1).  C'est  ainsi  que, 
sur  un  dessin  oil  sont  repr^sent^s  les  banni^res  de  la 
fainilie  de  Baldwin,  nous  remarquons  sur  la  premiere  trois 
croissants  de  lune,  sur  la  seconde  trois  soleils.  Mais  ces 
signes  disiinctifs  nesuffisaient  point,  et  I'usage,  ^minem*^ 
ment  propre  aux  races  saxonnes ,  de  se  designer  par  des 
surnoms ,  n'avait  pas  ^t^  abandonn^.  Baldwin  ^tait  sur-* 
nomm^  Bu»k$s^  o'est-k-dire  le  Boeuf  ou  le  Grand,  comme 
d'autres  karls  etaient  surnomm^  Berakin,  Wolf^  Vo$, 
Hasa,  Hacket,  c^est-Mire  Tours,  le  loup,  le  renard,  le 
li^vreou  le  brochet(2)«  Quant  ^  son  fils,  il  avait^t^  nomnu§ 

Lambert  d'Ardres,  accompai^n^e  de  notes  et  d*^claircissement8.  La  science 
n>ttendait  pas  moins  du  nom  que  porte  M.  de  Godefroy.  D^sorm^is  seii 
livre  formera  la  source  la  plus  importante  que  Ton  puisse  consulter  p^i^ 
rbistoire  des  colonies  saxonnes  du  Fleanderland. 

(1)  Rien  n^est  plus  curieuz,  rien  n^est  plus  bizarre  que  les  sceaux  des 
mdites  (vavassores  rustici)  appendus  aux  chartes  les  plus  anclennes  de 
Tabbaye  des  Dunes.  On  y  trouve  tantdt  des  tetes  de  chien,  de  loup  et  de 
renard;  tantdt  des  oiseaux,  des  poissons  et  mime  des  dragons.  Ce  dernier 
embleme  ^tait  H  nn  double  titre cber  aux  races  Mptenlrionales,  putsq«*il  letip 
rappelaii  k  la  fois  et  leur  culte  et  le  nom  qu'elles  dmmaient  k  leurs  aavirei. 

(9)  Baldwin  Buske*  ou  Busket  est  Tun  des  ttooias  cit^i  dans  une  charte 
d'Ide  de  Boulogne.  (Chron,  Jndr.,  Spioil,  IX,  p.  470.)  On  roit  dans  la 
cbronique  d'Andres  qu'Heremar  Buce  {fferemarui  oognotMnto  Buno,  chMm 
de  U26,  Bison  pro  Bo\>9)  poss^dait,  A  la  fin  du  XI""  siecle,  des  aUeaz  k 
Campagne  et  A  Aldenbem.  Je  reconnais  en  iui  un  ai'enl  de  Baldwin  Buskes. 
Aldeabem  et  Campagne  touchent  k  Bocberdes,  k  Fiennes,  A  Ermelingbem  et 


(  4fi8  ) 

Eustache,  en  memoire  du  comte  Eustache  de  Boulogne » 
qui  avail  port^  secours  aui  Saxons  de  Kent  contre  Top- 
pression  de  Guillaume  le  Conqu^rant;  son  surnom  sera 
Eustache  le  Moines  mais  il  fera  bien  peu  de  chose  pour  le 
m^riter. 

En  effet,  la  silencieuse  obscurite  du  cloitre  va  mal  k  ce 
jeune  novice  qui  a  et^  nourri,  des  le  berceau ,  de  la  pensee 
que  le  sang  appelle  le  sang  et  que  la  vengeance  est  le  pre- 
mier devoir.  Un  triste  message  a  louche  le  seuil  de  sa  cel- 
lule. Baldwin  Buskes  a  ele  morlellemenl  frappe  pr^s  de 
Bavelinghem,  el  le  bras  de  ses  meurtriers  a  ele,  dil^on  , 
armepar  Humphroi  d'Ermelingbem,  allie  a  la  maison  des 
seigneurs  de  Hamme,  qui  elaieni  charges  autrefois  de  re- 
cueillir  Timpot  de  la  colvekerlie.  Eustache  n'ecoute  plus 
ni  Tairain  sacre,  ni  le  chant  des  hymnes.  L'ombre  deson 
pire,  qui  lui  demande  vengeance,  Tarrache  de  son  asile:  ii 
se  presenle  devanl  le  comle  de  Boulogne  et  implore  sa 
justice  :  «  Humphroi,  lui  dil-il ,  a  tu^  mon  pere  :  des  ce 
»  jour,  il  y  a  haine  mortelle  enlre  lui  et  moi.  »  Les  usages 
seplenlrionaux  s'elaient  conserves  dans  tout  ce  pays,  sans 
rien  perdre  de  leur  barbaric :  ils  accordaient  oeil  pour  ceil , 
dent  pour  dent,  membre  pour  membrc,  vie  pour  vie;  mais 
c*etait  k  la  condition  que  la  force  eiil  prouve  el  sanctionne 
le  bon  droit.  Le  duel  judiciaire  livrait  le  vaincu  au  pouvoir 


k  Bavelingbem ,  ce  qui  explique  les  persecutions  que  sa  famille  put  subir 
dani  Toppression  des  Colvekerii ,  les  d^mll^s  de  Baldwin  avec  Humphroi  et 
le  Ueu  ou  il  trouva  la  mort.  Tout  pres  de  \k  est  un  endroit  nomine  BucreUs. 
C*est  probablement  Tancienne  residence  des  ai'eux  d^Eustache  le  Moine. 
Bulck-rest,  ahglo-saxon:  restj  repot,  sejour;  re»thu$,  residence.  Le  sur- 
nom desmembres  de  la  famille  d'Ermelinghem  ^tait :  le  Normand,  (Ckrvn. 
il* /Andres,  p.  406.)  Les  anciennes  colonies  saxonnes  ne  les  consid^raient- 
elles  pas  k  ce  tilre  coinme  iles  iisiirpatpurs  de  dale  relativement  recente? 


(  469  ) 

du  vainqueur.  Humphroi  d'Ermelinghem  remet  d'abord 
des  otages  qui  garantissent  que  la  paix  publique  ne  sera 
pas  troublee  (1);  puis  il  fait  affirmer  par  le  serment  de 
trente  des  siens  qu'ii  est  innocent  du  crime  qu'on  lui 
reprocbe;  enfin,  comme  il  a  plus  de  soixante  ans,  il 


(1)  Dans  tous  les  pays  ou  dominent  les  colonies  saxonnes,  la  maison  des 
otages  {gheseUhuus)  precede  Thdte!  de  Tille.  Je  dois  ^  Tamiti^  de  M«  Le 
Glay  la  comrauoication  d*un  document  important  sur  les  £nghetell4$  de 
Fumes  : 

Nous  Robiers,  cuens  de  Flandres,  faisons  savoir  a  tous  que  nous,de  grace 
especiale,  pour  le  profit  et  pour  le  pais  parmenavie  de  nos  pays  du  terroir  de 
Fumes,  avons  otroye  etotroions  a  nosboines  gens  lescoerriers  et  les  autres nobles 
et  non  nobles  demourans  oudit  terroir  :  ke  se  aucuns  fais  avient  oudit  terroir  et 
oudit  pays,  dont  aucuns  soit  navres  ou  ferus  ou  pluseur  navrei  ou  feru ,  que  tout 
soient  en  boines  triewes  loyals  desdont  ke  li  fais  sera  avenus  en  quarante  jours 
apries  en  siewans,  horsmis  celni  ou  chiaus  qui  au  fait  aront  estei.  Et  se  aucuns 
brisoit  ces  triewes  sour  cbiaus  ki  au  fait  n'aroieot  mie estei,  si  comme  ditest, 
chieus  ou  cbil  qui  les  briseroit  ou  briseroient ,  seroit ,  seroient ,  sera  et  seront 
attaint  enviers  nous  de  cors  et  de  avoir  le  chose  congnuitfe  par  coeriers.  Encore 
leur  avons-nous  ottroye  de  grace  especiale  que  se  triewes  amiavles  sont  doniiees 
entre  parties  pardevaot  deus  ou  plus  de  nos  hommes  de  fief,  deus  coeriers  dudit 
lerruir  ou  plus  ou  par<-devant  chine  confreres  ou  plus  doudit  terroir ,  et  ces  triewes 
apres  chou  soient  enfraintes  ou  brisies ,  que  cbils  ou  chil  qui  les  brisera ,  enfrain- 
dera ,  briseront  ou  enfrainderont ,  est  et  sont ,  sera  et  seront  atraint  enyiers  nous 
de  cors  et  d'avoir  le  chose  congnuilte  par  coeriers.  Encore  leur  avons  ottroyet  que 
quant  aueune  boine  gent  doudit  terroir  serront  enghesellei  selone  le  loy  et  I'usage 
dudit  pays  et  il  donnent  triewes  amiaules  ensemble,  que  il  puissent  issir  de 
Icdite  ghisele  sans  nul  coust^  frais  ou  vin  payer  au  bailli  ne  a  krickehoudre,  ne  a 
autrui  de  par  eaus ,  se  il  ne  le  font  de  leur  pure  volenteis ,  mais  que  les  triewes 
soient  premiers  recognutes  par-devant  no  bailli  dudit  terroir,  se  estre  i  veut  ou 
puet  ou  autre  de  par  li  et  devant  deus  de  nos  hommes  ou  deus  coerriers ,  ou  de- 
vant  chine  confreres  dudit  pays.  Et  se  nos  baillis  n'i  voloit  estre  ne  n'i  powist 
estre ,  ne  autres  aussi  de  par  lui ,  pour  che  no  demoutoit  mie  que  il  ne  peuissent 
issir  le  chose  faite,  si  que  dit  est.  Et  toutes  ces  choses  ensemble  et  cbascune  par 
li  promettons-nous  pour  nous  et  pour  nos  hoyrs,  conies  de  Flandres,  a  tenir  boi- 
nement  et  loyalment  a  tousjours  par  le  tiesmoingnage  de  ces  leltres  saellees  de  no 
grant  saii^el.  Faites  a  Berghes  et  donnees  Tan  de  grace  mil  trois  cens  et  treie ,  le 
joesdi  devant  le  fieste  Saint-Michiel  archangelc. 

Archives  de  Flandre ,  a  Lille.  Original  sur  parcbcmin 
muni  d'lHi  reste  de  sreaii. 


.• 


(  *70  ) 

dioilit  pour  SOD  champion  Eustache  de  Marquise.  Un 
neveu  de  Baldwin  Buskes  sera  son  adversaire.  La  lice  est 
pr^par^e  k  Staples.  Le  combat  s'engage  avec  fureur;  c'eat 
la  cause  de  Taccus^  qui  triompbe;  mais  Ton  entend  ie 
moine  de  Saint* Wulmar  s'ecrier  ;  c  Peu  importe  ce  qui 
>  arrive !  Jamais  je  ne  me  reconcilierai ,  et  la  mort  de  mon 
»  p^re  sera  vengee !  > 

Le  comte  de  Boulogne  entendit  Yolontiers  ces  paroles. 
Cii^iiy  comme  nous  I'apprennent  les  chroniques  de  Saint- 
Denis,  un  prince  violent  qui  d^teslait  ses  Yoisins,  pers^- 
cutait  les  ^lises  et  depouillait  les  orphelips :  il  avait  tenu 
a  peu  prds  le  m^me  langage  un  jour  qu'ayant  re^u  du  conate 
de  Saint-Pol  un  coup  de  poing  au  visage,  il  ddclara,  en 
presence  du  roi  de  France ,  qu'il  ne  lui  pardoonerait  point 
tant  que  le  sang  qui  avait  coul^  k  terre  ne  lui  serait  pas 
remoot^  k  la  joue.  Renaud  de  Dammartin ,  qui  ^tait  devenu 
comte  de  Boulogne,  en  enlevant  Ide  d'Alsace,  et  qui  d^ 
puis  lors  avait  sans  cesse  brav^  les  censures  du  pape,  ne 
pressa  gu^re  Eustache  de  retourner  k  sa  cellule.  Eustache, 
qui  9  de  son  cdttf,  regrettait  sans  doute  qu'un  dernier  scru- 
pule  TeAt  empdch^  de  descendre  lui-m£me  dans  Tarine, 
^cbapgea  volontiers  sa  robe  de  bure  pour  un  baubert  de 
chevalier.  H^ritier  du  domaine  de  Baldwin  Buskes,  pair 
de  Boulogne  comme  lui ,  il  porte  les  armes  au  milieu  des 
barons ,  et  le  comte  de  Boulogne  le  choisit  pour  son  s^4- 
chal  dans  une  expedition  en  Normandie  devant  Radepont 
et  Gh&teau-Gaiilard ,  oix  Philippe-Auguste  venge  I'odieux 
assassinat  d'Arthur  de  Bretagne  (1). 


(1)  In  e:spediiion$  regis  Frandae  in  Normannia,  Euitaciui  if  ana- 
chus,  Boloniae  tunc  tenescallus.,,  Lambert  d*Ardres,  p.  5S5.  Yojez  one 
durte  de  Pbilippe-Angutte  du  mois  d^octobre  1903.  Catalogue  des  actes  de 
Philippe-Auguste ,  par  M.  Deiiile,  p.  178. 


I 


(  471  ) 

Cependant  Eu&taehe  retroaya  h  sod  retoar  des  eonerais 
de  plus  en  plus  jaloux  de  sa  fortune.  Humphroi  d'Er- 
melinghem  ne  cessait  de  Taccuser  de  fraudes  el  de  mai- 
versalioDs.  c  Yenez  done  rendre  vos  comptes  au  cb&teau 
d'Hardelo,  >  Ini  dit  un  jour  Renaud  de  Dammartin,  sans 
cesse  inconstant  dans  ses  affections,  c  A  Hardelo!  repart 
»  Eustaehe ,  c'est  une  perfidie  :  yous  voulez  me  mettre 
»  en  prison.  ]»  A  ces  mots,  il  s'eloigne,  et  il  ne  reste  au 
comle,  pour  punir  le  sen^chal  rebelle,  qu'k  confisquer  ses 
fiefs  eira  brdler  sa  demeure  comme  celle  d*un  traitre  et 
d*uo  parjure. 

La  cour  de  Boulogne  changea  d'aspect  d&s  qu'Eustache 
n'y  fut  plus.  Humphroi  et  ses  amis  ^taient  fort  pieux;  ils 
prot^geaienl  T^glise  et  en  meme  temps  les  clercs  qui  fai- 
saient  pen  h  pen  revivre  t'etude  des  leltres.  A  la  violence 
aux  luttes,  aux  querelles  succM^rent  de  doux  loisirs. 
Renaud  de  Dammartin ,  ne  sur  les  bords  de  la  Seine,  par- 
lait  la  langue  romane,  et  Ton  comprend  ais^ment  qu-il 
encouragea  les  travaux  de  Simon  de  Boulogne,  qui  avait 
traduit  en  roman  la  compilation  de  Solin  sur  Thistoire 
naturelle.  Une  phrase  de  Lambert  d*Ardres  nous  apprend 
que  Simon  de  Boulogne  entra  dans  le  clerge;  mais  il  avait 
auparavant  form^  d*autres  liens,  et  nous  ne  sommes  en* 
core  qu'k  Theure  joyeuse  des  noces.  Le  vin  coule  dans  des 
coupes  couronn^es  de  fleurs.  Le  comte  lui-meme  a  pris 
place  au  banquet.  L^  aussi  se  pressent  tous  les  amis  de 
Simon  de  Boulogne :  c'est  Godefroi  qui  s'occupe  de  recber- 
cbes  sur  la  physique,  c'est  Landri,  Tauteur  de  la  vie  de 
saint  Antoine,  c'est  Gautier  qu'on  a  surnomme  le  Silen- 
cieux,  mais  qui  a  oubli^  son  surnom  en  recHant,  lui  aussi, 
quelque  epithalame  eroprunte  a  Horace  ou  k  Tibulle.  La 
f6te  se  prolonge,  le  jour  se  passe,  I'ombre  de  la  nuit  des- 


(  472  ) 

cend  du  ciel  quand,  au  sommel  de  la  colline  qui  domine 
Boulogne,  un  baoui  reveille,  en  le  secouant  de  sa  main 
vigoureuse,  un  bon  meunier  qui  s*endorinait  couche  sur 
Therbe  :  c  Va,  lui  dit-il,  apprendre  au  comte  qu'il  ne  faut 

>  pas  boire  sans  voir  clair,  et  qu'un  si  riche  banquet 

>  vaut  au  moins  deux  chandelles.  Ce  seront  ces  deux  mou- 

>  tins...  Annonce-lui  qu'Eustache  le  Moine  est  venu  pour 
l^  Teclairer.  j^ 

A  ce  message  que  confirme  I'incendie  qui  s'allume,  le 
comte  s'elance,  les  chevaliers  le  suivent,  la  commuae  s*as- 
semble,  et  comme  le  dit  le  poete  anonyme  du  XIII"*"  siecle : 

Apries  Wistace  le  Moigne 

Saut  li  maires,  saut  le  provost : 
La  banclocque  sonna  tantosl. 

Vains  efforts  :  Eustache  avait  deja  disparu. 

Alors  commen^a  pour  Eustache  cette  vie  aventureuse 
et  agitee  qui  rappelle  assez  exactement  celle  de  Robin 
Hood. II  vit  au  milieu  des  karls,  hommes  d'armes  et  labou- 
reur& y  vavassores  et  rustici^  ses  freres  el  ses  amis,  qui  ac- 
courent  en  grand  nombre  pres  de  lui;  il  porte  comme  eux 
la  cape  et  la  massue;  il  n'a  plus  d'autre  tenle  que  le  ddme 
verdoyant  des  forels.  On  le  poursuit  toujours,  on  ne  Tat- 
teint  jamais.  II  est  aussi  fameux  par  ses  ruses  que  par  son 
courage. 

Un  jour,  il  se  deguise  en  moine  de  Clairmarais  et  ne- 
gocie  ainsi  sa  paix  avec  le  comte  de  Boulogne,  qui  ne  le 
reconnait  pas.  Le  comte  ne  veut  pas  Tecouler : «  Mais  vous- 
»  meme,  damp  moine,  ajoule-t-il,  vous  ressemblez  k  cet 
»  Eustache,  ^s  yeux ,  de  la  bouche  et  du  nez,  de  la  (aille 
»  et  de  la  figure,  et  je  croirais  que  c'esl  lui-meme,  si  vous 
y>  n'aviez  la  tele  rasoe,  et  si  ce  n'elaient  ces  joues  creuses 


(  473  ) 

»  el  blemes  qui  rappellent  vos  austerites. »  —  <  On  a  vu  de 
»  ces  ressemblances  merveilleases^  >  repartle  moine  de 
Clairmarais  :  ce  disant,  il  s'elance  prudemment  sur  un 
cbeval  du  comie ,  el  le  voila  en  pleine  campagDe.  Un  autre 
jour,  on  boiteux  passe  pris  de  Renaud  de  Daromartin ;  il 
porlait  lant  de  paille  qu'elle  lui  cachait  la  figure  et  qu'il 
flechissait  k  chaque  pas  :  c  Sire  comte,  dit-il,  j'ai  vu  Eus- 
»  tache,  prenez-le. » II  jette  sa  paille,  s'empare  d*on  cheval 
que  conduisait  un  ecuyer,  et  repete  en  s*eloignant :  «  Voici 
»  le  moine,  vous  ne  le  prendrez  pas.  »  Le  comte  s'ecrie : 
c  Prenez  le  moine!  prenez  le  moine  !  >  mais,  comme  le 
dit  le  poete, 

Li  moi^^nes  dMaus  tos  eschapa. 

Eostache,  poursuivi  de  plus  en  plus  vivement,  aper^oit 
un  charbonnier,  change  de  costume  avec  loi ,  et  rencon- 
trant  de  nouveau  le  comte,  lui  donne  le  meme  avis;  on 
apprend ,  toutefois ,  qu'Euslache  est  d^uise  en  charbon- 
nier. Le  charbonnier  est  decouverl  et  pris;  mais  ce  n*est 
plus  Eustache  qui,  gr&ce  k  un  nouvel  ecbange  de  cos- 
tume, est  devenu  poller;  et  mal  en  prend  a  ceux  qui  ont 
accept^  de  ses  mains  la  paille  on  le  charbon.  Eustache 
seul  se  rit  des  coups  que  d'autres  refoivent  pour  lui. 

S*il  est  a  pied,  il  connait  tons  les  sentiers,  et  trouve 
une  retraite  dans  la  cime  de  tous  les  vieux  chenes.  S'il 
chevauche,  on  perd  egalement  sa  trace,  car  il  fait  ferrer 
ses  chevaux  k  Tenvers.  II  n*est  pas  de  deguisement  auquel 
il  n*ait  recours.  II  porte  tonr  a  tour  la  quenouiile  et  le 
muelekin  d'une  dame,  la  serpe  du  jardinier,  la  haire  du 
c^nobite,  la  clochette  du  lepreux,  et  les  hommes  de  son 
temps  ne  peuvenl  s*expliquer  le  succes  de  ses  ruses  que 
par  une  legende  qui  trouve  foi  pariout :  c'est  qu'Eustache, 


(  *74  ) 
avant  d^fiirer  a  Tabhaye  deSaint-Wulmar,  avail  ^udie  la 
magie  ea  Espagoe,  ^  ToUde,  oji  le  4iable  avait  une  ca- 
venie  dans  iaquelle  il  euse^aait ,  tet«  k  tete ,  ses  secrets  * 
les  plus  merreilleux. 

Uaudace  d'Eustache  le  Moine  est  si  graode  que  le  comte 
ii*a  plus  de  repos  ni  le  jour  ni  la  nuit.  Ce  sout  surtout  ses 
ebevaux  qu'Eusiache  se  plait  h  lui  eulever.  II  les  lui  preod 
tous  Tub  apres  I'autre,  si  biea  qu'instruit  que  le  comte  est 
r^ttit  a  aller k  pied,  il  lui  euvoie  uo  beau  palefroi. Ea  effet, 
Eustache  le  Moiue  est  doued^uoe  certaioe  loyaule  qui  fait 
pardoDuer  bieo  des  d^fauts.  Ua  jour,  il  attire  le  comte 
dans  un  piege,  mais  il  ne  le  retient  point,  parce  que  le 
comte  a  eu  foi  dans  sa  parole.  Humphroi  lui-mSme,  son 
mortel  ennemi,  se  trouve  entre  ses  mains;  mais  il  s'est 
assis  k  sa  table  et  a  rompu  le  pain  avec  lui :  la  sainte  loi 
de  rhospitalite  le  protege.  Eustache,  qui  airoe  tantk  de- 
pouiller  les  abbes  qui  voyagent  (je  ne  sais  si  Tabb^  meme 
de  Saint-Wulmar  eut  trouv^  gr&ce  pres de  lui),  rencontre 
Tabb^  de  Jumieges  et  lui  demande  ce  qu'il  a  avec  lui : 
c  Quatre  marcs  seulement , :»  repond  le  prelat.  Eustache 
en  trouve  trente ,  en  restilue  quatre  et  garde  le  reste.  Si 
I'abbe  e&l  dit  vrai ,  assure  le  poete  anonyme,  Eustache  lui 
eut  tout  rendu.  Il  traila  ainsi  un  marchand  de  Bruges  qui 
ne  lui  avait  rien  cache  de  ce  qu'il  portait  dans  sa  ceinture 
et  dans  sa  bourse. 

Je  ne  reproduirai  pas  les  aventures  d'Eustacbe  le  Moine 
d'apr^s  le  poeme  qui  lui  est  consacr^  et  qui  ne  renferme 
pas  moins  de  deux  mille  trois  cents  vers  {!)•  L'imaginalion 


(1 )  Le  roman  d^Eustache  a  ^te  public  avec  le  plus  grand  soin  par  M.  Fran- 
cisque  Michel ,  qui  y  a  joint  Tindication  des  principales  sources  historiqiies. 
Ifwi*  ae  saurioAs  toutefois  atitribuer  ce  j^naoy  cMimie  le  propose  is  MVMt 


(  475  ) 

dH  i^te  a  peai-eire  ajouie  quelque  chose  k  la  veril^i;  mais 
UQ  chroniqueur  fori  serieux  et  fort  bien  iastruit ,  Taoteur 
de  rhisloire  des  does  de  Normaadie  et  des  rois  d'An- 
gl^erre,  s'exprime  Iui*in6fne  ainsi  :  «  Nal  ne  kerroit 
»  les  mervelles  k*il  fist,  ne  qui  ii  avinrent  par  maiotes 
>  fois.  » 

Dans  le  poeme,  quelqaes-unes  de  ces  aventures  sont 
assez  gracieuses,  temoin  celle  oil  nous  voyons  Eustache 
cach^  au  haut  d'un  arbre  imiler  le  chant  du  rossignol  pour 
8e  moquer  de^  vaines  fureurs  de  Ranaad  de  Dammartin. 
D'autres  sont  asaez  boaffoanes  et  assez  valgaires ,  soit  que 
le  pauvre  measager  k  quiil  a  coupe  la  langne  reponde  uni- 
formement  :  Belu,  belu,  k  toutes  les  questions  qa'on  lui 
adresse,  soit  que,  pe&etraiit  au  feslin  du  oomte,  il  ne 
trottve  d*autre  moyen  de  fermer  la  bouche  aux  convives, 
la  plupart  ses  ennemis,  que  de  leur  servir  des  gateaux 
fails  d'eloupes,  de  poix  et  de  cire  (1). 

dditeur  au  roi  Adenez.  Le  style  oJBPre  un  caractere  Men  different,  et  felon 
nous  le  vers : 

Od  luy  mena  le  roi  Adans 

signjfie  seulement  que  le  roi  Louis  raena  avec  lui  Adam  de  Beaumont,  qui 
itait  mar^chal  de  Tarm^e.  Nous  serions  bien  plus  dispose  k  Tattribuer  k 
Tauteur  anonyme  de  Thistoire  des  dues  de  Normandie  et  des  rois  d^Angle- 
terre.  H  y  a  des  rapports  frappants  dans  les  phrases  et  mdme  dans  Portbo- 
graphe  de  certains  noms,  tels  que  Genesies,  Romerel,  Yincenesel.  Le  r^cit 
de  la  mort  d^Eustache  est  semblable  dans  la  chronique  et  dans  le  po^me. 
Quel  serait  cet  auteur?  Un  dcrc  attach^  A  la  aoaison  de  JMthune  on  plnlAt 
Ouilianme  de  B^tfanne  lui-m^me,  qui  fui  Tun  des  henMdet  guerres  civiles  de 
rAngkfterre.  Guillaume  de  Betbune  cuHtvait  les  lettres.  V«yez  la  notice  qite 
if.  Bmaax  hd  a  eonia^e  dans  ton  iBt^reaia&t  travatl  Bur  les  trouveres  de 
TArlois. 

(1)  Gette  plaisanierie  d^im  godt  assez  ^ivoque  ^ait,  A  oe  que  nous  ap- 
prend  le  reman  d^Eustacbe,  dirig^  surtoot  eontre  le  eoan^table  de  Boulogne : 
or,  ce  «enn^ble  itatt  Baudouhi  4*£nxi6ltqgliem.  II  ^tait  de  la  ntow  la« 


(  47G  ) 

Cependaot  il  ae  faut  pas  perdre  de  vue  qu'au  fond  de 
ces  recits  ^e  revile  ud  fait  s^rieux  Ja  resistance  opinilitre 
d'une  race  moins  civilisee,  moins  eclairee,  dont  les  repre- 
sentants  se  ralliaient  aulour  d*Eustacbe,  comme  en  An- 
gleterre  ils  se  grouperent  autour  de  Robin  Hood.  Eus- 
tache,  dit  le  poete,  guerroyait  le  comte,  et  il  ajoute  : 

..  Dura  ioDghement  la  guerre 
D'Uistace  le  Moigne  ei  dou  conte. 

II  ne  faut  pas  oublier  non  plus  que  ce  banni ,  ancien 
pair  el  ancien  senechal  de  Boulogne,  comptait  parmi  ses 
parents  et  ses  amis  des  chevaliers  issus  d'une  mSme  race 
qui,  mieux  inspires  que  lui,  avaient  rompu  sans  retour 
avec  les  traditions  des  ages  barbares;  c'etaient,  entre 
autres,  Guillaume  de  Fiennes,  dont  le  p^re  avail  suivi  Phi- 
lippe d'Alsace  en  terresainte,  Anselme  de  Kayeu,  Tun 
des  plus  iilustres  compagnons  de  Baudouin  de  Constanti- 
nople, Hugues  de  Belin,  qui  est  mentionne  dans  la  cbro- 
nique  de  Villehardouin,  Guillaume  de  Montcavrel,  dont  le 
nom  occupera  aussi  une  belle  page  dans  le  recitde  la  der- 
niere  croisade  h  Nicopoli.  Le  coeur,  dit  le  poete,  leur 
sautait  dans  la  poitrine  quand  ils  voyaient  leur  cousin 
Eustacke  braver  tant  de  dangers  avec  si  pen  de  gloire,  et 
la  seule  fois  qu'Eustache  tomba  au  pouvoir  du  comte,  ils 


mille  que  Humphroi  d^Ermelioghem ,  rennemi  mortel  d*£u$tacbe ,  et  avail 
lui-meme  excite  la  baine  des  karls  en  s^effbr^ant  de  leur  imposer  la  dime  du 
hareng  :  Comes  maritimot  cofwocat.».  AudUns  hoc  turba  cum  turbaUonB 
retpondit,  numfuam  audiium  quod  haleeum  deeimtu  solvercniur  ct 
plus  velle  mori  quam  huic  servituti  subjici...  Popultts  praeceps  ad  arma 
fuit  ut  monachos  oceiderent.,.  Deitamen  nutu,  eos  nobili  viro  Bcdduino 
domino  de  Ermelinghes ,  BoUmiensi  eonestabulo,  protegenie ,  pertransie- 
runt  illaesi.  { Chron,  S,  Bert.,  ap.  Martene,  Thes.  Anecd, ,  III ,  col.  065. ) 


V 


(477) 

fureDt  assez  puissants  pour  saaver  sa  vie  et  peui-etre  aussi 
pour  le  rendre  a  la  liberte. 

li  etait  devenu  toutefois  impossible  qU'Eustache  ^e 
Moine  coutinuatvcette  vie  errante  et  vagabonde.  Plus 
d'aventures  sur  les  chemius,  plus  d'etranges  murmures 
sous  I'epaisse  feuillee.  Eustache  a  quitte  pour  jamais  le 
sol  ou  il  est  ne,  I'abbaye  ou  il  pria,  la  cour  ou  il  eiala 
SOD  orgueil,  la  coUine  ou  il  n'eul  d'autre  coucbe  que  la 
terre  bumide  de  rosee.  Que  deviendra  messire  Eustacbet 

Rassurons-nous.  II  a  traverse  la  mer  et  chevaucbe  fl^re- 
ment  en  Angleterre.  Comme  il  a  prisle  costume  d'un  cbe- 
valier  de  I'Hdpital ,  on  le  salue  ayec  respect,  et  personne 
ne  Tempecbe  de  pen^trer  au  palais,  ou  il  s'agenouille  de- 
vant  le  roi.  <  Je  veux  vous  servir,  lui  dit-il,  je  vous  don- 
»  nerai  ma  Bile  eu  otage.  »  Jean  sans  Terre  qui  avait  tons 
les  defauts  de  Renaud  de  Dammartin,  fut  fort  beureux 
d'accueillir  Eustacbe,  dont  la  fille  fut  remise  a  Tabbessede 
WiltOD,  et  bientdt  apres,  les  braves  compagnons  qu'Eus- 
tacbe  avait  laisses  dans  le  Boulonnais  vinrent  en  grand 
nombre  le  rejoindre  en  Angleterre. 

Une  nouvelle  carri^re  allait  s'ouvrir  a  Tactivite  et  au 
g^nie  d*Eustache  le  Moine  :  c'^tait  la  mer  avec  ses  abimes 
et  ses  tempetes,  la  mer  que,  selon  Sidoine  ApoUinaire,  le 
pirate  saxon  du  V""®  siecle  se  faisait  un  jeu  de  braver  sur 
un  frele  esquif.  Eustache  se  souvenait  de  Winemar  de  Bou- 
logne, qui  lauQait  sur  les  flots  ses  barques  leg^res  et  qui 
les  conduisit  jusqu'aux  bouches  du  Cyduus.  Apres  avoir 
chercb^  a  prolonger  dans  les  bois  la  sauvage  ind^pen^ 
dance  des  karls  ses  auc^tres,  il  s'inspirait  des  souvenirs 
h^roiques  qui  nous  les  montrent,  pour  la  premiere  fois, 
cherchanl  )e  butin  et  la  conquete  sur  ce  qu*ils  appelaient 
poetiquement  la  route  des  cyj^nes. 

2""*  SKRIG ,  TOME  IV.  52 


(  478  ) 

EusUehe  a  re^u  du  roi  Jein  tre&te  satires  avec  lesquds 
il  poursuit  sur  les  flots  tous  les  enDemis  du  roi  d' Angle* 
lerre,  el  parfbis  aassi/ii  faut  bien  le  dire,  de  paisibles 
iDfl^cbaads  doat  le  seul  crime  esl  d*elre  trop  riehes.  La 
terreur  de  soa  nom  se  repand  de  la  Meuse  k  la  Loire,  et 
ks  hietoriens  du  temps  rappellent  le  grand  pirate,  ardU- 
pirata,  magifter piraiimim.  II  moltiplie  ses  excursions  sor 
ies  cdles  de  Normandie,  il  descend  k  Harfleur,  ii  p^o^re 
]ii«q«*ii  PoDt^^Auderaer  (i);  enfin,  il  occnpe,  les  armes  k  ia 
main ,  les  ties  de  Jersey  ei  de  Ouernesey ,  qne  Jean  sans 
Terre  iui  abandonne,  afia  qu'il  ait  ausei  son  royattme(2), 
maie  il  se  cbotsit  lui^aeme  pour  asile  on  pour  repaire  la 


(1)  11  fat  aide  dans  oette  expedition  par  les  marios  de  Ronoey  et  de  Win- 
chelsea.  Cesi  ainsi  que  j'interprete  ces  deux  vers  : 

Godahiera  crie :  Romerel. 
Wisttees  «rie :  VinceMsel. 

Dans  Vffistoire  des  Dues  de  Normandie  et  des  Rois  d^Jngleterre,  Ro- 
merel  et  Wincenesel  r^pondent  aux  noms  modemes  de  Ronmey  et  de  Win- 
«bebiea,  At  nous  Toyoas  en  eflbt  dans  ta  m^me  diranique,  p.  1S5,  qu^ustacbe 
a?ait  anrec  lui  des  raarins  de  Romney. 

(2)  Si  le  lervi  tant  que  il  li  donna  les  ylles  de  Gernes^e.  (ffist.  dei  Dues 
de  Norm,  et  des  Rois  d'Jngl,  p.  167).  Cf.  Roger  de  Hoveden.  Eustache  le 
Mdne  paraft  avoir  conserve  ces  iles  jusqu^ii  sa  mort;  car  noaslisofis,daiis  le 
traits  conctn  entre  Umis  de  Franee  et  Henri  III,  le  11  isepteo^e  1%17  :  De 
iniuiu  sic  fiet :  D^minus  Zttdovicus  mitut  UUsras  suas  paientes  firatri- 
6ta  Eustachii  Monachij  praecipiens  quod  iUas  reddant  domino  Henrico 
tegi  Jfnglim ;  et  nisi  iUas  reddiderint,  distringet  iHos  domintts  Ludo» 
vieu$  pro  UgaHe  posse  suo,  per  feoia  et  ptr  terras  eorum  qwf  -de  fe9do 
ttio  mii9wmi,  €14  iUas  reddtndas,  et  H  Aoc  facwe  noluerinty  sini  aaolra 
pacBm  istmn,  Eymer  1, 1|  p>  74.  II  resulte  de  ceci  que  la  famille  d'Eu- 
tacbe  avait  recouvr^  ses  fiefs  dans  le  comt^  de  Boulogne :  or,  ces  fiefs  rele- 
vaient  dti  eomtd  d*Artois ,  dont  Louis  de  Frahce  ^att  invest!  depuis  quelques 
annees. 


(479) 

petite  lie  (le  Serk,  entour4e  de  rpcber^i  inaiCcessi)^)699 
d'oJS^  ^n  fiBil  epie  le$  voiles  qui  cioglent  k  rborizon, 

t.e  roi  d'Aaglet^rre  crut  utevpir  feire  dfl^vwtage  pwir 
Dusti^Qhe.  Youlaot  iui  faire  aublier  qu'il  «i^vait  aula  mUf^ 
foi^  Phiiippe^ADgiist^  ^  V6pg^r  |a  mprjt  4' Arthur  de^^re- 
t^ae,  ii  Iui  offdt  ladom^iQe  de  Swafbam,  d^^m  U  f^oml^ 
de  Norfolk,  que  QqiUavme  la  Copqu^raot  avait  doniiQ  k 
Aiaiii  de  Bretagne^  ei  qui  ^vait  pas^^  a  i^ob  piialb^Hr^i!^ 
b^riiier,  Swafbam » que  )e  fioomesday-Booi  appelle  |e  qia- 
noir  du  jcamte  Alaio  (1),  et  qui  fut  depui$  la  residence  d^s 
CQmt£s  de  RiiCbmoud,  formait  san^  dpute  un  va^te  A^- 
msiim^  Cela  m  ^uffi^ait  p^  epcore  k  Eu^taoba  le  MQin»f  {1 
recut  ua  palais  ^  L.0Ddre6 ,  mais  m  le  jirouvaut  pas  a69^2 
beau»  ni  asse^  digue  de  $a  bauie  fortune,  11 1^  fit  recop- 
struire*  et  avant  que  leg  foodem^ots  eujsseut  i^tieint  je 
piyeau  du  spl » il  y  avait  d^peuse  ipille  Jmre^  d'a^g^ot*  $i 
CO  palai^  avait  {hi  etre  aphev4 » il  e|it  offac^  k  ^pup  sfi,F  Dpii- 
vres,  le  fibiiteav  de  Ce^ar,  Windsor »  jlt^i^b^u  ^A^tm* 

La  legend^  pppulaine  .sur  rorigioe  d«  la  fortune  d'Eu$- 
tacbe  le  iioim  s'etalt  repandue  sujr  les  deux  rives  de  la 
mer.  Una  propbatie  s'y  etait  joijUte:  pn  r^ttrjbuai^t  )9u 
diable,  qui  avait,  diUou ,  m^oui^  k  £u^taqb^»  k  spu  de- 
part de  Tolede,  qu'il  vivrait  jusqu'k  ce  qu'il  etit  fait  assez 
de  maly  qu'il  ferait  la  guerre  aux  comtes  et  aux  rois,  et 
qu'il  tripiiw^rait  la  mort  au  milim  des  Sk>V^, 

Lorsq«e  Hugues  deBov«s,diassed' Amiens,  rejoignit 
Eustache  le  Moine,  leur  puissance  devint  $i  grande  que 
Pbilippe-Augusie  exigea  de$  corotes  dePoBttbieu  pide  Bou- 
logne le  serment  solennel  que  ni  eux  ni  leurs  hommes  ae 


(  480  ) 

traiteraient  jamais  avec  Hogues  de  Boves,  Eustache  le 
Moine  et  les  aulres  brigands ,  ieurs  complices  {coadju- 
tores...  alios  praedones) ;  mais  que ,  s'ils  parvenaieDt  k  les 
arrfiter,  ils  les  remeitraient  au  pouvoir  du  roi  deFraDce(i). 
Renaud  de  Dammartin  etait  plus  sincere  en  jurant  de 
ne  jamais  pardonner  a  Eustache  qu'en  pretant  serment 
de  fid^lite  au  roi  de  France.  En  effet,  au  prin temps  de 
Pann^e  i212,  il  se  rendit  pres  du  roi  Jean  pour  se  liguer 
avec  lui  contre  son  ancien  seigneur  souverain.  Eustache 
le  Moine  se  trouvait  h  la  cour  du  roi  Jean  quand  Renaud  de 
Dammartin  lui  fit  hommage,  et  ii  est  meme  cit^  comme 
t^ttaoin,  imm^diatement  apr^  Hugues  de  Boves,*  dans  la 
charte  od  le  roi  d*AngIeterre  promet  de  ne  jamais  traiter 
sansle  comte  de  Boulogne.  Rien  ne  put,  loutefois,  amener 
une  reconciliation ,  et  le  premier  usage  que  Renaud  de 
Dammartin  fit  de  son  influence  dans  le  conseil  du  roi  Jean, 
fut  de  reclamer  le  ch&timent  exemplaire  de  Son  ancien 
s^n^chal.  Son  domaine  deSwafham  fut  confisqu^  (2),  et  Ton 
dirigea  en  m£me  temps  une  expMition  contre  Tile  de  Serk, 
oil  Ton  s'empara  de  son  oncle,  de  son  frere  et  de  plusieurs 
de  ses  amis  du  Boulonais,  parmi  lesquels  se  trouve  cite 
Raoul  de  Gr^qui  (3).  Sa  femme  avait  ^t^  aussi  arrStde;  sa 


(1)  Catalogue  des  actes  de  Philippe-Auguste,  par  M.  Lipoid  Delisle, 
p.  516.  La  publication  de  M.  Delisle  offre  l*analyse  de  plus  de  deux  mille 
chartes  de  Philippe-Auguste.  Si  un  recueil  aemblable,  ^labor^  avec  la  m^nie 
perseverance  et  la  mdme  Erudition,  existait  pour  les  autres  regnes  les  plus 
memorables,  Thistoire  et  la  chrooologie  y  trouveraieut  mille  prdcieuses  lu- 
mieres. 

(2)  II  est  fait  mention  de  la  confiscation  du  domaine  de  Swafbam  dans  des 
lettres  du  roi  Jean  du  25  f^vrier  121 6.  Trois  mois  apres ,  le  21  mai ,  Eustacbe 
abordaiten  Angleterre  avec  Texp^dition  fran^aise. 

(3)  Parmi  les  compagnons  d^Eustache  pris  dans  Tile  de  Serk ,  et  mentionnes 


(  481  ) 
fille,  releDue  depuis  longtemps  comme  otage,  etait,  di- 
sait-^on,  condamn^e  au  supplice  le  plus  affreux,  k  celui  du 
bticher,  quand  le  roi  Jeao,  c^dant  aux  pri^res  d'un  moine 
de  Tabbaye  de  Sainl-Wulmar,  oil  Eustache  parait  avoir 
conserve  des  amis,  consentit  a  rendre  la  liberte  a  toute 
sa  famille. 

Ge  qui  ^tait,  bien  plus  important,  c'etait  de  s'emparer 
d'Eustacbe  lui-meme.  On  avail  enjoint  k  tous  les  con- 
stables  des  ports  de  mer  de  ne  permettre  k  personne  de 
s'embarquer,  et  cet  ordre  fut  si  sev^rement  execute  qu*un 
m^neslrpl  k  la  coiffe  d'orfroi,  portant  d*une  main  sa  vielle 
et  son  archet,  de  Fautre  sa  baguette,  se  vit  menace  d'etre 
jet^  hors  du  bateau  od  il  avait  pris  place :  «  De  grkce, 
»  calmez-vous,  disait  le  m^nestrel,  vous  aurez  cinq  ester- 
»  lins  et  de  plus  de  belles  chansons.  Apr^s  avoir  pass£ 
»  cinq  ans  en  Irlande ,  je  retourne  en  France  pour  y  boire 
»  les  bons  vins  de  Provins  et  d'Argenteuil.  Je  sais  la 

>  chanson  d'Agolant  et  d'Aymon,  celle  de  Blanchandin 

>  et  de  Florence  de  Rome.  »  II  parlait  si  bien  qu'on 
r^outa;  mais  la  vue  des  (lots  mena^ants  TempScha  de 
chanter  pendant  la  travers^e.  A  peine  avait-il  abord^  k 


dans  les  Rotuli  litterarum  patentium,  on  remarque  aussi :  Taffio  de  Tuber- 
ville  (Tubersent?),  Pierre  de  Carmer  (Camiers?),  Tasin  de  Bauchukeham 
(Bouquehout?),  Gyles  de  Freisnes  (Fressenes?),  Enguerrand  de  Vreci  (Versy?), 
Gerard  de  Fanques  ( Frencq? ) ,  Huet  de  Badom  (?),  Isaac  de  Wilre  ( Wierre  ? ) , 
Baudouin  d'Alvington  (Alinctbun?),  Baudouin  de  Werchin)  Amould  d*Azin- 
court,  Alb^ric  de  Brunesverd  ( Brunesbergh  ou  Brunembert?),  Guillaume  de 
Tournehem,  Acius  (Hacket?)  de  Tr^port,  Adam  de  BaliDgbem,  Berlin  de 
Wertiinghem,  Ilenri  de  Pindee  (?),  Michel  de  Candelhers,  Tilfrid  de  Tingate, 
Pierre  de  Hardelo,  Guillaume  de  Candio,  Henri  de  Fauquembergbe,  Radulf 
de  Guines,  surnomm^  le  Cbien.  Eustache  le  Borgne,  qui  y  figure  aussi,  est 
sans  doute  le  fils  d*£ustachius  Strabo ,  qui  signa  une  charte  du  comle  de 
Guiues  en  1174.  (Duchesne,  Maison  de  Guines,  p.  127.) 


( jm ) 

Cklais  qUe,  se  jetatit  dux  pi^ds  du  roi  Lottis,  comme  iM 
bdrofis  itisurg^  appeliiient  le  flis  de  Pb]lippe>-Aygus(e»  il 
Itti  rediit  ddns  uo  coffret  nn6  lettre  oil  Eustache  le  Moine 
sbllicit^it  UD  sauf-cooduit :  <r  Qn'il  Tienne,  s'^crie  le  jeone 
»  prince.  » — <(  II  est  d^j^  ici,  e'est  moi  qui  suis  Eustache 
»  le  Moine  »,  a  r^pondu  le  m^nestrel ,  et  le  roi  fdtur  d'An- 
gleterre  lui  fait  grand  accueil,  ajoutant,  toutefois,  que, 
courageux  et  habile  comme  il  I'est » il  devrait  d^sormais 
mener  une  meilleure  Tie. 

Peu  de  temps  apres,  Eustache  le  Moine  r^unissait  une 
flotte  de  six  dent  quatre-vingts  navires,  qui  trslnsporta  au 
pi'omontoire  de  Thanet  toute  Texpedition  frau^aise.  II 
avait  pris  place  avec  rarchevSque  dTork  sur  le  m6me 
navire  que  le  fils  dU  roi  de  France.  II  ^tait  Fun  de  ses  con«- 
seillers,  et  c6  fut  k  son  ayis  que  Louis  recourut ,  dans  uq 
momeht  otx  toutes  ses  communications  se  trouvaient  rom- 
puel^  avec  son  armee.  Le  plus  souvent,  n^anmoins,  il 
psirciourait  la  mer  <  comme  chil  qui  moult  en  sfttoit  (1)»^ 
ti  \&  jddr  ob  it  enlevs^  h  flotte  de  fiouldgne,  il  eut  la 
jdie  de  se  venger  une  fois  de  plus  de  son  anciefi  seigtteur^ 
Retiaud  de  Damihartiti.  II  n'avait  plus  rieu  h  redouter  de 
lui  :  Renaud  de  Dammartin,  fait  prisonnier  k  Bouvines, 
detail  mourir  dans  sa  captivit^i  apr^s  y  avoir  pass^  Ireize 
ftnu^d. 

Cependsint  Eustache  le  Moine,  tfibmphant  dans  toutes 
ses  tentatives,  exauc^  dans  toutes  ses  col^res,  ne  profilait 
pas  des  sages  conseils  de  Louis  de  France;  car  Philippe- 
Auguste  disait  aU  legat  du  pape,  qui  vduUit  se  rendre  en 
Atigleterre :  ^  Nous  vous  donnons  volontiers  un  sauf-con- 


•^a^m—m^»m 


(1)  ffist.  des  Duci  d$  iVbfm.  9t  des  lioii  d'An^.,  p.  167. 


(  4S3  ) 

1  doil;  mais  si  vous  tombez  eotre  les  mains  d^Eimta^be  id 
>  Maine,  noaa  m  rdpoodoos  plus  de  votis  0)«  » 

Tant  d'endurciasemeai  devait  wfia  dire  punt  ^  el  coanfiie 
le  dit  le  poete : 

Nu8  ne  puet  vivre  longhement 
Qui  tos  jors  &  mat  faire  entent 

Le  24  aoftic  i917,  Eastache  le  Moine  qnitiait,  avee  Ro* 
bert  de  Courtenay,  petit-flls  de  Louis  le  Grod,  le  poH  de 
Calais,  oil  Blanche  de  Gastille,  inquiSte  de  la  defection 
d*ttn  grand  norobre  de  barons  anglais ,  avait  r^uni  trois 
cents  chevaliers  potir  porter  seeours  k  son  ^poux,  et  Dieu 
sait  quels  sacrifices  elle  ne  s'^tait  pas  impost,  puisqu*elle 
avait  dtelar^  qu'elle  mettrait  en  gage,  si  elle  trouvait  des 
or^anciers  trop  ineiorables,  un  enfant  de  deux  ans  qui  fbt 
depuis  le  roi  saint  Louis.  La  situation  des  Frano^is  au 
delk  de  la  mer  ^tait  devenue  fort  priicaire  depuis  que  les 
baroQS  du  parti  du  jeune  Henri  III  se  prtiparaient  i  assizer 
Londres,  et  c'^taic  k  Enstaehe  le  Moine  que  Blanche  de 
Gastille  avait  remis  le  soin  de  sauver  la  capiiale  menacde ; 
mais,  seion  la  ebronique  de  Walter  d*Hemingford ,  son 
ambition,  enfikie  par  les  cooqu^tes  qu*il  avail d^jhfaites, 
lui  avait  inspire  le  desseio  de  soumettre  k  son  propfe 
pouvoir  (ottte  rAogleterre  (9)« 

Par  malheur,  le  vent  ^cartait  ses  vaisseiux  des  boiiches 


(1)  Matdi.  Parii,  <d.  Wats,LondMf,1644,p.  106. 

(S)  Cum  mtilta  loca  $uo  tvkjv^goiHt  impwrio,  tandem  afuhelavii  a4  T$^ 
gnum  Angliae  conquirendum.  (Walt.  Hemingford.)  Un  ch<romquettr  anp- 
nyme  se  borne  k  remarquer  que  les  ^rangais  se  coofiaient  moins  dans  leur 
force  que  dans  les  sortil^g^s  de  ce  moine  ^postal,  «  kar  itop  de  ni^Dliaunce 
•  satoft.  » 


(  484  ) 

de  la  Tamise  en  les  poussant  vers  lea  rochers  du  rivage,  et 
a  niesure  qu'ils  s'ea  approchaient  Jes  marins  des  Cinque- 
Parts,  qui  devaient  aa  roi  Jean  tous  lenrs  privil^es,  mau- 
dissaient  celui  qui  naguere  avail  combattu  avec  eui  sods 
la  mSme  baani^re.  c  S'il  aborde  dans  ce  pays,  disaieDt-ils, 
>  il  devastera  toutes  nos  campagnes.  )>  Bieo  qbe  les  Da- 
vires  doDt  ils  pouvaient  disposer  fussent  moiDs  nombreax 
qnalessiens,  ils  r^solureot  de  Tattaqaer*.  Quelques  sei- 
gneurs se  joignirent  k  eux  :  c'dtaient  Richard  Fitz-Roy, 
Hubert  de  Borgb  et  Philippe  d'Aubigny.  Poor  mieux  faire 
r^ussir  leur  entreprise,  ils  avaient  arm6  leurs  barques 
d*eperons  de  fer  qui  devaient  percer  celles  de  leurs ennemis, 
en  meme  temps  qu'ils  leur  lanceraient  dans  les  yeox  un 
nuage  de  chaux  vive.  Quelques-uns  disaient  bien  que  tons 
ces  efforts  seraient  inutiles,  qu'£ustache  avail  appris  la 
magie  en  Espagne,  et  qu'au  moment  du  peril,  il  disparai- 
trait  sous  les  flots;  mais  un  vieux  marin  de  Sandvirich,  qui 
avail  longtemps  combattu  avec  lui ,  rassurait  ses  compa- 
gnoDS  en  leur  disanl :  c  J'ai  appris  de  lui  le  secret  de  ses 
»  ruses  el  de  sa  magie;  je  sais  je  moyen  de  le  vainere,  et 
»  je  suis  prSl  k  donner  ma  vie  pour  y  parvenir.  b 

La  melee  s*engagea  :  elle  fut  terrible.  Les  filches  et  les 
arbaletes  commencerent  ce  qu'acheva  le  poignard  ou  la 
lance,  et  plus  d'un  malheureux  poursuivi  par  le  fer  se 
precipita  dans  les  flots  pour  y  trouver  une  fin  moins 
cruelle.  Eustache  esp^rait  encore  s'echapper.  A  d^faut 
d'autre  arme,  il  avail  saisi  un  aviron  avec  leqnel  il  assom- 
mail  quiconque  osail  Tapprocher.  Cependant  le  marin  de 
Sandwich  avait  invoque  saint  Barlhelemy  dont  on  c^I^- 
brail  ce  jour-la  la  f£te,  et  saint  Barlhelemy,  disail-on,  lui 
eiait  apparu  pour  le  soulenir  el  I'encourager.  Des  ce  mo- 
ment, Euj^tache  ne  resista  plus.  En  vain  chercha-t-il  k  se 


(  485  ) 

eacher ;  en  vain  eut-il  recours  aux  pri^res  :  le  vieux  pilote 
de  Sandwich  lui  trancha  la  tSte.  Plus  tard,  quelques  chro- 
niqaeurs  crurent  toutefois  devoir  faire  honneur  de  cet 
exploit  k  Richard  Fitz-Roy,  qui  ^tatt  fils  de  Jean  sans  Terre 
et  de  la  comtesse  de  Warren ,  issue  elle-m£me  de  la  maison 
royale  d'Angleterre. 

La  place  qu'occupe  la  mort  d*Eusiacbe  le  Moine  dans 
les  r^its  contemporains  nous  fait  comprendre  toute  Tifai- 
portance  du  rdle  historique  qu'il  remplit  pendant  sa  vie. 
Tandis  que  les  historiens  fran^ais  louent  son  courage  et 
rapportent  que  Louis  de  France  fut  plus  aiQig^  de  sa  mort 
que  de  la  d^faite  de  son  armee  k  Lincoln  (1),  les  histo- 
riens anglais  se  plaisent  a  raconter  que  la  tSte  du  traitre, 
plac^e  au  bout  d'une  pique,  fut  promenee  dans  toutes  les 
provinces  de  TAngleterre  (S).  Aujourd*hui  encore,  on 
montre  au  voyageur  Tendroit  oii  les  habitants  de  Sand- 
wich construisirent  une  chapelle  en  Fhonneur  de  saint 
Barth^lemy,  et  pendant  longlemps  une  procession  solen- 
nelle  s*y  rendit  chaque  annee  pour  perpetuer  le  souvenir 
de  cette  victoire. 

Si,  dans  la  premiere  partie  de  cet  Episode,  Eustacbe  le 
Moine  s'est  montre  le  dernier  repr^sentant  des  karlsdans 
les  forSts  du  Boulonais,  nous  pourrions,  apr&s  avoir 
retrace  ses  pirateries  et  sa  mort,  Tappeler  aussi  bien  le 
dernier  des  rois  de  mer. 


(1)  Rigord  Pappelle :  miles  tarn  mariquam  terra  probaUssimut,  D*apres 
la  cbronique  manuscrite  de  Henri  de  Silegrave,  il  ^tait  lechef  et  le  prince  des 
barons  de  France. 

(^)  Walsinefham,  Vpod.  Neuttriae. 


(  486  ) 


VooRuiTGiNG.  —  Po^ie  par  M.  J.  Nolet  de  Brauwere 
van  Steelandy  associ^  de  TAcademie. 


-  - — -  r        ~  '  ' . 


L%  progn§  TOQ»  i  dit  i  Je  Hiircbt^ 
el  le  Bonstrt  mtrdie  en  «ffet. 


*k  Behoor  niet  tot  d»  school  Mijn-tijders  en  BetweterSf 
Neenknikkers*  oud-gepruikte  droomers  van  lets  beters 
Dan  *t  geen  bestaet :  Zij  die,  met  slecbt  bedwongen  spijt» 
Terogzien  op  ^t  verle^n,  dien  goeden  ouden  tijd; 
Die  9  willens  stikziende  in  eene  eenw  zoo  rijk  aen  vinding 
Ala  de  o&ze»  en  hoorend-doof,  zich  de  oogen  alaen  tot  bliflding 
£q  de  ooren  stoppen,  waer  een  juichend  nagealaeht 
De  wondren  roemt,  door  nijvren  kunstzin  uitgedaekt; 
Die  I  pruilende  in  bun  hoek,  met  onverduldig  kniezen, 
De  logge  trekscbuit  Toor  bet  vlugge  stoomscbip  kiezen , 
De  ontwielde  sleepkoets  of  den  stapvoets-draegstoel,  voor 
Den  trein,  snel  staiyende  op  den  rug  van  H  gladde  spoor; 
Ja,  waer  de  gasvlam  *t  licbt  der  zonne  doet  berleren, 
Dat  licbt  verwenscben  en  bardnekkig  blijven  kleten 
Aen  de  oordjes-yetkaers  of  de  walmende  oliepit.  -» 
Maer  ooky  ik  rangsebik  my  niet  in  bet  bentgelid 
Der  jabro^rs,  pasgebroekte  en  jonge  hekkespriiigerSy 
Verwaende  alweters,  onbesuisde  geestbed wingers} 
Zij  die,  gewapend  met  de  klapzwoep  der  kritiek, 
Orakels  kramen  voor  den  neus  van  't  braef  publiek, 
En,  de  onderlip  gekruld  ten  spotlacb,  met  misprijzen 
Op  d'afgelegden  tooi  der  Yaderen  yerwijzen 
Als  op  iets  mottigs,  waer  geen  cbristenziel  mei  prijkt : 
Maer,  zoo  ben  niemand  naer  de  kromme  yingers  kijkt. 
Met  d'  afgetomden  rok  bunne  arme  plunjes  lappen. 
En,  fiere  banjerds,  metgeleend  pakkaedje  stappen, 
Als  badden  ze,  arenden ,  alleen  H  genie  in  pacht 


(  481  ) 

Voor  btifi  {yHvftet  gtibruik^  ^ti  ware  ^t  tooi^^la^ht 
£en  portie  ^ileU,  go^d  <mk  tii  's  L&Mii  ktfbittMfcltl, 
Verdroogde  lorr6n^  ftdhtef  H  ghsMem  op  U  £citt^n} 
Zlj  die,  mdt  Dniiflpjes  zeventbijl^che  Iftei^en  fled, 
De  schenkels  trijd  uit-een,  op  hooge  if  el  ten  sideil, 
En  9  bij  yooruilgaiigy  bee&6il  maken  taifi  wder^ben^jdr 

c  'k  We^t  alles!  »  beet  hel  thdnd  2 1  Wat  W(^  ik?  ir^jiMrdk  tfontaigne; 
Doch  tusschen  ai  of  niets,  yoornit  of  aehteralt, 
Loopt  vast  een  midden  dat  bet  ware  voetpad  duidt. 
Neen,.  stonder  *t  Jong  gesla^ht  niet  meer  dan  de  otidei^lir^titibto 
Te  kort  te  doen ,  of  in  bun  eergevoel  te  kwetsen, 
Zoo  trek  ik  d^  eenen  even  min  als  de  andreb  v6of» 
'k  Hou  nocb  tan  kreeftengang,  noch  ook  van  bazenspodf^ 
En  't  uiterst  kiezen  scbijnt  mij  altooi  bndoelmatig. 
Den  gulden  middenweg  bewandlen  beet  ik  batig. 
In  't  honderd  uitgepikt  bewijze  een  voorbeeld  ^t  flus  : 

God  scbiep  bet  mensebenpaer  In  naturalibtls^ 
Hetgeen  ternederduitscbt  wil  xeggen  s  baekt  aid  pieran. 
Zoo  lang  nu  't  onscbuldwaes  dit  oirkleed  mogt  versieretiy 
Was 't  firaei  en  wel|  maer  toen  de  gulzige  appelbeet 
Den  toover  wegblies  van  bet  Ingebeelde  kleed^  * 

En  de  eerste  onnoozelhcid  door  sobaeinte  was  venrangen^ 
Werd  't  needrlg  tijgenblad  ten  roorsdioot  aengebangen* 
Vooruitgang  heeft  zich  met  dat  Tijgenblad  gemoeid^ 
En  't  is  in  lengte  en  breedte  allengs  gegroeid»  gegroeidi 
Gerekty  gezwollen  en  gedijd,  tot  dertig  ellen 
Satijn,  met  even  zoo  reel  kant  er  om!  't  Voorspellen 
Yalt  zwaer,  boe  en  wanneer  die  kunstgroei  staken  zal. 
Schteenwleelijk  vindt  gij  *t  monstertuig,  romantiscb  m«l 
En  peperduer  daerbij ;  maer  toob  zal 't  niemand  wagen 
't  Klassiek  oorspronklijk  blad  des  vijgenbooms  te  dragen^ 
Om  bloot  te  staen  aen  koude  >  aen  boete  en  straetgejouw? 
Denk  niet  dat  'k  zinspeei  op  de  bedendaegsdie  vToUw^ 
Nieuw  slag  van  Evas,  die  God  weet  wtt  tipptla  prderen^ 


(  488  ) 

Waervoor  ze  ( in  eer  en  deagd ! )  een  vijgenblad  behoeven 
Van  dertig  ellen!  Neen,  maer  'k  wil  u  doen  verstaen, 
Hoe  H  beter  is  bedaerd  op  't  middenpad  te  gaen, 
Dan  op  veel  ruimer  spoor  bet  uiterste  aen  te  kleven  : 
Onbevooroordeeld  bier  wat  nemen ,  daer  iets  geven ; 
Verlengend  H  vijgenblad,  bekortend  de  ellemaet, 
Een  kieed  zicb  snijden  dat  niet  al  te  opzigtig  staet, 
Maer  past,  wat  achteruitgang  roemc  op  vlek  en  scheoren, 
En  woest  vooruitgaen  stoffe  op  kakelbonte  kleuren. 

Vooruitgang!  Magtspreuk,  stop*  en  wachtwoord  oncer  eeuw, 
Ik  deel  niet  in  H  geroep,  straks  algemeen  gesehreeuw. 
Van  ben  die  u,  bij  boog  en  laeg,  ten  troonstoel  tillen; 
Maer  vraeg  mij  dikwerf  af  waerheen  de  snorkers  willen 
Die,  met  den  stormhoed  op*,  en  waterlaerzen  aen, 
Trompetten  blazen  en  vooruitgangstrommel  slaen? 
Of  boven  H  schel  getoet  en  oorendol  gerolfel, 
Het  niet  verkieslijk  ware  in  slaepmuts  en  pantoffel 
Te  steken,  en  in  groot-papas  purgeerjapon, 
Vroome  oudbeidsdragt,  waerin  men  soms  veraedmen  kon? 
Ook  stel  ik  mij  de  vraeg  en  wilde  H  gaerne  weten, 
Of  al  dat  voorwaerts  spoln  vooruitgang  juist  moet  beeten. 
En  't  achterwaerts  bij  tijds  precies  gcen  voorwaerts  is? 
Men  boede  zich  voor  slecht  begrip  en  ergernis, 
£b  wijte  mij  noch  woordenspel  noeb  valsehe  stelling; 
Doch  zie,  bet  komt  mij  voor  als  gleden  we  op  de  belling. 
Die  voert  tot  stoffelijk  en  zedelijk  verval. 
Waer  *t  dient  bewezen,  sebaer  ik  gauw  een  rond  getal 
Van  verzen  in  't  gelid,  gespitst  ter  proef  en  staving. 

Het  scbijnt  me  ontwijfelbaer  :  Vooruitgang  won  bescbaving, 
Besehaving  won  verwijfdbeid,  en  verwijfdbeid  bragt 
Vervah  Dat  loopt  van  't  eene  op  H  andere  geslacbt , 
Als  't  evangelie  van  Matbfleus  salmgesebakeld , 
Tot  onzen  tijd.  Verslapt,  ontsenuwd,  afgetakeld 
En  knikkend  op  de  dunne  beentjes  staen  wij  daer. 


(489  ) 

Verarmde  dwergenteelt,  in  't  aenzien  eener  schaer 

Vaa  Vaedren,  sterk  gespierde  en  kloek  gebouwde  reuzen, 

Wier  vrienden-handdruk  ons  de  vingeren  zou  kneuzen; 

Wier  louter  kugchen  ons  deed  wagglen;  wier  genies 

Ons  als  een  kaertsoldatenspel  omverre  blies; 

Wier  zware  goedendags ,  rapieren ,  aksen ,  beukels « 

Ontilbaer  Ifggen  voor  onze  uitgeteerde  kneukels!  — 

Maer  ook,  zie  eens  dat  plompe  en  ruwe  voorgeslacht, 

Zoo  onbescbaefd  als  groot,  op  H  veld  in  ligcbacmskracht 

Geoefendy  en  gesterkt  door  zuivren  drank,  en  spijzen 

Waeraen  geen  Stas  een  sittepitje  kon  yerwijzen ! 

En  wij?  Beschaving  zong  een  ander  liedje  ons  voor  : 

Wij  kwijnen  liever  in  de  stiklucht  van  't  kantoor. 

Den  neus  op  't  groot-bock,  in  een  cijferberg  verslonden* 

Vooruitgang  heeft  daerbij  een  kookseltje  uitgevonden, 

Waeraen  de  scheikunst  hare  ondeugcnde  offers  brengt, 

En  zoo  veei  mourdend  gift  in  spijs  en  drank  yermengt, 

Dat  *t  om  omver  te  vallen  is  van  louter  schrikken, 

Bij  H  hooren-noemen  slechts  van  't  geen  wij  daeglijks  slikken 

Aen  vuilen,  viezen  kost.  De  maeg  van  Mltbridaet 

Ware  ontoereikend  ter  verdawing  van  dat  kwaed. 

Toch  wenschen  we  ons,  stout-weg,  geluk  met  fraeijer  tijden 

Dan  de  oude,  en  willen  we  in  vooruitgang  ons  verblijden, 

Al  liggen  we  aen  zijn^  boei  ook  nog  zoo  vast  verslaefd  \ 

Al  zijn  wij  zoo  bescbaefd,  geschaefd,  ja  zelfs  verschaefd 

Tot  snippers,  dat  bet  aeklig  is  oni  aen  te  schouwen. 

0  konden  we  eenmael  ons  naer  willekeur  berbouwen , 

Verbakken  in  den  vorm  van  't  vaderlijke  ras! 

Een  weinigje  achteruit  kwam  bij  bet  deeg  te  pas. 

Of  we  op  bet  zedelijk  gebied  wel  veei  meer  deugen 
Dan  *t  voorgeslacbt,  ik  wil  mij  gaerne  er  inVerbeugen 
Zoo  't  mij  bewezen  wordt,*  docb  't  schijnt  mij  ver  van  daer  : 
In  vroegere  eeuwcn  zie  'k  eene  ongelikte  schaer 
Van  dievcn,  moordenaers,  brandstichters,  maegdenroovers, 
En  wal  ge  al  racer  nog  will  daerbij.  Voorwaer,  iets  grovers 


(  490  ) 

Is  nooit  gchoordl  —  U^r  't  wa?  4c  mode  ym  dien  tifA, 

Door  iimbmik  wotUf ,  ^cb^u  'i  voor  't  mins%  is^n  ee^  /itryd 

Zijn'  buejrman  op^nlijk  naep  d^  ^euwi|;h)P*d  t^  ^  tore»» 

Daer  lag  iets  riddertiiks  in  de  apkUgste  ayoutorieii 

Diep  oude  banjerd^ j  't  fcit  gescbiedde  5tout  W  fieP, 

Bij  heldep  daglicfet,  met  ji^beyeu  bftlmvizier, 

En  poezij  geuFd<»  uit  den  reboot  der  boofdgeiv'd^f 

VooFQitgaB;  oefende  om  in  al  die  booz^  ^trekon, 
Doch  zoi^der  poe;^g.  Tpt  kleiner  ^chjael  v^rfijndf 
Verkinderd  en  yerlamd,  in  lijf  w  zifil  vergryqd^ 
Hoe  we  ons  poUjstten  nen  beacbaving  ^n  pi}3  wre¥eii» 
De  oude- Adam  ging  niet  af :  de  mensch  i9  inens^  |;ebleT9&« 
H  Is  waer»  onze  opdeugd  praelt  niet  meep  in  *jt  open  Vi^lbl; 
Bij  maegdon^Yoering  plegen  wij  geen  driest  geweld.» 
Te  Tiervoet  in  den  «;adly  met  dreigend  fitaelgeEonker  ; 
Voorzigtig  knijpen  wij  de  kalje$  in  den  donker, 
Op  woUen  zokken,  in  't  geniep,  als  't  memandziet. 
H  U  i^aer,  wij  wagen  on3  a^  stouts  plonder  niet; 
Wij  rooven  niet  in 't  greet :  wij  stelen^  wij  qntfutselen 
Het  erf  des  naesten,  door  een  barrewa^rrend  knutseleii 
Vanregt  en  onregt»  en  wij  eignen  ons  zijn  deel^ 
Het  wetboek  in  de  band^  bij  nijdig  pleitkrakeel, 
*t  BaenstEaoper3ambaQht  is  yoor^eker  niet  ssoo  yeilig 
Als  yroegerj  maer  wij  gaen  tep  Beurs :  de  Beura  is  beiligi 
Wij  moorden  ^t  ligchaem  niet :  wij  wurgen  tbans  de  ziel^ 
Niet  slaende  in  't  aenge^igt,  maji^i*  prikkeade  in  den  biel, 
Laeghartig,  onyerdaobty  sluwln  den  V}^^  gegrepen^ 
Hier  met  een  slinkscben  douw^  en  daer  met  yalscbe  knqnen^  - 
Z66  stappen  wij  yooruit!  Zalk  konterfeitsel  bragt 
Bescbaying  aen,  yan  'truw,  rondborstig  vooj;geskfibtt 
Indien  wij  dit  yeryal  yooruitgang  duiren  beeten, 
Dan  ,i3  bet  om  er  bij  te  buiien  en  tie  sweeten* 

'k  Zwijg  van  regeerkunde  en  van  hpoge  pioliJtieji!:* 
Al  maekt  beur  mis^elijk  vertooi;  bet  harle  ssiek, 


(  491  ) 

Voel  ik  mij  niet  bevoie^d  '«  Lands  wip-wop  aen  te  foaniti# 
Toch»  Uj  hoi  sien  van  al  de  vreemda  tuimekoereiit 
HalsbrekeN^nrongeO)  op  de  aattlio  pkdc  vartigli 
Wensch  ik  haer  sterkte  oa  imvorlirokoa  arenwii^  i 
En  mogt  ik|  dngevraefd ,  eesC  goedea  )«ed  hief  gevieii^ 
Dan  prees  ik  ililalaiid,  waer  voiMnutgaiig  Biy  d«iei  feeTMit 

Wat  bliijfft  nog  OTcr?  la »  do  knnst,  de  weto&scliap  i 
De  lettereii.  ^  deden  vast  een'  grooteit^  stap 
Vooruit;  &er  Bipgea  wlj  Oanova ,  Enbens  roemm  i 
Maer  de  oudheid  weet  meteen'  heur  meesters  op  te  noemen^ 
En  toont  dat  2ij  z46  aroiy  too  onbc^gaefd  niet  was 
Met  MilOy  met  Prajuteles  oi  Phidia6| 
Met  mkidieieettwsclie  prael  ^  trotaebe  spitsrondbogeo* 
Waer  onze  bonwkuiist  aieh  Torbijt  aen  ijdel  pog^eOt 
En  niets  verbevens  stiebt  dat  tot  de  seiele  spreekt 
Of  *t  kodi^odo^en-2ang  van  't  Tonretead  lijnregt  breekl;  •*** 
De  wetens^ap?  Zij  weet  zieh  netjes  op  te  knappen : 
Hoe  vaek  verstellefi  wij  oas  zoodagptdc  met  lappea, 
Ontvreemd  aen  Grieksobe  of  aen  ftoinetosdhe  wijsbeidsdragt, 
Bij  hoop  coilaties  en  citaten,  aeiigebragt 
Tot  booggeleei^  bewijs  hoe  leelijkn^  obs  TerfbleB, 
En  de  oude  paeijea  jmist  daft  allcs  beier  wisleii? 

Maer  dan  de  letterkiuide?  Dene  oi]fi>edaohte  Tfaig 
Voorwaer,  en  vat  ^k  nuj^e]/  ongaerne  bi]  den  kraegy 
Toch  zij  't  read-uit  en  gul  l>dMBd  z  Wij,  arnae  joogeresy 
Wij  moesten  aen  den  uitgerasten  geeat  ¥firhongerao, 
Bij  schotels^  waer  mln  H  iiat  naer  scfande  brokkton  viaeht^ 
Wierd  ons  geea  sterkend  mael  docHr  de  Oadresi  O] 
0ns  ongerezen  deeg  doen  we  ia  in:>oraitgangsoven 
Ten  halve  bakkea  of  tot  harde  korst  v^storea* 
Kieskauwend  peuzlend  aea  een  onbefcM^  geregt, 
Niet  gaer  of  wet  verbrmid,  en  altoos  even  'Slecht. 
Zie  hoe  de  vooraaet  op  dea  arbeid  aat  le  hraaijaa 
Eea'  leaftiijd  lang,  oi  "4  paikaineatanbiftd  dead  groftycffi 


(  492  ) 

Tot  foUanten,  oiiTerslijtbaer,  breed  en  dik, 

Aea  onzen  arm  te  zwaer,  ons  beuzlehd  brein  ten  sehrikl 

Meet,  durft  gij,  ^t  reuzenwerk  aen  al  die  rommelzoodjes 

Van  prultraktaetjes  en  klein-duodecimotjes, 

Gauw,  gauw  aen-cen  geflanst,  gedrukt  op  flotpapier 

(Dank  zij  der  mekaniek!)^  goed  voor  den  kruideniert 

Maer  onbestand  om  tot  het  nageslacbt  te  rakenj 

En  zeg  dan  of,  aen  al  den  schijnspoed  dien  wij  maken, 

Al 't  haestig  drentlen,  ai  H  gekrabbel  en  U  gekras, 

Een  schreedje  ruggewaerts  nlet  ver  rerkieslijk  was? 

Verkieslijk?  Zeker;  doch  met  oordeel*  en  bescheiden 
Het  Yoetpad  inslaende  als  gemeten  tusseben-beiden  : 
Geen  toomloos  Toorwaerts,  ook  geen  vlugtend  achteruitl 
H  Is  op  dien  middenwcg  dat  ik  mijn'  zang  besluit. 
Onze  oaders  hadden,  ja,  bun  feilen,  bun  gebreken  : 
Wij  bebben  de  onze,  en  zijn  er  niet  van  vrij  te  spreken, 
Al  trekken  wij  ook  nog  zoo'n  scbeef  en  vroom  ge^igt, 
Bescbaefd  geveins,  door  valscben  ootmoed  toegelicbt, 
£n  teeknen  dragend  van  verval  en  zedeontbinding. 
Wie  onzer,  in  eene  eeuw  bij  uitstek  rijk  aen  vinding 
En  stoflijk  welzijn,  aen  vooruitgang  mouwen  past, 
Waer  't  tooverend  genie  den  tijdgenoot  verrast 

• 

Met  wonderscbepping  van  werktuiglijk  kunstvermogen, 

'k  Verheerlijk  ie^ren  vond,  ik  juicb  elk  edel  pogen 

Van  harte  toe,  en  zelf  geef  ik  het  voorwaertssein. 

Doch  waer  we  op  'tzedelijk  maetscbappelijk  teirein 

Vooruitgangswieken  slaen  metmagteloos  geflodder, 

Door  dik  en  dun,  tot  over  de  ooren  in  den  modder, 

Bij  zelfverminking  en  bedreigd  verval  van  kracfat, 

Daer  roep  ik  :  achteruit!  en  keer  tot  H  voorgeslacht. 

Daer  wil  ik  aen  gerijpter  geest  van  vroeger  dagen, 

Bezadigd  overleg  en  ondervinding  vragen, 

Opdat  de  nazaet,  beurtiings  ook  onze  erfgenaem, 

Den  boedel  niet  verwerpe  en  onzer  zich  niet  schaemM 

De  toekomst  wacht :  Eens  daegt  het  thans  zoo  jeugdig  heden 


(  495  ) 

Zelf  op  als  oudhcid,  uit  ceu  schcmercnd  verlcdcn ; 

Eens  staen  we  in  eigen  school  omwolkt,  vcrslcend,  vergrijsd. 

Wat  nood?  Zoo  H  nageslacht  met  eerbied  op  ons  wijst, 

De  dankbaerheid  in  *t  harte,  en  met  ontdekten  hoofde 

Den  erfschat  toont,  dien  bet  den  Vaderen  ontroofde 

Bij  *t  fakkellicht  dat  hem  U  genie  in  handen  gaf  ? 

'k  Zeg  Amen,  en  getroost  treed  ik  den  spreekstoel  af. 


—  Apris  ces  lectures,  M.  le  secretaire  perpetuel  a 
donne  connaissance  des  resullats  du  dernier  concours. 
(Voir  pag.  382.) 


2"**  SI&RIE,  TOME  IV.  55 


(  494  ) 


CLASSE  DI&S  BEAVX-ARTS. 


Seance  du  7  mat  4858. 

M.  G.  Geefs,  directeur. 

M.  Ad.  QuBTELETi  secretaire  perpetueK 

Sont  prdsents :  MM.  Alvin ,  Braemt,  De  Keyzer,  F.  Fetis, 
Navez,  Roelandl,  Siiys,  J.  Geefs,  Erin  Corr,  Snel,  Par- 
toes,  Baron  ,  Ed.  Fetis,  Edm.  De  Busscher,  membres;  Ca- 
lamatta,  Daussoigoe-Mehul ,  associds, 

MM.  d*Omalius  d'Halloy,  president  de  VAcadimie,  et  Po- 
lain,  membre  de  la  classe  des  leltres,  assistent  a  la  seance. 


CORRESPONDANCE. 


M.  ie  Ministre  de  rint^rieur  informe  TAcaddmie  que 
M.  Demoly  laur^at  du  grand  concours  de  composition 
musicale  de  i855,  s^occupe  des  compositions  qu*ii  devra 
envoyer  au  Gouvernement,  travail  qui  I'empdche  de  faire 
un  rapport  plus  d^taille.  . 

M.  Ie  Ministre  transmet  en  meme  temps  un  premier 
rapport  de  M.  Benoil,  laurel  du  grand  concours  de  com- 


(  49S  ) 

position  musicale  de  1857.  L'auteur  demaode  de  n'adrefis^r 
son  rapport  qu'k  son  depart  de  chaque  graode  villOft  an 
lieu  de  faire  un  envoi  trimestriel.  MM.  Fr.  Fetis  et  Snel 
appuient  cette  demande,  mais  en  insistant  pour  que  le  lau- 
reat  envoie  aussi  des  Gomposi lions  lyriques. 

—  Le  Gouvernement  desire  connaitre  I'avis  de  I'Aca- 
d^mie  sur  une  requete  de  M.  Fierlants,  qui  sollicite  son 
appui  pour  pouvoir  reproduire,  par  la  photographie,  les 
principaux  tableaux  flamands  de  Tecole  gothique.  (Com- 
missaires :  MM.  Navez,  De  Keyzer,  Alvin,  £d.  F^tis  et 
firin  Corr.) 

—  M.  Quetelet  donne  communication  d'une  lettre  qui! 
a  refuede  M.  Donaldson,  associ^  de  TAcad^mie : 

€  J'ai  eu  Tavantage  de  voir,  Tannee  derni^re,  votre  expo** 
sition  des  beaux-arts,  dit  I'^minent  artiste  anglais,  et  j*ai 
ii  vous  feliciter  de  I'etat  de  vos  ecoles  et  des  grands  ar- 
tistes qui  lui  font  honneur.  J'ai  ^t^  frapp^  du  merite  d'un 
grand  nombre  de  vos  tableaux  et  des  objets  de  sculpture : 
il  y  a  tant  de  rapport  et  d'aoeord  h  Vi^vA  do  gout  de  nos 
deux  nations ,  que  je  desire  avidement  que  vos  artistes 
se  d^cident  h  envoyer  de  leurs  productions  a  notre  expo- 
sition de  I'Acad^mie  royale  des  beaux-^rts  (i).  Je  suis  sflr 
qu'elles  produiraient  une  vive  sensation,  et  que  les  ar** 
tistes  trouveraient  des  amateurs  qui  ne  seraient  que  trop 
heureux  deles  poss^der.  II  y  a  une  exposition  k  part,  k 
Londres,  pour  T^cole  fran^aise ,  qui  a  beaneoup  de  succes, 
et  Ton  y  vend  grand  nombre  de  tableaux  k  des  prix  con* 


(1)  Notre  exposition  s^ouvre  le  premier  lundi  du  mois  de  mai  de  chaque 
ann^e. 


(  496  ) 

sid^rables.  Pourquoi  ne  pas  aussi  etablir  une  exposition 
des  beaux-arts  beiges?  » 


RAPPORTS. 


M.  Fr.  Fetis  avail  presente,  dans  la  seance  pr6c6dente, 
un  memoire  sur  la  question  de  savoir  si  les  Grecs  et  Us 
Romains  ont  connu  Vharmonk  simuUanee  des  sons.  Les 
commissaires  designes  etaient  MM.  Snel,  Baron  etVan 
Hasselt.  M.  Baron  donne  lecture  de  son  rapport,  entiere- 
ment  favorable  k  cet  important  travail.  L'Academie  atten- 
dra  le  rapport  de  ses  deux  autres  commissaires  pour  porter 
uu  jugement  delinitif. 


COMMUNICATIONS  ET  LECTURES. 


M.  Baron  entre  dans  des  details  historiques  sur  les  tra- 
ductions en  vers  de  TArt  po^tique  d'Horace,  tour  k  tour 
attributes  au  marquis  de  Sy  et  k  M.  Poupar,  et  sur  Topus* 
cule  auquel  ces  traductions  ont  donne  lieu  :  cet  opuscule 
a  ele  publie  a  Londres  avec  beaucoup  de  gout  et  d'elegance 
typographique,  par  M.  Baron  et  M.  Sylvain  Van  de  Weyer, 
membre  de  TAcademie,  et  ministre  plenipotentiaire  de 
S.  M.  Ic  Roi  des  Beiges  a  Londres. 


(497) 


Notes  sur  Jerome  Van  Aeken,  dit  Bosch  ,  peintre  et  graveur, 
et  sur  Alard  du  Hameel,  graveur  et  architecte,  a  Bois- 
le-Duc;  par  M.  Alexandre  Pinchart,  attache  aux  Archi- 
ves generates  du  royaume. 

Cesl  pour  donner  quelque  retentissement  a  une  reciiii- 
calion  qui  interesse  Thistoire  des  arts  que  je  m'adresse  a 
TAcad^mie.  Les  Bulletins  de  ses  seances  sont  plus  repandus 
que  n^importe  quel  recueil  de  noire  pays,  et  j'ose  esperer 
que  cetie  savante  Compagnie  voudra  bien  y  inserer  ces 
trois  ou  quatre  pages. 

En  1842,  M.  Immerzeel  publia  le  l'^'  volume  de  son  ou- 
vrage  intitule :  De  Levens  en  Werken  derkunst-schilders,  etc, 
A  Tarticle  qu*il  consacre  a  Jerome  Bosch  (i),  il  donne  la 
date  de  la  mort  de  ce  peintre  d'apres  une  note  extraite 
d'un  registre  de  la  confrerie  dite  Illustre  Lieve-Vrouwe 
broederschap ,  k  Bois-le-Duc»  et  qui,  selon  lui,  est  ainsi 
couQue  :  Hieronymus  Agnen^  alias  Bosch,  insignis  pictor. 
Depuis  lors  et  gr&ce  au  livre  de  M.  A.  Micbiels,  Histoire 
de  lapeinture  flamande,  dont  le  tome  II  (2)  parut  en  1845, 
le  nom  de  J^rdme  Agnen,  dit  Bosch,  fut  accepte  comme 
etant  celui  de  Tartiste  cr^ateur  du  genre  trivial  ou  bur- 
lesque dans  les  Pays-Bas.  Ensuite  vinrent  le  Dictionnaire 
des  peintres,  de  M.  Si  ret  (1848)  (3),  le  Catalogue  du  Musee 
d'Anvers,  de  M.  de  Laet(1849)  (4),  etc.,  qui  reproduisi- 
rent  la  version  de  M.  Immerzeel,  et  qui  aid^rent  a  la  pro- 


(1)  Tome  I,  p.  77. 

(2)  Page  385. 

(3)  Pacfe9t. 

(4)  Page  47. 


(  498  ) 

pager  en  France  (1),  en  Italie  (2)  et  en  Allemagne  (5). 

Dans  un  registre  des  Archives  du  d^partement  du  Nord, 
h  Lille,  qui  porle  le  n""  F.  190  de  la  chambre  des  comp- 
tes  (4) ,  se  trouve  consign^  le  passage  suivant,  lequel  relate 
un  payement  fait  par  ordre  de  I'archiduc  Philippe  le  Beau 
au  mois  de  septembre  1504  : 

c  A  J^roaimus  Van  Aeken ,  dit  Bosch ,  paintre,  demou- 
»  rant  &  Bois-le-Duc^  la  somme  de  xxxvi  livres,  h  bon 
»  compte  sur  ce  qu'il  pourroit  estre  deu  sur  ung  grant 
»  tableau  de  paincture^  de  ix  pieds  de  haul  et  de  xi  pieds 

>  de  long,  oti  doit  estre  Le  jugemmt  de  Dieu,  assavoir 

>  paradis  et  enfer,  que  Monseigneur  avoit  ordonn^  faire 

>  pour  son  tr^s*noble  plaisir.  > 

En  lisant  ce  passage,  qui  ne  laisse  aucun  doute  sur  Tin* 
dividualit^  de  Tartiste  dont  je  parte,  jecherchai  k  le  con- 
cilier  avec  la  note  decouverte  par  M.  Immerzeel,  et  je 
coaclus  qu'il  y  avait  Ik  une  faute  de  lecture.  Jem'adressai  it 
M.  Van  Zuylen,  premier  employ^  aux  Archives  de  la  villede 
BoiS'^le-'Duc,  pour  le  prier  de  verifier  la  mention  du  dicks 
de  J^rAme  Bcisch.  Sa  r^ponse  fut  confot^me  k  mes  preyi- 
sidns.  Voiei  le  passage  tel  qu'il  se  trouve  daiis  le  registre  (3) 


(1)  J.  BenoQvier,  D9$  tffpe$  9$  de$  manidr$i  des  maitrH  graveun,  ele.; 
MoQtpellier ,  1 858 ;  XYI"'  siecle ,  p.  1 44. 

(3)  Vasari,  Le  File  de'pitlt  eccellenti  pittori ,  etc.,  ^dit  de  Florence, 
t.  XIII  (1857),  p.  151,  note  5. 

(8)  Keller,  PraktHches  ffandbueh  fur  Kupf&nUeh$amndtr;  1850| 
p.  78;  —  R.  Weigel,  Catalogue  de  la  eollecHon  de  gravures  d'E^-P,  Otto; 
Leipsig,  1852;  p.  1. 

(4)  Fol.  ii«  XXX  r. 

(5)  Les  registres  de  la  confr^rie  nomm^e  VXllustre  Lieve^Fromo9  hroe^ 
dertehap  appartiennent  k  la  sociiU  dite  ffet  provinciaal  Genooteefmp  van 
kumten  en  wetenschap  in  Noord^Brahand ,  k  Bois-Ie-Duc.  Je  puUieni  let 


(  499  ) 

qiii  a  poor  litre  :  Nomina  decanoirurn  et  pr$posil6rum  i 

<  ObUus  fratrum.  A""  15i6«  HUronimtt^  Aquen  ali  Btisch 
insignis  pietor.  » 

Toas  les  noms  qui  sont  inscriu  dans  ce  registre  otit  ce- 
pendant  ^t^  publics  avec  exactitude  dans  un  recueil  im« 
prim^  en  1841  (1),  et  par  consequent  ant^rieurement  ii 
Fapparition  du  livre  de  M.  Immerzeel. 

Une  autre  indication  que  m'a  envoyee  M.  Van  Zuylen ,  et 
qui  est  e&traite  d'un  volume  intitule  t  Regiiter  der  namm 
ende  ioapmen  der  heeren  beeedigde  broeder$  soo  g€e$telyke 
als  wereltlyie  van  de  lUustre  Lieve-^Vrouwe  broederschap, 
confirme  et  le  nom  de  Van  Aeken  et  la  date  de  1516.  Au 
foi.  76 »  on  trouve  le  contour  d'un  ^cussod  dont  le  champ 
est  Tide,  avec  ces  mots  au-dessous  :  Hierbnimus  Aquens. 
alioi  Boich  $eer  vermaerd  sehilder.  Obiit.  1516.  (2).  Enflii 
le  nom  de  Jerdme  Van  Aken  (sic)  6e  rencontre  encore 
dans  un  compte  de  la  confr^rie  de  1498-1499. 

L'erreur  de  Mi  Immerzeel  est  done  ^vidente,  et  il  est 
constate  que  Tartiste  qui  a  6i6  connu  jusqu'en  1849  sous 
le  nom  de  J^rdme  Bos,  Bosch  ou  Bosche^  s'appelait  Van 
Aeken,  et  qu'il  est  mort  en  1516,  au  lieu  de  1518.  Cette 
difference  de  deux  ann^ed  est  peu  de  chose,  je  le  reconnais 
volontiers,  niais  Une  fausse  date  est  souvent  Torigine  de 
diverses  suppositions,  et,  par  consequent,  d*erreurs  nou- 
velles.  On  voit,  en  outre,  par  les  expressions  des  notes 
que  j'ai  rapportees,  que  la  reputation  du  peintre  etait  fort 


textes  des  notes  qui  sont  extraites  de  ces  volumes  dam  mti  ^nhhfe$  des 
arit,  dBt  idetices  Bi  des  leUres,  1. 1^,  $  46. 

(1)  Hermans,  Mengelwerh  over  de  provineie  No9rd*Brahandf  \V^  part., 
p.  139. 

(2)  /6/(fem;  p.  139. 


(  500  ) 

appreciee  de  ses  coocitoyens  et  qu*ils  en  tii  aient  vanite.^ 
Piusieurs  aatres  reaseigoements  que  je  dois  ^alement 
k  I'obligeaQce  de  M.  VaaZuylen  me  font  rejeter  enti^rem^ol 
ropinion  d'un  s^jour  prolonge  de  Tarliste^ea  Espagae(1)« 
oil  existaienty  auXVl'"siecIe(2)9et  oji  existent  encore  un 
assez  grand  nombre  de  ses  meilleurs  tableaux  (3).  Ces  do* 
cuments  etablissent  que  J.  Bosch  etait  d^ja  connu  comme 
peintre  et  qu'il  vivait  ^  Bois-le-Duc  en  1488  (4);  il  n'a  pas 
quitte  cette  ville  jusqu'k  sa  mort»  puisqu*on  le  retrouve 
mentionne  dans  des  comptes  de  1493-1494  (5),  1498- 
1499(6),  1504  (7),  1508-1509  (8)  et  1511-1512  (9).  A  celte 
derniere  date  il  dessine  pour  la  confr^rie  le  patron  d*une 
croix  qui  lui  est  paye  20  sous. 

Pour  m'assurer  si  J^rdme  Van  Aeken  n*^lait  pas  an 
etranger,  j'ai  fait  des  recherches  dans  les  comptes  des  sous- 
^out^tes  de  Bois-le-Duc,  aux  Archives  du  royaume,  oil 
sont  transcrits  annuellement  les  noms  des  personnesqui 
ont  oblenu  le  droit  de  bourgeoisie.  L'absence  du  sien  dans 
ces  listes  est  une  preuve  qu*il  est  natif  de  celte  ville,  dont 


(1)  p.  de  Madrazo,  CcUdlogo  dshs  ciMdrot  del  real  Mueeo  d$  jrin- 
tura,  etc,}  Madrid,  1845,  p.  95;  —  A.  Siret,  toc.ctl.;  —  Court,  Catalogue 
des  tableaux  du  mutee  de  Houen;  loc.  cil. 

(3)  J.  de  Siguen^a ,  Hittoria  de  la  orden  de  San-Gerdnimo;  Madrid , 
1605;t.  ]n,pp.8o7  ^841. 

(o)  P.  de  Madrazo,  loc.  cit.;  —  Ponz,  Fiagede  Etpafki;  Madrid,  1770; 
pastim;  —  Gean  Bermudez,  Diccionario  historico  de  las  hellas  artee  en 
Eepanaj  1. 1",  p.  172. 

(4)  Compte  de  la  confrerie  citee  de  1488-1489. 

(5)  Compte  de  la  confrerie  citee. 

(6)  Archives  des  arts,  des  sciences  et  des  lettres,  1. 1'',  §  46. 

(7)  Registren«  190  cite. 

(8)  Compte  de  la  confrerie  citee. 

(9)  Compte  de  la  confrerie  cit^e. 


(  501  ) 

il  a  pris  le  nom  pour  signer  ses  CBuvres.  Od  lit  dans  un 
de  ces  compies  (1)  qu'un  certain  Laurent  Van  Aken  {sic) 
fut  ref  u  bourgeois  a  Bois-le-Duc  en  4464.  Je  crois  inu- 
tile de  relever  ici  une  des  mille  erreurs  commises  par 
M.  Yiardot,  qui  classe  Jerdme  Bosch  parmi  les  peintres 
de  Westphalie  (2). 

.  J'ai  vainement  recherche  quelles  etaient  les  preuves  sur 
lesquelles  les  auleurs  qui  se  sont  occup^sde  rhisloire  des 
arts  s*appuyaieot  pour  la  date  de  la  naissance  de  ce  c^lebre 
peintre.  Descamps  (3) ,  qui  a  accumul^  et  invents  tant 
d'erreurs»  la  fixe  k  l*ann^e  4450.  D'autres  ecrivains  en  plus 
grand  nombre  la  reportent  a  1470  (4),  je  Iqs  crois  plus 
voisins  de  la  v^rite.  Huber  et  Rost  (5),  M.  Heller  (6)  et 
M.  Gh.  L^  Blanc  (7)  vont  mSme  jusqu'a  la  rejeter  k  1498. 
Van  Mander  (8),  Campo  Weyerman  (9) ,  etc.,  ne  se  pronon- 
cent  pas.  Quoi  qu'il  en  soil,  Bosch  n*a  pu  peindre,  ni  en 
1450  (10),  ni  en  1522,  comme  Tout  avance  les  eslimables 
auteurs  de  Texcellent  Catalogue  du  Musie  d'Anvers(H)^ 


(1)  Registren«  13005,  18o. 

(2)  les  Mu$ie*  d'Espagne;  Paris,  1852;  p.  79.  —  let  MuiSei  d'Jlle- 
magnei  Paris,  1852;  p.  520. 

(3)  la  Fie  dee  peintres,  ^dit.  de  1753;  t.  P**,  p.  19.  —  Alexandre,  Cata" 
logue  des  tableaux  vendue  d  Bruxelles  de  4773  d  4803,  p.  01,  reproduit 
ceUe  date,  et  fixe  la  mort  de  Partiste  k  Tannee  1512. 

(4)  Immerzeel ,  loc.  cit. 

(5)  Manuel  des  Amateurs  de  Fart;  1801 ;  t.  V,  p.  69. 

(6)  loc.  cit. 

(7)  Manuel  de  V Amateur  d'estampes,  t.  I",  p.  468. 

(8)  Met  leven  der  schilders. 

(9)  De  levenS'Beschryvingen  der  nederlandsehe  Konst'Schilders. 

(10)  Annotation  manuscrite  d'une  f^ravure  de  la  collection  de  la  Biblio* 
theque  royale. 

(11)  1857,  n*41 ,  p.  42.  Zm ^ Eneielopedia  delle  belle  arti,  t.  IV,  1'*par- 
tic,  p.  214,  est  tombe  dans  la  meme  erreur. 


v« 


(  502  ) 

d'aprds  une  gravure  qui  porte  ce  mili^sime,  et  dans  la- 
quelle  ilsvenlent  reconnaitre  le  sujet  du  tableau  que  poss^de 
cet  ^lablissetnent  et  qui  est  sign^  :  JHEROrfmus  Bosch  (1). 
La  date  de  cette  gravure  avait  cependant  dejk  ^t^  sigoal^e 
comme  fausse  par  M.  Immerzeel. 

J.  Van  Aeken ,  dit  Bosch ,  a  grave  sur  bois.  Henneken  (2), 
M.  Nagler  (3)  et  d'autres  ecrivains  lui  ont  aussi  attribue 
des  gravures  sur  cuivre.  Ces  dernidres  sont  toules  d'Alard 
du  Hameel  (4) ,  contemporain  du  peinire.  Lesauteurs  qui 
ont  d^crit  ou  cite  les  gravures  de  celui-ci  n*ont  connu  au-* 
eune  particularity  de  sa  vie.  L^une  de  ces  planches  qui 
represente  un  tabernacle,  a  fait  croire  qu'il  ^tait  orii§vre : 
c*est  ainsi  quelequalifie  Zani  (5).  Alard  du  Hameel  fulun 
archilecte  trds-distingu^  qui  ne  s'occupait  de  graver,  tant6t 
d'apres  ses  propres  dessins,  tantot  d*apr^s  ceux  de  son 
concitoyen  Jerdme  Van  Aeken ,  que  dans  ses  moments  de 
loisir.  Cest  lui  qui  fut  chargi  de  la  direction  des  travaox 
de  la  magnilique  ^lise  deSaint*Jean  k  Bois-le-Duc,  une 
des  plus  belles  des  Pays-Bas,  depuis  1478,  et  peut-£tre 
ant^rieurement  k  cette  date,  jusque  vers  i4959  dpoque 
pendant  laquelle  fut  achev^  le  transept  meridional  et 
commence  la  construction  du  vaisseau  de  r^difice  (6).  Da 
Hameel  est  qualifi^,  dans  les  documents,  de  maitre  des  ou- 


(1)  Voy.  le  fac-similede  la  signtture  k  U  fin  del  deux  Mitiom  da  eiialofpie 
(1S49  k  1857). 

(2)  DicHonnaire  de$  JrtUtei,  tte,,  t.  Ill,  p.  184. 

(3)  Irenes allgemeines  Kunstler-Lexiconf  Munich,  1837;  t  II,p.  68. 

(4)  Du  Hameel  est  Torthographe^u  noni  tel  quMI  se  trouve  sur  les  planches 
de  rartisle.  Daos  les  documents  H  est  toujours  6crit :  Dn  SamtL 

(5)  loc.  dL,  t.  X,  1'*  partie,  p.  314. 

<8)  Hermans,  GesehiedmU  ov9r  din  bouw  dit  S'»Jansk$rk  t$  U  fferio^ 
ffenbosch;  La  Hajre,  1855;  p.  13. 


(  503  ) 

Yrages  ou  de  maitre  de  la  loge  (1).  On  sail  que  tons  led 
architectes  du  XY°'  si&cle  et  m£me  ua  grand  nombre  de 
ceux  du  XVI"*  e&ercerent  ie  metier  de  ma^on  ou  de  tailleur 
de  pierres :  du  Hameel  etait  k  la  fois  Tun  et  Tautre  (2).  Son 
nom  n'est  pas  celui  d'une  famille  de  Boi8*le*Duc  :  il  n'y 
acquit  point  le  droit  de  bourgeoisie.  On  pent  done  le  con* 
sid^rer  comme  un  etranger  qui  est  all^  s^^tabiir  dans  cette 
ville.  It  avait  ^pous^  Marguerite  Van  Auweninge,  qui  d4- 
ceda  en  1484 »  et  dont  la  pierre  tumulaire  se  voit  encore 
aujourd'hui  enchassee  dans  une  muraille,  k  Tinterieur  de 
Teglise  de  Saint-Jean ,  avec  son  effigie  et  une  inscription  (5). 
Alard  du  Hameel  est  mort  ant^rieurement  h  1510(4).  Cest 
ce  m£me  artiste  qui  tra^a  les  plans  et  les  dessins  de  la  cha-^ 
pelle  de  la  confr^rie  de  Notre-Dame  dite  IHustn  Lieve^ 
Vroufjoe  broederschap  ^  adoss^e  au  choeur  de  T^lise  de 
Saint-Jean,  et  dont  les  travaux  s'ex^cut^rent  sous  la  direc- 
tion particuli^rede  Tarchitecte  Jean  Heyns,  son  beau-fr^re, 
lequel  mourut  en  1515  (5).  J^rdme  Van  Aeken  fit,  eb  1493 
ou  1494,  pour  cette  m£me  association  dont  il  faisait  aussi 
partie,  le  patron  de  plusieurs  vitraui  qui  fnrent  peints  par 


(1)  Hermans,  Getohiedmis  ovur  den  houw  dir  S'-Jamhirk  19  *«  ITisfto- 
gehbosch;jp»  IS. 

(2)  Ibidmn,  p.  18.  Dans  le  compte  de  la  yille  de  Louvain  dt  150f ,  ^47, 
on  lit :  Meetter  Alart  de  ffamel,  der  etadt  wirekman  steenhotiwer,  Cette 
note  m*a  ii6  cemmuniqu^e  par  M.  Van  Even. 

(8)  Ibidem,  p.  19. 

(4)  M.  Van  Even  m*a  ^crit  quMl  etait  pour  la  derniere  fois  question  de  Itti 
dans  les  eomptes  en  150$ ,  et  que  Mathieu  Keldermans  le  remplaga  en  1504, 
en  quality  de  maitre  des  ouvrages  de  la  ville  de  Louvain.  Void  en  outre  une 
note  ettraite  du  connpte  de  la  confr^rie  cit^e  de  1500-1510 :  ran  den  teeta- 
menie  ende  wsytertte  ibille  ttyUn  meeeters  Alaru  du  Jffamel,  dom  hy 
leefde,  lodxemeeeter  in  den  Bosch  /  vj  gulden. 

(5)  Hermans,  loe.  dt,  pp.  18  et  14. 


(  S04  ) 

les  verriers  Guillaume  Lombard  el  Henri  Buekinck  (1). 

Les  gravures  d'Alard  da  Hameel  sont  d*une  excessive 
raret6  et  se  vendent  a  des  prix  elev^s.  Bartsch  (2)  en  a  d^- 
crit  six,  M.  Nagier  (3)  et  M.  Ch.  Le  Blanc  (4),  sept»  et 
M.  J.  Renouvier  (5)  liii  en  attribue  une  huitieme  qui  existe 
au  cabinet  de  Dresde.  Sur  plusieurs  d'entre  elles  on  lit  le 
mot  Bosche  (6)  ou  Shertogenhosche ,  formes  flamandes  de 
Bois-le-Duc.  Les  unes  sont  signees  du  nom  deTartisle, 
d'autres  d'uri  monogramme  forme  de  la  lettre  A  accompa- 
gnee  d'un  de  ces  signes  etranges  (7)  que  Ton  retrouve  sur 
les  pierres  des  Edifices  du  moyen  &ge  ou  qui  sont  joints  a 
des  signatures  deroaQons,  d*arcbitectes,  de  tailleurs  de 
pierres,  etc.  Cest  la  presence  du  mot  Bosche  sur  quelques 
planches  d'Alard  du  Hameel  qui  a  port£  certains  auteurs 
h  croire  qu'elles  ^taient  dues  au  burin  de  Jerdme  Van 
Aeken,  dil  Bosch  (8).  Les  gravures  en  taille-douce  faites 
d*apr^s  les  tableaux  de  ce  dernier  ont  ^le  editees  par  Je- 
rome Cock ,  les  Galle  et  Paul  de  laHouwe. 

En  1495,  Alard  du  Hameel  est  all^  s'^tablir  a  Lou- 
vain  (9) :  c'est  vers  cette  ^poque  qu'il  faut  placer  la  mort 


(1)  Compte  de  la  confr^rie  de  1493-1494. 

(2)  Le  Peintre-nraveur,  t.  VI,  p.  554. 

(3)  Zoc.  etr.,t.V,  p.  529. 

(4)  Loe.  cit,  t.  U,  p.  340. 

(5)  Loc.  ctt.,  p.  145. 

(0)  Bartsch  croit  que  les  planches  ou  se  trouve  ce  mot  ont  ^te  copiees 
d^apres  Jerdme  Bosch. 

(7)  Bartsch,  loc.  ciL,  t.  XXI,  monogramme  5  et  111 ;  —  BnilUot,  Die- 
tionnatre  des  monogrammes ;  Munich,  1832;  1'*  partie,  n'  2. 

(8)  A.  Michiels,  loe,  eit,  t.  II ,  p.  402.  M.  Ch.  Le  Blanc  attribue  i  JMme 
Bosch  trois  gravures  (n**  5,  6  et  9)  qu*il  restitue  ailleurs  i  Alard  du  Hameel 
(n«2,5et0). 

(9)  Item  aengesien  dat  meester  Mart  du  ffamel ,  meester  van  den  loed- 


(  S05  ) 

de  Matthieu  de  Leyeos,  Tarchitecte  de  Thdiei  de  ville  de 
celte  cit^  (1).  Da  Hameel  a  quille  Bois-Ie-Duc  pour  sac- 
ceder  k  ce  grand  artiste  dans  la  direction  des  travaux:  de 
la  ville  de  Louvain,  et  il  fut  effectivement  nomm^  stad^ 
meester,  le  25  juin  1495,  aux  appointements  annuels  de 
12  V«  florins.  II  travaiila  aussi  a  Teglise  de  Saint-Pierre, 
a  Louvain,  alors  en  construction  (2).  La  datedece  depart 
prouve  que  les  gravures  d'Alard  du  Hameel  qui  portent  le 
nom  de  Bosche  ou  Shertogenbosche,  ont  iii  executees  dans 
le  temps  que  leur  auteur  habitait  Bois-le-Duc.  A  cette  meme 
^poque  it  existait  un  imprimeur  dans  cette  ville  appele  Ge- 
rard Leempt,  de  Nimegue;  il  travaiila  de  1484  k  1490. 
G*est  tres-probablement  k  ses  presses  que  J^rdme  Bosch  et 
Alard  du  Hameel  eurent  recours  pour  tirer  les  epreuves 
de  leurs  gravures.  Apres  Gerard  Leempt,  on  ne  rencontre 
plus  d*imprimeur  k  Bois-le-Duc  qu'en  1511  (5). 


xen,  htm  vertrocken  wa$,  van  vele  diensten  der  bruedirseap  by  hem  gt- 
daen  xynde  hier  voertyU,  te  toeten  xekere  wereken  dair  hy  nyet  aff  en 
tf  geloent,  want  die  voinchreve  meeiter  AUart  nu  met  xyne  noager 
Jan  ffeyns  oick  overeien  heeft  den  toendeltteen  in  one  choir  etaende  dair 
one  orgeUn  aenstaen  sullen,  en  dieselvevan  hier  meter  woene  treekt  tot 
Loeve,  hem  geschenckt ,  by  rode  van  eommige  bruederen,  een  lake  van 
XXX  ttuivert,  (Gompte  de  laconfr^rie  cit^e  de  149d-1406.) 

(1)  Van  Even,  Les  Jrtisles  de  Vhdtel-de-ville  de  Louvain;  Louvain, 
1855. 

(2)  Van  Even;  Louvain  monumentaL 

(3)  Dans  le  compte  de  la  confi^rie  cit^e  de  1498-1499 ,  on  voit  qu^a  d^fiaat 
dMmprimeur  it  Bois-Ie-Duc,  elle  fat  oblig^  de  faire  imprimer  k  Zwolle;  le 
compte  de  1505-1506  prouve  qu'elle  s'adressa,  k  cette  ^poque,  k  un  impri- 
meur d^Anvers.  11  existe  k  la  Bibliotheque  royale  de  La  Haye  un  volume  sorti, 
en  1511 ,  des  presses  de  Laurent  Hayen,  ^tabli  k  Bois-le-Duc.  Ges  renseigne- 
ments  m^ont  ele  communiques  par  M.  Guypers-Van  Velthoven. 


(  506  ) 

—  M.  Ed.  F^iisy  secreiaire  de  la  Caisse  centrale  des 
artistes » fait  eonoaitre  qu'il  a  re^u  de  M.  Madou » president 
de  la  Soci^i^  des  aquarellistes  beiges i  uDesomme  de  cin- 
quante  francs  pr^ievte  sur  le  prix  de  vente  des  OBavres  d'art 
de  la  derni^re  exposition  et  destine  ^  la  Caiase  des  artis- 
tes. II  donne  en  mftme  temps  commanication  de  quelques 
piices,  qui  sont  renvoy^es  au  comite  direclear  charge  des 
ittt^r£ts  de  eetie  caisse. 


OUVRAGES  PRfiSENTfiS. 


Monographie  des  Gomphhies:  par  Edm.  de  Selys^Loogehamps, 
avec  la  collaboration  de  M.  le  D*  H.-A.  Hagen.  Bnixelles,  481^; 
1  vol.in-8". 

Le  marquis  de  Sy  et  M.  Poupar;  et  de  la  lUtirature  de  FexiL 
Lettres  de  M.  A.  Baron  et  de  M.  Sylvain  Van  de  Weyer.  Londres, 
1857;  1  vol  in-8«. 

ApoUon  SmirUhien;  par  J.  de  Witte.  Paris,  18S8;  I  broch. 
ts-8*. 

La  Belgique  sous  le  rigne  de  Leopold  f^;  ^tndes  d*bistoire  eon- 
temporaine,  par  J.- J.  Thonissen.  Tome  IV.  Li^ge,  iS58;  I  Tol. 
in-8«. 

Sur  un  midaillon  Mdit  de  Grazia  Nasi;  par  Ad.  de  Long- 
pArier.  Paris,  I8S8;  i  broch.  in«8^ 

Statistique  des  mines,  mini^es,  usines  miniralurgiques  et  ma^^ 
chines  d  vapeur  de  la  Belgique  pour  ks  annies  1854  d  48S5. 
Bruxelles,  1858;  1  vol  in-4^ 

Bulletin  du  Conseil  superieur  d'agriculture  du  royaume  de 
Belgique.  TomeX.  Bruxelles,  1857;  1  vol  in-<4^ 

Etudes  sur  une  classe  de  fonctions  emplayies  en  micanique 


(  507  ) 

ciUHe;  ditMrUtioo  iDaugurala  par  N.-G.  Sdiinil.  Bruxtlles, 
1858;  i  vol.  in.8«. 

Siitoiri  du  due  de  We'llingion;  par  A.  Brialnoiit.  Braidles , 
1856-1857;  3  vol.  in.8\ 

Jjes  beaux-arU  en  Belgique  de  1848  ^  4867;  par  Viotof  Joly. 
Bruxelles»  1858;  1  vol.  in-i2. 

Theophitus,  gedicbt  der  \l\^^  eeuw,  gevolgd  door  tiagen  andere 
gadicbteQ  uit  de  middeleeuwan ;  uitgegeven  door  M.  Ph.  Blom- 
maert.  Gand»  1858;  1  vol.  in-8^ 

Bruxelles  amien  el  nouveau.  DieUonnaire  hUtoriqire  des  rues, 
I^aces,  etc.,  pr^cdd6  d*uii  r^um^  historique  de  la  ville  et  da  aes 
faubourgs;  par  Eug.  Bpcbart.  Bruxelles,  1  vol.  in-8^. 

fieuroM  patriotiques  de  la  couronne  beige,  Manifeatatbus 
des  communes  belgiques  k  roecasioa  du  XXV"*  anuiversaire  de 
rioauguratioQ  du  Roi;  par  le  ni^me.  Bruxeiles,  1856;  1  vol. 
in-8^ 

Efeurei  de  diwHian  d  la  Sainte^  Yierge;  par  le  mtoe.  Bmxelles ; 
1  vol.  in- 16. 

Vn  p^krinage  milUaire :  le  putts  de  BoufHgme ,  4 &64-48S8. 
Notice  conceraant  les  canons  anciens  et  autres  objets  de  guerre 
retrouvfe  r^emm«at  sur  remplacement  de  Tancien  cbAteau  de 
Bouvignes;  par  M.  Cbarrin.  Namur,  1858;  1  brocb.  in-8^ 

Annaldi  de  mideeine  tMMnaire.  Vli*"*  anade,  4f^  k  6^*  cabiers. 
Bruxelles,  1858;  2  brocb.  in-»»* 

La  pre$$e  nMieale  beige.  X""*  annte.  M<»  14  ^  24.  Bruxalles, 
1858;  11  feuillesin-4^ 

La  SanU.  S"«  s^rie.  X^'^ann^.  N»  19  k  S4.  Bruxelles,  1858; 
6  feuilles  in-4^ 

Le  Scalpel  X"*  aaote.  N<»  17  li  30.  Li^e»  1857-1858;  14 
feuilles  in-4®. 

Atmake  de  la  SocUli  midieo-ehirurgicale  de  Bruge$4  X1X°** 
annte.  !'•  i  4"'  livr.  Bruges  ,1858;  5  brocb.  ia<«8^ 

Anhales  et  bulletin  de  la  SociM  de  mideeine  de  Gand.  XXIV"^ 
ann^e.  Janvier  k  mai.  Gand,  1858;  3  brocb.  in-8*. 


(  508  ) 

Annales  depomologie  beige  et  eirangire,  \l^*  ann^.  N"^'  i  a  3. 
Bruxelles,  i858;  i  cahierin-4^ 

Journal  dhorticuUure  pratique  de  la  Belgique,  II™*  ann^e. 
Avril  &  juio.  Bruxelles,  i858;  3  broch.  in-8^ 

LlUustraiion.harticole;  r^dig^e  par  M.  Lemaire  et  publi^e 
par  M.  Amb.  Verechaffelt.  ¥•»•  vol.,  4"*  k  7"Miv.  Gand.  i858; 
3  broch. ]n-8^ 

Journal  d^agricuUure pratique;  public  par  MM.  Ch.  et  Ed.  Mor- 
ren.  X»«  ann^e.  Q"*  k  i2"«  liv.  Li^e,  i858;  3  broch.  in-8^ 

Meuager  dee  eeieneee  hietoriquee ,  ou  archives  des  arts  et  de 
bibliographie  de  Belgique.  Ann^e  4858.  1'*  liv.  Gaod;  i  broch. 
in.8«. 

Essai  de  tablettes  liigeoieee;  par  M.  Alb.  d^Otreppe  de  Bon- 
vette.  a*""  Si  26«»«  liv.  Li^e,  4858;  3  broch.  in-i2. 

LAheille;  revue  p^dagogique,  publi^e  par  Th.  Braun.  IV"'* an- 
n^e.  J"  k  3»«  liv.  Bruxelles,  4858;  3  broch.  in.8^ 

De  vlaemsche  school.  l\^^  jaergang.  i»'«.42»*«  aflevering.  An- 
vers,  1858;  in-4^ 

Flora  butava,  of  afbeelding  en  beschrijving  van  Nederland- 
sche  gewassen,  door  wijien  J.  Kops,  vervolgd  door  P.-M.*E.  Ge- 
vers  Deijnoot.  183*^  aflevering.  Amsterdam,  1858;  1  broch. 
in-8^ 

Acta  Societatis  ecientiarum  indo^neerlandicae.  Vol.  I  eill. 
Batavia ,  1856-1857 ;  2  vol.  in-S'. 

Natuurkundige  tijdschrift  voor  nederlandsehe  Indie.  Derde 
serie.  Deel  III.  Aflev.  V  en  VI.  Batavia,  4857;  4  broch.  in-8^. 

Bulletin  de  la  SocHtd  giologiqu^  de  France.  \\^^  s^rie.  Tome 
XIV.  Feuilles  39-45.  Paris,  4856-1857;  4  broch.  in-8^ 

RemiLe  de  ^instruction  publique  en  France.  XVIII"*  annte.  N*»  4 
k  \±  Paris,  4858;  42  doubles  feuilles  in-4^ 

Revue  numismatique;  publico  par  J.  de  Witte  et  Adr.  de  Loog- 
p^rier.  Nouvelle  s6rie.  Tome  II.  N««  5  et  6.  Tome  III.  N*  4.  Paris, 
1857-1858;  3  cahiersin-80. 

Exlrait  des  rapports  dujury  de  la  XXVI""  classe  de  I  expo- 


(  509  ) 

iUion  universelk  de  1855  :  caUigraphk,  gravure,  cartes  d 
iouer,  etc.  Paris.  1856;  i  vol.  in-i2. 

Statue  de  Etienne  Geoffroy'Saint-Hilaire,  d  Etampes.  Paris, 
1857;in-4«. 

EUmentidetSUgraphie sous-marine;  par  A.  Delamarcbe.  Paris, 
1858;  i  broch.in-8'. 

TMorie  de  la  mtmque,  diduite  de  la  considSraiion  des  nombres 
relaiifs  des  vibratiom;  par  D.  Deloche.  Paris,  1857;  1  broch. 
in-8<». 

La  siductian  de  Lida;  photographic  de  Richebourg  de  Paris , 
d*apr^  le  tableau  de  Aug*  Galimard.  Paris,  1858;  in -piano. 

Histoire  des  communes  lonibardes,  depuis  leur  originejusqud 
la  fin  du  XUI^  sidde;  par  M.  Prosper  de  HauUeville.  Tome  II. 
!'•  parlie.  Paris,  1857;  in.8*. 

.  Annuaire  de  Vlnstitut  des  provinces  et  des  eongris  scientifigues. 
Tome  X.  1858.  Paris-Caen;  1  vol.  in-12. 

Etude  sur  les  archives  du  chdteau  de  Lueheux;  par  H.  Dusevel. 
Amiens,  1857;  1  broch.  in-8°. 

Rapport  prisenli d  la  SoeiStiimpMale  dagriculture  de  Lyon, 
au  nom  de  la  commission  des  soies  sur  ses  travauXp  en  1857, 
Lyon,  1858;  1  broch.  in-8^ 

Bulletin  historique  de  la  Soeiiti  des  antiquaires  de  la  Morinie. 
Vll"«  ann^e.  25™'  liv.  Saint-Omer,  1858;  1  broch.  in'8^ 

(7e6er  etnt^e  Arten  aus  der  natUrlichen  Planzenfamilie  der 
Potameen;  von  IK  Thilo  Irmisch.  Berlin,  1858;  1  broch.  in-4^ 

Oberhessisehen  Gesellschaft  fur  Natur-und  Heilkmde.  IV'*^- 
yp««'  Berichtes.  Giessen ,  1854-1 857;  3  vol.  in-8<>. 

Koniglicken  Gesellsdiaft  der  Wissenschaften  zu  Gottingen :  — 
Abhandlungen.  Vll^band.  1  vol.  inr4^;  -?  Gottingische  gekhrte 
Anzeigen.  Jahre  1857;  3  vol.  in-8^;  —  tfaehrichien  von  der 
Georg'AugustS'Universitat  yom  Jahre  1857;  1  vol.  in-8^ 

Mittheilungen  aus  Justus  Perthes*  geographischer  Anstalt. 
1857.  N»  12. 1858.  IN<»  1  &4.  Gotha;  5  broch.  in-4o. 

Archiv  der  MathemaUk  und  Physik;  herausgegeben '  von 

2"**  s£Rl£y  TOME  IV.  34 


(310  ) 

l.-A.  Granen.  XXX  lliml,  ^-S  Heft.  GreifswaM ;  1  brbdi.  ta-8*. 

Abhandlungen  aus  dem  Gtbiete  der  Nattxrwi8semchafkn;hf!r*' 
autgegebes  tob  dem  BatiH*wi8S6n8cfaaftlidien  V^reiii,  (ti  Hism- 
barg.  Band  I-IV,  i'«  p.  Hambourg,  i846-i856;  5  yol.h)-4^  . 

Zeiisehrifi  ifes  Ferdinandeums  fUr  Tirol  nnd  Vordrlberg,  111^ 
Folge.  6»~-7»~  Heftes.  Innsbruck,  4857-4858; «  broch.  la^. 

l^WiiltfMtfMletim.  l^ebenundi^waBZigster  Iril^e8-B^r}f  bt  des  Ter- 
Waltimgs-Airsschiisses  iiber  die  jahfe  f  886  nnd  l^S6,  InnsbtttdL , 
1857;  4  broch.  in-8°. 

Fresken-Cyhlus  des  nehtonses  RuHkdstein  bei  Bozeft*  lieiraus- 
gegeben  von  dem  Ferdinandemn  in  Innsbruck.  I  caliier  in-plano 
ebbng. 

Alui^u$gch€  Gedichie;  bei'ausgegebeii  von  Albert  ^ovi  Keltef. 
2»«'  Theil.  Tubingue,  4855;  4  bro(*.  iin-8^ 

'CortiBpofidenzti  merOifica  in  Roma.  Anno  t*.  !*••  45  2i  45. 
Rome,  4857-4858;  2  feailfes  in-4^ 

Sopm  unn  costruzione  del  ieorema  di  Abel;  tiota  dd  prof. 
A.  Genocchi.  Rome,  4858;  4  brocb.  in-i**. 

Oiset^tkizioni  ai  nuom  sf^zi  fbtH  dnl  hit\H  a  diffsM  dei  due 
esperimenti  aeMofft.  Note  II  du  prof.  Zantedescbi.  Vienne,  1858 ; 
4  broch.  in-8°. 

Observatims  mStiorologiques  failes  d  'Liibonne ;  par  H.Pegado, 
pendant  led  mois  deiievembre  185?  &  mars  18138.  Lisbonne,  6 
febiltes  In-plano. 

The  quarHeHy  jfmmal  e!f  thet^emicai  Sodeiy,  N*  XLl.  Lon- 
dres,  1858 ;  1  broch.  in-fr. 

ITie  natural  history  remexD,  and  quar^ly  foumal  bftdefvct. 
Vol.  y.fi^i.  Janvier.  Londres ,  4858;  1  brwib.  fri-8». 

thediaynoiis  of  Surgical  eaneer;  by  lobn  Z.  Laurence.  Seconde 
iftdHion.  Loiidres,  1858;  1  vol.  in-8<^. 

9W  DO  ikMtB  IV  ^E  U  8""  StoE. 


BULLITIKS  DB  Jp'^CiPJ^IUi:   aOT^^^E  DB  BELGIQUE« 


i^  ••■ 


TABLES  ALPHABiXniUES 

HV  TPM^  pUATRjijOf  Vi:  lA  DtOXtfEMC  StMt. 


W%. 


TABLE  DES  AUTEUB6. 


AcadimU  roytUe  det  beatM>art$  d  jinvers.  —  Envoi  du  programme  de 
son  grand  concours  pour  le  prix  d*architectare,  331. 

Jiky,  ^tilniwiiti»iMM<POilW«U0  cMevn^nMN^A  ^U  djfiiimt^^  longilufN 
entre  les  observatoires  de  Greenwich  et  d'J^dimbourg ,  366. ,  i 

uffatw. -i-.ftm>nWMr»de  oq  qui  ft*A«l<  pa«i^  d«9«  Iw  r^unioiu  de  la  popupMiQo 
pour  UfoqdBUiWid'HW'Mebelfie^^iieawhMlsA^^^        102j4A«m- 

iweiMIPPWrftlKr  >49.U  €0«tlWf9k^  gi^ipriz  4>rcluteclv^  (^ 

Rome,  193;  rapport  fait  au  nom  de  cette  commission,  S66;  comniUgHiire 
p«ir>ime.i«q^^  idf  M.  Ei^iants,  499. 
Anonyrm.  —  Envoi  du  billet  eacl^  ^iMmBp^gfKIPt  ^wn  m^miqure  ^ftiir  la 

^isniiir.  1^.  CoiQmiii9^|Kmr  J1^4n^i9iQines  eo  jc^ipoof^^jal**  qu^fy^ioo  di 


Baron,  -r-  CoimniAK^re  pptir  un  mf moire  de  M.  F.  F^Usi  321  j  l^tiire  4^ 


512  TABLE  DE8  AUTKURS* 

son  rapport  sor  ce  m^moire ,  496  ]  details  historiques  sur  un  ouvrage  offert 
et  fail  avec  M.  Van  de  Wejrer,  496. 

£Me,  —  Recherches  sur  la  capillarity ,  567. 

SeUynek. — D^p^t  des  observations  des  ph^nomenes  periodiquesde  1857, 224. 

BenoU.  —  Lettre  du  Ministre  de  Tint^ieur  concernant  son  voyage  artistique , 
96;  pension  de  2,500  francs  qui  lui  est  accord^e,  191 ;  envoi  de  son  pre- 
mier rapport  trimestriel,  4^ 

Bemardin»  —  D^p^t  de  ph^nomenes  p^riodiques,  367. 

BobUn,  —  Notfi  sur  un  appareil  k  levier ,  367. . . 

Borgnet  —  Rapport  sur  un  m^moire  de  M.  Juste,  intitule :  CharUs-Quini 
et  Marguerite  d'Jutriehe,  23;  commissaire  pour  le  concours  sur  le  lieu 
de  naissance  de  Charlemagne,  165. 

Bormans,  —  Commissaire  pour  un  prospectus  d*un  dictionnaire  de  M.  Tabb^. 
Olinger,  316 ;  ^iteur  du  1. 1"  der  Naturen  bloeme  de  Van  Maerlant,  31 7 

Boisuet  —  Envoi  d*une  lettre  k  la  commission  pour  la  fondation  d^une  ^cole 
beige  des  beaux-arts  k  Rome,  27. 

Bouvy.  —  Observations  m^t^orologiques  et  ^lectriques  pendant  T^lipse  de 
soleiIdul5marslS58,287. 

Braemt,  —  Situation  de  la  Caisse  des  artistes  en  1857,  28. 

Braueur.  —  Rapport  sur  un  memoire  de  Dagoreau  concernant  la  classifi- 
cation des  lignes  du  3"*  degr^,  80. 

Buehinger,  —  D^p6t  de  phtoomenes  periodiques ,  92. 

Chapim,  ^  Nouvelles  recliercfaes  sur  les  fossiles  secondaires  du  Luxem- 
bourg, 281. 

Clot  {ftu  J.^J.).  —  De  llnfluence  de  la  liine  snr  la  menstreatioii,  108;  rap- 
port de  MM.  Spring,  Martens  et  Gluge  sur  ee  m^motre,  66, 78. 

Cloe  {le  doeteuf),  —  RemereSments  pour  Timpression  du  memoire  de  fea  son 
pere ,  oOo. 

Committion  sp^iale  de  I'expoeition  d* Angers,  ^  Annonce  de  Touvertiire 
dfr  la  sixi^me  exposition  quinquennale;  224. 

Congrii,  —  Annonce  de  la  procbaine  reunion  du  congre^  aim^ricain,  k  Bal- 
timore, 224;  annonce  de  la  prochaine  reunion  dii  congres  des  d^^gti^ 
des  sociit^s  savantes  de-  France  k  Paris,  224;  annonce  de  la  proeliaine 
reunion  du  congres  scientifique  de  France  k  Auxerre,  280;  annonce  de  la 
prochaine  reunion  d*un  congres  international  pour  la  propri^t^  litt^raire 
et  artistique  ,316,  382. 

Corr  {Erin).  —  Commissaire  pour  une  requete  de  M.  Fierlants ,  495. 


TABLE  DES  AUTBIttS.  513- 

Dagoreau.  —  Rapport  de  M.  Brasseur  sur  son  m^moire  conceraant  la  das- 
siiicatioii  de^  Ugnes  da  3"«  degr^,  80. 

David,  —  Gommissaire  pour  un  prospeclug  d^un  dictionnaire  de  M ;  Tabb^ 
01iiiger,.S16;  ^diteur  du  tome  U'  du  Hyfnbybel  de  Van  Maerlant,  317; 

.  eommissaire  pour  le  m^oire  en  r^ponse  k  la  S*"*  question  du  concours  de 
la  olassedeslettres  d^  1858, 154;  rapport  sur  cem^moire,  438. 

De  Butseher, —  Note  sur  le  monument  d*Hugonet,  913^  tableau  des  freres 

-  Van  £yc]^  k  Gand  :  I'Jdorcaion  de  Vagneau  paecal,  274 ,  329, 

De  CarvtUhodeFaseoncelhs  (Mathiae).  —  Observations  magnetiques  pen- 
dant r^lipse  de  soleil  du  15  mars  1858,  294. 

De  Changa.  —  D^pdt  d*un  billet  cachet^ ,  3^7. 

De  Dfcker,  —  Gommissaire  pour  les  m^noires  en  r^ponse  k  la  S""*  question 
du  concours  de  la  classe  des  leltres  de  1858, 163;  rapport  sur  ces  m^moires, 
390. 

De  Geer  de  Jutphaae  {le  baron).  —  Annonce  de  sa  mort,  280. 

De  Gerlacke  {le  bairtm),  ^  Rapport  sur  un  memoire  de  M.  Tb.  JIuste, 
intituU :  Ckarhs-Quint  et  Marguerite  d'Jutriehe,  23 ;  npmm^  directeur 
pour  1859;  eommissaire  pour  une  notice  de  M.  le  g^n^ral  Renard,  250. 

De  Keyeer*  ^  Gommissaire  pour  une  requete  de  M.  Fierlants,  495. 

De  KoHinek»  —  Sur  quelques  Grinoides  pal^zoiques  nouveaux  de  TAngle- 
terreet  de  TEcossoy  93;  rapport  sur  un  m^moire  de  M.  Henrjr,  intitule  : 
Coniid4raiion$  sur  quelques  classes  de  eamposis  organiques,  236; 
liommaged*unouvrage|280;  eommissaire  pour  un  m^moire  de  M.  Ghar 
puis,  281. 

Delfosse  {Juguste).  —  Annonce  de  sa  mort,  249. 

Demol,  —  Atttoris^  A  sojourner  A  Paris  en  1858, 191 ,  966;  lettre  du  Mi- 
,  nistre  dc^  rint^leur  relative  A  ses  travaux ,  494. 

D^Omalius.  —  Remerciments  au  directeur  sortant,  13;  nomm^  pr^ident 
pour  1858, 66;  remerciments,  au  nom  du  S^nat,  pour  Tenvoi  des  publica- 
tions acad^miques,  224;  eommissaire  pour  un  m^moire  de  M.  Ghapuis,28l ; 
note  suppl^mentaire  sur  les  caracteres  naturels  des  anciens  Celtes,  303. 

De  Ham,  —  Hommage  d'ouvrages,  15;  discours  adress^  k  Sa  Majesty  le  pre- 
mier jour  de  Tan,  15 ;  eommissaire  pour  le  concours  sur  le  lieu  de  nais- 
sance  de  Cbiarlemagne,  165;  rapport  sur  ce  concours,  429. 

De  Saint'Genois  {le  baron),  —r  Gommissaire  pour  le  m^moire  en  r^ponse  k 
la  5"'  question  du  concours  de  la  classe  des  lettres  de  1858,  164;  rap- 
port sur  ce  m^moire ,  415. 

•De  Selys-lJongehampS.  —  I>^pot  de  pb^nomenes  periodiques  pour  1857 , 


Hi  TiHit  Ms  kifrttAHi. 

3, 367;  bommage  d*ouvrages,  3,  S6R;  ^tat  de  la  v^g^tation  h  Waremme, 
le  21  mars  1857,  221;  commissaire  pour  un  m^moire  de  M.  G.  Wesmael, 

»te.    •  '  ■    ■    ■• 

De  Trax  (M.-G.).  — -  Observations  tt^t^rol^qoes  £aitii  Ji  THoimf  pen- 
dant I'^cffftse  de  tfoteil  dii  td  iiisird  1858 ,  90@-. 

P'Udekem. '--  Hoiivdle  elassifidation  des  tnn^ei  ilcigdretabmttlMs, 
229;  f sppoHs  de  HTM*  Tan  Benciidett  et  PiMlmati  Mir  6«  nitfitteiM,  IM^  971 . 

/>0  Faux  {Jd,).  -^  GoiiimiMi«ir«  p6«r  iiile  iiots  de  H.  dMrf  ^  Sji  rippitat 
f  6rbai  sur^  eetut  Aote ,  Sf87. 

Devaux  (Patt^.-^Gomainislitepottr'leiiMi^ifiokf^iefiir^pOfiaeikl^ 
f!oiiddeon€tfnl!^4eI«efaiMede9lettre»del8S8, 183;ra^pdritevee»iii^ 
moires,  392. 

/>e  fTael  —  D^pdt  des  pb^noitt^ef  p^l^di^fMif  d«f  1887^  9, 224. 

Dettfat^tUe,  -^Ij^mmarge  d*im  oovrage,  60$  4^pM  de  fMiemeMl  pM^ 
^^Mii',  02,  281  ,-867. 

Dewandre,  —  Annonce  d*une  seance  publique  de  la  Soci^t^  d*]£mtt1atkttl  de 
Li^e,  317. 

0oHdldibh.  —  iMita  MiAtite  d  la  pfMbsfoe  expMitMi  4eli  tarux^crtf  k 
Loridi^s,  495. 

Duprex.  —  8ar  Yitit  inA^drf^Iogf^iie'de  h  ¥Ule  de  0m4  ^  pendaiif  P^m^ 
1 857, 1  i ;  hoi&mag<S  (f  uii  dnrra^ ,  66 ;  d^p^  de«  pbfoomdnes  pModiqn^ 
64  f 857, 28f ;  sui^  rabafisseraent  deta  teitip^r«tui«  it  6»id,  pendant  VMpiM 
iiMi%  dttlSibafH  l!899,  S97|  oeUMIiis«irH«  pddr tin intaMii^^eM, Bade, 

:"S67i  ..'..-. 

Ihifet.  -^Vttmtta  HsMcii,  27;  tettmiMeaU  pour  u  ftominatim  4!aito- 
ci^,191. 

...   ..•    .  **•     • 

£ipy  {Jamei),  —  Envoi  de  idfl  qttatriiinenippdH  «(l^  1a(ttt^M>)#gi«^  te6. 

/d^d^  [Ch.).  —  Aiknonce !«  r^tttifojai ,  ft  Brutellei ,  d\iik  odilgr^  intenitUenal 
pour  1^8  prdpri^t^s  af  iistiques  et  litt^rair^s ,  et  demande  ia  jotiisaanced^ 
focattx  de  TAcad^mi^,  316, 382;  commissaiire  pour  les  m^moires  en  r^ 
ponse  k  la  premiere  questi(>n  du  pihogiramme  du  eoncourt  de  la  claise  des 
fettires  de  1858  j  163;  riipport  ^iir  eesm^moiresj  883. 

F6Hs  (J^d).  -^  Situation  de  la  Gaisse  des  aKlstes  en  1857,  28, 193;  notice 
sur  Jean  Duvivier,  28;  notice  sur  Fran9ois  Millet,  195;  notice  inr  Gerard 
TAn  Opstal)  9^7  f  notice  lUf*  Rdelandi  9av0i7,  544}  comttisiaita  pMr  ntte 


TiiKE  MS  AVTEimSk  HIS 

requSte  de  M.  Fierlants,  495;  reception  d^une  somme  d*argent  pr^Iev^e  sur 

le  prit  de  vente  des  oeuvres  d*art  de  \k  derniere  exposition  des  aquarellistes 

beiges,  506. 
Pita{f^,).  -^  nonita&  directenr  pout  189^,  ^;  m4mite  miUnl4  I'tei 

Grec9  ei  ks  RomairU  ont-ilM  connu  rharmonie  iimultaneH  dei  sons  f 

en  ont-iU  fait  usage  datns  lent  muiique^  321;  tdcturd  du  rapport  de 

M.  Baron  sur  ce  m^moire ,  496. 
Fierlants.  —  Sollicite  Tappui  de  TAcad^mie  pour  reproduire,  par  la  photo- 

graphie,  les  tableaux  de  T^cole  flamande ,  495. 
FxitSQtjk  (C/L).  —  D^p6t  de  pb^nome|ies  p^riodiques ,  366. 

Galfba.  —  i^VM^^o^t  du  coaeoMrs  de  la  dasse  ^s  lettces  de  ^858, 5^9. 
Gaehard, —  Hommage  d*un  ouvrage,  15;  rapport  sur  uft  m^moir^  de 

M.  Tb.  Jiv^,anjUt^itf<^:  ChorlesrQuint  et  ]fiqrgmrit(^d'Auiriche,:\^i 

lecture  d*une  notice  sur  la  cbute  de  don  Carlos,  25, 964. 
Galeotti.  —  Annonce  de  sa  mort,  280. 
Geefs  (Guillaume).  —  Remerciments  au  directeur  sortant,  57. 
GerilM,  -^  Motf^lAir  uit#  vdue  ^toflfMOHitrioe^  S.    -  . 
GAByM  (itf^Mhrr-i  ElApAt  d«#  pb^Cialneiiea  p^iodiques  4e  14^7^  3^  6t«l  d^ 
.    la  ¥^§tetiQniWaD#niiMyle  21  iDa<s,28t 
Gilbert.  -—  Rapport  de  M.  Ii«liiarlft  flii^  son  Bt^moiife  eQiic«riia>A  ks  neefaMPches 

sur  les  propri^t^s  g4iftlD4trk|iieA  det  |Miif6iiM(iit»  ptos,  961.  ■  ■    \ 

Gluge.  —  Rapport  sur  un  m^mpire  dp  f^sJ.-tA.  Cles^  ralatif  &  Tinflufiicefle 

la  lune  sur  la  atep^tr^tioQ ,  78; 
l^if^MSKVtH^'  -^  €«lfimiisaive  j^up  U»  mdmoipfs  en  Hpfm^k  la  l^qnejt- 

tiopclQ  PAQQ9iirs.de  &a  fUssftde«  lettre^da  t9IS%i  16S;  nffMimt  •e»m^- 

Baueheeome,  —  Hommage  d*un  ouvrage,  250. 
ffeis.  —  D€p6i  de  ph^nomenes  p^riodiques ,  66. 

Henry,  —  Rapports  de  MAf.  Stas,  Martens  et  de  Koninpk,  sur  son  m^j|ip^e 
.  intilul^  :  ConsiderOftioris  sur  quelques  classes  de  c6mpos4s  organiqueM, 

227,^35,^36. 
Hooreman.  —  Observations  m^leorologiques  pendant  Teclipse  de  soleil  du 

\t  mars  1^58, 289;  observation  d^nne  perturbatiQnmagn^lique,  le  9  avril 

1858, 4  Pobservatoire  de  Bruxeiles,379. 


516  TABLE  DES  AOTEOaS. 


/fate  {Th.).  —  Rapports,  de  MM.  Gachard,  Bocgnet  et  le  baron  de  Gerlache, 
sur  son  m^moire :  Charhi-Quint  el  Marguerite  d'Jutriehe,  16 , 22, 23; 
honunagc  d^un  ouvrage  intitule :  Fie  de  Mamix  de  SaifUe^Aldegonde  et 
lettre  accompagoant  cet  enroi  ,317. 

K. 

Kervyn  de  Leitenhow.  —  Hommaged*un  ourrage,  15;  Cfaild^ric  III  etles 
fits  de  Charles  M artel.  —  Notes  sur  les  ann^s  741  et  742 ,  recueillies  dans 
un  texte  in^t  de  Hugues  de  Fleury ,  105;  relation  de  la  1'*  croisade  de 
saint  Louis,  par  Guibert  de  Toumay ,  250;  commissairepour  le  concours 
sur  le  lieu  de  naissance  de  Gbarlemagne,  165;  rapport  sur  fe  concours, 
450;  le  dernier  dee  Plamingt,  463. 

Kiekx.  —  Gommissaire  pour  un  m^moire  de  H.  A.  Wesmael ,  66. 

L. 

Laeordaire,  —  Gommissaire  pour  un m^otre  de  M.  G.  Wesmael,  S68.  ^ 
Lamarle. — Rapport  sup  un  m^moirede  M.Gilbert  ooncemant  des  recbercbea 

sur  les  propri^t^s  geom^triques  des  mouvenieBis  plans,  82;  sole  tur  un 

tb^reme  relatif  k  la  thtorie  des  roulettes ,  2S9. 
Lansweer  {Mdoitard).  —  D^p^t  d«  pb^nomenes  p^riodiques,  92. 
Lartigue,  ^  Hommage  d*an ouvrage,  281. 
Leelereq.  —  D^pdt  de  pb^nomenes  p^riodiques  de  1857, 2. 
£iagre.  —  Gommissaire  pour  iin  m^moire  de  H.  Mafamoud,  281 ;  raplMiK 

sur  ce  m^moire ,  571 ;  commissaire  pour  une  note  de  M.  Roblin,  368. 
Lieherkiihn,  —  Lettres  k  M.  Van  Bencden  sur  les  gr^garinet  des  T^r^Oes, 

376. 
Loite  (Ferdinand),  —  Laur^at  du  concours  de  la  classe  des  lettres  de  1858, 

409. 

M. 

Maas.  —  D^p6t  de  ph^nomenes  periodiques ,  92, 

Madou.  —  Envoi  d*une  somme  d^argent  k  la  Gaisse  des  artistes,  au  nom  de 

la  soci^t^  beige  des  Aquarellistes,  506. 
Mahmoud-effendi.  —  M^moire  sur  le  calendrier  arabe  avant  Tislamlsme  et 

ia  naissance  de  r%e  du  prophete  Mahomet ,  ^81 ;  rapports  de  MM.  Liagre 

et  Ad.  Quetelet  sur  ce  memoire,  371 ,  375. 


TABLC  DBS  nmwoti^:  SIT 

MoTchal  (Edmond).  —  Tables  des  collections  des  m^moires  de  TAcad^mie, 
162;  observations  m^t^orologiques  pendant  T^lipse  de  soleil  du  15  mars 
1859»2B8;annoncelamortd^sonpere,381^  ;    • 

Marchal  (le  chevalier  /.).  —  Annonce  de  sa  mort,  381. 

4f aresAa* -^  Anoonce  de  sa  mort.  280. 

Marteni,  —  Commissaire  pour  un  m^moire  de  M.  A.  Wesmael^  66;  rapport 
sur  un  m^moire  de  feu  J.-A.  Glos,  relatif  A  Tinfiuence  de  la  lune  sur  la 
menstruation,  78;  rapport  sur  un  m^moire  de  M.  Henry ,  intitule  :  Conti^ 
fUrationf  sur  quelque$  cla$ie$  de  composes  organiques,  235. 

Martinet  •—  Nomm^  associ^,  27;  remerciments  au  sujet  de  sod  ^l^lipn, 
191. 

4falAt'ett.  —  .Hommaged*ttnouvragej319«  ^ 

Meien  —  Rapport  de  M.  Timmermans  sur  son  m^moire  relatif  A  un  ei[pos4 
d*un  princip* concemant  Tintersection  des  surfaces,  6. 

Melsen$»  —  Nomm^  directeur  pour  1859,  13;  d^p^t  d'un  billet  cachet^  au 
nom  de  M.  de  Changa,  367. 

Miniitre  de  Vintirieur,  —  Hommage  d'ouvrages  ,14,  224 ,  280 ;  lettres  rela- 
tives A  M.  Benoitet  envoi  de  son  premier  rapport  trimestriel,  26, 191 , 
494;  expMition  d*arr£t^  royaux  relatifs  A  la  nomination  de  M.  D'Omalius 
comme  prudent  de  TAcad^mie  et  A  rappvobfttioB\  del^' nomination  de 
M.  Poelman  comme  membre,  66;  annonce  qu^une  somme  de  500  francs 
a  ^l^  accord^  A  la  Gaisse  des  artistes,  par  S.  M.  ie  Roi,  265;  annoncfr  de 
renvoi  d^une  somme  de  fr.  1,749  8<^c*pr^lev^  sur  le  prix  des  qeuvres 
d*art  de  la  demiere  exposition  triennale  de  Rruxelle»,  265;.exp^itioii  de 
I*arr£t6  royal  nommant  les  membres  du  jury  pour  le  prix-  quinquennal 
de  litt^i^atiire  fran^aise,  515;  envoi  d*un  prospectus  ^*un  dictionnaire 
de  M.  Tabb^  Olingery  315;  lettre  relative  k  M.  Demol;  494;  lettreretotive 
A  M.  Fieriants,  495. 

MMitre  des  fnaneu,  —  Hommage  d*un  onvrage,  31 6^  . 

Moniigny.  —  Remercimentt  pour  sa  nomination  de  corrdspondant,  2;  li6m- 
mage  d*un  ouvrage,  66;  observations  de  temperature  k  Anvers,* pendant 
r^pse  de  soleil  du  15  mars  1 858 ,  299. 

Matter  (/Mfi).  —  Annonce  de  sa  mort ,  368. 

Navez.  —  Commissaire  pour  une  requite  de  M.  Fierlants,  495. 
Nolet  de  Brauwere  van  Steeland,  —  Commissaire  pour  un  prospectus 
'd\in  dlctiottriaire  de  M.  Tabb^  Ofinger,  3T6;  P^ooruitgang ,  poesie^  486. 
Nyst.  — Commissaire  pour  un  memoire  de  M.  Chapuis,  281, 


SItt  TOM  MS  AUTIOMa 

P. 

Partoes,  —  Membre  de  la  cdimnittion  ptaf  le  fgnnd  prix  d^apcMtectofe  de 

Rome,  199. 
Perrey.  {Jlexii).  —  Impression  de  ion  mAnoiM^  tor  les  iremlileme^tt  de 

tmm  an  Pirou  ^7. 
Pieot  —  Komm6  atsod^,  97;  remercimedts  ponr  sii  nonunatiott  d^soei^, 

Pinehart  (JUtaanM).  —  Notes  mt  iMtM  flui  Aekeo  et  tat  k\M  du 

Hattneer,  407. 
Plateau,  —  Gommissaire  pour  un  m^moire  de  M.  Bede,  367. 
Potlman.  —  Remercimeots  poursa  nemination  de  membf^,  9;appiN»ba6db 

royafe  de  sa  nominadon  de  membre ,  66;  commiaisaire  pdu^  an  m^moi^ 

de  M.  d*Udekem,  995;  rapport  sttr  ce  m^taoire,^1. 
PoUtin,  —  Gommfssair^  pour  les  m^moires  en  r^pionte  k  U.  deaxientd  ^es- 

tion  du  concours  de  la  classe  des  lettres  de  1858, 16i9. 

< 

•  pcur les  tfibaM» r^aerriqs ,  9,97. 

Quitaef(Ja,).^  IMp^t  #e  pbteomines  pMom^net  dik  I8i7,  9,  99,  Sd7; 
hommacle  4hm  outvage,  $;  peMuvbatioas  magarftdqMs^  muwfie  beiMe; 
WttlsfltiymiMemest  de  terre  es  MS»i  7;  mr  V^coaUmkk  dea  PMMes 
par  la  km/^^  aup  la  qaanliU  d'eau  ImMb  k  Brafseilss  An  I**  ddeanftre 
tM#  an  1«r  ddeeariMo  18!»7, 19  ;>  ddpite  de  TAQWiaifede  rAaaddmie  poor 
i$S4f  1 69!;  aaaiDbw 4«  la  toaaniiisiiiii  poi» le  grand  pm  d^affrinteetrnv  de 
Rome,  199;  sur  T^lipse  de  lune  du  97  furrier  1858,  eC  oceoMatieiiB  #dfoi- 
les  par  la  lune,  dkservte  en  li57, 937'^  ooilmissatra  pov  sb  m6amSn 
4»Sf.  ]faftiM9A,.981^;i  rapport  s»  09  mtefoire,  875;  sii#  r^pas  das^ 
toU  d»  15  BHtfi  185a,  989;  eomatiBsaiiia  poii#  an  mdmoiM  do  If .  BAde ,  887. 

Quetelet  (Ernest),  —  iSclipse  dtf  lime  dn  97  ftyrier  1880  at  ooeolta^ns 
d^^toiles  par  la  lune  obser?^es'  en  t857 ,  957 ;  obasrf  atkms  ebronomdlri* 
ques  pendant  T^clipse  de  soleil  du  15  mars  1858,  289;  commissaire  pour 
une  note  de  M.  Boblin,  368;  sur  le  magn^tbme  terrestre,  378. 


Ma^a  GahagUa.  —  Observatiooa  m^iteologjtpies  et  actinomttri^pMi  pan« 
danl  r^lipse  de  soleU  du  VS  man  1858 ,  989. 


Bauch,  —  AnnoDce  de  sa  mort,  36. 

Renard  (le  g6n6raJ).  —  Cinquieme  leftre  sur  ridentit^  de  race  des  Gaulois 

et  des  G^rmaips.  950|. 
ttietschel.  —  {^omm^  associ^^^T;  rem^rcfmebU  pour  sa  Domiliatio'fi  d*atto-' 

ci^,  idl ;  remerciments  pour  renvoi  de  son  dipMihe  ^astoci^ ,  26^'. 
Rodigat;  —  IMpdt  de  pb^oomenes  p^riodiques,  9f. 
Roelandi,  —  M embre  de  la  commission  pour  le  grand  prix  d*architedtur6  de 

Rome,  182. 
Rtmlez.  —  Commissaire  pour  une  notice  de  M.  te  g^n^al  i^ensbrd ,  25(^. 

•  •     .  •  .  •     ; 

!■'''..'  .  ■         . 

8. 

SthayeM*  —  (^ommissaira.pour  une  notice  de  M.  (e  g^niSraj  Renacd,  250^ 
commissaire  pour  le  concours  sur  fe  lieu  de  naissancede  Charlemagne, 
165;  rapport  sur  ce  concours  ^  459. 

SehUgeL  —  Remerciments  pour  sa  nomination  d^associ^,  66. 

SneL  — GommiiBsaire  pour  un  mteoire  de  M.  Fr.  F^,  821. 

SneUaert,  —  Commissaire  pour  le  m^moire  en  r^ponse  k  la  troisieme  ques- 
tion du  concours  de  la  classe  des  lettres  de  1868,  164;  rapport  sur  ce 
m^moire,  409. 

Sociiti  libre  d*  Emulation  d  £i4ge, — Annonce  d*une  stance  publique,  817. 

^prthg,  —  Rapport  siir  un  ta^moirede  feu  J.- A.  Clos,  sur  fltiihidnee  de  U 
lunesurlamettslniation,  66.'  

Stat,  —Rapport  sur  un  m^ioaoirede  H.  Henry ,  iotftuM :  C<msidiraiion$  su^ 
qwlquei  clasiei  ds  composes  organiques,  227. 

Suys.  —  Membre  de  la  commission  pour  le  grand  prix  d*architecture  k 
Rome,  192. 

Swann,  —  Annonce  de  la  procbaine  reunion  du  Congres  am^ricain  h  Balti- 
more, 244. 

T. 

Timmermans,  —  Rapport  sur  le  m^moire  de  M.  Meier  relatif  k  un  expose 
d*un  principe  concernant  Tintersection  des  surfaces,  6. 

U. 

UniversitS  ds  ChHstiania*  —  Hommage  d*une  m^aiile  en  bronze  k  Tefligie 
de  H.  Hansteen ,  2. 


990  TABLR  DBS  AUTKURS* 


.V.  ... 

Fan  Benedetf*  —  Gommissaire  pour  un  m^moire  de  M.  d^Udekem,  325; 

rapport  sur-  ce  m^mpire,  368;  un  mot  8«r  la  penetration  des  Spermato- 

zoTdes  dans  Toeuf  pendant  Facte  de  la  f^condation,  312;  annonce  la  mort 
.  de  M.  J.  Muller,  568;  lettre  de  M.  Lieberkuhn  sur  les  gr^garines  des 

T^rebelles,  376. 
Fan  dB  Weyer.  —  Annonce  l*iotention  de  publier  une  notice  sur  feu  Bf .  Van 

Meenen,  316;  faommage  d'un  ouvrage,  382,  496. 
Fan  HaiteU,  —  Hommage  d^un  ouvrage,  27;  commissaire  pour  un  m^- 

moire  de  M.  Fr.  F^tis,  321. 
Fan  JIfeenen.  —  Annonce  de  sa  mort,  316. 
f^an  Mfeenen  {F),  —  Envoi  d^exemplaires  des  discours  prononc^s  sur  la 

torabe  de  son  pere ,  316. 
Ferhaeght.  —  IMpdt  de  phenomenes  p^riodiques ,  92, 367. 
Fineent  (/.-^.  et  filt).  —  D^p^t  d*observations  omithologiqueii  de  1857, 2. 
Foituron.  —  Laur^at  du  concours  de  la  classe  des  lettres  de  1858, 389. 

W. 

IFe$mael  (Alfred),  — -  Catalogue  des  plantes  vasculaires  observ^es  dans  les 

environs  de  Bruxelles,  66;  lettre  relative  A  ce  catalogi^e,  225. 
fFeima$l  (C).  —  Memoire  sur  diyorses  especes  dlcbneumons ,  368. 


TABLE  DES  MATIERES. 


A. 

Anatomie  comparee,  —  Un  mot  stir  la  penetration  des  spermatozoi'des  dans 
Toeuf  pendant  Tacte  de  la  fondation ,  par  M.  Van  Beneden  ,312. 

Jtrchiologie,  —  Note  sur  le  monument  d^Hugonet,  par  M.  De  Busscher,  312. 

Arehitecture,  —  Commission  pour  le  programme  du  grand  concburs  d*ar- 
chitecture  de  Rome,  192;  rapport  present^  par  M.  Alvin  au  pom  de  cette 
commission,  266. 

jistronomie.  —  De  IMnfluence  de  la  lune  sur  la  menstruation ,  par  teu  X-A. 
Clos,  108;  rapports  de  MM.  Spring,  Martens  et  Gluge  sur  ce  travail,  66, 
78;  sur  r^clipse  de  lune  du  27  f^vrier  1858,  et  occultatipns  d^^toiles  par 
la  lune  obsenr^es  en  1857,  par  MM.  Ad,  et  Ern.  Qneteiet,  2^7;  sur  r^clipse 
de  soleil  du  15  mars  1858,  par  M.  Ad.  Quetelet,  282;  sur  une  nourelle 
determination  de  la  differen<^e  des  longitudes  entre  les  observatoires  de 
Greenwich  et  d'^dimbourg,  366;  rapports  de  MM.  Liagre  et  Ad.  Quetelet 
sur  un  memoire  de  M.  Mahmoud  cobcernant  le  calendrier  arabe  avant  Tis- 
lamisme,  371 ,  375. 


Biographie,  —  Notice  sur  Jean  Duvirier,  par  M.  Ed.  Fetis ,  28;  notice  sur 
Francois  Millet,  par  le  m^me,  193;  notices  biographiques  sur  Gerard  Van 
Opstal  et  RoeUmdt  Savory,  par  M.  Ed.  F^tis,  327,544;  notes  sur  J^rteie 
Van  Aeken,  dit  Bosch,  et  sitr  Alard  du  Hameel ,  par  M;  Alexandre  Pinehart, 
497.  (V.  i^aioi're.) 

C. 

Caiiie  centrdU  des  artiitet  beiges.  —  Situation  pendant  Tannee  1857  ,'^8 , 
163;  somme  accord^e  par  le  Roi,  205;  somme  accord^e  et  preievee  sur  le 


522  TABLE  DES  MlTlillES. 

prix  de  vente  du  o^uvres  d*art  de  rexposition  tf  iennale  des  beaux-arts  de 
Bruxelles,  265;  d^p6t  du  compte  rendu  imprim^  de  la  situation  en  1857, 
331 1  somme  accord^  par  la  Soci^t^  beige  des  aquareliistes,  506. 

Chimie.  —  Rapports  de  MM.  Stas ,  Martens  et  De  Koninck  sur  un  memoire 
de  M.  Henry,  intitule  :  Considerations  sur  quelques  classes  de  composes 
organiques,^7. 

Commissions.  —  C0fa|]|l^#i|  poft  l9:pr^§rafu|is  4a|grand  concours  d*ar- 
chitectnre  de  Rome,  192 ;  rapport  pr^nte  par  M.  Alvin  an  nom  de  cette 
commission,  266;  approbation  des  cbmptes  de  TAcad^mie  pour  1857  par 
les  commissions  sp^ciales  des  finances  des  classes  des  lettres  et  des  beaux- 
arts,  319,  322;  dispositions  relatives  aux  publications  de  TAcad^mie  par  la 
commission  administrative  et  apprQ|l)ation  de  la  comptabilite  de  1857, 25, 
227 ;  annonce  de  la  publication  des  premiers  volumes  des  oeuvres  de  Van 
Ijiaerlant,  par  la  commission  pour  la,publicati(ui  des  anciens  monuments 
de  la  litt^cature  flamande,  317.       . 

CQncpurs  de  composition  musiwle  {Grands).  —  Lettres  du  Ministre  de 
l!int^rieur  relatives  k MM.  Benoit  et  Pemol ,  laur^ats,  26, 191;  266, 494; 
envqi  du  premier  rapport  trimesti^iel  de  M.  Bepoit ,  494. 

Concours  ie  la  classe  des  lettres.  —  R^suJtats  du  concours  de  1858  et 
i^mi^ation  des  commissaires,  162;  r^u|tats  du  concours  extraordinaire 
9ui;  le  lieu  de  naissance  de  dharlemagne  etjuomination  de  coqimissaires, 
165,;  leqture  du  jugement  des  pieces  de  9oncour&,  319;^apports  de 
]4M.,Faider  i^t  Grandjg^gnage  sur  les  mi^moires  en  r^ponse  ^. la  premiere 
question^  385,  386;  rappor^  de  M]tf.  De  D^ker  et  Paul  Devaux  sur  les 
mfmoires  en  riponse  k  la  dpuf  ieme  question ,  392;  rapports  de  MM.  Snel- 
laert.  )e.  b^iron  de^  S^mt-Qenois  et  David  sur  le  qi^moire  enx^ponse  k  la 
.j^'oisieme^question,  409,  415,  428;  rapports  d^  AtM.de  Ram,  Kervyn  de 
iettenhove  et  Schayes  sur  les  m^moires  en  r^ponse  au  jconcours  sur  le 
lieu  de  naissance  de  Charlemagne,  429 ,  430 ,  459. 

Concours  de  la  classe  des  sciences^ —  Programme  pour  1858,  4;  pro- 
gramme pour  1859 ,  225. 

Mnoups,  ^^ IDhcxnivs  adnsssi d  Sa  H ajesM,: le  pfcader  jodr  de Mii  |itr  le 
fMsidemtdel'Aolidftmej  M.  lediaooliw  (de-Rsoi^  1$. 

Done.  — Cartes  d*entr^e  pour  les  tribunes  r^erv^s  du  Sdnafet^elaGhuidire 
des  repr^entants  par  MM.  les  questeurs,  2,  27;  m^daille  en  bronze  par 
Puniversit^  de  Christiania,  2;  ouvrages  par  M.  de  Selys-Longcbampsy  3, 

.,^6&;  ouvitages  p^r  Jii  A4«  :Q9^^1et,  3;  ouvrag^par  |lvlQ.3liius(re  dp 

.  rint||riem;i,.l^j  2^^^  280|  Quvr^^  par  All  4e  iutiii,«  15^  ovTra^fe  par 


fAiUK  VEM  mkniMM.  BIS 

d«  UttniMw,  IS; •ouffi^e par  H.  fiMlwid,  iS\  ouvrafepar 
If.  Van  laaieft, Wf$  MTrtf^e par  M.  BopM,  M^  Maft^a  {mpM.  Oe- 
^liaHpMf  iM^iiWitga  |»r  M.  M«bligiif ,  B6  ^^uvaa^a  ^ 
9910$  wifaralia  parM.  DaKatiinck,  i89$  a«f  iaga  yar  M,  liirtlgaa,  HSl ; 
oii^va^e  fiat  Ji.  la  IfiiijfttM  dm  iaxiaoeiy  914^  ^ivaM^a  fir  If.  F.  Tan 
Maaoen,  ^16;  Mfrra^e  par  M.  Tk  iasie,  817.;  mitwi^  par  M.  MatUeu, 
Mil;  <NiiTage  par  k  €mwnilrioacaalr4la  ite  aMlilCfs*,  8Bt(  al^ 
11;  ¥«B  da  We]f!er,  Sii. 

*  .  r 

ileetiom,  — M.  Melsens  ^lu  directeur  jde  la  cbue  dea  sciancei  pour  1859, 
13;  M.  le  baron  de  GerlaQbc  ^1u  directeur  de  la  classe  des  lettres  pour 
18$d,  ^5;  ML  Fr.  F^tis  elu  directeor  de  la  classe  des  beaux-arts  pour 
1859,  27;  MM.  Duret,  RieUchel,  Picot  et  Martinet  ^lus  associ^s  de  la 
classe  des  beaux-arts,  27;  M.  d^Omalius  nomme  president  de  TAcad^mie 
pour  1858,  66. 

Ethnographie.  —  Note  suppl^mentalre  sur  les  caracteres  naturels  des  ao- 
dens  Geltes;  par  M.  d*Oinalias,  303. 

G.     • 

G4miiUfn$,  (Voir  Jf^Mmatifim  pm$$  ^4tppl4^imh§ ). 


Sitioirt.  —  Rapports  de  MM.  Gachati,  Borgnet  et  le  baron  de  Gerlache  sur 
un  m^moire  de  M.  Th.  Juste,  intitule :  Charlet'QuifU  et  Marguerite 
d^Jutriehe,  16,  22,  23;  GfaiM^ric  IH  et  les  ^b  de  CbaHes  Blartef :  notes 
sur  les  ann^es  741  et  742,  recueillies  dans  un  texte  in^dit  de  Hugues  de 
Fleurj,  par  M.  Kervyn  de  Lettenhore,  165;  relation  de  la  premiere  croi- 
sade  de  saint  Louis,  par  Guibert  de  Toumai,  par  le  mime,  250;  le  der- 
mUtidti  FkmrimfM,  par  ia  nOpw, 463. 


MatUmaHqws  puree  ef  affpUguue^  <^-  tieipfmi  de  M.  TwiaafMani  sur 
un  m^moire  de  tf .  Maiar,  intilHM :  Mtfpui  ^mn  jwiMjpa  eotteemetnt 
Vintereeetion  dee  eurfacee,  6;  rapport  de  M.  firasseur surunttimoiae  de 
Mi  Aa^^ffaau.,  iDtiluU^i  Oaaaiiilittl^aft  (Ue  iiigne$  4ft4r9ie(kmd9gr4,  60; 
rapport  de  M.  Lamarle  sur  tn  mimmn  4a*Jf .  ttlJbarti  Mtituld  filwJIar- 


^824  TABLE  DES  MATi^lS. 

'  eAet  $ur  lei  proprUiii  giomitriques  de$  mouvwunU  plans  j  89;  note 
tar  iin  tbforemefelattf&la.di^rie  des roulettes,  par  M.  Lamarle,  239. 

J^eUoroiogit  fit  phy$iqu»  dci  glohfi,  —  Perturbatioii8iiiagni^tiques;aurore 
bordale;  violent  tremblement  de  terre  en  Italie,  par  M.  Ad*  Qaetelet^  7 ; 
lur  r^tat  m^tterolo^pque  de  la  ville  de  Oand,  pendant  Tann^e  1857,  par 
M.  Duprez,  11 ;  sur  la  quantity  d*eaa  recueillie  ii  Bmxelles  du  I*'  dtem- 
bre  iS6^  an  l*'.d^mbi«  1857f  par  M.  Ad.  Quetelet ,  \% ;  sur  TMipse  de 
ftoleil  du  15  mars  1858 ,  par  M.  Ad.  Quetelet,  S82;  sur  rabaissement  de 
la  temperature  k  Gand,  pendant  r^clipse  solaire  du  15  mars  1858,  par 
M.  Duprez,  297;  observations  de  temperature  k  Anvers  pendant  T^lipsc 
de  soleil  du  15  mars  1858,  par  M.  Montigoy,  299;  observations  m^eoro- 
logiques  faites  k  T^cole  d^ag^iculture  de  Thouroul ,  pendant  Tedipse  de 
soleil  du  15  mars  1858,  par  M.  De  Traz,  302;  determination  du  magne- 
tisme  terrestre  i  Bruxelles,  par  M.  Ernest  Quetelet,  378;  perturbation 
magu^tique  observee  k  Bruxelles  le  9  avril  1858,  par  M.  Hooreman , 379. 

Neerologie.  —  Annonce  de  la  mort  de  M.  Ranch ,  26,  191;  annonce  de  la 
mort  de  M.  Auguste  Delfosse,  249}  annonce  de  (a  mort  de  M.  Galeotti , 
280;  annonce  de  la  mort  de  M.  Mareska,  280;  annonce  de  la  mort  de 
M.  de  Geer,  ibid}  annonce  de  la  moi^t  de  M.  Yan  llfeeneh,  316;  annonce 
de  la  mort  de  M.  Jean  Miiller,  368;  annonce  de  la  mort  de  M.  le  cheva- 
lier Marchal,  381. 

•'  ■   ■  •   O...  • 

Ouvragm  pr60cnU$-  —  58,  216 ,  275, 359,506. 


Poleon/ofo^t'e.— Surquelques  Crindidei  paldozoiqnes  noaveaiix  dt  PAngle- 

terre  et  de  T^cosse,  par  M.  De  Koninck,  93. 
Peinture.  ~  Tableau  des  freres  Van  Eyck  :  VJdoration  de  I'agneau  patcal, 

par  M.  De  Busscher,  274,  322;  lettre  de  M.  Donaldson  relative  k  la  pro- 

cbaine  exposition  des  beaux-arts  k  Londres,  495. 
ManomMet  pModiques.  ^  D^pdt  des  observations  faites,  2, 66,92, 9B4 , 

281,366,367. 
Pholvgraphie.  —  Requite  de  Mi  Fierlants  relative  k  la  reproduction  des 
- .  principaux  tableaux  de  Tdcole  flaonnde,  495. 


TABLE   DES   MATIJ^RCS.  525 

Physiologie.  —  De  I'influence  de  la  lune  sur  It  menstruation,  par  feu  J.-A. 

Clos,  108;  rapports  de  MM.  Spring ,  Martens  et  Gluge,  sur  ce  travail , 

66, 78. 
Po4$ie.  —  Fooruitgang,  par  M.  Nolet  de  Brauwere  van  Steeland,  486.  • 
Prix  quinquennaux,  —  Expedition  d*un  arrets  royal  portant  nomination 

des  membres  du  jury  charges  de  d^erner  le  prix  quinquennal  de  littdra- 

ture  frao^aise,  315. 

Z. 

Zoologie,  —  Un  mot  sur  la  penetration  def  spermatozoi'des  dans  Toeuf  pen- 
dant Tacte  de  la  fecondation,  par  M.  Van  Beneden,  312;  rapports  de 
MM.  Van  Beneden  et  Poelman  sur  un  memoire  de  M.  d*Udekem,  re- 
latif  k  une  nouvelle  classification  des  Anneildes  sdtigeres  abranches,  368 , 
371 ;  lettre  de  M.  Lieberkiihn  k  M.  Van  Beneden  sur  les  Gregarines  des 
Terebelles,  576. 


ERRATA. 


Pag«    i6,  ligne  19,  au  lieu  de  :  mimei,  lisez  :  m^e. 

—  180,     —  29,        —        •'praeiiderunt,\'iieT:prce$€derHnt. 

—  194,     —  13,        —        :  tculpture ,  lisen  :  architeeture. 

—  «5i ,     —  3,        —        :  1239  a  1266,  lisez  :  1339  a  1261. 


N